§ 15. Variétés d’applications[^1]
Dans ce paragraphe, on suppose ou . La lettre désigne un entier et la lettre un élément de tel que ; on a si .
15.1. Fonctions de classe
Dans ce n°, désigne un espace de Banach réel, et des espaces de Banach sur , un ouvert de et une application de dans . On munit , et de normes compatibles avec leurs structures d’espaces de Banach.
15.1.1 («Cas différentiable»).
On suppose et . On dit que est de classe (ou simplement ) si elle possède des dérivées partielles itérées (1.7.2) continues pour tout couple d’entiers positifs tels que et . Il revient au même de dire que les dérivées partielles itérées existent et sont de classe pour tout entier tel que . Si , cela équivaut à dire que est de classe ; si , cela équivaut à dire que est de classe et de classe .
Si est de classe , et si , , la fonction a une dérivée partielle par rapport à donnée par:
15.1.2 («Cas analytique»).
On suppose . Pour tout entier , notons l’espace des polynômes-continus homogènes de degré sur à valeurs dans , muni de la norme définie dans l’Appendice du premier fascicule, p. 88, A.2.
On dit que est de classe (ou simplement s’il n’y a pas d’ambiguïté sur ) si, pour tout point , il existe un voisinage de dans , des nombres réels et et des fonctions (), de classe (pour la structure de variété différentielle sous-jacente à la structure de K-variété de ), tels que:
(i) , où est la boule ouverte de rayon dans ;
(ii) si et , on a ;
(iii) si et , on a .
Ces propriétés entraînent:
(iv) Pour tout , la fonction est de classe dans , et l’on a
On ne change pas la définition des fonctions de classes si l’on remplace la condition (ii) ci-dessus par l’une des deux conditions suivantes:
(ii’) Les définissent un morphisme de classe de dans l’espace de Banach réel sous-jacent au K-espace de Banach (3.1.1 et 3.1.2).
(ii’’) Les définissent un morphisme de classe de dans l’espace de Banach réel sous-jacent au K-espace de Banach (3.1.5).
15.1.3. Supposons . Pour que soit de classe , il faut et il suffit que soit de classe (15.1.1) et que, pour tout , il existe un voisinage de dans et des nombres réels positifs et tels que
pour tout , tout et tout .
15.1.4. Supposons . Pour que soit de classe , il faut et il suffit que les deux conditions suivantes soient vérifiées:
a) est de classe pour les structures réelles sous-jacentes à et .
b) Pour tout , est une application -linéaire de dans .
Lorsque est de dimension finie, on peut remplacer a) par:
a’) est de classe .
15.1.5. L’ensemble des applications de classe de dans ne dépend pas du choix des normes sur .
15.1.6. Soit une variété différentielle de classe , soit un ouvert de , et soit une application de dans . Soit une carte de la variété . Notons l’ouvert de image par de et l’application de dans telle que
L’application est dite de classe si, pour toute carte de la variété , l’application est de classe au sens de 15.1.1 et 15.1.2; il suffit que cette condition soit réalisée pour une famille de cartes dont les domaines recouvrent . Une telle application est de classe (pour les structures réelles sous-jacentes de et ); sa restriction à l’ensemble est un K-morphisme de classe pour tout .
15.1.7. Soient et des variétés différentielles de classe , et un morphisme de classe . Soit (resp. ) un ouvert de (resp. de ) et soit une application de dans . On dit que est un -morphisme de classe si et si est une application de classe (15.1.6) de dans .
Soient de même une variété de classe , un ouvert de , où est un K-espace de Banach, et un morphisme de classe de dans . Si (resp. ) est un -morphisme (resp. -morphisme) de classe de dans (resp. de dans ), le composé est un -morphisme de classe de dans .
15.2. Variété de classe au-dessus d’une variété de classe
Dans tout ce n°, on note une variété différentielle de classe .
15.2.1. Soit un ensemble muni d’une application . On appelle carte de au-dessus de un triplet , où est une partie de , un K-espace de Banach, et une bijection de sur un ouvert de telle que .
Soit une famille de cartes de au-dessus de . On dit que les sont -compatibles si, pour tout couple d’éléments de , les deux conditions suivantes sont satisfaites:
a) est ouvert dans et est ouvert dans ; b) l’application de dans est un -morphisme de classe (15.1.7).
Une famille de cartes de au-dessus de qui sont -compatibles et dont les domaines recouvrent est appelée un -atlas de (au-dessus de ). Deux -atlas sont dits équivalents si leur réunion est un -atlas; la relation de -équivalence entre atlas est une relation d’équivalence. Une classe d’équivalence de -atlas s’appelle une structure de variété de classe au-dessus de sur l’ensemble ; lorsque l’on désire préciser , on écrit au lieu de . Si est une variété de classe au-dessus de , on dit que est la projection de ; si est une carte de au-dessus de , on dit que est une carte de la -variété si appartient à un atlas de la classe d’équivalence définissant la structure de .
15.2.2. Soit une variété de classe au-dessus de , de projection . Il existe sur une structure de variété différentielle de classe et une seule, telle que, pour toute carte de la -variété , l’ensemble soit ouvert dans et que soit un -isomorphisme de la sous-variété ouverte de sur la sous-variété ouverte de . Si l’on munit de cette structure, l’application est une submersion de classe .
Soit et soit . Il existe une structure de -variété de classe sur , et une seule, telle que, pour toute carte de la -variété , le triplet soit une carte de la variété . La structure de variété différentielle de classe sous-jacente à cette structure est induite par la structure de variété différentielle de classe sur définie ci-dessus.
15.2.3. Exemples
(i) Lorsque est réduite à un point, la notion de variété de classe au-dessus de est équivalente à celle de -variété de classe .
(ii) Soit une -variété de classe ; prenons et . Il existe sur une structure de variété de classe au-dessus de , et une seule, telle que, pour toute carte de , soit une carte de -variété .
(iii) Soient une variété de classe au-dessus de , et un ouvert de . La structure de variété de classe de induite par celle de se définit comme dans le cas des variétés (cf. 5.2.3).
(iv) Soit un fibré vectoriel sur de base et de classe (7.3.4), et soit sa projection sur . Il existe sur une structure de variété de classe au-dessus de , et une seule, telle que, si est une carte -vectorielle de (8.8.1), le triplet soit une carte de la -variété .
15.2.4. Soient une variété de classe au-dessus de , sa projection, un -espace de Banach, et une application de dans . On dit que est de classe si, pour toute carte de la -variété , l’application de dans est de classe (15.1.6). Une telle application est de classe et sa restriction à pour , est de classe .
15.2.5. Soit un morphisme de variétés différentielles de classe , soit (resp. ) une variété de classe au-dessus de (resp. ), et soit une application de dans . On dit que est un g-morphisme de classe si les trois conditions suivantes sont satisfaites:
a) ; b) est continue; c) pour toute carte de la -variété , l’application de dans est de classe (au sens de 15.2.4) lorsqu’on munit l’ouvert de la structure induite par celle de (15.2.3, (iii)).
Lorsque et , on dit aussi que est un B-morphisme de classe .
Pour qu’un B-morphisme de classe soit un B-isomorphisme de classe , il suffit que ce soit un isomorphisme de classe .
Soit un morphisme de variétés de classe et soit une variété de classe au-dessus de . Si est un -morphisme de classe et est un -morphisme de classe , alors est un -morphisme de classe .
15.2.6. Soient une variété de classe au-dessus de et sa projection; on suppose , séparée et propre (TG, I, § 10, n° 1). Alors, pour tout , il existe un voisinage ouvert de et un -isomorphisme de sur , où .
15.2.7. Soient une variété de classe au-dessus de , sa projection, et une section de classe . On appelle voisinage tubulaire de classe de un triplet où est un fibré -vectoriel, de base et de classe , est un voisinage ouvert de dans , et est un -isomorphisme de classe de sur un ouvert de (cf. 15.2.3 (iv)), transformant la section en la section nulle de .
Supposons que et que la variété soit paracompacte et admette des partitions de l’unité de classe (5.3.6); il existe alors des voisinages tubulaires de classe de .
15.3. Variétés de sections et variétés d’applications
15.3.1 (« Structure d’espace de Banach sur un espace de sections »). Soit une variété différentielle compacte de classe ; soit un fibré vectoriel sur (7.3.4) de base et de classe ; notons la variété différentielle de classe sous-jacente à , et soit le -espace vectoriel des sections de classe de (7.4.1). La topologie induite sur par la topologie de la -convergence uniforme de (12.3.10) fait de un -*espace de Banach*.
Soit un recouvrement ouvert fini de et, pour tout , soient une carte de et une carte -vectorielle de (8.8.1). Munissons chacun des (resp. ) d’une norme compatible avec sa structure d’espace de Banach sur (resp. ) et soit un recouvrement fermé de , tel que pour tout . Pour et , notons l’application de dans obtenue par composition:
Posons
Si est un ouvert de l’espace , l’ensemble des sections telles que est ouvert dans .
15.3.2. Soit une variété différentielle compacte de classe , et soit une variété de classe au-dessus de B. Si N est un ouvert de X, notons l’ensemble des sections de classe de X sur B dont l’image est contenue dans N. Il existe sur une structure de K-variété de classe , et une seule, telle que, pour toute section et tout voisinage tubulaire de classe de (15.2.7), le triplet , où est l’application , soit une carte de la K-variété .
Dans ce qui suit, on munit de cette structure.
15.3.3. Soit X une variété différentielle compacte de classe , et soit Y une K-variété de classe . Soit l’ensemble des applications de classe de X dans Y (autrement dit, à valeurs dans la variété de classe sous-jacente à Y, cf. 5.13.1 et 5.14.2). On munit de la structure de K-variété de classe obtenue en l’identifiant à , cf. 15.2.3, (ii) et 15.3.2. On l’appelle la variété des applications de classe de X dans Y. Sa topologie est celle de la -convergence uniforme (12.3.10).
Supposons Y séparée ; il en est alors de même de . De plus, l’ensemble des immersions (resp. plongements, submersions, submersions surjectives, morphismes étales, isomorphismes) de classe de X dans Y est un ouvert de .
Soient une variété différentielle compacte de classe , un morphisme de variétés différentielles de classe et un morphisme de K-variétés de classe . L’application est un morphisme de classe de dans .
15.3.4 (« Affaiblissement de structure »). Gardons les hypothèses et notations de 15.3.3. Soit de plus avec et soit la variété réelle de classe sous-jacente à Y (5.13 et 5.14.2). La structure de variété réelle de classe de est sous-jacente à la structure de K-variété de classe de .
15.3.5. Soient X et des variétés différentielles compactes de classe et respectivement, avec ; et soit Y une K-variété de classe , avec . Soit . L’application est un morphisme de classe de dans .
15.3.6 (« Espace tangent à »). Les hypothèses étant celles de 15.3.3, soit et soit un vecteur tangent en à la variété . Si , notons l’application de dans Y ; c’est un morphisme de classe . L’image par de est un élément de ; l’application est un relèvement de classe de dans (cf. 8.6.1) et on peut l’identifier à une section de classe du fibré vectoriel de base X. On obtient de cette façon un isomorphisme de l’espace tangent sur l’espace de Banach .
15.3.7 (« Interprétation de »). Soient X et Y des variétés différentielles compactes de classe et respectivement (), et soit Z une K-variété de classe , avec . Soit une application continue; pour tout , notons l’application de dans . Les deux propriétés suivantes sont équivalentes:
a) Quelles que soient les cartes de , de et de telles que , les dérivées partielles de l’expression de dans les cartes et (5.3.2) existent et sont continues pour et .
b) Pour tout , l’application est de classe et l’application est un morphisme de classe de dans la variété .
15.3.8. Soit une -variété compacte de classe , avec , et soit le groupe des automorphismes de classe de la variété réelle , de classe sous-jacente à . L’ensemble est ouvert dans ; on le munit de la structure de -variété de classe induite par celle de . La loi de composition fait de un groupe topologique. Par contre, la structure de variété de classe n’est pas en général compatible avec la structure de groupe de . Pour , l’application de dans lui-même est de classe , mais l’application n’est pas en général de classe . En particulier, n’est pas en général un groupe de Lie.
Supposons . Soit le groupe des automorphismes de classe de ; munissons-le de la topologie la moins fine rendant continues les injections canoniques pour tout entier . Soit d’autre part le groupe des homéomorphismes de , muni de la topologie de la convergence uniforme (TG, X, § 3, n° 5, prop. 11). Si dim , il est impossible de trouver un groupe de Lie et des homomorphismes continus de dans et de dans dont le composé soit l’injection canonique (cf. LIE, III, § 4, exerc. 7).
[^1]: Les définitions et résultats de ce paragraphe s’étendent sans modifications essentielles au cas où l’espace de Banach du n° 15.1 est remplacé par un demi-espace fermé et au cas où la variété des n° 15.1.6 à 15.3.2 (resp. la variété du n° 15.3.3) est remplacée par une pièce d’une variété (11.1.2). En particulier, l’espace des applications de classe du segment dans une -variété de classe () a une structure naturelle de -variété de classe . Une autre généralisation possible consiste à remplacer et (resp. ) par des espaces topologiques (resp. par un espace topologique compact) et à prendre . Ainsi, si est un espace compact et une -variété de classe , l’ensemble des applications continues de dans a une structure naturelle de -variété de classe (la topologie sous-jacente étant celle de la convergence uniforme). Nous laissons au lecteur le soin de développer ces brèves indications.