Bourbaki

§ 3. Dérivées et intégrales de fonctions dépendant d’un paramètre

1. Intégrale d’une limite de fonctions dans un intervalle compact

Le th. 1 de II, p. 2, appliqué au cas particulier des primitives de fonctions réglées dans un intervalle compact, se traduit de la manière suivante dans la notation propre aux intégrales:

Proposition 1

Soient AA un ensemble filtré par un filtre F\mathfrak{F}, (fα)α∈A(f_\alpha)_{\alpha \in A} une famille de fonctions réglées dans un intervalle compact I=(a,b)I = (a, b); si les fonctions fαf_\alpha convergent uniformément dans II vers une fonction (réglée) ff suivant le filtre F\mathfrak{F}, on a

lim⁡F∫abfα(t) dt=∫abf(t) dt. \lim_{\mathfrak{F}} \int_a^b f_\alpha(t) \, dt = \int_a^b f(t) \, dt.
(1)

Deux corollaires de cette proposition sont importants dans les applications:

Corollaire 1

Soit (fn)(\mathbf{f}_n) une suite de fonctions réglées dans un intervalle compact I=(a,b)I = (a, b). Si la suite (fn)(\mathbf{f}_n) converge uniformément dans II vers une fonction (réglée) f\mathbf{f}, on a

lim⁡n→∞∫abfn(t) dt=∫abf(t) dt. \lim_{n \to \infty} \int_a^b \mathbf{f}_n(t) \, dt = \int_a^b \mathbf{f}(t) \, dt.
(2)

En particulier, si une série dont le terme général unu_n est une fonction réglée dans II, converge uniformément vers f\mathbf{f} dans II, la série de terme général ∫abun(t)dt\int_a^b u_n(t) dt est convergente et a pour somme ∫abf(t)dt\int_a^b \mathbf{f}(t)dt (« intégration terme à terme d’une série uniformément convergente »).

Corollaire 2

Soient AA une partie d’un espace topologique FF, f\mathbf{f} une application de I×AI \times A dans un espace normé complet EE sur R\mathbf{R}, telle que, pour tout α∈A\alpha \in A, la fonction x↦f(x,α)x \mapsto \mathbf{f}(x, \alpha) soit réglée dans II. Si les fonctions x↦f(x,α)x \mapsto \mathbf{f}(x, \alpha) convergent uniformément dans II vers une fonction (réglée) x↦f(x)x \mapsto \mathbf{f}(x), lorsque α\alpha tend vers un point α0∈A‾\alpha_0 \in \overline{A} en restant dans AA, on a

lim⁡α→α0,α∈A∫abf(x,α) dx=∫abg(x) dx. \lim_{\alpha \to \alpha_0, \alpha \in A} \int_a^b \mathbf{f}(x, \alpha) \, dx = \int_a^b g(x) \, dx.
(3)

En particulier:

Proposition 2 (« continuité d’une intégrale par rapport au paramètre »)

Soient FF un espace compact, I=(a,b)I = (a, b) un intervalle compact de R\mathbf{R}, f\mathbf{f} une application continue de I×FI \times F dans un espace normé complet EE sur R\mathbf{R}; la fonction h(α)=∫abf(α,x) dxh(\alpha) = \int_a^b \mathbf{f}(\alpha, x) \, dx est continue dans FF.

En effet, comme f\mathbf{f} est uniformément continue dans l’espace compact I×FI \times F, les fonctions f(α,x)\mathbf{f}(\alpha, x) convergent uniformément vers f(x,α0)\mathbf{f}(x, \alpha_0) dans II, lorsque α\alpha tend vers un point quelconque α0∈F\alpha_0 \in F.

Voici une application de cette proposition : la fonction (x,α)↦xα(x, \alpha) \mapsto x^\alpha est continue dans le produit I×JI \times J, où I=(a,b)I = (a, b) est un intervalle compact tel que 0<a<b0 < a < b, JJ un intervalle compact quelconque dans R\mathbf{R}; on en conclut que ∫abxαdx\int_a^b x^\alpha dx est une fonction continue de α\alpha dans R\mathbf{R}; or, pour α\alpha rationnel et ≠−1\neq -1, cette fonction est égale à bα+1−aα+1α+1\frac{b^{\alpha+1} - a^{\alpha+1}}{\alpha + 1}, et la fonction α↦bα+1−aα+1α+1\alpha \mapsto \frac{b^{\alpha+1} - a^{\alpha+1}}{\alpha + 1} est continue dans tout intervalle de R\mathbf{R} ne contenant pas −1-1; on a donc (prolongement des identités) ∫abxαdx=bα+1−aα+1α+1\int_a^b x^\alpha dx = \frac{b^{\alpha+1} - a^{\alpha+1}}{\alpha + 1} pour tout α\alpha réel et ≠−1\neq -1; cela signifie encore que, pour tout α\alpha réel, la dérivée de xαx^\alpha est αxα−1\alpha x^{\alpha-1} (cf. III, p. 4).

2. Intégrale d’une limite de fonctions dans un intervalle non compact

Le th. 1 de II, p. 2 s’applique à des fonctions plus générales que les fonctions réglées, puisqu’il suppose seulement que ces fonctions admettent des primitives. On voit donc en particulier que la prop. 1 de II, p. 19 s’applique encore lorsque, dans un intervalle I⊂RI \subset \mathbf{R}, les fonctions fαf_\alpha sont seulement supposées réglées par morceaux et admettant une intégrale dans II; toutefois, ce résultat suppose que soient vérifiées les deux autres hypothèses de la prop. 1, savoir : 1° II est un intervalle borné ; 2° les fαf_\alpha convergent uniformément dans II vers ff. La formule (1) de II, p. 19 peut être inexacte lorsque l’une de ces conditions cesse d’être remplie : il peut se faire alors que l’un ou l’autre des deux membres n’existe pas, ou qu’ils existent tous deux mais aient des valeurs distinctes.

Par exemple, si fnf_n est la fonction réglée dans ]0,1[]0, 1[, définie par fn(x)=nf_n(x) = n pour 0<x<1/n0 < x < 1/n, fn(x)=0f_n(x) = 0 pour 1/n≤x≤11/n \leq x \leq 1, la suite (fn)(f_n) converge vers 0 uniformément dans tout intervalle compact contenu dans ]0,1[]0, 1[, mais non uniformément dans ]0,1[]0, 1[, et on a ∫01fn(t) dt=1\int_0^1 f_n(t) \, dt = 1 pour tout nn. On aurait un exemple où ∫01fn(t) f\int_0^1 f_n(t) \, f ne tend vers aucune limite en remplaçant la suite (fn)(f_n) précédente par la suite ((−1)nfn)((-1)^n f_n) qui converge encore uniformément vers 0 dans tout intervalle compact contenu dans ]0,1[]0, 1[.

D’autre part, dans l’intervalle non borné I=(0,+∞[I = (0, +\infty[, soit fnf_n la fonction réglée telle que fn(x)=1/nf_n(x) = 1/n pour n2≤x≤(n+1)2n^2 \leq x \leq (n+1)^2 et fn(x)=0f_n(x) = 0 pour toute autre valeur de xx dans II (n≥1n \geq 1) ; la suite (fn)(f_n) converge uniformément vers 0 dans II, mais l’intégrale ∫0+∞fn(t) dt=(2n+1)/n\int_0^{+\infty} f_n(t) \, dt = (2n+1)/n tend vers 2 lorsque nn croît indéfiniment.

En d’autres termes, lorsque II est non borné, si on désigne par F\mathscr{F} l’espace vectoriel formé des fonctions ff réglées dans II, à valeurs dans EE, et admettant une intégrale dans II, l’application f↦∫If(t) dtf \mapsto \int_I f(t) \, dt n’est pas continue lorsqu’on munit F\mathscr{F} de la topologie de la convergence uniforme dans II (cf. II, p. 4, cor. 2).

Nous allons chercher des conditions suffisantes pour assurer la validité de la prop. 1, sous les hypothèses suivantes : 1° II est un intervalle quelconque de R\mathbf{R}, fαf_\alpha est réglée dans II, et admet dans II une intégrale ; 2° suivant le filtre F\mathfrak{F}, la famille (fα)(f_\alpha) converge uniformément vers ff dans tout intervalle compact contenu dans II.

Désignant alors par S(I)\mathfrak{S}(I) l’ensemble ordonné filtrant des intervalles compacts contenus dans II (II, p. 15), le premier membre de la formule (1) de II, p. 19 peut s’écrire lim⁡J∈S(I)(lim⁡α∈J∫Jfα(t) dt)\lim_{J \in \mathfrak{S}(I)} (\lim_{\alpha \in J} \int_J f_\alpha(t) \, dt); d’autre part compte tenu de la prop. 1 (II, p. 19) et du fait que la famille (fα)(f_\alpha) est uniformément convergente dans tout intervalle compact J⊂IJ \subset I, le second membre de (1) (II, p. 19) peut s’écrire lim⁡J∈S(I)(lim⁡α∈J∫Jfα(t) dt)\lim_{J \in \mathfrak{S}(I)} (\lim_{\alpha \in J} \int_J f_\alpha(t) \, dt). On voit donc que la prop. 1 de II, p. 19 s’étendra lorsqu’on pourra intervertir les limites de l’application (J,α)↦∫Jfα(t) dt(J, \alpha) \mapsto \int_J f_\alpha(t) \, dt suivant le filtre F\mathfrak{F}, et suivant le filtre des sections Φ\Phi de l’ordonné filtrant S(I)\mathfrak{S}(I). Or, nous connaissons une condition suffisante pour que cette interversion soit licite, savoir l’existence de la limite de l’application (J,α)↦∫Jfα(t) dt(J, \alpha) \mapsto \int_J f_\alpha(t)\ dt suivant le filtre produit Φ×F\Phi \times \mathfrak{F} (TG, I, p. 58, cor. du th. 1). Nous allons transformer cette condition en une condition équivalente plus maniable.

En premier lieu, comme EE est complet, pour que (J,α)↦∫Jfα(t) dt(J, \alpha) \mapsto \int_J f_\alpha(t)\ dt ait une limite suivant Φ×F\Phi \times \mathfrak{F}, il faut et il suffit que, pour tout ε>0\varepsilon > 0, il existe un intervalle compact J0⊂IJ_0 \subset I et un ensemble M∈FM \in \mathfrak{F} tels que, quels que soient les éléments α,β\alpha, \beta de MM et l’intervalle compact J⊃J0J \supset J_0 contenu dans II, on ait

∥∫J0fα(t) dt−∫Jfβ(t) dt∥≤ε. \left\| \int_{J_0} f_\alpha(t)\ dt - \int_J f_\beta(t)\ dt \right\| \leq \varepsilon.

Nous allons montrer d’autre part que cette condition est elle-même équivalente à la condition suivante: pour tout ε>0\varepsilon > 0, il existe un intervalle compact J0⊂IJ_0 \subset I et un ensemble M∈FM \in \mathfrak{F} tels que, quels que soient α∈M\alpha \in M et l’intervalle compact J⊃J0J \supset J_0 contenu dans II, on ait

∥∫J0fα(t) dt−∫Jfα(t) dt∥≤ε. \left\| \int_{J_0} f_\alpha(t)\ dt - \int_J f_\alpha(t)\ dt \right\| \leq \varepsilon.

Il est évident en effet que cette dernière condition est nécessaire; inversement, si elle est satisfaite, il existe (en vertu de la convergence uniforme de (fα)(f_\alpha) dans tout intervalle compact) un ensemble N∈FN \in \mathfrak{F} tel que, quels que soient α,β\alpha, \beta dans NN, on ait

∥∫J0fα(t) dt−∫J0fβ(t) dt∥≤ε; \left\| \int_{J_0} f_\alpha(t)\ dt - \int_{J_0} f_\beta(t)\ dt \right\| \leq \varepsilon;

et par suite, on a ∥∫J0fα(t) dt−∫Jfβ(t) dt∥≤2ε\left\| \int_{J_0} f_\alpha(t)\ dt - \int_J f_\beta(t)\ dt \right\| \leq 2\varepsilon quels que soient α\alpha et β\beta dans M∩N∈FM \cap N \in \mathfrak{F} et quel que soit l’intervalle compact J⊃J0J \supset J_0.

Enfin, le lemme de II, p. 16 nous permet de mettre la dernière condition trouvée sous la forme équivalente suivante: pour tout ε>0\varepsilon > 0, il existe un intervalle compact J0⊂IJ_0 \subset I et un ensemble M∈FM \in \mathfrak{F} (dépendant de ε\varepsilon) tels que, pour tout intervalle compact K⊂IK \subset I n’ayant aucun point intérieur commun avec J0J_0, et tout α∈M\alpha \in M, on ait ∥∫Kfα(t) dt∥≤ε\left\| \int_K f_\alpha(t)\ dt \right\| \leq \varepsilon.

Le plus souvent, on utilise une condition plus restrictive, obtenue en supposant, dans l’énoncé précédent, que l’ensemble MM ne dépende pas de ε\varepsilon:

Définition 1

On dit que l’intégrale* ∫Ifα(t) dt\int_I f_\alpha(t)\ dt est uniformément convergente pour α∈A\alpha \in A (ou uniformément convergente dans AA*) si, pour tout* ε>0\varepsilon > 0, il existe un intervalle compact J0⊂IJ_0 \subset I tel que, pour tout intervalle compact K⊂IK \subset I sans point intérieur commun avec J0J_0, et tout α∈A\alpha \in A, *on ait

∥∫Kfα(t) dt∥≤ε. \left\| \int_K f_\alpha(t)\ dt \right\| \leq \varepsilon.

Cette définition équivaut à dire que la famille des applications α↦∫Ifα(t) dt\alpha \mapsto \int_I f_\alpha(t) \, dt est uniformément convergente dans AA (vers l’application α↦∫Ifα(t) dt\alpha \mapsto \int_I f_\alpha(t) \, dt) suivant le filtre des sections Φ\Phi de F(I)\mathfrak{F}(I); chacune des intégrales ∫Ifα(t)\int_I f_\alpha(t) est a fortiori convergente (la réciproque étant inexacte). En outre, d’après ce que nous venons de voir (ou d’après TG, X, p. 8, cor. 2):

Proposition 3

Soit (fα)(\mathbf{f}_\alpha) une famille de fonctions réglées dans un intervalle II, telles que: 1° suivant le filtre F\mathfrak{F}, la famille (fα)(\mathbf{f}_\alpha) converge uniformément vers une fonction f\mathbf{f} (réglée dans II) dans tout intervalle compact contenu dans II; 2° l’intégrale ∫Ifα(t) dt\int_I \mathbf{f}_\alpha(t) \, dt soit uniformément convergente pour tout α∈A\alpha \in A. Dans ces conditions, l’intégrale ∫If(t) dt\int_I \mathbf{f}(t) \, dt est convergente, et on a

lim⁡F∫Ifα(t) dt=∫If(t) dt. \lim_{\mathfrak{F}} \int_I \mathbf{f}_\alpha(t) \, dt = \int_I \mathbf{f}(t) \, dt.
Les conditions de la prop. 3 sont remplies par exemple lorsque II est un intervalle borné, que les fα\mathbf{f}_\alpha sont uniformément bornées dans II, et convergent uniformément vers f\mathbf{f} dans tout intervalle compact contenu dans II; en effet, si ∥fα(x)∥≤h\| \mathbf{f}_\alpha(x) \| \leq h pour tout x∈Ix \in I et tout α\alpha, et si J0J_0 est tel que la différence entre les longueurs de II et de J0J_0 soit ≤ε/h\leq \varepsilon / h, la condition (7) est vérifiée pour tout intervalle K⊂IK \subset I sans point intérieur commun avec J0J_0.

Comme pour la prop. 1 de II, p. 19, deux corollaires de la prop. 3 sont importants dans les applications:

Corollaire 1

Soit (fn)(\mathbf{f}_n) une suite de fonctions réglées dans un intervalle quelconque II, uniformément convergente vers une fonction f\mathbf{f} dans tout intervalle compact contenu dans II; si l’intégrale ∫Ifn(t) dt\int_I \mathbf{f}_n(t) \, dt est uniformément convergente, l’intégrale ∫If(t) dt\int_I \mathbf{f}(t) \, dt est convergente, et on a

lim⁡n→∞∫Ifn(t) dt=∫If(t) dt. \lim_{n \to \infty} \int_I \mathbf{f}_n(t) \, dt = \int_I \mathbf{f}(t) \, dt.

Remarque

Les hypothèses faites dans ce corollaire sont suffisantes, mais non nécessaires pour la validité de la formule (9); nous généraliserons plus tard cette formule en même temps que la notion d’intégrale (voir INT, IV), et obtiendrons des conditions beaucoup moins restrictives.

Corollaire 2

Soient AA une partie d’un espace topologique FF, f\mathbf{f} une application de I×AI \times A dans un espace normé complet EE sur R\mathbf{R}, telle que, pour tout α∈A\alpha \in A, la fonction x↦f(x,α)x \mapsto \mathbf{f}(x, \alpha) soit réglée dans II. Si, d’une part, les fonctions x↦f(x,α)x \mapsto \mathbf{f}(x, \alpha) convergent uniformément, dans tout intervalle compact contenu dans II, vers une fonction x↦f(x)x \mapsto \mathbf{f}(x), lorsque α\alpha tend vers α0∈A‾\alpha_0 \in \overline{A} en restant dans AA; si, d’autre part, l’intégrale ∫If(x,α) dx\int_I \mathbf{f}(x, \alpha) \, dx est uniformément convergente dans AA, alors l’intégrale ∫If(x) dx\int_I \mathbf{f}(x) \, dx est convergente, et on a

lim⁡α→α0,α∈A∫If(x,α) dx=∫If(x) dx. \lim_{\alpha \to \alpha_0, \alpha \in A} \int_I \mathbf{f}(x, \alpha) \, dx = \int_I \mathbf{f}(x) \, dx.

En particulier:

Proposition 4 (« continuité d’une intégrale impropre par rapport au paramètre »)

Soient F un espace compact, I un intervalle quelconque de R, f une application continue de I × F dans un espace normé complet E sur R ; si l’intégrale h(α) = ∫_I f(x, α) dx est uniformément convergente dans F, elle est fonction continue de α dans F.

Compte tenu de la prop. 2 de II, p. 19, cette proposition résulte aussi de la continuité d’une limite uniforme de fonctions continues (TG, X, p. 9, th. 2).

3. Intégrales normalement convergentes

Soit (f_α)_{α∈A} une famille de fonctions réglées dans un intervalle quelconque I ⊂ R, à valeurs dans un espace normé complet E sur R. Supposons qu’il existe une fonction numérique finie g réglée dans I, telle que, pour tout x ∈ I et tout α ∈ A, on ait \|f_α(x)\| ≤ g(x) et que l’intégrale ∫_I g(t) dt soit convergente. Dans ces conditions, l’intégrale ∫_I f_α(t) dt est absolument et uniformément convergente dans A ; en effet, pour tout intervalle compact K contenu dans I, on a

∥∫Kfα(t) dt∥≤∫Kg(t) dt \left\| \int_K f_\alpha(t) \, dt \right\| \leq \int_K g(t) \, dt

et la convergence de l’intégrale ∫_I g(t) dt entraîne que, pour tout ε > 0, il existe un intervalle compact J ⊂ I tel que, pour tout intervalle compact K ⊂ I ne rencontrant pas J, on ait ∫_K g(t) dt ≤ ε. Lorsqu’il existe une fonction numérique g ayant les propriétés précédentes, on dit que l’intégrale ∫_I f_α(t) dt est normalement convergente dans A (cf. TG, X, p. 22).

Une intégrale peut être uniformément convergente dans A sans être normalement convergente. \* C’est ce qui se passe pour la suite (f_n) de fonctions numériques définies par les conditions f_n(x) = 1/x pour n ≤ x ≤ n + 1, f_n(x) = 0 pour les autres valeurs de x dans I = (1, +∞[. Il est immédiat que l’intégrale ∫_1^{+∞} f_n(t) dt est uniformément convergente, mais elle n’est pas normalement convergente, car la relation g(x) ≥ f_n(x) pour tout x ∈ I et tout n entraîne g(x) ≥ 1/x, et par suite l’intégrale de g dans I n’est pas convergente. \*

En particulier, considérons une série dont le terme général u_n est une fonction réglée dans l’intervalle I, et supposons que la série de terme général \|u_n(x)\| (qui est une fonction réglée dans I) converge uniformément dans tout intervalle compact contenu dans I, et soit telle que la série de terme général ∫_I \|u_n(t)\| dt soit convergente; alors (II, p. 16, prop. 2) la fonction (réglée) g(x), somme de la série de terme général \|u_n(x)\|, est telle que l’intégrale ∫_I g(t) dt soit convergente. Si on pose f_n = ∑_{p=1}^n u_p, l’intégrale ∫_I f_n(t) dt est normalement convergente, car on a

∥fn(x)∥≤∑p=1n∥up(x)∥≤g(x) \|f_n(x)\| \leq \sum_{p=1}^n \|u_p(x)\| \leq g(x)

pour tout x∈Ix \in I et tout nn; par suite, la somme ff de la série de terme général unu_n est une fonction réglée dans II telle que l’intégrale ∫If(t) dt\int_I f(t)\, dt soit convergente, et on a

∫If(t) dt=∑n=1∞∫Iun(t) dt \int_I f(t)\, dt = \sum_{n=1}^\infty \int_I u_n(t)\, dt

(« intégration terme à terme d’une série dans un intervalle non compact »).

4. Dérivée par rapport à un paramètre d’une intégrale dans un intervalle compact

Soient AA un voisinage compact d’un point x0x_0 dans le corps R\mathbf{R} (resp. le corps C\mathbf{C}), I=[a, b]I = [a,\ b] un intervalle compact dans R\mathbf{R}, ff une application continue de I×AI \times A dans un espace normé complet EE sur R\mathbf{R} (resp. C\mathbf{C}). On a vu (II, p. 19, prop. 2) que, dans ces conditions, g(α)=∫abf(t, α) dtg(\alpha) = \int_a^b f(t,\ \alpha)\, dt est une fonction continue dans AA. Cherchons des conditions suffisantes pour que gg admette une dérivée au point x0x_0. On a, pour α≠x0\alpha \neq x_0

g(α)−g(x0)α−x0=∫abf(t, α)−f(t, x0)α−x0 dt \frac{g(\alpha) - g(x_0)}{\alpha - x_0} = \int_a^b \frac{f(t,\ \alpha) - f(t,\ x_0)}{\alpha - x_0}\, dt

donc (II, p. 19, cor. 2), si les fonctions x↦f(x, α)−f(x, x0)α−x0x \mapsto \frac{f(x,\ \alpha) - f(x,\ x_0)}{\alpha - x_0} convergent uniformément dans II vers une fonction (nécessairement continue) x↦h(x)x \mapsto h(x) lorsque α\alpha tend vers x0x_0 (en restant ≠x0\neq x_0), gg admet une dérivée égale à ∫abh(t) dt\int_a^b h(t)\, dt au point x0x_0; d’ailleurs, pour chaque x∈Ix \in I, f(x, α)−f(x, x0)α−x0\frac{f(x,\ \alpha) - f(x,\ x_0)}{\alpha - x_0} tend vers h(x)h(x), donc h(x)h(x) est la dérivée au point x0x_0 de l’application α↦f(x, α)\alpha \mapsto f(x,\ \alpha); nous désignerons cette dérivée (dite dérivée partielle de ff par rapport à α\alpha) par la notation fα′(x, x0)f'_\alpha(x,\ x_0); les hypothèses faites entraînent donc que

g′(α0)=∫abfα′(t, x0) dt. g'(\alpha_0) = \int_a^b f'_\alpha(t,\ x_0)\, dt.

La proposition suivant donne une condition suffisante plus simple pour la validité de la formule (12):

Proposition 5

On suppose que la dérivée partielle* fα′(x, x)f'_\alpha(x,\ x) existe pour tout x∈Ix \in I et tout α\alpha appartenant à un voisinage ouvert VV de x0x_0, et que, pour tout α∈V\alpha \in V, l’application x↦fα′(x, α)x \mapsto f'_\alpha(x,\ \alpha) soit réglée dans II. Dans ces conditions, si x↦fα′(x, α)x \mapsto f'_\alpha(x,\ \alpha) converge uniformément dans II vers x↦fα′(x, x0)x \mapsto f'_\alpha(x,\ x_0) lorsque α\alpha tend vers x0x_0, la fonction g(α)=∫abf(t, α) dtg(\alpha) = \int_a^b f(t,\ \alpha)\, dt admet au point x0x_0 une dérivée donnée par la formule (12).

En effet, pour tout ε>0\varepsilon > 0, il existe par hypothèse r>0r > 0 tel que ∣α−x0∣≤r|\alpha - x_0| \leq r entraîne ∥fα′(x,α)−fα′(x,α0)∥≤ε\| \mathbf{f}'_\alpha(x, \alpha) - \mathbf{f}'_\alpha(x, \alpha_0) \| \leq \varepsilon quel que soit x∈Ix \in I. D’après les prop. 3 et 5 de I, p. 25, on a, pour ∣α−α0∣≤r|\alpha - \alpha_0| \leq r (α≠α0\alpha \neq \alpha_0) et pour tout x∈Ix \in I

∥f(x,α)−f(x,α0)α−α0−fα′(x,α0)∥≤ε \left\| \frac{\mathbf{f}(x, \alpha) - \mathbf{f}(x, \alpha_0)}{\alpha - \alpha_0} - \mathbf{f}'_\alpha(x, \alpha_0) \right\| \leq \varepsilon

ce qui prouve la convergence uniforme de f(x,α)−f(x,α0)α−α0\frac{\mathbf{f}(x, \alpha) - \mathbf{f}(x, \alpha_0)}{\alpha - \alpha_0} vers fα′(x,α0)\mathbf{f}'_\alpha(x, \alpha_0) dans II lorsque α\alpha tend vers α0\alpha_0 (en restant ≠α0\neq \alpha_0), et établit donc la formule (12).

Corollaire

Si la dérivée partielle fα′(x,α)\mathbf{f}'_\alpha(x, \alpha) existe dans I×VI \times V et est fonction continue de (x,α)(x, \alpha) dans cet ensemble, la fonction gg admet au point α0\alpha_0 une dérivée donnée par la formule (12).

En effet, si WW est un voisinage compact de α0\alpha_0 contenu dans VV, l’application (x,α)↦fα′(x,α)(x, \alpha) \mapsto \mathbf{f}'_\alpha(x, \alpha) est uniformément continue dans l’ensemble compact I×WI \times W, donc fα′(x,α)\mathbf{f}'_\alpha(x, \alpha) tend uniformément vers fα′(x,α0)\mathbf{f}'_\alpha(x, \alpha_0) dans II lorsque α\alpha tend vers α0\alpha_0.

De la prop. 5, on déduit une proposition plus générale permettant de calculer la dérivée d’une intégrale lorsque, non seulement la fonction intégrée f\mathbf{f}, mais aussi les limites d’intégration, dépendent du paramètre α\alpha:

Proposition 6

Les conditions de la prop. 5 étant supposées vérifiées, soient a(α),b(α)a(\alpha), b(\alpha) deux fonctions définies dans VV, à valeurs dans II; si les dérivées a′(α0),b′(α0)a'(\alpha_0), b'(\alpha_0) existent et sont finies, la fonction g(α)=∫a(α)b(α)f(t,α)dtg(\alpha) = \int_{a(\alpha)}^{b(\alpha)} \mathbf{f}(t, \alpha) dt admet au point α0\alpha_0 une dérivée donnée par la formule

g′(α0)=∫a(α0)b(α0)fα′(t,α0) dt+b′(α0)f(b(α0),α0)−a′(α0)f(a(α0),α0). g'(\alpha_0) = \int_{a(\alpha_0)}^{b(\alpha_0)} \mathbf{f}'_\alpha(t, \alpha_0) \, dt + b'(\alpha_0) \mathbf{f}(b(\alpha_0), \alpha_0) - a'(\alpha_0) \mathbf{f}(a(\alpha_0), \alpha_0).

En effet, pour tout α∈V\alpha \in V distinct de α0\alpha_0, on peut écrire

g(α)−g(α0)α−α0=∫a(α0)b(α0)f(t,α)−f(t,α0)α−α0 dt+1α−α0∫b(α0)b(α)f(t,α) dt \frac{g(\alpha) - g(\alpha_0)}{\alpha - \alpha_0} = \int_{a(\alpha_0)}^{b(\alpha_0)} \frac{\mathbf{f}(t, \alpha) - \mathbf{f}(t, \alpha_0)}{\alpha - \alpha_0} \, dt + \frac{1}{\alpha - \alpha_0} \int_{b(\alpha_0)}^{b(\alpha)} \mathbf{f}(t, \alpha) \, dt
−1α−α0∫a(α0)a(α)f(t,α) dt. - \frac{1}{\alpha - \alpha_0} \int_{a(\alpha_0)}^{a(\alpha)} \mathbf{f}(t, \alpha) \, dt.

D’après la prop. 5 de II, p. 24, la première intégrale du second membre tend vers ∫a(α0)b(α0)fα′(t,α0) dt\int_{a(\alpha_0)}^{b(\alpha_0)} \mathbf{f}'_\alpha(t, \alpha_0) \, dt lorsque α\alpha tend vers α0\alpha_0. Dans la seconde, nous allons remplacer f(t,α)\mathbf{f}(t, \alpha) par f(b(α0),α0)\mathbf{f}(b(\alpha_0), \alpha_0), et montrer que la différence tend vers 0. Posons M=Max(∥f(b(α0),α0)∥,∣b′(α0)∣+1)M = \mathrm{Max}(\|\mathbf{f}(b(\alpha_0), \alpha_0)\|, |b'(\alpha_0)| + 1); la fonction b(α)b(\alpha) étant continue au point α0\alpha_0, et la fonction f\mathbf{f} continue au point (b(α0),α0)(b(\alpha_0), \alpha_0), pour tout ε\varepsilon tel que 0<ε<10 < \varepsilon < 1, il existe r>0r > 0 tel que la relation ∣α−α0∣≤r|\alpha - \alpha_0| \leq r entraîne ∥f(t,α)−f(b(α0),α0)∥≤ε\|\mathbf{f}(t, \alpha) - \mathbf{f}(b(\alpha_0), \alpha_0)\| \leq \varepsilon pour tout tt appartenant à l’intervalle d’extrémités b(α0)b(\alpha_0) et b(α)b(\alpha); on peut aussi supposer que la relation ∣α−α0∣≤r|\alpha - \alpha_0| \leq r entraîne ∣b(α)−b(α0)α−α0−b′(α0)∣≤ε\left| \frac{b(\alpha) - b(\alpha_0)}{\alpha - \alpha_0} - b'(\alpha_0) \right| \leq \varepsilon.

D’après la formule de la moyenne (II, p. 12, formule (17)), on a donc

∥1α−α0∫b(α0)b(α)f(t,α) dt−b(α)−b(α0)α−α0f(b(α0),α0)∥≤∣b(α)−b(α0)α−α0∣ε \left\| \frac{1}{\alpha - \alpha_0} \int_{b(\alpha_0)}^{b(\alpha)} \mathbf{f}(t, \alpha) \, dt - \frac{b(\alpha) - b(\alpha_0)}{\alpha - \alpha_0} \mathbf{f}(b(\alpha_0), \alpha_0) \right\| \leq \left| \frac{b(\alpha) - b(\alpha_0)}{\alpha - \alpha_0} \right| \varepsilon

et par suite

∥1α−α0∫b(α0)b(α)f(t,α) dt−b′(α0)f(b(α0),α0)∥≤2Mε \left\| \frac{1}{\alpha - \alpha_0} \int_{b(\alpha_0)}^{b(\alpha)} \mathbf{f}(t, \alpha) \, dt - b'(\alpha_0) \mathbf{f}(b(\alpha_0), \alpha_0) \right\| \leq 2M \varepsilon

ce qui montre que 1α−α0∫b(α0)b(α)f(t,α) dt\frac{1}{\alpha - \alpha_0} \int_{b(\alpha_0)}^{b(\alpha)} \mathbf{f}(t, \alpha) \, dt tend vers b′(α0)f(b(α0),α0)b'(\alpha_0) \mathbf{f}(b(\alpha_0), \alpha_0). De la même manière, on montre que 1α−α0∫a(α0)a(α)f(t,α) dt\frac{1}{\alpha - \alpha_0} \int_{a(\alpha_0)}^{a(\alpha)} \mathbf{f}(t, \alpha) \, dt tend vers a′(α0)f(a(α0),α0)a'(\alpha_0) \mathbf{f}(a(\alpha_0), \alpha_0).

5. Dérivée par rapport à un paramètre d’une intégrale dans un intervalle non compact

L’ensemble V ayant la même signification que dans la prop. 5 de II, p. 24, supposons maintenant que I soit un intervalle quelconque de R\mathbf{R}, f\mathbf{f} une application continue de I×VI \times V dans E; si l’intégrale g(α)=∫If(t,α) dtg(\alpha) = \int_I \mathbf{f}(t, \alpha) \, dt existe pour tout α∈V\alpha \in V et est fonction continue de α\alpha, la fonction gg n’a pas nécessairement au point α0\alpha_0 une dérivée égale à ∫Ifα′(t,α0) dt\int_I \mathbf{f}'_\alpha(t, \alpha_0) \, dt, même si fα′(x,α)\mathbf{f}'_\alpha(x, \alpha) converge uniformément vers fα′(x,α0)\mathbf{f}'_\alpha(x, \alpha_0) dans tout intervalle compact contenu dans I, et si l’intégrale ∫Ifα′(t,α) dt\int_I \mathbf{f}'_\alpha(t, \alpha) \, dt existe pour tout α∈V\alpha \in V (cf. II, p. 35, exerc. 3).

Une condition suffisante pour que la formule (12) (II, p. 24) soit encore valable dans ce cas est donnée par la proposition suivante:

Proposition 7

Soit I un intervalle quelconque de R\mathbf{R}, f\mathbf{f} une fonction continue dans I×VI \times V. On suppose que: 1° la dérivée partielle fα′(x,α)\mathbf{f}'_\alpha(x, \alpha) existe pour tout x∈Ix \in I et tout α∈V\alpha \in V, et, pour tout α∈V\alpha \in V, l’application x↦fα′(x,α)x \mapsto \mathbf{f}'_\alpha(x, \alpha) est réglée dans I; 2° pour tout α∈V\alpha \in V, fα′(x,β)\mathbf{f}'_\alpha(x, \beta) converge uniformément vers fα′(x,α)\mathbf{f}'_\alpha(x, \alpha) dans tout intervalle compact contenu dans I, lorsque β\beta tend vers α\alpha; 3° l’intégrale ∫Ifα′(t,α) dt\int_I \mathbf{f}'_\alpha(t, \alpha) \, dt est uniformément convergente dans V; 4° l’intégrale ∫If(t,α0) dt\int_I \mathbf{f}(t, \alpha_0) \, dt est convergente.

Dans ces conditions, l’intégrale g(α)=∫If(t,α) dtg(\alpha) = \int_I \mathbf{f}(t, \alpha) \, dt est uniformément convergente dans V, et la fonction g admet en tout point de V une dérivée donnée par la formule

g′(α)=∫Ifα′(t,α) dt. g'(\alpha) = \int_I \mathbf{f}'_\alpha(t, \alpha) \, dt.

La convergence uniforme dans V de l’intégrale ∫Ifα′(t,α) dt\int_I \mathbf{f}'_\alpha(t, \alpha) \, dt signifie que la fonction α↦∫Jfα′(t,α) dt\alpha \mapsto \int_J f'_\alpha(t, \alpha) \, dt converge uniformément dans V suivant le filtre des sections Φ\Phi de l’ordonné filtrant t(I)\mathfrak{t}(I) des intervalles compacts J contenus dans I. Posons uJ(α)=∫Jf(t,α)dtu_J(\alpha) = \int_J f(t, \alpha)dt; les hypothèses montrent d’une part que uJ(α0)u_J(\alpha_0) a une limite suivant Φ\Phi, et d’autre part, en vertu de la prop. 5 de II, p. 24, que uJ′(α)=∫Jfα′(t,α) dtu'_J(\alpha) = \int_J f'_\alpha(t, \alpha) \, dt pour tout α∈V\alpha \in V. Nous pouvons donc appliquer le th. 1 de II, p. 2, aux fonctions uJu_J, le rôle de l’ensemble d’indices étant tenu ici par t(I)\mathfrak{t}(I), celui du filtre sur cet ensemble par le filtre Φ\Phi; la proposition en résulte aussitôt.

Remarque 1

Les conditions 1° et 2° de la prop. 7 sont remplies a fortiori lorsque fα′(x,α)f'_\alpha(x, \alpha) est fonction continue de (x,α)(x, \alpha) dans I×VI \times V.

Remarque 2

Lorsque, dans une intégrale ∫a(α)b(α)f(t,α) dt\int_{a(\alpha)}^{b(\alpha)} f(t, \alpha) \, dt, les extrémités de l’intervalle d’intégration sont des fonctions finies du paramètre, l’étude de cette intégrale en fonction de α\alpha peut se rattacher à celle d’une intégrale dans [0,1][0, 1]; en effet, par le changement de variable t=a(α)(1−u)+b(α)ut = a(\alpha)(1-u) + b(\alpha)u, on a

∫a(α)b(α)f(t,α) dt=∫01f(a(α)(1−u)+b(α)u,α)(b(α)−a(α)) du. \int_{a(\alpha)}^{b(\alpha)} f(t, \alpha) \, dt = \int_0^1 f(a(\alpha)(1-u) + b(\alpha)u, \alpha)(b(\alpha) - a(\alpha)) \, du.

6. Interversion des intégrations

Soient I=[a,b]I = [a, b] et A=[c,d]A = [c, d] deux intervalles compacts de R\mathbf{R}; soit ff une fonction continue dans I×AI \times A, à valeurs dans un espace normé complet EE sur R\mathbf{R}; d’après la prop. 2 de II, p. 19, ∫abf(x,α) dx\int_a^b f(x, \alpha) \, dx est fonction continue de α\alpha dans AA; son intégrale ∫cd(∫abf(x,α) dx)dα\int_c^d (\int_a^b f(x, \alpha) \, dx) d\alpha se note aussi, pour simplifier ∫cddα∫abf(x,α) dx\int_c^d d\alpha \int_a^b f(x, \alpha) \, dx.

Proposition 8

Si ff est continue dans I×AI \times A, on a

∫cddα∫abf(x,α) dx=∫abdx∫cdf(x,α) dα \int_c^d d\alpha \int_a^b f(x, \alpha) \, dx = \int_a^b dx \int_c^d f(x, \alpha) \, d\alpha
(« formule d’interversion des intégrations »).

Nous allons montrer que, pour tout y∈Ay \in A, on a

∫cydα∫abf(x,α) dx=∫abdx∫cyf(x,α) dα. \int_c^y d\alpha \int_a^b f(x, \alpha) \, dx = \int_a^b dx \int_c^y f(x, \alpha) \, d\alpha.

Comme les deux membres de (16) sont des fonctions de yy égales pour y=cy = c, il suffira de prouver qu’elles sont dérivables dans ]c,d[]c, d[ et que leurs dérivées sont égales en tout point de cet intervalle. Si on pose g(α)=∫abf(x,α) dxg(\alpha) = \int_a^b f(x, \alpha) \, dx, h(x,y)=∫cyf(x,α) dxh(x, y) = \int_c^y f(x, \alpha) \, dx, la relation (16) s’écrit

∫cyg(α) dα=∫abh(x,y) dx. \int_c^y g(\alpha) \, d\alpha = \int_a^b h(x, y) \, dx.

Or, la dérivée du premier membre par rapport à yy est g(y)g(y), celle du second est ∫abhy′(x,y) dx\int_a^b h_y'(x, y) \, dx d’après II, p. 25, corollaire, puisque hy′(x,y)=f(x,y)h_y'(x, y) = f(x, y) est continue dans I×AI \times A; les deux expressions ainsi obtenues sont bien identiques.

Supposons maintenant que A=[c,d]A = [c, d] soit un intervalle compact dans R\mathbf{R}, II un intervalle quelconque dans R\mathbf{R}; soit f\mathbf{f} une fonction continue dans I×AI \times A, à valeurs dans EE, telle que l’intégrale f(α)=∫If(t,α) dt\mathbf{f}(\alpha) = \int_I \mathbf{f}(t, \alpha) \, dt soit convergente pour tout α∈A\alpha \in A; même si g(α)g(\alpha) est continue dans AA, on ne peut pas toujours intervertir les intégrations dans l’intégrale ∫cddα∫If(t,α) dt\int_c^d d\alpha \int_I \mathbf{f}(t, \alpha) \, dt, car l’intégrale ∫Idt∫cdf(t,α) dα\int_I dt \int_c^d \mathbf{f}(t, \alpha) \, d\alpha peut ne pas exister, ou être distincte de l’intégrale ∫cddα∫If(t,α) dt\int_c^d d\alpha \int_I \mathbf{f}(t, \alpha) \, dt (cf. II, p. 36, exerc. 7). On a toutefois le résultat suivant:

Proposition 9

Si la fonction* f\mathbf{f} est continue dans I×AI \times A, et si l’intégrale ∫If(t,α) dt\int_I \mathbf{f}(t, \alpha) \, dt est uniformément convergente dans AA, l’intégrale ∫Idt∫cdf(t,α) dα\int_I dt \int_c^d \mathbf{f}(t, \alpha) \, d\alpha est convergente, et on a

∫cddα∫If(t,α) dt=∫Idt∫cdf(t,α) dα. \int_c^d d\alpha \int_I \mathbf{f}(t, \alpha) \, dt = \int_I dt \int_c^d \mathbf{f}(t, \alpha) \, d\alpha.
(17)

Pour tout intervalle compact JJ contenu dans II, posons uJ(α)=∫Jf(t,α) dtu_J(\alpha) = \int_J \mathbf{f}(t, \alpha) \, dt. L’hypothèse entraîne que suivant le filtre des sections Φ\Phi de l’ordonné filtrant k(I)k(I), la fonction continue uJu_J converge uniformément dans AA vers ∫If(t,α) dt\int_I \mathbf{f}(t, \alpha) \, dt; donc (II, p. 19, prop. 1), ∫cddα∫Jf(t,α) dt\int_c^d d\alpha \int_J \mathbf{f}(t, \alpha) \, dt a pour limite ∫cddα∫If(t,α) dt\int_c^d d\alpha \int_I \mathbf{f}(t, \alpha) \, dt suivant Φ\Phi; mais, d’après la prop. 8 (II, p. 27), on a

∫cddα∫Jf(t,α) dt=∫Jdt∫cdf(t,α) dα. \int_c^d d\alpha \int_J \mathbf{f}(t, \alpha) \, dt = \int_J dt \int_c^d \mathbf{f}(t, \alpha) \, d\alpha.
(18)

Le résultat précédent signifie donc que l’intégrale ∫Idt∫cdf(t,α) dα\int_I dt \int_c^d \mathbf{f}(t, \alpha) \, d\alpha est convergente, et en passant à la limite suivant Φ\Phi dans la relation (18), on obtient (17).

Exercises

Exercices

See the exercises for § 3.

Transcribed from the printed volume. Not translated.