Bourbaki

§ 4. Modules plats et foncteurs « Tor »

A l’usage des lecteurs au courant de l’Algèbre homologique (*), nous allons indiquer rapidement comment la théorie des modules plats se relie à celle des foncteurs Tor.

Proposition 1

Soit E un A-module à droite. Les quatre propriétés suivantes sont équivalentes :

(*) Voir la partie de ce Traité consacrée aux catégories, et, plus particulièrement, aux catégories abéliennes (en préparation). En attendant la parution de cette partie, le lecteur pourra consulter H. CARTAN-S. EILENBERG, Homological Algebra, Princeton, 1956, ou R. GODEMENT, Théorie des Faisceaux, Paris (Hermann), 1958.

a) EE est plat.

b) Pour tout AA-module à gauche FF et tout entier n⩾1n \geqslant 1, on a Tor⁡nA(E,F)=0\operatorname{Tor}_n^A(E, F) = 0.

c) Pour tout AA-module à gauche FF, on a Tor⁡1A(E,F)=0\operatorname{Tor}_1^A(E, F) = 0.

d) Pour tout idéal à gauche de type fini aa de AA, on a

Tor⁡1A(E,As/a)=0. \operatorname{Tor}_1^A(E, A_s/a) = 0.

Montrons que a) implique b). Soit

⋯→Ln→Ln−1→⋯→L0→F→0 \cdots \to L_n \to L_{n-1} \to \cdots \to L_0 \to F \to 0
une résolution libre de FF. Comme EE est plat, la suite
(1)(1)
⋯→E⊗Ln→E⊗Ln−1→⋯→E⊗L0→E⊗F→0 \cdots \to E \otimes L_n \to E \otimes L_{n-1} \to \cdots \to E \otimes L_0 \to E \otimes F \to 0
est exacte. Comme les Tor⁡nA(E,F)\operatorname{Tor}_n^A(E, F) sont isomorphes aux groupes d’homologie du complexe (1), ils sont nuls pour n⩾1n \geqslant 1.

Il est trivial que b) entraîne c) et que c) entraîne d). Montrons enfin que d) implique a). La suite exacte

0→a→As→As/a→0 0 \to a \to A_s \to A_s/a \to 0
donne la suite exacte
Tor⁡1A(E,As/a)→E⊗Aa→E⊗AA. \operatorname{Tor}_1^A(E, A_s/a) \to E \otimes_A a \to E \otimes_A A.
Comme d) est vérifiée, l’homomorphisme canonique
E⊗Aa→E⊗AA=E E \otimes_A a \to E \otimes_A A = E
est injectif, ce qui signifie que EE est plat (§2§ 2, no 3, prop. 1).

La prop. 1 fournit une caractérisation des modules plats qui est souvent utile dans les applications. Nous nous bornerons, à titre d’exemple, à donner une nouvelle démonstration de la prop. 5 du §2§ 2, no 5. Si E′E' et E′′E'' sont plats, la suite exacte

Tor⁡1A(E′,F)→Tor⁡1A(E,F)→Tor⁡1A(E′′,F) \operatorname{Tor}_1^A(E', F) \to \operatorname{Tor}_1^A(E, F) \to \operatorname{Tor}_1^A(E'', F)
montre que Tor⁡1A(E,F)=0\operatorname{Tor}_1^A(E, F) = 0 pour tout AA-module à gauche FF, donc EE est plat. Si EE et E′′E'' sont plats, la suite exacte
Tor⁡2A(E′′,F)→Tor⁡1A(E′,F)→Tor⁡1A(E,F) \operatorname{Tor}_2^A(E'', F) \to \operatorname{Tor}_1^A(E', F) \to \operatorname{Tor}_1^A(E, F)
montre que Tor⁡1A(E′,F)=0\operatorname{Tor}_1^A(E', F) = 0, donc E′E' est plat.

Proposition 2

Soient R, S deux anneaux, ρ:R→S\rho : R \to S un homomorphisme et F un R-module à gauche. Les deux propriétés suivantes sont équivalentes :

a) On a Tor1R(ρ∗(E),F)=0\mathrm{Tor}_1^R(\rho_*(E), F) = 0 pour tout S-module à droite E. b) Le S-module à gauche ρ∗(F)=F(s)=S⊗RF\rho^*(F) = F_{(s)} = S \otimes_R F est plat, et on a Tor1R(ρ∗(Sd),F)=0\mathrm{Tor}_1^R(\rho_*(S_d), F) = 0.

Supposons a) vérifiée. Prenant E=SdE = S_d, on voit que Tor1R(ρ∗(Sd),F)=0\mathrm{Tor}_1^R(\rho_*(S_d), F) = 0. Montrons en outre que F(s)F_{(s)} est un S-module plat. Pour cela, notons que si E est un S-module à droite, le groupe additif E⊗SF(s)E \otimes_S F_{(s)} s’identifie à ρ∗(E)⊗RF\rho_*(E) \otimes_R F. Si l’on a donc une suite exacte de S-modules à droite

0→E′→E→E′′→0 0 \to E' \to E \to E'' \to 0

on en déduit, vu a), une suite exacte

0→ρ∗(E′)⊗RF→ρ∗(E)⊗RF→ρ∗(E′′)⊗RF→0 0 \to \rho_*(E') \otimes_R F \to \rho_*(E) \otimes_R F \to \rho_*(E'') \otimes_R F \to 0

ou encore

0→E′⊗SF(s)→E⊗SF(s)→E′′⊗SF(s)→0 0 \to E' \otimes_S F_{(s)} \to E \otimes_S F_{(s)} \to E'' \otimes_S F_{(s)} \to 0

ce qui prouve que F(s)F_{(s)} est plat.

Réciproquement, si b) est vérifiée, on a tout d’abord, pour tout S-module à droite libre L=Sd(i)L = S_d^{(i)}, Tor1R(ρ∗(L),F)=(Tor1R(ρ∗(Sd),F))(i)=0\mathrm{Tor}_1^R(\rho_*(L), F) = (\mathrm{Tor}_1^R(\rho_*(S_d), F))^{(i)} = 0. Tout S-module à droite E s’écrit sous la forme E=L/HE = L/H pour un S-module libre L convenable ; on a donc la suite exacte

(2) 0=Tor1R(ρ∗(L),F)→Tor1R(ρ∗(E),F)→ρ∗(H)⊗RF→ρ∗(L)⊗RF.0 = \mathrm{Tor}_1^R(\rho_*(L), F) \to \mathrm{Tor}_1^R(\rho_*(E), F) \to \rho_*(H) \otimes_R F \to \rho_*(L) \otimes_R F.

Mais comme F(s)F_{(s)} est plat, l’homomorphisme H⊗SF(s)→L⊗SF(s)H \otimes_S F_{(s)} \to L \otimes_S F_{(s)} est injectif, et il s’identifie à l’homomorphisme

ρ∗(H)⊗RF→ρ∗(L)⊗RF. \rho_*(H) \otimes_R F \to \rho_*(L) \otimes_R F.

On déduit alors de (2) que Tor1R(ρ∗(E),F)=0\mathrm{Tor}_1^R(\rho_*(E), F) = 0.

Remarque

La proposition 2 découle aussi de l’existence de la suite exacte

E⊗STor1R(ρ∗(Sd),F)→Tor1R(ρ∗(E),F)→Tor1S(E,Sd⊗RF)→0 E \otimes_S \mathrm{Tor}_1^R(\rho_*(S_d), F) \to \mathrm{Tor}_1^R(\rho_*(E), F) \to \mathrm{Tor}_1^S(E, S_d \otimes_R F) \to 0

provenant de la suite spectrale d’« associativité » des foncteurs Tor.

Exercices

See the exercises for § 4.

Transcribed from the printed volume. Not translated.