On appelle mesure complexe surTtoute forme linéaire continue sur l'espace vectoriel complexeKc(T).
L'espace Mc(T) des mesures complexes sur T est donc le dual de l'espace localement convexe séparé Jc(T).
Si m est une mesure complexe sur T, sa restriction à H(T) est une mesure vectorielle sur T à valeurs dans C (considéré comme espace vectoriel sur R) ; m est déterminée par cette restriction, puisque si f=f1+if2∈HC(T), la partie réelle f1 et la partie imaginaire f2 de f sont dans H(T), et m(f)=m(f1)+im(f2). Inversement, pour toute mesure vectorielle m0 sur T à valeurs dans C, la formule m(f)=m0(f1)+im0(f2) définit une mesure complexe m et une seule dont la restriction à H(T) soit m0. Nous identifierons donc désormais une mesure complexe à sa restriction à H(T) ; une telle mesure m est de la forme m=μ1+iμ2, où μ1 et μ2 sont deux mesures réelles sur T, qui sont appelées respectivement partie réelle et partie imaginaire de m. Le support de m est l’adhérence de la réunion des supports de μ1 et μ2. On sait que m est majorable (no 3, cor. de la prop. 4) ; nous appellerons valeur absolue de m la mesure positive ∣m∣ correspondant à la valeur absolue ∣x1+ix2∣=x12+x22 sur C. On a ∣m∣=(μ12+μ22)1/2 (no 4, Remarque suivant la prop. 9), et ∣μ1∣≤∣m∣,∣μ2∣≤∣m∣,∣m∣≤∣μ1∣+∣μ2∣; en outre, m est une mesure de base ∣m∣, et on peut écrire m=h.∣m∣, où h∈LC∞(∣m∣) et ∣h(t)∣=1 localement presque partout pour ∣m∣ (no 4, prop. 9). Les supports de m et de ∣m∣ sont les mêmes.
Pour toute application f de T dans un espace de Banach complexe F, essentiellement intégrable par rapport à ∣m∣, on peut définir (no 7) l’intégrale de f par rapport à m (correspondant à l’application R-bilinéaire (x,λ)→λx de F×C dans F), qu’on notera ∫fdm; il résulte aussitôt de la propriété d’unicité de la prop. 11 que l’on a (avec les notations précédentes)
∫fdm=∫fdμ1+i∫fdμ2=∫fhd∣m∣.
Pour f∈HC(T), on a donc m(f)=∫fdm. On dit que f est essentiellement intégrable pour m si elle l’est pour ∣m∣; on définit de même les applications m-intégrables, m-mesurables, localement m-intégrables, m-négligeables, localement m-négligeables. On écrit LFp(T,m) (resp. LFp(T,m),LFp(T,m)) au lieu de LFp(T,∣m∣) (resp. LFp(T,∣m∣),LFp(T,∣m∣)); ce sont des espaces vectoriels complexes.
Pour que f soit m-intégrable (resp. essentiellement m-intégrable), il faut et il suffit que f soit intégrable (resp. essentiellement intégrable) par rapport à chacune des quatre mesures μ1+,μ1−,μ2+,μ2−, en vertu des inégalités entre ∣m∣,∣μ1∣,∣μ2∣ et des relations ∣μk∣=μk++μk−(k=1,2) (chap. V, § 3, no 5, cor. 1 de la prop. 6).
Si f est essentiellement m-intégrable (resp. m-intégrable), ∣f∣ est essentiellement ∣m∣-intégrable (resp. ∣m∣-intégrable), et il résulte de la prop. 11 que
∫fdm≤∫∣f∣d∣m∣.
Soient F et G deux espaces de Banach complexes, u une application linéaire continue de F dans G. Si f est une application essentiellement m-intégrable (resp. m-intégrable) de T dans F, u∘f est essentiellement m-intégrable (resp. m-intégrable) et on a
∫(u∘f)dm=u(∫fdm);
cela résulte aussitôt de ce qui précède et de la proposition analogue pour les fonctions essentiellement ∣m∣-intégrables (chap. IV, § 4, no 2, th. 1 et chap. V, § 2, no 2, prop. 5).
Soient m une mesure complexe sur T et h une fonction complexe localement m-intégrable. Pour toute fonction f∈Hc(T), la fonction fh est m-intégrable et l’application f→∫fhdm est une mesure complexe notée h.m et appelée mesure de densité h par rapport à m. Si m=g.∣m∣, il est clair que h.m=hg.∣m∣; comme en outre ∣g(t)∣=1 localement presque partout pour ∣m∣, pour que f soit essentiellement intégrable pour n=h.m, il faut et il suffit que fh soit essentiellement m-intégrable, et on a
∫fdn=∫(fh)dm.
De plus, on a ∣h.m∣=∣h∣.∣m∣. On dit encore que toute mesure de la forme h.m est une mesure complexe de base m; deux mesures complexes m,m′ sont dites équivalentes si chacune a une densité par rapport à l’autre, ou, ce qui revient au même, si m′=h.m, où h est localement m-intégrable et h(t)=0 localement presque partout pour ∣m∣. Il est clair que m et ∣m∣ sont équivalentes, et que, pour que m et m′ soient équivalentes, il faut et il suffit que ∣m∣ et ∣m′∣ le soient.
Si m et m′ sont deux mesures complexes sur T, f une fonction à valeurs dans un espace de Banach complexe F, essentiellement intégrable (resp. intégrable) à la fois pour m et m′, alors, quels que soient les nombres complexes λ et λ′, f est essentiellement intégrable (resp. intégrable) pour λm+λ′m′, et on a
∫fd(λm+λ′m′)=λ∫fdm+λ′∫fdm′.
Cela résulte en effet du cor. de la prop. 11 du no 7.
Il résulte en outre des définitions que l’on a
∣λm+λ′m′∣≤∣λ∣⋅∣m∣+∣λ′∣⋅∣m′∣.
On appelle mesure conjuguée d’une mesure complexe m la mesure complexe m définie par m(f)=m(f) pour f∈Kc(T). Si m=μ1+iμ2, où μ1 et μ2 sont des mesures réelles, on a m=μ1−iμ2 et ∣m∣=∣m∣; si m=h⋅∣m∣, on a m=h⋅∣m∣. Si f est une fonction essentiellement m-intégrable (resp. m-intégrable) à valeurs complexes, f est essentiellement m-intégrable (resp. m-intégrable) et on a
∫fdm=∫fdm.
Bourbaki place la démonstration juste après l’énoncé : ce qui précède est l’énoncé avec sa démonstration.