Bourbaki

§ 2. Élément neutre; éléments simplifiables; éléments inversibles

1. Élément neutre

Définition 1

Pour une loi de composition ⊤\top sur un ensemble EE, un élément ee de EE est dit élément neutre si, pour tout x∈Ex \in E, on a e⊤x=x⊤e=xe \top x = x \top e = x.

Il existe au plus un élément neutre pour une loi donnée ⊤\top, car si ee et e′e' sont éléments neutres, on a e=e⊤e′=e′e = e \top e' = e'. Un élément neutre est permutable avec tout élément : c’est un élément central.

Définition 2

On appelle magma unifère un magma qui possède un élément neutre. Si E,E′E, E' sont des magmas unifères, on appelle homomorphisme (ou morphisme) unifère de EE dans E′E' un homomorphisme du magma EE dans le magma E′E' qui transforme l’élément neutre de EE en l’élément neutre de E′E'. On appelle monoïde un magma unifère associatif.

Si E,E′E, E' sont des monoïdes, on appelle homomorphisme de monoïdes ou morphisme de monoïdes de EE dans E′E' un morphisme unifère de EE dans E′E'.

Exemple 1

Dans l’ensemble N\mathbf{N} des entiers naturels, 0 est élément neutre pour l’addition et 1 est élément neutre pour la multiplication. Chacune de ces deux lois munit N\mathbf{N} d’une structure de monoïde commutatif (E, III, p. 27).

Exemple 2

Dans l’ensemble des parties d’un ensemble EE, ∅\varnothing est élément neutre pour la loi ∪\cup, EE pour la loi ∩\cap. Plus généralement, dans un ensemble ordonné réticulé, le plus petit élément, s’il existe, est élément neutre pour la loi sup ; réciproquement, s’il existe un élément neutre pour cette loi, il est le plus petit élément de l’ensemble. De même pour le plus grand élément et la loi inf.

Exemple 3

L’ensemble N\mathbf{N} ne possède pas d’élément neutre pour la loi (x,y)↦xy(x, y) \mapsto x^y. Pour la loi (X,Y)↦X∘Y(X, Y) \mapsto X \circ Y entre parties de E×EE \times E, la diagonale Δ\Delta est l’élément neutre. Pour la loi (f,g)↦f∘g(f, g) \mapsto f \circ g entre applications de EE dans EE, l’application identique de EE est l’élément neutre.

Exemple 4

Soient E un magma et R une relation d’équivalence sur E, compatible avec la loi de E (I, p. 11). Si e est élément neutre de E, l’image canonique de e dans E/R est élément neutre du magma E/R.

L’application identique d’un magma unifère est un homomorphisme unifère; le composé de deux homomorphismes unifères en est un. Pour qu’une application soit un isomorphisme de magmas unifères, il faut et il suffit que ce soit un homomorphisme unifère bijectif et l’application réciproque est alors un homomorphisme unifère. Soient E et E' des magmas unifères, e' l’élément neutre de E'; l’application constante de E dans E' appliquant E en e' est un homomorphisme unifère, appelé homomorphisme trivial.

Le produit d’une famille de magmas unifères (resp. de monoïdes) est un magma unifère (resp. un monoïde).

Tout magma quotient d’un magma unifère (resp. d’un monoïde) est un magma unifère (resp. un monoïde).

Soient E un magma unifère, e son élément neutre. On appelle sous-magma unifère de E un sous-magma A de E tel que e∈Ae \in A. Il est clair que e est élément neutre du magma A. Toute intersection de sous-magmas unifères de E est un sous-magma unifère de E. Si X est une partie de E, il existe donc un plus petit sous-magma unifère de E contenant X; on l’appelle le sous-magma unifère de E engendré par X; il est égal à \{e\} si X est vide. Si E est un monoïde, on appelle sous-monoïde de E un sous-magma unifère de E.

Si F est un magma sans élément neutre, un sous-magma de F peut posséder un élément neutre. Par exemple, si F est associatif et si h est un élément idempotent de F (I, p. 7), l’ensemble des h⊤x⊤hh \mathbin{\top} x \mathbin{\top} h, où x parcourt F est un sous-magma de F admettant h pour élément neutre.

Si E est un magma d’élément neutre e, il peut se faire qu’un sous-magma A de E tel que e∉Ae \notin A possède un élément neutre.

Définition 3

Soit E un magma unifère. On appelle composé de la famille vide d’éléments de E l’élément neutre de E.

Si (xα)α∈∅(x_\alpha)_{\alpha \in \varnothing} est la famille vide d’éléments de E, son composé e se note encore ∏α∈∅xα\prod_{\alpha \in \varnothing} x_\alpha. Par exemple, on écrit

∏q≤i≤pxi=e \prod_{q \leq i \leq p} x_i = e

lorsque p<qp < q (p,q∈Np, q \in \mathbf{N}). On pose de même 0⊤x=e^0 \mathbin{\top} x = e quel que soit x. Avec ces définitions, les théorèmes 1 (I, p. 4) et 3 (I, p. 9) du § 1 restent vrais dans un magma unifère, si on y supprime l’hypothèse que les ensembles A et B_i sont non vides. De même, les formules m+n⊤x=(m⊤x)⊤(n⊤x)^{m+n} \mathbin{\top} x = (^m \mathbin{\top} x) \mathbin{\top} (^n \mathbin{\top} x) et mn⊤x=m⊤(n⊤x)^{mn} \mathbin{\top} x = ^m \mathbin{\top} (^n \mathbin{\top} x) sont vraies alors pour m≥0,n≥0m \geq 0, n \geq 0.

Soient E un magma unifère dont la loi est notée ⊤\mathbin{\top} et e son élément neutre. On appelle support d’une famille (xi)i∈I(x_i)_{i \in I} d’éléments de E l’ensemble des indices i ∈ I tels que xi≠ex_i \neq e. Soit (xi)i∈I(x_i)_{i \in I} une famille à support fini d’éléments de E. Nous allons définir le composé ∏i∈Ixi\prod_{i \in I} x_i dans les deux cas suivants:

a) l’ensemble I est totalement ordonné; b) E est associatif et les xix_i sont permutables deux à deux.

Dans ces deux cas, soit S le support de la famille (xi)(x_i). Si J est une partie finie de I contenant S, on a ∏i∈Jxi=∏i∈Sxi\prod_{i \in J} x_i = \prod_{i \in S} x_i, comme on le voit par récurrence sur le nombre d’éléments de J, en appliquant le th. 1 (I, p. 4) dans le cas a) et le th. 3 (I, p. 9) dans le cas b). On note ∏i∈Ixi\prod_{i \in I} x_i la valeur commune des composés ∏i∈Jxi\prod_{i \in J} x_i pour toutes les parties finies de I contenant S. Lorsque I est l’intervalle [p,→)[p, \rightarrow) de N\mathbf{N}, on écrit aussi ∏i=p∞xi\prod_{i = p}^{\infty} x_i.

Avec ces définitions et notations, les théorèmes 1 (I, p. 4) et 3 (I, p. 9) du § 1 et les remarques qui suivent le th. 3 (I, p. 9 et p. 10) s’étendent aux familles à support fini.

L’élément neutre, pour une loi notée additivement, se note souvent 0 et s’appelle zéro ou élément nul (ou parfois origine). Pour une loi notée multiplicativement, il se note souvent 1 et s’appelle élément unité (ou unité).

2. Eléments simplifiables

Définition 4

Etant donnée une loi de composition ⊤\top sur un ensemble E, on appelle translation à gauche (resp. translation à droite) par un élément a∈Ea \in E, l’application x↦a⊤xx \mapsto a \top x (resp. x↦x⊤ax \mapsto x \top a) de E dans lui-même.

Par passage à la loi opposée, les translations à gauche deviennent translations à droite et réciproquement.

On note éventuellement γa\gamma_a, δa\delta_a (ou γ(a)\gamma(a), δ(a)\delta(a)) les translations à gauche et à droite par a∈Ea \in E; on a

γa(x)=a⊤x,δa(x)=x⊤a. \gamma_a(x) = a \top x, \qquad \delta_a(x) = x \top a.

Proposition 1

Si la loi ⊤\top est associative, on a, pour x∈Ex \in E et y∈Ey \in E,

γx⊤y=γx∘γy,δx⊤y=δy∘δx. \gamma_{x \top y} = \gamma_x \circ \gamma_y, \qquad \delta_{x \top y} = \delta_y \circ \delta_x.

En effet, pour tout z∈Ez \in E, on a:

γx⊤y(z)=(x⊤y)⊤z=x⊤(y⊤z)=γx(γy(z))δx⊤y(z)=z⊤(x⊤y)=(z⊤x)⊤y=δy(δx(z)). \begin{align*} \gamma_{x \top y}(z) &= (x \top y) \top z = x \top (y \top z) = \gamma_x(\gamma_y(z)) \\ \delta_{x \top y}(z) &= z \top (x \top y) = (z \top x) \top y = \delta_y(\delta_x(z)). \end{align*}

Autrement dit, l’application x↦γxx \mapsto \gamma_x est un homomorphisme du magma E dans l’ensemble EEE^E des applications de E dans lui-même, muni de la loi (f,g)↦f∘g(f, g) \mapsto f \circ g; l’application x↦δxx \mapsto \delta_x est un homomorphisme de E dans l’ensemble EEE^E muni de la loi opposée. Si E est un monoïde, ces homomorphismes sont unifères.

Définition 5

Un élément aa d’un magma EE est dit simplifiable (ou régulier) à gauche (resp. à droite) si la translation à gauche (resp. à droite) par aa est injective. Un élément simplifiable à gauche et à droite est appelé élément simplifiable (ou régulier).

Autrement dit, pour que aa soit simplifiable pour la loi τ\tau, il faut et il suffit que chacune des relations aτx=aτy,xτa=yτaa \tau x = a \tau y, x \tau a = y \tau a, entraîne x=yx = y (on dit qu’on peut « simplifier par aa » ces égalités). S’il existe un élément neutre ee pour la loi τ\tau, il est simplifiable pour cette loi : les translations γe\gamma_e et δe\delta_e sont alors l’application identique de EE sur lui-même.

Exemple 1

Tout entier naturel est simplifiable pour l’addition ; tout entier naturel ≠0\neq 0 est simplifiable pour la multiplication.

Exemple 2

Dans un ensemble ordonné réticulé, il ne peut y avoir d’autre élément simplifiable pour la loi sup que l’élément neutre (plus petit élément) s’il existe ; de même pour inf. En particulier, dans l’ensemble des parties d’un ensemble EE, ∅\varnothing est le seul élément simplifiable pour la loi ∪\cup, EE le seul élément simplifiable pour la loi ∩\cap.

Proposition 2

L’ensemble des éléments simplifiables (resp. simplifiables à gauche, resp. simplifiables à droite) d’un magma associatif est un sous-magma.

En effet, si γx\gamma_x et γy\gamma_y sont injectives, il en est de même de γxτy=γx∘γy\gamma_{x \tau y} = \gamma_x \circ \gamma_y (I, p. 14, prop. 1). De même pour δxτy\delta_{x \tau y}.

3. Eléments inversibles

Définition 6

Soient EE un magma unifère, τ\tau sa loi de composition, ee son élément neutre, xx et x′x' deux éléments de EE. On dit que x′x' est inverse à gauche (resp. inverse à droite, resp. inverse) de xx si l’on a x′τx=ex' \tau x = e (resp. xτx′=ex \tau x' = e, resp. x′τx=xτx′=ex' \tau x = x \tau x' = e).

On dit qu’un élément xx de EE est inversible à gauche (resp. inversible à droite, resp. inversible) s’il possède un inverse à gauche (resp. inverse à droite, resp. inverse).

Un monoïde dont tous les éléments sont inversibles s’appelle un groupe.

On dit parfois symétrique et symétrisable au lieu d’inverse et inversible. Lorsque la loi de EE est notée additivement, on dit généralement opposé au lieu d’inverse.

Exemple 1

Un élément neutre est son propre inverse.

Exemple 2

Dans l’ensemble des applications de EE dans EE, un élément ff est inversible à gauche (resp. inversible à droite) si ff est une injection (resp. surjection). Les inverses à gauche (resp. inverses à droite) sont alors les rétractions (resp. sections) associées à ff (E, II, p. 18, déf. 11). Pour que ff soit inversible, il faut et il suffit que ff soit une bijection. Son unique inverse est alors la bijection réciproque de ff.

Soient EE et FF deux magmas unifères, et ff un homomorphisme unifère de EE dans FF. Si x′x' est inverse de xx dans EE, f(x′)f(x') est inverse de f(x)f(x) dans FF. Par suite, si xx est un élément inversible de EE, f(x)f(x) est un élément inversible de FF.

En particulier, si RR est une relation d’équivalence compatible avec la loi d’un magma unifère E, l’image canonique dans E/R d’un élément inversible de E est inversible.

Proposition 3

Soient E un monoïde et x un élément de E.

(i) Pour que x soit inversible à gauche (resp. à droite), il faut et il suffit que la translation à droite (resp. à gauche) par x soit surjective.

(ii) Pour que x soit inversible, il faut et il suffit qu’il soit inversible à gauche et inversible à droite. Dans ce cas, x possède un unique inverse, qui est aussi son unique inverse à gauche (resp. à droite).

Si x' est un inverse à gauche de x, on a (I, p. 14, prop. 1)

δx∘δx′=δx′⊤x=δe=IdE \delta_x \circ \delta_{x'} = \delta_{x' \top x} = \delta_e = \mathrm{Id}_E
et δx\delta_x est surjective. Réciproquement, si δx\delta_x est surjective, il existe un élément x′x' de E tel que δx(x′)=e\delta_x(x') = e et x′x' est inverse à gauche de xx. On démontre de même l’autre assertion de (i).

Si x′x' (resp. x′′x'') est un inverse à gauche (resp. à droite) de xx, on a

x′=x′⊤e=x′⊤(x⊤x′′)=(x′⊤x)⊤x′′=e⊤x′′=x′′ x' = x' \top e = x' \top (x \top x'') = (x' \top x) \top x'' = e \top x'' = x''
d’où (ii).

Remarque

Soient E un monoïde et x un élément de E. Si x est inversible à gauche, il est simplifiable à gauche; en effet, si x′x' est un inverse à gauche de xx, on a

γx′∘γx=γx′⊤x=γe=IdE \gamma_{x'} \circ \gamma_x = \gamma_{x' \top x} = \gamma_e = \mathrm{Id}_E
et γx\gamma_x est injective. En particulier, si xx est inversible, les translations à gauche et à droite par xx sont bijectives. Réciproquement, supposons γx\gamma_x bijective; il existe x′∈Ex' \in E tel que xx′=γx(x′)=exx' = \gamma_x(x') = e; on a γx(x′x)=(xx′)x=x=γx(e)\gamma_x(x'x) = (xx')x = x = \gamma_x(e), donc x′x=ex'x = e, de sorte que xx est inversible. On voit de même que si δx\delta_x est bijective, xx est inversible.

Proposition 4

Soient E un monoïde, x et y deux éléments inversibles de E, d’inverses x′x' et y′y' respectivement. Alors y′⊤x′y' \top x' est inverse de x⊤yx \top y.

Cela résulte de la relation (y′⊤x′)⊤(x⊤y)=y′⊤(x′⊤x)⊤y=y′⊤y=e(y' \top x') \top (x \top y) = y' \top (x' \top x) \top y = y' \top y = e, et du calcul analogue pour (x⊤y)⊤(y′⊤x′)(x \top y) \top (y' \top x').

Corollaire 1

Soit E un monoïde; si chacun des éléments xαx_\alpha d’une séquence (xα)α∈A(x_\alpha)_{\alpha \in A} d’éléments de E a un inverse xα′x'_\alpha, le composé ∏α∈Axα\prod_{\alpha \in A} x_\alpha a pour inverse ∏α∈A′xα′\prod_{\alpha \in A'} x'_\alpha, où A′A' est l’ensemble totalement ordonné déduit de A en remplaçant l’ordre de A par l’ordre opposé.

On déduit ce corollaire de la prop. 4 en raisonnant par récurrence sur le nombre d’éléments de A.

En particulier, si xx et x′x' sont inverses, ⊤nx\top^n x et ⊤nx′\top^n x' sont inverses, pour tout entier n⩾0n \geqslant 0.

Corollaire 2

Dans un monoïde, l’ensemble des éléments inversibles est stable.

Proposition 5

Si, dans un monoïde, x et x' sont inverses, et si x commute avec y, alors x' commute avec y.

En effet, de x⊤y=y⊤xx \top y = y \top x, on tire x′⊤(x⊤y)⊤x′=x′⊤(y⊤x)⊤x′x' \top (x \top y) \top x' = x' \top (y \top x) \top x' puis (x′⊤x)⊤(y⊤x′)=(x′⊤y)⊤(x⊤x′)(x' \top x) \top (y \top x') = (x' \top y) \top (x \top x'), c’est-à-dire y⊤x′=x′⊤yy \top x' = x' \top y.

Corollaire 1

Soient E un monoïde, X une partie de E et X' le commutant de X. L’inverse de tout élément inversible de X' appartient à X'.

Corollaire 2

Dans un monoïde, l’inverse d’un élément central inversible est un élément central.

4. Monoïde des fractions d’un monoïde commutatif

Dans ce n°, on notera e l’élément neutre d’un monoïde E, et x∗x^* l’inverse d’un élément inversible x de E.

Soient E un monoïde commutatif, S une partie de E et S' le sous-monoïde de E engendré par S.

Lemme 1

Dans E×S′E \times S', la relation RRx,yR \mathbin{\mathscr{R}} x, y que voici: « il existe a, b dans E et p, q, s dans S' tels que x=(a,p),y=(b,q)x = (a, p), y = (b, q), et aqs=bpsaqs = bps » est une relation d’équivalence compatible avec la loi du monoïde produit E×S′E \times S'.

Il est immédiat que R est réflexive et symétrique. Soient x=(a,p),y=(b,q)x = (a, p), y = (b, q) et z=(c,r)z = (c, r) des éléments de E×S′E \times S' tels que l’on ait RRx,yR \mathbin{\mathscr{R}} x, y et RRy,zR \mathbin{\mathscr{R}} y, z. Il existe donc deux éléments s et t de S' tels que

aqs=bps,brt=cqt, aqs = bps, \qquad brt = cqt,
d’où l’on déduit
ar(stq)=bpsrt=cp(stq) ar(stq) = bpsrt = cp(stq)
donc RRx,zR \mathbin{\mathscr{R}} x, z, car stq appartient à S'. La relation R est donc transitive.

Soient par ailleurs x=(a,p),y=(b,q),x′=(a′,p′)x = (a, p), y = (b, q), x' = (a', p') et y′=(b′,q′)y' = (b', q') des éléments de E×S′E \times S' tels que l’on ait RRx,yR \mathbin{\mathscr{R}} x, y et RRx′,y′R \mathbin{\mathscr{R}} x', y'. Il existe s et s' dans S' tels que

aqs=bps,a′q′s′=b′p′s′ aqs = bps, \qquad a'q's' = b'p's'
d’où l’on déduit (aa′)(qq′)(ss′)=(bb′)(pp′)(ss′)(aa')(qq')(ss') = (bb')(pp')(ss'), donc RRxx′,yy′R \mathbin{\mathscr{R}} xx', yy' car ss' ∈S′\in S'. La relation d’équivalence R est donc compatible avec la loi de composition de E×S′E \times S'.

Le magma quotient (E×S′)/R(E \times S')/R est un monoïde commutatif.

Définition 7

Soient E un monoïde commutatif, S une partie de E et S' le sous-monoïde de E engendré par S. On note ESE_S et l’on appelle monoïde des fractions¹ de E associé à S (ou à dénominateurs dans S) le monoïde quotient (E×S′)/R(E \times S')/R, où la relation d’équivalence R est décrite comme dans le lemme 1.

Pour a∈Ea \in E et b∈S′b \in S', la classe de (a,p)(a, p) modulo R se note en général a/pa/p et

¹ On dit aussi monoïde des différences si la loi de E est notée additivement.

s’appelle la fraction de numératuer aa et dénominateur pp. On a donc par définition (a/p).(a′/p′)=aa′/pp′(a/p).(a'/p') = aa'/pp'. Les fractions a/pa/p et a′/p′a'/p' sont égales si et seulement s’il existe ss dans S′S' avec spa′=sp′aspa' = sp'a; s’il en est ainsi, il existe σ\sigma et σ′\sigma' dans S′S' avec aσ=a′σ′a\sigma = a'\sigma' et pσ=p′σ′p\sigma = p'\sigma'. En particulier, on a a/p=sa/spa/p = sa/sp pour a∈Aa \in A et s,ps, p dans S′S'. L’élément neutre de ESE_S est la fraction e/ee/e.

On posera a/e=ε(a)a/e = \varepsilon(a) pour tout a∈Ea \in E. Ce qui précède montre que ε\varepsilon est un homomorphisme de EE dans ESE_S, dit canonique. Pour tout p∈S′p \in S', on a (p/e).(e/p)=e/e(p/e).(e/p) = e/e, donc e/pe/p est inverse de ε(p)=p/e\varepsilon(p) = p/e; tout élément de ε(S′)\varepsilon(S') est donc inversible. On a a/p=(ε(a)(e/p))a/p = (\varepsilon(a)(e/p)), d’où

(1)(1)
a/p=ε(a).ε(p)∗ a/p = \varepsilon(a).\varepsilon(p)^*

pour a∈Aa \in A et p∈Sp \in S; le monoïde ESE_S est donc engendré par ε(E)∪ε(S)∗\varepsilon(E) \cup \varepsilon(S)^*.

Proposition 6

Les notations sont celles de la déf. 7 et ε\varepsilon désigne l’homomorphisme canonique de EE dans ESE_S.

(i) Soient aa et bb dans EE; pour qu’on ait ε(a)=ε(b)\varepsilon(a) = \varepsilon(b), il faut et il suffit qu’il existe s∈S′s \in S' avec sa=sbsa = sb.

(ii) Pour que ε\varepsilon soit injectif, il faut et il suffit que tout élément de SS soit simplifiable.

(iii) Pour que ε\varepsilon soit bijectif, il faut et il suffit que tout élément de SS soit inversible.

L’assertion (i) est claire, et entraîne que ε\varepsilon est injectif si et seulement si tout élément de S′S' est simplifiable; mais l’ensemble des éléments simplifiables de EE étant un sous-monoïde de EE (I, p. 15, prop. 2), il revient au même de dire que tout élément de SS est simplifiable.

Si ε\varepsilon est bijective, tout élément de SS est inversible, car ε(S)\varepsilon(S) se compose d’éléments inversibles de ESE_S. Réciproquement, supposons tout élément de SS inversible; alors tout élément de S′S' est inversible (I, p. 16, cor. 2), donc simplifiable. Alors ε\varepsilon est injectif d’après (ii) et l’on a a/p=ε(a.p∗)a/p = \varepsilon(a.p^*) d’après (1), donc ε\varepsilon est surjectif.

Théorème 1

Soient EE un monoïde commutatif, SS une partie de EE, ESE_S le monoïde de fractions associé à SS et ε:E→ES\varepsilon : E \to E_S l’homomorphisme canonique. Soit de plus ff un homomorphisme de EE dans un monoïde FF (non nécessairement commutatif ), tel que tout élément de f(S)f(S) soit inversible dans FF. Il existe un homomorphisme fˉ\bar{f} et un seul de ESE_S dans FF tel que f=fˉ∘εf = \bar{f} \circ \varepsilon.

Si fˉ\bar{f} est un homomorphisme de ESE_S dans FF tel que f=fˉ∘εf = \bar{f} \circ \varepsilon, on a fˉ(a/p)=fˉ(ε(a)ε(p)∗)=fˉ(ε(a))fˉ(ε(p))∗=f(a)f(p)∗\bar{f}(a/p) = \bar{f}(\varepsilon(a)\varepsilon(p)^*) = \bar{f}(\varepsilon(a))\bar{f}(\varepsilon(p))^* = f(a)f(p)^* pour a∈Ea \in E et p∈S′p \in S', d’où l’unicité de fˉ\bar{f}.

Soit gg l’application de E×S′E \times S' dans FF définie par g(a,p)=f(a).f(p)∗g(a, p) = f(a).f(p)^*. Montrons que gg est un homomorphisme de E×S′E \times S' dans FF. Tout d’abord, on a g(e,e)=f(e)f(e)∗=eg(e, e) = f(e)f(e)^* = e. Soient (a,p)(a, p) et (a′,p′)(a', p') deux éléments de E×S′E \times S'; comme a′a' et pp commutent dans EE, f(a′)f(a') et f(p)f(p) commutent dans FF, d’où f(a′)f(p)∗=∗(pf)f(a′)f(a')f(p)^* = *(pf)f(a') d’après I, p. 16, prop. 5. On a par ailleurs f(pp′)∗=f(p′p)∗=(f(p′)f(p))∗=f(p)∗f(p′)∗f(pp')^* = f(p'p)^* = (f(p')f(p))^* = f(p)^*f(p')^* d’après I, p. 16, prop. 4, d’où

g(aa′,pp′)=f(aa′)f(pp′)∗=f(a)f(a′)f(p)∗f(p′)∗=f(a)f(p)∗f(a′)f(p′)∗=g(a,p)g(a′,p′). g(aa', pp') = f(aa')f(pp')^* = f(a)f(a')f(p)^*f(p')^* = f(a)f(p)^*f(a')f(p')^* = g(a, p)g(a', p').

Montrons que gg est compatible avec la relation d’équivalence RR dans E×S′E \times S'; si (a,p)(a, p) et (a′,p′)(a', p') sont congrus mod. RR, il existe s∈S′s \in S' avec spa′=sap′spa' = sap', d’où f(s)f(p)f(a′)=f(s)f(a)f(p′)f(s)f(p)f(a') = f(s)f(a)f(p'). Comme f(s)f(s) est inversible, on en déduit f(p)f(a′)=f(a)f(p′)f(p)f(a') = f(a)f(p'), puis, après multiplication à gauche par f(p)∗f(p)^* et à droite par f(p′)∗f(p')^*,

g(a′,p′)=f(a′)f(p′)∗=f(p)∗f(a)=f(a)f(p)∗=g(a,p). g(a', p') = f(a')f(p')^* = f(p)^*f(a) = f(a)f(p)^* = g(a, p).

Il existe donc un homomorphisme f~\tilde{f} de ESE_S dans FF tel que f~(a/p)=g(a,p)\tilde{f}(a/p) = g(a, p) d’où f~(ε(a))=f~(a/e)=f(a)f(e)∗=f(a)\tilde{f}(\varepsilon(a)) = \tilde{f}(a/e) = f(a)f(e)^* = f(a). On a donc f~∘ε=f\tilde{f} \circ \varepsilon = f.

Corollaire

Soient EE et FF deux monoïdes commutatifs, SS et TT des parties de EE et FF respectivement, ff un homomorphisme de EE dans FF tel que f(S)⊂Tf(S) \subset T, et ε:E→ES,η:F→FT\varepsilon : E \to E_S, \eta : F \to F_T les homomorphismes canoniques. Il existe un homomorphisme g:ES→FTg : E_S \to F_T et un seul tel que g∘ε=η∘fg \circ \varepsilon = \eta \circ f.

En effet, l’homomorphisme η∘f\eta \circ f de EE dans FTF_T transforme tout élément de SS en un élément inversible de FTF_T.

Remarque 1

Le th. 1 peut encore s’énoncer en disant que (ES,ε)(E_S, \varepsilon) est solution du problème d’application universelle pour EE, relativement aux monoïdes, aux homomorphismes de monoïdes, et aux homomorphismes de EE dans les monoïdes qui transforment les éléments de SS en éléments inversibles (E, IV, p. 23). Il en résulte (loc. cit.) que toute autre solution de ce problème est isomorphe de façon unique à (ES,ε)(E_S, \varepsilon).

Remarque 2

Pour l’existence d’une solution du problème d’application universelle ci-dessus, il est inutile de supposer le monoïde EE commutatif, ainsi qu’il résulte de E, IV, p. 23 et p. 24 (cf. I p. 121, exerc. 17).

Mentionnons deux cas particuliers importants de monoïdes de fractions.

a) Soit E‾=EE\overline{E} = E_E. Comme le monoïde E‾\overline{E} est engendré par l’ensemble ε(E)∪ε(E)∗\varepsilon(E) \cup \varepsilon(E)^* qui se compose d’éléments inversibles, tout élément de E‾\overline{E} est inversible (I, p. 16, cor. 2). Autrement dit, E‾\overline{E} est un groupe commutatif. De plus d’après le th. 1, tout homomorphisme ff de EE dans un groupe GG se factorise de manière unique sous la forme f=f~∘εf = \tilde{f} \circ \varepsilon où f~:E‾→G\tilde{f} : \overline{E} \to G est un homomorphisme. On dit que E‾\overline{E} est le groupe des fractions de EE (ou groupe des différences de EE dans le cas de la notation additive).

b) Soit Φ=EΣ\Phi = E_\Sigma, où Σ\Sigma se compose des éléments simplifiables de EE. D’après I, p. 18, prop. 6, (ii), l’homomorphisme canonique de EE dans Φ\Phi est injectif; on en profitera pour identifier EE à son image dans Φ\Phi. Par suite, EE est un sous-monoïde de Φ\Phi, tout élément simplifiable de EE a un inverse dans Φ\Phi, et tout élément de Φ\Phi est de la forme a/p=a.p∗a/p = a.p^* avec a∈Ea \in E et p∈Σp \in \Sigma; on a a/p=a′/p′a/p = a'/p' si et seulement si l’on a ap′=pa′ap' = pa'. On voit facilement que les éléments inversibles de Φ\Phi sont les fractions a/pa/p avec aa et pp simplifiables et que p/ap/a est l’inverse de a/pa/p.

Soit maintenant S un ensemble d’éléments simplifiables de E, et soit S’ le sous-monoïde de E engendré par S. Si a/pa/p et a′/p′a'/p' sont deux éléments de ESE_S, on a a/p=a′/p′a/p = a'/p' si et seulement si ap′=pa′ap' = pa' (car sap′=spa′sap' = spa' entraîne ap′=pa′ap' = pa' pour tout s∈S′s \in S'). On peut donc identifier ESE_S au sous-monoïde de Φ\Phi engendré par E∪S∗E \cup S^*.

Lorsque tout élément de E est simplifiable, on a Φ=E‾\Phi = \overline{E} et E est un sous-monoïde du groupe commutatif Φ\Phi. Inversement, si E est isomorphe à un sous-monoïde d’un groupe, tout élément de E est simplifiable.

5. Applications : I. Entiers rationnels

Considérons le monoïde commutatif N\mathbf{N} des entiers naturels, la loi de composition étant l’addition ; tous les éléments de N\mathbf{N} sont simplifiables pour cette loi (E, III, p. 37, cor. 3). Le groupe des différences de N\mathbf{N} se note Z\mathbf{Z}; ses éléments sont appelés les entiers rationnels ; sa loi s’appelle addition des entiers rationnels et se note encore ++ . L’homomorphisme canonique de N\mathbf{N} dans Z\mathbf{Z} est injectif, et nous identifierons chaque élément de N\mathbf{N} à son image dans Z\mathbf{Z}. Les éléments de Z\mathbf{Z} sont, par définition, les classes d’équivalence déterminées dans N×N\mathbf{N} \times \mathbf{N} par la relation m1+n2=m2+n1m_1 + n_2 = m_2 + n_1 entre (m1,n1)(m_1, n_1) et (m2,n2)(m_2, n_2); un élément mm de N\mathbf{N} est identifié avec la classe formée des éléments (m+n,n)(m + n, n) où n∈Nn \in \mathbf{N}; il admet pour opposé dans Z\mathbf{Z} la classe des éléments (n,m+n)(n, m + n). Tout élément (p,q)(p, q) de N×N\mathbf{N} \times \mathbf{N} peut s’écrire sous la forme (m+n,n)(m + n, n) si p≥qp \geq q, sous la forme (n,m+n)(n, m + n) si p≤qp \leq q; il s’ensuit que Z\mathbf{Z} est la réunion de N\mathbf{N} et de l’ensemble des opposés des éléments de N\mathbf{N}. L’élément neutre 0 est le seul élément de N\mathbf{N} dont l’opposé appartienne à N\mathbf{N}.

Pour tout entier naturel mm, on note −m-m l’entier rationnel opposé de mm, et on note −N-\mathbf{N} l’ensemble des éléments −m-m pour m∈Nm \in \mathbf{N}. On a

Z=N∪(−N)etN∩(−N)={0}. \mathbf{Z} = \mathbf{N} \cup (-\mathbf{N}) \quad \text{et} \quad \mathbf{N} \cap (-\mathbf{N}) = \{0\}.

Pour m∈Nm \in \mathbf{N}, on a m=−mm = -m si et seulement si m=0m = 0.

Soient mm et nn deux entiers naturels ; a) si m≥nm \geq n, on a m+(−n)=pm + (-n) = p, où pp est l’élément de N\mathbf{N} tel que m=n+pm = n + p; b) si m≤nm \leq n, on a m+(−n)=−pm + (-n) = -p, où pp est l’élément de N\mathbf{N} tel que m+p=nm + p = n; c) on a (−m)+(−n)=−(m+n)(-m) + (-n) = -(m + n).

Les propriétés b) et c) résultent de I, p. 16, prop. 4; comme Z=N∪(−N)\mathbf{Z} = \mathbf{N} \cup (-\mathbf{N}), l’addition de N\mathbf{N} et les propriétés a), b) et c) caractérisent entièrement l’addition de Z\mathbf{Z}.

Plus généralement on désigne par −x-x l’opposé d’un entier rationnel quelconque xx; le composé x+(−y)x + (-y) se note, de façon abrégée, x−yx - y (cf. I, p. 23).

La relation d’ordre ≤\leq entre entiers naturels est caractérisée par la propriété suivante : on a m≤nm \leq n si et seulement s’il existe un entier p∈Np \in \mathbf{N} tel que m+p=nm + p = n (E, III, p. 29, prop. 13 et p. 36, prop. 2). La relation y−x∈Ny - x \in \mathbf{N} entre entiers rationnels xx et yy est une relation d’ordre total sur Z\mathbf{Z}, qui prolonge la relation d’ordre ≤\leq sur N\mathbf{N}. En effet, pour tout x∈Zx \in \mathbf{Z}, on a x−x=0∈Nx - x = 0 \in \mathbf{N}; si y−x∈Ny - x \in \mathbf{N} et z−y∈Nz - y \in \mathbf{N}, on a z−x=(z−y)+(y−x)∈Nz - x = (z - y) + (y - x) \in \mathbf{N} car N\mathbf{N} est stable pour l’addition; si y−x∈Ny - x \in \mathbf{N} et x−y∈Nx - y \in \mathbf{N}, on a y−x=0y - x = 0, car 0 est le seul élément de N\mathbf{N} dont l’opposé appartienne à N\mathbf{N}; quels que soient les entiers rationnels xx et yy, on a y−x∈Ny - x \in \mathbf{N} ou x−y∈Nx - y \in \mathbf{N}, car Z=N∪(−N)\mathbf{Z} = \mathbf{N} \cup (-\mathbf{N}); enfin si xx et yy sont des entiers naturels, on a y−x∈Ny - x \in \mathbf{N} si et seulement s’il existe p∈Np \in \mathbf{N} tel que x+p=yx + p = y. Cette relation d’ordre est encore notée ≤\leq.

Lorsqu’on considérera désormais Z\mathbf{Z} comme un ensemble ordonné, il s’agira toujours, sauf mention expresse du contraire, de l’ordre qui vient d’être défini; les entiers naturels sont identifiés aux entiers ≥0\geq 0: on les appelle encore entiers positifs; les entiers ≤0\leq 0, opposés des entiers positifs, sont dits entiers négatifs; les entiers >0> 0 (resp. <0< 0) sont dits strictement positifs (resp. strictement négatifs); l’ensemble des entiers >0> 0 se note parfois N∗\mathbf{N}^*.

Soient xx, yy et zz trois entiers rationnels; on a x≤yx \leq y si et seulement si x+z≤y+zx + z \leq y + z. En effet x−y=(x+z)−(y+z)x - y = (x + z) - (y + z). On exprime cette propriété en disant que la relation d’ordre de Z\mathbf{Z} est invariante par translation.

6. Applications: II. Multiplication des entiers rationnels

Lemme 2

Soient E un monoïde et x un élément de E.

(i) Il existe un unique homomorphisme f de N\mathbf{N} dans E tel que f(1)=xf(1) = x, et l’on a f(x)=n⊤xf(x) = \frac{n}{\top} x pour tout n∈Nn \in \mathbf{N}.

(ii) Si x est inversible, il existe un unique homomorphisme g de Z\mathbf{Z} dans E tel que g(1)=xg(1) = x et g coïncide avec f dans N\mathbf{N}.

Posons f(n)=n⊤xf(n) = \frac{n}{\top} x pour tout n∈Nn \in \mathbf{N}; les formules 0⊤x=e\frac{0}{\top} x = e et (m⊤x)⊤(n⊤x)=m+n⊤x(\frac{m}{\top} x) \top (\frac{n}{\top} x) = \frac{m+n}{\top} x (I, p. 13) expriment que ff est un homomorphisme de N\mathbf{N} dans E, et l’on a évidemment f(1)=xf(1) = x. Si f′f' est un homomorphisme de N\mathbf{N} dans E tel que f′(1)=xf'(1) = x, on a f=f′f = f' d’après I, p. 6, prop. 1 (iv).

Supposons xx inversible. D’après I, p. 16, cor. 2, f(n)=n⊤xf(n) = \frac{n}{\top} x est inversible pour tout entier n≥0n \geq 0. Par construction, Z\mathbf{Z} est le groupe des différences de N\mathbf{N}, donc (I, p. 18, th. 1), ff se prolonge de manière unique en un homomorphisme gg de Z\mathbf{Z} dans E. Si g′g' est un homomorphisme de Z\mathbf{Z} dans E tel que g′(1)=xg'(1) = x, la restriction f′f' de g′g' à N\mathbf{N} est un homomorphisme de N\mathbf{N} dans E tel que f′(1)=xf'(1) = x. On a donc f′=ff' = f, d’où g′=gg' = g.

Nous appliquerons le lemme 2 au cas où le monoïde E est Z\mathbf{Z}; pour tout entier m∈Zm \in \mathbf{Z}, il existe donc un endomorphisme fmf_m de Z\mathbf{Z} caractérisé par fm(1)=mf_m(1) = m. Lorsque m∈Nm \in \mathbf{N}, l’application n↦mnn \mapsto mn de N\mathbf{N} dans N\mathbf{N} est un endomorphisme du magma N\mathbf{N} (E, III, p. 27, corollaire); donc fm(n)=mnf_m(n) = mn pour m,nm, n dans N\mathbf{N}.

On peut donc prolonger la multiplication dans N\mathbf{N} en une multiplication dans \textbf{Z} par la formule mn=fm(n)mn = f_m(n) pour m,nm, n dans Z\mathbf{Z}. Nous allons établir les formules:

(2)

xy=yx xy = yx
(3)
(xy)z=x(yz) (xy)z = x(yz)
(4)
x(y+z)=xy+xz x(y + z) = xy + xz
(5)
(x+y)z=xz+yz (x + y)z = xz + yz
(6)
0.x=x.0=0 0.x = x.0 = 0
(7)
1.x=x.1=x 1.x = x.1 = x
(8)
(−1).x=x.(−1)=−x (-1).x = x.(-1) = -x

pour x,y,zx, y, z dans Z\mathbf{Z}. (Autrement dit, Z\mathbf{Z} est un anneau commutatif.) Les formules x(y+z)=xy+xzx(y + z) = xy + xz et x.0=0x.0 = 0 expriment que fxf_x est un endomorphisme du monoïde additif Z\mathbf{Z} et fx(1)=xf_x(1) = x s’écrit x.1=xx.1 = x. L’endomorphisme fx∘fyf_x \circ f_y de Z\mathbf{Z} transforme 1 en xyxy, donc est égal à fxyf_{xy}, d’où (3). On a fx(−y)=−fx(y)f_x(-y) = -f_x(y), c’est-à-dire x(−y)=−xyx(-y) = -xy; de même, l’endomorphisme y↦−xyy \mapsto -xy de Z\mathbf{Z} transforme 1 en −x-x d’où (−x)y=−xy(-x)y = -xy, et par suite (−x)(−y)=−(x(−y))=−(−xy)=xy(-x)(-y) = -(x(-y)) = -(-xy) = xy. Pour m,nm, n dans N\mathbf{N}, on a mn=nmmn = nm (E, III, p. 27, corollaire) d’où (−m)n=n(−m)(-m)n = n(-m) et (−m)(−n)=(−n)(−m)(-m)(-n) = (-n)(-m); comme Z=N∪(−N)\mathbf{Z} = \mathbf{N} \cup (-\mathbf{N}), on a donc xy=yxxy = yx pour x,yx, y dans Z\mathbf{Z}, et cette formule permet de déduire (5) de (4) et de compatible compléter les formules (6) à (8).

7. Applications: III. Puissances généralisées

Soit E un monoïde, d’élément neutre ee, de loi de composition notée ⊤\top. Si xx est inversible dans E, soit gxg_x l’homomorphisme de Z\mathbf{Z} dans E appliquant 1 sur xx. On pose gx(n)=n⊤xg_x(n) = \frac{n}{\top} x pour tout n∈Zn \in \mathbf{Z}; d’après le lemme 2 (I, p. 21), cette notation est compatible pour n∈Nn \in \mathbf{N} avec la notation introduite antérieurement. On a

(9)

m+n⊤x=(m⊤x)⊤(n⊤x) \frac{m+n}{\top} x = (\frac{m}{\top} x) \top (\frac{n}{\top} x)
(10)
0⊤x=e \frac{0}{\top} x = e
(11)
1⊤x=x \frac{1}{\top} x = x

pour xx inversible dans E et m,nm, n dans Z\mathbf{Z}. De plus, si y=m⊤xy = \frac{m}{\top} x, l’application n↦gx(mn)n \mapsto g_x(mn) de Z\mathbf{Z} dans E est un homomorphisme appliquant 1 sur yy, d’où gx(mn)=gy(n)g_x(mn) = g_y(n), c’est-à-dire

(12)

mn⊤x=n⊤(m⊤x). \frac{mn}{\top} x = \frac{n}{\top} (\frac{m}{\top} x).

Comme −1-1 est opposé de 1 dans Z\mathbf{Z}, −1⊤x\frac{-1}{\top} x est l’inverse de x=1⊤xx = \frac{1}{\top} x dans E. Si l’on fait n=−mn = -m dans (9) on voit que −m⊤x\frac{-m}{\top} x est l’inverse de m⊤x\frac{m}{\top} x.

8. Notations

a) Le plus souvent, on note additivement la loi d’un monoïde commutatif. On convient alors que −x-x désigne l’opposé de xx. On écrit de manière abrégée x−yx - y pour x+(−y)x + (-y) et de même

x+y−z,x−y−z,x−y+z−t,etc.… x + y - z, \quad x - y - z, \quad x - y + z - t, \quad \text{etc.} \ldots

représentent respectivement

x+y+(−z), x+(−y)+(−z), x+(−y)+z+(−t), etc.… x + y + (-z), \ x + (-y) + (-z), \ x + (-y) + z + (-t), \text{ etc.} \ldots

Pour n∈Zn \in \mathbf{Z}, la notation ⊤nx\overset{n}{\top} x se remplace par nxnx. Les formules (9) à (12) (I. p. 22) se traduisent par

(13)

(m+n).x=m.x+n.x (m + n) . x = m . x + n . x
(14)
0.x=0 0 . x = 0
(15)
1.x=x 1 . x = x
(16)
m.(n.x)=(mn).x m . (n . x) = (mn) . x

où mm et nn appartiennent à N\mathbf{N} ou même à Z\mathbf{Z} si xx admet un opposé. On a aussi dans ce dernier cas la relation (−1).x=−x(-1) . x = -x. Notons encore la formule

(17)

n.(x+y)=nx+ny. n . (x + y) = nx + ny.

b) Soit EE un monoïde noté multiplicativement. Pour n∈Zn \in \mathbf{Z}, la notation ⊤nx\overset{n}{\top} x se remplace par xnx^n. On a les relations

xm+n=xm.xnx0=1x1=x(xm)n=xmn x^{m+n} = x^m . x^n \\ x^0 = 1 \\ x^1 = x \\ (x^m)^n = x^{mn}

et aussi (xy)n=xnyn(xy)^n = x^ny^n si xx et yy commutent.

Lorsque xx a un inverse, celui-ci n’est autre que x−1x^{-1}. On écrit aussi 1x\frac{1}{x} au lieu de x−1x^{-1}. Enfin, lorsque le monoïde EE est commutatif, on écrit aussi xy\frac{x}{y} ou x/yx/y pour xy−1xy^{-1}.

Exercices

See the exercises for § 2.

Transcribed from the printed volume. Not translated.