§ 1. Intégrale supérieure d’une fonction positive
1. Intégrale supérieure d’une fonction positive semi-continue inférieurement
Soient X un espace localement compact, μ une mesure positive sur X ; on sait que μ est une fonction croissante dans l’ensemble réticulé K+(X) (que nous noterons aussi K+).
Nous désignerons par I+(X) (ou simplement I+) l’ensemble des fonctions numériques positives, finies ou non, et semi-continues inférieurement dans X. Rappelons que la somme d’une famille quelconque de fonctions de I+ appartient à I+; le produit d’une fonction de I+ par un nombre fini α>0 appartient à I+; l’enveloppe supérieure d’une famille quelconque de fonctions de I+ et l’enveloppe inférieure d’une famille finie de fonctions de I+ appartiennent aussi à I+ (Top. gén., chap. IV, § 6, n° 2, prop. 2 et th. 4). Nous utiliserons en outre le lemme suivant :
Lemme 1
Toute fonction f∈I+ est l’enveloppe supérieure de l’ensemble (filtrant pour la relation ⩽) des fonctions g∈K+ telles que g⩽f.
En effet, pour tout x∈X tel que f(x)>0, et pour tout nombre réel fini a tel que 0<a<f(x), il existe par hypothèse un voisinage compact V de x tel que f(y)≥a dans V; d’autre part, il existe une fonction g∈K+, de support contenu dans V, égale à a au point x et ≤a dans V (Top. gén., chap. IX, § 1, n° 5, th. 2); on a donc 0≤g≤f et g(x)≥a, ce qui démontre le lemme.
Définition 1
Etant donnée une mesure positive μ sur X, on appelle intégrale supérieure d’une fonction f∈J+ (par rapport à μ) le nombre positif (fini ou égal à +∞)
μ∗(f)=g∈K+,g≤fsupμ(g).
Pour toute fonction f∈K+, il est clair que μ∗(f)=μ(f), autrement dit μ∗ est un prolongement de μ à J+.
Exemple
Soient X un espace discret, μ une mesure positive sur X, et posons α(x)=μ(φ{x}) pour tout x∈X. Toute fonction numérique f définie dans X est alors continue; pour une telle fonction f≥0, on a μ∗(f)=∑x∈Xα(x)f(x), en convenant de poser α(x)f(x)=0 lorsque α(x)=0 et f(x)=+∞. En effet, on a
x∈X∑α(x)f(x)=Msup(x∈M∑α(x)f(x)), où M parcourt l’ensemble des parties finies de X. S’il existe
x0∈X tel que
f(x0)=+∞ et
α(x0)>0, on a
∑x∈Mα(x)f(x)=+∞ dès que
x0∈M, et d’autre part, pour tout entier
n>0, on a
f≥n⋅φ{x0}, donc
μ∗(f)≥nα(x0), et par suite
μ∗(f)=+∞. Si au contraire
α(x)=0 en tous les points où
f(x)=+∞, la fonction g égale à
f aux points
x∈M où
α(x)>0, à 0 ailleurs, appartient à
K+, et l’on a, en vertu des conventions faites,
μ(g)=∑x∈Mα(x)f(x), ce qui prouve encore la relation
μ∗(f)=∑x∈Xα(x)f(x).
Proposition 1
Pour tout nombre réel fini α>0 et toute fonction f∈J+, on a
(1)
μ∗(αf)=αμ∗(f).
Proposition 2
Sur l’ensemble J+, la fonction μ∗ est croissante.
Les démonstrations sont immédiates à partir de la déf. 1.
Théorème 1
Soit H un ensemble non vide de fonctions de J+, filtrant pour la relation ≤. Pour toute mesure positive μ sur X, on a
(2)
μ∗(g∈Hsupg)=g∈Hsupμ∗(g)=g∈Hlimμ∗(g).
Posons f=supg∈Hg. Nous démontrerons d’abord le théorème dans le cas particulier où les fonctions g∈H et leur enveloppe supérieure f appartiennent à K+. Il résulte alors du th. de Dini (Top. gén., chap. X, 2e éd., § 4, n° 1, th. 1) que le filtre des sections de H converge uniformément vers f dans toute partie compacte de X, et en particulier dans le support K de f. Comme 0≤g≤f pour toute fonction g∈H, le support de toute fonction de H est contenu dans K ; mais par définition μ est continue dans l’espace vectoriel K(X,K;C) des fonctions continues à support contenu dans K, pour la topologie de la convergence uniforme ; d’où la relation (2) dans ce cas.
Passons au cas général. Il est clair que μ∗(g)≤μ∗(f) pour toute fonction g∈H. D’après la déf. 1, tout revient à montrer que, pour toute fonction ψ∈K+ telle que ψ≤f, on a
μ(ψ)≤g∈Hsupμ∗(g).
Pour toute fonction g∈H, soit Φg l’ensemble des fonctions φ∈K+ telles que φ≤g, et soit Φ la réunion des ensembles Φg lorsque g parcourt H ; comme H est filtrant, il en est de même de Φ, et on a f=supφ∈Φφ. Comme ψ≤f, ψ est l’enveloppe supérieure de l’ensemble des fonctions inf(ψ,φ) lorsque φ parcourt Φ ; mais comme ψ et les fonctions inf(ψ,φ) appartiennent à K+, la première partie de la démonstration prouve que μ(ψ)=supφ∈Φμ(inf(ψ,φ)). Or, chaque φ∈Φ appartient à un ensemble Φg, donc
μ(inf(ψ,φ))≤μ(φ)≤μ∗(g)≤g∈Hsupμ∗(g)
d’où l’on déduit aussitôt que μ(ψ)≤supg∈Hμ∗(g). Nous avons donc prouvé que μ∗(f)=supg∈Hμ∗(g); la relation μ∗(f)=limg∈Hμ∗(g) est alors une conséquence du théorème de la limite monotone (Top. gén., chap. IV, § 5, n° 2, th. 2).
Théorème 2
Si f1 et f2 sont deux fonctions de J+, on a
(3)
μ∗(f1+f2)=μ∗(f1)+μ∗(f2).
En effet, lorsque φ1 (resp. φ2) parcourt l’ensemble des fonctions de K+ telles que φ1≤f1 (resp. φ2≤f2), les fonctions φ1+φ2 forment un ensemble filtrant (pour ≤) dont l’enveloppe supérieure est f1+f2. En vertu du th. 1, on a donc
μ∗(f1+f2)=supμ(φ1+φ2)=sup(μ(φ1)+μ(φ2)),
(φ1,φ2) parcourant l’ensemble des couples de fonctions de K+ telles que φ1≤f1 et φ2≤f2; comme on a
sup(μ(φ1)+μ(φ2))=supμ(φ1)+supμ(φ2)
(Top. gén., chap. IV, § 5, n° 7, cor. 2 de la prop. 12), le théorème est démontré.
Proposition 3
Pour toute famille* (fi)i∈I de fonctions de I+, *on a
μ∗(i∈I∑fi)=i∈I∑μ∗(fi).
En effet, pour toute partie finie J de I, il résulte du th. 2 (par récurrence sur le nombre d’éléments de J) que μ∗(∑i∈Jfi)=∑i∈Jμ∗(fi); lorsque J parcourt l’ensemble des parties finies de I, les fonctions gJ=∑i∈Jfi appartiennent à I+ et forment un ensemble filtrant pour la relation ≤, dont l’enveloppe supérieure est la fonction ∑i∈Ifi; la proposition résulte donc du th. 1.
Proposition 4
Soit* f une fonction de I+. L’application μ↦μ∗(f) de l’ensemble M+(X) des mesures positives sur X, dans la droite achevée Rˉ, est semi-continue inférieurement pour la topologie vague sur M+(X) (chap. III, § 1, n° 9).
En effet, cette application est par définition l’enveloppe supérieure des applications μ↦μ(g), où g parcourt l’ensemble des fonctions de K+ telles que g≤f; et par définition de la topologie vague, les applications μ↦μ(g) sont continues dans M(X).
2. Mesure extérieure d’un ensemble ouvert
Etant donné un ensemble ouvert G⊂X, sa fonction caractéristique φG est semi-continue inférieurement dans X (Top. gén., chap. IV, § 6, n° 2, cor. de la prop. 1). On peut donc poser la définition suivante:
Définition 2
Etant donnée une mesure positive μ sur X, pour tout ensemble ouvert G⊂X, on appelle mesure extérieure de G, et l’on note μ∗(G), l’intégrale supérieure μ∗(φG).
La mesure extérieure d’un ensemble ouvert G est donc un nombre ⩾0, fini ou égal à +∞. On a μ∗(∅)=0. En outre μ∗(X)=∥μ∥, comme le montre la formule (23) du chap. III, § 1, n° 8.
Proposition 5
La mesure extérieure d’un ensemble ouvert relativement compact G est finie.
En effet, il existe alors une fonction f∈K+ telle que φG⩽f (chap. III, § 1, n° 2, lemme 1), d’où
μ∗(G)=μ∗(φG)⩽μ∗(f)=μ(f)<+∞. Un ensemble ouvert de mesure extérieure finie n’est pas toujours relativement compact (exerc. 3).
Proposition 6
Si G1 et G2 sont deux ensembles ouverts tels que G1⊂G2, on a μ∗(G1)⩽μ∗(G2).
En effet, la relation G1⊂G2 équivaut à φG1⩽φG2.
Proposition 7
Soit G un ensemble de parties ouvertes de X, filtrant pour la relation ⊂; on a
μ∗(G∈G⋃G)=G∈Gsupμ∗(G). En effet, les fonctions
φG forment un ensemble filtrant (pour
⩽) dans
J+ et leur enveloppe supérieure est la fonction caractéristique de la réunion des ensembles
G∈G; la proposition est donc une conséquence du th. 1.
Proposition 8
Soit (Gi)i∈I une famille quelconque d’ensembles ouverts; on a
μ∗(i∈I⋃Gi)⩽i∈I∑μ∗(Gi). En outre, si les
Gi sont deux à deux sans point commun, on a
μ∗(i∈I⋃Gi)=i∈I∑μ∗(Gi). En effet, si
G=⋃i∈IGi, on a
φG=supi∈IφGi⩽∑i∈IφGi; lorsque les
Gi sont deux à deux sans point commun,
φG=∑i∈IφGi; la proposition est donc conséquence du th. 1 et de la prop. 3.
Exemple
Prenons X=R, et soit μ la mesure de Lebesgue sur R (chap. III, § 1, n° 3); nous allons déterminer la mesure extérieure d’un intervalle ouvert G=]a,b[ (−∞≤a<b≤+∞). Supposons d’abord a et b finis. Pour toute fonction de f de K+ telle que f≤φG, on a, d’après le th. de la moyenne,
∫−∞+∞f(x)dx=∫abf(x)dx≤b−a,
d’où μ∗(G)≤b−a. D’autre part, pour tout ε>0, il existe une fonction f∈K+ telle que f≤φG et f(x)=1 pour a+ε≤x≤b−ε; d’où μ∗(G)≥b−a−2ε; comme ε est arbitraire, on a
μ∗(G)=b−a;
en d’autres termes, la mesure extérieure de G est égale à sa longueur. Ce résultat s’étend aussitôt au cas où G est un intervalle ouvert illimité, puisqu’il contient alors des intervalles ouverts bornés de longueur arbitrairement grande; on a donc dans ce cas μ∗(G)=+∞.
Soit maintenant G un ensemble ouvert quelconque dans R; G est une réunion d’un ensemble dénombrable (fini ou infini) d’intervalles ouverts ]ak,bk[, deux à deux sans point commun (Top. gén., chap. IV, § 2, n° 5, prop. 2); on a par suite
μ∗(G)=k∑(bk−ak)
(prop. 8); autrement dit:
Proposition 9
Pour la mesure de Lebesgue sur R, la mesure extérieure d’un ensemble ouvert dans R est égale à la somme des longueurs de ses composantes connexes.
On notera en particulier que si G est un ensemble ouvert dans R tel que μ∗(G)=0, G est vide.
3. Intégrale supérieure d’une fonction positive
Pour toute fonction numérique f≥0 (finie ou non) définie dans X, il existe des fonctions h∈J+ telles que f≤h, ne serait-ce que la constante +∞.
Définition 3
Soit μ une mesure positive sur X; pour toute fonction numérique f≥0 (finie ou non) définie dans X, on appelle intégrale supérieure de f (par rapport à μ) le nombre positif (fini ou égal à +∞)
μ∗(f)=h≥f,h∈I+infμ∗(h).
Lorsque f∈I+, le nombre μ∗(f) ainsi défini est égal à l’intégrale supérieure définie dans la déf. 1, puisque μ∗ est croissante dans I+.
Au lieu de la notation μ∗(f), nous utiliserons aussi les notations ∫∗fdμ, ∫∗f(x)dμ(x), ∫∗fμ et ∫∗f(x)μ(x).
Exemple
Si X est un espace discret, μ une mesure positive sur X et si l’on pose α(x)=μ(φ{x}), on a μ∗(f)=∑x∈Xα(x)f(x) pour toute fonction numérique f≥0 définie dans X, puisqu’une telle fonction est continue (n° 1, Exemple).
Proposition 10
Si f et g sont deux fonctions numériques ≥0 définies dans X et telles que f≤g, on a μ∗(f)≤μ∗(g).
Proposition 11
Pour tout nombre réel fini α>0 et toute fonction numérique f≥0 définie dans X, on a
μ∗(αf)=αμ∗(f).
Proposition 12
Si f1 et f2 sont deux fonctions numériques ≥0 définies dans X, on a
μ∗(f1+f2)≤μ∗(f1)+μ∗(f2).
En effet, pour toute fonction h1∈I+ telle que f1≤h1 et toute fonction h2∈I+ telle que f2≤h2, on a, en vertu du th. 2,
μ∗(f1+f2)≤μ∗(h1+h2)=μ∗(h1)+μ∗(h2)
d’où (Top. gén., chap. IV, § 5, n° 7, cor. 2 de la prop. 12)
μ∗(f1+f2)≤h1≥f1,h1∈I+infμ∗(h1)+h2≥f2,h2∈I+infμ∗(h2)
ce qui n’est autre que l’inégalité (9).
Les prop. 10, 11 et 12 expriment que μ∗ est une fonction croissante, positivement homogène et convexe dans l’ensemble des fonctions numériques ≥0 définies dans X (chap. I, n° 1). On notera que si f1 et f2 sont deux fonctions positives quelconques, les deux membres de (9) ne sont pas nécessairement égaux (§ 4, exerc. 8 d)); nous donnerons au § 5, n° 6 des conditions moyennant lesquelles l’égalité a lieu.
Théorème 3
Pour toute suite croissante (fn) de fonctions numériques ⩾0 définies dans E, on a
μ∗(nsupfn)=nsupμ∗(fn).
Comme chacune des fonctions fn est au plus égale à supnfn, tout revient à prouver que μ∗(supnfn)⩽supnμ∗(fn); c’est évident si le second membre de cette inégalité est +∞. Dans le cas contraire, on a μ∗(fn)<+∞ pour tout n; nous allons montrer que, pour tout ε>0, il existe une suite croissante (gn) de fonctions de I+ telle que fn⩽gn et que μ∗(gn)⩽μ∗(fn)+ε. Si g est l’enveloppe supérieure de la suite (gn), on aura μ∗(g)=supnμ∗(gn) (n° 1, th. 1), d’où μ∗(g)⩽supμ∗(fn)+ε; comme supfn⩽g et que ε est arbitraire, le théorème sera démontré.
Par hypothèse, il existe une fonction hn∈I+ telle que fn⩽hn et que μ∗(fn)⩽μ∗(hn)⩽μ∗(fn)+2nε; montrons que les fonctions gn=sup(h1,h2,…,hn) répondent à la question. Elles appartiennent à I+, forment une suite croissante, et l’on a fn⩽gn pour tout n; nous allons prouver qu’on a
μ∗(gn)⩽μ∗(fn)+ε(1−2n1).
Raisonnons par récurrence sur n; le cas n=1 est trivial. On a d’autre part gn+1=sup(gn,hn+1), gn⩾fn et hn+1⩾fn+1⩾fn, d’où inf(gn,hn+1)⩾fn; comme on a
inf(gn,hn+1)+sup(gn,hn+1)=gn+hn+1,
il résulte du th. 2 du n° 1 que
μ∗(gn+1)=μ∗(gn)+μ∗(hn+1)−μ∗(inf(gn,hn+1))
⩽μ∗(gn)+μ∗(hn+1)−μ∗(fn)⩽μ∗(fn+1)+ε(1−2n1)+2n+1ε
=μ∗(fn+1)+ε(1−2n+11).
C.Q.F.D.
Corollaire
Soit F un ensemble de fonctions numériques ⩾0, filtrant pour la relation ⩽ et tel qu’il existe une partie cofinale dénombrable G de F (Ens., chap. III, § 1, n° 7); on a
μ∗(f∈Fsupf)=f∈Fsupμ∗(f). En effet, il existe une suite croissante de fonctions de
G ayant même enveloppe supérieure que
F: si
(fn) est la suite des fonctions de
G, rangées dans un ordre quelconque, soit
(fnk) une suite partielle définie par récurrence par les conditions
n1=1,
fnk+1⩾sup(fnk,fk); il est clair que cette suite partielle a les propriétés indiquées.
Proposition 13
Pour tout suite (fn) de fonctions numériques ⩾0, définies dans X, on a
μ∗(n=1∑∞fn)⩽n=1∑∞μ∗(fn). Il suffit d’appliquer la relation (10) à la suite croissante des fonctions
gn=∑k=1nfk en tenant compte de ce que, d’après (9), on a
μ∗(gn)⩽k=1∑nμ∗(fk). Au § 5, n° 6, nous donnerons des conditions moyennant lesquelles les deux membres de (12) sont égaux.
Proposition 14 (lemme de Fatou)
Pour toute suite (fn) de fonctions numériques ⩾0, on a
μ∗(n→∞liminffn)⩽n→∞liminfμ∗(fn).
En effet, pour tout entier n, posons gn=infp≥0fn+p; la suite (gn) est croissante, et l’on a lim.inffn=supn→∞gn, d’où, en vertu de (10),
μ∗(lim.inffn)=n→∞supμ∗(gn); mais comme
gn≤fn+p pour
p≥0, on a
μ∗(gn)≤μ∗(fn+p), d’où
μ∗(gn)≤infp≥0μ∗(fn+p), et finalement
μ∗(lim.inffn)≤n→∞sup(p≥0infμ∗(fn+p))=lim.n→∞infμ∗(fn).
Corollaire
Soit (fn) une suite de fonctions numériques ≥0 telle que, pour tout x∈X, limn→∞fn(x)=+∞. Si la mesure μ n’est pas nulle, on a limn→∞μ∗(fn)=+∞.
En effet, si f0 est la fonction constante égale à +∞, f0 est l’enveloppe supérieure de toutes les fonctions de K+, et comme μ=0, on a μ∗(f0)>0; mais comme f0=αf0 pour tout α>0, on a nécessairement μ∗(f0)=+∞ (prop. 11). L’inégalité (13) montre alors que μ∗(fn) tend vers +∞ avec n.
Proposition 15
Pour tout scalaire α>0 et tout couple de mesures positives μ,ν sur X, on a
(αμ)∗=αμ∗ (μ+ν)∗=μ∗+ν∗. En outre, la relation
μ≤ν entraîne
μ∗≤ν∗.
Démontrons la relation (15). Posons λ=μ+ν; on a donc λ(f)=μ(f)+ν(f) pour f∈K+; pour f∈J+, la valeur de λ∗(f) (resp. μ∗(f), ν∗(f)) est la limite de λ(g) (resp. μ(g), ν(g)) lorsque g parcourt l’ensemble filtrant (pour ≤) des g∈K+ telles que g≤f; on a donc λ∗(f)=μ∗(f)+ν∗(f). Enfin, si f est une fonction ≥0 quelconque définie dans X, λ∗(f) (resp. μ∗(f), ν∗(f)) est la limite de λ∗(h) (resp. μ∗(h), ν∗(h)) lorsque h parcourt l’ensemble filtrant (pour ≥) des fonctions h∈J+ telles que h≥f; on a donc encore, par passage à la limite, λ∗(f)=μ∗(f)+ν∗(f), ce qui démontre (15). On établit de même la relation (14). Enfin, si μ≤ν, on peut écrire ν=μ+(ν−μ), où ν−μ≥0, donc ν∗=μ∗+(ν−μ)∗, ce qui montre que μ∗≤ν∗.
4. Mesure extérieure d’un ensemble quelconque
Définition 4
Soit μ une mesure positive sur X; pour toute partie A de X, on appelle mesure extérieure de A (pour la mesure μ), et on note μ∗(A), l’intégrale supérieure μ∗(φA).
La mesure extérieure d’un ensemble est donc un nombre ≥0, fini ou égal à +∞, qui coïncide pour les ensembles ouverts avec la mesure extérieure définie dans la déf. 2 du n° 2.
Proposition 16
Si A et B sont deux parties de X telles que A⊂B, on a μ∗(A)≤μ∗(B).
Corollaire
Tout ensemble relativement compact dans X est de mesure extérieure finie.* En effet, un tel ensemble est contenu dans un ensemble ouvert relativement compact (Top. gén., chap. I, 3e éd., § 9, n° 7, prop. 10), dont la mesure extérieure est finie (n° 2, prop. 5).
Proposition 17
Si (An) est une suite croissante de parties de X, on a*
μ∗(n⋃An)=nsupμ∗(An).
Proposition 18
Pour toute suite (An) de parties de X, on a*
μ∗(n⋃An)≤n∑μ∗(An). Ces propositions sont les traductions des prop. 10 et 13 et du th. 3 du n° 3 pour les fonctions caractéristiques d’ensembles.
Proposition 19
Pour toute partie A de X, μ∗(A) est la borne inférieure des mesures extérieures des ensembles ouverts contenant A.* La proposition est évidente si μ∗(A)=+∞. Dans le cas contraire, pour tout ε tel que 0<ε<1, il existe une fonction f∈J+ telle que φA≤f et μ∗(A)≤μ∗(f)≤μ∗(A)+ε. Soit G l’ensemble des x∈X tels que f(x)>1−ε. Comme f est semi-continue inférieurement, G est ouvert (Top. gén., chap. IV, § 6, n° 2, prop. 1) et contient A ; on a d’autre part f≥(1−ε)φG, d’où
μ∗(G)≤1−ε1μ∗(f)≤1−ε1(μ∗(A)+ε); comme
ε est arbitraire, on voit que
μ∗(G) diffère d’aussi peu qu’on veut de
μ∗(A), d’où la proposition.
Exercices
See the exercises for § 1.