§ 2. Anneaux et modules de fractions
1. Définition des anneaux de fractions.
Définition 1
Soit A un anneau. On dit qu’une partie S de A est multiplicative si tout produit fini d’éléments de S appartient à S.
Il revient au même de dire que et que le produit de deux éléments de S appartient à S.
Exemple 1
Pour tout , l’ensemble des , pour , est une partie multiplicative de A.
Exemple 2
Soit un idéal de A. Pour que soit une partie multiplicative de A, il faut et il suffit que soit premier.
Exemple 3
L’ensemble des éléments de A non diviseurs de zéro est une partie multiplicative de A.
Exemple 4
Si S et T sont deux parties multiplicatives de A, l’ensemble ST des produits , où et , est une partie multiplicative.
Exemple 5
Soit un ensemble filtrant (pour la relation ) de parties multiplicatives de A. Alors est une partie multiplicative de A, car deux éléments quelconques de T appartiennent à une même partie , donc leur produit appartient à T.
Exemple 6
Toute intersection de parties multiplicatives de A est une partie multiplicative.
Pour toute partie S d’un anneau A, il existe des parties multiplicatives de A contenant S, par exemple A lui-même. L’intersection de toutes ces parties est la plus petite partie multiplicative de A contenant S ; on dit qu’elle est engendrée par S. Il est immédiat que c’est l’ensemble formé de tous les produits finis d’éléments de S.
Proposition 1
Soient A un anneau, S une partie de A. Il existe un anneau A’ et un homomorphisme h de A dans A’ ayant les propriétés suivantes :
Cite 1 · Cité par 8
Cite E IV § 3. Applications universelles
Cité par Définition 2, Proposition 2, Proposition 3, Proposition 7, Proposition 9, Corollaire 3, V § 3, Théorème 1, VI § 1, Théorème 2, VI § 1
1° les éléments de h(S) sont inversibles dans A’ ; 2° pour tout homomorphisme u de A dans un anneau B, tel que les éléments de u(S) soient inversibles dans B, il existe un homomorphisme u’ et un seul de A’ dans B tel que u = u’ ∘ h.
En d’autres termes, (A’, h) est une solution du problème d’application universelle (Ens., chap. IV, § 3, no 1) relativement aux données suivantes : l’espèce de structure Σ considérée est celle d’anneau, les morphismes sont les homomorphismes d’anneaux, et les α-applications sont les homomorphismes de A dans un anneau tels que l’image de S par un tel homomorphisme se compose d’éléments inversibles. Rappelons (loc. cit.) que, si (A’, h) et (A_1’, h_1) sont deux solutions de ce problème, il existe un isomorphisme unique j : A’ → A_1’ tel que h_1 = j ∘ h.
Soit la partie multiplicative de A engendrée par S. Il est clair que toute solution du problème d’application universelle précédent est aussi une solution du problème d’application universelle obtenu en remplaçant S par , et inversement.
Considérons, dans l’ensemble , la relation suivante entre éléments :
(1) « Il existe tel que ».
h(a) = a/1 pour tout . Nous allons voir qu’on peut munir d’une structure d’anneau telle que le couple réponde à la question.
Soient et deux éléments de . Les éléments et ne dépendent que de et de ; en effet, si , il existe par hypothèse tel que , d’où et . On vérifie aussitôt que les lois de composition et définissent sur une structure d’anneau commutatif, pour laquelle est élément neutre pour l’addition, et élément unité. En outre, il est immédiat que est un homomorphisme d’anneaux et que, pour tout , est inversible dans , son inverse étant . Enfin soient un anneau, un homomorphisme tel que les éléments de soient inversibles dans ; il existe une application et une seule telle que
C. Q. F. D.
Définition 2
Soient un anneau, une partie de , la partie multiplicative engendrée par . On appelle anneau de fractions de défini par et on désigne par l’ensemble quotient de par la relation d’équivalence (1), muni de la structure d’anneau définie par
Cite 2
Cite Proposition 1, A I § 9. Corps
Dans ce chapitre, nous noterons le plus souvent cette application canonique ; la démonstration de la prop. 1 montre que le couple vérifie les conditions de l’énoncé de cette proposition.
Remarque 1
Il est clair que l’on a .
Remarque 2
Deux éléments de peuvent toujours s’écrire sous la forme et ( dans ) avec le même « dénominateur » , car si et sont deux éléments de , on a et .
Remarque 3
Le noyau de est l’ensemble des tels qu’il existe vérifiant ; pour que soit injectif, il faut et il suffit que ne contienne aucun diviseur de zéro dans .
Remarque 4
S’il existe dans un élément nilpotent, on a , et l’anneau est réduit à ; cela résulte aussitôt de la déf. 2.
Remarque 5
Pour que soit une application bijective, il faut et il suffit que tout élément soit inversible dans : la condition est évidemment nécessaire, puisque est inversible dans ; elle est suffisante, car pour tout , est alors inversible dans et on a dans ; donc est surjective, et on a vu en outre dans la Remarque 3 qu’elle est injective. On identifie alors et au moyen de .
Exemple 7). — Si est l’ensemble des éléments non diviseurs de dans , l’anneau n’est autre que ce que nous avons appelé l’anneau des fractions de (Alg., chap. I, § 9, no 4); pour éviter toute confusion, nous l’appellerons souvent l’anneau total des fractions de . En particulier, si est intègre, est le corps des fractions de (loc. cit.).
Proposition 2
Soient deux anneaux, une partie de , une partie de , un homomorphisme de dans tel que . Il existe un homomorphisme et un seul de dans tel que pour tout .
Cite 1 · Cité par 12
Cite Proposition 1
Cité par Proposition 11, Corollaire 5, Proposition 16, Corollaire 1, Proposition 20, Proposition 22, Proposition 6, Proposition 9, Proposition 19, II § 4, Proposition 8, III § 3, Remarque, V § 1, Proposition 15, VII § 1
Supposons de plus que soit contenu dans la partie multiplicative de engendrée par . Alors, si est surjectif (resp. injectif) il en est de même de .
La première assertion revient à dire qu’il existe un homomorphisme et un seul rendant commutatif le diagramme
Or, la relation entraîne que est inversible dans pour tout , et il suffit d’appliquer la prop. 1 à . Il résulte aussitôt de (2) que, pour et (partie multiplicative de engendrée par ), on a
(3)
Supposons que soit contenue dans la partie multiplicative engendrée par , qui n’est autre que . Il résulte alors de (3) que, si est surjectif, il en est de même de . Supposons maintenant injectif. Soit un élément du noyau de . Comme la partie multiplicative engendrée par est , il y a un élément tel que , d’où et, par suite, puisque est injectif ; on a donc , ce qui montre que est injectif.
Remarque 6). — Si les éléments de sont inversibles dans , s’identifie à au moyen de l’isomorphisme , et devient alors identique à l’unique homomorphisme de dans tel que .
Corollaire 1
Soient un anneau, une partie de , un homomorphisme injectif de dans un anneau tel que les éléments de soient inversibles dans . L’unique homomorphisme de dans tel que est alors injectif.
C’est une conséquence immédiate de la prop. 2 et de la Remarque 6.
Corollaire 2
Soient un anneau, et deux parties de telles que . Il existe un homomorphisme et un seul de dans tel que .
Pour tout , applique donc l’élément de sur l’élément de .
Remarque 7). — On notera que si est injectif, il en est de même de (cor. 1). C’est ce qui se produit si T est l’ensemble R des éléments non diviseurs de 0 de A ; on peut alors identifier au sous-anneau de l’anneau total des fractions engendré par A et par les inverses dans des éléments de S.
Corollaire 3
Soient A, B, C trois anneaux, S (resp. T, U) une partie multiplicative de A (resp. B, C), , deux homomorphismes, l’homomorphisme composé ; on suppose que , . Soient , , les homomorphismes correspondant à , , ; alors .
Cité par 1
Cité par Proposition 9
Cela résulte aussitôt des définitions.
En particulier, si S, T, U sont trois parties multiplicatives de A telles que , on a .
Corollaire 4
Soient S une partie d’un anneau A, B un sous-anneau de contenant , S’ l’ensemble . Soit j l’injection canonique de B dans ; l’unique homomorphisme g de dans tel que est un isomorphisme.
Cite 3 · Cité par 1
Cite Corollaire 1, A I § 1. Lois de composition ; associativité ; commutativité, A IV § 2. Zéros des polynômes
Cité par Corollaire 5
L’application g est injective en vertu du cor. 1 ; l’anneau contient et les inverses des éléments de S’; il est donc égal à .
Lorsque A est intègre et , la notation est conforme à celle d’Alg., chap. IV, § 2, no 1 ; en outre, si S est multiplicative, coïncide dans ce cas avec l’ensemble noté dans Alg., chap. I, § 1, no 1.
Par extension de notation, pour toute partie multiplicative S d’un anneau A, nous noterons désormais l’anneau de fractions . Lorsque S est le complémentaire d’un idéal premier p de A, nous écrirons au lieu de .
Si A est intègre et , est toujours identifié à un sous-anneau du corps des fractions de A, contenant A (Remarque 7).
2. Modules de fractions.
L’homomorphisme canonique défini au no 1 permet de considérer tout -module comme un -module.
Proposition 3
Soient un anneau, une partie de , un -module, le -module , le -homomorphisme canonique de dans . Alors :
Cite 3 · Cité par 5
Cite E IV § 3. Applications universelles, Proposition 1, Remarque 1, A II § 5
Cité par Proposition 19, Proposition 20, Proposition 5, Proposition 7, Proposition 8, IV § 2
1° Pour tout , l’homothétie de est bijective.
2° Pour tout -module tel que, pour tout , l’homothétie de soit bijective, et tout homomorphisme de dans , il existe un homomorphisme et un seul de dans tel que .
En d’autres termes, est une solution du problème d’application universelle (, chap. IV, § 3, no 1) relativement aux données suivantes : l’espèce de structure est celle de -module dans lequel les homothéties produites par les éléments de sont bijectives, les morphismes sont les homomorphismes de -modules, et les -applications sont aussi les homomorphismes de -modules.
Pour tout -module et tout , désignons par l’homothétie dans ; est donc un homomorphisme d’anneaux de dans . Dire que est bijective signifie que est un élément inversible de . Supposons que, pour tout , soit inversible dans ; les éléments pour et les inverses des éléments pour engendrent alors dans un sous-anneau commutatif , et l’homomorphisme de dans est tel que les images des éléments de soient inversibles. On en conclut (no 1, prop. 1) qu’il existe un homomorphisme unique de dans tel que ; on sait (, chap. II, 3e éd., § 1, no 14) qu’un tel homomorphisme définit sur une structure de -module telle que ; la structure de -module déduite de cette structure de -module au moyen de l’homomorphisme n’est autre que la structure initialement donnée.
Inversement, si est un -module, et si on le considère comme -module au moyen de , les homothéties , pour s \in S, sont bijectives, car est l’application réciproque de ; et la structure de -module sur déduite de sa structure de -module par le procédé décrit ci-dessus est la structure de -module initialement donnée. Il y a donc correspondance biunivoque canonique entre -modules et -modules dans lesquels les homothéties produites par les éléments de sont bijectives; en outre, si sont deux -modules ayant cette propriété, tout homomorphisme de -modules est aussi un homomorphisme pour les structures de -modules de et , car pour tout et tout , on peut écrire , d’où ; la réciproque est évidente.
Cela étant, l’énoncé de la prop. 3 n’est autre que la caractérisation du module obtenu à partir de par extension des scalaires à , compte tenu de l’interprétation précédente (Alg., chap. II, 3e éd., § 5, no 1, Remarque 1).
Définition 3
Soient un anneau, une partie de , la partie multiplicative de engendrée par , un -module. On appelle module des fractions de défini par et on note ou le -module .
Dans ce chapitre, nous noterons le plus souvent l’application canonique de dans .
Remarque 1
Il est clair que l’on a .
Remarque 2
Pour et , on écrit encore l’élément de . Tout élément de est de cette forme, car un tel élément s’écrit avec (no 1, Remarque 2) et on a , donc avec . On a
Remarque 3
Lorsque S est le complémentaire d’un idéal premier p de A, on écrit M_p au lieu de S^{-1}M.
Remarque 4
Soit M un A[S^{-1}]-module ; lorsque M est considéré canoniquement comme un A-module, i_M^s est une application bijective, car le couple formé de M et de l’application identique 1_M est aussi trivialement solution du problème d’application universelle résolu par M[S^{-1}] et i_M^s. On identifie alors M et M[S^{-1}].
Proposition 4
Soient S une partie multiplicative de A, M un A-module. Pour que m/s = 0 (m \in M, s \in S), il faut et il suffit qu’il existe s' \in S tel que s'm = 0.
Cite 1 · Cité par 3
Cité par Exercice 27, § 2, Théorème 1, Proposition 6, IV § 1
Si s' \in S est tel que s'm = 0, il est clair que m/s = (s'm)/(s's) = 0. Inversement, supposons que m/s = 0. Comme 1/s est inversible dans S^{-1}A, on a m/1 = 0. Pour tout sous-A-module P de S^{-1}A contenant 1, notons \beta(P, m) l’image de (m, 1) par l’application canonique de M \times P dans M \otimes_A P ; on a donc \beta(S^{-1}A, m) = 0. On sait (Alg., chap. II, 3e éd., § 6, no 7, cor. 4 de la prop. 12) qu’il existe un sous-module P de type fini de S^{-1}A contenant 1 et tel que \beta(P, m) = 0. Pour tout t \in S, désignons par A_t l’ensemble des a/t pour a \in A ; comme P est de type fini, il existe un t \in S tel que P \subset A_t (no 1, Remarque 2), d’où \beta(A_t, m) = 0. L’application a \to a/t de A dans A_t est surjective ; soit B son noyau. Elle définit une application surjective h : M \otimes_A A \to M \otimes_A A_t, dont le noyau est BM (M étant identifié à M \otimes A) ; on a \beta(A_t, m) = h(tm) et par suite tm se met sous la forme \sum_{i=1}^r b_i m_i avec b_i \in B, m_i \in M (1 \leq i \leq r). Comme b_i/t = 0 pour 1 \leq i \leq r, il existe un t' \in S tel que t'b_i = 0 pour 1 \leq i \leq r, d’où t'tm = 0, ce qui démontre la prop. 4.
Corollaire 1
Pour que m/s = m'/s' dans S^{-1}M, il faut et il suffit qu’il existe t \in S tel que t(s'm - sm') = 0.
Cité par 1
Cité par Proposition 6
En effet (m/s) - (m'/s') = (s'm - sm')/ss'.
Corollaire 2
Soit M un A-module de type fini. Pour que S^{-1}M = 0, il faut et il suffit qu’il existe s \in S tel que sM = 0.
Cité par 3
Cité par Exercice 27, § 2, Lemma 1, II § 2, Proposition 2, II § 5
Sans hypothèse sur M, il est clair que la relation sM = 0 pour un s \in S entraîne S^{-1}M = 0. Réciproquement, supposons que
, et soit un système de générateurs de ; les engendrent le -module , donc dire que revient à dire que pour ; en vertu de la prop. 4, il y a des tels que , et en prenant , on a pour tout , donc .
Corollaire 3
Soit M un A-module de type fini. Pour qu’un idéal a de A soit tel que aM = M, il faut et il suffit qu’il existe a ∈ a tel que .
Cité par 2
Cité par Exercice 15, § 4, Proposition 5, III § 3
Il est clair que la relation entraîne . Pour démontrer la réciproque, nous utiliserons le lemme suivant :
Lemme 1. — Pour tout idéal a de A, l’ensemble S des éléments pour , est une partie multiplicative de A, et l’ensemble des éléments de de la forme , où et , est un idéal contenu dans le radical de .
La première assertion est évidente, ainsi que le fait que est un idéal de . D’autre part, et on a pour et par définition de S ; donc est inversible dans pour tout , ce qui achève de prouver le lemme (Alg., chap. VIII, § 6, no 3, th. 1).
Cela étant, si on pose , il est clair que N est un -module de type fini ; si , on a et on en conclut que par le lemme de Nakayama (Alg., chap. VIII, § 6, no 3, cor. de la prop. 6) ; le corollaire résulte alors du cor. 2.
Proposition 5
Soient A, B deux anneaux, S une partie multiplicative de A, T une partie multiplicative de B, et f un homomorphisme de A dans B tel que . Soient M un A-module, N un B-module, et u une application A-linéaire de M dans N. Il existe alors une application -linéaire et une seule de dans telle que pour tout .
Cite 1 · Cité par 3
Cite Proposition 3
Cité par § 2. Anneaux et modules de fractions, Proposition 22, Exercice 21, § 5
En effet, l’application de M dans est A-linéaire. En outre, si , on a , donc l’homothétie produite par s dans est bijective. L’existence et l’unicité de résultent alors de la prop. 3. On a, pour et ,
Avec les mêmes notations, soient C un troisième anneau, U une partie multiplicative de C, g un homomorphisme de B dans C tel que , P un C-module, une application B-linéaire de N dans P, et l’application -linéaire de dans associée à . On a alors
où le premier membre est l’application A-linéaire associée à . De même, si est une seconde application A-linéaire de M dans N, on a
le premier membre étant l’application A-linéaire associée à .
Remarque 5). — Si, dans la prop. 5, on prend , et , on voit aussitôt que n’est autre que l’application . Nous la noterons désormais ; lorsque S est le complémentaire d’un idéal premier p de A, nous écrirons au lieu de .
Proposition 6
Soient un homomorphisme d’un anneau A dans un anneau B, S une partie multiplicative de A. Il existe une application j et une seule de dans (où B est considéré comme A-module au moyen de f) telle que pour , . Si est l’homomorphisme d’anneaux associé à f (no 1, prop. 2), on a . L’application j est un isomorphisme de la structure de -module de , définie par , sur celle de , et aussi de la structure de B-module de sur celle de (résultant de la définition ).
Si sont dans B, dans S, les conditions et sont équivalentes comme il résulte du cor. 1 de la prop. 4, ce qui établit l’existence de j et montre que j est bijective ; l’unicité de j est évidente. Il est clair que j est un isomorphisme de groupes additifs. Si , on a , d’où il résulte que j est -linéaire. Il est clair que . Enfin, si , on a , ce qui démontre la dernière assertion.
L’application de la prop. 6 s’appelle l’isomorphisme canonique de sur . On identifie en général ces deux ensembles au moyen de ; on a alors .
3. Changement de partie multiplicative.
Soient un anneau, une partie multiplicative de , un -module. Si est une partie multiplicative de contenant , il résulte de la prop. 5 du no 2 qu’il existe une application -linéaire et une seule , telle que ; l’application transforme l’élément de en l’élément de . On vérifie aussitôt que l’on a . Si est une troisième partie multiplicative de telle que , on a donc ; en outre, si est un homomorphisme de -modules, le diagramme
est commutatif.
Proposition 7
Soient un anneau, deux parties multiplicatives de . Posons .
(i) Il existe un isomorphisme et un seul de l’anneau sur l’anneau tel que le diagramme
soit commutatif.
(ii) Soit un -module. Il existe un -isomorphisme du -module sur le -module tel que le diagramme
soit commutatif.
(i) Utilisons la définition de (ST)^{-1}A comme solution d’un problème d’application universelle. Soient B un anneau et f un homomorphisme de A dans B tel que f(ST) se compose d’éléments inversibles. Comme f(S) se compose par suite d’éléments inversibles, il existe un homomorphisme et un seul f' : S^{-1}A → B tel que f = f' ∘ i_A^S (n° 1, prop. 1). Pour tout t ∈ T, f'(i_A^S(t)) = f(t) est inversible dans B par hypothèse, donc f'(T') se compose d’éléments inversibles ; il existe alors, en vertu du n° 1, prop. 1, un homomorphisme et un seul f'' de T'^{-1}(S^{-1}A) dans B tel que f' = f'' ∘ i_{S^{-1}A}^{T'}, d’où f = f'' ∘ u en posant u = i_{S^{-1}A}^{T'} ∘ i_A^S.
En outre, si f''_1 : T'^{-1}(S^{-1}A) → B est un second homomorphisme tel que f''_1 ∘ u = f, on a (f''_1 ∘ i_{S^{-1}A}^{T'}) ∘ i_A^S = (f'' ∘ i_{S^{-1}A}^{T'}) ∘ i_A^S, d’où f''_1 ∘ i_{S^{-1}A}^{T'} = f'' ∘ i_{S^{-1}A}^{T'} et par suite f''_1 = f''.
Comme les images par u des éléments de ST dans T'^{-1}(S^{-1}A) sont inversibles, le couple (T'^{-1}(S^{-1}A), u) est solution du problème d’application universelle (relatif à A et ST) considéré au n° 1. Ceci démontre l’existence et l’unicité de j.
(ii) La démonstration est tout à fait analogue à celle de (i), en utilisant cette fois le n° 2, prop. 3, et elle est laissée au lecteur.
Proposition 8
Soient A un anneau, S, T deux parties multiplicatives de A telles que S ⊂ T. Les propriétés suivantes sont équivalentes :
a) L’homomorphisme i_A^{T,S} : S^{-1}A → T^{-1}A est bijectif.
b) Pour tout A-module M, l’homomorphisme i_M^{T,S} : S^{-1}M → T^{-1}M est bijectif.
c) Pour tout t ∈ T, il existe a ∈ A tel que at ∈ S (autrement dit, tout élément de T divise un élément de S).
d) Tout idéal premier qui rencontre T rencontre S.
On a vu ci-dessus que i_A^{T,S} = 1_M ⊗ i_A^{T,S}, ce qui prouve aussitôt l’équivalence de a) et b). Posons T' = i_A^S(T) ; alors (prop. 7) T^{-1}A s’identifie à T'^{-1}(S^{-1}A), et a) équivaut à dire que les éléments de T' sont inversibles dans S^{-1}A (n° 1, Remarque 5). Or, dire que (t/1)(a/s) = 1/1 (t ∈ T, a ∈ A, s ∈ S) signifie qu’il existe s' ∈ S tel que tas' = ss', ce qui montre l’équivalence de a) et c). Montrons que d) entraîne c). Soit t un élément de T et supposons que t/1 ne soit pas inversible dans S^{-1}A ; il existe alors un idéal maximal m' de
S^{-1}A contenant t/1 (Alg., chap. I, § 8, no 7, th. 2), et est un idéal premier de A contenant t et ne rencontrant pas S (puisque l’image par d’un élément de S est inversible). Réciproquement, s’il existe un idéal premier p qui rencontre T sans rencontrer S, aucun élément de ne peut diviser un élément de S ; ceci prouve que c) entraîne d), et termine la démonstration.
On déduit de la prop. 8 que parmi les parties multiplicatives T de A, contenant S et vérifiant les conditions équivalentes de la prop. 8, il y en a une plus grande, formée de tous les éléments de A qui divisent un élément de S (cf. exerc. 1).
Proposition 9
Soient I un ensemble préordonné filtrant croissant, une famille croissante de parties multiplicatives d’un anneau A, . Posons pour , . Alors est un système inductif d’anneaux, et si, pour tout , est l’application canonique de dans , il existe un isomorphisme j et un seul de sur tel que pour tout .
On a pour (no 1, cor. 3 de la prop. 2), donc est un système inductif. Posons ; comme pour (no 1, cor. 3 de la prop. 2), est un système inductif d’homomorphismes, et est l’unique homomorphisme de dans tel que pour tout . Les homomorphismes sont tous égaux, car pour ; soit u leur valeur commune. Il est clair que les éléments de sont inversibles dans , ce qui montre qu’il existe un homomorphisme tel que (no 1, prop. 1). On a
Corollaire
Les hypothèses étant celles de la prop. 9, soit M un A-module. Posons pour , pour tout , et soit l’application canonique de dans ; il existe alors un -isomorphisme g de sur tel que pour tout .
Cite 1
Cite Proposition 9
Le corollaire résulte aussitôt des définitions et , et du fait que le passage à la limite inductive commute au produit tensoriel (Alg., chap. II, 3e éd., § 6, no 7, prop. 12).
4. Propriétés des modules de fractions.
Dans tout ce no, A désigne un anneau et S une partie multiplicative de A.
Soit un système inductif de A-modules ; alors est un système inductif de -modules, et le fait que le passage à la limite inductive commute aux produits tensoriels (Alg., chap. II, 3e éd., § 6, no 7, prop. 12) permet de définir un isomorphisme canonique
De même, le fait que la formation des sommes directes commute aux produits tensoriels (Alg., chap. II, § 3, no 7, prop. 7) permet de définir, pour toute famille de A-modules, un isomorphisme canonique
Notons enfin que, si un A-module M est somme d’une famille de sous-modules, est somme de la famille des sous--modules engendrée par les . Il en résulte que si M est un A-module de type fini (resp. de présentation finie), est un -module de type fini (resp. de présentation finie).
Théorème 1
L’anneau est un A-module plat (chap. I, § 2, no 3, déf. 2).
Cite 6 · Cité par 16
Cite Définition 2, I § 2, Proposition 4, I § 2. Modules plats, § 2. Anneaux et modules de fractions, Proposition 2, I § 2, Corollaire 2, I § 2
Cité par Proposition 11, Proposition 10, II § 3, Proposition 9, II § 3, Corollaire 1, II § 3, Corollaire 4, II § 3, Proposition 16, II § 4, Proposition 2, II § 5, Theorem 4, II § 5, Proposition 6, IV § 1, Théorème 1, V § 2, Corollaire 1, V § 3, Lemme 5, VII § 4, Corollaire, VII § 4, Proposition 10, VII § 4, Proposition 6, VII § 4, Théorème 5, VII § 4
Si est un homomorphisme injectif de A-modules, il faut établir que est injectif. Or, si () est tel que , cela entraîne l’existence d’un tel que (n° 2, prop. 4) ou encore ; comme est injectif, on en déduit , d’où .
Le fait que est un A-module plat permet de lui appliquer les résultats du chap. I, § 2. En particulier :
1° Si M est un A-module et N un sous-module de M, s’identifie canoniquement à un sous-module de , engendré par (chap. I, § 2, n° 3, Remarque 2) ; cette identification étant faite, s’identifie à , et si P est un second sous-module de M, on a
(chap. I, § 2, n° 6, prop. 6).
2° Si M est un A-module de type fini, on a
(chap. I, § 2, n° 10, cor. 2 de la prop. 12).
Proposition 10
Soit M un A-module. Pour tout sous-module N’ du -module , soit l’image réciproque de N’ par . Alors : (i) On a . (ii) Pour tout sous-module N de M, le sous-module de M est formé des pour lesquels il existe tel que . (iii) est un isomorphisme (pour les structures d’ordre définies par les relations d’inclusion) de l’ensemble des sous--modules de sur l’ensemble des sous-modules Q de M qui vérifient la condition suivante : (MS) Si , alors . On a évidemment ; inversement, si , on a , donc et par suite ; d’où (i). Pour qu’un élément soit tel que , il faut et il suffit que , c’est-à-dire qu’il existe et tels que ; cela signifie qu’il existe tel que , d'où (ii). Enfin, la relation équivaut par définition à et comme est inversible dans , cela entraîne , ou , donc vérifie la relation (MS) ; il résulte d'autre part de (ii) que, si vérifie (MS), on a , ce qui achève de prouver (iii).
Cité par 3
Cité par Proposition 11, Proposition 3, IV § 2, Proposition 4, V § 2
On dit que le sous-module est le saturé de dans pour , et les sous-modules vérifiant la condition (MS) (donc égaux à leurs saturés) sont dits saturés pour . Le sous-module est le noyau de l'homomorphisme composé
où est l'homomorphisme canonique, comme il résulte de la commutativité du diagramme
Lorsque est le complémentaire dans d'un idéal premier , on dit encore que est le saturé de dans pour .
Corollaire 1
Soient deux sous-modules d'un -module . Pour que , il faut et il suffit que le saturé de pour soit contenu dans celui de .
Corollaire 2
Si est un -module noethérien (resp. artinien), est un -module noethérien (resp. artinien). En particulier, si l'anneau est noethérien (resp. artinien), il en est de même de l'anneau .
Cité par 3
Cité par Proposition 12, III § 3, Corollaire 5, III § 3, Proposition 7, IV § 1
5. Idéaux dans un anneau de fractions.
Proposition 11
Soient un anneau, une partie multiplicative de . Pour tout idéal de , soit , de sorte que .
Cite 6 · Cité par 16
Cite Proposition 2, Proposition 6, Théorème 1, Proposition 10, Proposition 7, Proposition 8
Cité par Corollaire 1, Corollaire 2, Corollaire 5, Proposition 12, Proposition 13, Proposition 16, Exercice 11, § 3, Proposition 17, II § 3, Théorème 2, II § 5, Proposition 18, III § 2, Proposition 5, IV § 1, Corollaire 1, V § 2, Proposition 4, V § 2, Proposition 1, VI § 4, Définition 1, VII § 2, Proposition 18, VII § 4
(i) Soit l'homomorphisme canonique . L'homomorphisme de dans canoniquement associé à (no 1, prop. 2) est surjectif et son noyau est , ce qui définit par passage aux quotients un isomorphisme canonique de sur . En outre, l’homomorphisme canonique de dans est injectif.
(ii) L’application , restreinte à l’ensemble des idéaux maximaux (resp. premiers) de , est un isomorphisme (pour la relation d’inclusion) de cet ensemble sur l’ensemble des idéaux de maximaux parmi ceux qui sont disjoints de (resp. sur l’ensemble des idéaux premiers de disjoints de ).
(iii) Si est un idéal premier de et si , il existe un isomorphisme de l’anneau de fractions sur l’anneau , qui transforme en pour .
(i) On peut identifier à au moyen de l’isomorphisme canonique entre ces deux modules (no 2, prop. 6). La suite exacte fournit alors une suite exacte (no 4, th. 1) dont l’existence démontre la première assertion de (i), compte tenu de ce que . Puisque est saturé pour , les conditions entraînent ; l’homothétie de rapport dans est donc injective, ce qui prouve la deuxième assertion de (i).
(ii) Remarquons d’abord que la relation équivaut à la relation , cette dernière exprimant que contient des éléments inversibles de . Il résulte du no 4, prop. 10 (iii) que est un isomorphisme (pour la relation d’inclusion) de l’ensemble des idéaux de distincts de sur l’ensemble des idéaux de disjoints de et vérifiant la condition (MS) de la prop. 10. Si est maximal (resp. premier), il est clair que est maximal dans (resp. premier) et réciproquement (en vertu de (i)). D’autre part, si est un idéal de disjoint de , son saturé pour est un idéal de contenant et qui est disjoint de : aucun élément ne peut en effet être tel que , pour un , car on en déduirait . On en conclut que, si est maximal parmi les idéaux de disjoints de , il est maximal dans . De même, si est un idéal premier disjoint de , il vérifie la condition (MS) du no 4, prop. 10 par définition des idéaux premiers, donc appartient à . Ceci achève de prouver (ii).
(iii) Supposons premier, de sorte qu’il en est de même de . L’ensemble est une partie multiplicative de qui contient S, d'où ST = T. Posons T' = i_A^S(T) ; il résulte du n° 3, prop. 7, (i), qu'il existe un isomorphisme j et un seul de T^{-1}A = A_q sur T'^{-1}(S^{-1}A) tel que j(a/b) = (a/1)/(b/1), pour a ∈ A et b ∈ T. Il est d'autre part évident que T' ne rencontre pas q' ; inversement, soit a/s ∈ S^{-1}A ; puisque 1/s est inversible dans S^{-1}A, la condition a/s ∉ q' équivaut à i_A^S(a) = a/1 ∉ q', donc à a ∉ q ; il en résulte que S^{-1}A - q' = S^{-1}T', et, en vertu de la prop. 8 du n° 3, on a donc T'^{-1}(S^{-1}A) = (S^{-1}A)_{q'}.
C. Q. F. D.
L'isomorphisme défini dans (iii) est dit canonique. Lorsque A est intègre, les isomorphismes canoniques de A_q et de (S^{-1}A)_{q'} sur des sous-anneaux du corps des fractions K de A ont même image.
Remarque
Pour qu'un idéal a de A soit tel que S^{-1}a = S^{-1}A (ou, ce qui revient au même en vertu du n° 4, th. 1, que S^{-1}(A/a)=0), il faut et il suffit que a ∩ S ≠ Ø, comme il résulte aussitôt des définitions.
Corollaire 1
Soient A un anneau, S une partie multiplicative de A. Tout idéal p de A, maximal parmi ceux qui sont disjoints de S, est premier.
Cite 1
Cite Proposition 11
En effet, en vertu de la prop. 11, l'hypothèse sur p signifie que p = (i_A^S)^{-1}(m'), où m' est un idéal maximal de S^{-1}A ; comme m' est premier, il en est de même de p.
Corollaire 2
Soient A un anneau, S une partie multiplicative de A. Pour tout idéal a de A ne rencontrant pas S, il existe un idéal premier contenant a et ne rencontrant pas S.
Cite 2 · Cité par 4
Cite Proposition 11, Théorème 2, A I § 8
Cité par Corollaire 3, Proposition 12, Proposition 13, Théorème 3, V § 2
En effet, on a S^{-1}a ≠ S^{-1}A (Remarque), donc il existe un idéal maximal de S^{-1}A contenant S^{-1}a (Alg., chap. I, § 8, n° 7, th. 2) et le corollaire résulte de la prop. 11, (ii).
Corollaire 3
Soient A, B deux anneaux, ρ un homomorphisme de A dans B, et p un idéal premier de A. Pour qu'il existe un idéal premier p' de B tel que ρ^{-1}(p') = p, il faut et il suffit que ρ^{-1}(B_ρ(p)) = p.
S'il existe un idéal p' de B tel que ρ^{-1}(p') = p, on a ρ(p) ⊂ p', d'où et ; comme l'inclusion opposée est évidente, on a bien . Inversement, supposons que l'on ait , et considérons la partie multiplicative de ; l'hypothèse montre que ; en vertu du cor. 2, il existe un idéal premier de contenant et disjoint de ; alors contient et ne peut contenir aucun élément de , donc est égal à .
Corollaire 4
Soient A et B deux anneaux, un homomorphisme de A dans B.
Cite 3 · Cité par 3
Cite Proposition 8, I § 3, Corollaire 3, Proposition 9, I § 2
Cité par Corollaire, I § 3, Exercice 10, § 3, Remarque, VII § 1
(i) Supposons qu'il existe un B-module E tel que soit un A-module fidèlement plat. Alors, pour tout idéal premier de A, il existe un idéal premier de B tel que .
(ii) Inversement, supposons que B soit un A-module plat. Alors, si, pour tout idéal premier de A, il existe un idéal de B tel que , B est un A-module fidèlement plat.
(i) L'hypothèse entraîne que, pour tout idéal de A, on a (chap. I, § 3, no 5, prop. 8, (ii)), et il suffit d'appliquer le cor. 3.
(ii) Il suffit de montrer que pour tout idéal maximal de A, il existe un idéal maximal de B tel que (chap. I, § 3, no 5, prop. 9, e)). Or il existe par hypothèse un idéal de B tel que ; comme , il existe un idéal maximal de B contenant , et par suite ; mais comme ne peut contenir 1, on a .
Corollaire 5
Soient A un anneau, S une partie multiplicative de A, B un anneau tel que . Soit q un idéal premier de B tel que l'idéal premier de A ne rencontre pas S, et soit l'idéal premier de . On a alors .
Cite 3
Soit ; on a défini un isomorphisme canonique de sur (no 1, cor. 4 de la prop. 2); nous identifierons ces deux anneaux au moyen de cet isomorphisme. Comme , est l'unique idéal premier de tel que (prop. 11, (ii)), d'où ; par suite on a (prop. 11, (ii)).
Avec les notations du cor. 5, on a des isomorphismes canoniques de et de sur (prop. 11, (iii)), d’où un isomorphisme canonique .
6. Nilradical et idéaux premiers minimaux.
Dans un anneau (commutatif) , l’ensemble des éléments nilpotents est un idéal, car si sont des éléments de tels que , on a en vertu de la formule du binôme.
Définition 4
On appelle nilradical d’un anneau (commutatif) l’idéal des éléments nilpotents de . On appelle racine d’un idéal de l’image réciproque, par l’application canonique , du nilradical de .
Nous noterons souvent la racine d’un idéal de . Dire qu’un élément appartient à la racine de signifie donc qu’il existe un entier tel que . Si est un homomorphisme de dans un anneau , un idéal de , la racine de est l’image réciproque par de la racine de , car dire que signifie que .
Le nilradical d’un anneau est contenu dans son radical (, chap. VIII, § 6, no 3, cor. 3 du th. 1) mais peut en être distinct ; il lui est toutefois égal lorsque est artinien (, chap. VIII, § 6, no 4, th. 3).
Nous dirons qu’un idéal premier d’un anneau est un idéal premier minimal s’il est minimal dans l’ensemble des idéaux premiers de , ordonné par inclusion.
Proposition 12
Soient un idéal premier minimal d’un anneau . Pour tout , il existe un et un entier tels que .
En effet, l’ensemble des éléments de la forme ( entier , ) est une partie multiplicative de . Si on avait , il existerait un idéal premier disjoint de (no 5, cor. 2 de la prop. 11). On aurait alors et puisque , contrairement à l’hypothèse que est minimal.
Proposition 13
Le nilradical d’un anneau est l’intersection de tous les idéaux premiers de , et c’est aussi l’intersection des idéaux premiers minimaux de .
Cite 3 · Cité par 1
Cite Définition 1, II § 1, Proposition 11, Corollaire 2
Cité par Corollaire 2, IV § 1
Il est clair que, si est nilpotent, il est contenu dans tout idéal premier de (§ 1, n° 1, déf. 1). Inversement, soit un élément non nilpotent de ; l’ensemble des ( entier ) est alors une partie multiplicative de ne contenant pas , donc il existe un idéal premier de ne rencontrant pas (n° 5, cor. 2 de la prop. 11), et ; ceci établit la première assertion. Pour démontrer la seconde, il suffit de prouver le
Lemme 2
Tout idéal premier d’un anneau contient un idéal premier minimal de .
Il suffit, en vertu du th. de Zorn, de montrer que l’ensemble des idéaux premiers, ordonné par la relation , est inductif. Or, si est une partie totalement ordonnée non vide de , l’intersection des idéaux est encore un idéal premier : en effet, si et , il existe un idéal tel que et , d’où et .
Remarque
Au § 4, n° 3, cor. 3 de la prop. 14, nous montrerons que dans un anneau noethérien l’ensemble des idéaux premiers minimaux est fini ; nous verrons en outre plus tard que toute suite décroissante d’idéaux premiers dans un anneau noethérien est stationnaire.
Cite 1
Cite Corollaire 3, II § 4
Corollaire 1
La racine d’un idéal d’un anneau est l’intersection des idéaux premiers contenant , et c’est aussi l’intersection des éléments minimaux de cet ensemble d’idéaux premiers.
Cité par 2
Cité par Proposition 11, II § 4, Corollaire 3, V § 2
Corollaire 2
Pour tout idéal d’un anneau , notons la racine de . Alors, pour deux idéaux de , on a
En effet, pour qu’un idéal premier contienne (ou ), il faut et il suffit qu’il contienne l’un des idéaux (, no 1, prop. 1).
Proposition 14
Pour que deux idéaux d’un anneau soient étrangers, il faut et il suffit que leurs racines et le soient.
Cite 1
La nécessité de la condition est évidente puisque et ; la condition est suffisante en vertu du , no 2, prop. 3.
Proposition 15
Dans un anneau , soient un idéal et un idéal de type fini contenu dans la racine de . Alors il existe un entier tel que .
Cité par 3
Cité par Corollaire 2, II § 4, Proposition 4, III § 2, Définition 1, III § 3
Soit un système de générateurs de . Par hypothèse, il existe un entier tel que pour . Quand on développe un produit de éléments dont chacun est combinaison linéaire des à coefficients dans , chaque terme est multiple d’un produit de facteurs dont chacun est égal à un ; parmi ces facteurs, au moins correspondent à un même indice , donc le produit appartient à , et le nombre répond à la question.
Corollaire
Dans un anneau noethérien, le nilradical est un idéal nilpotent.
Proposition 16
Soient un anneau, un sous-anneau de . Pour tout idéal premier minimal de , il existe un idéal premier minimal de tel que .
Cite 3
Posons ; l’anneau s’identifie alors à un sous-anneau de (no 1, prop. 2), et d’autre part ne possède qu’un seul idéal premier puisque est minimal (no 5, prop. 11). Comme n’est pas réduit à 0 (puisque il contient ), il possède au moins un idéal premier , et on a alors nécessairement ; si , et si on pose , on a alors
donc , et comme est minimal, ; en outre est premier dans ; si est un idéal premier minimal de contenu dans r (lemme 1), on a a fortiori q ∩ A ⊂ p, donc q ∩ A = p puisque p est minimal.
Définition 5
On dit qu’un anneau A est réduit si son nilradical est réduit à 0, autrement dit si aucun élément ≠ 0 de A n’est nilpotent.
Si est le nilradical d’un anneau A, est réduit, car si la classe mod. d’un élément est nilpotente dans , cela signifie que pour un entier h, donc pour un entier k, et .
Proposition 17
Soient A un anneau, son nilradical. Pour toute partie multiplicative S de A, est le nilradical de . En particulier, si A est réduit, est réduit.
En effet, si , sont tels que , il existe tel que (no 1, Remarque 3) et a fortiori , donc et ; la réciproque est immédiate.
7. Modules de fractions de produits tensoriels et de modules d’homomorphismes.
Proposition 18
Soient A un anneau, S une partie multiplicative de A.
Cité par 2
Cité par Proposition 18, II § 4, Proposition 4, VII § 4
(i) Si M et N sont deux A-modules, les -modules , , et sont canoniquement isomorphes.
(ii) Si et sont deux -modules, l’homomorphisme canonique
L’assertion (i) est conséquence immédiate de la définition et de l’associativité du produit tensoriel, qui donne à des isomorphismes canoniques près
Pour prouver (ii), notons d’abord que dans M’ et N’, considérés comme A-modules, les homothéties produites par les éléments s ∈ S sont bijectives, donc on a M’ = S^{-1}M’ et N’ = S^{-1}N’ (n° 2, Remarque 4) et de même S^{-1}(M’ \otimes_A N’) = M’ \otimes_A N’ ; (ii) est alors un cas particulier de (i).
Corollaire
Soient M un A-module, a un idéal de A. Les sous-S^{-1}A-modules (S^{-1}a)(S^{-1}M), a(S^{-1}M), (S^{-1}a)j(M) (où j : M → S^{-1}M est l’application canonique) et S^{-1}(aM) de S^{-1}M sont identiques. En particulier, si a et b sont deux idéaux de A, on a (S^{-1}a)(S^{-1}b) = a(S^{-1}b) = (S^{-1}a)b = S^{-1}(ab).
Cité par 2
Cité par Proposition 9, II § 3, Corollaire 3, II § 3
Remarque
Soient M, N, P trois A-modules, f : M × N → P une application A-bilinéaire, S^{-1}f : (S^{-1}M) × (S^{-1}N) → S^{-1}P l’application S^{-1}A-bilinéaire obtenue à partir de f par extension à S^{-1}A de l’anneau des scalaires (Alg., chap. IX, § 1, n° 4, prop. 1). Soient i : M → S^{-1}M, j : N → S^{-1}N les homomorphismes canoniques ; il est immédiat que, si Q est le sous-A-module de P engendré par f(M × N), S^{-1}Q est le sous-S^{-1}A-module de S^{-1}P engendré par (S^{-1}f)(i(M) × j(N)).
Proposition 19
Soient A un anneau, S une partie multiplicative de A.
Cite 3 · Cité par 2
Cite I § 2. Modules plats, Proposition 11, I § 2, Proposition 3
Cité par Proposition 12, II § 3, Lemme 3, VII § 4
(i) Si M et N sont deux A-modules, et si M est de type fini (resp. de présentation finie), l’homomorphisme canonique (chap. I, § 2, n° 10, formule (10))
est injectif (resp. bijectif).
(ii) Si M’, N’ sont deux S^{-1}A-modules, l’injection canonique
est bijective.
Comme S^{-1}A est un A-module plat, (i) est un cas particulier du chap. I, § 2, n° 10, prop. 11. D’autre part, on a déjà remarqué que tout A-homomorphisme de S^{-1}A-modules est nécessairement un S^{-1}A-homomorphisme, au cours de la démonstration de la prop. 3 du n° 2 ; d’où (ii).
Proposition 20
Soient deux anneaux, un homomorphisme, une partie multiplicative de , , l’homomorphisme correspondant à (n° 1, prop. 2).
Cite 2
Cite Proposition 2, Proposition 3
(i) Pour tout -module , il existe un -isomorphisme et un seul
(ii) Pour tout -module , il existe un isomorphisme et un seul
(i) Si on considère comme -module au moyen de l’homomorphisme composé , les homothéties produites par les éléments de sont bijectives, donc il existe un homomorphisme et un seul possédant la propriété énoncée (n° 2, prop. 3). Comme , est surjectif ; en outre, si , il existe tel que ; comme il existe tel que , on a dans , donc dans .
(ii) Comme , et , l’existence de résulte de l’associativité du produit tensoriel.
8. Application aux algèbres.
Soient un anneau, une -algèbre (non nécessairement associative ni commutative, et n’ayant pas nécessairement d’élément unité), une partie multiplicative de . On sait que sur le -module on définit canoniquement une structure de -algèbre, dite obtenue par extension à de l’anneau des scalaires (, chap. III, § 3) et pour laquelle le produit est égal à . Si est élément unité de , est élément unité de , et si est associative (resp. commutative), il en est de même de .
Soient un anneau, un -module ; désignons par (resp. ) l’algèbre tensorielle (resp. l’algèbre extérieure, l’algèbre symétrique) de (, chap. III, 3e éd.). On sait que, pour toute A-algèbre commutative C, il existe un isomorphisme et un seul de sur (resp. de sur , de sur ) tel que pour , étant canoniquement identifié à un sous-module de (resp. ) (loc. cit.). On voit donc en particulier que, pour toute partie multiplicative R de A, on a des isomorphismes canoniques
qui se réduisent à l’identité dans .
9. Modules de fractions de modules gradués.
Soient A un anneau gradué, M un A-module gradué, le monoïde des degrés ; nous supposerons dans ce n° que est un groupe. Rappelons (Alg., chap. II, 3e éd., § 11) que A et M sont respectivement sommes directes de groupes additifs
avec et quels que soient dans . Soit S une partie multiplicative de A dont tous les éléments sont homogènes. Pour tout , nous poserons , et nous noterons l’ensemble des éléments de pour lesquels il existe des éléments de , un élément et un élément tels que et . Si est une famille finie d’éléments de telle que , il existe des éléments et , des éléments () et tels que pour (n° 1, Remarque 2).
Proposition 21
L’anneau* muni de la famille est un anneau gradué, et muni de la famille est un module gradué sur l’anneau gradué . Les applications canoniques et sont homogènes de degré 0.
Soient , , , , et supposons que ; alors et on a et , donc par définition ; ceci montre que les sont des sous-groupes additifs de . La somme de ces sous-groupes est tout entier : en effet, tout s’écrit où ; est homogène par hypothèse, et somme d’éléments homogènes ; donc est somme des , qui appartiennent chacun à un sous-groupe . Enfin, la somme des est directe ; considérons en effet une famille finie d’éléments tels que , où les indices sont distincts, et supposons que . Chaque s’écrit avec et ; l’hypothèse entraîne qu’il existe tel que ; si les n’étaient pas tous nuls, on aurait une contradiction puisque, si , on a , et les sont tous distincts. On en conclut que pour tout indice .
On vérifie immédiatement que, si et , on a . Appliquant ce résultat au cas où , on voit d’abord que est un anneau gradué par les ; on voit ensuite que est un module gradué sur . Enfin, comme , et sont homogènes de degré 0.
Proposition 22
Soient A (resp. B) un anneau gradué de type Δ, M (resp. N) un module gradué sur l’anneau gradué A (resp. B), S (resp. T) une partie multiplicative de A (resp. B) dont tous les éléments sont homogènes, un homomorphisme homogène de degré 0 tel que , une application A-linéaire qui est homogène de degré k. Alors l’homomorphisme déduit de (no 1, prop. 2) est homogène et de degré 0, et l’application -linéaire déduite de et (no 2, prop. 5) est homogène et de degré k.
Cite 2
Cite Proposition 2, Proposition 5
Ceci résulte aussitôt des formules et .
Notons enfin que, si E est une A-algèbre graduée, S une partie multiplicative de A formée d’éléments homogènes, muni de sa structure de -algèbre (no 8) et de la graduation est une -algèbre graduée, comme il résulte aussitôt des définitions.
Exercices
See the exercises for § 2.