§ 4. Groupes et groupes a opérateurs
1. Groupes
Rappelons la définition suivante (I, p. 15, déf. 6):
Définition 1
On appelle groupe un ensemble muni d’une loi de composition associative, possédant un élément neutre et pour laquelle tout élément est inversible.
Autrement dit, un groupe est un monoïde (I, p. 12, déf. 2) dans lequel tout élément est inversible. Une loi de composition sur un ensemble qui y détermine une structure de groupe est appelée une loi de groupe. Si G et H sont deux groupes, un homomorphisme de magmas de G dans H est encore appelé un homomorphisme de groupes. Un tel homomorphisme f transforme élément neutre en élément neutre; en effet, soit e (resp. e') l’élément neutre de G (resp. H); en notant multiplicativement les lois de groupe de G et H, on a , d’où et, en multipliant par , on obtient . Par suite f est unifère. Il résulte alors de I, p. 15, que pour tout .
Exemple
Dans un monoïde quelconque E, l’ensemble des éléments inversibles, muni de la structure induite par celle de E, est un groupe. En particulier, l’ensemble des applications bijectives d’un ensemble F sur lui-même (ou ensemble des permutations de F) est un groupe pour la loi , qu’on appelle groupe symétrique de l’ensemble F et qu’on note .
Dans ce paragraphe, sauf indication contraire, nous noterons toujours multiplicativement la loi de composition d’un groupe, et nous désignerons par e l’élément neutre d’une loi de groupe ainsi notée.
Un groupe G est dit fini si l’ensemble sous-jacent à G est fini; sinon il est dit infini; le cardinal d’un groupe est appelé l’ordre du groupe.
Si une loi de composition sur G détermine sur G une structure de groupe, il en est de même de la loi opposée. L’application d’un groupe G sur lui-même qui, à tout , fait correspondre l’inverse de x, est un isomorphisme de G sur le groupe opposé (I, p. 16, prop. 4).
Suivant nos conventions générales (E, II, p. 10), nous désignerons par l’image d’une partie A de G par l’application . Mais il importe de noter que, malgré l’analogie des notations, n’est pas en général élément inverse de A pour la loi de composition entre parties de G (rappelons que XY est l’ensemble des pour ); en effet, l’élément neutre pour cette loi est , et les seuls éléments de , inversibles pour cette loi, sont les ensembles A réduits à un seul élément (un tel A, d’ailleurs, a bien pour inverse ). On a l’identité pour . On dit que A est une partie symétrique de G si . Quel que soit , les parties et sont symétriques.
2. Groupes à opérateurs
Définition 2
Soit un ensemble. On appelle groupe à opérateurs dans un groupe G muni d’une action de dans G distributive par rapport à la loi de groupe.
On notera dans la suite le composé de et . Là distributivité s’exprime alors par l’identité .
Dans un groupe à opérateurs G, chaque opérateur définit un endomorphisme de la structure de groupe sous-jacente; ces endomorphismes seront parfois appelés les homothéties du groupe à opérateurs G.
On dit qu’un groupe à opérateurs G est commutatif (ou abélien) si sa loi de groupe est commutative.
On identifie dans la suite un groupe G au groupe, à opérateurs dans , obtenu en munissant G de l’unique action de dans G. Cela permet de considérer les groupes comme des cas particuliers de groupes à opérateurs, et de leur appliquer les définitions et résultats relatifs à ces derniers que nous allons énoncer.
Exemple
Dans un groupe commutatif G, noté multiplicativement, on a quel que soit (I, p. 23); l’action de dans G définit par suite, avec la loi du groupe, une structure de groupe à opérateurs sur G.
Définition 3
Soient G et G’ des groupes à opérateurs dans . On appelle homomorphisme de groupes à opérateurs de G dans G’, un homomorphisme du groupe G dans le groupe G’ tel que l’on ait
pour tout et tout .
Un endomorphisme du groupe à opérateurs G est un endomorphisme du groupe G permutable avec toutes les homothéties de G.
Comme deux homothéties d’un groupe à opérateurs G ne sont pas nécessairement permutables, une homothétie de G n’est pas en général un endomorphisme du groupe à opérateurs G.
L’application identique d’un groupe à opérateurs est un homomorphisme de groupes à opérateurs; le composé de deux homomorphismes de groupes à opérateurs en est un. Pour qu’une application soit un isomorphisme de groupes à opérateurs, il faut et il suffit que ce soit un homomorphisme bijectif de groupes à opérateurs, et l’application réciproque est alors un isomorphisme de groupes à opérateurs.
Plus généralement, soient G (resp. G’) un groupe à opérateurs dans (resp. ). Soit une application de dans . On appelle -homomorphisme de G dans G’ un homomorphisme du groupe G dans le groupe G’ tel que l’on ait
pour tout et tout .
Dans la suite de ce paragraphe, on se donne un ensemble . Sauf mention du contraire, les groupes à opérateurs considérés admettent pour ensemble d’opérateurs.
3. Sous-groupes
Définition 4
Soit G un groupe à opérateurs. On appelle sous-groupe stable de G une partie H de G possédant les propriétés suivantes : (i) ; (ii) la relation « et » implique ; (iii) la relation implique ; (iv) la relation « et » implique .
Si H est un sous-groupe stable de G, la structure induite sur H par la structure de groupe à opérateurs de G est une structure de groupe à opérateurs, et l’injection canonique de H dans G est un homomorphisme de groupes à opérateurs.
Soit G un groupe. Un sous-groupe stable de G muni de l’action de (I, p. 30), c’est-à-dire une partie de G possédant les propriétés (i), (ii), (iii) de la déf. 4, est appelé un sous-groupe de G. Lorsqu’on parlera d’un sous-groupe d’un groupe à opérateurs G, il s’agira d’un sous-groupe du groupe sous-jacent à G. Un sous-groupe d’un groupe à opérateurs G n’est pas nécessairement un sous-groupe stable de G.
Exemple 1). — Soient une espèce de structure (E, IV, p. 4) et S une structure d’espèce sur un ensemble E (loc. cit.). L’ensemble des automorphismes de S est un sous-groupe de .
Proposition 1
Soient G un groupe à opérateurs et H une partie de G stable pour les homothéties de G. Les conditions suivantes sont équivalentes : a) H est un sous-groupe stable de G. b) H n’est pas vide et les relations entraînent et . c) H n’est pas vide et les relations entraînent . d) H est stable pour la loi de G et la loi de composition induite sur H par la loi de composition de G est une loi de groupe.
Il est clair que a) entraîne b). Montrons que b) entraîne a). Il suffit de montrer que H contient l’élément neutre de G. La partie H n’étant pas vide, soit . Alors et appartient à H. Il est clair que b) entraîne c). Montrons que c) entraîne b). Tout d’abord, H n’étant pas vide possède un élément x. Par suite est un élément de H. Pour tout élément de H, appartient à H; donc les relations entraînent . Il est clair que a) entraîne d). Montrons que d) entraîne a) : l’injection canonique de H dans G est un homomorphisme de groupes; par suite et la relation implique (I, p. 29).
Remarque 1
On prouve de même que la condition b) de l’énoncé équivaut à la condition c’) et les relations et entraînent .
Remarque 2
Pour tout sous-groupe H de G, on a les relations
Si est un sous-groupe stable de , et un sous-groupe stable de , il est clair que est un sous-groupe stable de .
L’ensemble est le plus petit sous-groupe stable de . L’intersection d’une famille de sous-groupes stables de est un sous-groupe stable. Il y a donc un plus petit sous-groupe stable de contenant une partie donnée de ; on l’appelle le sous-groupe stable engendré par , et on dit que est un système générateur (ou ensemble générateur) de .
Proposition 2
Soient une partie non vide d’un groupe à opérateurs et la partie stable pour l’action de dans engendrée par . Le sous-groupe stable engendré par est la partie stable pour la loi de engendrée par l’ensemble .
En effet, cette dernière partie est l’ensemble des composés des suites finies dont tous les termes sont des éléments de ou des inverses d’éléments de ; l’inverse d’un tel composé est un composé de même forme (I, p. 17, cor. 1), et est stable par l’action de , comme on le voit en appliquant I, p. 26, prop. 1 aux homothéties de , donc (I, p. 31, prop. 1) est un sous-groupe stable de . Réciproquement, tout sous-groupe stable contenant contient évidemment , donc .
Corollaire 1
Soient un groupe à opérateurs et une partie de stable pour l’action de . Le sous-groupe engendré par et le sous-groupe stable engendré par coïncident.
Corollaire 2
Soient un groupe et une partie de formée d’éléments deux à deux permutables. Le sous-groupe de engendré par est commutatif.
L’ensemble est formé d’éléments deux à deux permutables (I, p. 16, prop. 5) et la loi induite sur la partie stable engendrée par est commutative (I, p. 8, cor. 2).
Si est un groupe à opérateurs, le sous-groupe stable engendré par une partie de formée d’éléments deux à deux permutables n’est pas nécessairement commutatif.
Corollaire 3
Soient un homomorphisme de groupes à opérateurs et une partie de . L’image par du sous-groupe stable de engendré par est le sous-groupe stable de engendré par .
Posons . On a et . Par suite . Le corollaire résulte donc de I, p. 6, prop. 1.
Exemple 2). — Soient un groupe et un élément de . Le sous-groupe engendré par (qu’on appelle plus simplement le sous-groupe engendré par ) est l’ensemble des pour . La partie stable (pour la loi de ) engendrée par est l’ensemble des où . Ces deux ensembles sont en général distincts.
Ainsi, dans le groupe additif , le sous-groupe engendré par un élément est l’ensemble des , pour , et la partie stable engendrée par est l’ensemble des , pour . Ces deux ensembles sont toujours distincts si .
La réunion d’une famille filtrante croissante de sous-groupes stables de est évidemment un sous-groupe stable. Il en résulte que, si est une partie de et un sous-groupe stable de G ne rencontrant pas P, l’ensemble des sous-groupes stables de G contenant H et ne rencontrant pas P, ordonné par inclusion, est inductif (E, III, p. 20). En appliquant le th. de Zorn (E, III, p. 20), on obtient le résultat suivant: Proposition 3. — Soient G un groupe à opérateurs, P une partie de G, H un sous-groupe stable de G ne rencontrant pas P. L’ensemble des sous-groupes stables de G contenant H et ne rencontrant pas P possède un élément maximal.
4. Groupes quotients
Théorème 1
Soit R une relation d’équivalence dans un groupe à opérateurs G; si R est compatible à gauche (resp. à droite) (I, p. 26) avec la loi de groupe de G, et compatible avec l’action de Ω, la classe d’équivalence de e est un sous-groupe stable H de G et la relation R est équivalente à (resp. ). Réciproquement, si H est un sous-groupe stable de G, la relation (resp. ) est une relation d’équivalence compatible à gauche (resp. à droite) avec la loi de groupe de G et compatible avec l’action de Ω, pour laquelle H est la classe d’équivalence de e.
Bornons-nous à considérer le cas où la relation R est compatible à gauche avec la loi de G (le cas d’une relation compatible à droite s’en déduit en remplaçant la loi de G par la loi opposée). La relation (mod. R) équivaut à (mod. R), car entraîne et réciproquement entraîne . Si H désigne la classe d’équivalence de e, la relation R est donc équivalente à . Montrons que H est un sous-groupe stable de G. Pour tout opérateur α, la relation entraîne , donc , et H est stable pour l’action de Ω. Il suffit d’établir (I, p. 31, prop. 1) que et entraînent , c’est-à-dire que et entraînent , ce qui est une conséquence de la transitivité de R.
Réciproquement, soit H un sous-groupe stable de G; la relation est réflexive, puisque ; elle est symétrique, puisque entraîne ; elle est transitive, car et entraînent ; elle est compatible à gauche avec la loi de composition de G, car on peut écrire pour tout ; enfin, pour tout opérateur α, la relation entraîne , donc la relation d’équivalence est compatible avec l’action de Ω sur G. C. Q. F. D.
Soient G un groupe, H un sous-groupe de G; la relation (resp. ) s’écrit aussi sous la forme équivalente (resp. ). Tout sous-groupe H de G définit ainsi deux relations d’équivalence dans G, à savoir et ; les classes d’équivalence pour ces relations sont respectivement les ensembles , qu’on appelle classes à gauche suivant H (ou modulo H), et les ensembles , qu’on appelle classes à droite suivant H (ou modulo H). En saturant une partie pour ces relations (E, II, p. 44), on obtient respectivement les ensembles AH et HA. L’application transforme classes à gauche modulo H en classes à droite modulo H et réciproquement.
Le cardinal de l’ensemble des classes à gauche (modulo H) s’appelle l’indice du sous-groupe H par rapport à G, et on le désigne par la notation (G:H); il est aussi égal au cardinal de l’ensemble des classes à droite.
Si un sous-groupe K de G contient H, il est réunion de classes à gauche (ou à droite) suivant H. Puisqu’une classe à gauche suivant K se déduit de K par une translation à gauche, l’ensemble des classes à gauche suivant H contenues dans une classe à gauche suivant K a un cardinal indépendant de celle-ci. Par suite (E, III, p. 41, prop. 9):
Proposition 4
Soient H et K deux sous-groupes d’un groupe G, tels que H ⊂ K. On a*
Corollaire
Si G est un groupe fini d’ordre g, H un sous-groupe de G d’ordre h, on a*
Le th. 1 permet de déterminer les relations d’équivalence compatibles avec les lois d’un groupe à opérateurs G: si R est une telle relation, elle est à la fois compatible à droite et à gauche avec la loi de groupe de G et avec l’action de Ω. Par suite, si H est la classe de e (mod. R), H est un sous-groupe stable tel que les relations et soient équivalentes (puisque toutes deux sont équivalentes à R); on a donc quel que soit . Réciproquement, s’il en est ainsi, l’une ou l’autre des relations équivalentes , est compatible avec la loi du groupe, puisqu’elle est à la fois compatible à gauche et à droite avec cette loi (I, p. 27), et est compatible avec l’action de Ω. L’égalité étant équivalente à , on pose la définition suivante:
Définition 5
Soit G un groupe à opérateurs. Un sous-groupe stable H de G est appelé sous-groupe stable distingué (ou invariant ou normal) de G si l’on a pour tout .
Si , un sous-groupe stable distingué de G est appelé un sous-groupe distingué (ou invariant, ou normal) de G. Dans un groupe commutatif, tout sous-groupe est distingué.
Pour vérifier qu’un sous-groupe stable H est distingué, il suffit de montrer que pour tout ; en effet, s’il en est ainsi, on a aussi pour tout , c’est-à-dire , et, par suite .
Soient H un sous-groupe stable distingué de G, R la relation d’équivalence définie par H; sur l’ensemble quotient G/R, la loi interne, quotient par R de la loi du groupe G, est associative; la classe de e est l’élément neutre pour cette loi quotient; les classes de deux éléments inverses dans G sont inverses pour la loi quotient, et l’action de , quotient par de l’action de sur , est distributive par rapport à la loi interne de (I, p. 27). Donc, en résumant les résultats obtenus:
Théorème 2
Soit un groupe à opérateurs. Pour qu’une relation d’équivalence sur soit compatible avec la loi de groupe et l’action de , il faut et il suffit qu’elle soit de la forme , où est un sous-groupe stable distingué de (la relation étant d’ailleurs équivalente à pour un tel sous-groupe). La loi de composition sur quotient de celle de et l’action de sur quotient de celle de sur par une telle relation munissent d’une structure de groupe à opérateurs, dite structure quotient, et l’application canonique de passage au quotient est un homomorphisme de groupes à opérateurs.
Définition 6
Le quotient d’un groupe à opérateurs par la relation d’équivalence définie par un sous-groupe stable distingué de , muni de la structure quotient, s’appelle le groupe à opérateurs quotient de par et se note . L’application canonique s’appelle homomorphisme canonique.
Pour qu’une application de dans un groupe à opérateurs soit un homomorphisme de groupes à opérateurs, il faut et il suffit que son composé avec l’application canonique de sur en soit un; ceci justifie le nom de groupe quotient (E, IV, p. 21).
Soient un groupe et un sous-groupe distingué de . Le quotient , muni de sa structure de groupe, s’appelle groupe quotient de par .
On note (mod. ) ou () la relation d’équivalence définie par un sous-groupe stable distingué de .
Proposition 5
Soient un homomorphisme de groupes à opérateurs, et des sous-groupes stables distingués de et respectivement tels que . L’application est compatible avec les relations d’équivalence définies par et . Soient et les homomorphismes canoniques. L’application déduite de par passage aux quotients est un homomorphisme.
Si (mod. ), on a , d’où , donc (mod. ). La deuxième assertion résulte de la propriété universelle des lois quotients (I, p. 11).
Remarque 1
Si est une partie quelconque d’un groupe , et un sous-groupe distingué de , on a ; cet ensemble est obtenu en saturant pour la relation (mod. ).
Remarque 2
Si est un sous-groupe distingué d’indice fini de , le groupe quotient est un groupe fini d’ordre ().
On notera que si est un sous-groupe distingué d’un groupe et si est un sous-groupe distingué de , n’est pas nécessairement un sous-groupe distingué de (I, p. 130, exerc. 10).
Soit un groupe à opérateurs. L’intersection de toute famille de sous-groupes stables distingués de est un sous-groupe stable distingué. Par suite, pour toute partie X de G, il existe un plus petit sous-groupe stable distingué contenant X, appelé sous-groupe stable distingué engendré par X.
Dans un groupe à opérateurs G, les sous-groupes stables G et {e} sont distingués.
Définition 7
Un groupe à opérateurs G est dit simple si G ≠ {e} et s’il n’existe aucun sous-groupe stable distingué de G autre que G et {e}.
5. Décomposition d’un homomorphisme
Proposition 6
Soient G un groupe à opérateurs, et G’ un magma muni d’une action de Ω, notée exponentiellement. Soit f : G → G’ un homomorphisme du magma G dans le magma G’ tel que, pour tout α ∈ Ω et tout x ∈ G, on ait f(xα) = f(x)α. Alors f(G) est une partie stable de G’ pour la loi de G’ et l’action de Ω ; l’ensemble f(G) muni des lois induites est un groupe à opérateurs, et l’application x ↦ f(x) de G dans f(G) est un homomorphisme de groupes à opérateurs.
En vertu de I, p. 6, prop. 1, f(G) est une partie stable de G’ pour la loi interne de G’. Pour tout élément x ∈ G et pour tout opérateur α, on a f(x)α = f(xα) ∈ f(G) et par suite f(G) est stable pour l’action de Ω sur G’. La loi interne de G’ étant notée multiplicativement, on a
quels que soient les éléments x, y, z de G ; par suite la loi induite sur f(G) est associative. Soit e l’élément neutre de G. Son image f(e) est élément neutre de f(G) (I, p. 13). Tout élément de f(G) est inversible dans f(G) (I, p. 15). Par suite la loi induite sur f(G) par la loi interne de G’ est une loi de groupe. Quels que soient les éléments x et y de G et l’opérateur α, on a
ce qui montre que l’action de Ω est distributive par rapport à la loi de groupe de f(G). Par suite f(G) muni des lois induites est un groupe à opérateurs et il est clair que l’application x ↦ f(x) est un homomorphisme de groupes à opérateurs.
Définition 8
Soit f : G → G’ un homomorphisme de groupes à opérateurs. L’image réciproque de l’élément neutre de G’ est appelée le noyau de f.
Le noyau de f se note souvent Ker(f) et l’image f(G) de f se note parfois Im(f).
Théorème 3
Soit f : G → G’ un homomorphisme de groupes à opérateurs. a) Ker(f) est un sous-groupe stable distingué de G ; b) Im(f) est un sous-groupe stable de G’ ; c) l’application f est compatible avec la relation d’équivalence définie sur G par Ker(f) ;
d) l’application déduite de par passage au quotient est un isomorphisme de groupes à opérateurs; e) on a , où est l’injection canonique de dans et l’homomorphisme canonique de sur .
L’assertion b) résulte de la prop. 6. La relation d’équivalence sur est compatible avec la structure de groupe à opérateurs de . D’après le th. 2 (I, p. 35), elle est donc de la forme , où est un sous-groupe stable distingué de , et est la classe de l’élément neutre, d’où . Les assertions a), c) et d) en résultent. L’assertion e) est évidente (E, II, p. 44).
6. Sous-groupes d’un groupe quotient
Proposition 7
Soient et deux groupes à opérateurs, un homomorphisme de dans et le noyau de .
a) Soit un sous-groupe stable de . L’image réciproque est un sous-groupe stable de , et est distingué dans si est distingué dans . De plus, est un sous-groupe distingué de . Si est surjectif, on a et définit un isomorphisme de sur par passage au quotient.
b) Soit un sous-groupe stable de . L’image est un sous-groupe stable de et l’on a . En particulier, on a si et seulement si . Si est surjectif et si est distingué dans , alors est distingué dans .
a) Soient et dans et ; on a d’où c’est-à-dire ; donc est un sous-groupe de . On a d’où et par suite est stable. Supposons distingué dans et soient ; on a et
d’où ; donc est distingué dans . Pour tout , on a d’où ; comme est distingué dans , il l’est dans . Enfin, si est surjectif, on a pour toute partie de , d’où ; la restriction de à est un homomorphisme de sur , de noyau , donc définit par passage au quotient un isomorphisme de sur .
b) Soient et dans et ; il existe dans tels que et , d’où ; donc est un sous-groupe de , qui est stable car . Soit ; on a si et seulement si , c’est-à-dire si et seulement s’il existe dans avec ; la relation équivaut à l’existence de avec ; finalement, équivaut à . Il est clair que la relation équivaut à . Supposons enfin surjectif et distingué dans
G; soient et ; il existe et tels que et , d’où . Donc est distingué dans .
Corollaire 1
On suppose f surjectif. Soient (resp. ) l’ensemble des sous-groupes stables (resp. stables distingués) de contenant et (resp. ) l’ensemble des sous-groupes stables (resp. stables distingués) de , ces ensembles étant ordonnés par inclusion. L’application est un isomorphisme d’ensembles ordonnés ; l’isomorphisme réciproque est l’application . De plus et induisent des isomorphismes et .
Corollaire 2
Soient un homomorphisme des groupes à opérateurs, le noyau de , un sous-groupe stable de et un sous-groupe stable distingué de . Alors et sont des sous-groupes stables distingués de et respectivement, et les trois groupes à opérateurs quotients et sont isomorphes.
Posons et notons l’homomorphisme de sur qui coïncide avec sur ; le noyau de est et l’on a ; d’après la prop. 7 (I, p. 37), est un sous-groupe stable distingué de et est un sous-groupe stable distingué de . Soit l’homomorphisme canonique de sur ; comme est surjectif de noyau , il définit un isomorphisme de sur . D’après la prop. 7, b) (I, p. 37), on a ; si est l’homomorphisme de sur qui coïncide avec sur , l’homomorphisme de sur est surjectif, de noyau ; ceci prouve que est un sous-groupe stable distingué de et que définit un isomorphisme de sur .
Corollaire 3
Soient un homomorphisme de groupes à opérateurs, son noyau, une partie de telle que engendre , et une partie de qui engendre . Alors engendre .
Soit le sous-groupe stable de engendré par . Comme , on a . Comme on a , d’où .
Remarque
Avec les notations de la prop. 7 (I, p. 37), le fait que l’image réciproque d’un sous-groupe de est un sous-groupe de résulte du fait suivant:
Si A et B sont des parties de H, et si f est surjectif, on a
On a évidemment ; d’autre part, si , il existe et tels que ; comme est surjectif, il existe tel que ; si l’on pose , on a , et , d’où . La relation équivaut à , donc à , c’est-à-dire à et finalement à .
Proposition 8
Soient G un groupe à opérateurs, A et B deux sous-groupes stables de G.
On suppose que les relations et impliquent (autrement dit, A normalise B). Alors on a , et est un sous-groupe stable de , est un sous-groupe stable distingué de , et est un sous-groupe stable distingué de . L’injection canonique de dans définit par passage au quotient un isomorphisme de sur .
Les formules
quels que soient dans , dans et l’opérateur de , montrent que est un sous-groupe stable de . Soient et ; on a d’après les hypothèses faites sur et , et il est clair que appartient à , donc est distingué dans . Soient et dans ; la formule montre que est distingué dans . Soit la restriction à de l’homomorphisme canonique de sur ; on a , donc le noyau de est égal à . Il est clair que est surjectif, donc définit un isomorphisme de sur .
Théorème 4
Soient un groupe à opérateurs et un sous-groupe stable distingué de .
a) L’application est une bijection de l’ensemble des sous-groupes stables de contenant sur l’ensemble des sous-groupes stables de .
b) Soit un sous-groupe stable de contenant . Pour que soit distingué dans , il faut et il suffit que soit distingué dans , et les groupes à opérateurs et sont alors isomorphes.
c) Soit un sous-groupe stable de . Alors est un sous-groupe stable de , et est distingué dans . De plus est distingué dans et les groupes à opérateurs et sont isomorphes.
Notons l’homomorphisme canonique de sur . Pour tout , on a ; par suite, on a pour tout sous-groupe de contenant . Comme est surjectif, l’assertion a) résulte de I, p. 38, cor. 1 ; il est de même de l’équivalence « distingué » « distingué ». Supposons que soit un sous-groupe stable distingué de , contenant . D’après I, p. 35, prop. 5, appliquée à , il existe un homomorphisme de dans défini par pour tout . Il est immédiat que est surjectif, de noyau , d’où l’isomorphisme cherché de sur . Enfin, c) résulte immédiatement de I, p. 38, prop. 8.
7. Le théorème de Jordan-Hölder
Définition 9
On appelle suite de composition d’un groupe à opérateurs une suite finie de sous-groupes stables de , avec , et telle que soit un sous-groupe distingué de pour . Les quotients s’appellent les quotients de la suite. Une suite de composition est dite plus fine qu'une suite de composition si est une suite extraite de .
Si et sont respectivement des suites de composition de deux groupes à opérateurs et , on dit qu’elles sont équivalentes si et s’il existe une permutation de l’intervalle de , telle que les groupes à opérateurs et soient isomorphes quel que soit .
On notera qu’en général une suite extraite d’une suite de composition n’est pas une suite de composition, car pour , n’est pas en général un sous-groupe distingué de .
Théorème 5 (Schreier)
Etant données deux suites de composition d’un groupe à opérateurs , il existe deux suites de composition équivalentes , plus fines respectivement que et *.
Soient et les deux suites de composition données ayant respectivement et termes; nous allons voir qu’on peut former la suite de composition en intercalant sous-groupes () entre et pour , et la suite en intercalant sous-groupes () entre et pour ; on obtiendra ainsi deux suites de sous-groupes stables de ; en choisissant convenablement les sous-groupes stables intercalés, nous allons montrer que ces suites sont des suites de composition équivalentes.
Remarquons pour cela que est un sous-groupe stable de et de , donc (I, p. 39, th. 4) est un sous-groupe stable de contenant et est un sous-groupe stable de contenant . Si on pose et , est un sous-groupe stable de () et est un sous-groupe stable de (). On a d’ailleurs , , , et . Pour démontrer le théorème, il suffit de montrer que (resp. ) est un sous-groupe stable distingué de (resp. ), et que les groupes quotients et sont isomorphes (, ). Ceci résulte du lemme suivant en prenant , , , .
Lemme 1 (Zassenhaus)
Soient et deux sous-groupes stables d’un groupe à opérateurs , et des sous-groupes stables distingués de et respectivement; alors est un sous-groupe stable distingué de , est un sous-groupe stable distingué de , et les groupes à opérateurs quotients et sont isomorphes*.
D’après I, p. 39, th. 4, est sous-groupe stable distingué de ; de même est sous-groupe stable distingué de ; donc (I, p. 38, cor. 2) est sous-groupe stable distingué de . D’après le th. 4 (I, p. 39) appliqué au groupe ,
H'.(H ∩ K') est sous-groupe stable distingué de H'.(H ∩ K), et le groupe quotient (H'.(H ∩ K))/(H'.(H ∩ K')) est isomorphe à
Définition 10
On appelle suite de Jordan-Hölder d’un groupe à opérateurs G une suite de composition Σ strictement décroissante, telle qu’il n’existe aucune suite de composition strictement décroissante, distincte de Σ et plus fine que Σ.
Proposition 9
Pour qu’une suite de composition G soit une suite de Jordan-Hölder de G, il faut et il suffit que tous les quotients de la suite soient simples.
Une suite de composition est strictement décroissante si et seulement si aucun de ses quotients successifs n’est réduit à l’élément neutre. Si une suite de composition strictement décroissante Σ n’est pas une suite de Jordan-Hölder, il existe une suite de composition strictement décroissante Σ' plus fine que Σ et distincte de Σ. Il y a donc deux termes consécutifs G_i, G_{i+1} de Σ qui ne sont pas consécutifs dans Σ'; soit H le premier terme qui suit G_i dans Σ'; H est un sous-groupe stable distingué de G_i, contenant G_{i+1} et distinct de ce dernier; donc H/G_{i+1} est un sous-groupe stable distingué de G_i/G_{i+1}, distinct de celui-ci et de l’élément neutre; par suite G_i/G_{i+1} n’est pas simple. Réciproquement, si Σ est une suite de composition strictement décroissante dont un des quotients G_i/G_{i+1} n’est pas simple, ce quotient contient un sous-groupe stable distingué autre que lui-même et {e}, dont l’image réciproque dans G_i est un sous-groupe stable distingué H de G_i, distinct de G_i et de G_{i+1} (I, p. 39, th. 4); il suffit d’insérer H entre G_i et G_{i+1} pour avoir une suite de composition strictement décroissante, distincte de Σ et plus fine que Σ.
Théorème 6 (Jordan-Hölder)
Deux suites de Jordan-Hölder d’un groupe à opérateurs sont équivalentes.
Soient Σ_1, Σ_2 deux suites de Jordan-Hölder d’un groupe à opérateurs G; en appliquant le th. 5 (I, p. 40), on en déduit deux suites de composition équivalentes Σ'_1, Σ'_2, respectivement plus fines que Σ_1 et Σ_2; ces dernières étant des suites de Jordan-Hölder, Σ'_1 est identique à Σ_1 ou s’en déduit en répétant certains termes; la suite des quotients de Σ'_1 se déduit de celle de Σ_1 en insérant un certain nombre de termes isomorphes au groupe {e}; Σ_1 étant strictement décroissante, la suite des quotients de Σ_1 se déduit de celle de Σ'_1 en supprimant dans cette dernière tous les termes isomorphes à {e}. De même pour Σ_2 et Σ'_2. Comme les suites des quotients de Σ'_1 et Σ'_2 ne diffèrent (à des isomorphies près) que par l’ordre des termes, il en est de même de celles de Σ_1 et Σ_2; le théorème est démontré.
Corollaire
Soit G un groupe à opérateurs dans lequel il existe une suite de Jordan-Hölder. Si Σ est une suite de composition strictement décroissante quelconque de G, il existe une suite de Jordan-Hölder plus fine que Σ.
En effet, soit une suite de Jordan-Hölder de ; d’après le th. 5 (I, p. 40), il existe deux suites de composition équivalentes, et , plus fines respectivement que et ; le raisonnement du th. 6 (I, p. 41) montre qu’en supprimant de les répétitions, on obtient une suite équivalente à , donc une suite de Jordan-Hölder, puisque tous ses quotients sont simples (I, p. 41, prop. 9). Comme est strictement décroissante, est plus fine que , d’où le corollaire.
Remarque
Un groupe à opérateurs ne possède pas toujours de suite de Jordan-Hölder; un exemple est fourni par le groupe additif des entiers rationnels : la suite est une suite infinie strictement décroissante de sous-groupes (distingués) de ; quel que soit , les premiers termes de cette suite forment, avec le groupe , une suite de composition strictement décroissante; s’il existait une suite de Jordan-Hölder pour , elle aurait au moins termes, d’après le corollaire du th. 6; conclusion absurde, puisque est arbitraire.
Par contre, il existe une suite de Jordan-Hölder dans tout groupe à opérateurs fini : en effet, si , parmi les sous-groupes stables distingués de , distincts de , soit un sous-groupe maximal; lorsque , définissons de même par récurrence comme un élément maximal de l’ensemble des sous-groupes stables distingués de , distincts de ; la suite des ordres des est strictement décroissante, donc il existe tel que , et la suite formée de et des () est, d’après sa formation, une suite de Jordan-Hölder.
Définition 11
Soit un groupe à opérateurs; on appelle longueur de la borne supérieure des entiers tels qu’il existe une suite de composition de strictement décroissante .
Si admet une suite de Jordan-Hölder, la longueur de est le nombre des quotients successifs de cette suite comme il résulte du cor. du th. 6 (I, p. 41). Si n’admet pas de suite de Jordan-Hölder, sa longueur est infinie; en effet d’après I, p. 41, prop. 9, pour toute suite de composition strictement décroissante de , il existe une suite de composition strictement décroissante strictement plus fine. Le groupe réduit à l’élément neutre est le seul groupe à opérateurs de longueur zéro. Un groupe à opérateurs est simple si et seulement s’il est de longueur 1.
Soient un groupe à opérateurs, un sous-groupe stable distingué de , le quotient et l’homomorphisme canonique. Soient une suite de composition de et une suite de composition de . En posant pour et pour , on obtient une suite de composition de . La suite des quotients de s’obtient en juxtaposant la suite des quotients de et la suite des quotients de . Si et sont des suites de Jordan-Hölder, est une suite de Jordan-Hölder de d’après la prop. 9 (I, p. 41). Si ou admet des suites de composition de longueur arbitrairement grande, il en est de même de . Nous avons démontré:
Proposition 10
Soient un groupe à opérateurs, un sous-groupe stable distingué de . La longueur de est la somme des longueurs de et de .
Corollaire
Soient un groupe à opérateurs et une suite de composition de . La longueur de est la somme des longueurs des pour .
Si et sont des groupes à opérateurs isomorphes, et si admet une suite de Jordan-Hölder, il en est de même de et les suites de Jordan-Hölder de et sont équivalentes. Cependant, des groupes non isomorphes peuvent avoir des suites de Jordan-Hölder équivalentes ; il en est ainsi pour et , cf. I, p. 48.
8. Produits et produits fibrés
Soit une famille de groupes à opérateurs. Soit le monoïde produit des . Considérons l’action de sur définie par
Muni de cette structure, est un groupe à opérateurs. Pour tout , l’application de projection est un homomorphisme de groupes à opérateurs.
Définition 12
Le groupe à opérateurs défini ci-dessus est appelé groupe à opérateurs produit des . Les applications sont appelées les homomorphismes de projection.
Un cas particulier de produit de groupes à opérateurs est le groupe formé par les applications d’un ensemble dans un groupe à opérateurs , les lois étant définies par:
Soit une famille d’homomorphismes de groupes à opérateurs. L’application de dans est un homomorphisme de groupes à opérateurs. C’est le seul homomorphisme vérifiant pour tout . Ceci justifie le nom de groupe à opérateurs produit (E, IV, p. 16).
Soit une famille d’homomorphismes de groupes à opérateurs. L’application de dans est un homomorphisme de groupes à opérateurs.
Proposition 11
Soit une famille d’homomorphismes de groupes à opérateurs et posons .
a) On a ; en particulier, si tous les sont injectifs, est injectif.
b) On a ; en particulier, si tous les sont surjectifs, est surjectif. C’est immédiat.
En particulier, soit une famille de groupes à opérateurs et, pour tout , soit un sous-groupe stable (resp. stable distingué) de . Le produit est un sous-groupe stable (resp. stable distingué) de et l’application canonique de sur définit par passage au quotient un isomorphisme de sur . Par exemple, soit une partie de . Le sous-ensemble de formé des tels que pour est un sous-groupe stable distingué. L’application qui à associe l’élément tel que pour et pour , est un isomorphisme de sur . L’application définit par passage au quotient un isomorphisme du groupe quotient sur . Le composé est l’application identique de . On identifie souvent à grâce à , et à grâce à .
Si et sont des parties disjointes de , il résulte des définitions que tout élément de commute à tout élément de .
Définition 13
Soient un groupe à opérateurs et une famille de sous-groupes stables distingués de . Soit l’homomorphisme canonique. On dit que est produit interne (ou produit) de la famille des groupes quotients si l’homomorphisme est un isomorphisme de sur .
Soient et des groupes à opérateurs, et soient et deux homomorphismes de dans . L’ensemble des éléments de tels que est un sous-groupe stable de , appelé groupe de coïncidence de et . En particulier, soient et des homomorphismes de groupes à opérateurs; le groupe de coïncidence des homomorphismes et de dans est appelé produit fibré de et sur relativement à et . Il se note quand il n’y a pas d’ambiguïté sur et , et les restrictions et de et à s’appellent encore homomorphismes de projection. On a . Les éléments de sont les couples tels que . Si est un homomorphisme d’un groupe à opérateurs dans () et si , il existe un homomorphisme et un seul de dans tel que pour .
9. Sommes restreintes
Soit une famille de groupes à opérateurs et, pour tout , soit un sous-groupe stable de . Le sous-ensemble de formé des tels que l’ensemble des pour lesquels soit fini, est un sous-groupe stable de égal à si est fini. On l’appelle la somme restreinte des par rapport aux . Lorsque, pour tous les sauf un nombre fini d’entre eux, est un sous-groupe stable distingué de , la somme restreinte est un sous-groupe stable distingué du produit. Lorsque, pour tout , le sous-groupe est réduit à l’élément neutre de , la somme restreinte des par rapport aux s’appelle simplement somme restreinte des et se note parfois . Pour tout , l’application définie par , où et si , est un homomorphisme injectif de groupes à opérateurs appelé injection canonique. On identifie au sous-groupe stable . Les sous-groupes sont distingués. Pour , les éléments de et commutent et . Le groupe est engendré par l’ensemble .
Proposition 12
Soit une famille d’homomorphismes de groupes à opérateurs telle que, quels que soient et avec , , , les éléments et de commutent; il existe un homomorphisme de groupes à opérateurs de dans et un seul tel que l’on ait pour tout . Pour tout élément de , on a .
Si et répondent à la question, ils coïncident dans , donc dans , d’où l’unicité de . Démontrons l’existence de : pour tout élément de , posons (I, p. 9). Il est clair que pour tout et que commute aux homothéties; la formule résulte de I, p. 10, formule (9).
Définition 14
Soient un groupe à opérateurs et une famille de sous-groupes stables de . On dit que est somme restreinte interne (ou somme restreinte) de la famille de sous-groupes si tout élément de est permutable avec tout élément de pour et si l’unique homomorphisme de dans dont la restriction à chaque est l’injection canonique est un isomorphisme.
Lorsque est fini, on dit aussi, par abus de langage, produit direct interne (ou produit direct, ou produit) au lieu de somme restreinte interne. Tout sous-groupe stable de pour lequel il existe un sous-groupe stable de tel que soit produit direct de et est appelé facteur direct de .
Proposition 13
Soient G un groupe à opérateurs et une famille de sous-groupes stables de G telle que tout élément de soit permutable avec tout élément de pour . Pour que G soit somme restreinte de la famille de sous-groupes , il faut et il suffit que tout élément x de G se mette, de façon unique, sous la forme , où est une famille à support fini d’éléments de G telle que pour tout i.
C’est évident.
Proposition 14
Soient G un groupe à opérateurs et une famille finie de sous-groupes stables de G. Pour que G soit somme restreinte de la famille de sous groupes , il faut et il suffit que chaque soit distingué et que G soit produit des groupes quotients , où est le sous-groupe engendré par les pour .
La condition est évidemment nécessaire. Réciproquement, supposons G produit des , et identifions G au produit des . Alors s’identifie à un sous-groupe de , de sorte que, pour , tout élément de est permutable à tout élément de ; d’autre part, s’identifie au produit des pour , donc pour tout et G est produit direct des .
Proposition 15
Soient G un groupe à opérateurs et une suite de sous-groupes stables distingués de G telle que
L’ensemble est un sous-groupe stable distingué de G, somme restreinte des
Par récurrence sur , on se ramène aussitôt à démontrer la proposition pour . Montrons d’abord que, si , , et sont permutables; en effet, on a donc ( et étant distingués) , c’est-à-dire , d’après l’hypothèse. Par ailleurs est une partie de G stable par les homothéties de G. Il en résulte (I, p. 31, prop. 1) que est un sous-groupe stable de G, et on vérifie immédiatement que ce sous-groupe est distingué. Supposons enfin qu’on ait , avec , , , ; on en tire , donc , , et de même ; est bien produit direct de et .
Lorsque les groupes considérés sont commutatifs, on emploie le terme de somme directe au lieu de somme restreinte.
10. Groupes monogènes
Soit ; puisque est un sous-groupe de , la relation entre éléments de qui s’énonce « il existe tel que » est une relation d’équivalence, que l’on convient, une fois pour toutes, d’écrire (mod. ) ou plus brièvement (a), et qui s’appelle une congruence modulo . En remplaçant par , on obtient une relation équivalente, donc on pourra supposer ; pour , (0) signifie , donc on n’aura de relation distincte de l’égalité que si : aussi supposerons-nous par la suite que sauf indication formelle du contraire.
Pour , le quotient de par la congruence , c’est-à-dire le groupe , s’appelle le groupe des entiers rationnels modulo .
Proposition 16
Soit* un entier . Les entiers tels que forment un système de représentants de la relation d’équivalence dans .
Si est un entier , il existe (E, III, p. 39) des entiers et tels que et , et on a . Si est un entier , l’entier est , et d’après ce qui précède, il existe un entier tel que et . Posons si et si ; on a
et . Montrons maintenant que si , on a . On a pour et pour , d’où .
Corollaire
Soit* un entier . Le groupe des entiers rationnels modulo est un groupe d’ordre .
Proposition 17
Soit* un sous-groupe de . Il existe un entier et un seul tel que .
Si , on a . Supposons . Le sous-groupe possède un élément . On a ou , et par suite possède des éléments . Soit le plus petit élément de . Le sous-groupe engendré par est contenu dans ; montrons que . Soit . D’après la prop. 16, il existe un entier tel que et . A fortiori, , d’où . Mais ceci n’est possible que si , et par suite . L’entier est unique : si , on a nécessairement , et si , l’entier est l’ordre de .
Définition 15
On dit qu’un groupe est monogène s’il admet un système générateur réduit à un élément*. Un groupe monogène fini est dit cyclique.
Tout groupe monogène est commutatif (I, p. 32, cor. 2). Tout groupe quotient d’un groupe monogène est monogène (I, p. 32, cor. 3).
Le groupe additif est monogène : il est engendré par . Pour tout entier positif , le groupe est monogène, car c’est un quotient de .
Proposition 18
Un groupe monogène fini d’ordre* est isomorphe à . Un groupe monogène infini est isomorphe à .
Soient un groupe monogène (noté multiplicativement) et un générateur de . L’identité (I, p. 6, formule (4)) montre que l’application est un homomorphisme de dans . Son image est un sous-groupe de contenant , donc c’est . D’après I, p. 36, th. 3, le groupe est isomorphe au quotient de par un sous-groupe, qui est nécessairement de la forme (prop. 17). Si , le groupe est fini d’ordre , et si , le groupe est isomorphe à .
Proposition 19
Soit un entier . Soient un sous-groupe de , l’ordre de et son indice dans . On a , , et est isomorphe à .
Réciproquement, soient et deux entiers tels que . On a , et est un sous-groupe de , d’ordre et d’indice .
On a (I, p. 34, corollaire). D’après I, p. 39, est de la forme , où est un sous-groupe de , et est isomorphe à , donc d’ordre . D’après la prop. 17 et le cor. de la prop. 16 (I, p. 47), on a , donc est monogène. Enfin est isomorphe à d’après la prop. 18. Réciproquement, si , on a car ; le groupe quotient est isomorphe à (I, p. 39, th. 4), donc d’ordre (I, p. 34, corollaire), et d’indice (I, p. 34, corollaire).
Corollaire
Tout sous-groupe d’un groupe monogène est monogène.
Soient et deux entiers . La relation s’écrit aussi : est un multiple de , ou encore divise ou bien encore est un diviseur de .
Définition 16
On dit qu’un entier est premier si et s’il n’admet pas de diviseur autre que .
Proposition 20
Un entier est premier si et seulement si le groupe est un groupe simple.
Cela résulte de la prop. 19.
Corollaire
Tout groupe simple commutatif est cyclique d’ordre premier.
Soit un tel groupe. On a ; soit un élément de . Le sous-groupe engendré par est distingué car est commutatif, non réduit à , donc égal à . Par suite est monogène, donc isomorphe à un groupe de la forme , avec , car n’est pas simple, et est nécessairement premier.
Remarque
Un groupe fini d’ordre premier est nécessairement cyclique. En effet, n’admet pas d’autre sous-groupe que et , donc il est engendré par tout élément .
Lemme 2
Soit un entier . En associant à toute suite de composition du groupe la suite , où est l’ordre de , on obtient une application bijective de l’ensemble des suites de composition de sur l’ensemble des suites finies d’entiers telles que . La suite de composition est une suite de Jordan-Hölder si et seulement si les sont premiers.
Si est une suite de composition de , il résulte, par récurrence sur , de I, p. 34, prop. 4, que .
Réciproquement, soit une suite d’entiers telle que . Si est une suite de composition de telle que pour , on a nécessairement comme on le voit par récurrence sur , d’où (I, p. 47, prop. 19), ce qui montre l’injectivité de l’application considérée. Montrons sa surjectivité: en posant pour , on obtient une suite de composition de telle que (I, p. 47, prop. 19). La deuxième assertion du lemme résulte de I, p. 48, prop. 20 et I, p. 41, prop. 9.
Notons l’ensemble des entiers premiers.
Théorème 7 (décomposition en facteurs premiers). — Soit a un entier strictement positif. Il existe une famille d’entiers et une seule telle que l’ensemble des pour lesquels soit fini et que l’on ait
Comme le groupe est fini, il admet une suite de Jordan-Hölder. Le lemme 2 (I, p. 48) entraîne alors que est produit d’entiers premiers, d’où l’existence de la famille ; de plus, pour toute famille satisfaisant aux conditions du th. 7, l’entier est, pour tout , égal au nombre de facteurs d’une suite de Jordan-Hölder de isomorphes à (lemme 2). L’unicité de la famille résulte donc du théorème de Jordan-Hölder (I, p. 41, th. 6).
Corollaire
Soient a et b deux entiers . On a . Pour que a divise b il faut et il suffit que pour tout nombre premier p.
Dans un groupe quelconque G, si le sous-groupe (monogène) engendré par un élément est d’ordre fini d, on dit que est un élément d’ordre d; le nombre d est donc le plus petit entier tel que ; si le sous-groupe engendré par est infini, on dit que est d’ordre infini. Ces définitions, et la prop. 4 (I, p. 34), entraînent en particulier que, dans un groupe fini G, l’ordre de tout élément de G est un diviseur de l’ordre de G.
Proposition 21
Dans un groupe fini G d’ordre n, on a pour tout .* En effet, si est l’ordre de , on a , avec q entier, donc .
Exercices
See the exercises for § 4.