Bourbaki

§ 9. Equations différentielles et feuilletages

Dans les nos^{\mathrm{os}} 9.1, 9.2 et 9.3, on suppose K de caractéristique 0. Dans le n∘^\circ 9.4, on suppose K de caractéristique p≠0p \ne 0.

9.1. Courbes intégrales

Dans ce n∘^\circ, X désigne une variété de classe CrC^r et ξ\xi un champ de vecteurs de classe CsC^s sur X, avec rr, ss dans NK\mathbf{N}_K, s≤r−1s \leq r - 1.

9.1.1. Soit I un ouvert de K, et soit f:I→Xf : I \to X une application de classe CkC^k (k∈NKk \in \mathbf{N}_K, k≤rk \leq r) de I dans X. Pour t∈It \in I, on note f′(t)f'(t) le vecteur Tt(f)(1)∈Tf(t)(X)T_t(f)(1) \in T_{f(t)}(X); ce vecteur est parfois appelé vitesse de ff à l’instant tt. Lorsque X est un espace de Banach, f′(t)f'(t) est la dérivée de ff en tt.

On dit que ff est une courbe intégrale de ξ\xi si l’on a

(1)f′(t)=ξ(f(t))(1)\qquad f'(t)=\xi(f(t))

pour tout t∈It \in I. Une telle courbe est de classe Cs+1C^{s+1}.

Si xx est un point de X, on appelle courbe intégrale de ξ\xi d’origine xx une courbe intégrale f:I→Xf : I \to X de ξ\xi telle que 0∈I0 \in I et f(0)=xf(0)=x; pour tout x∈Xx \in X, il existe une courbe intégrale de ξ\xi d’origine xx, définie dans un voisinage ouvert convenable de 0 dans K.

Si f:I→Xf : I \to X est une courbe intégrale de ξ\xi et si a∈Ka \in K, l’application t↦f(t−a)t \mapsto f(t-a) de I+aI+a dans X est une courbe intégrale de ξ\xi.

Soient f1:I1→Xf_1 : I_1 \to X et f2:I2→Xf_2 : I_2 \to X deux courbes intégrales de ξ\xi, et t∈I1∩I2t \in I_1 \cap I_2. Si f1(t)=f2(t)f_1(t)=f_2(t), les applications f1f_1 et f2f_2 coïncident dans un voisinage de tt.

9.1.2 (« Flots »). Soit W un ouvert de X×KX \times K. Pour tout x∈Xx \in X, notons WxW_x l’ensemble des t∈Kt \in K tels que (x,t)∈W(x,t) \in W. On appelle flot intégral de ξ\xi de domaine W une application ff de classe CkC^k (k≤rk \leq r) de W dans X telle que, pour tout x∈Xx \in X, l’application fx:Wx→Xf_x : W_x \to X définie par fx(t)=f(x,t)f_x(t)=f(x,t) soit une courbe intégrale de ξ\xi, et que pour (x,0)∈W(x,0) \in W on ait f(x,0)=xf(x,0)=x.

Pour tout point x∈Xx \in X, il existe un flot intégral de ξ\xi de classe CsC^s dont le domaine est un voisinage de (x,0)(x,0) dans X×KX \times K. Deux flots intégralux de ξ\xi définis au voisinage de (x,0)(x,0) coïncident sur un voisinage de (x,0)(x,0).

Soit x∈Xx \in X et soit ff un flot intégral de ξ\xi dont le domaine W est un voisinage de (x, 0). Il existe un voisinage V de (x, 0, 0) dans X × K × K tel que, si (x, t_1, t_2) ∈ V, on ait

(x,t1)∈W,(f(x,t1),t2)∈W,(x,t1+t2)∈W(x, t_1) \in W,\quad (f(x, t_1), t_2) \in W,\quad (x, t_1 + t_2) \in W
et (2)
f(f(x,t1),t2)=f(x,t1+t2).f(f(x, t_1), t_2) = f(x, t_1 + t_2).
Si X est paracompacte, ou si X est séparée et K = R ou C, il existe un flot intégral de ξ\xi dont le domaine est un voisinage de X × {0}.

9.1.3 (« Le cas réel »). On suppose que K = R et que X est séparée. On appelle arc intégral de ξ\xi toute courbe intégrale de ξ\xi dont le domaine est un intervalle ouvert de R. Deux arcs intégraux f1f_1 et f2f_2 de ξ\xi, définis dans des intervalles I1I_1 et I2I_2, et coïncidant en un point de I1∩I2I_1 \cap I_2, coïncident dans I1∩I2I_1 \cap I_2.

Pour tout point x∈Xx \in X, il existe un arc intégral d’origine x et un seul fx:Ix→Xf_x : I_x \to X tel que, pour tout arc intégral f:I→Xf : I \to X d’origine x, on ait I⊂IxI \subset I_x et f=fx∣If = f_x|I. L’arc fxf_x est appelé l’arc intégral maximal de ξ\xi d’origine x, et son domaine IxI_x est parfois appelé l’intervalle de vie du point x pour le champ ξ\xi.

Si Ix=]−a−,a+[I_x = ] -a_-, a_+ [ et si a+a_+ est fini, la restriction de fxf_x à l’intervalle [0,a+[[0, a_+ [ est une application propre de [0,a+[[0, a_+ [ dans X. En particulier, f(t)f(t) n’a pas de limite lorsque t tend vers a+a_+.

9.1.4. Avec les notations et les hypothèses de 9.1.3, l’ensemble Ω\Omega des couples (x,t)∈X×R(x, t) \in X \times \mathbf{R} tels que t∈Ixt \in I_x est ouvert dans X×RX \times \mathbf{R} et l’application f:Ω→Xf : \Omega \to X définie par f(x,t)=fx(t)f(x, t) = f_x(t) est de classe CsC^s; c’est un flot intégral de ξ\xi de domaine Ω\Omega.

Les fonctions α+\alpha_+ et α−:X→]0,+∞]\alpha_- : X \to ]0, +\infty] définies par Ix=]−α−(x),α+(x)[I_x = ] -\alpha_-(x), \alpha_+(x)[ sont semi-continues inférieurement. Pour (x,t)∈Ω(x, t) \in \Omega et y=f(x,t)y = f(x, t), on a α+(y)=α+(x)−t\alpha_+(y) = \alpha_+(x) - t et α−(y)=α−(x)+t\alpha_-(y) = \alpha_-(x) + t.

Si t1∈Ixt_1 \in I_x et si t2∈If(x,t1)t_2 \in I_{f(x, t_1)}, on a t1+t2∈Ixt_1 + t_2 \in I_x et (3)

f(f(x,t1),t2)=f(x,t1+t2).f(f(x, t_1), t_2) = f(x, t_1 + t_2).

Si la fonction α+\alpha_+ (resp. α−\alpha_-) est minorée sur X par une constante > 0, elle est constante et égale à +∞+\infty.

On a α+=α−=+∞\alpha_+ = \alpha_- = +\infty (autrement dit, on a Ω=X×R\Omega = X \times \mathbf{R}) dans chacun des cas suivants:

(i) le champ ξ\xi est à support compact (par exemple si X est compacte); (ii) il existe un groupe d’automorphismes de X, transitif, et préservant ξ\xi; (iii) il existe sur X une structure riemannienne pour laquelle X soit complète et ξ\xi borné.

Si Ω=X×R\Omega = X \times \mathbf{R}, l’application f:X×R→Xf : X \times \mathbf{R} \to X est une loi d’opération à droite de classe CsC^s de la variété de groupe R\mathbf{R} dans la variété X, cf. 5.12.5.

9.1.5 (« Le cas complexe »). On suppose que K = C et que X est séparée. Pour tout a∈]0,+∞]a \in ]0, +\infty], notons DaD_a le disque ouvert de centre 0 et de rayon a dans C. Pour tout x∈Xx \in X, il existe un nombre ρ(x)∈]0,+∞]\rho(x) \in ]0, +\infty] et un seul, une courbe intégrale fx:Dρ(x)→Xf_x : D_{\rho(x)} \to X d’origine xx et une seule telle que, pour tout a∈]0,+∞]a \in ]0, +\infty] et toute courbe intégrale f:Da→Xf : D_a \to X d’origine xx, on ait a≤ρ(x)a \leq \rho(x) et f=fx∣Daf = f_x|D_a.

Pour tout λ∈C\lambda \in \mathbf{C}, soit αλ(x)\alpha_\lambda(x) la borne supérieure de l’intervalle de vie de xx pour le champ de vecteurs λξ\lambda \xi sur la variété réelle déduite de XX par restriction des scalaires. On a ρ(x)=inf⁡∣λ∣=1αλ(x)\rho(x) = \inf_{|\lambda|=1} \alpha_\lambda(x).

L’ensemble Δ\Delta des couples (x,t)∈X×C(x, t) \in X \times \mathbf{C} tels que t∈Dρ(x)t \in D_{\rho(x)} est ouvert dans X×CX \times \mathbf{C} et l’application ff de Δ\Delta dans XX définie par f(x,t)=fx(t)f(x, t) = f_x(t) est un flot intégral de ξ\xi. La fonction ρ:X→]0,+∞]\rho : X \to ]0, +\infty] est semi-continue inférieurement. Pour (x,t)∈Δ(x, t) \in \Delta et y=f(x,t)y = f(x, t), on a ρ(y)≥ρ(x)−∣t∣\rho(y) \geq \rho(x) - |t|. Si ρ\rho est minorée sur XX par une constante >0> 0, on a ρ=+∞\rho = +\infty et Δ=X×C\Delta = X \times \mathbf{C}.

Lorsque Δ=X×C\Delta = X \times \mathbf{C}, l’application f:X×C→Xf : X \times \mathbf{C} \to X est une loi d’opération à droite de la variété de groupe C\mathbf{C} dans la variété XX.

9.1.6. Soient φ:X→Y\varphi : X \to Y un morphisme de variétés et η\eta un champ de vecteurs sur YY tels que ξ\xi soit φ\varphi-lié à η\eta (cf. 8.2.6). Si f:I→Xf : I \to X est une courbe intégrale de ξ\xi, l’application φ∘f:I→Y\varphi \circ f : I \to Y est une courbe intégrale de η\eta. Si K=RK = \mathbf{R} et si XX et YY sont séparées, pour tout x∈Xx \in X, l’intervalle de vie de xx pour ξ\xi est contenu dans l’intervalle de vie de φ(x)\varphi(x) pour η\eta. Si de plus φ\varphi est propre, ces intervalles sont égaux.

9.1.7 (« Équations dépendant du temps »). Soit WW un ouvert de X×KX \times K et soit Ξ:W→T(X)\Xi : W \to T(X) un relèvement de classe CsC^s de pr1:W→X\mathrm{pr}_1 : W \to X, c’est-à-dire une application de classe CsC^s de WW dans T(X)T(X) telle que Ξ(x,t)\Xi(x, t) appartienne à Tx(X)T_x(X) pour tout (x,t)∈W(x, t) \in W. On appelle courbe intégrale de Ξ\Xi une application ff de classe CkC^k (avec k∈NKk \in \mathbf{N}_K et k≤rk \leq r), d’un ouvert II de KK dans XX telle que, pour tout t∈It \in I, on ait

(f(t),t)∈W et f′(t)=Ξ(f(t),t). (f(t), t) \in W \text{ et } f'(t) = \Xi(f(t), t).

Soit η\eta le champ de vecteurs de classe CsC^s sur WW défini par η(x,t)=(Ξ(x,t),(t,1))\eta(x, t) = (\Xi(x, t), (t, 1)). Pour qu’une application ff d’un ouvert II de KK dans XX soit une courbe intégrale de Ξ\Xi, il faut et il suffit que t↦(f(t),t)t \mapsto (f(t), t) soit une courbe intégrale de η\eta au sens de 9.1.1.

Soient g:I→Wg : I \to W une courbe intégrale de η\eta et t0t_0 un point de II tel que pr2(g(t0))=t0\mathrm{pr}_2(g(t_0)) = t_0. L’ensemble des éléments t∈It \in I tels que pr2(g(t))=t\mathrm{pr}_2(g(t)) = t est un voisinage de t0t_0 qui coïncide avec II si II est connexe.

9.1.8 (« Paramètres et conditions initiales »). Soit ZZ une variété de classe CrC^r, soit WW un ouvert de X×K×ZX \times K \times Z, et soit Ξ\Xi un relèvement de classe CsC^s de pr1:W→X\mathrm{pr}_1 : W \to X (8.6.1). Si z∈Zz \in Z, on note WzW_z l’ensemble des (x,t)∈X×K(x, t) \in X \times K tels que (x,t,z)∈W(x, t, z) \in W, et on note Ξz\Xi_z l’application (x,t)↦Ξ(x,t,z)(x, t) \mapsto \Xi(x, t, z) de WzW_z dans T(X)T(X).

Soit (x0,t0,z0)(x_0, t_0, z_0) un point de WW. Il existe alors un voisinage ouvert X1×I1×Z1X_1 \times I_1 \times Z_1 de (x0,t0,z0)(x_0, t_0, z_0) dans WW et une application de classe CsC^s

f:X1×I1×I1×Z1→X f : X_1 \times I_1 \times I_1 \times Z_1 \to X

tels que, quel que soit (x1,t1,z1)∈X1×I1×Z1(x_1, t_1, z_1) \in X_1 \times I_1 \times Z_1, l’application t↦f(x1,t1,t,z1)t \mapsto f(x_1, t_1, t, z_1) soit une courbe intégrale de Ξz1\Xi_{z_1} (au sens de 9.1.7) vérifiant la relation f(x1,t1,t1,z1)=x1f(x_1, t_1, t_1, z_1) = x_1.

Deux applications

f1:X1×I1×I1×Z1→Xetf2:X2×I2×I2×Z2→X f_1 : X_1 \times I_1 \times I_1 \times Z_1 \to X \quad \text{et} \quad f_2 : X_2 \times I_2 \times I_2 \times Z_2 \to X

satisfaisant aux conditions ci-dessus coïncident dans un voisinage de (x0,t0,t0,z0)(x_0, t_0, t_0, z_0).

9.2. Feuilletages

Dans ce n°, X désigne une variété de classe CrC^r, avec r∈NKr \in \mathbf{N}_K. Sauf mention du contraire, toutes les variétés et tous les morphismes considérés sont supposés de classe CrC^r.

9.2.1. Soit S une variété, et soit p:X→Sp : X \to S une submersion. Pour tout s∈Ss \in S, munissons Xs=p−1(s)X_s = p^{-1}(s) de la structure de variété induite par celle de X (5.10.5); l’ensemble X est réunion disjointe des XsX_s. Notons XpX_p la structure de variété sur X obtenue par recollement des XsX_s, pour s∈Ss \in S (5.2.4); c’est l’unique structure de variété sur X pour laquelle les XsX_s soient des sous-variétés ouvertes. L’espace topologique XpX_p est somme des espaces XsX_s.

Soient V une variété et ff une application de V dans X. Pour que ff soit un morphisme de V dans XpX_p, il faut et il suffit que ff soit un morphisme de V dans X et que p∘fp \circ f soit localement constante.

9.2.2. On appelle feuilletage de X une variété Y ayant même ensemble sous-jacent que X et satisfaisant à la condition suivante:

(F) Pour tout x∈Xx \in X, il existe une sous-variété ouverte U de X contenant x, une variété S et une submersion p:U→Sp : U \to S telles que la variété UpU_p soit une sous-variété ouverte de Y.

On dit aussi que le couple (X, Y) est une variété feuilletée. Si (X, Y) et (X', Y') sont des variétés feuilletées, on appelle morphisme de (X, Y) dans (X', Y') toute application f:X→X′f : X \to X' qui est à la fois un morphisme de la variété X dans la variété X' et un morphisme de la variété Y dans la variété Y'.

Soit (X, Y) une variété feuilletée. L’application identique Y→XY \to X est une immersion bijective. Une partie U de X est appelée une feuille si c’est un ouvert de Y; dans ce cas, on munit U de la structure topologique et de la structure de variété induites par celles de Y; par exemple, on dit que U est une feuille connexe si c’est une partie ouverte et connexe de Y. Les feuilles qui sont des sous-variétés de X forment une base de la topologie de Y. Lorsque K=RK = \mathbf{R} ou C\mathbf{C}, les composantes connexes de Y sont des feuilles, appelées feuilles connexes maximales de (X, Y).

9.2.3. Si s∈NK,s≤rs \in \mathbf{N}_K, s \leq r, on appelle feuilletage de classe CsC^s de X un feuilletage de la variété de classe CsC^s sous-jacente à X.

9.2.4. Exemples

a) La variété X est un feuilletage de X, appelé le feuilletage grossier de X.

b) Si p:X→Sp : X \to S est une submersion, XpX_p est un feuilletage de X, appelé le feuilletage de X défini par p. Le feuilletage de X défini par l’application identique est l’ensemble X muni de sa structure de variété pure de dimension 0 (5.2.1); on l’appelle le feuilletage discret de X.

c) Soient E un espace de Banach, F un sous-espace vectoriel fermé de E admettant un supplémentaire topologique, et pp la projection canonique E→E/FE \to E/F. Le feuilletage EpE_p de E est appelé le feuilletage de E défini par F.

d) Soit Γ\Gamma un groupe discret opérant proprement et librement sur l’espace topologique XX (TG, III, § 4, n° 4). Soit YY un feuilletage de XX, et supposons que, pour tout s∈Γs \in \Gamma, l’application x↦sxx \mapsto sx soit un automorphisme de (X,Y)(X, Y). La relation d’équivalence sur XX (resp. YY) dont les classes sont les orbites de Γ\Gamma est régulière (5.9.5). Si l’on note X/ΓX/\Gamma (resp. Y/ΓY/\Gamma) la variété quotient correspondante, le couple (X/Γ,Y/Γ)(X/\Gamma, Y/\Gamma) est une variété feuilletée, dite quotient de (X,Y)(X, Y) par Γ\Gamma.

9.2.5. Soient YY un feuilletage de XX et UU un ouvert de XX. Alors UU est ouvert dans YY et UU, muni de la structure de variété induite par celle de YY, est un feuilletage de XX, appelé le feuilletage induit par YY.

Plus généralement, soit f:X′→Xf : X' \to X un morphisme tel que ff et l’application identique Y→XY \to X forment un couple transversal (5.11.1). Le produit fibré Y′=X′×XYY' = X' \times_X Y s’identifie canoniquement à un feuilletage de X′X' appelé le feuilletage image réciproque de YY par ff.

9.2.6. Soient p:X→Sp : X \to S et p′:X′→S′p' : X' \to S' deux submersions, et soit ff un morphisme de XX dans X′X'. Pour que ff soit un morphisme de XpX_p dans Xp′X_{p'}, il faut et il suffit que, pour tout x∈Xx \in X, il existe un voisinage ouvert UU de xx dans XX et un morphisme gg de p(U)p(U) dans S′S' tel que g∘p=p′∘fg \circ p = p' \circ f sur UU.

9.2.7. Soit YY un feuilletage de XX. On appelle carte feuilletante de (X,Y)(X, Y) un quadruplet (U,φ,E,F)(U, \varphi, E, F) tel que (U,φ,E)(U, \varphi, E) soit une carte de XX, que FF soit un sous-espace vectoriel fermé de l’espace de Banach EE admettant un supplémentaire topologique et que φ\varphi soit un isomorphisme du feuilletage de UU induit par YY sur le feuilletage de φ(U)\varphi(U) défini par l’application canonique de EE sur E/FE/F. Pour tout point x∈Xx \in X, il existe une carte feuilletante (U,φ,E,F)(U, \varphi, E, F) de (X,Y)(X, Y) telle que x∈Ux \in U. Soit n=dim⁡xXn = \dim_x X et soit m=dim⁡xYm = \dim_x Y. Si nn est fini, il existe un voisinage ouvert UU de xx et un système de coordonnées ζ1,…,ζn\zeta^1, \ldots, \zeta^n de XX sur UU tel que le feuilletage de UU induit par YY coïncide avec le feuilletage défini par l’application (ζm+1,…,ζn)(\zeta^{m+1}, \ldots, \zeta^n) de UU dans Kn−mK^{n-m}.

9.2.8. Soit YY un feuilletage de XX. Lorsque xx parcourt XX, les espaces Tx(Y)T_x(Y) sont les fibres d’un sous-fibré vectoriel de classe Cr−1C^{r-1} de T(X)T(X) que l’on appelle le sous-fibré de T(X)T(X) tangent au feuilletage YY et que l’on note T(X,Y)T(X, Y). Si le feuilletage YY est défini par une submersion p:X→Sp : X \to S, alors T(X,Y)=Ker T(p)T(X, Y) = \mathrm{Ker}\, T(p) est le fibré tangent relatif T(X/S)T(X/S) de XX sur SS (8.1.3).

Soient (X,Y)(X, Y) et (X′,Y′)(X', Y') deux variétés feuilletées, et soit ff un morphisme de XX dans X′X'. Pour que ff soit un morphisme de variétés feuilletées, il faut et il suffit que T(f)T(f) applique T(X,Y)T(X, Y) dans T(X′,Y′)T(X', Y'). En particulier, soit f:Z→Xf : Z \to X un morphisme de variétés ; pour que ff soit un morphisme de ZZ dans YY, il faut et il suffit que T(f)T(f) applique T(Z)T(Z) dans T(X,Y)T(X, Y). Pour qu’une sous-variété ZZ de XX soit une feuille de (X,Y)(X, Y), il faut et il suffit que l’on ait

Tz(Z)=Tz(X,Y)pour tout z∈Z. T_z(Z) = T_z(X, Y) \quad \text{pour tout } z \in Z.

Soit YY un feuilletage de XX et soit UU une feuille de YY, admettant une base dénombrable d’ouverts. Soient ZZ une variété et ff une application de ZZ dans UU. Pour que ff soit un morphisme de variétés de Z dans U, il faut et il suffit que le composé de f et de l’injection canonique de U dans X soit un morphisme de variétés de Z dans X. Si X est localement compact et dénombrable à l’infini, toute feuille connexe de (X, Y) admet une base dénombrable d’ouverts (cf. TG, I, 3e éd., §11, n° 7, cor. 2 du th. 1).

9.2.9. Supposons que K = R ou C. Soit Y un feuilletage de X. Les conditions suivantes sont équivalentes:

a) Il existe une variété S et une submersion p:X→Sp : X \to S telles que Y=XpY = X_p.

b) Pour tout x∈Xx \in X, il existe une sous-variété SxS_x de X possédant les deux propriétés suivantes: b₁) L’espace tangent Tx(Sx)T_x(S_x) à SxS_x en xx est un supplémentaire topologique de Tx(X,Y)T_x(X, Y) dans Tx(X)T_x(X). b₂) Toute feuille connexe de (X, Y) rencontre SxS_x en au plus un point.

Supposons ces conditions vérifiées et soit R{x,y}R \{x, y\} la relation sur X « x et y appartiennent à une même feuille connexe »; alors R est une relation d’équivalence régulière (5.9.5) sur X, et, si p désigne la projection canonique X→X/RX \to X/R, on a Y=XpY = X_p.

Exemple

Prenons K=RK = R et X=R2X = R^2. Faisons opérer le groupe discret Γ=Z2\Gamma = Z^2 sur X par translations. Soit m∈Rm \in R et soit (X,Ym)(X, Y_m) le feuilletage défini par la submersion p:(x1,x2)↦x2−mx1p : (x_1, x_2) \mapsto x_2 - mx_1 de X sur R. Posons X′=X/ΓX' = X/\Gamma et Ym′=Ym/ΓY'_m = Y_m/\Gamma; alors Ym′Y'_m est un feuilletage du tore X′X' (cf. 9.2.4, exemple d)). Si m est rationnel, il existe une submersion p′p' de X′X' sur R/ZR/Z telle que Ym′=Xp′′Y'_m = X'_{p'}. Si m est irrationnel, toute feuille connexe maximale de (X′,Ym′)(X', Y'_m) est dense dans X′X', et il n’existe pas de submersion p′p' de X′X' dans une variété S telle que Ym′=Xp′′Y'_m = X'_{p'}.

9.2.10. Soit Y un feuilletage de X, et soit π:X→S\pi : X \to S un morphisme de variétés tel que le composé Y→X→πSY \to X \xrightarrow{\pi} S soit étale. Si S’ est un ouvert de S, une section σ:S′→X\sigma : S' \to X de π\pi au-dessus de S’ est dite horizontale (par rapport au feuilletage Y) si c’est un morphisme de S’ dans Y ; il revient au même de dire que σ(S′)\sigma(S') est une feuille de (X, Y), ou encore que T(σ)T(\sigma) applique T(S′)T(S') dans T(X,Y)T(X, Y). Pour tout s0∈Ss_0 \in S et pour tout x0∈π−1(s0)x_0 \in \pi^{-1}(s_0), il existe une section horizontale définie au voisinage de s0s_0 et prenant la valeur x0x_0 en s0s_0; deux telles sections coïncident sur un voisinage de s0s_0.

Plus généralement, soit s0∈Ss_0 \in S, soit T une variété, soit f un morphisme de T dans la sous-variété π−1(s0)\pi^{-1}(s_0) de X, et soit t0∈Tt_0 \in T. Il existe alors un voisinage ouvert T’ (resp. S’) de t0t_0 dans T (resp. de s0s_0 dans S), et un morphisme

F:S′×T′→X F : S' \times T' \to X
vérifiant la condition suivante: pour tout t∈T′t \in T', l’application s↦F(s,t)s \mapsto F(s, t) est une section horizontale de π\pi au-dessus de S’ prenant la valeur f(t)f(t) au point s0s_0. Deux telles applications F coïncident sur un voisinage de (s0,t0)(s_0, t_0).

9.3. Sous-fibrés intégrables

Dans ce n°, X désigne une variété de classe CrC^r et F un sous-fibré vectoriel de classe CsC^s de T(X)T(X), avec r,sr, s dans NK,s≤r−1N_K, s \leq r - 1.

9.3.1. Soit V une variété de classe CkC^k (k∈NK,k≤rk \in \mathbf{N}_K, k \leq r) et soit ff un morphisme de classe CkC^k de V dans X. On dit que ff est une intégrale de F si T(f)T(f) applique T(V)T(V) dans F.

Une sous-variété Z de classe CkC^k de X est appelée une sous-variété intégrale de F si l’injection Z→XZ \to X est une intégrale de F au sens ci-dessus, i.e. si l’on a Tx(Z)⊂FxT_x(Z) \subset F_x pour tout x∈Zx \in Z.

Soit x∈Xx \in X. Si Z1Z_1 et Z2Z_2 sont deux sous-variétés intégrales de X contenant xx et si Tx(Z1)=FxT_x(Z_1) = F_x, il existe un voisinage U de xx tel que U∩Z2⊂Z1U \cap Z_2 \subset Z_1. Si en outre Tx(Z2)=FxT_x(Z_2) = F_x, les germes de Z1Z_1 et Z2Z_2 en xx coïncident.

9.3.2. On dit que F est intégrable s’il existe un feuilletage Y de X de classe CsC^s tel que F=T(X,Y)F = T(X, Y) (9.2.8). Un tel feuilletage est alors unique; on l’appelle le feuilletage intégral de F. Pour qu’un morphisme f:V→Xf : V \to X de classe CsC^s soit une intégrale de F, il faut et il suffit que ff soit un morphisme de V dans Y.

Exemple

Si F est de rang 1 en tout point, F est intégrable, et définit sur X un feuilletage pur de dimension 1. Supposons en outre que K=RK = \mathbf{R}, que X soit séparée, et que F admette pour repère un champ de vecteurs ξ\xi partout non nul. Alors, pour tout x∈Xx \in X, la feuille connexe maximale contenant xx est l’image de l’arc intégral maximal de ξ\xi d’origine xx (9.1.3).

9.3.3 (« Critères d’intégrabilité »). Les conditions suivantes sont équivalentes:

(i) Le sous-fibré vectoriel F de T(X)T(X) est intégrable.

(ii) Pout tout x∈Xx \in X, il existe une sous-variété intégrale Z de classe CsC^s de F telle que x∈Zx \in Z et Tx(Z)=FxT_x(Z) = F_x.

(iii) Quels que soient l’ouvert U de X et les champs de vecteurs ξ\xi et η\eta appartenant à JFs(U)\mathscr{J}_F^s(U) (7.4.1), on a [ξ,η]∈JFs−1(U)[\xi, \eta] \in \mathscr{J}_F^{s-1}(U).

Soit (ξi)i∈I(\xi_i)_{i \in I} une famille de sections de F de classe CsC^s telle que, pour tout x∈Xx \in X, l’ensemble des ξi(x)\xi_i(x) soit un sous-ensemble total de l’espace de Banach FxF_x (EVT, I, § 2, n° 1). Les conditions (i), (ii), (iii) sont alors équivalentes à:

(iv) pour tout couple (i,j)(i, j) d’éléments de I, et tout x∈Xx \in X, on a [ξi,ξj](x)∈Fx[\xi_i, \xi_j](x) \in F_x.

Lorsque I est fini, et que la famille (ξi)(\xi_i) est un repère de F, les conditions précédentes équivalent encore à:

(v) il existe une famille (cijk)(i,j,k)∈I×I×I(c_{ij}^k)_{(i, j, k) \in I \times I \times I} de fonctions sur X à valeurs dans K telles que [ξi,ξj]=∑kcijkξk[\xi_i, \xi_j] = \sum_k c_{ij}^k \xi_k quels que soient i,ji, j dans I.

(Si tel est le cas, les fonctions ci,jkc_{i,j}^k sont de classe Cs−1C^{s-1}.)

9.3.4. Soit s′∈NKs' \in \mathbf{N}_K, avec s′≤ss' \leq s, et soit F′F' le fibré vectoriel de classe Cs′C^{s'} déduit de F par affaiblissement de structure (8.7.1). Pour que F soit intégrable, il faut et il suffit que F′F' le soit. Dans ce cas, le feuilletage intégral de F′F' se déduit de celui de F par affaiblissement de structure.

9.3.5. Soient E un espace de Banach et pp un entier ≥0\geq 0. Pour tout x∈Xx \in X, notons

N(p, E)_x le sous-espace vectoriel de Alt^p(T_x(X); E) formé des éléments u tels que u(v1,…,vp)=0u(v_1, \ldots, v_p) = 0 pour v1,…,vpv_1, \ldots, v_p dans FxF_x. Les espaces N(p, E)_x, pour x∈Xx \in X, sont les fibres d’un sous-fibré vectoriel de classe C^s de Alt^p(T(X); E). Notons-le N(p, E). Si F est intégrable, on a:

(vi) pour tout ouvert U de X et toute forme ω∈SN(p,E)s(U)\omega \in \mathscr{S}_{N(p, E)}^s(U), on a dω∈SN(p+1,E)s−1(U)d\omega \in \mathscr{S}_{N(p+1, E)}^{s-1}(U).

Inversement, si (vi) est vérifiée pour p=1p = 1 et pour tout espace de Banach E, le fibré F est intégrable; lorsque K = R ou C, il suffit même de vérifier (vi) pour p=1p = 1 et E = K.

Supposons que le dual de T(X)/F admette un repère (ω1,…,ωn)(\omega_1, \ldots, \omega_n). L’intégrabilité de F est alors équivalente à la condition suivante:

(vii) dωi∧ω1∧⋯∧ωn=0d\omega_i \wedge \omega_1 \wedge \cdots \wedge \omega_n = 0 pour 1≤i≤n1 \leq i \leq n.

S’il existe en outre un sous-fibré vectoriel G de classe C^s de T(X) tel que T(X) soit somme directe de F et de G, la condition (vii) équivaut à:

(viii) il existe des formes différentielles αij\alpha_i^j (i, j dans I) de degré 1 sur X, de classe C^{s-1}, telles que dωi=∑jαij∧ωjd\omega_i = \sum_j \alpha_i^j \wedge \omega_j pour tout i∈Ii \in I.

9.3.6. Soit L un espace de Banach et soit ω\omega une forme différentielle de degré 1 sur X à valeurs dans L, de classe C^s. On fait les deux hypothèses suivantes:

a) pour tout x∈Xx \in X, ωx\omega_x est un homomorphisme surjectif de Tx(X)T_x(X) dans L, et le noyau de ωx\omega_x est FxF_x; b) il existe un sous-fibré vectoriel G de T(X) tel que T(X) soit somme directe de F et de G.

L’intégrabilité de F est alors équivalente à:

(ix) il existe une forme différentielle α\alpha de degré 1 sur X à valeurs dans End(L) telle que dω=α∧ωd\omega = \alpha \wedge \omega, le produit extérieur étant défini par l’accouplement canonique End(L) ×\times L →\to L (7.8.2 et 8.3.2).

9.3.7 (« Équations aux différentielles totales »). On suppose que X est le produit de deux variétés A et B de classe C^r; on note p1:X→Ap_1 : X \to A et p2:X→Bp_2 : X \to B les deux projections. Soit f un morphisme de classe C^s de p1∗T(A)p_1^*T(A) dans p2∗T(B)p_2^*T(B). Les graphes des applications f(a,b):Ta(A)→Tb(B)f_{(a, b)} : T_a(A) \to T_b(B) sont les fibres d’un sous-fibré vectoriel de classe C^s de T(X); notons-le F^f.

Soit A’ un ouvert de A, et soit φ:A′→B\varphi : A' \to B un morphisme de classe C^k (k∈NK,k≤rk \in \mathbf{N}_K, k \leq r). On dit que φ\varphi est une intégrale de f si, pour tout a∈A′a \in A', on a Ta(φ)=fa,φ(a)T_a(\varphi) = f_{a, \varphi(a)}; cela équivaut à dire que l’application a↦(a,φ(a))a \mapsto (a, \varphi(a)) de A’ dans X est une intégrale de F^f (9.3.1). Une telle application est de classe C^{s+1}. Si φ1\varphi_1 et φ2\varphi_2 sont deux intégrales de f et prennent la même valeur en un point a∈Aa \in A, elles coïncident dans un voisinage de a.

Plus généralement, soit Z une variété de classe C^k, soit A’ un ouvert de A, soit a∈A′a \in A' et soient Φ1,Φ2\Phi_1, \Phi_2 des morphismes de classe C^k de Z ×\times A’ dans B. Supposons que

Φ₁ et Φ₂ coïncident sur Z × {a} et que, pour tout z ∈ Z, les morphismes

a↦Φ1(z,a)eta↦Φ2(z,a) a \mapsto \Phi_1(z, a) \quad \text{et} \quad a \mapsto \Phi_2(z, a)
soient des intégrales de f. Alors Φ₁ et Φ₂ coïncident dans un voisinage de Z × {a}.

Supposons que F^f soit intégrable. Soient Z une variété de classe C^k (k ∈ N_K, k ≤ s), (z₀, a₀) un point de Z × A, et ρ un morphisme de classe C^k de Z dans B. Il existe un voisinage ouvert Z' × A' de (z₀, a₀) dans Z × A et un morphisme Φ : Z' × A' → B de classe C^k tels que, pour tout z ∈ Z', l’application a ↦ Φ(z, a) de A' dans B admette f pour application tangente et prenne la valeur ρ(z) au point a₀.

9.3.8. Conservons les hypothèses et notations de 9.3.7 et supposons que A (resp. B) soit une sous-variété ouverte d’un espace de Banach E (resp. M). L’application f s’identifie alors à un morphisme de classe C^s de X = A × B dans l’espace de Banach L(E;M)\mathscr{L}(E; M). Notons D₁f (resp. D₂f) la première (resp. seconde) dérivée partielle de f (1.6.2); c’est un morphisme de classe C^{s-1} de X dans L(E;L(E;M))\mathscr{L}(E; \mathscr{L}(E; M)) (resp. dans L(M;L(E;M))\mathscr{L}(M; \mathscr{L}(E; M))), espace que l’on identifie de façon évidente à L2(E;M)\mathscr{L}_2(E; M) (resp. à L(M,E;M)\mathscr{L}(M, E; M)). Pour que F soit intégrable, il faut et il suffit que, pour tout x ∈ X, l’application bilinéaire

Δx:(h1,h2)↦D1f(x)(h1,h2)+D2f(x)(f(x)h1,h2) \Delta_x : (h_1, h_2) \mapsto D_1f(x)(h_1, h_2) + D_2f(x)(f(x)h_1, h_2)
de E × E dans M soit symétrique. Sous cette condition, si φ est une intégrale de f définie dans un ouvert A' de A, la dérivée seconde de φ en un point a de A' est Δ(a,φ(a))\Delta_{(a, \varphi(a))}.

Si E = K^n, et si l’on note (x¹, ..., xⁿ) les fonctions coordonnées sur K^n, l’application f est définie par une famille (f₁, ..., fₙ) d’applications de A × B dans M, et la condition d’intégrabilité s’écrit:

∂fi∂xj+(D2fi)⋅fj=∂fj∂xi+(D2fj)⋅fi \frac{\partial f_i}{\partial x^j} + (D_2f_i) \cdot f_j = \frac{\partial f_j}{\partial x^i} + (D_2f_j) \cdot f_i
quels que soient les entiers i, j dans {1, n}. Une application φ d’un ouvert A' de A dans B est une intégrale de f si et seulement si l’on a
∂φ∂xi=fi(x,φ(x))pour tout x∈A′ et tout i∈{1,n}, \frac{\partial \varphi}{\partial x^i} = f_i(x, \varphi(x)) \quad \text{pour tout } x \in A' \text{ et tout } i \in \{1, n\},
autrement dit, si l’on a
dφ=∑1≤i≤nfi(x,φ(x)) dxi. d\varphi = \sum_{1 \leq i \leq n} f_i(x, \varphi(x)) \, dx^i.

9.4. Fibrés intégrables en caractéristique p ≠ 0

Dans ce n°, on suppose K de caractéristique p ≠ 0. On note X une variété K-analytique localement de dimension finie.

9.4.1 (« Puissances p-ièmes »). Soit ξ un champ de vecteurs sur un ouvert U de X. Il existe un champ de vecteurs ξ^p et un seul sur U tel que l’on ait

Dξp(f)=(Dξ)p(f)=Dξ(Dξ(…(Dξ(f))…))⏟p fois D_{\xi^p}(f) = (D_\xi)^p(f) = \underbrace{D_\xi(D_\xi(\ldots(D_\xi(f))\ldots))}_{p \text{ fois}}
pour toute fonction analytique f définie dans un ouvert de U.

Si φ\varphi est une fonction analytique sur UU, on a

(φξ)p=φpξp+(Dφξ)p−1(φ)⋅ξ (\varphi \xi)^p = \varphi^p \xi^p + (\mathrm{D}_{\varphi \xi})^{p-1}(\varphi) \cdot \xi
et si η\eta est un champ de vecteurs sur UU, on a
[ξp,η]=ad(ξ)p(η)=[ξ,[ξ,…,[ξ,η]…]]. [\xi^p, \eta] = \mathrm{ad}(\xi)^p(\eta) = [\xi, [\xi, \ldots, [\xi, \eta]\ldots]].

9.4.2 (« Identité de Jacobson »). Soit LL la FpF_p-algèbre de Lie libre (LIE, II, § 2, n° 2) sur un ensemble {x,y}\{x, y\} à deux éléments. Il existe un élément et un seul Λp(x,y)\Lambda_p(x, y) de LL tel que l’on ait

(x+y)p=xp+yp+Λp(x,y) (x + y)^p = x^p + y^p + \Lambda_p(x, y)
dans l’algèbre enveloppante de LL. Exemples:
Λ2(x,y)=[x,y];Λ3(x,y)=[x,[x,y]]−[y,[x,y]]. \Lambda_2(x, y) = [x, y]; \quad \Lambda_3(x, y) = [x, [x, y]] - [y, [x, y]].
Si ξ\xi et η\eta sont des champs de vecteurs sur XX, on a
(ξ+η)p=ξp+ηp+Λp(ξ,η). (\xi + \eta)^p = \xi^p + \eta^p + \Lambda_p(\xi, \eta).

9.4.3. Exemple. — Prenons X=KX = K (resp. K∗K^*) et notons xx l’application canonique X→KX \to K. Soit ξ\xi (resp. η\eta) le champ de vecteurs ∂/∂x\partial / \partial x (resp. x⋅∂/∂xx \cdot \partial / \partial x); il est invariant par les translations du groupe additif (resp. multiplicatif) XX. On a

ξp=0etηp=η. \xi^p = 0 \quad \text{et} \quad \eta^p = \eta.

9.4.4 (« Fibrés intégrables »). Soit FF un sous-fibré vectoriel de T(X)T(X). On dit que FF est intégrable si, pour tout x∈Xx \in X, il existe un système de coordonnées (ζ1,…,ζn)(\zeta^1, \ldots, \zeta^n) de XX en xx et un entier m≤nm \leq n tels que (∂/∂ζ1,…,∂/∂ζm)(\partial / \partial \zeta^1, \ldots, \partial / \partial \zeta^m) soit un repère de FF au voisinage de xx. Pour que FF soit intégrable, il faut et suffit qu’il vérifie la condition suivante: Pour tout ouvert UU de XX, SFω(U)\mathscr{S}_F^\omega(U) est une sous-algèbre de Lie de ST(X)ω(U)\mathscr{S}_{T(X)}^\omega(U) stable par l’opération ξ↦ξp\xi \mapsto \xi^p.

Transcrit du volume imprimé. Non traduit.