§ 1. Sous-groupes et groupes quotients de
1. Sous-groupes fermés de
Proposition 1
Tout sous-groupe fermé du groupe additif , distinct de et de , est un groupe discret de la forme , où (autrement dit, est formé des multiples entiers de ).
Montrons d’abord que tout sous-groupe non discret de est partout dense. Si un sous-groupe de n’est pas discret, pour tout , il existe un point de appartenant à l’intervalle ; comme les multiples entiers de appartiennent à , tout intervalle de longueur contient un tel multiple, c’est-à-dire que est partout dense dans .
Tout sous-groupe fermé distinct de est donc discret. Reste à montrer que tout sous-groupe discret de , non réduit à , est de la forme , où . Or, la relation montre que l’ensemble des éléments de n’est pas vide; si , l’intersection de l’intervalle et de est un ensemble compact et discret, donc fini; soit le plus petit des éléments de contenus dans ; pour tout , posons (partie entière de ); on a et ; d’après la définition de , , ce qui prouve que .
2. Groupes quotients de
Tout groupe quotient séparé de est de la forme , où est un sous-groupe fermé de (III, p. 13, prop. 18); donc, d’après la prop. 1 de V, p. 1:
Proposition 2
Les groupes quotients séparés de , non réduits à l’élément neutre, sont les groupes ().
Si et sont des nombres , l’automorphisme de transforme en ; donc (III, p. 17, Remarque 3) les groupes quotients et sont isomorphes; en d’autres termes:
Proposition 3
Tout groupe quotient séparé de , distinct de et non réduit à l’élément neutre, est isomorphe au groupe .
Définition 1
Le groupe topologique () est appelé groupe additif des nombres réels modulo . On désigne par le groupe topologique ; en tant qu’espace topologique, est appelé tore à une dimension (par abus de langage, on appelle aussi « tore à une dimension » le groupe topologique ).
Remarque 1
La relation (mod. ) s’écrit plus souvent (mod. ) ou simplement (), et se lit « et sont congrus modulo »; elle signifie donc que est un multiple entier de . Lorsque est entier, la relation induite sur par cette relation d’équivalence n’est autre que la congruence modulo (A, I, p. 46), ce qui justifie la notation précédente.
Remarque 2
Comme nous le verrons dans VI, p. 12, l’espace topologique est homéomorphe au cercle du plan numérique ; le produit est homéomorphe à un tore de révolution dans (VII, p. 22, exerc. 15); d’où le nom de « tore à une dimension » employé pour désigner (au chap. VII, p. 9, nous appellerons de même le « tore à dimensions »).*.
Proposition 4
Le tore est un espace homéomorphe à l’espace quotient d’un intervalle fermé quelconque de , obtenu en identifiant les extrémités de cet intervalle; il est compact, connexe et localement connexe.
En effet, tout est congru (mod. 1) à un nombre de l’intervalle , savoir ; donc est image de cet intervalle par l’application canonique de sur , et par suite est compact et connexe (I, p. 62, th. 2 et I, p. 82, prop. 4). D’autre part, deux éléments distincts de l’intervalle ne peuvent être congrus (mod. 1) que si ce sont les extrémités; de la compacité de , on conclut donc que est homéomorphe à l’espace quotient de obtenu en identifiant ses extrémités (I, p. 63, cor. 4 et I, p. 78, prop. 8). Enfin, comme est un sous-groupe discret de , est localement isomorphe à (III, p. 13, prop. 19), et en particulier localement connexe (ce qui est aussi conséquence de I, p. 85, prop. 12).
Remarque
On observera que l’application canonique de sur , restreinte à l’intervalle semi-ouvert , est une application bijective et continue de cet intervalle sur ; son application réciproque est continue en tout point de distinct de , discontinue au point . On identifie parfois l’espace avec l’intervalle , muni de la topologie image réciproque par de celle de (I, p. 13); cette topologie est bien entendu distincte de la topologie induite sur par celle de .
3. Homomorphismes continus de dans lui-même
Proposition 5
Tout homomorphisme continu du groupe topologique dans lui-même est de la forme , où ; c’est un automorphisme du groupe topologique si .
En effet, pour tout et tout entier , on a ; en remplaçant par , on en tire , si ; d’où quels que soient les entiers et , ; autrement dit, pour tout nombre rationnel , . Si maintenant est un nombre réel quelconque, on a, en vertu de la continuité de dans ,
En particulier, si , on a , d’où la proposition.
Le groupe des automorphismes du groupe topologique est donc isomorphe au groupe multiplicatif des nombres réels non nuls.
Corollaire
Soit un groupe topologique isomorphe à ; pour tout , il existe un homomorphisme continu et un seul de dans , tel que ; cet homomorphisme est un isomorphisme de sur si est distinct de l’élément neutre de .
4. Définition locale d’un homomorphisme continu de dans un groupe topologique
Étant donnés un groupe et une partie de engendrant , il est clair que, si deux homomorphismes de dans un groupe prennent la même valeur en tout point de , ils sont égaux. Mais les valeurs dans d’un homomorphisme de dans ne peuvent en général être prises arbitrairement; et étant notés multiplicativement, ces valeurs doivent satisfaire à la condition
pour tout couple tel que et ; cette condition nécessaire n’est d’ailleurs pas suffisante en général.
En particulier, un isomorphisme local d’un groupe topologique à un groupe topologique ne peut pas toujours se prolonger en un homomorphisme (continu ou non) de dans . Par exemple, un isomorphisme local de à ne peut se prolonger en un homomorphisme de dans : en effet, si est défini dans un voisinage de , il existe un entier tel que la classe (mod. ) de appartienne à ; comme est un élément d’ordre dans , son image par tout homomorphisme de dans est nécessairement , donc distincte de par hypothèse.
Le groupe topologique jouit à cet égard de la propriété suivante:
Proposition 6
Soit un intervalle de , contenant et non réduit à ce point; soit une application continue de dans un groupe topologique (noté multiplicativement), telle que pour tout couple de points tels que et . Il existe un homomorphisme continu et un seul de dans qui prolonge .
L’unicité du prolongement de (s’il existe) résulte des remarques qui précédent, puisque I engendre le groupe ; reste à en démontrer l’existence.
Si est un entier , et si on a et , on a , comme on le voit par récurrence sur , en observant que, dans ces conditions, on a pour tout entier tel que . Posons ; est la droite , ou bien l’un des intervalles , suivant que 0 est ou non intérieur à ; si , on a dès que est un entier assez grand. Soit , et soient deux entiers tels que et ; on a , donc
par conséquent, l’élément de G est le même pour tous les entiers satisfaisant à la condition . Désignons cet élément par ; est une application de dans G, qui coïncide avec dans I et est donc continue au point 0 (par rapport à ). Soient deux éléments de , un entier assez grand pour que l’on ait ; on a
ce qui prouve que et sont permutables; par définition de , on a donc . Si , la proposition est démontrée. Sinon, supposons par exemple qu’on ait ; pour tout , posons
La relation reste alors valable quels que soient , ; c’est immédiat pour et ; pour , on a , d’où la propriété annoncée; de même pour , car on a alors ; démonstrations analogues pour et . On voit donc que est un homomorphisme de dans G; on a par suite (élément neutre de G), et comme est une fonction continue par rapport à , elle a au point 0 une limite à droite égale à ; comme , a aussi au point 0 une limite à gauche égale à ; elle est donc continue en 0, ce qui achève la démonstration.
Corollaire
Soit un isomorphisme local de à un groupe topologique ; il existe un morphisme strict et un seul de sur un sous-groupe ouvert de , qui coïncide avec en tous les points d’un voisinage de 0.
En effet, soit l’homomorphisme continu de dans G qui coïncide avec en tous les points d’un intervalle ouvert I contenant 0 et contenu dans l’ensemble où est défini ; contient par hypothèse un voisinage de l’élément neutre de G, donc (III, p. 7, corollaire) est un sous-groupe ouvert de G; en outre, est un morphisme strict de sur , d’après III, p. 16, prop. 24.
Proposition 7
Tout groupe topologique connexe G, localement isomorphe à , est isomorphe à ou à .
En effet, un isomorphisme local de à G se prolonge en un morphisme strict de sur un sous-groupe ouvert de G (cor. de la prop. 6), donc sur G lui-même puisque G est connexe. Il s’ensuit que G est isomorphe à un groupe quotient de ; comme il est séparé et non réduit à l’élément neutre (puisqu’il est localement isomorphe à ), il est isomorphe à ou à d’après la prop. 3 de V, p. 2.
Exercices
See the exercises for § 1.