Bourbaki

Introduction aux chapitres IV, V et VI

L’étude des groupes semi-simples (analytiques ou algébriques) et de leurs algèbres de Lie conduit à la considération des structures de systèmes de racines, groupes de Coxeter et systèmes de Tits. Les chapitres IV, V et VI sont consacrés à ces structures.

Pour orienter le lecteur, nous en donnons ci-dessous quelques exemples.

I. Soient gg une algèbre de Lie semi-simple complexe et h\mathfrak{h} une sous-algèbre de Cartan de gg (*). Une racine de gg par rapport à h\mathfrak{h} est une forme linéaire non nulle α\alpha sur h\mathfrak{h} telle qu’il existe un élément xx non nul de gg avec [h,x]=α(h)x[h, x] = \alpha(h)x pour tout h∈hh \in \mathfrak{h}. Ces racines forment dans l’espace vectoriel h∗\mathfrak{h}^* dual de h\mathfrak{h} un système de racines réduit RR. La donnée de RR détermine gg à un isomorphisme près et tout système de racines réduit est isomorphe à un système de racines obtenu de cette manière. Un automorphisme de gg laissant stable h\mathfrak{h} définit un automorphisme de h∗\mathfrak{h}^* laissant RR invariant, et l’on obtient ainsi tout automorphisme de RR. Le groupe de Weyl de RR se compose des automorphismes de h∗\mathfrak{h}^* définis par les automorphismes intérieurs de gg laissant stable h\mathfrak{h}; c’est un groupe de Coxeter.

Soient GG un groupe de Lie complexe connexe, d’algèbre de Lie gg, et Γ\Gamma le sous-groupe de h\mathfrak{h} formé des éléments hh tels que exp⁡G(2πih)=1\exp_G(2\pi i h) = 1. Soit R∨R^\vee le système de racines dans h\mathfrak{h} inverse de RR, soit Q(R∨)Q(R^\vee) le sous-groupe de h\mathfrak{h} engendré par R∨R^\vee et soit P(R∨)P(R^\vee) le sous-groupe associé au sous-groupe Q(R)Q(R) de h∗\mathfrak{h}^* engendré par RR (i.e. l’ensemble des h∈hh \in \mathfrak{h} tels que λ(h)\lambda(h) soit entier pour tout λ∈Q(R)\lambda \in Q(R)). On a alors P(R∨)⊃Γ⊃Q(R∨)P(R^\vee) \supset \Gamma \supset Q(R^\vee). De plus le centre de GG est canoniquement isomorphe à P(R∨)/ΓP(R^\vee)/\Gamma et le groupe fondamental de GG à Γ/Q(R∨)\Gamma/Q(R^\vee). En particulier, Γ\Gamma est égal à P(R∨)P(R^\vee) si GG est le groupe adjoint et Γ\Gamma est égal à Q(R∨)Q(R^\vee) si GG est simplement connexe. Enfin les poids des représentations linéaires de dimension finie de GG sont les éléments du sous-groupe de h∗\mathfrak{h}^* associé à Γ\Gamma.

(*) Nous utilisons librement dans cette Introduction la terminologie traditionnelle ainsi que les notions définies dans les chapitres IV, V et VI.

II. Soit G un groupe de Lie réel compact connexe semi-simple et soit g son algèbre de Lie. Soient T un tore maximal de G, d’algèbre de Lie t, et X le groupe des caractères de T. Soit R l’ensemble des éléments α non nuls de X tels qu’il existe un élément x non nul de g avec (Ad t).x = α(t)x pour tout t ∈ T. Identifions X à un réseau de l’espace vectoriel réel V = X ⊗_Z R; alors R est un système de racines réduit dans V. Soit N le normalisateur de T dans G; l’action de N sur T définit un isomorphisme du groupe N/T sur le groupe de Weyl de R. On a P(R) ⊃ X ⊃ Q(R); de plus, on a X = P(R) si G est simplement connexe et X = Q(R) si le centre de G est réduit à l’élément neutre.

L’algèbre de Lie g_{(C)} complexifiée de g est semi-simple et t_{(C)} en est une sous-algèbre de Cartan. Il existe un isomorphisme canonique de V_{(C)} sur le dual de t_{(C)} qui transforme R en le système de racines de g_{(C)} par rapport à t_{(C)}.

III. Soit G un groupe algébrique semi-simple connexe sur un corps commutatif k. Soient T un élément maximal de l’ensemble des tores de G déployés sur k et X le groupe des caractères de T (homomorphismes de T dans le groupe multiplicatif). On identifie X à un réseau de l’espace vectoriel réel V = X ⊗_Z R. Les racines de G par rapport à T sont les éléments α non nuls de X tels qu’il existe un élément x non nul de l’algèbre de Lie g de G avec (Ad t).x = α(t)x pour tout point t de T. On obtient ainsi un système de racines R dans V, qui n’est pas nécessairement réduit. Soient N le normalisateur et Z le centralisateur de T dans G et soient N(k) et Z(k) leurs groupes de points rationnels sur k. L’action de N(k) sur T définit un isomorphisme de N(k)/Z(k) sur le groupe de Weyl de R.

Soit U un élément maximal de l’ensemble des sous-groupes unipotents de G, définis sur k et normalisés par Z. Posons P = Z . U. On a P(k) = Z(k) . U(k) et P(k) ∩ N(k) = Z(k). De plus, il existe une base (α₁, ..., αₙ) de R telle que les poids de T dans U soient les racines de R positives pour cette base; le quadruplet (G(k), P(k), N(k), S), où S désigne l’ensemble des éléments de N(k)/Z(k) correspondant grâce à l’isomorphisme défini plus haut aux symétries s_{αᵢ} ∈ W(R) associées aux racines αᵢ, est un système de Tits.

IV. Dans la théorie des groupes algébriques semi-simples sur un corps local, on rencontre des systèmes de Tits dont le groupe W est le groupe de Weyl affine d’un système de racines. Soit, par exemple, G = SL(n + 1, Q_p) (avec n ≥ 1). Soit B le groupe des matrices (a_{ij}) ∈ SL(n + 1, Z_p) telles que a_{ij} ∈ pZ_p pour i < j et soit N le sous-groupe de G formé des matrices n’ayant qu’un seul élément non nul dans chaque ligne et dans chaque colonne. Il existe alors une partie S de N/(B ∩ N) telle que le quadruplet (G, N, B, S) soit un système de Tits. Le groupe W = N/(B ∩ N) est le groupe de Weyl affine d’un système de racines de type A_n; c’est un groupe de Coxeter infini.

Pour la rédaction de ces trois chapitres, de nombreuses conversations avec J. Tits nous ont apporté une aide précieuse. Nous l’en remercions très amicalement.

Transcribed from the printed volume. Not translated.