Bourbaki

§ 11. Formule de Stokes

Dans ce paragraphe, on suppose K=R\mathbf{K}=\mathbf{R}.

11.1. Pièces

11.1.1. Soit E un espace de Banach. Une partie S de E est appelée un demi-espace fermé s'il existe une forme linéaire continue h≠0h\neq 0 et un nombre réel kk tel que S={x∣h(x)≤k}S=\{x|h(x)\leq k\} (cf. EVT, II, § 2, no 6); la frontière de S est alors l'hyperplan fermé {x∣h(x)=k}\{x|h(x)=k\}; on l'appelle également le bord de S, et on le note ∂S\partial S.

11.1.2. Soient X une variété de classe CrC^r et A une partie de X. On dit que A est une pièce de X si, pour tout a∈Aa\in A, il existe une carte c=(U,φ,E)c=(U,\varphi,E) de X en a telle que φ(A∩U)\varphi(A\cap U) soit un ouvert d'un demi-espace fermé de E. On pose ∂A=A−A˚\partial A=A-\mathring{A} (ensemble des points non intérieurs de A). C'est une sous-variété de A, que l'on appelle le bord de A.[^1] Si a∈∂Aa\in\partial A, il existe une carte c=(U,φ,E)c=(U,\varphi,E) de X centrée en a et un hyperplan fermé H de E tels que φ(A∩U)\varphi(A\cap U) soit un voisinage ouvert de 0 dans un des demi-espaces fermés ScS_c de E définis par H (EVT, II, § 2, no 6), et que φ(∂A∩U)=H∩φ(A∩U)\varphi(\partial A\cap U)=H\cap\varphi(A\cap U). Une telle carte est dite adaptée à A en a. Le demi-espace fermé ScS_c est alors l'unique demi-espace fermé de E dont φ(A∩U)\varphi(A\cap U) soit un ouvert.

Pour qu'une partie fermée A de X soit une pièce de X, il faut et il suffit que A˚\mathring{A} soit dense dans A et que A−A˚A-\mathring{A} soit une sous-variété de X de codimension 1 en chacun de ses points.

11.1.3. Exemples

a) Dans Rn\mathbf{R}^n, une boule fermée de rayon >0>0 est une pièce; son bord est la sphère correspondante.

b) Si A est une pièce de la variété X et si B est une partie fermée de ∂A\partial A, alors A−BA-B est une pièce de X.

c) Soit φ:X→X′\varphi:X\rightarrow X' un morphisme de variétés de classe CrC^r, et soit A′A' une pièce de X′X'. Si φ\varphi est transversale à ∂A′\partial A' (5.11.6), φ−1(A′)\varphi^{-1}(A') est une pièce de X dont le bord est φ−1(∂A′)\varphi^{-1}(\partial A').

En particulier, soit h:X→Rh : X \to \mathbf{R} une fonction de classe CrC^r, et soit a∈Ra \in \mathbf{R}; supposons qu’il n’existe aucun x∈Xx \in X tel que h(x)=ah(x) = a et dxh=0d_x h = 0. L’ensemble {x∣h(x)≤a}\{ x | h(x) \leq a \} est une pièce fermée de XX de bord h−1(a)h^{-1}(a).

d) Si r=∞r = \infty et si XX est localement compacte, tout compact de XX admet un système fondamental de voisinages formé de pièces compactes.

11.1.4. Soient XX une variété de classe CrC^r et AA une pièce de XX. Soient a∈∂Aa \in \partial A et v∈Ta(X)v \in T_a(X). Soit c=(U,φ,E)c = (U, \varphi, E) une carte de XX adaptée à AA en aa (11.1.2) et soit h=θc−1(v)h = \theta_c^{-1}(v) l’élément de EE correspondant à vv (5.5.1). Soit ScS_c le demi-espace fermé de EE dont φ(A∩U)\varphi(A \cap U) est un ouvert (11.1.2). On dit que vv est un vecteur rentrant (resp. strictement rentrant, resp. sortant, resp. strictement sortant) pour AA en aa si hh appartient à ScS_c (resp. S˙c,−Sc,−S˙c\dot{S}_c, -S_c, -\dot{S}_c), condition qui est indépendante du choix de la carte adaptée cc. On note Ta+(A)T_a^+(A) (resp. Ta−(A)T_a^-(A)) l’ensemble des vecteurs sortants (resp. rentrants) de Ta(X)T_a(X) pour AA. Ce sont des demi-espaces fermés de Ta(X)T_a(X), dont le bord contient 0. On a

Ta(∂A)=Ta+(A)∩Ta−(A). T_a(\partial A) = T_a^+(A) \cap T_a^-(A).

11.2. Formule de Stokes pour les pièces

Dans ce n°, on désigne par XX une variété de classe CrC^r (r≥2r \geq 2) pure de dimension finie nn et séparée. On désigne par AA une pièce de XX et par ii l’injection canonique de ∂A\partial A dans XX. On désigne par EE un espace de Banach.

11.2. Formule de Stokes pour les pièces

11.2.1. Soit x∈∂Ax \in \partial A et soit ξ\xi une orientation de Tx(∂A)T_x(\partial A); on note i~x(ξ)\tilde{i}_x(\xi) l’orientation de Tx(X)T_x(X) contenant les éléments v∧uv \wedge u, où vv est un vecteur strictement sortant pour AA en xx (11.1.4) et où uu est un élément non nul de ∧n−1Tx(∂A)\wedge^{n-1} T_x(\partial A) appartenant à l’orientation ξ\xi. L’application i~x\tilde{i}_x est une bijection de Or(Tx(∂A))\mathrm{Or}(T_x(\partial A)) sur Or(Tx(X))\mathrm{Or}(T_x(X)). Les applications i~x\tilde{i}_x pour x∈∂Ax \in \partial A, définissent un morphisme i~:∂A~→X~\tilde{i} : \tilde{\partial A} \to \tilde{X} qui est une orientation de ii (10.2.5). Si ξ\xi est une orientation de XX, l’orientation de ∂A\partial A associée à ξ\xi par i~\tilde{i} (10.2.5) est dite définie par ξ\xi.

Exemple

Lorsque X=RnX = \mathbf{R}^n, que ξ\xi est l’orientation usuelle de Rn\mathbf{R}^n et que AA est une boule fermée de rayon >0> 0, l’orientation de la sphère ∂A\partial A définie par ξ\xi est l’orientation canonique (10.2.8, b)).

11.2.2. Soit ω\omega une forme différentielle tordue de degré pp sur XX à valeurs dans EE (10.4.1); l’image réciproque i∗(ω)i^*(\omega) de ω\omega par le morphisme orienté i:∂A→Xi : \partial A \to X se note ω∣∂A\omega|_{\partial A} et s’appelle la forme induite par ω\omega sur ∂A\partial A (cf. 10.4.3).

11.2.3. Faisons l’une des deux hypothèses suivantes:

(i) ω\omega est une forme différentielle tordue de degré n−1n-1 sur XX, à valeurs dans EE; (ii) XX est orientée, ∂A\partial A est munie de l’orientation correspondante (11.2.1) et ω\omega est une forme différentielle de degré n−1n-1 sur XX à valeurs dans EE.

Supposons de plus que ω\omega soit de classe C1C^1 et que l’intersection de AA et du support de ω\omega soit compacte. La différentielle extérieure dωd\omega de ω\omega est continue (8.3.5 et 10.3.4).

La fonction caractéristique de AA est essentiellement intégrable pour la mesure vectorielle définie par dωd\omega sur XX et la forme différentielle ω∣∂A\omega|_{\partial A} de degré n−1n - 1 sur ∂A\partial A est intégrable (10.4.3 et 10.4.4). On a

∫Adω=∫∂Aω(« formule de Stokes »). \int_A d\omega = \int_{\partial A} \omega \quad \text{(« formule de Stokes »)}.
11.2.4. Soit α\alpha une forme différentielle tordue de degré nn sur XX à valeurs dans EE, à support compact, et de classe C1C^1. Pour qu’il existe une forme différentielle tordue ω\omega de degré n−1n - 1 sur XX, à valeurs dans EE, à support compact et de classe C1C^1, telle que α=dω\alpha = d\omega, il est nécessaire que ∫Xα=0\int_X \alpha = 0; si XX est connexe, cette condition est suffisante; si de plus α\alpha est de classe CkC^k (k≤r−1,k≠ωk \leq r - 1, k \neq \omega), on peut choisir ω\omega de classe CkC^k.

11.2.5. Supposons que XX soit la variété réelle sous-jacente à C\mathbf{C}, que EE soit un espace de Banach complexe et que AA soit une pièce compacte de XX. Munissons XX de l’orientation définie par sa structure complexe (10.2.7). Soit ff une application continue de AA dans EE dont la restriction à l’intérieur A˚\mathring{A} de AA est holomorphe. Notons dzdz la différentielle de l’injection z:∂A→Cz : \partial A \to \mathbf{C}. La forme f.dzf.dz, produit de ff et de dzdz, est une forme différentielle de degré 1 sur ∂A\partial A, à valeurs dans EE, de classe C0C^0, et l’on a:

∫∂Af.dz=0(« formule de Cauchy »). \int_{\partial A} f.dz = 0 \quad \text{(« formule de Cauchy »)}.
Lorsque ff se prolonge en une application holomorphe, notée encore ff, d’un voisinage ouvert UU de AA, à valeurs dans EE, la forme différentielle f.dzf.dz (où zz désigne cette fois l’injection canonique de UU dans C\mathbf{C}) est de classe C∞C^\infty sur UU et sa différentielle extérieure est nulle.

11.2.6 (Dérivée d’une intégrale). Supposons XX orientée. Soit YY une variété de classe CrC^r, et soit α\alpha une forme différentielle de degré nn sur YY, à valeurs dans EE, de classe C1C^1, et à support compact. Soit II un ouvert de R\mathbf{R} contenant 0 et soit g:I×X→Yg : I \times X \to Y un morphisme de classe CrC^r; pour t∈It \in I, notons gtg_t l’application x↦g(t,x)x \mapsto g(t, x) de XX dans YY. Notons ψ\psi le morphisme de XX dans T(Y)T(Y) défini par ψ(x)=T(0,x)(g)(1,0)\psi(x) = T_{(0, x)}(g)(1, 0); c’est un relèvement de g0g_0 (8.6.5). Supposons que la restriction de pr1:I×A→I\mathrm{pr}_1 : I \times A \to I à l’intersection de I×AI \times A et du support de g∗(α)g^*(\alpha) soit propre (TG, I, § 10). Pour tout t∈It \in I, l’intersection de AA et du support de gt∗(α)g_t^*(\alpha) est alors compacte; l’application t↦∫Agt∗(α)t \mapsto \int_A g_t^*(\alpha) est de classe C1C^1 sur II et sa dérivée à l’origine est donnée par la formule

ddt(∫Agt∗(α))t=0=∫Aθψ⋅α=∫Ai(ψ) dα+∫∂Ai(ψ) α, \frac{d}{dt} \left( \int_A g_t^*(\alpha) \right)_{t=0} = \int_A \theta_\psi \cdot \alpha = \int_A i(\psi) \, d\alpha + \int_{\partial A} i(\psi) \, \alpha,
cf. n° 8.6.

11.3. Formule de Stokes pour les ensembles localement polyédraux[^2]

Dans ce n°, XX désigne une variété réelle pure de dimension finie nn de classe CrC^r (r≥2r \geq 2); on suppose XX séparée.

11.3.1. Soit AA une partie d’un espace vectoriel réel de dimension finie. On dit que AA est polyédrale si elle est réunion finie d’intersections finies de demi-espaces fermés. Une partie AA de XX est dite localement polyédrale si, pour tout x∈Xx\in X, il existe une carte c=(U,φ,E)c=(U,\varphi,E) de XX en xx et une partie polyédrale AcA_c de EE telles que φ(A∩U)=φ(U)∩Ac\varphi(A\cap U)=\varphi(U)\cap A_c. Une pièce de XX est une partie localement polyédrale.

11.3.2. Soit AA une partie fermée de XX, et soit Fr⁡(A)=A−A˚\operatorname{Fr}(A)=A-\mathring{A} sa frontière. Un point x∈Fr⁡(A)x\in\operatorname{Fr}(A) est dit régulier s’il existe un voisinage ouvert UU de xx tel que A∩UA\cap U soit une pièce de la variété UU (auquel cas xx appartient au bord de A∩UA\cap U). On note ∂A\partial A l’ensemble des points réguliers de Fr⁡(A)\operatorname{Fr}(A) et on l’appelle le bord régulier (ou simplement le bord) de AA. L’ensemble A′=A˚∪∂AA'=\mathring{A}\cup\partial A est une pièce de XX, de bord ∂A\partial A.

11.3.3. \ Exemple.* — Soit H\mathscr{H} un ensemble localement fini d’hyperplans d’un espace affine réel EE de dimension finie nn, et soit CC une chambre de EE relativement à H\mathscr{H} (LIE, V, § 1, no 3). L’adhérence C‾\overline{C} de CC est une partie localement polyédrale de la variété EE ; le bord régulier de C‾\overline{C} est la réunion des faces de CC (loc. cit., no 4). En particulier, si CC est un simplexe ouvert (loc. cit., no 6) de sommets a0,…,ana_0,\ldots,a_n, le bord de C‾\overline{C} est la réunion des C(i)C_{(i)} (0≤i≤n0\leq i\leq n), où C(i)C_{(i)} est le simplexe ouvert de sommets a0,…,ai−1,ai+1,…,ana_0,\ldots,a_{i-1},a_{i+1},\ldots,a_n dans l’espace affine engendré par ces sommets.*\*

11.3.4. Soit AA une partie localement polyédrale de XX, et soit ω\omega une forme différentielle tordue de degré n−1n-1 sur XX à valeurs dans un espace de Banach EE ; on suppose que ω\omega est de classe C1C^1 et que l’intersection de son support avec AA est compacte. Alors, la fonction caractéristique de AA (resp. A′A', A^\hat{A}) est essentiellement intégrable pour la mesure vectorielle définie par dωd\omega sur XX et l’on a

∫Adω=∫A′dω=∫A^dω. \int_A d\omega=\int_{A'}d\omega=\int_{\hat{A}}d\omega.

La forme différentielle ω∣∂A\omega|\partial A (pour l’orientation canonique de l’injection canonique de ∂A\partial A, considérée comme le bord de la pièce A′A', dans XX) est intégrable dans ∂A\partial A et l’on a

∫Adω=∫∂Aω(« formule de Stokes »). \int_A d\omega=\int_{\partial A}\omega \qquad\text{(« formule de Stokes »).}

Lorsque XX est munie d’une orientation, et que l’on munit ∂A\partial A de l’orientation correspondante (11.2.1), cette formule est encore valable si ω\omega est une forme différentielle usuelle de degré n−1n-1 à valeurs dans EE, de classe C1C^1 et telle que A∩Supp⁡ωA\cap\operatorname{Supp}\omega soit compact.

11.4. Formule de Stokes relative (intégration sur les fibres)

Dans ce numéro, on désigne par XX et SS deux variétés (réelles) de classe CrC^r et par π:X→S\pi:X\to S une submersion. On désigne par nn un entier et on suppose que, pour tout s∈Ss\in S, la fibre Xs=π−1(s)X_s=\pi^{-1}(s) de π\pi en ss (qui est une sous-variété de XX (5.10.5)) est pure de dimension nn.

4—B.

11.4.1. Soient E et H deux espaces vectoriels et soit F un sous-espace vectoriel de dimension finie n de H. Soient p un entier ⩾0\geqslant 0, u une application (n+p)(n + p)-linéaire alternée de Hn+pH^{n+p} dans E et t1,…,tpt_1, \ldots, t_p des éléments de H/F; soient t1′,…,tp′t'_1, \ldots, t'_p des représentants de t1,…,tpt_1, \ldots, t_p dans H. L’application

(x1,…,xn)↦u(t1′,…,tp′,x1,…,xn) (x_1, \ldots, x_n) \mapsto u(t'_1, \ldots, t'_p, x_1, \ldots, x_n)

est une application nn-linéaire alternée de FnF^n dans E, qui ne dépend que de u et des tit_i; on la note u⊥(t1,…,tp)u \perp (t_1, \ldots, t_p) (cf. A, III, p. 158 pour le cas particulier E=KE = K). L’application

(t1,…,tp)↦u⊥(t1,…,tp) (t_1, \ldots, t_p) \mapsto u \perp (t_1, \ldots, t_p)

est pp-linéaire alternée.

11.4.2 (« π\pi-torsion »). Considérons le fibré vectoriel T(X/S) sur X (8.1.3); il est de rang fini n en chaque point de X. On pose R~π=R~T(X/S)\tilde{R}_\pi = \tilde{R}_{T(X/S)} (10.3.1) et X~π=OrT(X/S)\tilde{X}_\pi = \mathrm{Or}_{T(X/S)} (10.2.2). Soit s∈Ss \in S; compte tenu de l’identification naturelle de T(X/S)∣XsT(X/S)|_{X_s} avec T(Xs)T(X_s) (8.1.3), la fibre en s de l’application π~:X~π→S\tilde{\pi}: \tilde{X}_\pi \to S composée de π\pi et de l’application canonique X~π→X\tilde{X}_\pi \to X, est X~s\tilde{X}_s (10.2.4). On appelle forme différentielle π\pi-tordue sur X une forme différentielle T(X/S)T(X/S)-tordue (10.3.3).

11.4.3 (« S-orientation d’un S-morphisme »). Soit X′X' une variété munie d’une submersion π′:X′→S\pi': X' \to S dont les fibres XsX_s sont pures de dimension finie n′n', et soit φ:X′→X\varphi: X' \to X un morphisme tel que π′=π∘φ\pi' = \pi \circ \varphi. On appelle S-orientation de φ\varphi un morphisme φ~:X~π′→X~π\tilde{\varphi}: \tilde{X}'_\pi \to \tilde{X}_\pi, commutant à l’action du groupe {±1}\{ \pm 1 \} et tel que le diagramme

X~π′→φ~X~π∣∣X′→φX \begin{array}{ccc} \tilde{X}'_\pi & \xrightarrow{\tilde{\varphi}} & \tilde{X}_\pi \\ | & & | \\ X' & \xrightarrow{\varphi} & X \end{array}

soit commutatif. La donnée d’une S-orientation de φ\varphi permet, comme en 10.4.2, d’identifier les fibrés R~π′\tilde{R}_{\pi'} et φ∗(R~π)\varphi^*(\tilde{R}_\pi) et de définir l’image réciproque d’une forme différentielle π\pi-tordue par le morphisme S-orienté φ\varphi: c’est une forme différentielle π′\pi'-tordue sur X′X'.

11.4.4. Soit A une pièce de X telle que la restriction de π\pi à ∂A\partial A soit une submersion. Pour tout s∈Ss \in S, la fibre Xs=π−1(s)X_s = \pi^{-1}(s) est une sous-variété de X transversale à ∂A\partial A et A∩XsA \cap X_s est une pièce de XsX_s, notée AsA_s, de bord ∂A∩Xs\partial A \cap X_s.

Soit i l’injection canonique de ∂A\partial A dans X. Il existe une S-orientation i~\tilde{i} et une seule de i telle que, pour tout s∈Ss \in S, la restriction de i~\tilde{i} à (∂As)∗(\partial A_s)^* (identifié à la fibre en s de la submersion ∂A~π∣∂A→S\partial \tilde{A}_{\pi|\partial A} \to S) soit l’orientation définie en 11.2.1 de l’injection canonique de ∂As\partial A_s dans XsX_s. Si ω\omega est une forme différentielle π\pi-tordue sur X, l’image réciproque de ω\omega par le morphisme i ainsi orienté est notée ω∣∂A\omega|\partial A (cf. 11.2.2).

11.4.5 (« Produit intérieur »). Soit pp un entier ⩾0\geqslant 0 et soit ω\omega une forme différentielle nn-tordue de degré n+pn + p sur XX, à valeurs dans un fibré vectoriel EE de base XX. Soient s∈Ss \in S et x∈Xsx \in X_s; on a ω(x)=ξ⊗u\omega(x) = \xi \otimes u, où ξ\xi est une orientation de Tx(Xs)=T(X/S)xT_x(X_s) = T(X/S)_x, identifiée à un élément de (R~Xs)x=(R~π)x(\tilde{R}_{X_s})_x = (\tilde{R}_\pi)_x (10.3.2), et où uu est une application (n+p)(n + p)-linéaire alternée de Tx(X)T_x(X) dans ExE_x. Soient t1,…,tpt_1, \ldots, t_p des vecteurs tangents à SS en ss. Posons

θ(x)=ξ⊗(u∧(t1,…,tp))∈(R~Xs)x⊗(Altn(T(X);E))x \theta(x) = \xi \otimes (u \wedge (t_1, \ldots, t_p)) \in (\tilde{R}_{X_s})_x \otimes (\mathrm{Alt}^n(T(X); E))_x

(cf. 11.4.1). On définit ainsi une forme différentielle tordue θ:x↦θ(x)\theta : x \mapsto \theta(x) de degré nn sur XsX_s, à valeurs dans E∣XsE|X_s. On la note ω∧(t1,…,tp)\omega \wedge (t_1, \ldots, t_p).

En particulier, soit MM un fibré vectoriel de classe Cr−1C^{r-1} de base SS et prenons E=π∗(M)E = \pi^*(M). Le fibré E∣XsE|X_s s’identifie naturellement au fibré trivial de base XsX_s défini par l’espace de Banach MsM_s et la forme ω∧(t1,…,tp)\omega \wedge (t_1, \ldots, t_p) s’identifie à une forme différentielle tordue sur XsX_s, à valeurs dans MsM_s.

11.4.6. Conservons les notations précédentes (en particulier E=π(∗M)E = \pi(*M)) et supposons de plus que XX soit séparée et ω\omega continue. Soit AA une pièce de XX telle que la restriction de π\pi à ∂A\partial A soit une submersion et que la restriction de π\pi à l’intersection de AA et du support de ω\omega soit propre. Pour s∈Ss \in S et t1,…,tpt_1, \ldots, t_p dans Ts(S)T_s(S), la forme ω∧(t1,…,tp)\omega \wedge (t_1, \ldots, t_p) (11.4.5) est une forme différentielle tordue de degré nn sur XsX_s, continue, à valeurs dans l’espace de Banach MsM_s, et son support rencontre AsA_s suivant un compact. Il existe une forme différentielle α\alpha et une seule de degré pp sur SS, à valeurs dans le fibré vectoriel MM, et telle que

α(s)(t1,…,tp)=∫Asω∧(t1,…,tp) \alpha(s)(t_1, \ldots, t_p) = \int_{A_s} \omega \wedge (t_1, \ldots, t_p)

quels que soient s∈Ss \in S et t1,…,tpt_1, \ldots, t_p dans Ts(S)T_s(S). La forme α\alpha se note ∫π∣Aω\int_{\pi|A} \omega (ou simplement ∫πω\int_\pi \omega lorsque A=XA = X); on dit qu’elle s’obtient en intégrant ω\omega sur AA le long des fibres de π\pi. Si ω\omega est de classe CkC^k (0≤k≤r−1,k≤∞0 \leq k \leq r - 1, k \leq \infty), il en est de même de ∫π∣Aω\int_{\pi|A} \omega.

Lorsque ω\omega est une forme de degré <n< n, on convient que ∫π∣Aω=0\int_{\pi|A} \omega = 0.

11.4.7. Conservons les hypothèses et notations précédentes.

a) Pour toute forme différentielle scalaire continue β\beta sur SS, on a

∫π∣A(π∗β)∧ω=β∧∫π∣Aω. \int_{\pi|A} (\pi^*\beta) \wedge \omega = \beta \wedge \int_{\pi|A} \omega.

b) Soient η\eta un champ de vecteurs continu sur XX et ζ\zeta un champ de vecteurs continu sur SS, tels que η\eta soit π\pi-lié à ζ\zeta (8.2.6). On a

i(ζ)∫π∣Aω=∫π∣Ai(η)ω. i(\zeta) \int_{\pi|A} \omega = \int_{\pi|A} i(\eta)\omega.

c) Supposons de plus que η,ζ\eta, \zeta et ω\omega soient de classe C1C^1, que l’on ait η(x)∈Tx(∂A)\eta(x) \in T_x(\partial A) pour tout x∈∂Ax \in \partial A et que MM soit le fibré trivial défini par un espace de Banach EE. On a

θζ⋅∫π∣Aω=∫π∣Aθη⋅ω, \theta_\zeta \cdot \int_{\pi|A} \omega = \int_{\pi|A} \theta_\eta \cdot \omega,

(cf. 8.4.2 et 10.3.4).

d) Si ω\omega est de degré n+pn + p et de classe C1C^1, on a

d(∫π∣Aω)=∫π∣Adω+(−1)p∫π∣∂Aω∣∂A. d \left( \int_{\pi|A} \omega \right) = \int_{\pi|A} d\omega + (-1)^p \int_{\pi|\partial A} \omega|_{\partial A}.
e) Supposons que S soit réduite à un point. Les formes π\pi-tordues sur X sont alors les formes tordues ordinaires (10.4.1). Si ω\omega est de degré nn, la forme ∫π∣Aω\int_{\pi|A} \omega de degré 0 sur S est la constante ∫Aω\int_A \omega (10.4.3).

11.4.8. Soit π′:S→S′\pi': S \to S' une submersion telle que les fibres de π′\pi' soient des sous-variétés pures de dimension finie constante n′n'. Posons π′′=π′∘π\pi'' = \pi' \circ \pi; c'est une submersion de X sur S' dont les fibres sont des sous-variétés pures de dimension m=n+n′m = n + n'.

Soit x∈Xx \in X. La suite

0⟶T(X/S)x→IdT(X/S′)x→Tx(π)T(S/S′)π(x)⟶0 0 \longrightarrow T(X/S)_x \xrightarrow{\mathrm{Id}} T(X/S')_x \xrightarrow{T_x(\pi)} T(S/S')_{\pi(x)} \longrightarrow 0
est exacte. Il existe un isomorphisme jj et un seul du fibré vectoriel R~π⊗π∗(R~π′)\tilde{R}_{\pi} \otimes \pi^*(\tilde{R}_{\pi'}) sur R~π′′\tilde{R}_{\pi''} tel que, si ξ\xi (resp. η\eta) est une orientation de T(X/S)xT(X/S)_x (resp. de (π∗T(S/S′))x(\pi^*T(S/S'))_x) identifié à T(S/S′)π(x)T(S/S')_{\pi(x)}, on ait j(ξ⊗η)=ηξj(\xi \otimes \eta) = \eta \xi (le produit étant défini par la suite exacte précédente (10.2.1)).

Soit M′M' un fibré vectoriel de base S′S'; posons M=π′∗(M′)M = {\pi'}^*(M'), et E=π∗(M)=π′′∗(M′)E = \pi^*(M) = {\pi''}^*(M'). Si ω\omega est une forme différentielle π′′\pi''-tordue sur X à valeurs dans E, l'isomorphisme jj permet de l'identifier à une forme π\pi-tordue à valeurs dans π∗(R~π′)⊗E\pi^*(\tilde{R}_{\pi'}) \otimes E, ou encore à valeurs dans π∗(R~π′⊗M)\pi^*(\tilde{R}_{\pi'} \otimes M).

Soit de plus A une pièce de X telle que π∣∂A:∂A→S\pi|\partial A : \partial A \to S soit une submersion ; il en est alors de même de π′′∣∂A:∂A→S′\pi''|\partial A : \partial A \to S'. Supposons en outre que ω\omega soit continue et que la restriction de π′′\pi'' à A∩Supp⁡ωA \cap \operatorname{Supp} \omega soit propre; il en est alors de même de la restriction de π\pi à A∩Supp⁡ωA \cap \operatorname{Supp} \omega. On peut considérer d'une part la forme différentielle ∫π′′∣Aω\int_{\pi''|A} \omega sur S′S', qui est une forme à valeurs dans M′M', d'autre part la forme différentielle ∫π∣Aω\int_{\pi|A} \omega sur S, qui est une forme à valeurs dans R~π′⊗M\tilde{R}_{\pi'} \otimes M, ou encore une forme π′−\pi'-tordue à valeurs dans M=π′∗(M′)M = {\pi'}^*(M'). De plus, π(A)\pi(A) est une sous-variété ouverte de S et la restriction de π′\pi' à π(A)∩Supp⁡∫π∣Aω\pi(A) \cap \operatorname{Supp} \int_{\pi|A} \omega est propre. La forme différentielle ∫π′∣π(A)∫π∣Aω\int_{\pi'|_{\pi(A)}} \int_{\pi|A} \omega est définie; c'est une forme différentielle sur S′S', à valeurs dans M′M'. On a

∫π′∘π∣Aω=∫π′∣π(A)∫π∣Aω. \int_{\pi' \circ \pi|A} \omega = \int_{\pi'|_{\pi(A)}} \int_{\pi|A} \omega.
Si A=XA = X, on a
∫π′∘πω=∫π′∫πω. \int_{\pi' \circ \pi} \omega = \int_{\pi'} \int_{\pi} \omega.

[^1]: Cette terminologie provient de ce que A est naturellement muni d'une structure de «variété à bord», de bord ∂A\partial A. Pour la définition de cette catégorie, ainsi que pour celle, plus générale, de la catégorie des «variétés à bord anguleux», le lecteur pourra se reporter à H. CARTAN, Séminaire 1961/62, Topologie Différentielle, exposés 1-2-3 (par A. DOUADY), Benjamin, New York, 1969. Signalons qu'on peut montrer que toute «variété à bord» dont le bord est paracompact est isomorphe à une pièce fermée d'une variété. [^2]: Le lecteur qui s’intéresse à des cas plus généraux pourra consulter H. WHITNEY, Geometric Integration Theory, Chap. III, § 18 (Princeton Univ. Press, 1957).

Transcribed from the printed volume. Not translated.