§ 8. Anneaux
1. Anneaux
Définition 1
On appelle anneau un ensemble muni de deux lois de composition appelées respectivement addition et multiplication, satisfaisant aux axiomes suivants:
(AN I) Pour l’addition, est un groupe commutatif. (AN II) La multiplication est associative et possède un élément neutre. (AN III) La multiplication est distributive par rapport à l’addition.
On dit que l’anneau est commutatif si sa multiplication est commutative.
Dans la suite, on note l’addition et la multiplication; on note 0 l’élément neutre de l’addition et 1 celui de la multiplication. Enfin, on note l’opposé de pour l’addition. Les axiomes d’un anneau s’expriment donc par les identités suivantes:
(1) (associativité de l’addition) (2) (commutativité de l’addition) (3) (zéro) (4) (opposé) (5) (associativité de la multiplication) (6) (élément unité) (7) (8) (distributivité)
Enfin l’anneau est commutatif si l’on a pour dans .
Muni de la seule addition, est un groupe commutatif qu’on appelle groupe additif de . Pour tout , définissons l’homothétie à gauche et l’homothétie à droite par . D’après les formules (7) et (8), et sont des endomorphismes du groupe additif de , donc transforment zéro en zéro et opposé en opposé. Par suite, on a
(9) (10) on en déduit , d’où (11)
Les formules (10) et (11) constituent la règle des signes. On en déduit et .
De (11) on déduit par récurrence sur la relation
Lorsqu’on parle d’éléments simplifiables, d’éléments inversibles, d’éléments permutables, d’éléments centraux, de commutant ou de centre dans un anneau , toutes ces notions sont relatives à la multiplication dans A. Si et si est inversible, l’élément de A se note aussi lorsque A est commutatif. L’ensemble des éléments inversibles de A est stable pour la multiplication. Pour la loi induite par la multiplication, c’est un groupe appelé groupe multiplicatif de A, noté parfois .
Soient dans A. On dit que est multiple à gauche (resp. à droite) de s’il existe tel que (resp. ); on dit encore que est diviseur à droite (resp. à gauche) de . Lorsque A est commutatif, il est inutile de préciser « à gauche » ou « à droite ».
Conformément à la terminologie ci-dessus, tout élément devrait être considéré comme un diviseur à droite et à gauche de 0; mais, par abus de langage, on réserve en général le nom de diviseur à droite (resp. à gauche) de 0 aux éléments tels qu’il existe dans A satisfaisant à la relation (resp. ). Autrement dit, les diviseurs de zéro à droite (resp. à gauche) sont les éléments non simplifiables à droite (resp. à gauche).
Soit . On dit que est nilpotent s’il existe un entier tel que . Alors l’élément est inversible, d’inverse égal à .
Comme A est un groupe commutatif pour l’addition, on a défini (I, p. 23), l’élément pour et . Comme et sont des endomorphismes du groupe additif A, on a et , d’où
On appelle pseudo-anneau un ensemble A muni d’une addition et d’une multiplication satisfaisant aux axiomes des anneaux, à l’exception de celui qui assure l’existence de l’élément neutre pour la multiplication.
2. Conséquences de la distributivité
La distributivité de la multiplication par rapport à l’addition permet d’appliquer la prop. 1 de I, p. 27, qui donne:
Proposition 1
Soient A un anneau commutatif et* une famille finie d’éléments de A. Pour toute famille d’entiers positifs , posons . On a
Appliquons la formule (13) (I, p. 93) avec et pour . On a donc
la somme étant étendue à toutes les suites .
Soit dans ; pour tout , on note l’ensemble des entiers tels que et , et l’on pose . Il est immédiat que est une bijection de sur l’ensemble des partitions de indexées par . Pour tout tel que , on note l’ensemble des tels que Card pour tout . On en déduit que la famille est une partition de et que l’on a Card (I, p. 58).
Enfin, pour , on a
d’où
et la formule (14) résulte donc de (15).
Corollaire 1 (formule du binôme)
Soient et deux éléments d’un anneau commutatif . On a :
La formule (14) appliquée avec , et donne
la sommation étant étendue aux couples d’entiers positifs avec . La formule du binôme résulte immédiatement de là (E, III, p. 42).
Corollaire 2
Soient un anneau commutatif, un ensemble, et deux familles d’éléments de . Notons la famille .
Pour tout , posons . Alors, quel que soit , on a, avec les notations de I, p. 89,
En effet, pour , on a
d’après le cor. 1. En faisant le produit de ces égalités pour , et en tenant compte de (13) (I, p. 93), on obtient le corollaire.
Corollaire 3
Soient A un anneau, x et y des éléments nilpotents et permutables de A. Alors est nilpotent.
On se ramène aussitôt au cas où A est commutatif. Si et , le cor. 1 entraîne que .
Proposition 2
Soient A un anneau, des éléments de A, et .
Pour , posons . On a
En particulier, si A est commutatif, on a
Soit C l’ensemble des applications de I dans \{0, 1\}. Si à tout , on fait correspondre sa fonction caractéristique, on obtient une bijection de sur C. Le second membre de (16) est donc égal à:
avec
1) Supposons que ne soit pas une permutation de I. Il existe un distinct de . Soit C' l’ensemble des tels que . Pour tout , soit la somme de et de la fonction caractéristique de . On a , donc
2) Supposons qu’il existe tel que . Alors sauf si ne prend que la valeur 1. Donc .
3. Exemples d’anneaux
I. Anneau nul. Soit A un anneau. Pour qu’on ait dans A, il faut et il suffit que A soit réduit à un seul élément. En effet, la condition est évidemment suffisante. D’autre part, si , on a, pour tout , . Un tel anneau s’appelle un anneau nul.
II. Anneau des entiers rationnels. Pour l’addition définie dans I, p. 20, et la multiplication définie dans I, p. 22, est un anneau commutatif. Les notations 0, 1, sont en accord avec les notations introduites antérieurement.
*III. Anneau de fonctions réelles. Soit I un intervalle de l’ensemble des nombres réels et soit A l’ensemble des fonctions continues définies dans I et à valeurs réelles. On définit la somme et le produit de deux fonctions et par
On obtient un anneau commutatif dont l’élément unité est la constante 1.*
*IV. Pseudo-anneau de convolution. Soit E l’ensemble des fonctions continues à valeurs réelles définies dans , nulles en dehors d’un intervalle borné. La somme de deux fonctions est définie comme en III, mais le produit est maintenant défini par
(« produit de convolution »). On obtient ainsi un pseudo-anneau commutatif qui n’est pas un anneau (cf. INT, VIII, § 4).*
V. Anneau opposé d’un anneau A. Soit A un anneau. On note souvent l’ensemble A muni de la même addition que A et de la multiplication . C’est un anneau (appelé anneau opposé de A) qui admet même zéro et même unité que A, et qui coïncide avec A si et seulement si A est commutatif.
VI. Anneau des endomorphismes d’un groupe commutatif. Soit G un groupe commutatif, noté additivement. On note E l’ensemble des endomorphismes de G. Etant donnés et dans E, on définit les applications et de G dans G par
D’après I, p. 10, prop. 5, est un endomorphisme de G, et il en est évidemment de même de . D’après I, p. 43, E est un groupe (commutatif) pour l’addition. La multiplication est évidemment associative et admet l’élément neutre . Par ailleurs, pour et dans E, posons ; pour tout , on a
car est un endomorphisme de ; on a donc , et il est clair que . Par suite, est un anneau (non commutatif en général) qu’on appelle anneau des endomorphismes de .
VII. Pseudo-anneau de carré nul. Un pseudo-anneau est dit de carré nul si quels que soient dans . Soit un groupe commutatif. Si l’on munit l’ensemble de l’addition du groupe et de la multiplication , on obtient un pseudo-anneau de carré nul. Ce n’est un anneau que si , auquel cas c’est l’anneau nul.
4. Homomorphismes d’anneaux
Définition 2
Soient* et deux anneaux. On appelle morphisme, ou homomorphisme, de dans toute application de dans satisfaisant aux relations:
Le composé de deux homomorphismes d’anneaux est un homomorphisme d’anneaux. Soient et deux anneaux et une application de dans ; pour que soit un isomorphisme, il faut et il suffit que ce soit un homomorphisme bijectif; dans ce cas, est un homomorphisme de dans . Un homomorphisme d’un anneau dans lui-même s’appelle un endomorphisme de .
Soit un homomorphisme d’anneaux. L’application est un homomorphisme du groupe additif de dans le groupe additif de ; en particulier, on a et pour tout . L’image par d’un élément inversible de est un élément inversible de , et la restriction de au groupe multiplicatif de est un homomorphisme de ce groupe dans le groupe multiplicatif de .
Exemple 1
Soit un anneau. On voit immédiatement que l’application de dans est l’unique homomorphisme de dans . En particulier, l’application identique de est l’unique endomorphisme de l’anneau .
Prenons en particulier pour l’anneau des endomorphismes du groupe additif (I, p. 96, Exemple VI). L’application de dans est un isomorphisme de sur d’après la construction même de la multiplication dans (I, p. 22).
Exemple 2
Soit un élément inversible d’un anneau . L’application est un endomorphisme de car on a
5. Sous-anneaux
Définition 3
Soit* un anneau. On appelle sous-anneau de toute partie de qui est un sous-groupe de pour l’addition, qui est stable pour la multiplication et contient l’unité de .
Les conditions précédentes peuvent s’écrire
Si est un sous-anneau de , on le munit de l’addition et de la multiplication induites par celles de , qui en font un anneau. L’injection canonique de dans est un homomorphisme d’anneaux.
Exemple 1
Tout sous-groupe du groupe additif qui contient 1 est égal à . Donc est le seul sous-anneau de .
Exemple 2
Soient un anneau et une famille de sous-anneaux de ; il est immédiat que est un sous-anneau de . En particulier, l’intersection de tous les sous-anneaux de contenant une partie de est un sous-anneau qui est appelé le sous-anneau de engendré par .
Exemple 3
Soit une partie d’un anneau . Le commutant de dans est un sous-anneau de . En particulier, le centre de est un sous-anneau de .
Exemple 4
Soit un groupe commutatif à opérateurs; on note l’ensemble d’opérateurs et l’action de sur . Soit l’anneau des endomorphismes du groupe sans opérateurs et l’ensemble des endomorphismes du groupe à opérateurs . Par définition, se compose des endomorphismes de tels que pour tout . Par suite, est un sous-anneau de l’anneau . On appelle l’anneau des endomorphismes du groupe à opérateurs (cf. II, p. 5). Soit le sous-anneau de engendré par les . Alors est le commutant de dans .
6. Idéaux
Définition 4
Soit un anneau. On dit qu’une partie de est un idéal à gauche (resp. à droite) si est un sous-groupe du groupe additif de et si les relations entraînent (resp. ). On dit que est un idéal bilatère de si est à la fois un idéal à gauche et un idéal à droite de .
La définition d’un idéal à gauche se traduit par les relations
la relation résultant de la formule et de . Pour tout , soit l’application de dans ; l’action munit le groupe additif de d’une structure de groupe à opérateurs ayant comme ensemble d’opérateurs. Les idéaux à gauche de ne sont autres que les sous-groupes de stables pour cette action.
Les idéaux à gauche dans l’anneau sont les idéaux à droite dans l’anneau opposé . Dans un anneau commutatif, les trois espèces d’idéaux se confondent; on les appelle simplement idéaux.
Exemple 1
Soit un anneau. L’ensemble est un idéal bilatère de ; il en est de même de l’ensemble réduit à 0, qu’on appelle l’idéal nul et qu’on écrit parfois 0 ou (0) au lieu de {0}.
Exemple 2
Pour tout élément de , l’ensemble des multiples à gauche de est un idéal à gauche; de même l’ensemble est un idéal à droite. Lorsque est dans le centre de , on a ; cet idéal s’appelle l’idéal principal engendré par et se note . On a si et seulement si est inversible.
Exemple 3
Soit une partie de . L’ensemble des éléments tels que pour tout est un idéal à gauche de qu’on appelle l’*annulateur à gauche* de . On définit de manière analogue l’annulateur à droite de .
Exemple 4
Toute intersection d’idéaux à gauche (resp. à droite, bilatères) de est un idéal à gauche (resp. à droite, bilatère). Etant donnée une partie de , il existe donc un plus petit idéal à gauche (resp. à droite, bilatère) contenant ; on l’appelle l’idéal à gauche (resp. à droite, bilatère) engendré par .
Soit un idéal à gauche de . Les conditions sont évidemment équivalentes.
Définition 5
Soit un anneau. On dit, par abus de langage, qu’un idéal à gauche est maximal s’il est un élément maximal de l’ensemble des idéaux à gauche distincts de .* Autrement dit, est maximal si et si les seuls idéaux à gauche de contenant sont et .
Théorème 1 (Krull)
Soient un anneau et un idéal à gauche de distinct de . Il existe un idéal à gauche maximal de contenant .* Considérons comme opérant dans le groupe additif de par multiplication à gauche. Alors les idéaux à gauche de sont les sous-groupes stables de . Le théorème résulte donc de I, p. 33, prop. 3, appliquée à la partie de .
Proposition 3
Soient un anneau, une famille d’éléments de , (resp. ) l’ensemble des sommes où est une famille à support fini d’éléments de (resp. où , sont des familles à support fini d’éléments de ). Alors (resp. ) est l’idéal à gauche (resp. bilatère) de engendré par l’ensemble des .
Les formules
(18)
prouvent que est un idéal à gauche. Soit un idéal à gauche tel que pour tout , et soit une famille à support fini dans . On a pour tout , d’où ; on a donc . Donc est l’idéal à gauche de engendré par les . On raisonne de façon analogue pour .
Proposition 4
Soient un anneau et une famille d’idéaux à gauche de . L’idéal à gauche engendré par se compose des sommes , où est une famille à support fini telle que pour tout .
Soit l’ensemble des sommes avec pour tout . Les formules et montrent que est un idéal à gauche de . Soient et ; posons et pour ; on a , d’où et finalement . Si un idéal à gauche contient pour tout , il contient évidemment , donc est engendré par .
On dit que l’idéal engendré par est la somme des idéaux à gauche et on le note (cf. II, p. 16). En particulier, la somme de deux idéaux à gauche se compose des sommes avec et .
7. Anneaux quotients
Soit un anneau. Si est un idéal bilatère de , on dit que deux éléments et de sont congrus modulo et l’on écrit (mod. ) ou () si . On a là une relation d’équivalence dans . Les relations () et () entraînent (), (), car est idéal à gauche, et () car est idéal à droite, d’où (). Réciproquement, si est une relation d’équivalence sur compatible avec l’addition et la multiplication, l’ensemble des éléments tels que mod. est un idéal bilatère et la relation mod. équivaut à mod. .
Soient un anneau et un idéal bilatère de . On note l’ensemble quotient de par la relation d’équivalence (), muni de l’addition et de la multiplication quotients de celles de (I, p. 10, déf. 11). Montrons que est un anneau: a) Pour l’addition, est le groupe commutatif quotient du groupe additif de par le sous-groupe . b) Pour la multiplication, est un monoïde (I, p. 13). c) Soient dans et soit l’application canonique; considérons des éléments de tels que et . On a
Définition 6
Soient un anneau et un idéal bilatère de . On appelle anneau quotient de par et l'on note l'ensemble quotient de par la relation d'équivalence (), muni de l'addition et de la multiplication quotients de celles de .
L'anneau est isomorphe à , et est un anneau nul.
Théorème 2
Soient un anneau et un idéal bilatère de . a) L'application canonique de sur est un homomorphisme d'anneaux. b) Soient un anneau et un homomorphisme de dans . Si , il existe un homomorphisme de dans et un seul tel que .
Par construction, on a et pour dans ; on sait que est l'unité de , d'où a).
Soient le groupe additif de et celui de ; comme est un homomorphisme de dans , nul sur le sous-groupe de , il existe (I, p. 35, prop. 5) un homomorphisme et un seul de dans tel que . Soient dans ; soient dans tels que et ; on a d'où
et , donc est un homomorphisme d'anneaux.
Théorème 3
Soient et des anneaux, un homomorphisme de dans . a) Le noyau de est un idéal bilatère de . b) L'image de est un sous-anneau de . c) Soient et les morphismes canoniques. Il existe un morphisme de dans et un seul tel que , et est un isomorphisme.
Comme est un morphisme du groupe additif de dans celui de , est un sous-groupe de . Si et , on a donc , et de même ; donc est un idéal bilatère de . L'assertion b) est évidente. Comme est nulle sur , il existe un morphisme de dans tel que (th. 2). L'unicité de , et le fait que soit un isomorphisme, résultent de E, II, p. 44.
8. Sous-anneaux et idéaux dans un anneau quotient
Proposition 5
Soient et deux anneaux, un homomorphisme de dans , et le noyau de . a) Soit un sous-anneau de . Alors est un sous-anneau de contenant . Si est surjectif, on a , et définit par passage au quotient un isomorphisme de sur . b) Soit un idéal à gauche (resp. à droite, bilatère) de . Alors est un idéal à gauche (resp. à droite, bilatère) de contenant . c) Si est un idéal bilatère de , l'application composée du morphisme canonique et de définit, par passage au quotient, un morphisme injectif de dans . Si est surjectif, est un isomorphisme de sur .
d) Supposons surjectif. Soit l’ensemble des sous-anneaux (resp. idéaux à gauche, idéaux à droite, idéaux bilatères) de contenant . Soit l’ensemble des sous-anneaux (resp. idéaux à gauche, idéaux à droite, idéaux bilatères) de . Les applications et sont des bijections réciproques de sur et de sur .
a) et b) sont évidents, sauf la dernière assertion de a) qui résulte de I, p. 101, th. 3.
Le morphisme composé considéré en c) a pour noyau , donc est un morphisme injectif de dans (I, p. 101, th. 3). Si est surjectif, est surjectif, donc est surjectif.
Supposons surjectif. D’après ce qui précède, l’application est une application de dans . Il est clair que l’application est une application de dans . On a d’où d).
Remarque
Avec les notations précédentes, et sont des isomorphismes d’ensembles ordonnés ( et étant ordonnés par inclusion).
Corollaire
Soient un anneau, un idéal bilatère de .
a) Tout idéal à gauche (resp. à droite, bilatère) de s’écrit de manière unique sous la forme , où est un idéal à gauche (resp. à droite, bilatère) de contenant .
b) Si est bilatère, l’homomorphisme composé définit par passage au quotient un isomorphisme de sur .
Il suffit d’appliquer la prop. 5 au morphisme canonique de sur .
9. Multiplication des idéaux
Soient un anneau, et des idéaux bilatères de . L’ensemble des éléments de la forme avec , et pour , est évidemment un idéal bilatère de , qu’on note et qu’on appelle le produit des idéaux bilatères et . Pour cette multiplication, l’ensemble des idéaux bilatères de est un monoïde, ayant pour élément unité l’idéal bilatère . Si sont des idéaux bilatères de , on a . Si est commutatif, la multiplication des idéaux est commutative.
On a et , donc
Proposition 6
Soient des idéaux bilatères de . Si pour tout , on a .
D’après (21), il suffit de prouver que . Par récurrence, il suffit d’envisager le cas où . Par hypothèse, il existe dans tels que . Alors
Proposition 7
Soient des idéaux bilatères de , tels que pour i ≠ j. Alors . En particulier, si A est commutatif, (cf. I, p. 151, exerc. 2).
Supposons d’abord . Il existe tels que . Si , on a . Donc .
Supposons maintenant l’égalité de la proposition établie pour les entiers <n. D’après la prop. 6 (I, p. 102), on a , donc
10. Produit d’anneaux
Soit une famille d’anneaux. Soit A l’ensemble produit . Sur A, on définit une addition et une multiplication par les formules
On vérifie immédiatement que A est un anneau (dit produit des anneaux ) ayant pour zéro l’élément où est le zéro de , et pour unité où est l’unité de . Si les sont commutatifs, il en est de même de A. Si est le centre de , le centre de A est .
Pour tout , la projection de A sur est un homomorphisme d’anneaux. Si B est un anneau et une famille d’homomorphismes, il existe un unique homomorphisme tel que pour tout ; il est donné par .
Pour tout , soit un idéal à gauche de . Alors est un idéal à gauche de A. On a un énoncé analogue pour les idéaux à droite, les idéaux bilatères et les sous-anneaux. Supposons que soit un idéal bilatère pour tout , et notons l’application canonique de sur . Alors l’application de sur est un homomorphisme d’anneaux de noyau , donc définit par passage au quotient un isomorphisme de sur .
Soit une partition de I. La bijection canonique de sur est un isomorphisme d’anneaux, par lequel on identifie ces deux anneaux.
Soit . Notons l’élément de défini par pour , pour . Alors est un idempotent central (I, p. 7) de . On a aussitôt les formules suivantes:
Posons . Soit la projection canonique de sur . Pour , soit l’élément de défini par pour , pour . Alors est un homomorphisme d’anneaux de sur , est un homomorphisme injectif de groupe additif de dans , et, dans le diagramme
le noyau de est égal à l’image de . On a quels que soient dans ; mais n’est pas en général un homomorphisme d’anneaux car . Il est clair que .
Posons et pour tout . On a , pour . Si est fini, on a , le groupe additif est somme directe des idéaux bilatères , et, si , sa composante dans est . On en déduit aussitôt la proposition suivante:
Proposition 8
Supposons I fini. Si b est un idéal à gauche ou à droite de A, b est somme directe des b ∩ a_i.
11. Décomposition directe d’un anneau
Soient un anneau, une famille d’idéaux bilatères de . Nous appellerons homomorphisme canonique de dans l’homomorphisme
où est l’homomorphisme canonique de sur .
Proposition 9
Soient A un anneau, des idéaux bilatères de A tels que pour . L’homomorphisme canonique de A dans est surjectif, de noyau .
Il est clair que le noyau est . Pour prouver la surjectivité, il faut montrer que, pour toute famille d’éléments de , il existe tel que pour . Prouvons cette assertion par récurrence sur , le cas étant trivial. D’après l’hypothèse de récurrence, il existe tel que pour . Cherchons sous la forme avec . On doit avoir pour , c’est-à-dire , et d’autre part . Or d’après I, p. 102, prop. 6, d’où l’existence de . Enfin, la deuxième expression du noyau résulte de I, p. 102, prop. 7.
Définition 7
Soit un anneau. On appelle décomposition directe de une famille finie d’idéaux bilatères de telle que l’homomorphisme canonique de dans soit un isomorphisme.
Proposition 10
Soient un anneau, son centre, une famille finie d’idéaux bilatères de . Les conditions suivantes sont équivalentes:
a) la famille est une décomposition directe de ; b) il existe une famille d’idempotents de tels que pour , , et pour ; c) on a pour , et ; d) on a pour , et pour tout ordre total sur ; e) il existe une décomposition directe de telle que pour .
a) b). Si la condition a) est vérifiée, on peut identifier à l’anneau , et au noyau de . L’existence des avec les propriétés de b) résulte alors de I, p. 104.
b) d). Supposons qu’il existe des avec les propriétés de b). Pour , on a , donc et . D’autre part, si I est muni d’un ordre total et si est une famille d’éléments de , on a, puisque les sont centraux,
donc .
d) c). Cela résulte de I, p. 102, prop. 7.
c) a). Cela résulte de I, p. 104, prop. 9.
Ainsi, les conditions a), b), c) et d) sont équivalentes. Supposons-les vérifiées. Puisque b) a), la famille des est une décomposition directe de . On a pour tout . Donc la condition e) est vérifiée.
Enfin, supposons la condition e) vérifiée. Puisque a) b), il existe une famille (e_i)_{i \in I} d’idempotents de A’ tels que pour , , et pour . Alors pour , donc la condition b) est vérifiée.
Remarque
Soit A un anneau. Soit une famille finie de sous-groupes du groupe additif de A, telle que soit somme directe des . Supposons pour , et pour . Alors est, pour tout , un idéal bilatère de A. Muni de l’addition et de la multiplication induites par celles de A, est un anneau admettant pour élément unité la composante de dans .
Si , il est clair que les vérifient la condition c) de la prop. 10, donc est une décomposition directe de A, qui est dite définie par .
Exemple: Idéaux et anneaux quotients de Un idéal de est un sous-groupe additif de , donc de la forme avec ; réciproquement, pour tout entier , l’ensemble est un idéal, l’idéal principal . Donc tout idéal de est principal, et se représente de manière unique sous la forme avec . L’idéal (1) est égal à , l’idéal (0) est réduit à 0, et les idéaux distincts de et sont donc de la forme avec . Si et , on a si et seulement si , c’est-à-dire si divise . Par suite, pour que l’idéal soit maximal, il faut et il suffit qu’il n’existe aucun entier distinct de divisant ; autrement dit, les idéaux maximaux de sont les idéaux de la forme où est un nombre premier (I, p. 48, déf. 16).
Soient et deux entiers . L’idéal est principal, d’où l’existence d’un entier caractérisé par ; pour tout entier , la relation « divise » équivaut à , donc à « et » c’est-à-dire à « divise et ». On voit donc que les diviseurs communs à et sont les diviseurs de et que est par suite le plus grand des diviseurs communs à et ; on appelle le plus grand commun diviseur (en abrégé p.g.c.d.) de et . Comme , il existe deux entiers et tels que . On dit que et sont étrangers (ou premiers entre eux) si leur p.g.c.d. est égal à 1. Il revient au même de supposer qu’il existe des entiers et tels que .
L’intersection des idéaux et n’est pas nulle car elle contient , donc est de la forme avec . En raisonnant comme précédemment, on voit que les multiples de sont les multiples communs à et , et que est le plus petit des entiers multiples communs de et ; on l’appelle le plus petit commun multiple (p.p.c.m.) de et .
Le produit des idéaux et est l’ensemble des pour dans , donc est égal à .
Pour tout entier , l’anneau quotient s’appelle l’anneau des entiers modulo ; il a éléments, qui sont les classes modulo des entiers . Pour , on obtient un anneau nul.
Proposition 11
Soient des entiers , étrangers deux à deux, et . L’homomorphisme canonique de dans l’anneau produit est surjectif, de noyau , et définit un isomorphisme d’anneaux de sur .
Posons pour . Par hypothèse, on a pour . La prop. résulte alors de I, p. 104, prop. 9.
Les résultats précédents, ainsi que ceux relatifs à la décomposition en facteurs premiers, seront généralisés au chap. VII, § 1, consacré à l’étude des anneaux principaux et en Alg. comm., chap. VII, § 3, consacré à l’étude des anneaux factoriels.
12. Anneaux de fractions
Théorème 4
Soient un anneau commutatif et une partie de . Soit le monoïde des fractions de (muni de la seule multiplication) à dénominateurs dans (I, p. 17). Soit le morphisme canonique. Il existe sur une addition et une seule satisfaisant aux conditions suivantes: a) , muni de cette addition et de sa multiplication, est un anneau commutatif; b) est un homomorphisme d’anneaux.
Supposons trouvée sur une addition satisfaisant aux conditions a) et b). Soient dans . Soit le sous-monoïde multiplicatif de engendré par . Il existe dans et dans tels que . On a , , d’où
Cela prouve l’unicité de l’addition.
Définissons maintenant une addition dans en posant . Il faut montrer que cette définition ne dépend pas du choix de . Or, si dans , dans sont tels que , il existe et dans tels que , d’où
On vérifie facilement que l’addition dans est associative et commutative, que est élément neutre pour l’addition, que est opposé de , et que quels que soient . Si , on a
Définition 8
L’anneau défini au th. 4 s’appelle l’anneau des fractions de A associé à S, ou à dénominateurs dans S, et se note .
Le zéro est 0/1, l’unité de est 1/1. On reviendra sur les propriétés de en Alg. comm., chap. II, § 2. Si S est l’ensemble des éléments simplifiables de A, l’anneau s’appelle l’anneau total des fractions de A. On identifie alors A à un sous-anneau de A grâce à l’application , qui est alors injective (I, p. 18, prop. 6).
Théorème 5
Soient A un anneau commutatif, S une partie de A, B un anneau, f un homomorphisme de A dans B tel que tout élément de soit inversible. Il existe un homomorphisme de dans B et un seul tel que .
On sait (I, p. 18, th. 1) qu’il existe un morphisme et un seul du monoïde multiplicatif dans le monoïde multiplicatif B tel que . Soient dans A, dans (sous-monoïde multiplicatif de A engendré par S). Comme les éléments de commutent deux à deux, on a
Exercices
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