Dans tout ce paragraphe, on note X un ensemble. Sauf mention expresse du contraire, l’élément neutre d’un monoïde se note e.
1. Magmas libres
On définit par récurrence sur l’entier n⩾1 une suite d’ensembles Mn(X) comme suit : on pose M1(X)=X; pour n⩾2, Mn(X) est l’ensemble somme des ensembles Mp(X)×Mn−p(X) pour 1⩽p⩽n−1. L’ensemble somme de la famille (Mn(X))n⩾1 est noté M(X); on identifie chacun des ensembles Mn(X) à son image canonique dans M(X). Pour tout élément w de M(X), il existe un unique entier n tel que w∈Mn(X); on l’appelle la longueur de w et on le note l(w). L’ensemble X se compose des éléments de longueur 1 dans M(X).
Soient w et w′ dans M(X); posons p=l(w) et q=l(w′). L’image de (w,w′) par l’injection canonique de Mp(X)×Mq(X) dans l’ensemble somme Mp+q(X) s’appelle le composé de w et w′ et se note ww′ ou w.w′. On a donc l(w.w′)=l(w)+l(w′) et tout élément de M(X) de longueur ⩾2 s’écrit de manière unique sous la forme w′w′′ avec w′,w′′ dans M(X).
On appelle magma libre construit sur X l’ensemble M(X) muni de la loi de composition (w,w′)↦w.w′ (I, p. 1, déf. 1).
Proposition 1
Soit M un magma. Toute application f de X dans M se prolonge de manière unique en un morphisme de M(X) dans M.
Par récurrence sur n⩾1, on définit des applications fn:Mn(X)→M comme suit: on pose f1=f; pour n⩾2, l’application fn est définie par fn(w.w′)=fp(w).fn−p(w′) pour p=1,2,…,n−1 et (w,w′) dans Mp(X)×Mn−p(X). Soit g l’application de M(X) dans M dont la restriction à Mn(X) est fn pour tout entier n⩾1. Il est clair que g est l’unique morphisme de M(X) dans M qui prolonge f.
Soit u une application de X dans un ensemble Y. D’après la prop. 1, il existe un homomorphisme et un seul de M(X) dans M(Y) qui coïncide avec u sur X. On le notera M(u). Si v est une application de Y dans un ensemble Z, l’homomorphisme M(v)∘M(u) de M(X) dans M(Z) coïncide avec v∘u sur X, d’où
M(v)∘M(u)=M(v∘u).
Proposition 2
Soit u:X→Y une application. Si u est injective (resp. surjective, bijective), il en est de même de M(u).
Supposons u injective. Lorsque X est vide, M(X) est vide, donc M(u) est injective. Si X est non vide, il existe une application v de Y dans X telle que v∘u soit l’application identique de X (E, II, p. 18, prop. 8); l’application M(v)∘M(u)=M(v∘u) est l’application identique de M(X), donc M(u) est injective.
Lorsque u est surjective, il existe une application w de Y dans X telle que u∘w soit l’application identique de Y (E, II, p. 18, prop. 8). Alors M(u)∘M(w)=M(u∘w) est l’application identique de M(Y), donc M(u) est surjective.
Enfin, si u est bijective, elle est injective et surjective, donc M(u) a les mêmes propriétés.
Soit S une partie de X. D’après la prop. 2, l’injection de S dans X se prolonge en un isomorphisme de M(S) sur un sous-magma M′(S) de M(X). On identifiera les magmas M(S) et M′(S) au moyen de cet isomorphisme. Alors M(S) est le sous-magma de M(X) engendré par S.
Soient X un ensemble, et (uα,vα)α∈I une famille de couples d’éléments de M(X). Soit R la relation d’équivalence sur M(X) compatible avec la loi de M(X) et engendrée par les (uα,vα) (I, p. 12). Le magma M(X)/R s’appelle le magma défini par X et les relateurs (uα,vα)α∈I. Soit h le morphisme canonique de M(X) sur M(X)/R. Alors M(X)/R est engendré par h(X).
Soient N un magma, et (nx)x∈X une famille d’éléments de N. Soit k le morphisme de M(X) dans N tel que k(x)=nx pour tout x∈X (prop. 1). Si k(uα)=k(vα) pour tout α∈I, il existe un morphisme f:M(X)/R→N et un seul tel que f(h(x))=nx pour tout x∈X (I, p. 12, prop. 9).
2. Monoïdes libres
On appelle mot construit sur X toute suite finie w=(xi)1≤i≤n d’éléments de X indexée par un intervalle {1,n} de N (éventuellement vide). L’entier n s’appelle la longueur du mot w est se note l(w). Il y a un unique mot de longueur 0, à savoir la suite vide e. On identifiera X à l’ensemble des mots de longueur 1.
Soient w=(xi)1≤i≤m et w′=(xj′)1≤j≤n deux mots. On appelle composé de w et w′ le mot u=(yk)1≤k≤m+n défini par
(1)yk={xkxk−m′pour 1≤k≤mpour m+1≤k≤m+n.
Autrement dit, la suite w′′ s’obtient en écrivant d’abord les éléments de la suite w et ensuite ceux de w′. Le composé de w et w′ se note en général ww′ ou w.w′; on dit parfois qu’il s’obtient par juxtaposition de w et w′. On a par construction l(w.w′)=l(w)+l(w′).
On établit immédiatement la relation we=ew=w pour tout mot w. Soient w=(xi)1≤i≤m, w′=(xj′)1≤j≤n et w′′=(xk′′)1≤k≤p trois mots; il est clair que les mots w(w′w′′) et (ww′)w′′ sont tous deux égaux au mot (yl)1≤l≤m+n+p défini par
Ce qui précède montre que l’ensemble des mots construits sur X, muni de la loi de composition (w,w′)↦w.w′, est un monoïde d’élément neutre e. On le note Mo(X) et on l’appelle le monoïde libre construit sur X. Il résulte immédiatement de la définition du produit de mots que tout mot w=(xi)1≤i≤n est égal au produit ∏i=1nxi. On peut donc écrire un mot sous la forme x1…xn.
Proposition 3
Soit M un monoïde. Toute application f de X dans M se prolonge de manière unique en un homomorphisme de Mo(X) dans M.
Soit g un homomorphisme de Mo(X) dans M prolongeant f. Si w=(xi)1≤i≤n est un mot, on a w=∏i=1nxi dans le monoïde Mo(X), d’où
g(w)=i=1∏ng(xi)=i=1∏nf(xi)
dans le monoïde M (I, p. 4, formule (2)). Ceci prouve l’unicité de g.
Posons h(w)=∏i=1nf(xi) pour tout mot w=(xi)1≤i≤n. Le théorème d’associativité (I, p. 4, th. 1) et la définition du produit dans Mo(X) entraînent h(ww′)=h(w)h(w′). Par convention, le produit vide h(e) est l’élément neutre de M et l’on a h(x)=f(x) pour x∈X. Donc h est un homomorphisme de Mo(X) dans M prolongeant f.
Soit u:X→Y une application. D’après la prop. 3, il existe un homomorphisme et un seul de Mo(X) dans Mo(Y) qui coïncide avec u sur X; on le note Mo(u). Il transforme un mot (xi)1≤i≤n en le mot (u(xi))1≤i≤n. Comme dans le cas des magmas (I, p. 78), on établit la formule Mo(v∘u)=Mo(v)∘Mo(u) pour toute application v:Y→Z, et l’on montre que Mo(u) est injective (resp. surjective, bijective) s’il en est ainsi de u. Pour toute partie S de X, on identifiera Mo(S) au sous-monoïde de Mo(X) engendré par S.
Soient X un ensemble, et (uα,vα)α∈I une famille de couples d’éléments de Mo(X). Soit R la relation d’équivalence sur Mo(X) compatible avec la loi de Mo(X) et engendrée par les (uα,vα) (I, p. 12). Le monoïde Mo(X)/R s’appelle le monoïde défini par X et par les relateurs (uα,vα)α∈I. Soit h le morphisme canonique de Mo(X) sur Mo(X)/R. Alors Mo(X)/R est engendré par h(X).
Soient N un monoïde, et (nx)x∈X une famille d’éléments de N. Soit k le morphisme de Mo(X) dans N tel que k(x)=nx pour tout x∈X (I, p. 79, prop. 3). Si k(uα)=k(vα) pour tout α∈I, il existe un morphisme de magmas f:Mo(X)/R→N et un seul tel que f(h(x))=nx pour tout x∈X (I, p. 12, prop. 9); comme k est unifière, f est un morphisme de monoïdes.
3. Somme amalgamée de monoïdes
On note (Mi)i∈I une famille de monoïdes et ei l’élément neutre de Mi. On se donne un monoïde A et une famille d’homomorphismes hi:A→Mi (pour i∈I).
L’ensemble S somme de la famille (Mi)i∈I a pour éléments les couples (i,x) avec i∈I et x∈Mi. Pour tout triplet α=(i,x,x′) avec i∈I, x,x′ dans Mi, on pose uα=(i,xx′) et vα=(i,x).(i,x′); pour tout triplet λ=(i,j,a) dans I×I×A, on pose pλ=(i,hi(a)) et qλ=(j,hj(a)); pour tout i∈I, on pose εi=(i,ei). Le monoïde M défini par S et les relateurs (uα,vα),(pλ,qλ) et (εi,e) est appelé la somme de la famille (Mi)i∈I amalgamée par A. On note φ l’homomorphisme canonique de Mo(S) sur M et l’on pose φi(x)=φ(i,x) pour (i,x)∈S. On dit que φi est l’application canonique de Mi dans M. Pour tout a∈A, l’élément φ(i,hi(a)) est indépendant de i et se note h(a).\footnote{Lorsque I est vide, on a M={e} et h(a)=e pour tout a∈A.}
La propriété universelle des monoïdes définis par générateurs et relateurs (I, p. 80) entraîne le résultat suivant:
Proposition 4
a) Pour tout i∈I, l’application φi est un homomorphisme de Mi dans M et l’on a φi∘hi=h pour tout i∈I. De plus, M est engendré par ⋃i∈Iφi(Mi).
b) Soient M′ un monoïde, et fi:Mi→M′ (pour i∈I) des homomorphismes tels que fi∘hi soit indépendant de i∈I. Il existe un homomorphisme f:M→M′ et un seul tel que fi=f∘φi pour tout i∈I.
Dans la suite, nous ferons l’hypothèse suivante:
(A) Pour tout i∈I, il existe une partie Pi de Mi contenant ei, telle que l’application (a,p)↦hi(a).p de A×Pi dans Mi soit bijective.
Elle entraîne que les homomorphismes hi sont injectifs. Soit x∈M; on appelle décomposition de x toute suite finie σ=(a;i1,…,in;p1,…,pn) avec a∈A, iα∈I et pα∈Piα pour 1≤α≤n, satisfaisant à
x=h(a)⋅α=1∏nφiα(pα).
L’entier n≥0 s’appelle la longueur de la décomposition σ et se note l(σ); la suite (e) est une décomposition de longueur 0 de l’élément neutre de M. On dit que la décomposition σ est réduite si l’on a iα=iα+1 pour 1≤α<n et pα=eiα pour 1≤α≤n.
Proposition 5
Sous l’hypothèse (A), tout élément x de M admet une décomposition réduite unique σ. Toute décomposition σ′=σ de x satisfait à l(σ′)>l(σ).
Notons Σ l’ensemble des suites σ=(a;i1,…,in;p1,…,pn) avec n≥0, a∈A, iα∈I et pα∈Piα−{eiα} pour 1≤α≤n, telles que iα=iα+1 pour 1≤α<n. On note Φ l’application de Σ dans M définie par
Φ(a;i1,…,in;p1,…,pn)=h(a)⋅α=1∏nφiα(pα).
Une décomposition réduite de x∈M est un élément σ de Σ tel que Φ(σ)=x.
Pour tout i∈I, soit Σi le sous-ensemble de Σ formé des suites (e;i1,…,in;p1,…,pn) avec i=i1 lorsque n>0. Soient
σ=(e;i1,…,in;p1,…,pn)
dans Σi et ξ dans Mi; posons ξ=hi(a)⋅p avec a∈A et p∈Pi, et
Il est clair que fi,ei est l’application identique de Σ et que l’on a fi,xx′=fi,x∘fi,x′ pour x,x′ dans Mi et fi,hi(a)=fa pour a∈A et i∈I.
On peut alors appliquer la prop. 4 (I, p. 80) au cas où M′ est le monoïde des applications de Σ dans lui-même, avec la loi de composition (f,f′)↦f∘f′, et où fi est l’homomorphisme x↦fi,x de Mi dans M′; il existe donc un homomorphisme f de M dans M′ tel que fi,x=f(φi(x)) pour i∈I et x∈Mi. Soit
σ=(a;i1,…,in;p1,…,pn)
dans Σ. Les formules (5) à (7) entraînent par récurrence sur n la relation
c’est-à-dire σ=f(Φ(σ))(e). Ceci prouve que Φ est injective.
B) Existence d’une décomposition: Soit D l’ensemble des éléments de M admettant une décomposition. On a e∈D et M est engendré par ⋃i∈Iφi(Mi), donc par h(A)∪⋃i∈Iφi(Pi). On a D.φi(Pi)⊂D pour tout i∈I; pour prouver que l’on a D=M, il suffit donc de prouver la relation D.h(A)⊂D. Ceci résulte du lemme plus précis suivant :
Lemme 1
Soient i1,…,in dans I et pα dans Piα pour 1≤α≤n. Pour tout a∈A, il existe a′∈A et une suite (pα′)1≤α≤n avec pα′∈Piα telle que*
C) Fin de la démonstration: Soit x∈M et soit n le minimum des longueurs des décompositions de x. Nous allons prouver que toute décomposition σ de x de longueur n est réduite. Ceci établira l’existence d’une décomposition réduite de x; l’unicité de la décomposition réduite entraîne alors l(σ′)>l(σ) pour toute décomposition σ′=σ de x.
Le cas n=0 étant trivial, supposons n>0. Soit σ=(a;i1,…,in;p1,…,pn) une décomposition de x de longueur n. S’il existait un entier α avec 1≤α≤n et pα=eiα, la suite (a;i1,…,iα−1,iα+1,…,in;p1,…,pα−1,pα+1,…,pn) serait une décomposition de x de longueur n−1, ce qui est exclus. Supposons qu’il existe un entier α avec 1≤α<n et iα=iα+1, et posons pαpα+1=hiα(a′).pα′ avec a′∈A et pα′∈Piα; d’après le lemme 1, il existe des éléments a′′∈A, p1′∈Pi1,…,pα−1′∈Piα−1 tels que
Tout d’abord h est injectif: si h(a)=h(a′), alors (a) et (a′) sont deux décompositions réduites d’un même élément de M, d’où a=a′. Soit i∈I; on a h(A)=φi(hi(A))⊂φi(Mi); l’unicité des décompositions réduites entraîne
h(A)∩φi(Mi−hi(A))=∅
d’où φi(Mi−hi(A))=φi(Mi)−h(A).
L’injectivité des homomorphismes φi et la relation φi(Mi)∩φj(Mj)⊂h(A) pour i=j sont alors conséquences du fait suivant: pour i,j dans I, x dans Mi−hi(A) et y dans Mj−hj(A), la relation φi(x)=φj(y) entraîne i=j et x=y. En effet, posons x=hi(a).p et y=hj(b).q avec a,b dans A, p dans Pi−{ei} et y dans Pj−{ej}. On a φi(x)=h(a)φi(p) et φj(y)=h(b)φj(q), donc (a;i;p) et (b;j;q) sont deux décompositions réduites d’un même élément de M. On en déduit i=j, a=b et p=q, d’où x=hi(a)p=hj(b)q=y.
C. Q. F. D.
Lorsque l’hypothèse (A) est remplie, nous identifierons chaque monoïde Mi à un sous-monoïde de M au moyen de φi; de même, nous identifierons A à un sous-monoïde de M par h. Alors M est engendré par ⋃i∈IMi et l’on a Mi∩Mj=A pour i=j. Tout élément de M s’écrit de manière unique sous la forme a.∏α=1npα avec a∈A, p1∈Pi1−{e}, …, pn∈Pin−{e} et iα=iα+1 pour 1≤α<n. Enfin, si M′ est un monoïde et (fi:Mi→M′) (pour i∈I) une famille d’homomorphismes dont les restrictions à A sont toutes un même homomorphisme de A dans M′, il existe un’homomorphisme f:M→M′ et un seul dont la restriction à Mi est fi pour tout i∈I.
L’hypothèse (A) est vérifiée dans deux cas importants:
a) On a A={e}. Dans ce cas, on a une famille (Mi)i∈I de monoïdes et M s’appelle la somme monoïdale de cette famille. Chaque Mi est identifié à un sous-monoïde de M, et M est engendré par ⋃i∈IMi; de plus, on a Mi∩Mj={e} pour i=j. Tout élément de M s’écrit de manière unique sous la forme x1…xn avec x1∈Mi1−{e}, …, xn∈Min−{e} et iα=iα+1 pour 1≤α<n. Enfin, pour toute famille d’homomorphismes (fi:Mi→M′), il existe un homomorphisme unique f:M→M′ dont la restriction à Mi est fi pour tout i∈I.
b) On a une famille de groupes (Gi)i∈I contenant comme sous-groupe un même groupe A et hi est l’injection de A dans Gi. La somme de la famille (Gi)i∈I amalgamée par A est alors un groupe G: en effet, le monoïde G est engendré par ⋃i∈Iφi(Gi) et tout élément de ⋃i∈Iφi(Gi) admet un inverse dans G (cf. I, p. 16, cor. 1); on le note ∗AGi ou G1∗AG2 lorsque I={1,2}. Lorsque A est réduit à l’élément neutre, on dit aussi que G est le produit libre de la famille (Gi)i∈I de groupes, et on le note ∗Gi (ou G1∗G2 lorsque I={1,2}).¹
4. Application aux monoïdes libres
Lemme 2
Soit M la somme monoïdale de la famille (Mx)x∈X définie par Mx=N pour tout x∈X; on note φx l’homomorphisme canonique de Mx dans M. L’application x↦φx(1) de X dans M se prolonge en un isomorphisme h de Mo(X) sur M.
Soit h l’homomorphisme de Mo(X) dans M caractérisé par h(x)=φx(1). Pour tout entier n≥0, on a φx(n)=φx(1)n=h(x)n et comme M est engendré par ⋃x∈Xφx(N), il est aussi engendré par h(X). Donc h est surjectif. Par ailleurs, pour tout x dans X, l’application n↦xn est un homomorphisme de N=Mx dans Mo(X); il existe donc (I, p. 80, prop. 4) un homomorphisme h′ de M dans Mo(X) tel que h′(φx(n))=xn pour x∈X et n∈N; en particulier, on a h′(h(x))=x pour x∈X, donc h′∘h est l’homomorphisme identique de Mo(X). Par suite, h est injectif. On a donc prouvé que h est bijectif.
a) Il existe un entier n≥0, des éléments xα de X et des entiers m(α)>0 (pour 1≤α≤n) tels que xα=xα+1 pour 1≤α<n et w=∏α=1nxαm(α). La suite (xα,m(α))1≤α≤n est déterminée de manière unique par ces conditions.
b) Soient p un entier positif, xβ′ dans X et m′(β) dans N pour 1≤β≤p, tels que w=∏β=1pxβ′m′(β). On a p≥n. Si p=n, on a xβ′=xβ et m′(β)=m(β) pour 1≤β≤p.
Avec les notations du lemme 2, on a h−1(φx(n))=xn pour x∈X et n∈N. La prop. 6 résulte alors de I, p. 81, prop. 5.
5. Groupes libres
Posons Gx=Z pour tout x∈X. Le produit libre de la famille (Gx)x∈X s’appelle le groupe libre construit sur X et se note F(X). Notons φx l’homomorphisme canonique de Gx=Z dans F(X). D’après I, p. 83, corollaire, l’application x↦φx(1) de X dans F(X) est injective; nous identifierons X à son image dans F(X) par cette application. Alors X engendre F(X) et l’on a e∈/X.
Par application de I, p. 81, prop. 5, on obtient le résultat suivant:
Proposition 7
Soit g un élément du groupe libre F(X). Il existe un entier n≥0, et une suite (xα,m(α))1≤α≤n, déterminés de manière unique par les relations xα∈X, xα=xα+1 pour 1≤α<n, m(α)∈Z, m(α)=0 pour 1≤α≤n et g=∏α=1nxαm(α).
¹ On notera que G1∗G2 n’est pas « produit » de G1 et G2 au sens de E, IV, p. 16 (ni au sens de la « théorie des catégories »; dans le cadre de cette théorie, G1∗G2 est la « somme » de G1 et G2).
Le groupe libre F(X) jouit de la propriété universelle suivante:
Proposition 8
Soient G un groupe et f une application de X dans G. Il existe un homomorphisme f~ de F(X) dans G qui prolonge f, et un seul.
L’unicité de f~ résulte du fait que le groupe F(X) est engendré par X. Pour tout x dans X, soit fx l’homomorphisme n↦f(x)n de Z dans G. D’après I, p. 80, prop. 4, il existe un homomorphisme f~ de F(X) dans G tel que f~(xn)=fx(n) pour x∈X et n∈Z; en particulier, on a f~(x)=fx(1)=f(x) pour tout x∈X, donc f~ prolonge f.
Soit u:X→Y une application. D’après la prop. 8, il existe un homomorphisme et un seul de F(X) dans F(Y) qui coïncide avec u sur X; on le note F(u). Comme dans le cas des magmas (I, p. 78) on établit la formule F(v∘u)=F(v)∘F(u) pour toute application v:Y→Z, et l’on montre que F(u) est injectif (resp. surjectif, bijectif) s’il en est ainsi de u. Pour toute partie S de X, on identifiera F(S) au sous-groupe de F(X) engendré par S.
Soit I un ensemble. Dans certains cas, on a intérêt à ne pas identifier un élément i de I à son image canonique φi(1) dans le groupe libre F(I); cette dernière pourra être notée Ti (ou Ti′, Xi, ... selon les cas) et s’appelle l’indéterminée d’indice i. Le groupe libre F(I) se note alors F((Ti)i∈I) ou F(T1,…,Tn) si I={1,2,…,n}.
Soient G un groupe et t=(ti)i∈I une famille d’éléments de G. D’après la prop. 8, il existe un homomorphisme ft de F((Ti)i∈I) dans G caractérisé par ft(Ti)=ti pour tout i∈I. L’image d’un élément w de F((Ti)i∈I) par ft sera notée w(t) ou w(t1,…,tn) si I={1,2,…,n}; on dit que w(t) résulte de la substitution Ti↦ti dans w. En particulier, si l’on prend G=F((Ti)i∈I) et (ti)=(Ti)=T, fT est l’homomorphisme identique de G, d’où w(T)=w; pour I={1,2,…,n}, on a donc w(T1,…,Tn)=w.
Soient G et G’ deux groupes, u un homomorphisme de G dans G’ et t=(t1,…,tn) une suite finie d’éléments de G. Posons t′=(u(t1),…,u(tn)); l’homomorphisme u∘ft de F(T1,…,Tn) dans G’ transforme Ti en u(ti) pour 1≤i≤n, donc est égal à ft′; pour w dans F(T1,…,Tn), on a donc
u(w(t1,…,tn))=w(u(t1),…,u(tn)).
Soient donnés w dans F(T1,…,Tn) et des éléments v1,…,vn du groupe libre F(T1′,…,Tm′). La substitution Ti↦vi définit un élément w′=w(v1,…,vn) de F(T1′,…,Tm′). Soient G un groupe, t1,…,tm des éléments de G et u l’homomorphisme de F(T1′,…,Tm′) dans G caractérisé par u(Tj′)=tj pour 1≤j≤m. On a u(vi)=vi(t1,…,tm) et u(w′)=w′(t1,…,tm); la formule (8) entraîne donc
w′(t1,…,tm)=w(v1(t1,…,tm),…,vn(t1,…,tm)).
Ceci justifie la « notation fonctionnelle » w(t1,…,tn). On laisse au lecteur le soin d’étendre les formules (8) et (9) au cas d’ensembles d’indices arbitraires.
6. Présentations d’un groupe
Soient G un groupe et t=(ti)i∈I une famille d’éléments de G. Soit ft l’unique homomorphisme du groupe libre F(I) dans G qui applique i sur ti. L’image de ft est le sous-groupe engendré par les éléments ti de G. Les éléments du noyau de ft s’appellent les relateurs de la famille t. On dit que t est génératrice (resp. libre, basique) si ft est surjectif (resp. injectif, bijectif).
Soit G un groupe. Une présentation de G est un couple (t,r) formé d’une famille génératrice t=(ti)i∈I et d’une famille r=(rj)j∈J de relateurs telles que le noyau Nt de ft soit engendré par les éléments grjg−1 pour g∈F(I) et j∈J. Il revient au même de dire que Nt est le sous-groupe distingué de F(I) engendré par les rj pour j∈J (autrement dit le plus petit sous-groupe distingué de F(I) contenant les éléments rj (j∈J); cf. I, p. 36). Par abus de langage, on dit que les générateurs ti et les relations rj(t)=e constituent une présentation du groupe G.
Soient I un ensemble et r=(rj)j∈J une famille d’éléments du groupe libre F(I). Soit N(r) le sous-groupe distingué de F(I) engendré par les rj pour j∈J. On pose F(I,r)=F(I)/N(r) et l’on note τi la classe de i modulo N(r). Le couple (τ,r) avec τ=(τi)i∈I est une présentation du groupe F(I,r); si G est un groupe et (t,r) est une présentation de G avec t=(ti)i∈I, il existe un isomorphisme unique u de F(I,r) sur G tel que u(τi)=ti pour tout i∈I. On dit que le groupe F(I,r) est défini par les générateurs τi et les relateurs rj, ou par abus de langage qu’il est défini par les générateurs τi et les relations rj(τ)=e. Lorsque I={1,n} et J={1,m}, on dit que F(I,r) est défini par la présentation ⟨τ1,…,τn;r1,…,rm⟩. Si rj=uj−1vj avec uj et vj dans F(I), cette présentation se note également par le symbole
⟨τ1,…,τn;u1=v1,…,um=vm⟩.
Exemple 1
Le groupe défini par la présentation ⟨τ;τq=e⟩ est cyclique d’ordre q.
Exemple 2
Le groupe défini par la présentation ⟨x,y;xy=yx⟩ est isomorphe à Z×Z.
Proposition 9
Soient G un groupe, t=(ti)i∈I une famille génératrice de G et r=(rj)j∈J une famille de relateurs de t. Les conditions suivantes sont équivalentes*:
a) Le couple (t,r) est une présentation de G.
b) Soient G’ un groupe et t′=(ti′)i∈I une famille d’éléments de G’. Si l’on a rj(t′)=e pour tout j∈J, il existe un homomorphisme u de G dans G’ tel que u(ti)=ti′ pour tout i∈I.
c) Soient G un groupe et t=(ti)i∈I une famille génératrice de G telle que rj(t)=e pour tout j∈J. Tout homomorphisme de G dans G qui applique tˉi sur ti pour tout i∈I est un isomorphisme.
On note f l’homomorphisme de F(I) dans G qui applique i sur ti pour tout i∈I, et N le noyau de f.
a) ⇒ b) : Supposons que (t,r) soit une présentation de G, et soit t′=(ti′)i∈I une famille d’éléments d’un groupe G′ avec rj(t′)=e pour tout j∈J. Soit f′ l’homomorphisme de F(I) dans G′ caractérisé par f′(i)=ti′ pour tout i∈I. Par hypothèse f′(rj)=e pour tout j∈J, et comme N est engendré par les éléments grjg−1 pour j∈J et g∈F(I), on a f′(N)={e}. Comme l’homomorphisme f:F(I)→G est surjectif de noyau N, il existe un homomorphisme u:G→G′ tel que f′=u∘f. On a u(ti)=u(f(i))=f′(i)=ti′.
b) ⇒ c) : Supposons la condition b) vérifiée. Soit t=(ti)i∈I une famille génératrice d’un groupe G, telle que rj(t)=e pour tout j∈J, et soit v un homomorphisme de G dans G tel que v(tˉi)=ti pour tout i∈I. Comme la famille (ti)i∈I engendre G, l’homomorphisme v est surjectif. D’après la propriété b), il existe un homomorphisme u:G→G tel que u(ti)=tˉi pour tout i∈I. On a u(v(tˉi))=tˉi pour tout i∈I, donc u∘v est l’identité sur G, ce qui prouve que v est injectif. Donc v est un isomorphisme, et la condition c) est vérifiée.
c) ⇒ a) : Supposons la condition c) vérifiée. Soit ti′ l’image canonique de i dans F(I,r) et t′=(ti′)i∈I; on a donc rj(t′)=e pour tout j∈J. Comme on a rj(t)=e pour tout j∈J, il existe un homomorphisme v et un seul de F(I,r) dans G tel que v(tˉi)=ti pour tout i∈I. D’après c), v est un isomorphisme de F(I,r) sur G qui transforme la présentation (t′,r) de F(I,r) en une présentation (t,r) de G.
7. Groupes et monoïdes commutatifs libres
L’ensemble ZX de toutes les applications de X dans Z est un groupe commutatif pour la loi définie par (α+β)(x)=α(x)+β(x) (α,β dans ZX,x∈X); les éléments de ZX sont parfois appelés multiindices. L’élément neutre, noté 0, est l’application constante de valeur 0. Pour α∈ZX on appelle support de α l’ensemble Sα des x∈X tels que α(x)=0; on a S0=∅ et Sα+β⊂Sα∪Sβ pour α,β dans ZX. Par suite, l’ensemble Z(X) des applications α:X→Z de support fini est un sous-groupe de ZX qu’on appelle groupe commutatif libre construit sur X.
Pour tout x∈X, on note δx l’élément de Z(X) défini par
δx(y)={10si y=xsi y=x.
Par ailleurs, pour α∈Z(X), on définit l’entier ∣α∣, longueur de α, par la formule
∣α∣=x∈X∑α(x).
On établit immédiatement les relations
(12)
α=x∈X∑α(x)⋅δx
(13)
∣δx∣=1,∣0∣=0
(14)
∣α+β∣=∣α∣+∣β∣
pour α,β dans Z(X) et x dans X.
La relation d’ordre α≤β est définie dans Z(X) par α(x)≤β(x) pour tout x∈X. Les relations α≤β et α′≤β′ entraînent α+α′≤β+β′, ∣α∣≤∣β∣ et −α≥−β; de plus, la relation α≤β équivaut à β−α≥0. L’ensemble des éléments α≥0 de Z(X) se note N(X); c’est l’ensemble des applications de X dans N de support fini, et c’est un sous-monoïde de Z(X) qu’on appelle le monoïde commutatif libre construit sur X. Les éléments de longueur 1 sont les éléments minimaux dans N(X)−{0} et constituent l’ensemble des δx (x∈X).
Le monoïde N(X) et le groupe Z(X) jouissent de la propriété universelle suivante.
Proposition 10
Soient M un monoïde (resp. un groupe) commutatif et f une application de X dans M. Il existe un homomorphisme g de N(X) (resp. Z(X)) dans M, et un seul, tel que g(δx)=f(x) pour tout x∈X. Si M est noté additivement, on a g(α)=∑x∈Xα(x)⋅f(x) pour tout α dans N(X) (resp. Z(X)).
Soit g un homomorphisme de N(X) (resp. Z(X)) dans M tel que g(δx)=f(x) pour tout x∈X. Pour tout α dans N(X) (resp. Z(X)), on déduit de (12) la formule
g(α)=x∈X∑α(x)⋅g(δx)=x∈X∑α(x)⋅f(x),
d’où l’unicité de g.
Pour tout α dans N(X) (resp. Z(X)), posons g(α)=∑x∈Xα(x)⋅f(x). On a évidemment g(0)=0; pour α,β dans N(X) (resp. Z(X)), on a
g(α+β)=x∈X∑(α(x)+β(x))⋅f(x)
=x∈X∑(α(x)⋅f(x)+β(x)⋅f(x))
=x∈X∑α(x)⋅f(x)+x∈X∑β(x)⋅f(x)
=g(α)+g(β)
donc g est un homomorphisme de N(X) (resp. Z(X)) dans M. Par ailleurs, pour y dans X, on a
g(δy)=x∈X∑δy(x)⋅f(x);
on a δy(x)⋅f(x)=0 pour x=y et δy(y)⋅f(y)=f(y) d’où g(δy)=f(y).
Soit u:X→Y une application. D’après la prop. 10, il existe un homomorphisme et un seul de Z(X) dans Z(Y) qui applique δx sur δu(x) pour tout x∈X. On le note Z(u); on voit immédiatement qu’il transforme α∈Z(X) en l’élément β∈Z(Y) défini par
β(y)=x∈u−1(y)∑α(x).
Comme dans le cas des magmas (I, p. 78), on établit la formule Z(v∘u)=Z(v)∘Z(w) pour toute application v:Y→Z; on montre aussi que Z(u) est injective (resp. surjective, bijective) s’il en est ainsi de u.
Soit S une partie de X ; si i est l’injection de S dans X, l’application f=Z(i) est un isomorphisme de Z(S) sur le sous-groupe H de Z(X) engendré par les éléments δs pour s∈S. D’après (15), on a
(f(α))(x)={α(x)0si x∈Ssi x∈X−S
et par suite H est l’ensemble des éléments de Z(X) de support contenu dans S. On identifiera désormais Z(S) à H au moyen de f.
La formule (15) montre que la restriction de Z(u) à N(X) est un homomorphisme N(u) de N(X) dans N(Y). On a N(v∘u)=N(v)∘N(u) pour toute application v:Y→Z; de plus, N(u) est injectif (resp. surjectif, bijectif) s’il en est ainsi de u. Si S est une partie de X, on a N(S)=Z(S)∩N(X).
Remarque
Soit M le monoïde multiplicatif des entiers strictement positifs, et soit P l’ensemble des nombres premiers (I, p. 48, déf. 16). D’après la prop. 10 (I, p. 88), il existe un homomorphisme u de N(P) dans M caractérisé par u(δp)=p pour tout nombre premier p. On a u(α)=∏p∈Ppα(p) pour α dans N(P) et le th. 7 de I, p. 49 montre que u est un isomorphisme de N(P) sur M.
Soient M un monoïde, noté multiplicativement, et u=(ux)x∈X une famille d’éléments de M, commutant deux à deux. Soit α dans N(X); les éléments uxα(x) et uyα(y) de M commutent pour x,y dans X, et il existe une partie finie S de X telle que uxα(x)=1 pour x dans X−S. On peut par suite poser:
uα=x∈X∏uxα(x).
Soit M′ le sous-monoïde de M engendré par la famille (ux)x∈X; il est commutatif (I, p. 8, cor. 2). Il existe donc (I, p. 88, prop. 10) un unique homomorphisme f de N(X) dans M′ tel que f(δx)=ux pour tout x∈X, et l’on a f(α)=uα pour tout α dans N(X). On en déduit les formules
uα+β=uα⋅uβ
u0=1
(19)
uδx=ux
pour α,β dans N(X) et x dans X.
Soit v=(vx)x∈X une autre famille d’éléments de M; on suppose que l’on a vxvy=vyvx et uxvy=vyux pour x,y dans X. Il existe alors (I, p. 8, cor. 2) un sous-monoïde commutatif L de M tel que ux∈L et vx∈L pour tout x∈X. L’application α↦uα⋅vα de N(X) dans L est alors un homomorphisme (I, p. 10, prop. 5) appliquant δx sur ux⋅vx. On a donc a formule (20)
uα⋅vα=(u⋅v)α
où u⋅v est la famille (ux⋅vx)x∈X.
Lorsque M est commutatif, on peut définir uα pour toute famille u d’éléments de M et les formules (15) à (20) sont valables sans restriction.
9. Relations entre les divers objets libres
Comme le monoïde libre Mo(X) est un magma, la prop. 1 de I, p. 78, démontre l’existence d’un homomorphisme λ:M(X)→Mo(X) dont la restriction à X est l’identité. De même, comme le groupe libre F(X) est un monoïde, l’application identique de X se prolonge en un homomorphisme μ:Mo(X)→F(X) (I, p. 78, prop. 3). D’après I, p. 84, prop. 6 et prop. 7, μ est injectif. De même la prop. 10 de I, p. 88, et la prop. 8 de I, p. 85, démontrent l’existence d’homomorphismes ν:Mo(X)→N(X) et π:F(X)→Z(X) caractérisés par ν(x)=δx et π(x)=δx pour tout x∈X. Si ι est l’injection de N(X) dans Z(X), les deux homomorphismes ι∘ν et π∘μ de Mo(X) dans Z(X) coïncident sur X, d’où ι∘ν=π∘μ. On peut résumer la situation dans le diagramme commutatif suivant:
M(X)λMo(X)↓μF(X)νπN(X)↓ιZ(X).
Les homomorphismes λ,μ,ν et π seront qualifiés de canoniques.
Soit w dans M(X); on démontre immédiatement par récurrence sur l(w) que la longueur du mot λ(w) est égale à celle de w. Par ailleurs, on a (21)
ν(x1…xn)=i=1∑nδxi
pour x1,…,xn dans X, d’où ∣ν(x1…xn)∣=n d’après (13) et (14) (I, p. 88). Autrement dit, on a (22)
∣ν(u)∣=l(u)(u∈Mo(X)).
Proposition 11
L’homomorphisme canonique* ν de Mo(X) dans N(X) est surjectif. Soient w=x1…xn et w′=x1′…xm′ deux éléments de Mo(X); pour qu’on ait ν(w)= ν(w'), il faut et il suffit que l’on ait m = n et qu’il existe une permutation σ ∈ S_n telle que x'_i = x_{σ(i)} pour 1 ≤ i ≤ n.
L’image de ν est un sous-monoïde I de N^{(X)} contenant les éléments δ_x (pour x ∈ X). La formule (12) (I, p. 88) montre que N^{(X)} est engendré par la famille (δ_x)_{x ∈ X}, d’où I = N^{(X)}. Par suite ν est surjectif.
Si m = n et si x'_i = x_{σ(i)} pour 1 ≤ i ≤ n, on a
d’après la formule (21) (I, p. 90) et le théorème de commutativité (I, p. 8, th. 2).
Inversement, supposons que ν(w) et ν(w') soient égaux à un même élément α de N^{(X)}; d’après la formule (22) (I, p. 90), on a n = |α| = m. Pour tout x ∈ X, soit I_x (resp. I'_x) l’ensemble des entiers i tels que 1 ≤ i ≤ n et x_i = x (resp. x'_i = x). Donc (I_x)_{x ∈ X} et (I'_x)_{x ∈ X} sont des partitions de l’intervalle {1, n} de N; de plus, la formule α=∑i=1nδxi montre que α(x) est le cardinal de I_x; de même la formule α=∑i=1nδxi′ montre que α(x) est le cardinal de I'_x. Il existe donc une permutation σ de {1, n} telle que σ(I'_x) = I_x pour tout x ∈ X, c’est-à-dire x'_i = x_{σ(i)} pour i = 1, ..., n.
Remarque
Soit S une partie de X. Rappelons que nous avons identifié M(S) à un sous-magma de M(X), Mo(S) à un sous-monoïde de Mo(X) et N^{(S)} à un sous-monoïde de N^{(X)}. On a
(23)
M(S)=λ−1(Mo(S)).
En effet, il est clair que λ(M(S)) ⊂ Mo(S). Soit w ∈ λ^{-1}(Mo(S)); montrons, par récurrence sur l(w), que w ∈ M(S). C’est évident si l(w) = 1. Si l(w) > 1, on peut écrire w = w_1w_2 avec w_1, w_2 dans M(X), l(w_1) < l(w), l(w_2) < l(w). Alors λ(w_1)λ(w_2) ∈ Mo(S), donc λ(w_1) ∈ Mo(S) et λ(w_2) ∈ Mo(S), d’où w_1 ∈ M(S) et w_2 ∈ M(S) d’après l’hypothèse de récurrence, et finalement w ∈ M(S).
On a aussi
(24)
Mo(S)=ν−1(N(S)).
Cela résulte aussitôt de la formule (21) de I, p. 90.
De plus, N^{(S)} est l’ensemble des éléments de N^{(X)} dont le support est contenu dans S; si (S_i)_{i ∈ I} est une famille de parties de X, d’intersection S, on a donc N^{(S)} = ∩_{i ∈ I} N^{(S_i)} et les formules (23) et (24) entraînent