Bourbaki

§ 7. Monoïdes libres, groupes libres

Dans tout ce paragraphe, on note X un ensemble. Sauf mention expresse du contraire, l’élément neutre d’un monoïde se note e.

1. Magmas libres

On définit par récurrence sur l’entier n⩾1n \geqslant 1 une suite d’ensembles Mn(X)M_n(X) comme suit : on pose M1(X)=XM_1(X) = X; pour n⩾2n \geqslant 2, Mn(X)M_n(X) est l’ensemble somme des ensembles Mp(X)×Mn−p(X)M_p(X) \times M_{n-p}(X) pour 1⩽p⩽n−11 \leqslant p \leqslant n-1. L’ensemble somme de la famille (Mn(X))n⩾1(M_n(X))_{n \geqslant 1} est noté M(X)M(X); on identifie chacun des ensembles Mn(X)M_n(X) à son image canonique dans M(X)M(X). Pour tout élément ww de M(X)M(X), il existe un unique entier nn tel que w∈Mn(X)w \in M_n(X); on l’appelle la longueur de ww et on le note l(w)l(w). L’ensemble X se compose des éléments de longueur 1 dans M(X)M(X).

Soient ww et w′w' dans M(X)M(X); posons p=l(w)p = l(w) et q=l(w′)q = l(w'). L’image de (w,w′)(w, w') par l’injection canonique de Mp(X)×Mq(X)M_p(X) \times M_q(X) dans l’ensemble somme Mp+q(X)M_{p+q}(X) s’appelle le composé de ww et w′w' et se note ww′ww' ou w.w′w.w'. On a donc l(w.w′)=l(w)+l(w′)l(w.w') = l(w) + l(w') et tout élément de M(X)M(X) de longueur ⩾2\geqslant 2 s’écrit de manière unique sous la forme w′w′′w'w'' avec w′,w′′w', w'' dans M(X)M(X).

On appelle magma libre construit sur X l’ensemble M(X)M(X) muni de la loi de composition (w,w′)↦w.w′(w, w') \mapsto w.w' (I, p. 1, déf. 1).

Proposition 1

Soit MM un magma. Toute application ff de XX dans MM se prolonge de manière unique en un morphisme de M(X)M(X) dans MM.

Cité par 2

Cité par § 7. Monoïdes libres, groupes libres, Proposition 2

Par récurrence sur n⩾1n \geqslant 1, on définit des applications fn:Mn(X)→Mf_n : M_n(X) \to M comme suit: on pose f1=ff_1 = f; pour n⩾2n \geqslant 2, l’application fnf_n est définie par fn(w.w′)=fp(w).fn−p(w′)f_n(w.w') = f_p(w).f_{n-p}(w') pour p=1,2,…,n−1p = 1, 2, \ldots, n-1 et (w,w′)(w, w') dans Mp(X)×Mn−p(X)M_p(X) \times M_{n-p}(X). Soit gg l’application de M(X)M(X) dans MM dont la restriction à Mn(X)M_n(X) est fnf_n pour tout entier n⩾1n \geqslant 1. Il est clair que gg est l’unique morphisme de M(X)M(X) dans MM qui prolonge ff.

Soit uu une application de XX dans un ensemble YY. D’après la prop. 1, il existe un homomorphisme et un seul de M(X)M(X) dans M(Y)M(Y) qui coïncide avec uu sur XX. On le notera M(u)M(u). Si vv est une application de YY dans un ensemble ZZ, l’homomorphisme M(v)∘M(u)M(v) \circ M(u) de M(X)M(X) dans M(Z)M(Z) coïncide avec v∘uv \circ u sur XX, d’où

M(v)∘M(u)=M(v∘u). M(v) \circ M(u) = M(v \circ u).

Proposition 2

Soit u:X→Yu : X \to Y une application. Si uu est injective (resp. surjective, bijective), il en est de même de M(u)M(u).

Cite 4

Cite Proposition 8, E II § 3, I § 1. Lois de composition ; associativité ; commutativité, Proposition 9, I § 1, Proposition 1

Supposons uu injective. Lorsque XX est vide, M(X)M(X) est vide, donc M(u)M(u) est injective. Si XX est non vide, il existe une application vv de YY dans XX telle que v∘uv \circ u soit l’application identique de XX (E, II, p. 18, prop. 8); l’application M(v)∘M(u)=M(v∘u)M(v) \circ M(u) = M(v \circ u) est l’application identique de M(X)M(X), donc M(u)M(u) est injective.

Lorsque uu est surjective, il existe une application ww de YY dans XX telle que u∘wu \circ w soit l’application identique de YY (E, II, p. 18, prop. 8). Alors M(u)∘M(w)=M(u∘w)M(u) \circ M(w) = M(u \circ w) est l’application identique de M(Y)M(Y), donc M(u)M(u) est surjective.

Enfin, si uu est bijective, elle est injective et surjective, donc M(u)M(u) a les mêmes propriétés.

Soit SS une partie de XX. D’après la prop. 2, l’injection de SS dans XX se prolonge en un isomorphisme de M(S)M(S) sur un sous-magma M′(S)M'(S) de M(X)M(X). On identifiera les magmas M(S)M(S) et M′(S)M'(S) au moyen de cet isomorphisme. Alors M(S)M(S) est le sous-magma de M(X)M(X) engendré par SS.

Soient XX un ensemble, et (uα,vα)α∈I(u_\alpha, v_\alpha)_{\alpha \in I} une famille de couples d’éléments de M(X)M(X). Soit RR la relation d’équivalence sur M(X)M(X) compatible avec la loi de M(X)M(X) et engendrée par les (uα,vα)(u_\alpha, v_\alpha) (I, p. 12). Le magma M(X)/RM(X)/R s’appelle le magma défini par XX et les relateurs (uα,vα)α∈I(u_\alpha, v_\alpha)_{\alpha \in I}. Soit hh le morphisme canonique de M(X)M(X) sur M(X)/RM(X)/R. Alors M(X)/RM(X)/R est engendré par h(X)h(X).

Soient NN un magma, et (nx)x∈X(n_x)_{x \in X} une famille d’éléments de NN. Soit kk le morphisme de M(X)M(X) dans NN tel que k(x)=nxk(x) = n_x pour tout x∈Xx \in X (prop. 1). Si k(uα)=k(vα)k(u_\alpha) = k(v_\alpha) pour tout α∈I\alpha \in I, il existe un morphisme f:M(X)/R→Nf : M(X)/R \to N et un seul tel que f(h(x))=nxf(h(x)) = n_x pour tout x∈Xx \in X (I, p. 12, prop. 9).

2. Monoïdes libres

On appelle mot construit sur XX toute suite finie w=(xi)1≤i≤nw = (x_i)_{1 \leq i \leq n} d’éléments de XX indexée par un intervalle {1,n}\{1, n\} de N\mathbf{N} (éventuellement vide). L’entier nn s’appelle la longueur du mot ww est se note l(w)l(w). Il y a un unique mot de longueur 0, à savoir la suite vide ee. On identifiera XX à l’ensemble des mots de longueur 1.

Soient w=(xi)1≤i≤mw = (x_i)_{1 \leq i \leq m} et w′=(xj′)1≤j≤nw' = (x'_j)_{1 \leq j \leq n} deux mots. On appelle composé de ww et w′w' le mot u=(yk)1≤k≤m+nu = (y_k)_{1 \leq k \leq m+n} défini par

(1)yk={xkpour 1≤k≤mxk−m′pour m+1≤k≤m+n. (1) \quad y_k = \begin{cases} x_k & \text{pour } 1 \leq k \leq m \\ x'_{k-m} & \text{pour } m+1 \leq k \leq m+n. \end{cases}

Autrement dit, la suite w′′w'' s’obtient en écrivant d’abord les éléments de la suite ww et ensuite ceux de w′w'. Le composé de ww et w′w' se note en général ww′ww' ou w.w′w.w'; on dit parfois qu’il s’obtient par juxtaposition de ww et w′w'. On a par construction l(w.w′)=l(w)+l(w′)l(w.w') = l(w) + l(w').

On établit immédiatement la relation we=ew=wwe = ew = w pour tout mot ww. Soient w=(xi)1≤i≤mw = (x_i)_{1 \leq i \leq m}, w′=(xj′)1≤j≤nw' = (x'_j)_{1 \leq j \leq n} et w′′=(xk′′)1≤k≤pw'' = (x''_k)_{1 \leq k \leq p} trois mots; il est clair que les mots w(w′w′′)w(w'w'') et (ww′)w′′(ww')w'' sont tous deux égaux au mot (yl)1≤l≤m+n+p(y_l)_{1 \leq l \leq m+n+p} défini par

(2)yl={xlsi 1≤l≤mxl−m′si m+1≤l≤m+nxl−m−n′′si m+n+1≤l≤m+n+p. (2) \quad y_l = \begin{cases} x_l & \text{si } 1 \leq l \leq m \\ x'_{l-m} & \text{si } m+1 \leq l \leq m+n \\ x''_{l-m-n} & \text{si } m+n+1 \leq l \leq m+n+p. \end{cases}

Ce qui précède montre que l’ensemble des mots construits sur XX, muni de la loi de composition (w,w′)↦w.w′(w, w') \mapsto w.w', est un monoïde d’élément neutre ee. On le note Mo(X)Mo(X) et on l’appelle le monoïde libre construit sur XX. Il résulte immédiatement de la définition du produit de mots que tout mot w=(xi)1≤i≤nw = (x_i)_{1 \leq i \leq n} est égal au produit ∏i=1nxi\prod_{i=1}^n x_i. On peut donc écrire un mot sous la forme x1…xnx_1 \ldots x_n.

Proposition 3

Soit MM un monoïde. Toute application ff de XX dans MM se prolonge de manière unique en un homomorphisme de Mo(X)Mo(X) dans MM.

Cite 3 · Cité par 1

Cite I § 1. Lois de composition ; associativité ; commutativité, Theorem 1 (Associativity theorem), I § 1, Proposition 9, I § 1

Cité par § 7. Monoïdes libres, groupes libres

Soit gg un homomorphisme de Mo(X)Mo(X) dans MM prolongeant ff. Si w=(xi)1≤i≤nw = (x_i)_{1 \leq i \leq n} est un mot, on a w=∏i=1nxiw = \prod_{i=1}^n x_i dans le monoïde Mo(X)Mo(X), d’où

g(w)=∏i=1ng(xi)=∏i=1nf(xi) g(w) = \prod_{i=1}^n g(x_i) = \prod_{i=1}^n f(x_i)

dans le monoïde MM (I, p. 4, formule (2)). Ceci prouve l’unicité de gg.

Posons h(w)=∏i=1nf(xi)h(w) = \prod_{i=1}^n f(x_i) pour tout mot w=(xi)1≤i≤nw = (x_i)_{1 \leq i \leq n}. Le théorème d’associativité (I, p. 4, th. 1) et la définition du produit dans Mo(X)Mo(X) entraînent h(ww′)=h(w)h(w′)h(ww') = h(w)h(w'). Par convention, le produit vide h(e)h(e) est l’élément neutre de MM et l’on a h(x)=f(x)h(x) = f(x) pour x∈Xx \in X. Donc hh est un homomorphisme de Mo(X)Mo(X) dans MM prolongeant ff.

Soit u:X→Yu : X \to Y une application. D’après la prop. 3, il existe un homomorphisme et un seul de Mo(X)Mo(X) dans Mo(Y)Mo(Y) qui coïncide avec uu sur XX; on le note Mo(u)Mo(u). Il transforme un mot (xi)1≤i≤n(x_i)_{1 \leq i \leq n} en le mot (u(xi))1≤i≤n(u(x_i))_{1 \leq i \leq n}. Comme dans le cas des magmas (I, p. 78), on établit la formule Mo(v∘u)=Mo(v)∘Mo(u)Mo(v \circ u) = Mo(v) \circ Mo(u) pour toute application v:Y→Zv : Y \to Z, et l’on montre que Mo(u)Mo(u) est injective (resp. surjective, bijective) s’il en est ainsi de uu. Pour toute partie SS de XX, on identifiera Mo(S)Mo(S) au sous-monoïde de Mo(X)Mo(X) engendré par SS.

Soient XX un ensemble, et (uα,vα)α∈I(u_\alpha, v_\alpha)_{\alpha \in I} une famille de couples d’éléments de Mo(X)Mo(X). Soit RR la relation d’équivalence sur Mo(X)Mo(X) compatible avec la loi de Mo(X)Mo(X) et engendrée par les (uα,vα)(u_\alpha, v_\alpha) (I, p. 12). Le monoïde Mo(X)/RMo(X)/R s’appelle le monoïde défini par XX et par les relateurs (uα,vα)α∈I(u_\alpha, v_\alpha)_{\alpha \in I}. Soit hh le morphisme canonique de Mo(X)Mo(X) sur Mo(X)/RMo(X)/R. Alors Mo(X)/RMo(X)/R est engendré par h(X)h(X).

Soient NN un monoïde, et (nx)x∈X(n_x)_{x \in X} une famille d’éléments de NN. Soit kk le morphisme de Mo(X)Mo(X) dans NN tel que k(x)=nxk(x) = n_x pour tout x∈Xx \in X (I, p. 79, prop. 3). Si k(uα)=k(vα)k(u_\alpha) = k(v_\alpha) pour tout α∈I\alpha \in I, il existe un morphisme de magmas f:Mo(X)/R→Nf : Mo(X)/R \to N et un seul tel que f(h(x))=nxf(h(x)) = n_x pour tout x∈Xx \in X (I, p. 12, prop. 9); comme kk est unifière, ff est un morphisme de monoïdes.

3. Somme amalgamée de monoïdes

On note (Mi)i∈I(M_i)_{i \in I} une famille de monoïdes et eie_i l’élément neutre de MiM_i. On se donne un monoïde AA et une famille d’homomorphismes hi:A→Mih_i : A \to M_i (pour i∈Ii \in I).

L’ensemble SS somme de la famille (Mi)i∈I(M_i)_{i \in I} a pour éléments les couples (i,x)(i, x) avec i∈Ii \in I et x∈Mix \in M_i. Pour tout triplet α=(i,x,x′)\alpha = (i, x, x') avec i∈Ii \in I, x,x′x, x' dans MiM_i, on pose uα=(i,xx′)u_\alpha = (i, xx') et vα=(i,x).(i,x′)v_\alpha = (i, x).(i, x'); pour tout triplet λ=(i,j,a)\lambda = (i, j, a) dans I×I×AI \times I \times A, on pose pλ=(i,hi(a))p_\lambda = (i, h_i(a)) et qλ=(j,hj(a))q_\lambda = (j, h_j(a)); pour tout i∈Ii \in I, on pose εi=(i,ei)\varepsilon_i = (i, e_i). Le monoïde MM défini par SS et les relateurs (uα,vα),(pλ,qλ)(u_\alpha, v_\alpha), (p_\lambda, q_\lambda) et (εi,e)(\varepsilon_i, e) est appelé la somme de la famille (Mi)i∈I(M_i)_{i \in I} amalgamée par AA. On note φ\varphi l’homomorphisme canonique de Mo(S)Mo(S) sur MM et l’on pose φi(x)=φ(i,x)\varphi_i(x) = \varphi(i, x) pour (i,x)∈S(i, x) \in S. On dit que φi\varphi_i est l’application canonique de MiM_i dans MM. Pour tout a∈Aa \in A, l’élément φ(i,hi(a))\varphi(i, h_i(a)) est indépendant de ii et se note h(a)h(a).\footnote{Lorsque II est vide, on a M={e}M = \{e\} et h(a)=eh(a) = e pour tout a∈Aa \in A.}

La propriété universelle des monoïdes définis par générateurs et relateurs (I, p. 80) entraîne le résultat suivant:

Proposition 4

a) Pour tout i∈Ii \in I, l’application φi\varphi_i est un homomorphisme de MiM_i dans MM et l’on a φi∘hi=h\varphi_i \circ h_i = h pour tout i∈Ii \in I. De plus, MM est engendré par ⋃i∈Iφi(Mi)\bigcup_{i \in I} \varphi_i(M_i).

Cité par 3

Cité par Lemme 2, Proposition 5, Proposition 8

b) Soient M′M' un monoïde, et fi:Mi→M′f_i : M_i \to M' (pour i∈Ii \in I) des homomorphismes tels que fi∘hif_i \circ h_i soit indépendant de i∈Ii \in I. Il existe un homomorphisme f:M→M′f : M \to M' et un seul tel que fi=f∘φif_i = f \circ \varphi_i pour tout i∈Ii \in I.

Dans la suite, nous ferons l’hypothèse suivante:

(A) Pour tout i∈Ii \in I, il existe une partie PiP_i de MiM_i contenant eie_i, telle que l’application (a,p)↦hi(a).p(a, p) \mapsto h_i(a).p de A×PiA \times P_i dans MiM_i soit bijective.

Elle entraîne que les homomorphismes hih_i sont injectifs. Soit x∈Mx \in M; on appelle décomposition de xx toute suite finie σ=(a;i1,…,in;p1,…,pn)\sigma = (a; i_1, \ldots, i_n; p_1, \ldots, p_n) avec a∈Aa \in A, iα∈Ii_\alpha \in I et pα∈Piαp_\alpha \in P_{i_\alpha} pour 1≤α≤n1 \leq \alpha \leq n, satisfaisant à

x=h(a)⋅∏α=1nφiα(pα). x = h(a) \cdot \prod_{\alpha=1}^n \varphi_{i_\alpha}(p_\alpha).

L’entier n≥0n \geq 0 s’appelle la longueur de la décomposition σ\sigma et se note l(σ)l(\sigma); la suite (e)(e) est une décomposition de longueur 0 de l’élément neutre de MM. On dit que la décomposition σ\sigma est réduite si l’on a iα≠iα+1i_\alpha \neq i_{\alpha+1} pour 1≤α<n1 \leq \alpha < n et pα≠eiαp_\alpha \neq e_{i_\alpha} pour 1≤α≤n1 \leq \alpha \leq n.

Proposition 5

Sous l’hypothèse (A), tout élément xx de MM admet une décomposition réduite unique σ\sigma. Toute décomposition σ′≠σ\sigma' \neq \sigma de xx satisfait à l(σ′)>l(σ)l(\sigma') > l(\sigma).

Cite 1 · Cité par 2

Cite Proposition 4

Cité par § 7. Monoïdes libres, groupes libres, Proposition 6

A) Unicité d’une décomposition réduite :

Notons Σ\Sigma l’ensemble des suites σ=(a;i1,…,in;p1,…,pn)\sigma = (a; i_1, \ldots, i_n; p_1, \ldots, p_n) avec n≥0n \geq 0, a∈Aa \in A, iα∈Ii_\alpha \in I et pα∈Piα−{eiα}p_\alpha \in P_{i_\alpha} - \{e_{i_\alpha}\} pour 1≤α≤n1 \leq \alpha \leq n, telles que iα≠iα+1i_\alpha \neq i_{\alpha+1} pour 1≤α<n1 \leq \alpha < n. On note Φ\Phi l’application de Σ\Sigma dans MM définie par

Φ(a;i1,…,in;p1,…,pn)=h(a)⋅∏α=1nφiα(pα). \Phi(a; i_1, \ldots, i_n; p_1, \ldots, p_n) = h(a) \cdot \prod_{\alpha=1}^n \varphi_{i_\alpha}(p_\alpha).

Une décomposition réduite de x∈Mx \in M est un élément σ\sigma de Σ\Sigma tel que Φ(σ)=x\Phi(\sigma) = x.

Pour tout i∈Ii \in I, soit Σi\Sigma_i le sous-ensemble de Σ\Sigma formé des suites (e;i1,…,in;p1,…,pn)(e; i_1, \ldots, i_n; p_1, \ldots, p_n) avec i≠i1i \neq i_1 lorsque n>0n > 0. Soient

σ=(e;i1,…,in;p1,…,pn) \sigma = (e; i_1, \ldots, i_n; p_1, \ldots, p_n)

dans Σi\Sigma_i et ξ\xi dans MiM_i; posons ξ=hi(a)⋅p\xi = h_i(a) \cdot p avec a∈Aa \in A et p∈Pip \in P_i, et

Ψi(ξ,σ)={(a;i1,…,in;p1,…,pn)si p=ei(a;i,i1,…,in;p,p1,…,pn)si p≠ei. \Psi_i(\xi, \sigma) = \begin{cases} (a; i_1, \ldots, i_n; p_1, \ldots, p_n) & \text{si } p = e_i \\ (a; i, i_1, \ldots, i_n; p, p_1, \ldots, p_n) & \text{si } p \neq e_i. \end{cases}

Il est immédiat que Ψi\Psi_i est une bijection de Mi×ΣiM_i \times \Sigma_i sur Σ\Sigma.

Soient i∈Ii \in I et x∈Mix \in M_i; comme Ψi\Psi_i est bijective, on définit une application fi,xf_{i, x} de Σ\Sigma dans lui-même par

fi,x(Ψi(ξ,σ))=Ψi(xξ,σ)(ξ∈Mi,σ∈Σi). f_{i, x}(\Psi_i(\xi, \sigma)) = \Psi_i(x\xi, \sigma) \quad (\xi \in M_i, \sigma \in \Sigma_i).

De plus, pour a∈Aa \in A, on note faf_a l’application de Σ\Sigma dans lui-même définie par

fa(a′;i1,…,in;p1,…,pn)=(aa′;i1,…,in;p1,…,pn). f_a(a'; i_1, \ldots, i_n; p_1, \ldots, p_n) = (aa'; i_1, \ldots, i_n; p_1, \ldots, p_n).

Il est clair que fi,eif_{i, e_i} est l’application identique de Σ\Sigma et que l’on a fi,xx′=fi,x∘fi,x′f_{i, xx'} = f_{i, x} \circ f_{i, x'} pour x,x′x, x' dans MiM_i et fi,hi(a)=faf_{i, h_i(a)} = f_a pour a∈Aa \in A et i∈Ii \in I.

On peut alors appliquer la prop. 4 (I, p. 80) au cas où M′M' est le monoïde des applications de Σ\Sigma dans lui-même, avec la loi de composition (f,f′)↦f∘f′(f, f') \mapsto f \circ f', et où fif_i est l’homomorphisme x↦fi,xx \mapsto f_{i,x} de MiM_i dans M′M'; il existe donc un homomorphisme ff de MM dans M′M' tel que fi,x=f(φi(x))f_{i,x} = f(\varphi_i(x)) pour i∈Ii \in I et x∈Mix \in M_i. Soit

σ=(a;i1,…,in;p1,…,pn) \sigma = (a; i_1, \ldots, i_n; p_1, \ldots, p_n)
dans Σ\Sigma. Les formules (5) à (7) entraînent par récurrence sur nn la relation
σ=(fa∘fi1,p1∘⋯∘fin,pn)(e)=f(h(a)φi1(p1)⋯φin(pn))(e), \begin{align*} \sigma &= (f_a \circ f_{i_1, p_1} \circ \cdots \circ f_{i_n, p_n})(e) \\ &= f(h(a)\varphi_{i_1}(p_1) \cdots \varphi_{i_n}(p_n))(e), \end{align*}
c’est-à-dire σ=f(Φ(σ))(e)\sigma = f(\Phi(\sigma))(e). Ceci prouve que Φ\Phi est injective.

B) Existence d’une décomposition: Soit D l’ensemble des éléments de M admettant une décomposition. On a e∈De \in D et MM est engendré par ⋃i∈Iφi(Mi)\bigcup_{i \in I} \varphi_i(M_i), donc par h(A)∪⋃i∈Iφi(Pi)h(A) \cup \bigcup_{i \in I} \varphi_i(P_i). On a D.φi(Pi)⊂DD . \varphi_i(P_i) \subset D pour tout i∈Ii \in I; pour prouver que l’on a D=MD = M, il suffit donc de prouver la relation D.h(A)⊂DD . h(A) \subset D. Ceci résulte du lemme plus précis suivant :

Lemme 1

Soient i1,…,ini_1, \ldots, i_n dans II et pαp_\alpha dans PiαP_{i_\alpha} pour 1≤α≤n1 \leq \alpha \leq n. Pour tout a∈Aa \in A, il existe a′∈Aa' \in A et une suite (pα′)1≤α≤n(p'_\alpha)_{1 \leq \alpha \leq n} avec pα′∈Piαp'_\alpha \in P_{i_\alpha} telle que*

φi1(p1)⋯φin(pn)h(a)=h(a′)φi1(p1′)⋯φin(pn′). \varphi_{i_1}(p_1) \cdots \varphi_{i_n}(p_n)h(a) = h(a')\varphi_{i_1}(p'_1) \cdots \varphi_{i_n}(p'_n).
On a h(a)=φin(hin(a))h(a) = \varphi_{i_n}(h_{i_n}(a)) et il existe an∈Aa_n \in A et pn′∈Pinp'_n \in P_{i_n} tels que pn.hin(a)=hin(an).pn′p_n . h_{i_n}(a) = h_{i_n}(a_n) . p'_n. On en déduit φin(pn)h(a)=h(an)φin(pn′)\varphi_{i_n}(p_n)h(a) = h(a_n)\varphi_{i_n}(p'_n), d’où
φi1(p1)⋯φin−1(pn−1)φin(pn)h(a)=φi1(p1)⋯φin−1(pn−1)h(an)φin(pn′); \varphi_{i_1}(p_1) \cdots \varphi_{i_{n-1}}(p_{n-1})\varphi_{i_n}(p_n)h(a) = \varphi_{i_1}(p_1) \cdots \varphi_{i_{n-1}}(p_{n-1})h(a_n)\varphi_{i_n}(p'_n);
le lemme résulte de là par récurrence sur nn.

C) Fin de la démonstration: Soit x∈Mx \in M et soit nn le minimum des longueurs des décompositions de xx. Nous allons prouver que toute décomposition σ\sigma de xx de longueur nn est réduite. Ceci établira l’existence d’une décomposition réduite de xx; l’unicité de la décomposition réduite entraîne alors l(σ′)>l(σ)l(\sigma') > l(\sigma) pour toute décomposition σ′≠σ\sigma' \neq \sigma de xx.

Le cas n=0n = 0 étant trivial, supposons n>0n > 0. Soit σ=(a;i1,…,in;p1,…,pn)\sigma = (a; i_1, \ldots, i_n; p_1, \ldots, p_n) une décomposition de xx de longueur nn. S’il existait un entier α\alpha avec 1≤α≤n1 \leq \alpha \leq n et pα=eiαp_\alpha = e_{i_\alpha}, la suite (a;i1,…,iα−1,iα+1,…,in;p1,…,pα−1,pα+1,…,pn)(a; i_1, \ldots, i_{\alpha-1}, i_{\alpha+1}, \ldots, i_n; p_1, \ldots, p_{\alpha-1}, p_{\alpha+1}, \ldots, p_n) serait une décomposition de xx de longueur n−1n - 1, ce qui est exclus. Supposons qu’il existe un entier α\alpha avec 1≤α<n1 \leq \alpha < n et iα=iα+1i_\alpha = i_{\alpha+1}, et posons pαpα+1=hiα(a′).pα′p_\alpha p_{\alpha+1} = h_{i_\alpha}(a') . p'_\alpha avec a′∈Aa' \in A et pα′∈Piαp'_\alpha \in P_{i_\alpha}; d’après le lemme 1, il existe des éléments a′′∈Aa'' \in A, p1′∈Pi1,…,pα−1′∈Piα−1p'_1 \in P_{i_1}, \ldots, p'_{\alpha-1} \in P_{i_{\alpha-1}} tels que

φi1(p1)⋯φiα−1(pα−1)h(a′)=h(a′′)φi1(p1′)⋯φiα−1(pα−1′) \varphi_{i_1}(p_1) \cdots \varphi_{i_{\alpha-1}}(p_{\alpha-1})h(a') = h(a'')\varphi_{i_1}(p'_1) \cdots \varphi_{i_{\alpha-1}}(p'_{\alpha-1})
et la suite
(aa′′;i1,…,iα−1,iα,iα+2,…,in;p1′,…,pα−1′,pα′,pα+2,…,pn) (aa''; i_1, \ldots, i_{\alpha-1}, i_\alpha, i_{\alpha+2}, \ldots, i_n; p'_1, \ldots, p'_{\alpha-1}, p'_\alpha, p_{\alpha+2}, \ldots, p_n)

est une décomposition de xx de longueur n−1n - 1, ce qui est contradictoire.

On a bien prouvé que σ\sigma est réduite. C. Q. F. D.

Corollaire

Sous l’hypothèse (A), les homomorphismes φi\varphi_i et hh sont injectifs. Pour i≠ji \neq j dans II, on a φi(Mi)∩φj(Mj)=h(A)\varphi_i(M_i) \cap \varphi_j(M_j) = h(A).

Cite 1 · Cité par 1

Cite Corollaire 1, I § 2

Cité par § 7. Monoïdes libres, groupes libres

Tout d’abord hh est injectif: si h(a)=h(a′)h(a) = h(a'), alors (a)(a) et (a′)(a') sont deux décompositions réduites d’un même élément de MM, d’où a=a′a = a'. Soit i∈Ii \in I; on a h(A)=φi(hi(A))⊂φi(Mi)h(A) = \varphi_i(h_i(A)) \subset \varphi_i(M_i); l’unicité des décompositions réduites entraîne

h(A)∩φi(Mi−hi(A))=∅ h(A) \cap \varphi_i(M_i - h_i(A)) = \varnothing

d’où φi(Mi−hi(A))=φi(Mi)−h(A)\varphi_i(M_i - h_i(A)) = \varphi_i(M_i) - h(A).

L’injectivité des homomorphismes φi\varphi_i et la relation φi(Mi)∩φj(Mj)⊂h(A)\varphi_i(M_i) \cap \varphi_j(M_j) \subset h(A) pour i≠ji \neq j sont alors conséquences du fait suivant: pour i,ji, j dans II, xx dans Mi−hi(A)M_i - h_i(A) et yy dans Mj−hj(A)M_j - h_j(A), la relation φi(x)=φj(y)\varphi_i(x) = \varphi_j(y) entraîne i=ji = j et x=yx = y. En effet, posons x=hi(a).px = h_i(a) . p et y=hj(b).qy = h_j(b) . q avec a,ba, b dans AA, pp dans Pi−{ei}P_i - \{ e_i \} et yy dans Pj−{ej}P_j - \{ e_j \}. On a φi(x)=h(a)φi(p)\varphi_i(x) = h(a) \varphi_i(p) et φj(y)=h(b)φj(q)\varphi_j(y) = h(b) \varphi_j(q), donc (a;i;p)(a; i; p) et (b;j;q)(b; j; q) sont deux décompositions réduites d’un même élément de MM. On en déduit i=ji = j, a=ba = b et p=qp = q, d’où x=hi(a)p=hj(b)q=yx = h_i(a)p = h_j(b)q = y.

C. Q. F. D.

Lorsque l’hypothèse (A) est remplie, nous identifierons chaque monoïde MiM_i à un sous-monoïde de MM au moyen de φi\varphi_i; de même, nous identifierons AA à un sous-monoïde de MM par hh. Alors MM est engendré par ⋃i∈IMi\bigcup_{i \in I} M_i et l’on a Mi∩Mj=AM_i \cap M_j = A pour i≠ji \neq j. Tout élément de MM s’écrit de manière unique sous la forme a.∏α=1npαa . \prod_{\alpha=1}^n p_\alpha avec a∈Aa \in A, p1∈Pi1−{e}p_1 \in P_{i_1} - \{ e \}, …\ldots, pn∈Pin−{e}p_n \in P_{i_n} - \{ e \} et iα≠iα+1i_\alpha \neq i_{\alpha+1} pour 1≤α<n1 \leq \alpha < n. Enfin, si M′M' est un monoïde et (fi:Mi→M′)(f_i : M_i \to M') (pour i∈Ii \in I) une famille d’homomorphismes dont les restrictions à AA sont toutes un même homomorphisme de AA dans M′M', il existe un’homomorphisme f:M→M′f : M \to M' et un seul dont la restriction à MiM_i est fif_i pour tout i∈Ii \in I.

L’hypothèse (A) est vérifiée dans deux cas importants:

a) On a A={e}A = \{ e \}. Dans ce cas, on a une famille (Mi)i∈I(M_i)_{i \in I} de monoïdes et MM s’appelle la somme monoïdale de cette famille. Chaque MiM_i est identifié à un sous-monoïde de MM, et MM est engendré par ⋃i∈IMi\bigcup_{i \in I} M_i; de plus, on a Mi∩Mj={e}M_i \cap M_j = \{ e \} pour i≠ji \neq j. Tout élément de MM s’écrit de manière unique sous la forme x1…xnx_1 \ldots x_n avec x1∈Mi1−{e}x_1 \in M_{i_1} - \{ e \}, …\ldots, xn∈Min−{e}x_n \in M_{i_n} - \{ e \} et iα≠iα+1i_\alpha \neq i_{\alpha+1} pour 1≤α<n1 \leq \alpha < n. Enfin, pour toute famille d’homomorphismes (fi:Mi→M′)(f_i : M_i \to M'), il existe un homomorphisme unique f:M→M′f : M \to M' dont la restriction à MiM_i est fif_i pour tout i∈Ii \in I.

b) On a une famille de groupes (Gi)i∈I(G_i)_{i \in I} contenant comme sous-groupe un même groupe AA et hih_i est l’injection de AA dans GiG_i. La somme de la famille (Gi)i∈I(G_i)_{i \in I} amalgamée par AA est alors un groupe GG: en effet, le monoïde GG est engendré par ⋃i∈Iφi(Gi)\bigcup_{i \in I} \varphi_i(G_i) et tout élément de ⋃i∈Iφi(Gi)\bigcup_{i \in I} \varphi_i(G_i) admet un inverse dans GG (cf. I, p. 16, cor. 1); on le note ∗AGi*_A G_i ou G1∗AG2G_1 *_A G_2 lorsque I={1,2}I = \{1, 2\}. Lorsque AA est réduit à l’élément neutre, on dit aussi que GG est le produit libre de la famille (Gi)i∈I(G_i)_{i \in I} de groupes, et on le note ∗Gi* G_i (ou G1∗G2G_1 * G_2 lorsque I={1,2}I = \{1, 2\}).¹

4. Application aux monoïdes libres

Lemme 2

Soit MM la somme monoïdale de la famille (Mx)x∈X(M_x)_{x \in X} définie par Mx=NM_x = \mathbf{N} pour tout x∈Xx \in X; on note φx\varphi_x l’homomorphisme canonique de MxM_x dans MM. L’application x↦φx(1)x \mapsto \varphi_x(1) de XX dans MM se prolonge en un isomorphisme hh de Mo(X)Mo(X) sur MM.

Cite 1 · Cité par 1

Cite Proposition 4

Cité par Proposition 6

Soit hh l’homomorphisme de Mo(X)Mo(X) dans MM caractérisé par h(x)=φx(1)h(x) = \varphi_x(1). Pour tout entier n≥0n \geq 0, on a φx(n)=φx(1)n=h(x)n\varphi_x(n) = \varphi_x(1)^n = h(x)^n et comme MM est engendré par ⋃x∈Xφx(N)\bigcup_{x \in X} \varphi_x(\mathbf{N}), il est aussi engendré par h(X)h(X). Donc hh est surjectif. Par ailleurs, pour tout xx dans XX, l’application n↦xnn \mapsto x^n est un homomorphisme de N=Mx\mathbf{N} = M_x dans Mo(X)Mo(X); il existe donc (I, p. 80, prop. 4) un homomorphisme h′h' de MM dans Mo(X)Mo(X) tel que h′(φx(n))=xnh'(\varphi_x(n)) = x^n pour x∈Xx \in X et n∈Nn \in \mathbf{N}; en particulier, on a h′(h(x))=xh'(h(x)) = x pour x∈Xx \in X, donc h′∘hh' \circ h est l’homomorphisme identique de Mo(X)Mo(X). Par suite, hh est injectif. On a donc prouvé que hh est bijectif.

Proposition 6

Soit ww un élément de Mo(X)Mo(X).

Cite 3 · Cité par 2

Cite E IV § 2. Morphismes et structures dérivées, Lemme 2, Proposition 5

Cité par § 7. Monoïdes libres, groupes libres, Lemme 3, LIE II § 5

a) Il existe un entier n≥0n \geq 0, des éléments xαx_\alpha de XX et des entiers m(α)>0m(\alpha) > 0 (pour 1≤α≤n1 \leq \alpha \leq n) tels que xα≠xα+1x_\alpha \neq x_{\alpha+1} pour 1≤α<n1 \leq \alpha < n et w=∏α=1nxαm(α)w = \prod_{\alpha=1}^n x_\alpha^{m(\alpha)}. La suite (xα,m(α))1≤α≤n(x_\alpha, m(\alpha))_{1 \leq \alpha \leq n} est déterminée de manière unique par ces conditions.

b) Soient pp un entier positif, xβ′x'_\beta dans XX et m′(β)m'(\beta) dans N\mathbf{N} pour 1≤β≤p1 \leq \beta \leq p, tels que w=∏β=1pxβ′m′(β)w = \prod_{\beta=1}^p {x'_\beta}^{m'(\beta)}. On a p≥np \geq n. Si p=np = n, on a xβ′=xβx'_\beta = x_\beta et m′(β)=m(β)m'(\beta) = m(\beta) pour 1≤β≤p1 \leq \beta \leq p.

Avec les notations du lemme 2, on a h−1(φx(n))=xnh^{-1}(\varphi_x(n)) = x^n pour x∈Xx \in X et n∈Nn \in \mathbf{N}. La prop. 6 résulte alors de I, p. 81, prop. 5.

5. Groupes libres

Posons Gx=ZG_x = \mathbf{Z} pour tout x∈Xx \in X. Le produit libre de la famille (Gx)x∈X(G_x)_{x \in X} s’appelle le groupe libre construit sur XX et se note F(X)F(X). Notons φx\varphi_x l’homomorphisme canonique de Gx=ZG_x = \mathbf{Z} dans F(X)F(X). D’après I, p. 83, corollaire, l’application x↦φx(1)x \mapsto \varphi_x(1) de XX dans F(X)F(X) est injective; nous identifierons XX à son image dans F(X)F(X) par cette application. Alors XX engendre F(X)F(X) et l’on a e∉Xe \notin X.

Par application de I, p. 81, prop. 5, on obtient le résultat suivant:

Proposition 7

Soit gg un élément du groupe libre F(X)F(X). Il existe un entier n≥0n \geq 0, et une suite (xα,m(α))1≤α≤n(x_\alpha, m(\alpha))_{1 \leq \alpha \leq n}, déterminés de manière unique par les relations xα∈Xx_\alpha \in X, xα≠xα+1x_\alpha \neq x_{\alpha+1} pour 1≤α<n1 \leq \alpha < n, m(α)∈Zm(\alpha) \in \mathbf{Z}, m(α)≠0m(\alpha) \neq 0 pour 1≤α≤n1 \leq \alpha \leq n et g=∏α=1nxαm(α)g = \prod_{\alpha=1}^n x_\alpha^{m(\alpha)}.

Cité par 2

Cité par Exercice 26, § 7, Lemme 4, LIE II § 5

¹ On notera que G1∗G2G_1 * G_2 n’est pas « produit » de G1G_1 et G2G_2 au sens de E, IV, p. 16 (ni au sens de la « théorie des catégories »; dans le cadre de cette théorie, G1∗G2G_1 * G_2 est la « somme » de G1G_1 et G2G_2).

Le groupe libre F(X) jouit de la propriété universelle suivante:

Proposition 8

Soient G un groupe et f une application de X dans G. Il existe un homomorphisme f~\tilde{f} de F(X) dans G qui prolonge f, et un seul.

Cite 1 · Cité par 1

Cite Proposition 4

Cité par § 7. Monoïdes libres, groupes libres

L’unicité de f~\tilde{f} résulte du fait que le groupe F(X) est engendré par X. Pour tout x dans X, soit fxf_x l’homomorphisme n↦f(x)nn \mapsto f(x)^n de Z\mathbf{Z} dans G. D’après I, p. 80, prop. 4, il existe un homomorphisme f~\tilde{f} de F(X) dans G tel que f~(xn)=fx(n)\tilde{f}(x^n) = f_x(n) pour x∈Xx \in X et n∈Zn \in \mathbf{Z}; en particulier, on a f~(x)=fx(1)=f(x)\tilde{f}(x) = f_x(1) = f(x) pour tout x∈Xx \in X, donc f~\tilde{f} prolonge f.

Soit u:X→Yu : X \to Y une application. D’après la prop. 8, il existe un homomorphisme et un seul de F(X) dans F(Y) qui coïncide avec u sur X; on le note F(u). Comme dans le cas des magmas (I, p. 78) on établit la formule F(v∘u)=F(v)∘F(u)F(v \circ u) = F(v) \circ F(u) pour toute application v:Y→Zv : Y \to Z, et l’on montre que F(u) est injectif (resp. surjectif, bijectif) s’il en est ainsi de u. Pour toute partie S de X, on identifiera F(S) au sous-groupe de F(X) engendré par S.

Soit I un ensemble. Dans certains cas, on a intérêt à ne pas identifier un élément i de I à son image canonique φi(1)\varphi_i(1) dans le groupe libre F(I); cette dernière pourra être notée TiT_i (ou Ti′T'_i, XiX_i, ... selon les cas) et s’appelle l’indéterminée d’indice i. Le groupe libre F(I) se note alors F((Ti)i∈I)F((T_i)_{i \in I}) ou F(T1,…,Tn)F(T_1, \ldots, T_n) si I={1,2,…,n}I = \{1, 2, \ldots, n\}.

Soient G un groupe et t=(ti)i∈It = (t_i)_{i \in I} une famille d’éléments de G. D’après la prop. 8, il existe un homomorphisme ftf_t de F((Ti)i∈I)F((T_i)_{i \in I}) dans G caractérisé par ft(Ti)=tif_t(T_i) = t_i pour tout i∈Ii \in I. L’image d’un élément ww de F((Ti)i∈I)F((T_i)_{i \in I}) par ftf_t sera notée w(t)w(t) ou w(t1,…,tn)w(t_1, \ldots, t_n) si I={1,2,…,n}I = \{1, 2, \ldots, n\}; on dit que w(t)w(t) résulte de la substitution Ti↦tiT_i \mapsto t_i dans ww. En particulier, si l’on prend G=F((Ti)i∈I)G = F((T_i)_{i \in I}) et (ti)=(Ti)=T(t_i) = (T_i) = T, fTf_T est l’homomorphisme identique de G, d’où w(T)=ww(T) = w; pour I={1,2,…,n}I = \{1, 2, \ldots, n\}, on a donc w(T1,…,Tn)=ww(T_1, \ldots, T_n) = w.

Soient G et G’ deux groupes, u un homomorphisme de G dans G’ et t=(t1,…,tn)t = (t_1, \ldots, t_n) une suite finie d’éléments de G. Posons t′=(u(t1),…,u(tn))t' = (u(t_1), \ldots, u(t_n)); l’homomorphisme u∘ftu \circ f_t de F(T1,…,Tn)F(T_1, \ldots, T_n) dans G’ transforme TiT_i en u(ti)u(t_i) pour 1≤i≤n1 \leq i \leq n, donc est égal à ft′f_{t'}; pour ww dans F(T1,…,Tn)F(T_1, \ldots, T_n), on a donc

u(w(t1,…,tn))=w(u(t1),…,u(tn)). u(w(t_1, \ldots, t_n)) = w(u(t_1), \ldots, u(t_n)).

Soient donnés ww dans F(T1,…,Tn)F(T_1, \ldots, T_n) et des éléments v1,…,vnv_1, \ldots, v_n du groupe libre F(T1′,…,Tm′)F(T'_1, \ldots, T'_m). La substitution Ti↦viT_i \mapsto v_i définit un élément w′=w(v1,…,vn)w' = w(v_1, \ldots, v_n) de F(T1′,…,Tm′)F(T'_1, \ldots, T'_m). Soient G un groupe, t1,…,tmt_1, \ldots, t_m des éléments de G et u l’homomorphisme de F(T1′,…,Tm′)F(T'_1, \ldots, T'_m) dans G caractérisé par u(Tj′)=tju(T'_j) = t_j pour 1≤j≤m1 \leq j \leq m. On a u(vi)=vi(t1,…,tm)u(v_i) = v_i(t_1, \ldots, t_m) et u(w′)=w′(t1,…,tm)u(w') = w'(t_1, \ldots, t_m); la formule (8) entraîne donc

w′(t1,…,tm)=w(v1(t1,…,tm),…,vn(t1,…,tm)). w'(t_1, \ldots, t_m) = w(v_1(t_1, \ldots, t_m), \ldots, v_n(t_1, \ldots, t_m)).

Ceci justifie la « notation fonctionnelle » w(t1,…,tn)w(t_1, \ldots, t_n). On laisse au lecteur le soin d’étendre les formules (8) et (9) au cas d’ensembles d’indices arbitraires.

6. Présentations d’un groupe

Soient G un groupe et t=(ti)i∈I\mathbf{t} = (t_i)_{i \in I} une famille d’éléments de G. Soit ftf_t l’unique homomorphisme du groupe libre F(I) dans G qui applique i sur tit_i. L’image de ftf_t est le sous-groupe engendré par les éléments tit_i de G. Les éléments du noyau de ftf_t s’appellent les relateurs de la famille t\mathbf{t}. On dit que t\mathbf{t} est génératrice (resp. libre, basique) si ftf_t est surjectif (resp. injectif, bijectif).

Soit G un groupe. Une présentation de G est un couple (t,r)(\mathbf{t}, \mathbf{r}) formé d’une famille génératrice t=(ti)i∈I\mathbf{t} = (t_i)_{i \in I} et d’une famille r=(rj)j∈J\mathbf{r} = (r_j)_{j \in J} de relateurs telles que le noyau NtN_t de ftf_t soit engendré par les éléments grjg−1gr_j g^{-1} pour g∈F(I)g \in F(I) et j∈Jj \in J. Il revient au même de dire que NtN_t est le sous-groupe distingué de F(I) engendré par les rjr_j pour j∈Jj \in J (autrement dit le plus petit sous-groupe distingué de F(I) contenant les éléments rjr_j (j∈Jj \in J); cf. I, p. 36). Par abus de langage, on dit que les générateurs tit_i et les relations rj(t)=er_j(\mathbf{t}) = e constituent une présentation du groupe G.

Soient I un ensemble et r=(rj)j∈J\mathbf{r} = (r_j)_{j \in J} une famille d’éléments du groupe libre F(I). Soit N(r)N(\mathbf{r}) le sous-groupe distingué de F(I) engendré par les rjr_j pour j∈Jj \in J. On pose F(I,r)=F(I)/N(r)F(I, \mathbf{r}) = F(I)/N(\mathbf{r}) et l’on note τi\tau_i la classe de i modulo N(r)N(\mathbf{r}). Le couple (τ,r)(\tau, \mathbf{r}) avec τ=(τi)i∈I\tau = (\tau_i)_{i \in I} est une présentation du groupe F(I,r)F(I, \mathbf{r}); si G est un groupe et (t,r)(\mathbf{t}, \mathbf{r}) est une présentation de G avec t=(ti)i∈I\mathbf{t} = (t_i)_{i \in I}, il existe un isomorphisme unique u de F(I,r)F(I, \mathbf{r}) sur G tel que u(τi)=tiu(\tau_i) = t_i pour tout i∈Ii \in I. On dit que le groupe F(I,r)F(I, \mathbf{r}) est défini par les générateurs τi\tau_i et les relateurs rjr_j, ou par abus de langage qu’il est défini par les générateurs τi\tau_i et les relations rj(τ)=er_j(\tau) = e. Lorsque I={1,n}I = \{1, n\} et J={1,m}J = \{1, m\}, on dit que F(I,r)F(I, \mathbf{r}) est défini par la présentation ⟨τ1,…,τn;r1,…,rm⟩\langle \tau_1, \ldots, \tau_n; r_1, \ldots, r_m \rangle. Si rj=uj−1vjr_j = u_j^{-1} v_j avec uju_j et vjv_j dans F(I), cette présentation se note également par le symbole

⟨τ1,…,τn;u1=v1,…,um=vm⟩. \langle \tau_1, \ldots, \tau_n; u_1 = v_1, \ldots, u_m = v_m \rangle.

Exemple 1

Le groupe défini par la présentation ⟨τ;τq=e⟩\langle \tau; \tau^q = e \rangle est cyclique d’ordre q.

Exemple 2

Le groupe défini par la présentation ⟨x,y;xy=yx⟩\langle x, y; xy = yx \rangle est isomorphe à Z×Z\mathbf{Z} \times \mathbf{Z}.

Proposition 9

Soient G un groupe, t=(ti)i∈I\mathbf{t} = (t_i)_{i \in I} une famille génératrice de G et r=(rj)j∈J\mathbf{r} = (r_j)_{j \in J} une famille de relateurs de t\mathbf{t}. Les conditions suivantes sont équivalentes*:

a) Le couple (t,r)(\mathbf{t}, \mathbf{r}) est une présentation de G.

b) Soient G’ un groupe et t′=(ti′)i∈I\mathbf{t}' = (t'_i)_{i \in I} une famille d’éléments de G’. Si l’on a rj(t′)=er_j(\mathbf{t}') = e pour tout j∈Jj \in J, il existe un homomorphisme u de G dans G’ tel que u(ti)=ti′u(t_i) = t'_i pour tout i∈Ii \in I.

c) Soient G‾\overline{G} un groupe et t‾=(t‾i)i∈I\overline{\mathbf{t}} = (\overline{t}_i)_{i \in I} une famille génératrice de G‾\overline{G} telle que rj(t‾)=er_j(\overline{\mathbf{t}}) = e pour tout j∈Jj \in J. Tout homomorphisme de G‾\overline{G} dans GG qui applique tˉi\bar{t}_i sur tit_i pour tout i∈Ii \in I est un isomorphisme.

On note ff l’homomorphisme de F(I)F(I) dans GG qui applique ii sur tit_i pour tout i∈Ii \in I, et NN le noyau de ff.

a) ⇒\Rightarrow b) : Supposons que (t,r)(\mathbf{t}, \mathbf{r}) soit une présentation de GG, et soit t′=(ti′)i∈I\mathbf{t}' = (t'_i)_{i \in I} une famille d’éléments d’un groupe G′G' avec rj(t′)=er_j(\mathbf{t}') = e pour tout j∈Jj \in J. Soit f′f' l’homomorphisme de F(I)F(I) dans G′G' caractérisé par f′(i)=ti′f'(i) = t'_i pour tout i∈Ii \in I. Par hypothèse f′(rj)=ef'(r_j) = e pour tout j∈Jj \in J, et comme NN est engendré par les éléments grjg−1gr_jg^{-1} pour j∈Jj \in J et g∈F(I)g \in F(I), on a f′(N)={e}f'(N) = \{e\}. Comme l’homomorphisme f:F(I)→Gf : F(I) \to G est surjectif de noyau NN, il existe un homomorphisme u:G→G′u : G \to G' tel que f′=u∘ff' = u \circ f. On a u(ti)=u(f(i))=f′(i)=ti′u(t_i) = u(f(i)) = f'(i) = t'_i.

b) ⇒\Rightarrow c) : Supposons la condition b) vérifiée. Soit t=(ti)i∈I\mathbf{t} = (t_i)_{i \in I} une famille génératrice d’un groupe GG, telle que rj(t)=er_j(\mathbf{t}) = e pour tout j∈Jj \in J, et soit vv un homomorphisme de G‾\overline{G} dans GG tel que v(tˉi)=tiv(\bar{t}_i) = t_i pour tout i∈Ii \in I. Comme la famille (ti)i∈I(t_i)_{i \in I} engendre GG, l’homomorphisme vv est surjectif. D’après la propriété b), il existe un homomorphisme u:G→G‾u : G \to \overline{G} tel que u(ti)=tˉiu(t_i) = \bar{t}_i pour tout i∈Ii \in I. On a u(v(tˉi))=tˉiu(v(\bar{t}_i)) = \bar{t}_i pour tout i∈Ii \in I, donc u∘vu \circ v est l’identité sur G‾\overline{G}, ce qui prouve que vv est injectif. Donc vv est un isomorphisme, et la condition c) est vérifiée.

c) ⇒\Rightarrow a) : Supposons la condition c) vérifiée. Soit ti′t'_i l’image canonique de ii dans F(I,r)F(I, \mathbf{r}) et t′=(ti′)i∈I\mathbf{t}' = (t'_i)_{i \in I}; on a donc rj(t′)=er_j(\mathbf{t}') = e pour tout j∈Jj \in J. Comme on a rj(t)=er_j(\mathbf{t}) = e pour tout j∈Jj \in J, il existe un homomorphisme vv et un seul de F(I,r)F(I, \mathbf{r}) dans GG tel que v(tˉi)=tiv(\bar{t}_i) = t_i pour tout i∈Ii \in I. D’après c), vv est un isomorphisme de F(I,r)F(I, \mathbf{r}) sur GG qui transforme la présentation (t′,r)(\mathbf{t}', \mathbf{r}) de F(I,r)F(I, \mathbf{r}) en une présentation (t,r)(\mathbf{t}, \mathbf{r}) de GG.

7. Groupes et monoïdes commutatifs libres

L’ensemble ZX\mathbf{Z}^X de toutes les applications de XX dans Z\mathbf{Z} est un groupe commutatif pour la loi définie par (α+β)(x)=α(x)+β(x)(\alpha + \beta)(x) = \alpha(x) + \beta(x) (α,β\alpha, \beta dans ZX,x∈X\mathbf{Z}^X, x \in X); les éléments de ZX\mathbf{Z}^X sont parfois appelés multiindices. L’élément neutre, noté 00, est l’application constante de valeur 00. Pour α∈ZX\alpha \in \mathbf{Z}^X on appelle support de α\alpha l’ensemble SαS_\alpha des x∈Xx \in X tels que α(x)≠0\alpha(x) \neq 0; on a S0=∅S_0 = \varnothing et Sα+β⊂Sα∪SβS_{\alpha + \beta} \subset S_\alpha \cup S_\beta pour α,β\alpha, \beta dans ZX\mathbf{Z}^X. Par suite, l’ensemble Z(X)\mathbf{Z}^{(X)} des applications α:X→Z\alpha : X \to \mathbf{Z} de support fini est un sous-groupe de ZX\mathbf{Z}^X qu’on appelle groupe commutatif libre construit sur XX.

Pour tout x∈Xx \in X, on note δx\delta_x l’élément de Z(X)\mathbf{Z}^{(X)} défini par

δx(y)={1si y=x0si y≠x. \delta_x(y) = \begin{cases} 1 & \text{si } y = x \\ 0 & \text{si } y \neq x. \end{cases}

Par ailleurs, pour α∈Z(X)\alpha \in \mathbf{Z}^{(X)}, on définit l’entier ∣α∣|\alpha|, longueur de α\alpha, par la formule

∣α∣=∑x∈Xα(x). |\alpha| = \sum_{x \in X} \alpha(x).

On établit immédiatement les relations

(12)

α=∑x∈Xα(x)⋅δx \alpha = \sum_{x \in X} \alpha(x) \cdot \delta_x
(13)
∣δx∣=1,∣0∣=0 |\delta_x| = 1, \quad |0| = 0
(14)
∣α+β∣=∣α∣+∣β∣ |\alpha + \beta| = |\alpha| + |\beta|
pour α,β\alpha, \beta dans Z(X)\mathbf{Z}^{(X)} et xx dans XX.

La relation d’ordre α≤β\alpha \leq \beta est définie dans Z(X)\mathbf{Z}^{(X)} par α(x)≤β(x)\alpha(x) \leq \beta(x) pour tout x∈Xx \in X. Les relations α≤β\alpha \leq \beta et α′≤β′\alpha' \leq \beta' entraînent α+α′≤β+β′\alpha + \alpha' \leq \beta + \beta', ∣α∣≤∣β∣|\alpha| \leq |\beta| et −α≥−β-\alpha \geq -\beta; de plus, la relation α≤β\alpha \leq \beta équivaut à β−α≥0\beta - \alpha \geq 0. L’ensemble des éléments α≥0\alpha \geq 0 de Z(X)\mathbf{Z}^{(X)} se note N(X)\mathbf{N}^{(X)}; c’est l’ensemble des applications de XX dans N\mathbf{N} de support fini, et c’est un sous-monoïde de Z(X)\mathbf{Z}^{(X)} qu’on appelle le monoïde commutatif libre construit sur XX. Les éléments de longueur 1 sont les éléments minimaux dans N(X)−{0}\mathbf{N}^{(X)} - \{0\} et constituent l’ensemble des δx\delta_x (x∈Xx \in X).

Le monoïde N(X)\mathbf{N}^{(X)} et le groupe Z(X)\mathbf{Z}^{(X)} jouissent de la propriété universelle suivante.

Proposition 10

Soient M un monoïde (resp. un groupe) commutatif et f une application de X dans M. Il existe un homomorphisme g de N(X)\mathbf{N}^{(X)} (resp. Z(X)\mathbf{Z}^{(X)}) dans M, et un seul, tel que g(δx)=f(x)g(\delta_x) = f(x) pour tout x∈Xx \in X. Si M est noté additivement, on a g(α)=∑x∈Xα(x)⋅f(x)g(\alpha) = \sum_{x \in X} \alpha(x) \cdot f(x) pour tout α\alpha dans N(X)\mathbf{N}^{(X)} (resp. Z(X)\mathbf{Z}^{(X)}).

Cité par 2

Cité par § 7. Monoïdes libres, groupes libres, Remarque

Soit gg un homomorphisme de N(X)\mathbf{N}^{(X)} (resp. Z(X)\mathbf{Z}^{(X)}) dans MM tel que g(δx)=f(x)g(\delta_x) = f(x) pour tout x∈Xx \in X. Pour tout α\alpha dans N(X)\mathbf{N}^{(X)} (resp. Z(X)\mathbf{Z}^{(X)}), on déduit de (12) la formule

g(α)=∑x∈Xα(x)⋅g(δx)=∑x∈Xα(x)⋅f(x), g(\alpha) = \sum_{x \in X} \alpha(x) \cdot g(\delta_x) = \sum_{x \in X} \alpha(x) \cdot f(x),
d’où l’unicité de gg.

Pour tout α\alpha dans N(X)\mathbf{N}^{(X)} (resp. Z(X)\mathbf{Z}^{(X)}), posons g(α)=∑x∈Xα(x)⋅f(x)g(\alpha) = \sum_{x \in X} \alpha(x) \cdot f(x). On a évidemment g(0)=0g(0) = 0; pour α,β\alpha, \beta dans N(X)\mathbf{N}^{(X)} (resp. Z(X)\mathbf{Z}^{(X)}), on a

g(α+β)=∑x∈X(α(x)+β(x))⋅f(x) g(\alpha + \beta) = \sum_{x \in X} (\alpha(x) + \beta(x)) \cdot f(x)
=∑x∈X(α(x)⋅f(x)+β(x)⋅f(x)) = \sum_{x \in X} (\alpha(x) \cdot f(x) + \beta(x) \cdot f(x))
=∑x∈Xα(x)⋅f(x)+∑x∈Xβ(x)⋅f(x) = \sum_{x \in X} \alpha(x) \cdot f(x) + \sum_{x \in X} \beta(x) \cdot f(x)
=g(α)+g(β) = g(\alpha) + g(\beta)
donc gg est un homomorphisme de N(X)\mathbf{N}^{(X)} (resp. Z(X)\mathbf{Z}^{(X)}) dans MM. Par ailleurs, pour yy dans XX, on a
g(δy)=∑x∈Xδy(x)⋅f(x); g(\delta_y) = \sum_{x \in X} \delta_y(x) \cdot f(x);
on a δy(x)⋅f(x)=0\delta_y(x) \cdot f(x) = 0 pour x≠yx \neq y et δy(y)⋅f(y)=f(y)\delta_y(y) \cdot f(y) = f(y) d’où g(δy)=f(y)g(\delta_y) = f(y).

Soit u:X→Yu : X \to Y une application. D’après la prop. 10, il existe un homomorphisme et un seul de Z(X)\mathbf{Z}^{(X)} dans Z(Y)\mathbf{Z}^{(Y)} qui applique δx\delta_x sur δu(x)\delta_{u(x)} pour tout x∈Xx \in X. On le note Z(u)\mathbf{Z}^{(u)}; on voit immédiatement qu’il transforme α∈Z(X)\alpha \in \mathbf{Z}^{(X)} en l’élément β∈Z(Y)\beta \in \mathbf{Z}^{(Y)} défini par

β(y)=∑x∈u−1(y)α(x). \beta(y) = \sum_{x \in u^{-1}(y)} \alpha(x).

Comme dans le cas des magmas (I, p. 78), on établit la formule Z(v∘u)=Z(v)∘Z(w)\mathbf{Z}^{(v \circ u)} = \mathbf{Z}^{(v)} \circ \mathbf{Z}^{(w)} pour toute application v:Y→Zv : Y \to Z; on montre aussi que Z(u)\mathbf{Z}^{(u)} est injective (resp. surjective, bijective) s’il en est ainsi de uu.

Soit S une partie de X ; si ii est l’injection de S dans X, l’application f=Z(i)f = \mathbf{Z}^{(i)} est un isomorphisme de Z(S)\mathbf{Z}^{(S)} sur le sous-groupe H de Z(X)\mathbf{Z}^{(X)} engendré par les éléments δs\delta_s pour s∈Ss \in S. D’après (15), on a

(f(α))(x)={α(x)si x∈S0si x∈X−S (f(\alpha))(x) = \begin{cases} \alpha(x) & \text{si } x \in S \\ 0 & \text{si } x \in X - S \end{cases}

et par suite H est l’ensemble des éléments de Z(X)\mathbf{Z}^{(X)} de support contenu dans S. On identifiera désormais Z(S)\mathbf{Z}^{(S)} à H au moyen de ff.

La formule (15) montre que la restriction de Z(u)\mathbf{Z}^{(u)} à N(X)\mathbf{N}^{(X)} est un homomorphisme N(u)\mathbf{N}^{(u)} de N(X)\mathbf{N}^{(X)} dans N(Y)\mathbf{N}^{(Y)}. On a N(v∘u)=N(v)∘N(u)\mathbf{N}^{(v \circ u)} = \mathbf{N}^{(v)} \circ \mathbf{N}^{(u)} pour toute application v:Y→Zv : Y \to Z; de plus, N(u)\mathbf{N}^{(u)} est injectif (resp. surjectif, bijectif) s’il en est ainsi de uu. Si S est une partie de X, on a N(S)=Z(S)∩N(X)\mathbf{N}^{(S)} = \mathbf{Z}^{(S)} \cap \mathbf{N}^{(X)}.

Remarque

Soit M le monoïde multiplicatif des entiers strictement positifs, et soit P\mathfrak{P} l’ensemble des nombres premiers (I, p. 48, déf. 16). D’après la prop. 10 (I, p. 88), il existe un homomorphisme uu de N(P)\mathbf{N}^{(\mathfrak{P})} dans M caractérisé par u(δp)=pu(\delta_p) = p pour tout nombre premier pp. On a u(α)=∏p∈Ppα(p)u(\alpha) = \prod_{p \in \mathfrak{P}} p^{\alpha(p)} pour α\alpha dans N(P)\mathbf{N}^{(\mathfrak{P})} et le th. 7 de I, p. 49 montre que uu est un isomorphisme de N(P)\mathbf{N}^{(\mathfrak{P})} sur M.

Cite 3

Cite Définition 15, I § 4, Theorem 7 (decomposition into prime factors), I § 4, Proposition 10

8. Notation exponentielle

Soient M un monoïde, noté multiplicativement, et u=(ux)x∈X\mathbf{u} = (u_x)_{x \in X} une famille d’éléments de M, commutant deux à deux. Soit α\alpha dans N(X)\mathbf{N}^{(X)}; les éléments uxα(x)u_x^{\alpha(x)} et uyα(y)u_y^{\alpha(y)} de M commutent pour x,yx, y dans X, et il existe une partie finie S de X telle que uxα(x)=1u_x^{\alpha(x)} = 1 pour xx dans X−SX - S. On peut par suite poser:

uα=∏x∈Xuxα(x). \mathbf{u}^{\alpha} = \prod_{x \in X} u_x^{\alpha(x)}.

Soit M′M' le sous-monoïde de M engendré par la famille (ux)x∈X(u_x)_{x \in X}; il est commutatif (I, p. 8, cor. 2). Il existe donc (I, p. 88, prop. 10) un unique homomorphisme ff de N(X)\mathbf{N}^{(X)} dans M′M' tel que f(δx)=uxf(\delta_x) = u_x pour tout x∈Xx \in X, et l’on a f(α)=uαf(\alpha) = \mathbf{u}^{\alpha} pour tout α\alpha dans N(X)\mathbf{N}^{(X)}. On en déduit les formules

uα+β=uα⋅uβ \mathbf{u}^{\alpha + \beta} = \mathbf{u}^{\alpha} \cdot \mathbf{u}^{\beta}
u0=1 \mathbf{u}^{0} = 1

(19)

uδx=ux \mathbf{u}^{\delta_x} = u_x
pour α,β\alpha, \beta dans N(X)\mathbf{N}^{(X)} et xx dans XX.

Soit v=(vx)x∈X\mathbf{v} = (v_x)_{x \in X} une autre famille d’éléments de MM; on suppose que l’on a vxvy=vyvxv_x v_y = v_y v_x et uxvy=vyuxu_x v_y = v_y u_x pour x,yx, y dans XX. Il existe alors (I, p. 8, cor. 2) un sous-monoïde commutatif LL de MM tel que ux∈Lu_x \in L et vx∈Lv_x \in L pour tout x∈Xx \in X. L’application α↦uα⋅vα\alpha \mapsto \mathbf{u}^\alpha \cdot \mathbf{v}^\alpha de N(X)\mathbf{N}^{(X)} dans LL est alors un homomorphisme (I, p. 10, prop. 5) appliquant δx\delta_x sur ux⋅vxu_x \cdot v_x. On a donc a formule (20)

uα⋅vα=(u⋅v)α \mathbf{u}^\alpha \cdot \mathbf{v}^\alpha = (\mathbf{u} \cdot \mathbf{v})^\alpha
où u⋅v\mathbf{u} \cdot \mathbf{v} est la famille (ux⋅vx)x∈X(u_x \cdot v_x)_{x \in X}.

Lorsque MM est commutatif, on peut définir uα\mathbf{u}^\alpha pour toute famille u\mathbf{u} d’éléments de MM et les formules (15) à (20) sont valables sans restriction.

9. Relations entre les divers objets libres

Comme le monoïde libre Mo(X)Mo(X) est un magma, la prop. 1 de I, p. 78, démontre l’existence d’un homomorphisme λ:M(X)→Mo(X)\lambda : M(X) \to Mo(X) dont la restriction à XX est l’identité. De même, comme le groupe libre F(X)F(X) est un monoïde, l’application identique de XX se prolonge en un homomorphisme μ:Mo(X)→F(X)\mu : Mo(X) \to F(X) (I, p. 78, prop. 3). D’après I, p. 84, prop. 6 et prop. 7, μ\mu est injectif. De même la prop. 10 de I, p. 88, et la prop. 8 de I, p. 85, démontrent l’existence d’homomorphismes ν:Mo(X)→N(X)\nu : Mo(X) \to \mathbf{N}^{(X)} et π:F(X)→Z(X)\pi : F(X) \to \mathbf{Z}^{(X)} caractérisés par ν(x)=δx\nu(x) = \delta_x et π(x)=δx\pi(x) = \delta_x pour tout x∈Xx \in X. Si ι\iota est l’injection de N(X)\mathbf{N}^{(X)} dans Z(X)\mathbf{Z}^{(X)}, les deux homomorphismes ι∘ν\iota \circ \nu et π∘μ\pi \circ \mu de Mo(X)Mo(X) dans Z(X)\mathbf{Z}^{(X)} coïncident sur XX, d’où ι∘ν=π∘μ\iota \circ \nu = \pi \circ \mu. On peut résumer la situation dans le diagramme commutatif suivant:

M(X)→λMo(X)→νN(X)↓μ↓ιF(X)→πZ(X). \begin{array}{ccccc} M(X) & \xrightarrow{\lambda} & Mo(X) & \xrightarrow{\nu} & \mathbf{N}^{(X)} \\ & & \downarrow \mu & & \downarrow \iota \\ & & F(X) & \xrightarrow{\pi} & \mathbf{Z}^{(X)}. \end{array}

Les homomorphismes λ,μ,ν\lambda, \mu, \nu et π\pi seront qualifiés de canoniques.

Soit ww dans M(X)M(X); on démontre immédiatement par récurrence sur l(w)l(w) que la longueur du mot λ(w)\lambda(w) est égale à celle de ww. Par ailleurs, on a (21)

ν(x1…xn)=∑i=1nδxi \nu(x_1 \ldots x_n) = \sum_{i=1}^n \delta_{x_i}
pour x1,…,xnx_1, \ldots, x_n dans XX, d’où ∣ν(x1…xn)∣=n|\nu(x_1 \ldots x_n)| = n d’après (13) et (14) (I, p. 88). Autrement dit, on a (22)
∣ν(u)∣=l(u)(u∈Mo(X)). |\nu(u)| = l(u) \qquad (u \in Mo(X)).

Proposition 11

L’homomorphisme canonique* ν\nu de Mo(X)Mo(X) dans N(X)\mathbf{N}^{(X)} est surjectif. Soient w=x1…xnw = x_1 \ldots x_n et w′=x1′…xm′w' = x'_1 \ldots x'_m deux éléments de Mo(X)Mo(X); pour qu’on ait ν(w)=\nu(w) = ν(w'), il faut et il suffit que l’on ait m = n et qu’il existe une permutation σ ∈ S_n telle que x'_i = x_{σ(i)} pour 1 ≤ i ≤ n.

Cite 1 · Cité par 1

Cite Theorem 2 (Commutativity theorem), I § 1

Cité par Proposition 5, VIII § 11

L’image de ν est un sous-monoïde I de N^{(X)} contenant les éléments δ_x (pour x ∈ X). La formule (12) (I, p. 88) montre que N^{(X)} est engendré par la famille (δ_x)_{x ∈ X}, d’où I = N^{(X)}. Par suite ν est surjectif.

Si m = n et si x'_i = x_{σ(i)} pour 1 ≤ i ≤ n, on a

ν(w′)=∑i=1nδxi′=∑i=1nδxσ(i)=∑i=1nδxi=ν(w) \nu(w') = \sum_{i=1}^n \delta_{x'_i} = \sum_{i=1}^n \delta_{x_{\sigma(i)}} = \sum_{i=1}^n \delta_{x_i} = \nu(w)

d’après la formule (21) (I, p. 90) et le théorème de commutativité (I, p. 8, th. 2).

Inversement, supposons que ν(w) et ν(w') soient égaux à un même élément α de N^{(X)}; d’après la formule (22) (I, p. 90), on a n = |α| = m. Pour tout x ∈ X, soit I_x (resp. I'_x) l’ensemble des entiers i tels que 1 ≤ i ≤ n et x_i = x (resp. x'_i = x). Donc (I_x)_{x ∈ X} et (I'_x)_{x ∈ X} sont des partitions de l’intervalle {1, n} de N; de plus, la formule α=∑i=1nδxi\alpha = \sum_{i=1}^n \delta_{x_i} montre que α(x) est le cardinal de I_x; de même la formule α=∑i=1nδxi′\alpha = \sum_{i=1}^n \delta_{x'_i} montre que α(x) est le cardinal de I'_x. Il existe donc une permutation σ de {1, n} telle que σ(I'_x) = I_x pour tout x ∈ X, c’est-à-dire x'_i = x_{σ(i)} pour i = 1, ..., n.

Remarque

Soit S une partie de X. Rappelons que nous avons identifié M(S) à un sous-magma de M(X), Mo(S) à un sous-monoïde de Mo(X) et N^{(S)} à un sous-monoïde de N^{(X)}. On a

(23)

M(S)=λ−1(Mo(S)). M(S) = \lambda^{-1}(Mo(S)).

En effet, il est clair que λ(M(S)) ⊂ Mo(S). Soit w ∈ λ^{-1}(Mo(S)); montrons, par récurrence sur l(w), que w ∈ M(S). C’est évident si l(w) = 1. Si l(w) > 1, on peut écrire w = w_1w_2 avec w_1, w_2 dans M(X), l(w_1) < l(w), l(w_2) < l(w). Alors λ(w_1)λ(w_2) ∈ Mo(S), donc λ(w_1) ∈ Mo(S) et λ(w_2) ∈ Mo(S), d’où w_1 ∈ M(S) et w_2 ∈ M(S) d’après l’hypothèse de récurrence, et finalement w ∈ M(S).

On a aussi

(24)

Mo(S)=ν−1(N(S)). Mo(S) = \nu^{-1}(N^{(S)}).

Cela résulte aussitôt de la formule (21) de I, p. 90.

De plus, N^{(S)} est l’ensemble des éléments de N^{(X)} dont le support est contenu dans S; si (S_i)_{i ∈ I} est une famille de parties de X, d’intersection S, on a donc N^{(S)} = ∩_{i ∈ I} N^{(S_i)} et les formules (23) et (24) entraînent

(25)

M(S)=∩i∈IM(Si),Mo(S)=∩i∈IMo(Si). M(S) = \cap_{i \in I} M(S_i), \quad Mo(S) = \cap_{i \in I} Mo(S_i).

Exercices

See the exercises for § 7.

Transcrit du volume imprimé. Non traduit.