§ 10. Mesures définies par des formes différentielles
Dans ce paragraphe, on suppose que est localement compact. A partir du no 10.2, on suppose . Dans les nos 10.1 et 10.4, toutes les variétés considérées sont supposées localement de dimension finie; lorsqu’elles sont séparées, elles sont localement compactes.
10.1. Mesure module d’une forme différentielle
Notations. — On note une mesure de Haar (INT, VII, § 1, no 2) sur le groupe additif de . On note la mesure sur et sa restriction à un ouvert de . Pour , on note le module de (INT, VII, § 1, no 10 et AC, VI, § 9, no 1). Si , on a ; si , on a ; si est ultramétrique, on a , où désigne le nombre d’éléments du corps résiduel de et la valuation nommée de (AC, VI, § 9, no 1, prop. 1).
10.1.1. Soient et des ouverts de , et soit une application de classe , avec . Soit ; on appelle jacobien de en , et on note , le déterminant de l’application linéaire dérivée de en . On note la fonction ; la fonction est une fonction continue dans à valeurs réelles positives.
10.1.2 (« Changement de variable dans les intégrales »). Les hypothèses étant celles de 10.1.1, supposons que soit un isomorphisme de classe de la variété sur la variété . Alors l’image par de la mesure est ; pour toute fonction continue à support compact , on a
10.1.3. Soit une variété de classe , et soit une partie de . On dit que est localement négligeable si, pour toute carte de la variété , l’ensemble est -négligeable (INT, IV, § 2, no 2); cette condition ne dépend pas du choix de , et il suffit de la vérifier pour une famille de cartes dont les domaines recouvrent . Tout ensemble contenu dans la réunion d’une famille dénombrable d’ensembles localement négligeables est localement négligeable.
Exemples
a) Toute sous-variété de X qui est de codimension en tout point (i.e. d'intérieur vide) est localement négligeable.
b) Soit g une fonction de classe sur X, et soit l'ensemble des points tels que ; supposons que l'intérieur de soit vide, et que ; alors est localement négligeable.
c) Soit un morphisme de variétés de classe , la variété Y étant réunion dénombrable de compacts. On suppose que l'on a pour tout . L'image par de toute partie localement négligeable de Y est une partie localement négligeable de X. Il en est de même de l'image par de l'ensemble des points où n'est pas étalement (« premier théorème de Sard »); en particulier, si pour tout est une partie localement négligeable de X.
d) Supposons K de caractéristique zéro. Soit un morphisme de variétés de classe (), Y étant réunion dénombrable de compacts. Soit C l'ensemble des points de Y où n'est pas une submersion (« points critiques »). Alors est une partie localement négligeable de X (« second théorème de Sard »).[^1]
10.1.4. Soit X une variété paracompacte de classe . Il existe sur X une classe M de mesures équivalentes (INT, V, § 5, n° 6) et une seule telle que, quelle que soit et quelle que soit la carte de X, l'image par de la restriction de à U soit équivalente à . On dit que M est la classe canonique de mesures sur X. Pour qu'un sous-ensemble A de X soit localement négligeable (10.1.3), il faut et il suffit qu'il soit localement négligeable (INT, IV, § 2, n° 2) pour une (resp. toute) mesure .
Si et (resp. ou et , resp. K est ultramétrique), il existe telle que, pour toute carte de X, la densité de par rapport à soit partout et de classe (resp. de classe , resp. localement constante). Si et sont deux telles mesures, la densité de par rapport à est partout et de classe (resp. de classe , resp. localement constante).
10.1.5. Soit X une variété de classe ; soit le fibré cotangent de X (8.2.2) et posons (7.9.9). Le fibré vectoriel est de rang 1 en chaque point; lorsque X est pure de dimension , il s'identifie au fibré vectoriel . Soit une section de sur X; on dit, par abus de langage, que est une forme différentielle de degré maximum sur X. Soit une carte de X; notons les fonctions coordonnées sur . Il existe une fonction et une seule sur telle que . On dit que est localement de module intégrable si, pour toute carte de X, la fonction réelle est localement intégrable pour (INT, IV, § 4, n° 1); il suffit de vérifier cette propriété pour les cartes d'un atlas de X. Si est continue, et en particulier si est de classe , avec , alors est localement de module intégrable.
10.1.6 (« Mesure positive définie par une forme différentielle de degré maximum »). Conservons les notations de 10.1.5 et supposons de plus que X soit séparée et que soit localement de module intégrable. Si est une carte deX, notons la mesure sur produit de la mesure par la fonction mod (INT, V, § 5, n° 2, déf. 2) et soit l’image de par . Il existe sur X une mesure et une seule telle que, pour toute carte de X, la restriction de à U soit égale à . On dit que la mesure est le module de et on la note mod. C’est une mesure positive. Lorsque et que est la mesure de Lebesgue, on écrit au lieu de mod.
Si X est pure de dimension , et si est un nombre réel , on a .
Soit A une partie de X. Pour que A soit localement négligeable (10.1.3), il faut et il suffit que, pour tout ouvert U de X et toute forme différentielle de degré maximum sur U qui est localement de module intégrable, l’ensemble soit localement négligeable pour la mesure .
Supposons de plus X paracompacte et soit une mesure sur X appartenant à la classe d’équivalence canonique M (10.1.4). La mesure est de base (INT, V, § 5, n° 2, déf. 2). Pour que appartienne à M, il faut et il suffit que l’ensemble des tels que soit localement négligeable.
10.1.7. Exemple. — Soit G un groupe de Lie sur K, de dimension finie , et soit une forme différentielle de degré sur G, invariante par les translations à gauche, et non nulle. La mesure correspondante est alors une mesure de Haar à gauche sur le groupe localement compact G.
Lorsque G est le groupe multiplicatif , on peut prendre pour la forme , et l’on a , cf. INT, VII, § 1, n° 10, prop. 14.
10.2. Orientations
Rappelons que, dans ce numéro et les suivants, on suppose .
10.2.1 (« Orientation d’un espace vectoriel réel »). Soit E un espace vectoriel réel de dimension finie . On note Or(E) l’ensemble des orientations de E (A, VI, § 2, n° 7); les éléments de Or(E) sont les deux demi-droites fermées de l’espace vectoriel . Si , l’autre élément de Or(E) est appelé l’orientation opposée à , et noté .
Soit une suite exacte d’espaces vectoriels (réels) de dimension finie; posons et soit (resp. ) une orientation de E' (resp. E''). On note (resp. ) l’orientation de E contenant un -vecteur non nul (resp. ), où est l’image par d’un -vecteur de E' appartenant à et où est un -vecteur de E dont l’image par appartient à (cf. A, VI,§ 2, n° 7). Si , et étant les applications canoniques, on dit que est la produit de l’orientation et de l’orientation .
10.2.2 (« Espace des orientations »). Soient B un espace topologique et M un fibré vectoriel réel de base B (au sens topologique — cf. § 6, p. 61, Note (*)), de rang fini
(7.1.6). Soit l’ensemble somme des , pour , et soit l’application telle que . Il existe sur une structure d’espace topologique et une seule telle que:
a) soit continue.
b) Si est une section continue et partout non nulle de sur un ouvert de , et si est l’orientation de définie par l’élément de , l’application de dans est continue.
L’espace s’appelle l’espace des orientations de . Le groupe opère sur par (10.2.1). Le quadruplet est une fibration principale (6.2.1) de base et de groupe structural ; la projection définit un isomorphisme de sur , cf. n° 6.2.
Lorsque est muni d’une structure de variété, on munit de la structure de variété image inverse de celle de par (5.8.1); la fibration définie ci-dessus est alors une fibration de variétés et le morphisme est étale.
10.2.3. Conservons les hypothèses de 10.2.2. On appelle orientation du fibré vectoriel une section continue de la projection . On dit que est orientable s’il possède une orientation; il revient au même de dire que le fibré est trivialisable, i.e. isomorphe à . Si est connexe non vide, tout fibré vectoriel orientable de base possède deux orientations, opposées l’une de l’autre.
Lorsque est réduit à 0, le fibré est le fibré trivial et s’identifie à ; le fibré possède une orientation canonique, correspondant à la demi-droite positive de .
10.2.4 (« Orientation d’une variété »). Soit une variété localement de dimension finie sur de classe , et soit son fibré tangent. On note la variété ; le groupe opère proprement et librement sur et s’identifie à ; les fibres de la projection sont les ensembles , pour . On appelle orientation de une orientation du fibré , autrement dit une section continue du fibré ; une telle section est de classe . On dit que est orientable si elle possède une orientation. Toute variété de dimension zéro est orientable et possède une orientation canonique (10.2.3).
Soit et soit son image dans ; l’application est un isomorphisme; elle permet d’identifier à un élément de . L’application est une orientation de , dite canonique; en particulier, est orientable.
10.2.5 (« Orientation d’un morphisme »). Soient et deux variétés localement de dimension finie et soit un morphisme de variétés. On appelle orientation de un morphisme rendant commutatif le diagramme
et compatible avec l’action du groupe .
Si est une orientation de et si est une orientation de , il existe une orientation et une seule de telle que le diagramme
soit commutatif. On dit que est associée à par .
Exemples
a) Si est réduite à un point, une orientation de équivaut à une orientation de .
b) Supposons étale. Pour tout , l’application est un isomorphisme de sur , et définit (par transport de structure) une bijection
La famille des définit une orientation de , dite canonique.
c) Plus généralement, supposons que soit une submersion, et soit une orientation du fibré (8.1.3). Soient et une orientation de . Posons ; on a une suite exacte (8.1.3)
et il existe donc une orientation de et une seule telle que (10.2.1). L’application est une orientation de , dite associée à . L’application est une bijection de l’ensemble des orientations de sur l’ensemble des orientations de .
d) Si est une immersion, les orientations de correspondent aux orientations du fibré normal à .
10.2.6 (« Orientation d’un produit »). Soient (resp. ) une variété localement de dimension finie et (resp. ) une orientation de (resp. ). Soit . L’application (10.2.1) est une orientation de , appelée produit des orientations et , et notée , ou .
Supposons que () soit pure de dimension . L’isomorphisme canonique transforme en (resp. en ) si l’un des est pair (resp. si et sont impairs).
10.2.7 (« Cas complexe »). Soit un espace vectoriel complexe de dimension finie et soit l’espace vectoriel réel sous-jacent. Soit une base de ; alors est une base de et l’orientation de définie par le -vecteur
est indépendante du choix de la base de ; on dit que c’est l’orientation de définie par la structure complexe donnée. Si est somme directe de deux sous-espaces et , l’orientation de est le produit des orientations de et .
Soit X une variété réelle localement de dimension finie, munie d'une structure presque complexe (8.8.3). Pour tout , soit l'orientation de définie par sa structure complexe. L'application est une orientation de X, dite définie par la structure presque complexe. En particulier, nous munirons la variété analytique réelle X sous-jacente à une variété analytique complexe , localement de dimension finie, de l'orientation définie par la structure presque complexe associée (8.8.6). Si l'on remplace la structure de variété analytique complexe donnée sur X par sa conjuguée (5.4.12.b)), cette orientation est multipliée par la fonction .
10.2.8. Exemples
a) Soit E un espace vectoriel réel de dimension finie. La variété analytique réelle définie par E (5.2.2) est orientable. Plus précisément, l'application est une bijection de l'ensemble des orientations de cette variété sur Or(E).
En particulier, la variété a une orientation canonique définie par la demi-droite de Or().
b) Soit X une sphère de centre 0 et de rayon dans ; c'est une sous-variété de . Pour tout , l'espace est somme directe de la droite Rx et de l'hyperplan . Soit l'orientation de Rx (« normale extérieure ») et soit l'unique orientation de telle que le produit de et soit l'orientation de . L'application est une orientation de X, dite canonique.
c) Soit X une variété connexe, et soit G un groupe discret opérant proprement et librement sur X. Pour que X/G soit orientable, il faut et il suffit que X soit orientable et que l'action de G sur l'ensemble des orientations de X soit triviale.
d) L'espace projectif réel s'identifie au quotient de la sphère par le groupe opérant par ; il est orientable si est pair, et non orientable si est impair.
e) Tout quotient d'un groupe de Lie par un sous-groupe de Lie connexe est orientable.
10.3. Formes différentielles M-tordues
10.3.1. Soit X une variété réelle de classe , et soit M un fibré vectoriel de base X, de rang fini et de classe , avec . Soit la fibration principale associée à la variété des orientations de M (10.2.2). Faisons opérer le groupe structural sur par multiplication. On note l'espace fibré associé à de fibre type (muni de la loi d'opération définie ci-dessus) (6.5.1); il est muni (7.10.2) d'une structure de fibré vectoriel de base X, de rang 1 et de classe ; on l'appelle fibré des scalaires M-tordus.
10.3.2. On a un diagramme commutatif:
où désigne la projection canonique de sur , l’application repère (6.5.1) de et où pour . En particulier, l’image réciproque du fibré par s’identifie au fibré trivial . On identifie également un élément de à son image dans par ; avec cette convention, on a pour tout ; on a si et seulement s’il existe tel que et . Une orientation de définit ainsi une section de .
Il existe un isomorphisme et un seul de sur le fibré trivial tel que pour tout ; cela permet d’identifier le fibré vectoriel à son dual.
10.3.3. Soit de plus un fibré vectoriel de base et de classe . Une forme différentielle sur à valeurs dans est appelée une forme différentielle -tordue à valeurs dans . Une telle forme de degré est une section du fibré , qu’on identifie de façon évidente à . Lorsque est le fibré trivial défini par un espace de Banach , on parle simplement de forme -tordue à valeurs dans ; lorsque (resp. ), on dit forme -tordue complexe (resp. forme -tordue réelle, ou forme -tordue).
Soit une forme -tordue de degré à valeurs dans . Le fait que soit étale et que permet d’identifier à et définit une section de (7.4.3), autrement dit, une forme différentielle de degré sur à valeurs dans . On obtient ainsi une bijection de l’espace des formes -tordues de degré sur à valeurs dans , sur l’espace des formes de degré sur à valeurs dans telles que
10.3.4. Soit une forme différentielle -tordue de degré sur , à valeurs dans un espace de Banach , et de classe (). Il existe une forme différentielle -tordue , de degré sur , à valeurs dans , et une seule telle que, quels que soient l’ouvert de , l’orientation de et la forme différentielle sur tels que , on ait . La forme est de classe ; on l’appelle la différentielle extérieure de .
Si l’on note (resp. ) la forme différentielle sur correspondant à (resp. à ) comme en 10.3.3, on a .
Si est un champ de vecteurs de classe sur , on définit de manière analogue la forme -tordue . On a
10.4. Mesure associée à une forme différentielle tordue
Rappelons que, dans ce numéro, on suppose et que toutes les variétés considérées sont localement de dimension finie.
10.4.1. Soit X une variété de classe C'. On peut appliquer les définitions et résultats de 10.3 en prenant pour fibré vectoriel M le fibré tangent T(X). On a alors Or_M = (10.2.4); on note et on appelle simplement fibré des scalaires tordus le fibré (10.3.1)[^2]; une forme différentielle T(X)-tordue à valeurs dans un fibré vectoriel F est appelée simplement une forme différentielle tordue (ou impaire) à valeurs dans F. Lorsque X est muni d'une orientation, l'application permet d'identifier les formes différentielles usuelles (parfois appelées «paires») aux formes tordues.
10.4.2. Soit un morphisme de variétés de classe C' et soit une orientation de (10.2.5). Il existe un isomorphisme et un seul de sur tel que pour tout . On identifie ces deux fibrés grâce à . Si est une forme tordue de degré sur Y à valeurs dans un fibré vectoriel F, l'image réciproque s'identifie à une forme différentielle tordue de degré sur X à valeurs dans . Si l'on note (resp. ) la forme différentielle sur (resp. ) correspondant à (resp. ) comme en 10.3.3, on a .
Lorsque F est le fibré trivial défini par un espace de Banach, l'opération commute à la différentiation extérieure (10.3.4).
10.4.3. Soit X une variété pure de dimension n, et soit une forme différentielle tordue de degré n sur X, à valeurs dans un espace de Banach E. Soit une carte de X et soit l'orientation canonique de ; notons les fonctions coordonnées sur . Il existe une fonction et une seule sur , à valeurs dans E, telle que
On dit que est localement intégrable si, pour toute carte de X, la fonction correspondante est localement intégrable par rapport à (où désigne la mesure de Lebesgue sur ). Supposons que ce soit le cas et que X soit séparée. Il existe sur X une mesure vectorielle à valeurs dans E et une seule possédant la propriété suivante: pour toute carte de X, l'image par de la restriction à U de la mesure est la mesure (INT, VI, § 2, n° 4). On dit que est la mesure définie par et on la note le plus souvent simplement . Le support de est contenu dans le support Supp de (en appelant support d'une forme différentielle l'adhérence de l'ensemble des tels que ).
Si est une fonction réelle sur X, localement intégrable pour la mesure , alors la forme différentielle est localement intégrable et l'on a .
Si g est une fonction réelle sur X essentiellement intégrable pour , son intégrale se note généralement , ou , ou ; on évite de la noter , à cause des risques de confusion avec la différentielle extérieure de , qui est définie (et d'ailleurs égale à 0) si est de classe . Si A est une partie de X dont la fonction caractéristique est essentiellement intégrable pour , l'intégrale de se note
∫_A ω. Si la constante 1 est essentiellement intégrable pour α(ω), on dit que ω est intégrable.
Soit maintenant p un entier, avec 0 ≤ p ≤ n, et soit ω une forme différentielle tordue de degré p sur X, à valeurs dans un espace de Banach E. Soit de plus Y une sous-variété pure de dimension p de X ; supposons que l’injection canonique i : Y → X soit munie d’une orientation. L’image réciproque i*(ω) (10.4.2) se note alors parfois ω|Y. Si ω|Y est intégrable, on pose
10.4.4. Soit X une variété pure de dimension n, munie d’une orientation ξ. L’identification ω ↦ ξ ⊗ ω entre formes différentielles usuelles et formes différentielles tordues permet d’appliquer ce qui précède aux formes de degré n sur X ; ainsi, à toute forme localement intégrable ω, de degré n, est associée une mesure sur X, notée encore ω. Si E = R, une telle forme ω est localement de module intégrable (10.1.5) et la mesure mod(ω)_μ correspondante (10.1.6) n’est autre que la valeur absolue |ω| de la mesure ω (INT, III, § 1, n° 6).
10.4.5. Exemple. — Soit X une variété réelle pure de dimension 1, orientée, séparée, et soit z : X → C une application différentiable de X dans C. La forme différentielle complexe dz définit sur X une mesure complexe également notée dz. Ceci s’applique notamment lorsque X est une sous-variété différentielle pure de dimension 1 de C, z étant l’injection de X dans C.
Plus particulièrement, prenons pour X un cercle de centre 0 et de rayon ρ > 0 ; orientons X comme indiqué dans 10.2.8, b), compte tenu de l’identification usuelle de C avec R² ; si x ∈ X, l’espace tangent T_x(X) s’identifie à la droite Rix de T_x(C) = C et l’orientation choisie est la demi-droite R_+ ix. Si f est une fonction continue sur X, à valeurs dans un espace de Banach complexe, l’intégrale de f pour la mesure dz est donnée par la formule
Par exemple, si n est un entier, on a
10.4.6 (« Cas complexe »). Soit X^c une variété analytique complexe séparée, pure de dimension m, et soit ω une forme différentielle holomorphe de degré m sur X^c. Soit X la variété analytique réelle sous-jacente à X^c ; la forme ω s’identifie à une forme de type (m, 0) sur X (8.8.9) ; soit sa conjuguée (8.8.2). La forme est une forme différentielle réelle de degré 2m sur X ; compte tenu de l’orientation canonique de X (10.2.7), cette forme s’identifie à une mesure sur X, qui n’est autre que la mesure positive mod(ω)_μ définie en 10.1.6, où μ est la mesure définie par la forme différentielle , autrement dit le double de la mesure de Lebesgue sur (identifié à de la manière usuelle).
Soit H l’espace des formes holomorphes de degré sur telles que la mesure soit bornée. Pour dans H, la mesure complexe est bornée; en posant
on obtient une forme hermitienne sur H, qui fait de H un espace de Hilbert.
[^1]: Lorsque , il suffit de supposer que ; cf. par exemple A. SARD, Bull. Am. Math. Soc., XLVIII (1943), p. 883–890. [^2]: On prendra garde que cette notation est contradictoire avec la notation lorsque l'on considère X comme munie de sa structure de fibré vectoriel de rang 0 sur elle-même.