Bourbaki

§ 3. Actions

1. Actions

Définition 1

Soient Ω\Omega et EE deux ensembles. On appelle action de Ω\Omega sur EE une application de Ω\Omega dans l’ensemble EEE^E des applications de EE dans lui-même.

Soit α↦fα\alpha \mapsto f_\alpha une action de Ω\Omega sur E. On dit que l’application (α,x)↦fα(x)(\alpha, x) \mapsto f_\alpha(x) (resp. (x,α)↦fα(x)(x, \alpha) \mapsto f_\alpha(x)) est la loi d’action à gauche (resp. à droite) de Ω\Omega sur E associée à l’action donnée1^1 de Ω\Omega sur E. Etant donnée une application g de Ω×E\Omega \times E (resp. E×ΩE \times \Omega) dans E, il existe une action α↦fα\alpha \mapsto f_\alpha de Ω\Omega dans E et une seule telle que la loi d’action à gauche (resp. à droite) associée soit g (E, II, p. 31, prop. 3).

Dans ce chapitre, nous dirons pour abréger « loi d’action » au lieu de « loi d’action à gauche ». L’élément fα(x)f_\alpha(x) de E (pour α∈Ω\alpha \in \Omega et x∈Ex \in E), est parfois appelé le transformé de x par α\alpha ou le composé de α\alpha et de x. Pour le désigner, on emploie souvent la notation multiplicative à gauche α.x\alpha.x (resp. à droite x.αx.\alpha), le point pouvant être omis; le composé de α\alpha et de xx s’appelle alors le produit de α\alpha et de xx (resp. de xx et de α\alpha). On emploie aussi la notation exponentielle xαx^\alpha. Dans les raisonnements des paragraphes suivants, nous utiliserons ordinairement la notation α⊥x\alpha \perp x. Les éléments de Ω\Omega sont souvent appelés opérateurs.

Exemple 1

Soit E un magma associatif, noté multiplicativement. L’application qui, à un entier n strictement positif, fait correspondre l’application x↦xnx \mapsto x^n de E dans lui-même, est une action de N∗\mathbf{N}^* sur E. Si E est un groupe, l’application qui, à un entier rationnel a, fait correspondre l’application x↦xax \mapsto x^a de E dans E, est une action de Z\mathbf{Z} sur E.

Exemple 2

Soit E un magma, de loi notée ⊤\top. L’application qui, à un élément x∈Ex \in E, fait correspondre l’application A↦x⊤AA \mapsto x \top A de l’ensemble des parties de E dans lui-même, est une action de E sur P(E)\mathscr{P}(E).

Exemple 3

Soit E un ensemble. L’application identique de EEE^E est une action de EEE^E sur E, dite action canonique. La loi d’action correspondante est l’application (f,x)↦f(x)(f, x) \mapsto f(x) de EE×EE^E \times E dans E.

Exemple 4

Soit (Ωi)i∈I(\Omega_i)_{i \in I} une famille d’ensembles. Pour tout i∈Ii \in I, soit fi:Ωi→EEf_i : \Omega_i \to E^E une action de Ωi\Omega_i sur E. Soit Ω\Omega la somme des Ωi\Omega_i (E, II, p. 30). L’application f de Ω\Omega dans EEE^E prolongeant les fif_i est une action de Ω\Omega sur E. Ceci permet de ramener la considération de familles d’actions à celle d’une seule action.

Exemple 5

Etant données une action de Ω\Omega sur E de loi notée ⊥\perp, une partie Ξ\Xi de Ω\Omega et une partie X de E, on désigne par Ξ⊥X\Xi \perp X l’ensemble des α⊥x\alpha \perp x pour α∈Ξ\alpha \in \Xi et x∈Xx \in X; lorsque Ξ\Xi est réduite à un élément α\alpha, on écrit généralement α⊥X\alpha \perp X au lieu de {α}⊥X\{\alpha\} \perp X. L’application qui, à α∈Ω\alpha \in \Omega, fait correspondre l’application X↦α⊥XX \mapsto \alpha \perp X est une action de Ω\Omega sur P(E)\mathscr{P}(E), dite déduite de l’action donnée par extension à l’ensemble des parties.

Exemple 6

Soit α↦fα\alpha \mapsto f_\alpha une action de Ω\Omega sur E. Soit g une application de Ω′\Omega' dans Ω\Omega. Alors l’application β↦fg(β)\beta \mapsto f_{g(\beta)} est une action de Ω′\Omega' sur E.

Exemple 7

Soit f:E×E→Ef : E \times E \to E une loi de composition sur un ensemble E. L’application γ:x↦γx\gamma : x \mapsto \gamma_x (resp. δ:x↦δx\delta : x \mapsto \delta_x) (I, p. 14) qui, à un élément x∈Ex \in E fait correspondre la translation à gauche (resp. à droite) par xx, est une action de E sur lui-même; on l’appelle l’action à gauche (resp. à droite) de E sur lui-même déduite de la loi donnée. Lorsque ff est commutative, ces deux actions coïncident.

La loi d’action à gauche (resp. à droite) associée à γ\gamma est ff (resp. la loi opposée à ff). La loi d’action à droite (resp. à gauche) associée à δ\delta est ff (resp. la loi opposée à ff).

Soient Ω,E,F\Omega, E, F des ensembles, α↦fα\alpha \mapsto f_\alpha une action de Ω\Omega sur E, α↦gα\alpha \mapsto g_\alpha une action de Ω\Omega sur F. On appelle Ω\Omega-morphismisme de E dans F, ou application de E dans F compatible avec les actions de Ω\Omega, une application h de E dans F telle que

gα(h(x))=h(fα(x)) g_\alpha(h(x)) = h(f_\alpha(x))

1 Ou parfois la loi de composition externe sur E ayant Ω\Omega comme ensemble d’opérateurs.

quels que soient α∈Ω\alpha \in \Omega et x∈Ex \in E. Le composé de deux Ω\Omega-morphismes est un Ω\Omega-morphisme.

Soient Ω,Ξ,E,F\Omega, \Xi, E, F des ensembles, α↦fα\alpha \mapsto f_\alpha une action de Ω\Omega dans EE, β↦gβ\beta \mapsto g_\beta une action de Ξ\Xi dans FF, φ\varphi une application de Ω\Omega dans Ω′\Omega'. On appelle φ\varphi-morphism de EE dans FF une application hh de EE dans FF telle que

gφ(α)(h(x))=h(fα(x)) g_{\varphi(\alpha)}(h(x)) = h(f_\alpha(x))

quels que soient α∈Ω\alpha \in \Omega et x∈Ex \in E.

2. Parties stables pour une action. Action induite

Définition 2

Une partie A d’un ensemble E est dite stable pour une action α↦fα\alpha \mapsto f_\alpha de Ω\Omega sur E si l’on a fα(A)⊂Af_\alpha(A) \subset A pour tout α∈Ω\alpha \in \Omega. Un élément x de E est dit invariant par un élément α\alpha de Ω\Omega si fα(x)=xf_\alpha(x) = x.

L’intersection d’une famille de parties stables de E pour une action donnée est stable. Il existe donc une plus petite partie stable de E contenant une partie X donnée; elle est dite engendrée par X; elle se compose des éléments (fα1∘fα2∘⋯∘fαn)(x)(f_{\alpha_1} \circ f_{\alpha_2} \circ \cdots \circ f_{\alpha_n})(x), où x∈X,n⩾0,αi∈Ωx \in X, n \geqslant 0, \alpha_i \in \Omega pour tout i.

Remarque

Soit E un magma, de loi notée τ\tau. On prendra garde qu’une partie A de E stable pour l’action à gauche de E sur lui-même n’est pas nécessairement stable pour l’action à droite de E sur lui-même; une partie A de E stable pour l’action à gauche (resp. à droite) de E sur lui-même, est stable pour la loi de E, mais la réciproque est en général inexacte. Plus précisément, A est stable pour la loi de E si et seulement si l’on a AτA⊂AA \tau A \subset A, alors que A est stable pour l’action à gauche (resp. à droite) de E sur lui-même si et seulement si l’on a EτA⊂AE \tau A \subset A (resp. AτE⊂AA \tau E \subset A).

Exemple

Prenons pour magma E l’ensemble N\mathbf{N} muni de la multiplication. L’ensemble {1}\{1\} est stable pour la loi interne de N\mathbf{N}, mais la partie stable pour l’action de N\mathbf{N} sur lui-même engendrée par {1}\{1\} est N\mathbf{N} tout entier.

Définition 3

Soient α↦fα\alpha \mapsto f_\alpha une action de Ω\Omega sur E, A une partie stable de E. L’application qui, à un élément α∈Ω\alpha \in \Omega, fait correspondre la restriction de fαf_\alpha à A (considérée comme application de A dans lui-même), est une action de Ω\Omega sur A dite induite par l’action donnée.

3. Action quotient

Définition 4

Soit α↦fα\alpha \mapsto f_\alpha une action d’un ensemble Ω\Omega sur un ensemble E. On dit qu’une relation d’équivalence R dans E est compatible avec l’action donnée si, quels que soient les éléments x et y de E tels que x≡y(modR)x \equiv y \pmod{R} et quel que soit α∈Ω\alpha \in \Omega, on a fα(x)≡fα(y)(modR)f_\alpha(x) \equiv f_\alpha(y) \pmod{R}. L’application qui, à un élément α∈Ω\alpha \in \Omega, associe l’application de E/RE/R dans lui-même déduite de fαf_\alpha par passage aux quotients, est une action de Ω\Omega sur E/RE/R, appelée quotient de l’action de Ω\Omega sur E.

Soit E un magma et soit R une relation d’équivalence sur E. On dit que R est compatible à gauche (resp. à droite) avec la loi de E si elle est compatible avec l’action à gauche (resp. à droite) de E sur lui-même déduite de la loi de E. Pour que R soit compatible avec la loi de E, il faut et il suffit qu’elle soit compatible à gauche et à droite avec la loi de E.

Nous laissons au lecteur le soin d’énoncer et de démontrer les analogues des prop. 6, 7 et 8 de I, p. 11.

4. Distributivité

Définition 5

Soient E1,…,EnE_1, \ldots, E_n et F des ensembles et u une application de E1×…×EnE_1 \times \ldots \times E_n dans F. Soit i∈{1,n}i \in \{1, n\}. Supposons EiE_i et F munis de structures de magmas. On dit que u est distributive relativement à la variable d’indice i si l’application partielle

xi↦u(a1,…,ai−1,xi,ai+1,…,an) x_i \mapsto u(a_1, \ldots, a_{i-1}, x_i, a_{i+1}, \ldots, a_n)

est un homomorphisme de EiE_i dans F quels que soient les aja_j fixés dans EjE_j pour j≠ij \neq i.

Si l’on note ⊤\top les lois internes dans EiE_i et F, la distributivité de u se traduit par les formules

(1)

u(a1,…,ai−1,xi⊤xi′,ai+1,…,an)=u(a1,…,ai−1,xi,ai+1,…,an)⊤u(a1,…,ai−1,xi′,ai+1,…,an) u(a_1, \ldots, a_{i-1}, x_i \top x'_i, a_{i+1}, \ldots, a_n) = u(a_1, \ldots, a_{i-1}, x_i, a_{i+1}, \ldots, a_n) \top u(a_1, \ldots, a_{i-1}, x'_i, a_{i+1}, \ldots, a_n)
pour a1∈E1,…,ai−1∈Ei−1,xi∈Ei,xi′∈Ei,ai+1∈Ei+1,…,an∈Ena_1 \in E_1, \ldots, a_{i-1} \in E_{i-1}, x_i \in E_i, x'_i \in E_i, a_{i+1} \in E_{i+1}, \ldots, a_n \in E_n.

Exemple

Soient E un monoïde (resp. un groupe), noté multiplicativement. L’application (n,x)↦xn(n, x) \mapsto x^n de N×E\mathbf{N} \times E (resp. Z×E\mathbf{Z} \times E) dans E est distributive par rapport à la première variable d’après la formule xm+n=xmxnx^{m+n} = x^m x^n (on munit N\mathbf{N} de l’addition). Si E est commutatif, cette application est distributive par rapport à la deuxième variable d’après la formule (xy)n=xnyn(xy)^n = x^n y^n.

Proposition 1

Soient E1,E2,…,EnE_1, E_2, \ldots, E_n et F des monoïdes commutatifs notés additivement et soit u une application de E1×…×EnE_1 \times \ldots \times E_n dans F, distributive par rapport à toutes les variables. Pour chaque i∈{1,n}i \in \{1, n\}, soient LiL_i un ensemble fini non vide et (xi,λ)λ∈Li(x_{i,\lambda})_{\lambda \in L_i} une famille d’éléments de EiE_i. On pose yi=∑λ∈Lixi,λy_i = \sum_{\lambda \in L_i} x_{i,\lambda} pour i∈{1,n}i \in \{1, n\}. On a

(2)

u(y1,…,yn)=∑αu(x1,α1,…,xn,αn) u(y_1, \ldots, y_n) = \sum_{\alpha} u(x_{1,\alpha_1}, \ldots, x_{n,\alpha_n})
la somme étant étendue aux suites α=(α1,…,αn)\alpha = (\alpha_1, \ldots, \alpha_n) appartenant à L1×⋯×LnL_1 \times \cdots \times L_n.

On raisonne par récurrence sur n, le cas n=1n = 1 résultant de la formule (2) de I, p. 4. D’après la même référence, on a

(3)

u(y1,…,yn−1,yn)=∑αn∈Lnu(y1,…,yn−1,xn,αn) u(y_1, \ldots, y_{n-1}, y_n) = \sum_{\alpha_n \in L_n} u(y_1, \ldots, y_{n-1}, x_{n,\alpha_n})
car yn=∑αn∈Lnxn,αny_n = \sum_{\alpha_n \in L_n} x_{n,\alpha_n} et l’application z↦u(y1,…,yn−1,z)z \mapsto u(y_1, \ldots, y_{n-1}, z) de EnE_n dans F est un homomorphisme de magmas. Par l’hypothèse de récurrence utilisée pour les applications distributives (z1,…,zn−1)↦u(z1,…,zn−1,xn,αn)(z_1, \ldots, z_{n-1}) \mapsto u(z_1, \ldots, z_{n-1}, x_n, \alpha_n) de E1×⋯×En−1E_1 \times \cdots \times E_{n-1} dans FF, on a

(4)

u(y1,…,yn−1,xn,αn)=∑α1,…,αn−1u(x1,α1,…,xn−1,αn−1,xn,αn), u(y_1, \ldots, y_{n-1}, x_n, \alpha_n) = \sum_{\alpha_1, \ldots, \alpha_{n-1}} u(x_1, \alpha_1, \ldots, x_{n-1}, \alpha_{n-1}, x_n, \alpha_n),
la somme étant étendue aux suites (α1,…,αn−1)(\alpha_1, \ldots, \alpha_{n-1}) appartenant à M=L1×⋯×Ln−1M = L_1 \times \cdots \times L_{n-1}. Or on a L1×⋯×Ln=M×LnL_1 \times \cdots \times L_n = M \times L_n; posant tα1,…,αn=u(x1,α1,…,xn,αn)t_{\alpha_1, \ldots, \alpha_n} = u(x_1, \alpha_1, \ldots, x_n, \alpha_n), on a

(5)

∑α1,…,αntα1,…,αn=∑αn(∑α1,…,αn−1tα1,…,αn−1,αn) \sum_{\alpha_1, \ldots, \alpha_n} t_{\alpha_1, \ldots, \alpha_n} = \sum_{\alpha_n} \left( \sum_{\alpha_1, \ldots, \alpha_{n-1}} t_{\alpha_1, \ldots, \alpha_{n-1}, \alpha_n} \right)
d’après la formule (7) de I, p. 9. On déduit immédiatement (2) de (3), (4) et (5).

Remarque

Si l’on a u(a1,…,ai−1,0,ai+1,…,an)=0u(a_1, \ldots, a_{i-1}, 0, a_{i+1}, \ldots, a_n) = 0 pour i∈{1,n}i \in \{1, n\} et aj∈Eja_j \in E_j (j≠ij \neq i), alors la formule (2) reste valable pour des familles (xi,λ)λ∈Li(x_i, \lambda)_{\lambda \in L_i} à support fini.

Un cas particulier de la déf. 5 est celui où uu est la loi d’action associée à une action d’un ensemble Ω\Omega sur un magma EE. Si uu est distributive par rapport à la seconde variable, on dit encore que l’action de Ω\Omega sur le magma EE est distributive. En d’autres termes:

Définition 6

On dit qu’une action* α↦fα\alpha \mapsto f_\alpha d’un ensemble Ω\Omega sur un magma EE est distributive si, pour tout α∈Ω\alpha \in \Omega, l’application fαf_\alpha est un endomorphisme du magma EE.

Si l’on note ⊤\top la loi du magma EE et ⊥\perp la loi d’action associée à l’action de Ω\Omega sur EE, la distributivité de celle-ci se traduit donc par la formule

(6)

α⊥(x⊤y)=(α⊥x)⊤(α⊥y)(pour α∈Ω et x,y dans E). \alpha \perp (x \top y) = (\alpha \perp x) \top (\alpha \perp y) \quad \text{(pour } \alpha \in \Omega \text{ et } x, y \text{ dans } E\text{)}.

Par abus de langage, on dit encore que loi ⊥\perp est distributive (ou distributive à droite) par rapport à la loi ⊤\top.

La formule (2) de I, p. 4 montre que l’on a alors, pour toute séquence (xλ)λ∈L(x_\lambda)_{\lambda \in L} d’éléments de EE et tout α∈Ω\alpha \in \Omega

(7)

α⊥(⋀λ∈Lxλ)=⋀λ∈L(α⊥xλ). \alpha \perp \left( \bigwedge_{\lambda \in L} x_\lambda \right) = \bigwedge_{\lambda \in L} (\alpha \perp x_\lambda).

Si une action α↦fα\alpha \mapsto f_\alpha est distributive et si une relation d’équivalence RR dans EE est compatible avec la loi de composition de EE et l’action α↦fα\alpha \mapsto f_\alpha, l’action quotient sur E/RE/R est distributive.

Lorsque la loi de EE est écrite multiplicativement, on emploie fréquemment la notation exponentielle xαx^\alpha pour une loi d’action distributive par rapport à cette multiplication, de sorte que la distributivité s’exprime par l’identité (xy)α=xαyα(xy)^\alpha = x^\alpha y^\alpha. Si la loi de EE est notée additivement, on emploie fréquemment la notation multiplicative à gauche α.x\alpha . x (resp. à droite x.αx . \alpha) pour une loi d’action distributive par rapport à cette addition, la distributivité s’exprimant par l’identité

α(x+y)=αx+αy(resp. (x+y)α=xα+yα). \alpha(x + y) = \alpha x + \alpha y \quad \text{(resp. } (x + y)\alpha = x\alpha + y\alpha\text{)}.

On peut aussi considérer le cas où Ω\Omega est muni d’une loi interne, notée ⊤\top, et où la loi d’action est distributive par rapport à la première variable, ce qui signifie que

(8)(8)
(α⊤β)⊥x=(α⊥x)⊤(β⊥x)(\alpha \top \beta) \perp x = (\alpha \perp x) \top (\beta \perp x)

quels que soient α,β\alpha, \beta dans Ω\Omega et x∈Ex \in E. On a alors, d’après la formule (2) de I, p. 4

(9)(9)
(∏λ∈Lαλ)⊥x=∏λ∈L(αλ⊥x)\left( \prod_{\lambda \in L} \alpha_\lambda \right) \perp x = \prod_{\lambda \in L} (\alpha_\lambda \perp x)

pour toute séquence (αλ)λ∈L(\alpha_\lambda)_{\lambda \in L} d’éléments de Ω\Omega et tout x∈Ex \in E.

5. Distributivité d’une loi interne par rapport à une autre

Définition 7

Soient ⊤\top et ⊥\perp deux lois internes sur un ensemble EE. On dit que la loi ⊥\perp est distributive par rapport à la loi ⊤\top si l’on a

(10)(10)
x⊥(y⊤z)=(x⊥y)⊤(x⊥z)x \perp (y \top z) = (x \perp y) \top (x \perp z)
(11)(11)
(x⊤y)⊥z=(x⊥z)⊤(y⊥z)(x \top y) \perp z = (x \perp z) \top (y \perp z)

pour x,y,zx, y, z dans EE.

On remarquera que (10) et (11) sont équivalentes si la loi ⊥\perp est commutative. En général, on notera l’une des lois additivement et l’autre multiplicativement; lorsque la multiplication est distributive par rapport à l’addition, on a:

(12)(12)
x.(y+z)=x.y+x.zx . (y + z) = x . y + x . z
(13)(13)
(x+y).z=x.z+y.z(x + y) . z = x . z + y . z

Exemple 1

Dans l’ensemble P(E)\mathscr{P}(E) des parties d’un ensemble EE, chacune des lois internes ∩\cap et ∪\cup est distributive par rapport à elle-même et à l’autre. Cela résulte des formules du type

A∩(B∪C)=(A∩B)∪(A∩C)A∪(B∩C)=(A∪B)∩(A∪C). \begin{align*} A \cap (B \cup C) &= (A \cap B) \cup (A \cap C) \\ A \cup (B \cap C) &= (A \cup B) \cap (A \cup C). \end{align*}

Exemple 2

Dans Z\mathbf{Z} (et plus généralement, dans tout ensemble totalement ordonné) chacune des lois sup et inf est distributive par rapport à l’autre et par rapport à elle-même.

Exemple 3

Dans Z\mathbf{Z} (* et plus généralement dans tout anneau *) la multiplication est distributive par rapport à l’addition.

Exemple 4

Dans N\mathbf{N}, l’addition et la multiplication sont distributives par rapport aux lois sup et inf.

Exercices

See the exercises for § 3.

Transcribed from the printed volume. Not translated.