§ 4. Hauteur d’une valuation.
1. Inclusion des anneaux de valuation d’un même corps
Proposition 1
Soient un corps, et un anneau de valuation pour . Alors: a) Tout anneau tel que est un anneau de valuation pour ; b) L’idéal maximal d’un tel anneau est contenu dans , et c’est un idéal premier de ; c) L’application est une bijection décroissante de l’ensemble des idéaux premiers de sur l’ensemble des anneaux tels que ; sa bijection réciproque est l’application .
Si est un anneau tel que , et si , on a , d'où , ce qui prouve à la fois que est un anneau de valuation pour , et que ; comme est un idéal premier de , on a démontré et . En outre, on a ; inversement, si , on a et , donc ; ainsi . Soit enfin un idéal premier de ; posons ; on a (Chap. II, , no 5; prop. 11), et d'après ; donc , ce qui montre que les applications et de l'énoncé sont des bijections réciproques
Corollaire
L’ensemble des sous-anneaux de* contenant est totalement ordonné par inclusion.
En effet, l’ensemble des idéaux premiers de est totalement ordonné par inclusion (, no 2, th. 1 e)), et l’application renverse les relations d’inclusion.
Proposition 2
Soient* un corps, un anneau de valuation pour , et la place de associée à (à valeurs dans ). Alors l’application définit une bijection de l’ensemble des anneaux de valuation pour contenus dans , sur l’ensemble des anneaux de valuation pour .
Si , on a : en effet, si (où ) est un élément de , on a , donc et . D’autre part, pour , on a (prop. 1, b)), donc l’application est injective. Enfin, soient et ; on va montrer, ce qui achèvera la démonstration, que ; en effet, si , on a, soit , soit ; si , on a ; si , on a et , donc , et on en conclut encore que ; donc .
Corollaire
Soient* et deux anneaux de valuation pour , avec ; posons , qui est un anneau de valuation pour . Le corps résiduel de est canoniquement isomorphe au corps résiduel de , et la place associée à est la composée des places associées à et .
En effet, puisque l’anneau local est un quotient de l’anneau local , leurs corps résiduels sont canoniquement isomorphes, et l’égalité est vraie pour . D’autre part, si , on a , et les deux membres de l’égalité sont égaux à ; il en est de même si .
Remarque
Réciproquement, soient une place de à valeurs dans , et une place de à valeurs dans . Alors est une place de dont l’anneau est contenu dans l’anneau de la place .
2. Sous-groupes isolés d’un groupe ordonné
Pour étudier la situation du n° 1 du point de vue des valuations, nous aurons besoin de la déf. 1 et de la prop. 3 ci-dessous.
Définition 1
Un sous-groupe d’un groupe ordonné est dit isolé si les relations et entraînent .
Exemple 1
Soient et deux groupes ordonnés ; munissons de l’ordre lexicographique (i.e. « » équivaut à « ou et ) »). Le deuxième facteur de est alors, comme on le voit aussitôt, un sous-groupe isolé de .
Proposition 3
Soient un groupe ordonné, et l’ensemble de ses éléments positifs.
a) Le noyau d’un homomorphisme croissant de dans un groupe ordonné est un sous-groupe isolé de .
b) Réciproquement, soient un sous-groupe isolé de , et l’homomorphisme canonique de sur . Alors est l’ensemble des éléments positifs pour une structure de groupe ordonné sur . En outre, si est totalement ordonné, il en est de même de .
a) Soit un homomorphisme croissant de dans un groupe ordonné ; notons le noyau de . Si et , on a , d’où , c’est-à-dire . Donc est isolé.
b) Soient un sous-groupe isolé de et . Posons . Il est clair que . On a
car, si et sont des éléments de tels que , on a , d’où et puisque est isolé ; donc . Ainsi est l’ensemble des éléments positifs pour une structure de groupe ordonné sur (Alg. chap. VI, § 1, n° 3, prop. 3). Enfin, si est totalement ordonné, on a , d’où , donc est totalement ordonné (loc. cit.).
Exemple 2
Si nous reprenons l’exemple où est un produit lexicographique et où , le groupe ordonné s’identifie canoniquement à .
3. Comparaison des valuations
Soient un corps, et un anneau de valuation pour . Pour tout sous-anneau de contenant , on a . On a donc un homomorphisme canonique de sur , dont le noyau est . Notant et les valuations canoniques de définies par et (§ 3, no 2), on a donc
Comme , transforme les éléments positifs de en éléments positifs de , donc est croissant. Par suite (prop. 3), le noyau de est un sous-groupe isolé de , et se factorise en , où est un homomorphisme bijectif et croissant, donc un isomorphisme de groupes totalement ordonnés; donc s’identifie au groupe totalement ordonné quotient .
Proposition 4
L’application* est une bijection croissante de l’ensemble des sous-anneaux de K contenant A sur l’ensemble des sous-groupes isolés de .
En effet, la donnée de définit à une équivalence près, donc détermine sans ambiguïté. D’autre part, soit un sous-groupe isolé de ; considérant comme un groupe totalement ordonné (prop. 3), l’application composée
est une valuation de dont l’anneau contient .
Remarque
Avec les hypothèses précédentes, notons l’homomorphisme canonique de sur , et posons ; c’est un anneau de valuation pour (prop. 2, no 1). On a , donc
Il en résulte un isomorphisme canonique de sur . La suite exacte
donne donc une suite exacte
Exemple
Soient un corps,
indéterminées). Soit l’anneau de valuation pour défini par l’élément extrémal de l’anneau principal (§ 1, no 4, prop. 3). Le corps résiduel s’identifie canoniquement à . Soit, de même, l’anneau de valuation pour défini par l’élément extrémal de . En désignant par la place de associée à , et en posant , on définit un anneau de valuation pour contenu dans , et l’on a . La place canonique peut se décrire ainsi : si est un élément de , on fait d’abord dans (ce qui donne un élément de ), puis dans le résultat obtenu. Les groupes et sont canoniquement isomorphes à (§ 3, no 4, Exemple 4).
On montre sans difficulté (cf. § 10, no 2, lemme 2) que le groupe est isomorphe au produit lexicographique , et que la valuation est équivalente à la valuation définie au § 3, no 4, fin de l’Exemple 6.
4. Hauteur d’une valuation
Soit un groupe totalement ordonné. Étant donnés deux sous-groupes isolés et de , l’un d’eux est contenu dans l’autre : en effet, dans le cas contraire, il existerait un élément positif de n’appartenant pas à et un élément positif de n’appartenant pas à ; soit, par exemple, ; comme est isolé, on obtient , d’où contradiction.
Ceci résulte aussi de la prop. 4 du no 3 et du cor. de la prop. 1 du no 1, en tenant compte du fait que tout groupe totalement ordonné est le groupe des ordres d’une valuation (§ 3, no 4, Exemple 6).
Définition 2
Soit G un groupe totalement ordonné. Si le nombre des sous-groupes isolés de G distincts de G est fini et égal à n, on dit que G est de hauteur n. Si ce nombre est infini, on dit que G est de hauteur infinie.
Exemple 1
La hauteur du groupe G = {0} est 0.
Exemple 2
Les groupes et sont de hauteur 1.
Exemple 3
Soient G un groupe totalement ordonné et H un sous-groupe isolé de G. Si l’on désigne par et les hauteurs des groupes totalement ordonnés H et G/H, on a
Par contre la hauteur de , ordonné par plongement dans (cf. § 3, no 4, fin de l’Exemple 6) est égale à 1 (cf. prop. 8 ci-dessous).
Définition 3
On appelle hauteur d’une valuation la hauteur du groupe des ordres de cette valuation.
Par exemple une valuation discrète est de hauteur 1. Seules les valuations impropres sont de hauteur 0. Les prop. 1 et 4 entraînent :
Proposition 5
La hauteur d’une valuation est égale au nombre des idéaux premiers non nuls de son anneau.
5. Valuations de hauteur 1
Proposition 6
Soient K un corps, A un sous-anneau de K. Supposons que A ne soit pas un corps. Alors les conditions suivantes sont équivalentes : a) A est l’anneau d’une valuation de hauteur 1 de K ; b) A est un anneau de valuation pour K, et n’a d’autres idéaux premiers que (0) et m(A) ; c) A est maximal parmi les sous-anneaux de K distincts de K.
La prop. 5 du n° 4 montre que a) implique b), et la prop. 1 du n° 1 montre que b) implique c). Reste à montrer que c) implique a). Supposons maximal parmi les sous-anneaux de distincts de . Soient un idéal maximal de , et un anneau de valuation pour dominant (, n° 2, cor. du th. 2); comme et que (puisque n’est pas un corps), on a , d’où , ce qui montre que est l’anneau d’une valuation de . Ceci étant, est de hauteur 1 d’après les prop. 1 (n° 1) et 5 (n° 4).
Proposition 7
Pour qu’une valuation d’un corps soit de hauteur 1, il faut et il suffit que son groupe des ordres soit isomorphe à un sous-groupe ordonné non nul de *.
Cela résulte en effet de la proposition suivante :
Proposition 8
Soit un groupe totalement ordonné non réduit à 0. Les conditions suivantes sont équivalentes : a) est de hauteur 1 ; b) quels que soient et dans , il existe un entier tel que ; c) est isomorphe à un sous-groupe non réduit à 0 du groupe additif ordonné *.
Soit un élément positif de , et soit l’ensemble des tels qu’il existe un entier vérifiant . On vérifie aisément que est un sous-groupe isolé de , et que tout sous-groupe isolé de contenant contient . La condition a) équivaut donc à « pour tout », c’est-à-dire à la condition b).
Il est clair que c) implique b). Réciproquement, supposons vérifiée la condition b), et notons l’ensemble des éléments de . Supposons d’abord que ait un plus petit élément ; pour tout , soit le plus petit entier tel que ; si l’on avait , on aurait aussi , d’où contrairement au choix de ; on a donc , ce qui montre que est isomorphe à . Supposons maintenant que n’ait pas de plus petit élément; appliquons à l’ensemble ordonné la prop. 1 de Top. Gén., chap. V, § 2 (ce qui est possible, puisque la condition b) n’est autre que « l’axiome d’Archimède »); on voit qu’il existe une application strictement croissante de dans telle que
pour et ; par linéarité se prolonge en un isomorphisme de sur un sous-groupe de , ce qui prouve que b) implique c).
Proposition 9
Soient un corps, une valuation non impropre de , et l’anneau de . Pour que soit complètement intégralement clos (chap. V, § 1, n° 4, déf. 5), il faut et il suffit que soit de hauteur 1.
Supposons de hauteur 1. Soit tel que les soient tous contenus dans un sous-A-module de type fini de . Il existe tel que pour tout . On a donc , c’est-à-dire pour tout , d’où (prop. 8, b)) et . Ainsi est complètement intégralement clos.
Supposons maintenant que ne soit pas de hauteur 1. Il existe alors et tels que pour tout (prop. 8, b)). On a donc pour tout , mais . Donc n’est pas complètement intégralement clos.
Corollaire
Soient un corps, une famille de valuations de hauteur 1 de , et l’intersection des anneaux des . Alors est complètement intégralement clos.
Un anneau complètement intégralement clos n’est pas toujours intersection d’anneaux de valuations de hauteur 1 (exerc. 6).
Exercices
See the exercises for § 4.