Bourbaki

§ 3. Théories logiques

1. Les axiomes

On appelle théorie logique toute théorie T\mathscr T dans laquelle les schémas S1 à S4 ci-dessous fournissent des axiomes impli.

S1. Si AA est une relation de T\mathscr T, la relation (A ou A)⇒A(A\text{ ou }A)\Rightarrow A est un axiome de T\mathscr T.[^1]

S2. Si AA et BB sont des relations de T\mathscr T, la relation A⇒(A ou B)A\Rightarrow(A\text{ ou }B) est un axiome de T\mathscr T.

S3. Si AA et BB sont des relations de T\mathscr T, la relation (A ou B)⇒(B ou A)(A\text{ ou }B)\Rightarrow(B\text{ ou }A) est un axiome de T\mathscr T.

S4. Si AA, BB et CC sont des relations de T\mathscr T, la relation

(A⇒B)⇒((C ou A)⇒(C ou B)) (A\Rightarrow B)\Rightarrow((C\text{ ou }A)\Rightarrow(C\text{ ou }B))

est un axiome de T\mathscr T.

Ces règles sont effectivement des schémas; vérifions-le par exemple pour S2. Soit RR une relation obtenue par application de S2: il y a donc des relations AA, BB de T\mathscr T telles que RR soit la relation A⇒(A ou B)A\Rightarrow(A\text{ ou }B); soient TT un terme de T\mathscr T et xx une lettre; soient A′A' et B′B' les relations (T∣x)A(T\mid x)A et (T∣x)B(T\mid x)B; alors (T∣x)R(T\mid x)R est identique à A′⇒(A′ ou B′)A'\Rightarrow(A'\text{ ou }B'), donc s’obtient par application de S2.

Intuitivement, les règles S1 à S4 ne font qu’exprimer le sens qu’on attache aux mots « ou » et « implique » dans le langage mathématique usuel.[^2]

Si une théorie logique T\mathscr T est contradictoire, toute relation de T\mathscr T est un théorème de T\mathscr T. En effet, soit AA une relation de T\mathscr T telle que AA et « non AA » soient des théorèmes de T\mathscr T, et soit BB une relation quelconque de T\mathscr T. D’après S2, (non A)⇒((non A) ou B)(\text{non }A)\Rightarrow((\text{non }A)\text{ ou }B) est un théorème de T\mathscr T, donc, d’après C1 (I, p. 23) « (non A) ou B(\text{non }A)\text{ ou }B », c’est-à-dire A⇒BA\Rightarrow B, est un théorème de T\mathscr T. Une nouvelle application de C1 montre que BB est un théorème de T\mathscr T.

Dans toute la suite, T\mathscr T désignera une théorie logique.

2. Premières conséquences

C6. Soient AA, BB, CC des relations de T\mathscr T. Si A⇒BA\Rightarrow B et B⇒CB\Rightarrow C sont des théorèmes de T\mathscr T, A⇒CA\Rightarrow C est un théorème de T\mathscr T.

DESCRIPTION DE LA MATHÉMATIQUE FORMELLE § 3

En effet, (B⇒C)⇒((A⇒B)⇒(A⇒C))(B \Rightarrow C) \Rightarrow ((A \Rightarrow B) \Rightarrow (A \Rightarrow C)) est un axiome de T\mathscr{T}, d’après S4 où on remplace AA par BB, BB par CC, et CC par « non AA ». D’après C1 (I, p. 23), (A⇒B)⇒(A⇒C)(A \Rightarrow B) \Rightarrow (A \Rightarrow C) est un théorème de T\mathscr{T}. On conclut par une nouvelle application de C1.

C7. Si AA et BB sont des relations de T\mathscr{T}, B⇒(AB \Rightarrow (A ou B)B) est un théorème de T\mathscr{T}.

En effet, B⇒(BB \Rightarrow (B ou A)A), et (B(B ou A)⇒(AA) \Rightarrow (A ou B)B) sont des axiomes de T\mathscr{T} d’après S2 et S3. On conclut par application de C6.

C8. Si AA est une relation de T\mathscr{T}, A⇒AA \Rightarrow A est un théorème de T\mathscr{T}.

En effet, A⇒(AA \Rightarrow (A ou A)A), et (A(A ou A)⇒AA) \Rightarrow A sont des axiomes d’après S2 et S1. On conclut par application de C6.

C9. Si AA est une relation, et BB un théorème de T\mathscr{T}, A⇒BA \Rightarrow B est un théorème de T\mathscr{T}.

En effet, B⇒((non A)B \Rightarrow ((\text{non } A) ou B)B) est un théorème d’après C7, donc

« (non A)(\text{non } A) ou BB », c’est-à-dire A⇒BA \Rightarrow B,

est un théorème d’après C1.

C10. Si AA est une relation de T\mathscr{T}, « AA ou (non A)(\text{non } A) » est un théorème de T\mathscr{T}.

En effet, « (non A)(\text{non } A) ou AA » est un théorème d’après C8. On conclut par S3 et C1.

C11. Si AA est une relation de T\mathscr{T}, « A⇒(non non A)A \Rightarrow (\text{non non } A) » est un théorème de T\mathscr{T}.

En effet, cette relation n’est autre que « (non A)(\text{non } A) ou (non non A)(\text{non non } A) » et le critère résulte de C10.

C12. Soient AA et BB deux relations de T\mathscr{T}. La relation

(A⇒B)⇒((non B)⇒(non A)) (A \Rightarrow B) \Rightarrow ((\text{non } B) \Rightarrow (\text{non } A))

est un théorème de T\mathscr{T}.

En effet,

((non A) ou B)⇒((non A) ou (non non B)) ((\text{non } A) \text{ ou } B) \Rightarrow ((\text{non } A) \text{ ou } (\text{non non } B))

est un théorème d’après C11, S4 et C1. D’autre part,

((non A) ou (non non B))⇒((non non B) ou (non A)) ((\text{non } A) \text{ ou } (\text{non non } B)) \Rightarrow ((\text{non non } B) \text{ ou } (\text{non } A))

est un axiome d’après S3. Donc

((non A) ou B)⇒((non non B) ou (non A)) ((\text{non } A) \text{ ou } B) \Rightarrow ((\text{non non } B) \text{ ou } (\text{non } A))

est un théorème d’après C6. Or, c’est la relation à établir.

C13. Soient AA, BB, CC des relations de T\mathscr{T}. Si A⇒BA \Rightarrow B est un théorème de T\mathscr{T},

(B⇒C)⇒(A⇒C) (B \Rightarrow C) \Rightarrow (A \Rightarrow C)

est un théorème de T\mathscr{T}.

En effet, (non B)⇒(non A)(\text{non } B) \Rightarrow (\text{non } A) est un théorème d’après C12 et C1. Donc (C(C ou (non B))⇒(C(\text{non } B)) \Rightarrow (C ou (non A))(\text{non } A)) est un théorème d’après S4 et C1. Par double application de S3 et de C6, on en conclut que ((non B)((\text{non } B) ou C)⇒((non A)C) \Rightarrow ((\text{non } A) ou C)C) est un théorème. Or, ceci est la relation à démontrer.

Nº 3 THÉORIES LOGIQUES E I.27

Désormais, nous emploierons le plus souvent les règles C1 et C6 sans nous y référer expli.

3. Méthodes de démonstration

I. Méthode de l’hypothèse auxiliaire. — Elle repose sur la règle suivante:

C14 (critère de la déduction). Soient AA une relation de T\mathscr{T}, et T′\mathscr{T}' la théorie obtenue en adjoignant AA aux axiomes de T\mathscr{T}. Si BB est un théorème de T′\mathscr{T}', A⇒BA \Rightarrow B est un théorème de T\mathscr{T}. Soit B1,B2,…,BnB_1, B_2, \ldots, B_n une démonstration de T′\mathscr{T}' dans laquelle figure BB. Nous allons montrer de proche en proche que les relations A⇒BkA \Rightarrow B_k sont des théorèmes de T\mathscr{T}. Supposons ceci établi pour les relations qui précèdent BiB_i, et prouvons que A⇒BiA \Rightarrow B_i est un théorème de T\mathscr{T}. Si BiB_i est un axiome de T′\mathscr{T}', BiB_i est, soit un axiome de T\mathscr{T}, soit AA. Dans les deux cas, A⇒BiA \Rightarrow B_i est un théorème de T\mathscr{T}, par application de C9 ou de C8. Si BiB_i est précédée des relations BjB_j et Bj⇒BiB_j \Rightarrow B_i, on sait que A⇒BjA \Rightarrow B_j et A⇒(Bj⇒Bi)A \Rightarrow (B_j \Rightarrow B_i) sont des théorèmes de T\mathscr{T}. Alors (Bj⇒Bi)⇒(A⇒Bi)(B_j \Rightarrow B_i) \Rightarrow (A \Rightarrow B_i) est un théorème de T\mathscr{T} d’après C13. Donc, d’après C6, A⇒(A⇒Bi)A \Rightarrow (A \Rightarrow B_i), c’est-à-dire « (non AA) ou (A⇒Bi)(A \Rightarrow B_i) » est un théorème de T\mathscr{T}, et par suite aussi

((A⇒Bi)ou(nonA))⇒((A⇒Bi)ou(A⇒Bi))((A \Rightarrow B_i) ou (non A)) \Rightarrow ((A \Rightarrow B_i) ou (A \Rightarrow B_i))

d’après S3. Or, (nonA)⇒((nonA)ouBi)(non A) \Rightarrow ((non A) ou B_i), c’est-à-dire (nonA)⇒(A⇒Bi)(non A) \Rightarrow (A \Rightarrow B_i) est un théorème de T\mathscr{T} d’après S2. Par application de S4, on voit que

((A⇒Bi)ou(nonA))⇒((A⇒Bi)ou(A⇒Bi))((A \Rightarrow B_i) ou (non A)) \Rightarrow ((A \Rightarrow B_i) ou (A \Rightarrow B_i))

est un théorème de T\mathscr{T}, donc que « (A⇒Bi)(A \Rightarrow B_i) ou (A⇒Bi)(A \Rightarrow B_i) » est un théorème de T\mathscr{T}. Par S1, on conclut que A⇒BiA \Rightarrow B_i est un théorème de T\mathscr{T}.

En pratique, on indique qu’on va employer ce critère par une phrase du genre suivant: « Supposons que AA soit vraie ». Cette phrase signifie qu’on va raisonner pour un moment dans la théorie T′\mathscr{T}'. On reste dans T′\mathscr{T}' jusqu’à ce que l’on y ait démontré la relation BB. Ceci fait, il est établi que A⇒BA \Rightarrow B est un théorème de T\mathscr{T}, et on continue (s’il y a lieu) à raisonner dans T\mathscr{T} sans indiquer en général qu’on a abandonné T′\mathscr{T}'. La relation AA que l’on a introduite comme nouvel axiome s’appelle l’hypothèse auxiliaire. \* Par exemple, quand on dit: « Soit xx un nombre réel », on construit une théorie dans laquelle la relation « xx est un nombre réel » est une hypothèse auxiliaire.\*

II. Méthode de réduction à l’absurde. — Elle repose sur la règle suivante:

C15. Soient AA une relation de T\mathscr{T}, et T′\mathscr{T}' la théorie obtenue en adjoignant l’axiome « non AA » aux axiomes de T\mathscr{T}. Si T′\mathscr{T}' est contradictoire, AA est un théorème de T\mathscr{T}.

En effet, AA est un théorème de T′\mathscr{T}'. Par suite (méthode de l’hypothèse auxiliaire), (nonA)⇒A(non A) \Rightarrow A est un théorème de T\mathscr{T}. D’après S4,

(Aou(nonA))⇒(AouA)(A ou (non A)) \Rightarrow (A ou A)

est un théorème de T\mathscr{T}. D’après C10, « AA ou AA » est un théorème de T\mathscr{T}. On conclut par application de S1.

En pratique, on indique qu’on va employer ce critère par une phrase du genre suivant: « Supposons que AA soit fausse ». Cette phrase signifie qu’on va raisonner pour un moment dans T′\mathscr{T}'. On reste dans T′\mathscr{T}' jusqu’à ce que l’on ait établi deux théorèmes de la forme BB et « non BB ». Ceci fait, il est établi que AA est un théorème de T\mathscr{T}, ce qu’on indique en général par une phrase du genre suivant : « Or ceci (à savoir, dans les notations précédentes, BB et « non BB ») est absurde; donc AA est vrai ». On revient alors à la théorie T\mathscr{T} dont on s’occupait précédemment.

Comme premières applications de ces méthodes, démontrons les critères suivants :

C16. Si AA est une relation de T\mathscr{T}, (non non AA) ⇒A\Rightarrow A est un théorème de T\mathscr{T}.

En effet, supposons « non non AA » vraie; il faut prouver AA. Supposons AA fausse. Dans la théorie ainsi fondée, « non non AA » et « non AA » sont des théorèmes. Ceci est absurde; donc AA est vraie.

C17. Si AA et BB sont des relations de T\mathscr{T},

((non B)⇒(non A))⇒(A⇒B)((\text{non } B) \Rightarrow (\text{non } A)) \Rightarrow (A \Rightarrow B)

est un théorème de T\mathscr{T}.

En effet, supposons (non B)⇒(non A)(\text{non } B) \Rightarrow (\text{non } A) vraie. Il faut prouver que A⇒BA \Rightarrow B est vraie. Or, supposons AA vraie et prouvons que BB est vraie. Supposons « non BB » vraie. Alors, « non AA » est vraie, ce qui est absurde.

III. Méthode de disjonction des cas. — Elle repose sur la règle suivante:

C18. Soient AA, BB, CC des relations de T\mathscr{T}. Si « AA ou BB », A⇒CA \Rightarrow C, B⇒CB \Rightarrow C sont des théorèmes de T\mathscr{T}, alors CC est un théorème de T\mathscr{T}.

En effet, d’après S4, (A ou B)⇒(A ou C)(A \text{ ou } B) \Rightarrow (A \text{ ou } C), et (C ou A)⇒(C ou C)(C \text{ ou } A) \Rightarrow (C \text{ ou } C) sont des théorèmes de T\mathscr{T}. Compte tenu de S3 et S1, (A ou B)⇒C(A \text{ ou } B) \Rightarrow C est un théorème de T\mathscr{T}; d’où la règle.

Pour démontrer CC, il suffit donc, quand on dispose d’un théorème « AA ou BB », de démontrer CC en adjoignant AA aux axiomes de T\mathscr{T}, puis de démontrer CC en adjoignant BB aux axiomes de T\mathscr{T}. L’intérêt de cette méthode provient du fait que, si « AA ou BB » est vraie, rien ne permet en général d’affirmer que l’une des relations AA, BB soit vraie.

En particulier, d’après C10, si A⇒CA \Rightarrow C, et (non A)⇒C(\text{non } A) \Rightarrow C, sont toutes deux des théorèmes de T\mathscr{T}, CC est un théorème de T\mathscr{T}.

IV. Méthode de la constante auxiliaire. — Elle repose sur la règle suivante:

C19. Soient xx une lettre, AA et BB des relations de T\mathscr{T} telles que:

1° La lettre xx n’est pas une constante de T\mathscr{T} et ne figure pas dans BB.

2° On connaît un terme TT de T\mathscr{T} tel que (T∣x)A(T \mid x)A soit un théorème de T\mathscr{T}.

Soit T′\mathscr{T}' la théorie obtenue en adjoignant AA aux axiomes de T\mathscr{T}. Si BB est un théorème de T′\mathscr{T}', BB est un théorème de T\mathscr{T}.

En effet, A⇒BA \Rightarrow B est un théorème de T\mathscr{T} (critère de la déduction). Puisque xx n’est pas une constante de T\mathscr{T}, (T∣x)(A⇒B)(T \mid x)(A \Rightarrow B) est un théorème de T\mathscr{T} d’après C3. Comme xx ne figure pas dans BB, (T∣x)(A⇒B)(T \mid x)(A \Rightarrow B) est identique, d’après CS5 (I, p. 17), à ((T∣x)A)⇒B((T \mid x)A) \Rightarrow B. Enfin, (T∣x)A(T \mid x)A est un théorème de T\mathscr{T}, donc aussi BB.

Intuitivement, la méthode consiste à utiliser, pour démontrer BB, un objet arbitraire xx (la constante auxiliaire) qu’on suppose doué de certaines propriétés qui sont

N° 4 THÉORIES LOGIQUES E I.29

exprimées par A. \* Par exemple, dans une démonstration de géométrie où il s’agit, entre autres choses, d’une droite D, on peut « prendre » un point xx sur cette droite; la relation A est alors x∈Dx \in D. \* Pour qu’on puisse se servir, au cours d’une démonstration, d’un objet doué de certaines propriétés, il faut évidemment qu’il existe de tels objets. Le théorème (T∣x)A(T \mid x)A, dit théorème de légitimation, garantit cette existence.

En pratique, on indique qu’on va utiliser cette méthode par une phrase du genre suivant : « Soit xx un objet tel que A ». Contrairement à ce qui se passe dans la méthode de l’hypothèse auxiliaire, la conclusion du raisonnement ne concerne pas xx.

4. La conjonction

Soient AA, BB des assemblages. L’assemblage

non ((non A) ou (non B)) \text{non }((\text{non } A)\text{ ou }(\text{non } B))

sera désigné par « AA et BB ».

CS6. Soient AA, BB, TT des assemblages, xx une lettre. L’assemblage (T∣x)(A et B)(T \mid x)(A \text{ et } B) est identique à « (T∣x)A(T \mid x)A et (T∣x)B(T \mid x)B ».

Ceci résulte aussitôt de CS5 (I, p. 17).

CF9. Si AA, BB sont des relations de T\mathscr{T}, « AA et BB » est une relation de T\mathscr{T} (appelée conjonction de AA et de BB).

Ceci résulte aussitôt de CF1 et CF2 (I, p. 19).

C20. Si AA, BB sont des théorèmes de T\mathscr{T}, « AA et BB » est un théorème de T\mathscr{T}.

Supposons « AA et BB » fausse, c’est-à-dire

non non ((non A) ou (non B)) \text{non non }((\text{non } A)\text{ ou }(\text{non } B))

vraie. D’après C16, « (non A)(\text{non } A) ou (non B)(\text{non } B) », c’est-à-dire A⇒(non B)A \Rightarrow (\text{non } B), est vraie, donc « non B\text{non } B » est vraie. Or, ceci est absurde. Donc « AA et BB » est vraie.

C21. Si AA, BB sont des relations de T\mathscr{T}, (A et B)⇒A(A \text{ et } B) \Rightarrow A, (A et B)⇒B(A \text{ et } B) \Rightarrow B sont des théorèmes de T\mathscr{T}.

En effet, les relations

(non A)⇒((non A) ou (non B)), (\text{non } A) \Rightarrow ((\text{non } A)\text{ ou }(\text{non } B)),
(non B)⇒((non A) ou (non B)) (\text{non } B) \Rightarrow ((\text{non } A)\text{ ou }(\text{non } B))

sont des théorèmes de T\mathscr{T} d’après S2 et C7. Or

((non A) ou (non B))⇒non (A et B) ((\text{non } A)\text{ ou }(\text{non } B)) \Rightarrow \text{non }(A \text{ et } B)

est un théorème de T\mathscr{T} d’après C11. Donc

(non A)⇒non(A et B), (\text{non } A) \Rightarrow \text{non}(A \text{ et } B),
(non B)⇒non(A et B) (\text{non } B) \Rightarrow \text{non}(A \text{ et } B)

sont des théorèmes de T\mathscr{T}. On conclut par application de C17.

On convient de désigner par « AA et BB et CC » (resp. « AA ou BB ou CC ») la relation

« AA et (B(B et C)C) » (resp. « AA ou (B(B ou CC) »). Plus généralement, si on a des relations A1,A2,…,AhA_1, A_2, \ldots, A_h, on désigne par « A1A_1 et A2A_2 et ... et AhA_h » une relation qui se construit de proche en proche par la convention que « A1A_1 et A2A_2 et ... et AhA_h » désigne la même relation que « A1A_1 et (A2(A_2 et ... et Ah)A_h) ». On définit de même « A1A_1 ou A2A_2 ou ... ou AhA_h ». La relation « A1A_1 et A2A_2 et ... et AhA_h » est un théorème de T\mathscr{T} si et seulement si chacune des relations A1,A2,…,AhA_1, A_2, \ldots, A_h est un théorème de T\mathscr{T}.

Il en résulte que toute théorie logique T\mathscr{T} est équivalente à une théorie logique T′\mathscr{T}' possédant au plus un axiome explicite. C'est évident si T\mathscr{T} ne possède aucun axiome explicite. Si T\mathscr{T} possède les axiomes expli A1,A2,…,AhA_1, A_2, \ldots, A_h, soit T′\mathscr{T}' la théorie qui admet les mêmes signes et les mêmes schémas que T\mathscr{T}, et l'axiome explicite « A1A_1 et A2A_2 et ... et AhA_h ». On voit aussitôt que tout axiome de T\mathscr{T} (resp. T′\mathscr{T}') est un théorème de T′\mathscr{T}' (resp. T\mathscr{T}).

Soit T0\mathscr{T}_0 la théorie sans axiome explicite qui admet les mêmes signes que T\mathscr{T} et les seuls schémas S1, S2, S3, S4. L'étude de T\mathscr{T} se ramène, en principe, à l'étude de T0\mathscr{T}_0 : pour que la relation AA soit un théorème de T\mathscr{T}, il faut et il suffit qu'il y ait des axiomes A1,A2,…,AhA_1, A_2, \ldots, A_h de T\mathscr{T} tels que (A1(A_1 et A2A_2 et ... et Ah)⇒AA_h) \Rightarrow A soit un théorème de T0\mathscr{T}_0. En effet, la condition est évidemment suffisante. Supposons d'autre part que AA soit un théorème de T\mathscr{T}, et soient A1,A2,…,AhA_1, A_2, \ldots, A_h les axiomes de T\mathscr{T} qui figurent dans une démonstration de T\mathscr{T} contenant AA. Soit T′\mathscr{T}' (resp. T′′\mathscr{T}'') la théorie déduite de T0\mathscr{T}_0 par adjonction des axiomes A1,A2,…,AhA_1, A_2, \ldots, A_h (resp. de l'axiome « A1A_1 et A2A_2 et ... et AhA_h »). La démonstration de AA dans T\mathscr{T} est une démonstration de AA dans T′\mathscr{T}', donc AA est un théorème de T′\mathscr{T}' et par suite de T′′\mathscr{T}'', puisqu'on a vu ci-dessus que T′\mathscr{T}' et T′′\mathscr{T}'' sont équivalentes. D'après le critère de la déduction,

(A1 et A2 et … et Ah)⇒A(A_1 \text{ et } A_2 \text{ et } \ldots \text{ et } A_h) \Rightarrow A

est un théorème de T0\mathscr{T}_0.

Si T\mathscr{T} est contradictoire, il existe d'après ce qui précède une conjonction AA d'axiomes de T\mathscr{T} et une relation RR de T\mathscr{T} telles que A⇒(RA \Rightarrow (R et (non RR)) soit un théorème de T0\mathscr{T}_0. Donc

((non R) ou (non non R))⇒(non A)((\text{non }R) \text{ ou } (\text{non non }R)) \Rightarrow (\text{non }A)

est un théorème de T0\mathscr{T}_0, et comme « (non RR) ou (non non RR) » est un théorème de T0\mathscr{T}_0, « non AA » est un théorème de T0\mathscr{T}_0. Réciproquement, s'il existe une conjonction AA d'axiomes de T\mathscr{T} telle que « non AA » soit un théorème de T0\mathscr{T}_0, AA et « non AA » sont des théorèmes de T\mathscr{T}, de sorte que T\mathscr{T} est contradictoire.

5. L'équivalence

Soient AA et BB des assemblages. L'assemblage

(A⇒B) et (B⇒A)(A \Rightarrow B) \text{ et } (B \Rightarrow A)

sera désigné par A⇔BA \Leftrightarrow B.

CS7. Soient A,B,TA, B, T des assemblages, xx une lettre. L'assemblage (T∣x)(A⇔B)(T|x)(A \Leftrightarrow B) est identique à (T∣x)A⇔(T∣x)B(T|x)A \Leftrightarrow (T|x)B.

Ceci résulte aussitôt de CS5 (I, p. 17) et CS6 (I, p. 29).

CF10. Si AA et BB sont des relations de T\mathscr{T}, A⇔BA \Leftrightarrow B est une relation de T\mathscr{T}.

Ceci résulte aussitôt de CF5 (I, p. 19) et CF9 (I, p. 29).

Si A⇔BA \Leftrightarrow B est un théorème de T\mathscr{T}, nous dirons que AA et BB sont équivalentes dans T\mathscr{T}; si xx est une lettre qui n'est pas une constante de T\mathscr{T}, et si AA et BB sont considérées comme relations en xx, tout terme de T\mathscr{T} qui vérifie l'une vérifie aussi l'autre.

Il résulte des critères C20 et C21 que, pour démontrer dans T\mathscr{T} un théorème de la forme A⇔BA \Leftrightarrow B, il faut et il suffit qu'on puisse démontrer A⇒BA \Rightarrow B et B⇒AB \Rightarrow A dans T\mathscr{T}. Cela se fait souvent en démontrant BB dans la théorie déduite de T\mathscr{T} par adjonction de l'axiome AA, puis en démontrant AA dans la théorie déduite de T\mathscr{T} par adjonction de l'axiome BB. Ces remarques permettent d'établir aussitôt les critères suivants, dont nous laissons la démonstration au lecteur.

C22. Soient AA, BB, CC des relations de T\mathscr{T}. Si A⇔BA \Leftrightarrow B est un théorème de T\mathscr{T}, B⇔AB \Leftrightarrow A est un théorème de T\mathscr{T}. Si A⇔BA \Leftrightarrow B et B⇔CB \Leftrightarrow C sont des théorèmes de T\mathscr{T}, A⇔CA \Leftrightarrow C est un théorème de T\mathscr{T}.

C23. Soient AA et BB des relations équivalentes dans T\mathscr{T}, et CC une relation de T\mathscr{T}. Alors, on a dans T\mathscr{T} les théorèmes suivants :

(non A)⇔(non B);(A⇒C)⇔(B⇒C);(C⇒A)⇔(C⇒B); (\mathrm{non}\ A) \Leftrightarrow (\mathrm{non}\ B) ; \qquad (A \Rightarrow C) \Leftrightarrow (B \Rightarrow C) ; \qquad (C \Rightarrow A) \Leftrightarrow (C \Rightarrow B) ;
(A et C)⇔(B et C);(A ou C)⇔(B ou C). (A \ \mathrm{et}\ C) \Leftrightarrow (B \ \mathrm{et}\ C) ; \qquad (A \ \mathrm{ou}\ C) \Leftrightarrow (B \ \mathrm{ou}\ C).

C24. Soient AA, BB, CC des relations de T\mathscr{T}; on a dans T\mathscr{T} les théorèmes suivants :

(non non A)⇔A;(A⇒B)⇔((non B)⇒(non A)); (\mathrm{non}\ \mathrm{non}\ A) \Leftrightarrow A ; \qquad (A \Rightarrow B) \Leftrightarrow ((\mathrm{non}\ B) \Rightarrow (\mathrm{non}\ A)) ;
(A et A)⇔A;(A et B)⇔(B et A); (A \ \mathrm{et}\ A) \Leftrightarrow A ; \qquad (A \ \mathrm{et}\ B) \Leftrightarrow (B \ \mathrm{et}\ A) ;
(A et (B et C))⇔((A et B) et C); (A \ \mathrm{et}\ (B \ \mathrm{et}\ C)) \Leftrightarrow ((A \ \mathrm{et}\ B) \ \mathrm{et}\ C) ;
(A ou B)⇔non ((non A) et (non B)); (A \ \mathrm{ou}\ B) \Leftrightarrow \mathrm{non}\ ((\mathrm{non}\ A) \ \mathrm{et}\ (\mathrm{non}\ B)) ;
(A ou A)⇔A;(A ou B)⇔(B ou A); (A \ \mathrm{ou}\ A) \Leftrightarrow A ; \qquad (A \ \mathrm{ou}\ B) \Leftrightarrow (B \ \mathrm{ou}\ A) ;
(A ou (B ou C))⇔((A ou B) ou C); (A \ \mathrm{ou}\ (B \ \mathrm{ou}\ C)) \Leftrightarrow ((A \ \mathrm{ou}\ B) \ \mathrm{ou}\ C) ;
(A et (B ou C))⇔((A et B) ou (A et C)); (A \ \mathrm{et}\ (B \ \mathrm{ou}\ C)) \Leftrightarrow ((A \ \mathrm{et}\ B) \ \mathrm{ou}\ (A \ \mathrm{et}\ C)) ;
(A ou (B et C))⇔((A ou B) et (A ou C)); (A \ \mathrm{ou}\ (B \ \mathrm{et}\ C)) \Leftrightarrow ((A \ \mathrm{ou}\ B) \ \mathrm{et}\ (A \ \mathrm{ou}\ C)) ;
(A et (non B))⇔non (A⇒B);(A ou B)⇔((non A)⇒B). (A \ \mathrm{et}\ (\mathrm{non}\ B)) \Leftrightarrow \mathrm{non}\ (A \Rightarrow B) ; \qquad (A \ \mathrm{ou}\ B) \Leftrightarrow ((\mathrm{non}\ A) \Rightarrow B).

C25. Si AA est un théorème de T\mathscr{T} et BB une relation de T\mathscr{T}, (A et B)⇔B(A \ \mathrm{et}\ B) \Leftrightarrow B est un théorème de T\mathscr{T}. Si « non A\mathrm{non}\ A » est un théorème de T\mathscr{T}, (A ou B)⇔B(A \ \mathrm{ou}\ B) \Leftrightarrow B est un théorème de T\mathscr{T}.

En principe, dans tout le reste de ce Traité, les critères C1 à C25 seront désormais utilisés sans référence.

Exercices

See the exercises for § 3.

[^1]: L’expression de ce schéma n’utilisant pas la lettre AA ni le symbole abréviateur ⇒\Rightarrow est la suivante : Lorsqu’on a une relation, on obtient un théorème en écrivant de gauche à droite ∨\vee, ¬\neg, ∨\vee, puis trois fois de suite la relation donnée. Le lecteur pourra s’exercer à traduire de même l’expression des autres schémas. [^2]: Dans le langage courant, le mot « ou » peut avoir deux sens distincts suivant le contexte : lorsqu’on relie deux affirmations par le mot « ou », on peut vouloir affirmer, soit l’une au moins des deux (et éventuellement toutes les deux à la fois), soit l’une à l’exclusion de l’autre.

Transcribed from the printed edition, 2006, Springer. Not translated.