Bourbaki

§ 1. Termes et relations

1. Signes et assemblages

Les signes d’une théorie mathématique T\mathscr{T}[^1] sont les suivants:

1° Les signes logiques[^2]: □\square, τ\tau, ∨\vee, ¬\neg. 2° Les lettres.

Nous entendons par là les lettres majuscules et minuscules latines, affectées d’accents. Ainsi, AA, A′A', A′′A'', A′′′A''', ..., sont des lettres. A tout endroit du texte, il est possible d’introduire des lettres autres que celles qui figureraient dans les raisonnements antérieurs.

3° Les signes spécifiques, qui dépendent de la théorie considérée.

En Théorie des Ensembles, nous n’utiliserons que les deux signes spécifiques: ==, ∈\in.

Un assemblage de T\mathscr{T} est une succession de signes de T\mathscr{T} écrits les uns à côté des autres, certains signes distincts des lettres pouvant être joints deux à deux par des traits qui courent au-dessus de la ligne et qu’on appelle des liens. \* Ainsi, dans la théorie des ensembles, où ∈\in est une signe spécifique,

τ ∨ ¬ ∈ □ A′ ∈ □ A′′‾ \overline{\tau\ \vee\ \neg\ \in\ \square\ A'\ \in\ \square\ A''}

est un assemblage. \*

L’usage exclusif des assemblages conduirait à des difficultés typographiques et mentales insurmontables. C’est pourquoi les textes courants utilisent des symboles abréviateurs (notamment des mots du langage ordinaire), qui n’appartiennent pas à la mathématique formelle. L’introduction de ces symboles est l’objet des définitions. Leur emploi n’est pas théoriquement indispensable, et prête souvent à des confusions que seule une certaine habitude permet d’éviter.

Exemple 1 03P0

L’assemblage ∨¬\vee \neg se représente par ⇒\Rightarrow.

Exemple 2 03P1

Les symboles suivants représentent des assemblages (d’ailleurs fort longs):

« 3 et 4 »∅NZ« la droite numeˊrique »« la fonction Γ »f∘gπ=2+31∈2« tout corps fini est commutatif » \begin{array}{c} \text{« 3 et 4 »} \\ \varnothing \\ \mathbf{N} \\ \mathbf{Z} \\ \text{« la droite numérique »} \\ \text{« la fonction } \Gamma \text{ »} \\ f \circ g \\ \pi = \sqrt{2} + \sqrt{3} \\ 1 \in 2 \\ \text{« tout corps fini est commutatif »} \end{array}

« les zéros de ζ(s)\zeta(s) autres que −2,−4,−6,…-2, -4, -6, \ldots sont sur la droite ℜ(s)=12\Re(s) = \frac{1}{2}. »

En général, le symbole qu’on utilise pour représenter un assemblage contient toutes les lettres qui figurent dans cet assemblage. Parfois cependant, on peut enfreindre ce principe sans grand risque de confusion. \* Par exemple « la complétion de E » représente un assemblage qui contient la lettre E, mais qui contient aussi la lettre représentant l’ensemble des entourages de la structure uniforme de E. Par contre ∫01f(x) dx\int_0^1 f(x)\ dx représente un assemblage où ne figure pas la lettre x (ni la lettre d); les assemblages représentés par N,Z,« la fonction Γ »\mathbf{N}, \mathbf{Z}, \text{« la fonction } \Gamma \text{ »} ne contiennent aucune lettre.

Une théorie mathématique (ou simplement théorie) comporte des règles permettant de dire que certains assemblages de signes sont des termes ou des relations de la théorie, et d’autres règles permettant de dire que certains assemblages sont des théorèmes de la théorie.

La description de ces règles, qui va être faite dans ce chapitre, n’appartient pas à la mathématique formelle; il y intervient des assemblages plus ou moins indéterminés, par exemple des lettres indéterminées. Pour alléger l’exposé, il est commode de désigner ces assemblages par des symboles peu encombrants. Nous utiliserons notamment des combinaisons de signes (d’une théorie mathématique), de lettres italiques grasses (éventuellement affectées d’indices ou d’accents) et de symboles particuliers, dont on va donner quelques exemples. Comme on veut seulement éviter des circonlocutions (cf. note ¹ de I, p. 25), on n’énoncera pas de règles strictes et générales relatives à l’emploi de ces symboles; le lecteur pourra reconstituer sans peine, dans chaque cas particulier, l’assemblage dont il s’agit. Par abus de langage, on dira souvent que les symboles employés sont des assemblages, au lieu de dire qu’ils désignent des assemblages; des expressions telles que « l’assemblage A » ou « la lettre x », dans l’énoncé des règles qui suivent, devraient donc être remplacées par « l’assemblage désigné par A » ou « la lettre désignée par x ».

Soient AA et BB des assemblages. On désignera par ABAB l’assemblage obtenu en écrivant l’assemblage BB à la droite de l’assemblage AA. On désignera par ∨ A ¬ B\vee\ A\ \neg\ B l’assemblage obtenu en écrivant de gauche à droite le signe ∨\vee, l’assemblage AA, le signe ¬\neg, l’assemblage BB. Etc.

Soient AA un assemblage, et xx une lettre. On désignera par τx(A)\tau_x(A) l’assemblage

E I.16 DESCRIPTION DE LA MATHÉMATIQUE FORMELLE § 1

obtenu de la manière suivante: on forme l’assemblage τA\tau A, on joint par un lien chaque occurrence de xx dans AA au τ\tau écrit à la gauche de AA, et on remplace xx, en chacune de ses occurrences, par un □\square. L’assemblage désigné par τx(A)\tau_x(A) ne contient donc pas xx.

Exemple 03RY

Le symbole τx(∈xy)\tau_x(\in xy) représente l’assemblage τ∈□y\tau\in\square y.

Soient AA et BB des assemblages, et xx une lettre. L’assemblage obtenu en remplaçant xx, en chacune de ses occurrences dans AA, par l’assemblage BB, se désigne par (B∣x)A(B|x)A (lire: BB remplace xx dans AA). Si xx ne figure pas dans AA, (B∣x)A(B|x)A est donc identique à AA; en particulier (B∣x)τx(A)(B|x)\tau_x(A) est identique à τx(A)\tau_x(A).

Exemple 03TO

Lorsque dans l’assemblage

∨∈xy=xx \vee\in xy=xx

on remplace xx par □\square en chacune de ses occurrences, on obtient l’assemblage

∨∈□y=□□. \vee\in\square y=\square\square.

Lorsque, étant donné un assemblage AA, on s’intéresse particulièrement à une lettre xx, ou à deux lettres distinctes xx et yy (qui peuvent ou non figurer dans AA), on écrit souvent A{x}A\{x\} ou A{x,y}A\{x,y\}. Dans ce cas, on écrit A{B}A\{B\} au lieu de (B∣x)A(B|x)A. On désigne par A{B,C}A\{B,C\} l’assemblage obtenu en remplaçant simultanément xx par BB et yy par CC en toutes leurs occurrences dans AA (on notera que xx et yy peuvent figurer dans BB et dans CC); si x′x' et y′y' sont des lettres distinctes de xx et de yy et distinctes entre elles, ne figurant ni dans AA, ni dans BB, ni dans CC, A{B,C}A\{B,C\} n’est autre que (B∣x′)(C∣y′)(x′∣x)(y′∣y)A(B|x')(C|y')(x'|x)(y'|y)A.

Remarque 03P2

Quand on introduit, par une définition, un symbole abréviateur Σ\Sigma pour représenter un certain assemblage, on convient (en général de façon tacite) de représenter l’assemblage obtenu par la substitution à une lettre xx d’un assemblage BB dans l’assemblage initial, par le symbole obtenu en remplaçant la lettre xx dans Σ\Sigma par l’assemblage BB (ou plus fréquemment par un symbole abréviateur représentant l’assemblage BB).

\* Par exemple, après avoir précisé quel assemblage représente le symbole E⊗FE\otimes F, où EE et FF sont des lettres, — assemblage qui, d’ailleurs, contient d’autres lettres que EE et FF — on utilisera sans explications le symbole Z⊗FZ\otimes F.\

Cette règle peut conduire à des confusions qu’on évite par des artifices typographiques variés, dont le plus fréquent consiste à remplacer xx par (B)(B) au lieu de BB.

\* Par exemple, M∩NM\cap N désigne un assemblage contenant la lettre NN. Si on substitue à NN l’assemblage représenté par P∪QP\cup Q on obtient un assemblage que l’on désigne par M∩(P∪Q)M\cap(P\cup Q).\

2. Critères de substitution

La mathématique formelle ne comporte que des assemblages expli écrits. Cependant, même avec l’usage des symboles abréviateurs, un développement de la mathématique strictement conforme à ce principe conduirait à des raisonnements extrêmement longs. Aussi allons-nous établir dans ce Livre des critères, concernant des assemblages indéterminés, et dont chacun décrira une fois pour toutes le résultat final d'une succession déterminée de manipulations sur ces assemblages. Ces critères ne sont donc pas théoriquement indispensables; leur justification appartient à la métamathématique.

Le développement de la métamathématique nécessite lui-même pratiquement l'usage de symboles abréviateurs, dont certains ont déjà été indiqués. La plupart de ces symboles seront aussi utilisés en mathématique.

On se servira des critères suivants, appelés critères de substitution:

CS1. Soient AA et BB des assemblages, xx et x′x' des lettres. Si x′x' ne figure pas dans AA, (B∣x)A(B \mid x)A est identique à (B∣x′)(x′∣x)A(B \mid x')(x' \mid x)A.

CS2. Soient A,BA, B et CC des assemblages, xx et yy des lettres distinctes¹. Si yy ne figure pas dans BB, (B∣x)(C∣y)A(B \mid x)(C \mid y)A est identique à (C′∣y)(B∣x)A(C' \mid y)(B \mid x)A, où C′C' est l'assemblage (B∣x)C(B \mid x)C.

CS3. Soient AA un assemblage, xx et x′x' des lettres. Si x′x' ne figure pas dans AA, τx(A)\tau_x(A) est identique à τx′(A′)\tau_{x'}(A'), où A′A' est l'assemblage (x′∣x)A(x' \mid x)A.

CS4. Soient AA et BB des assemblages, xx et yy des lettres distinctes. Si xx ne figure pas dans BB, (B∣y)τx(A)(B \mid y)\tau_x(A) est identique à τx(A′)\tau_x(A'), où A′A' est l'assemblage (B∣y)A(B \mid y)A.

CS5. Soient A,B,CA, B, C des assemblages, xx une lettre. Les assemblages (C∣x)(¬A)(C \mid x)(\neg A), (C∣x)(∨AB)(C \mid x)(\lor AB), (C∣x)(⇒AB)(C \mid x)(\Rightarrow AB), (C∣x)(sAB)(C \mid x)(sAB) (s signe spécifique) sont identiques respectivement à ¬A′\neg A', ∨A′B′\lor A'B', ⇒A′B′\Rightarrow A'B', sA′B′sA'B', où A′,B′A', B' sont respectivement (C∣x)A(C \mid x)A, (C∣x)B(C \mid x)B.

Indiquons par exemple le principe de la vérification de CS2. Comparons l'opération qui fait passer de AA à (B∣x)(C∣y)A(B \mid x)(C \mid y)A à l'opération qui fait passer de AA à (C′∣y)(B∣x)A(C' \mid y)(B \mid x)A. Dans les deux opérations, aucun signe figurant dans AA et distinct de xx et de yy n'est modifié. À chaque endroit où figure xx dans AA, on doit substituer BB à xx dans la première comme dans la seconde opération: c'est évident pour la première, et pour la seconde cela résulte de ce que yy ne figure pas dans BB. Enfin, à chaque endroit où figure yy dans AA, la première opération consiste à substituer CC à yy, puis BB à xx à chaque endroit où figure xx dans CC; mais il est clair que cela revient à substituer à yy, à chaque endroit où il figure dans AA, l'assemblage (B∣x)C(B \mid x)C.

3. Constructions formatives

A chaque signe spécifique est associé un nombre entier, appelé son poids (pratiquement toujours le nombre 2).

Un assemblage est dit de première espèce s'il commence par un τ\tau, ou s'il se réduit à une lettre, de deuxième espèce dans les autres cas.

Une construction formative d'une théorie T\mathscr{T} est une suite d'assemblages qui

¹ Conformément à ce qui a été signalé (I, p. 15), la phrase « xx et yy sont des lettres distinctes » est un abus de langage pour dire que xx et yy désignent des lettres distinctes dans les assemblages que l'on considère.

possède la propriété suivante: pour chaque assemblage AA de la suite, l’une des conditions ci-dessous est vérifiée: a) AA est une lettre. b) Il y a, dans la suite, un assemblage de deuxième espèce BB précédant AA, tel que AA soit ¬B\neg B. c) Il y a deux assemblages de deuxième espèce BB et CC précédant AA (distincts ou non) tels que AA soit ∨BC\lor BC. d) Il y a un assemblage de deuxième espèce BB précédant AA et une lettre xx tels que AA soit τx(B)\tau_x(B). e) Il y a un signe spécifique ss de poids nn[^3] de T\mathscr{T}, et nn assemblages de première espèce A1,A2,…,AnA_1,A_2,\ldots,A_n précédant AA, tels que AA soit sA1A2…AnsA_1A_2\ldots A_n.

On appelle termes (resp. relations) de T\mathscr{T} les assemblages de première espèce (resp. de deuxième espèce) figurant dans les constructions formatives de T\mathscr{T}.

Exemple

\* Dans la théorie des ensembles, où ∈\in est un signe spécifique de poids 2, la suite des assemblages que voici est une construction formative:

AA′A′′∈AA′′∈AA′′¬∈AA′∨¬∈AA′∈AA′′¬∨¬∈AA′∈AA′′}A′A′′τ∨¬∈AA′∈AA′′. \begin{array}{c} A\\ A'\\ A''\\ \in AA''\\ \in AA''\\ \neg\in AA'\\ \lor\neg\in AA'\in AA''\\ \left. \begin{array}{c} \neg\lor\neg\in AA'\in AA''\\ \end{array} \right\} \begin{array}{c} A'\\ A'' \end{array} \\ \tau\lor\neg\in AA'\in AA''. \end{array}

Donc l’assemblage donné en exemple au no 1 est un terme de la théorie des ensembles.\

Remarque

Intuitivement, les termes sont des assemblages qui représentent des objets, les relations sont des assemblages qui représentent des assertions que l’on peut faire sur des objets. La condition a) signifie que les lettres représentent des objets. La condition b) signifie que, si BB est une assertion, ¬B\neg B, qu’on appelle la négation de BB, est une assertion (qui se lit: non BB). La condition c) signifie que, si BB et CC sont des assertions, ∨BC\lor BC, qu’on appelle la disjonction de BB et CC, est une assertion (qui se lit: BB ou CC); ainsi ⇒BC\Rightarrow BC est une assertion (qui se lit: « non BB ou CC », ou « BB implique CC », ou « BB entraîne CC »). La condition d) signifie que, si BB est une assertion et xx une lettre, τx(B)\tau_x(B) est un objet; considérons l’assertion BB comme exprimant une propriété de l’objet xx; alors, s’il existe un objet possédant la propriété en question, τx(B)\tau_x(B) représente un objet privilégié qui possède cette propriété; sinon, τx(B)\tau_x(B) représente un objet dont on ne peut rien dire. Enfin, la condition e) signifie que, si A1,A2,…,AnA_1,A_2,\ldots,A_n sont des objets, et ss un signe spécifique de poids nn, sA1A2…AnsA_1A_2\ldots A_n est une assertion relative aux objets A1,…,AnA_1,\ldots,A_n.

Exemple

Les symboles ∅\varnothing, N\mathbf{N}, « la droite numérique », « la fonction Γ\Gamma », ff, gg, représentent des termes. Les symboles π=2+3\pi=\sqrt{2}+\sqrt{3}, ι∈2\iota\in 2, « tout corps fini est commutatif », « les zéros de ζ(s)\zeta(s) autres que −2,−4,−6,…-2,-4,-6,\ldots sont sur la droite R(s)=12\mathscr{R}(s)=\frac12 », représentent des relations. Le symbole « 3 et 4 » ne représente ni un terme, ni une relation.

N° 4 TERMES ET RELATIONS E I.19

Le signe initial d’une relation est ∨\vee, ¬\neg ou un signe spécifique; le signe initial d’un terme est τ\tau, à moins que le terme ne se réduise à une lettre. En effet, l’assertion relative aux termes résulte de ce qu’un terme est un assemblage de première espèce. Si AA est une relation, AA figure dans une construction formative, n’est pas une lettre et ne commence pas par un τ\tau; donc trois cas sont possibles: 1) AA est précédé d’un assemblage BB tel que AA soit ¬B\neg B; 2) AA est précédé par deux assemblages BB et CC tels que AA soit ∨BC\vee BC; 3) AA est précédé par des assemblages A1,A2,…,AnA_1,A_2,\ldots,A_n tels que AA soit sA1A2…AnsA_1A_2\ldots A_n, ss étant un signe spécifique.

4. Critères formatifs

CF1. Si AA et BB sont des relations d’une théorie T\mathscr{T}, ∨AB\vee AB est une relation de T\mathscr{T}. En effet, considérons deux constructions formatives (de T\mathscr{T}) dont l’une contient AA et l’autre BB. Considérons la suite d’assemblages obtenue en écrivant d’abord les assemblages de la première construction, puis les assemblages de la deuxième, puis ∨AB\vee AB. Comme AA et BB sont de deuxième espèce, on vérifie aussitôt que cette suite est une construction formative de T\mathscr{T}. L’assemblage ∨AB\vee AB est de deuxième espèce, donc est une relation de T\mathscr{T}.

On établit de façon analogue les trois critères suivants:

CF2. Si AA est une relation d’une théorie T\mathscr{T}, ¬A\neg A est une relation de T\mathscr{T}.

CF3. Si AA est une relation d’une théorie T\mathscr{T}, et xx une lettre, τx(A)\tau_x(A) est un terme de T\mathscr{T}.

CF4. Si A1,A2,…,AnA_1,A_2,\ldots,A_n sont des termes d’une théorie T\mathscr{T}, et ss un signe spécifique de poids nn de T\mathscr{T}, sA1A2…AnsA_1A_2\ldots A_n est une relation de T\mathscr{T}.

Ces critères entraînent aussitôt le suivant:

CF5. Si AA et BB sont des relations d’une théorie T\mathscr{T}, ⇒AB\Rightarrow AB est une relation de T\mathscr{T}.

CF6. Soit A1,A2,…,AnA_1,A_2,\ldots,A_n une construction formative d’une théorie T\mathscr{T}, xx et yy des lettres. Supposons que yy ne figure pas dans les AiA_i. Alors, (y∣x)A1,(y∣x)A2,…,(y∣x)An(y\mid x)A_1,(y\mid x)A_2,\ldots,(y\mid x)A_n est une construction formative de T\mathscr{T}.

En effet, soit Ai′A'_i l’assemblage (y∣x)Ai(y\mid x)A_i. Si AiA_i est une lettre, Ai′A'_i est une lettre. Si AiA_i est de la forme ¬Aj\neg A_j, où AjA_j est un assemblage de deuxième espèce qui précède AiA_i dans la construction, Ai′A'_i est identique à ¬Aj′\neg A'_j d’après CF5, et Aj′A'_j est un assemblage de deuxième espèce. On raisonne de façon analogue si AiA_i est de la forme ∨AjAk\vee A_jA_k ou sAi1Ai2…AimsA_{i_1}A_{i_2}\ldots A_{i_m}, ss étant un signe spécifique de T\mathscr{T}. Si enfin AiA_i est de la forme τz(Aj)\tau_z(A_j), où AjA_j est un assemblage de deuxième espèce précédant AiA_i dans la construction, plusieurs cas peuvent se présenter:

a) zz est une lettre distincte de xx et de yy; alors Ai′A'_i est identique à τz(Aj′)\tau_z(A'_j) d’après CF4, et Aj′A'_j est un assemblage de deuxième espèce;

b) zz est identique à xx: alors AiA_i ne contient pas xx, donc Ai′A'_i est identique à AiA_i, c’est-à-dire à τx(Aj)\tau_x(A_j); comme yy ne figure pas dans AjA_j, τx(Aj)\tau_x(A_j) est identique à τy(Aj′)\tau_y(A'_j) d’après CF3;

c) zz est identique à yy: alors AiA_i est l’assemblage τAj\tau A_j, puisque yy ne figure pas dans AjA_j; donc Ai′A'_i est l’assemblage τAj′\tau A'_j, c’est-à-dire τu(Aj′)\tau_u(A'_j), uu étant une lettre qui ne figure pas dans Aj′A'_j.

CF7. Soient AA une relation (resp. un terme) d’une théorie T\mathscr{T}, xx et yy des lettres. Alors (y∣x)A(y \mid x)A est une relation (resp. un terme) de T\mathscr{T}.

Soit A1,A2,…,AnA_1, A_2, \ldots, A_n une construction formative où figure AA. Montrons de proche en proche que, si AtA_t est une relation (resp. un terme), (y∣x)At(y \mid x)A_t, que nous désignerons par At′A'_t, est une relation (resp. un terme). Supposons ce point établi pour A1,A2,…,Ai−1A_1, A_2, \ldots, A_{i-1} et établissons-le pour AiA_i. Si AiA_i est une lettre, Ai′A'_i est une lettre. Si AiA_i est précédé dans la construction par une relation AjA_j telle que AiA_i soit ¬Aj\neg A_j, Ai′A'_i est identique à ¬Aj′\neg A'_j, d’après CS5, et ¬Aj′\neg A'_j est une relation d’après CF2. On procède de façon analogue si AiA_i est précédé par des relations Aj,AkA_j, A_k telles que AiA_i soit ∨AjAk\vee A_jA_k, ou par des termes Aj1,…,AjmA_{j_1}, \ldots, A_{j_m} tels que AiA_i soit sAj1…AjmsA_{j_1} \ldots A_{j_m}, où ss est une signe spécifique de T\mathscr{T} de poids mm. Si enfin AiA_i est précédé par une relation AjA_j telle que AiA_i soit τx(Aj)\tau_x(A_j), plusieurs cas peuvent se présenter:

a) zz est distinct de xx et de yy: alors Ai′A'_i est identique à τz(Aj′)\tau_z(A'_j) d’après CS4, et on sait déjà que Aj′A'_j est une relation, donc Ai′A'_i est un terme d’après CF3;

b) zz est identique à xx: alors AiA_i ne contient pas xx, donc Ai′A'_i est identique à AiA_i, et par suite est un terme;

c) zz est identique à yy. Soit alors uu une lettre distincte de xx et de yy, et qui ne figure pas dans A1,A2,…,AjA_1, A_2, \ldots, A_j; d’après CF6, la suite d’assemblages (u∣y)A1,…,(u∣y)Aj(u \mid y)A_1, \ldots, (u \mid y)A_j, que nous désignerons par A1′′,…,Aj′′A''_1, \ldots, A''_j, constitue une construction formative de T\mathscr{T}; comme yy ne figure plus dans cette nouvelle construction, (y∣x)A1′′,…,(y∣x)Aj′′(y \mid x)A''_1, \ldots, (y \mid x)A''_j est une construction formative en vertu de CF6, de sorte que (y∣x)Aj′′(y \mid x)A''_j est une relation de T\mathscr{T}; par suite, τu((y∣x)Aj′′)\tau_u((y \mid x)A''_j) est un terme de T\mathscr{T}. Mais ce terme est identique à (y∣x)τu(Aj′′)(y \mid x)\tau_u(A''_j) d’après CS4, donc à (y∣x)τy(Aj)(y \mid x)\tau_y(A_j) d’après CS3, donc à Ai′A'_i.

CF8. Soient AA une relation (resp. un terme) d’une théorie T\mathscr{T}, xx une lettre et TT un terme de T\mathscr{T}. Alors (T∣x)A(T \mid x)A est une relation (resp. un terme) de T\mathscr{T}.

Soit A1,A2,…,AnA_1, A_2, \ldots, A_n une construction formative où figure AA. Soient x1,x2,…,xpx_1, x_2, \ldots, x_p, les lettres distinctes qui figurent dans TT. Associons à chaque lettre xix_i une lettre xi′x'_i distincte de x1,…,xpx_1, \ldots, x_p et des lettres figurant dans A1,…,AnA_1, \ldots, A_n, de façon que les lettres x1′,…,xp′x'_1, \ldots, x'_p soient deux à deux distinctes. L’assemblage

(x1′∣x1)(x2′∣x2)…(xp′∣xp)T (x'_1 \mid x_1)(x'_2 \mid x_2) \ldots (x'_p \mid x_p)T

est une terme T′T' d’après CF7, et (T∣x)A(T \mid x)A est identique à

(x1∣x1′)(x2∣x2′)…(xp∣xp′)(T′∣x)A (x_1 \mid x'_1)(x_2 \mid x'_2) \ldots (x_p \mid x'_p)(T' \mid x)A

par application de CS1. Il suffit donc de montrer que (T′∣x)A(T' \mid x)A est une relation (resp. un terme): autrement dit, on peut supposer désormais que les lettres qui figurent dans TT ne figurent pas dans A1,…,AnA_1, \ldots, A_n.

Montrons alors de proche en proche que, si AiA_i est une relation (resp. un terme), (T∣x)Ai(T | x)A_i, que nous désignerons par Ai′A'_i, est une relation (resp. un terme). Supposons ce point établi pour A1,A2,…,Ai−1A_1, A_2, \ldots, A_{i-1} et établissons-le pour AiA_i. Si AiA_i est une lettre, Ai′A'_i est, soit cette lettre, soit TT, donc un terme. Si AiA_i est de la forme ¬Aj\neg A_j, AjA_j étant une relation qui précède AiA_i dans la construction, Ai′A'_i est identique à ¬Aj′\neg A'_j d’après CS5, et on sait déjà que Aj′A'_j est une relation, donc Ai′A'_i est une relation d’après CF2. On procède de façon analogue si AiA_i est de la forme ∨AjAk\vee A_jA_k, ou sAj1…AjmsA_{j_1}\ldots A_{j_m}. Si enfin AiA_i est de la forme τz(Aj)\tau_z(A_j), où AjA_j est une relation qui précède AiA_i dans la construction, plusieurs cas peuvent se présenter:

a) zz est distinct de xx et des lettres figurant dans TT; alors Ai′A'_i est identique à τz(Aj′)\tau_z(A'_j) d’après CS4, et on sait déjà que Aj′A'_j est une relation; donc Ai′A'_i est un terme d’après CF3;

b) zz est identique à xx: alors AiA_i ne contient pas xx, donc Ai′A'_i est identique à AiA_i, et est par suite un terme;

c) zz figure dans TT; alors zz ne figure pas dans AjA_j, de sorte que AiA_i est identique à τAj\tau A_j, donc Ai′A'_i à τAj′\tau A'_j; or, on sait déjà que Aj′A'_j est une relation, et τAj′\tau A'_j est identique à τu(Aj′)\tau_u(A'_j), uu étant une lettre qui ne figure pas dans Aj′A'_j; il en résulte que Ai′A'_i est un terme d’après CF3.

Intuitivement, si AA est une relation de T\mathscr{T}, que nous pouvons considérer comme exprimant une propriété de l’objet xx, affirmer (B∣x)A(B | x)A revient à dire que l’objet BB possède cette propriété. Si AA est un terme de T\mathscr{T}, il représente un objet qui dépend d’une certaine manière de l’objet désigné par xx; le terme (B∣x)A(B | x)A représente ce que devient l’objet AA quand on prend pour xx l’objet BB.

Exercices

See the exercises for § 1.

[^1]: Le sens de cette expression se précisera progressivement au cours de ce chapitre. [^2]: Pour la signification intuitive de ces signes, voir I, p. 18, Remarque. [^3]: Comme il a été dit ci-dessus, on pourrait, pour développer les théories mathématiques actuelles, se borner à ne considérer que des signes spécifiques de poids 2, et par conséquent ne pas utiliser l’expression « nombre entier nn » dans la définition d’une construction formative.

Transcribed from the printed edition, 2006, Springer. Not translated.