§ 3. Anneaux locaux. Passage du local au global
1. Anneaux locaux.
Proposition 1
Soient A un anneau, I l’ensemble des éléments non inversibles de A. L’ensemble I est la réunion des idéaux de A distincts de A. En outre, les conditions suivantes sont équivalentes :
a) I est un idéal. b) L’ensemble des idéaux de A distincts de A possède un plus grand élément. c) A possède un idéal maximal unique.
En effet, la relation équivaut à , donc à . Si est un idéal de A distinct de A et si , on a , donc et . Donc tout idéal distinct de A est contenu dans I et tout élément appartient à un idéal principal . Ceci prouve la première assertion, et celle-ci entraîne aussitôt l’équivalence des propriétés a), b), c).
Remarque 1). — On notera que, si c) est vérifiée, I est le radical de l’anneau A (Alg., chap. VIII, § 6, no 3, déf. 3).
Définition 1
On dit qu’un anneau A est un anneau local s’il vérifie les conditions équivalentes a), b), c) de la prop. 1. Le quotient de A par son radical (qui est alors l’unique idéal maximal de A) s’appelle le corps résiduel de A.
Définition 2
Soient A, B deux anneaux locaux, m, n leurs idéaux maximaux respectifs. On dit qu’un homomorphisme est local si .
Il revient au même de dire que , car est alors un idéal contenant m et ne contenant pas 1, donc égal à m. Par passage aux quotients, on déduit alors canoniquement de un homomorphisme injectif du corps résiduel de A dans celui de B.
Exemple 1
Un corps est un anneau local. Un anneau réduit à 0 n’est pas un anneau local.
Exemple 2
Soient un anneau local, son corps résiduel. L’anneau de séries formelles est un anneau local, car les éléments non inversibles de sont les séries formelles dont le terme constant est non inversible dans (, chap. IV, § 5, no 6, prop. 4). L’injection canonique de dans est un homomorphisme local, et l’injection correspondante des corps résiduels est un isomorphisme.
Exemple 3
Soit un idéal d’un anneau qui n’est contenu que dans un seul idéal maximal ; alors est un anneau local d’idéal maximal et de corps résiduel canoniquement isomorphe à . Ceci s’applique en particulier au cas où , étant un idéal maximal quelconque de (, no 1, cor. de la prop. 1). Si est lui-même un anneau local d’idéal maximal , alors, pour tout idéal de , est un anneau local, l’homomorphisme canonique un homomorphisme local, l’homomorphisme correspondant des corps résiduels étant bijectif.
Exemple 4
Soient un espace topologique, un point de , l’anneau des germes au point des fonctions numériques continues dans un voisinage de (Top. gén., chap. I, 3e éd., § 6, no 10). Il est clair que, pour que le germe en d’une fonction continue soit inversible dans , il faut et il suffit que , car cette condition entraîne que dans un voisinage de . L’anneau est donc un anneau local dont l’idéal maximal est l’ensemble des germes des fonctions nulles en ; par passage au quotient, l’application de dans donne un isomorphisme du corps résiduel sur .
Proposition 2
Soient* un anneau, un idéal premier de . L’anneau est local ; son idéal maximal est l’idéal , engendré par l’image canonique de dans ; son corps résiduel est canoniquement isomorphe au corps des fractions de .
En effet, soit , et soit l’homomorphisme canonique ; l’hypothèse que est premier entraîne que est saturé pour , donc (, no 4, prop. 10), et comme les idéaux de disjoints de sont ceux contenus dans , les deux premières assertions sont des cas particuliers du § 2, n° 5, prop. 11, (ii). En outre, si est l’homomorphisme canonique , est l’ensemble des éléments de l’anneau intègre , donc la dernière assertion est un cas particulier du § 2, n° 5, prop. 11, (i).
Définition 3
Soient un anneau, un idéal premier de . L’anneau s’appelle l’anneau local de en , ou l’anneau local de lorsqu’aucune confusion n’est à craindre.
Remarque 2). — Si est un anneau local et son idéal maximal, les éléments de sont inversibles (prop. 1), donc s’identifie canoniquement à (, n° 1, Remarque 5).
Exemple 5
Soit un nombre premier. L’anneau local est l’ensemble des nombres rationnels , où sont des entiers rationnels tels que soit étranger à ; le corps résiduel de est isomorphe au corps premier .
Exemple 6
Soient une variété algébrique affine, l’anneau des fonctions régulières sur , une sous-variété irréductible de , et l’idéal (nécessairement premier) de formé par les fonctions nulles en tout point de . L’anneau s’appelle l’anneau local de sur
Proposition 3
Soient un anneau, un idéal premier de , . Pour tout idéal de distinct de , soit l’idéal de , de sorte que .
(i) Soit l’homomorphisme canonique . L’homomorphisme de dans canoniquement associé à (, n° 1, prop. 2) est surjectif et son noyau est , ce qui définit par passage aux quotients un isomorphisme canonique de sur .
(ii) L’application , restreinte à l’ensemble des idéaux premiers de , est un isomorphisme (pour la relation d’inclusion) de cet ensemble sur l’ensemble des idéaux premiers de contenus dans . Si est premier dans il existe un isomorphisme de l’anneau sur l’anneau qui applique sur pour .
Ceci n’est qu’un cas particulier du § 2, n° 5, prop. 11.
Remarque 3
Si est un idéal de non contenu dans , on a et (, no 5, Remarque).
Remarque 4
Soient deux anneaux, un homomorphisme, un idéal premier de , l’idéal premier de . Comme , on déduit canoniquement de un homomorphisme (, no 1, prop. 2), et il est immédiat que , donc est un homomorphisme local.
2. Modules sur un anneau local.
Proposition 4
Soient un anneau non nécessairement commutatif, un idéal à droite de contenu dans le radical de , un -module à gauche. On suppose vérifiée l’une des conditions suivantes :
(i) est de type fini ; (ii) est nilpotent.
Alors la relation entraîne .
L’assertion relative à l’hypothèse (i) n’est autre que le cor. 3 de la prop. 6 d’Alg., chap. VIII, , no 3. D’autre part, la relation équivaut à et entraîne donc pour tout entier ; d’où l’assertion relative à l’hypothèse (ii).
Corollaire 1
Soient un anneau non nécessairement commutatif, un idéal à droite de contenu dans le radical de , et deux -modules à gauche, une application -linéaire. Si est de type fini ou si est nilpotent, et si est surjective, alors est surjective.
En effet, est canoniquement isomorphe à (Alg., chap. II, 3e éd., , no 6, cor. 1 de la prop. 6); l’hypothèse entraîne donc , donc en vertu de la prop. 4.
Corollaire 2
Soient un anneau non nécessairement commutatif, un idéal bilatère de contenu dans le radical de , un -module à gauche, une famille d’éléments de . Si est de type fini ou si est nilpotent, et si les éléments , (t \in I) engendrent le (A/m)-module à gauche (A/m) \otimes_A M, les x_t engendrent M.
Soit en effet (e_t)_{t \in I} la base canonique du A-module à gauche : il suffit d’appliquer le cor. 1 à l’application A-linéaire telle que pour tout .
Proposition 5
Soient A un anneau non nécessairement commutatif, m un idéal bilatère de A contenu dans le radical de A, M un A-module à gauche. On suppose vérifiée l’une des conditions suivantes :
(i) M admet une présentation finie ; (ii) m est nilpotent.
Alors, si est un (A/m)-module à gauche libre et si l’homomorphisme canonique de dans M est injectif, M est un A-module libre. De façon précise, si est une famille d’éléments de M telle que soit une base du (A/m)-module , est une base de M.
Si , et si est la classe de a dans , on a , donc l’hypothèse entraîne qu’il existe une famille d’éléments de M telle que soit une base du (A/m)-module . On sait déjà que les engendrent M (cor. 2 de la prop. 4) ; nous allons voir qu’ils sont linéairement indépendants sur A. Pour cela, considérons le A-module libre ; soit sa base canonique, et soit l’application A-linéaire telle que pour tout ; si R est le noyau de u, nous allons prouver que . Dans l’hypothèse (i), est un (A/m)-module de type fini, donc I est nécessairement fini et R est un A-module de type fini en vertu du chap. I, § 2, n° 8, lemme 9. D’après la prop. 4, il suffira donc de prouver (dans l’une ou l’autre hypothèse) que l’on a .
Soit j l’injection canonique ; on a donc le diagramme commutatif
dans lequel les deux lignes sont exactes, j est injectif et est surjectif (chap. I, § 2, n° 1, lemme 1); comme par hypothèse Ker (c) = 0, on a donc une suite exacte
(chap. I, § 1, n° 4, prop. 2); il suffit de vérifier que est bijectif, car on en déduira Coker (a) = 0, autrement dit que a est surjectif et par suite R = mR. Or, Coker (b) = (A/m) \otimes_A L et Coker (c) = (A/m) \otimes_A M, et par définition ; comme est une base de (A/m) \otimes_A L, la définition des montre que est bijectif.
Corollaire 1
Soient A un anneau non nécessairement commutatif, m le radical de A, M un A-module à gauche. On suppose que A/m est un corps, que l’homomorphisme canonique de m \otimes_A M dans M est injectif, et que l’une des conditions (i), (ii) de la prop. 5 est satisfaite. Pour qu’une famille d’éléments de M soit une base d’un facteur direct de M, il faut et il suffit que la famille soit libre dans M/mM.
En effet, si cette condition est vérifiée, on peut supposer que est une sous-famille d’une famille d’éléments de M telle que soit une base de M/mM (Alg., chap. II, 3e éd., § 7, n° 1, th. 2), et la prop. 5 prouve alors que est une base de M.
Corollaire 2
Soient A un anneau non nécessairement commutatif, m le radical de A, M un A-module à gauche. On suppose que A/m est un corps, et que l’une des conditions suivantes est vérifiée :
(i) M admet une présentation finie ; (ii) m est nilpotent.
Alors les propriétés suivantes sont équivalentes : a) M est libre ; b) M est projectif ; c) M est plat ; d) l’homomorphisme canonique est injectif ; e) on a
Les implications sont immédiates. Comme A/m est un corps, est un (A/m)-module libre, et la prop. 5 montre que d) implique a).
Enfin, on sait que Tor, et de la suite exacte , on déduit donc la suite exacte
On peut montrer que, pour tout anneau ayant un radical tel que soit un corps, tout -module projectif est libre (exerc. 3).
Proposition 6
Soient un anneau non nécessairement commutatif*, son radical ; supposons que soit un corps. Soient et deux -modules libres de type fini, et soit un homomorphisme. Les propriétés suivantes sont équivalentes : a) est un isomorphisme de sur un facteur direct de ; b) est injectif ; c) est injectif et est un -module libre ; d) l'homomorphisme transposé est surjectif.
On sait (Alg., chap. II, 3e éd., § 1, no 11, prop. 21) que, si est libre, est facteur direct dans , donc c) implique a) ; inversement, a) implique que , isomorphe à un supplémentaire de dans , est un -module projectif de type fini, et a fortiori de présentation finie (chap. I, § 2, no 8, lemme 8) ; donc ce module est libre en vertu du cor. 2 de la prop. 5, et a) implique c). Il est évident d'autre part que a) entraîne b). Posons pour simplifier ; comme et sont de type fini, les duals et des -modules et s'identifient canoniquement à et et à (Alg., chap. II, 3e éd., § 5, no 4, prop. 8) ; comme et sont des espaces vectoriels sur le corps , l'hypothèse que est injectif entraîne que est surjectif (Alg., chap. II, 3e éd., § 7, no 5, prop. 10) ; le cor. 1 de la prop. 4 montre alors que est surjectif, et nous avons ainsi prouvé que b) entraîne d). Montrons enfin que d) entraîne a). Supposons surjectif ; comme est libre, il existe un homomorphisme de dans tel que (Alg., chap. II, 3e éd., § 1, no 11, prop. 21) ; comme et sont libres de type fini, il existe un homomorphisme g de N dans M tel que ; on a donc , d'où ; ceci prouve que est un isomorphisme de M sur un sous-module facteur direct de N (Alg., chap. II, 3e éd., § 1, n° 9, cor. 2 de la prop. 15).
Corollaire
Sous les hypothèses de la prop. 6, les propriétés suivantes sont équivalentes : a) est un isomorphisme de M sur N ; b) M et N ont même rang (Alg., chap. II, 3e éd., § 7; n° 2) et est surjectif ; c) est bijectif.
Il est clair que a) entraîne b) ; b) entraîne que est surjectif ; en outre l'hypothèse que M et N ont même rang entraîne qu'il en est de même des espaces vectoriels et sur , donc est bijectif (Alg., chap. II, 3e éd., § 7, n° 4, cor. de la prop. 9) et b) entraîne c). Enfin, la condition c) entraîne, en vertu de la prop. 6, que N est somme directe de et d'un sous-module libre P et un isomorphisme de sur ; si on avait , on aurait , et ne serait pas surjectif ; donc c) entraîne a).
Les propositions démontrées ci-dessus dans ce n° seront le plus souvent appliquées lorsque A est un anneau local et m son idéal maximal. Le cor. 2 de la prop. 5 se complète alors par la
Proposition 7
Soient A un anneau local réduit, m son idéal maximal, la famille des idéaux premiers minimaux de A, le corps des fractions de , M un A-module de type fini. Pour que M soit libre, il faut et il suffit que l'on ait
(1)
Si M est libre, il est clair que les deux membres de (1) sont égaux au rang de M pour tout . Supposons maintenant la condition satisfaite, et notons n la valeur commune des deux membres de (1); en vertu du cor. 2 de la prop. 4, M possède un système de n générateurs (). Supposons d'abord A intègre, auquel cas pour tout . Les éléments () engendrent l'espace vectoriel sur le corps des fractions K de A ; mais comme par hypothèse cet espace est de rang n sur K, les éléments sont linéairement indépendants sur K. On en déduit (Alg., chap. II, 3e éd., § 1, no 13, Remarque 1) que les sont linéairement indépendants sur A, donc forment une base de M.
Passons au cas général ; il existe un homomorphisme surjectif de sur M. Considérons le diagramme commutatif
où (resp. ) est l’application (resp. ), (resp. ) étant l’application canonique, et est l’application produit des . On a , et comme est un anneau local intègre, il résulte de la première partie du raisonnement que chacun des est un isomorphisme ; il en est donc de même de . D’autre part, comme A est réduit, on a
3. Passage du local au global.
Proposition 8
Soient A un anneau, m un idéal maximal de A, M un A-module. S’il existe un idéal a de A tel que m soit le seul idéal maximal de A contenant a, et que , alors l’homomorphisme canonique est bijectif.
En effet, est alors un anneau local d’idéal maximal ; on peut considérer M comme un -module ; pour tout , l’image canonique de s dans est inversible, donc l’homothétie de M est bijective d’après la définition de comme solution d’un problème universel (§ 2, no 2) ; d’où la proposition.
En particulier, s’il existe tel que , l’homomorphisme est bijectif (, n° 1, cor. de la prop. 1).
Proposition 9
Soient un anneau, un idéal maximal de , un -module, un entier . L’homomorphisme canonique est surjectif, admet pour noyau, et définit un isomorphisme de sur .
Le cas où étant trivial, supposons . Il résulte de la prop. 8 que l’homomorphisme canonique est bijectif. D’autre part s’identifie canoniquement à (, n° 4, th. 1) et on a (, n° 7, cor. de la prop. 18), d’où un isomorphisme de sur qui transforme la classe d’un élément en la classe de .
Corollaire
Soient un anneau, des idéaux maximaux de deux à deux distincts, un -module, des entiers . L’homomorphisme canonique de dans est surjectif, et son noyau est .
Cela résulte aussitôt de la prop. 9 et du , n° 2, prop. 6, les étant deux à deux étrangers (, n° 2, prop. 3).
Dans la suite de ce n°, désigne un anneau, et (ou ) l’ensemble des idéaux maximaux de .
Proposition 10
Le -module , somme directe des pour , est fidèlement plat.
En effet, chacun des est un -module plat (, n° 4, th. 1), donc est plat (chap. I, , n° 3, prop. 2). En outre, pour tout idéal maximal de , est l’unique idéal maximal de , donc , d’où on conclut que , et par suite est fidèlement plat (chap. I, , n° 1, prop. 1, d)).
Théorème 1
Soient deux -modules, un -homomorphisme et pour tout , soit le -homomorphisme correspondant (, n° 2, Remarque 5). Pour que soit injectif (resp. surjectif, bijectif, nul) il faut et il suffit que, pour tout , soit injectif (resp. surjectif, bijectif, nul).
En effet, dire que pour tout , est injectif (resp. surjectif, bijectif, nul) équivaut à dire que l’homomorphisme a la même propriété. Mais , et , avec ; comme est fidèlement plat (prop. 10), le théorème résulte du chap. I, § 3, no 1, prop. 1 c) et prop. 2.
Corollaire 1
Soient un -module, un sous-module de , un élément de . Pour que , il faut et il suffit que, pour tout , l’image canonique de dans appartienne à .
Soit la classe de dans ; dire que signifie que l’application -linéaire de dans est nulle. Or s’identifie à (§ 2, no 4, th. 1) et à l’application , où est la classe mod. de l’image canonique de dans . Comme la relation équivaut à pour tout en vertu du th. 1, cela prouve le corollaire.
Corollaire 2
Soit un -module et, pour tout , soit l’homomorphisme canonique . L’homomorphisme de dans est injectif.
En effet, en appliquant le cor. 1 à , on voit que la relation équivaut à pour tout .
Corollaire 3
(i) Soient un idéal de , un élément de . Pour que , il faut et il suffit que, pour tout , l’image canonique de dans appartienne à .
(ii) En particulier, soient et deux éléments de . Pour que soit multiple de , il faut et il suffit que, pour tout , l’image canonique de dans soit multiple de celle de .
Comme (§ 2, no 7, cor. de la prop. 18), (i) est un cas particulier du cor. 1 ; (ii) résulte de (i) appliqué à l’idéal .
Corollaire 4
Soient un anneau intègre, son corps des fractions, un -module sans torsion, de sorte que s’identifie canoniquement à un sous-A-module de . Alors, pour tout , s’identifie canoniquement à un sous-A-module de , et on a .
En effet, comme est identifié à un sous-module de , l’est à un sous--module de (§ 2, no 4, th. 1); comme , on voit déjà que est sans torsion; en outre, la commutativité du diagramme
prouve que l’application canonique est injective. Le corollaire résulte donc du cor. 1 appliqué au A-module et à son sous-module .
En particulier, pour tout anneau intègre , on a
Corollaire 5
Soit un anneau. Tout système de générateurs du -module ayant éléments est une base de .
Soient la base canonique de , un système de générateurs de ayant éléments, l’application -linéaire telle que pour . Par hypothèse est surjective et il faut montrer que est injective. On se ramène aussitôt, en vertu du th. 1, au cas où est un anneau local; si est l’idéal maximal de , les éléments dans forment alors un système de générateurs du -module libre ; comme est un corps, ce système est une base de ; comme est un -module libre, on déduit de la prop. 5 que est une base de .
Proposition 11
Soient un -module, un -module de type fini, un homomorphisme. Pour que soit surjectif, il faut et il suffit que, pour tout , l’homomorphisme déduit de par passage aux quotients soit surjectif.
En effet, il résulte du th. 1 que, pour que soit surjectif, il faut et il suffit que soit surjectif pour tout . Comme est un anneau local et que est un -module de type fini, il revient au même de dire que l’homomorphisme , obtenu par passage aux quotients, est surjectif (no 2, cor. 1 de la prop. 4); mais (resp. ) s’identifie à (resp. ) (prop. 9), d’où la proposition.
Proposition 12
Soient trois -modules, et des homomorphismes. On suppose que est de présentation finie. Pour qu’il existe un homomorphisme tel que se factorise en , il faut et il suffit que, pour tout , il existe un homomorphisme tel que se factorise en .
L’existence de vérifiant l’énoncé est équivalente à la propriété suivante : appartient à l’image de l’application . Or, (resp. ) s’identifie canoniquement à (resp. ) (§ 2, no 7, prop. 19, (i)), l’image canonique de dans s’identifie à , s’identifie à et à l’image de . La proposition résulte alors du cor. 1 du th. 1 appliqué à et à son sous-module .
Corollaire 1
Soient un -module, un sous-module de tel que admette une présentation finie. Pour que soit facteur direct de , il faut et il suffit que, pour tout , soit facteur direct de .
En effet, dire que est facteur direct de signifie que l’homomorphisme identique de se factorise en où est l’homomorphisme canonique et un homomorphisme (, chap. II, 3e éd., § 1, no 9, prop. 14); comme et que est l’homomorphisme canonique , le corollaire résulte aussitôt de la prop. 12.
Corollaire 2
Soient un -module libre de type fini, un sous-module de qui est un -module libre de type fini. Pour que soit facteur direct de , il faut et il suffit que, pour tout , on ait .
En effet, par définition admet une présentation finie ; d’autre part, et sont des -modules libres de type fini. Pour que soit facteur direct de , il faut et il suffit que l’application canonique soit injective (no 2, prop. 6) ; il revient au même de dire que l’application canonique doit être injective (prop. 9), et comme son noyau est , cela démontre le corollaire.
La prop. 12 (resp. son corollaire 1) s’appliquera en particulier lorsque est noethérien et (resp. ) un -module de type fini (chap. I, § 2, no 8, lemme 8).
4. Localisation de la platitude.
Proposition 13
Soient une partie multiplicative d’un anneau , et un -module. Si est plat (resp. fidèlement plat), est un -module plat (resp. fidèlement plat), et un -module plat.
Comme , la première assertion résulte du chap. I, § 2, no 7, cor. 2 de la prop. 8 (resp. du chap. I, § 3, no 3, prop. 5) ; en outre, est un -module plat (, no 4, th. 1) ; donc, si est un -module plat, il en est de même de en vertu du chap. I, § 2, no 7, cor. 3 de la prop. 8.
Remarque
Si est un -module, s’identifie à , et il est par suite équivalent de dire que est un -module plat ou un -module plat.
Proposition 14
Soient un anneau, une -algèbre commutative, une partie multiplicative de . Si est un -module qui est plat en tant que -module, est un -module plat.
On a en effet ; la proposition résulte alors du chap. I, § 2, no 7, prop. 8, appliquée en remplaçant par , par , par et par .
Proposition 15
Soient deux anneaux, un homomorphisme, un -module. Les propriétés suivantes sont équivalentes :
a) est un -module plat.
b) Pour tout idéal maximal de , est un -module plat.
c) Pour tout idéal maximal de , si l’on pose , est un -module plat.
Pour tout , l’homothétie de produite par est bijective, donc s’identifie canoniquement à , et l’équivalence de b) et c) résulte de la Remarque suivant la prop. 13 ; le fait que a) entraîne b) est un cas particulier de la prop. 14. Reste à prouver que b) entraîne a), c’est-à-dire que, si b) est vérifiée, pour tout homomorphisme injectif de -modules, l’homomorphisme est injectif. Or, est aussi un homomorphisme de -modules, et pour qu’il soit injectif, il faut et il suffit que le soit pour tout idéal maximal de (no 3, th. 1). Comme
n’est autre que l’homomorphisme , qui est injectif puisque est un -module plat par hypothèse.
Corollaire
Pour qu’un -module soit plat (resp. fidèlement plat) il faut et il suffit que, pour tout idéal maximal de , soit un -module plat (resp. fidèlement plat).
La nécessité des conditions résulte de la prop. 13. Inversement, si est un -module plat pour tout idéal maximal de , est un -module plat en vertu de la prop. 15 appliquée au cas où est l’identité. Enfin, si est un -module fidèlement plat pour tout , on a , donc pour tout (no 3, prop. 9), ce qui prouve que est un -module fidèlement plat (chap. I, § 3, no 1, prop. 1, d)).
5. Anneaux semi-locaux.
Proposition 16
Soit un anneau. Les conditions suivantes sont équivalentes :
a) l’ensemble des idéaux maximaux de est fini ;
b) le quotient de par son radical est composé direct d’un nombre fini de corps.
Supposons que le quotient de par son radical soit composé direct d’un nombre fini de corps. Alors ne possède qu’un nombre fini d’idéaux et a fortiori n’a qu’un nombre fini d’idéaux maximaux. Comme tout idéal maximal contient (Alg., chap. VIII, § 6, n° 2, déf. 2), les idéaux maximaux de sont les images réciproques des idéaux maximaux de par l’homomorphisme canonique ; ils sont donc en nombre fini.
Réciproquement, supposons que ne possède qu’un nombre fini d’idéaux maximaux distincts . Les sont des corps, et il résulte du § 1, n° 2, prop. 5, que l’application canonique est surjective ; comme son noyau est le radical (Alg., chap. VIII, § 6, n° 2, déf. 2), est isomorphe à .
Définition 4
On dit qu’un anneau est semi-local s’il satisfait aux conditions équivalentes a), b) de la prop. 16.
Exemple
Tout anneau local est semi-local. Tout quotient d’un anneau semi-local est semi-local. Tout produit fini d’anneaux semi-locaux est semi-local. *Si est un anneau semi-local noethérien, et si est une -algèbre qui est un -module de type fini, alors est semi-local (chap. IV, § 2, n° 5, cor. 3 de la prop. 9).
Un autre exemple, généralisant la construction des anneaux locaux , est fourni par la proposition suivante :
Proposition 17
Soient un anneau, des idéaux premiers de . Posons .
a) L’anneau est semi-local ; si sont les éléments maximaux distincts (pour la relation d’inclusion) de l’ensemble des pi, les idéaux maximaux de S^{-1}A sont les S^{-1}q_j (1 \leq j \leq r), et ces idéaux sont deux à deux distincts.
b) L’anneau est canoniquement isomorphe à pour .
c) Si A est intègre, on a dans le corps des fractions de A.
a) Les idéaux de A ne rencontrant pas S sont les idéaux contenus dans la réunion des , donc dans l’un des au moins (, no 1, prop. 2); les sont donc les éléments maximaux de l’ensemble des idéaux ne rencontrant pas S; par suite, les sont les idéaux maximaux de en vertu du , no 5, prop. 11, (ii).
b) est un cas particulier du , no 5, prop. 11, (iii).
c) Supposons A intègre. Si , on a ; pour prouver c), on peut donc supposer les non comparables deux à deux. Il résulte alors de a) et du no 3, cor. 4 du th. 1, que l’on a
Si A est intègre, il en est de même de , et la prop. 17 fournit donc un exemple d’anneau semi-local qui n’est pas composé direct d’anneaux locaux (cf. chap. III, , no 13).
Corollaire
Soient A un anneau intègre, des idéaux premiers de A, non comparables deux à deux pour la relation d’inclusion. Si dans le corps des fractions de A, les idéaux maximaux de A sont .
Posant , on a en vertu de la prop. 17 c); donc les éléments de S sont inversibles dans A, et on a pour tout . D’où notre assertion en vertu de la prop. 17 a).
Exercices
See the exercises for § 3.