§ 5. Groupes opérant sur un ensemble
1. Monoïde opérant sur un ensemble
Définition 1
Soient M un monoïde, de loi notée multiplicativement et d’élément neutre noté e, et E un ensemble. On dit qu’une action de M sur E est une opération à gauche (resp. à droite) de M sur E si l’on a et (resp. ) quels que soient dans M.
En d’autres termes, une opération à gauche (resp. à droite) d’un monoïde M sur un ensemble E est un homomorphisme de monoïdes de M dans le monoïde (resp. le monoïde opposé à ) muni de la composition des applications. Si l’on note multiplicativement à gauche (resp. à droite) l’une des lois d’action correspondant à l’action de M, le fait que cette action soit une opération à gauche (resp. à droite) se traduit par les formules
(1)
Sous ces conditions, on dit encore que M opère à gauche (resp. à droite) sur E et que les lois d’action correspondantes sont des lois d’opération à gauche (resp. à droite) du monoïde M sur E.
Soit M un monoïde; un ensemble E muni d’une opération à gauche (resp. à droite) de M sur E est appelé un M-ensemble à gauche (resp. à droite). On dit que le monoïde M opère à gauche (resp. à droite) fidèlement si l’application de M dans est injective.
Exemple 1
Soit E un ensemble; l’action canonique de sur E (I, p. 24, Exemple 3) est une opération à gauche.
Cite 1
Cite I § 3. Actions
Exemple 2
Soit M un monoïde. L’action à gauche (resp. à droite) de M sur lui-même déduite de la loi de M (I, p. 24, Exemple 7) est une opération à gauche (resp. à droite) de M sur lui-même. Lorsqu’on considère cette opération, on dit que M opère sur lui-même par translations à gauche (resp. à droite).
Soient E un M-ensemble à gauche (resp. à droite) et le monoïde opposé à M. Pour la même action, le monoïde opère à droite (resp. à gauche) sur E. Le -ensemble obtenu est dit opposé au M-ensemble E. Les définitions et résultats relatifs aux M-ensembles à gauche se transposent aux -ensembles à droite par passage aux structures opposées.
Dans la suite de ce paragraphe, on ne considérera, sauf mention expresse du contraire, que des M-ensembles à gauche qu’on appellera simplement M-ensembles. Leur loi d’action sera notée multiplicativement à gauche.
Soit E un ensemble. Soit G un groupe opérant sur E. Pour tout dans G, l’élément de défini par est une permutation de E (I, p. 15, n° 3, Exemple 2). Se donner une opération de G sur E revient donc à se donner un homomorphisme de G dans .
Conformément à I, p. 24, on pose la définition suivante:
Définition 2
Soient M un monoïde, E et E' des M-ensembles. On appelle homomorphisme de M-ensembles (ou M-morphisme, ou application compatible avec les opérations de M) une application f de E dans E' telle que, pour tout et tout , on ait .
Cite 2
L’application identique d’un M-ensemble est un M-morphisme. Le composé de deux M-morphismes en est un. Pour qu’une application d’un M-ensemble dans un autre soit un isomorphisme, il faut et il suffit que ce soit un M-morphisme bijectif et l’application réciproque est alors un M-morphisme.
Soit une famille de -ensembles, et soit l’ensemble produit des . Le monoïde opère sur par , et , muni de cette action, est un -ensemble; soit un -ensemble; une application de dans est un -morphisme si et seulement si est un -morphisme de dans pour tout .
Soient un -ensemble et une partie de stable pour l’action de ; muni de la loi induite, est un -ensemble et l’injection canonique est un -morphisme.
Soient un -ensemble et une relation d’équivalence sur compatible avec l’action de ; le quotient muni de l’action quotient est un -ensemble et l’application canonique est un -morphisme.
Soient un homomorphisme de monoïdes, un -ensemble et un -ensemble. On appelle -morphisme de dans une application de dans telle que, pour tout et tout , on ait (cf. I, p. 25).
Extension d’une loi d’opération. — Etant donnés (par exemple) trois ensembles , des permutations de respectivement, et un échelon sur les ensembles de base (E, IV, p. 2), on sait définir, en procédant de proche en proche sur la construction de l’échelon , une permutation de appelée extension canonique de à (E, IV, p. 2); nous la noterons .
Soient alors un groupe, un homomorphisme de dans le groupe symétrique de (), autrement dit une opération de dans . L’application est un homomorphisme de dans , autrement dit une opération de dans , qu’on appelle l’extension de à . Soit une partie de telle que, pour tout , on ait ; soit la restriction de à ; alors l’application est une opération de dans qu’on appelle encore l’extension de à .
Par exemple, soient et deux échelons sur ; prenons pour l’ensemble des parties de , et pour l’ensemble des applications de dans , identifiées à leurs graphes. Si et si , est l’application de dans .
2. Stabilisateur, fixateur
Définition 3
Soient un monoïde opérant sur un ensemble , et des parties de . On appelle transporteur (resp. transporteur strict) de dans l’ensemble des tels que (resp. ). Le transporteur (resp. transporteur strict) de dans est appelé le stabilisateur (resp. stabilisateur strict) de . On appelle fixateur de l’ensemble des tels que pour tout .
On dit qu’un élément de stabilise (resp. stabilise strictement, resp. fixe) une partie A de E si appartient au stabilisateur (resp. au stabilisateur strict, resp. au fixateur) de A. On dit qu’une partie P de M stabilise (resp. stabilise strictement, resp. fixe) une partie A de E si tous les éléments de P stabilisent (resp. stabilisent strictement, resp. fixent) A. Le fixateur de A est contenu dans le stabilisateur strict de A qui est lui-même contenu dans le stabilisateur de A.
Proposition 1
Soient M un monoïde opérant sur un ensemble E et A une partie de E.* a) Le stabilisateur, le stabilisateur strict et le fixateur de A sont des sous-monoïdes de M. b) Soit un élément inversible de M ; si appartient au stabilisateur strict (resp. au fixateur) de A, il en est de même de . Soit e l’élément neutre de M ; on a pour tout élément et par suite e appartient au fixateur de A. Soient et des éléments de E qui stabilisent A. On a et par suite le stabilisateur de A est un sous-monoïde de M. De même pour le stabilisateur strict et le fixateur de A, d’où a). Si , on a . Si pour tout , on a , on a , d’où b).
Corollaire
Soient G un groupe opérant sur un ensemble E, et A une partie de E. Le stabilisateur strict S et le fixateur F de A sont des sous-groupes de G, et F est un sous-groupe distingué de S.* La première assertion découle de la prop. 1, et F est le noyau de l’homomorphisme de S dans associé à l’opération de S sur A.
Cite 1
Cite Théorème 3, I § 4
Un groupe G opère fidèlement sur un ensemble E si et seulement si le fixateur de E est réduit à l’élément neutre de G. En effet, le fixateur de E est le noyau de l’homomorphisme donné de G dans ; cet homomorphisme est injectif si et seulement si son noyau est réduit à l’élément neutre (I, p. 36, th. 3).
Soient M un monoïde, E un M-ensemble, un élément de E. Le fixateur, le stabilisateur strict et le stabilisateur de sont égaux ; ce sous-monoïde est appelé indifféremment le fixateur ou le stabilisateur de . Le fixateur d’une partie A de E est l’intersection des fixateurs des éléments de A. On dit que est un élément invariant de E si le fixateur de est le monoïde M. On dit que M opère trivialement sur E si tout élément de E est invariant.
Proposition 2
Soit G un groupe opérant sur un ensemble E et, pour tout , soit le stabilisateur de x. Pour tout , on a .* Si , on a , d’où . Comme , on a , d’où .
On voit de même que, si A et B sont deux parties de E et T le transporteur (resp. transporteur strict) de A dans B, alors le transporteur (resp. transporteur strict) de dans est égal à .
3. Automorphismes intérieurs
Soit G un groupe. L’ensemble Aut(G) des automorphismes du groupe G est un sous-groupe de (I, p. 29, Exemple 2)
Proposition 3
Soit G un groupe. Pour tout élément x de G, l’application Int(x): de G dans lui-même est un automorphisme de G. L’application Int: de G dans Aut(G) est un homomorphisme de groupes, dont le noyau est le centre de G et dont l’image Int(G) est un sous-groupe distingué de Aut(G).
Si x, y et z sont des éléments de G, on a , donc Int(x) est un endomorphisme de G. Pour x et y éléments de G, on a : en effet, pour tout , . D’autre part, Int(e) est l’application identique de G. L’application Int est donc un homomorphisme de monoïde de G dans le monoïde End(G) des endomorphismes du groupe G. Comme les éléments de G sont inversibles, l’application Int prend ses valeurs dans l’ensemble Aut(G) des éléments inversibles de End(G) (I, p. 15). On a si et seulement si x et y commutent, donc Int(x) est l’application identique de G si et seulement si x est un élément central. Enfin, soit un automorphisme de G et soit ; on a
En effet, pour , on a
D’où .
Définition 4
Soient G un groupe et . L’automorphisme est appelé l’automorphisme intérieur de G défini par x, et est noté Int x.
Cite 2
Pour , on pose aussi .
Un sous-groupe de G est distingué si et seulement s’il est stable par tous les automorphismes intérieurs de G (I, p. 34, déf. 5). On dit qu’un sous-groupe de G est caractéristique s’il est stable par tous les automorphismes de G. Le centre d’un groupe G est un sous-groupe caractéristique (formule (2)).
Le centre d’un groupe G n’est pas nécessairement stable par tous les endomorphismes de G (I, p. 132, exerc. 22). En particulier, le centre d’un groupe à opérateurs n’est pas nécessairement un sous-groupe stable.
Proposition 4
Soient G un groupe, H un sous-groupe caractéristique (resp. distingué) de G, K un sous-groupe caractéristique de H. Alors K est un sous-groupe caractéristique (resp. distingué) de G.
Cite 1
Cite Définition 9, I § 1
En effet, la restriction à H d’un automorphisme (resp. d’un automorphisme intérieur) de G est un automorphisme de H et laisse donc stable K.
Soient G un groupe, A et . On dit que b normalise A si ; on dit que b centralise A si, pour tout , on a . Soient A et B des parties de G; on dit que B normalise (resp. centralise) A si tout élément de B normalise (resp. centralise) A.
L’ensemble des qui normalisent (resp. centralisent) A est appelé le normalisateur (resp. centralisateur, ou commutant) de A (cf. I, p. 7, déf. 9); on le note souvent ou simplement (resp. ou ). C’est un sous-groupe de G. Lorsque A est un sous-groupe de G, on peut caractériser comme le plus grand sous-groupe de G qui contienne A et dans lequel A soit distingué.
Remarque 1
Le normalisateur (resp. le centralisateur) de A est le stabilisateur strict (resp. le fixateur) de A lorsqu’on fait opérer G sur lui-même par automorphismes intérieurs. En particulier, le centralisateur est un sous-groupe distingué du normalisateur.
Cite 1
Cite Exercice 27, § 5
Remarque 2
L’ensemble des éléments tels que est un sous-monoïde de G. Même lorsque A est un sous-groupe de G, cet ensemble n’est pas nécessairement un sous-groupe de G (I, p. 134, exerc. 27).
4. Orbites
Définition 5
Soient G un groupe, E un G-ensemble, et . On dit qu’un élément est conjugué à x par l’opération de G s’il existe un élément tel que . L’ensemble des éléments conjugués à x est appelé l’orbite de x dans E.
La relation « y est conjugué à x » est une relation d’équivalence. En effet, ; si , on a ; si et , on a . Les orbites sont les classes d’équivalence pour cette relation.
Une partie X de E est stable si et seulement si elle est saturée pour la relation de conjugaison.
L’application de G dans E est parfois appelée l’application orbitale définie par x. C’est un G-morphisme de G (muni de l’opération de G sur lui-même par translations à gauche) dans E. L’image de G par cette application est l’orbite de x.
On dit que G opère librement sur E si pour tout , l’application orbitale définie par x est injective ou encore si l’application de dans est injective.
Exemple 1
Soit G un groupe, et considérons l’opération de G sur lui-même par automorphismes intérieurs. Deux éléments de G conjugués pour cette opération sont dits conjugués par automorphismes intérieurs ou simplement conjugués. Les orbites sont appelées classes de conjugaison. De même, deux parties H et de G sont dites conjuguées s’il existe un élément tel que , c’est-à-dire si elles sont conjuguées pour l’extension à de l’opération de G sur lui-même par automorphismes intérieurs.
Cite 3
Exemple 2
\* Dans l’espace , l’orbite d’un point x pour l’opération du groupe orthogonal est la sphère euclidienne de rayon .
Les stabilisateurs de deux éléments conjugués de E sont des sous-groupes conjugués de G (I, p. 52, prop. 2).
L’ensemble quotient de E par la relation de conjugaison est l’ensemble des orbites de E; on le note parfois E/G ou . (On réserve parfois la notation E/G au cas où E est un G-ensemble à droite, et la notation au cas où E est un G-ensemble à gauche).
Soit G un groupe opérant à droite dans un ensemble E. Soit H un sous-groupe distingué de G. Le groupe G opère à droite sur E/H, la loi d’action à droite correspondante étant ; pour cette opération, H opère trivialement, d’où une opération à droite de G/H sur E/H. Soit l’application canonique de E/H sur E/G; les images réciproques par des points de E/G sont les orbites de G (ou de G/H) dans E/H. Donc définit par passage au quotient une bijection, dite canonique, de sur E/G.
Soit G (resp. H) un groupe opérant à gauche (resp. à droite) sur un ensemble E. Supposons que les actions de G et H sur E commutent, c’est-à-dire que l’on ait
L’action de H sur E est aussi une opération à gauche du groupe H opposé à H. Il résulte alors de I, p. 45, prop. 12 que l’application qui, à l’élément fait correspondre l’application de E dans lui-même est une opération à gauche de sur E. L’orbite d’un élément pour cette opération est l’ensemble . L’ensemble de ces orbites se note . D’autre part, l’opération de G (resp. H) est compatible avec la relation de conjugaison pour l’opération de H (resp. G) et l’ensemble des orbites (resp. ) s’identifie à : dans le diagramme
(où désignent les applications canoniques de passage au quotient), on a .
Soient G un groupe et H un sous-groupe de G. Considérons l’opération à droite de H sur G par translations à droite (I, p. 50, Exemple 2). L’ensemble des orbites G/H est l’ensemble des classes à gauche suivant H; remarquons que G opère à gauche sur G/H par la loi (cf. I, p. 56). De même, l’ensemble des classes à droite suivant H est l’ensemble des orbites de l’opération à gauche de H sur G par translations à gauche. Si K est un sous-groupe de G contenant H et si est une classe à gauche (resp. à droite) suivant H, alors (resp. ) est une classe à gauche (resp. à droite) suivant K. L’application
Γ ↦ ΓK (resp. Γ ↦ KΓ) est appelée l’application canonique de G/H dans G/K (resp. de dans ). Elle est surjective.
Soient G un groupe, H et K deux sous-groupes de G. Faisons opérer H à gauche sur G par translations à gauche et K à droite par translations à droite; ces deux opérations commutent, ce qui permet de considérer l’ensemble . Les éléments de s’appellent les doubles classes de G suivant (ou modulo) H et K. Lorsque K = H, on dit simplement doubles classes suivant H. Pour que l’application canonique de sur soit une bijection, il faut et il suffit que H soit un sous-groupe distingué de G.
5. Ensembles homogènes
Définition 6
Soit G un groupe. On dit qu’une opération de G sur un ensemble E est transitive s’il existe un élément x ∈ E dont l’orbite soit E. Un G-ensemble E est dit homogène si l’opération de G sur E est transitive.
On dit aussi que G opère transiti vement sur E; ou que E est un ensemble homogène sous G. Il revient au même de dire que E n’est pas vide et que, quels que soient les éléments x et y de E, il existe un élément α ∈ G tel que α.x = y.
Exemple
Si E est un G-ensemble, chaque orbite de E, munie de l’opération induite, est un ensemble homogène sous G.
Soient G un groupe et H un sous-groupe de G. Considérons l’ensemble G/H des classes à gauche suivant H. Le groupe G opère à gauche sur G/H par (g, xH) ↦ gxH. Soit N le normalisateur de H. Le groupe N opère à droite sur G/H par (xH, n) ↦ xHn = xnH. Cette opération induit sur H l’opération triviale, donc, par passage au quotient, N/H opère à droite sur G/H. Soit φ : (N/H)^0 → S_{G/H} l’homomorphisme correspondant à cette opération.
Proposition 5
Avec les notations ci-dessus, G/H est un G-ensemble homogène. L’application φ induit un isomorphisme de (N/H)^0 sur le groupe des automorphismes du G-ensemble G/H.
L’orbite dans G/H de l’élément e = H est G/H, d’où la première assertion. Démontrons la seconde. Si n ∈ N définit par translation à droite l’application identique de G/H, on a e.n = e, soit H.n = H, d’où n ∈ H. Par suite, N/H opère à droite fidèlement sur G/H et φ est injectif. Les opérations de G à gauche et de N/H à droite sur G/H commutent, donc les opérateurs de N/H définissent des G-morphismes de G/H dans lui-même, qui sont nécessairement des G-automorphismes car ils sont bijectifs. Par suite, φ prend ses valeurs dans le groupe Φ des G-automorphismes de G/H. Montrons que l’image de φ est Φ. Soit f ∈ Φ. Par transport de structure, le stabilisateur de f(e) dans G est égal au stabilisateur de e, donc à H. Soit n ∈ G tel que f(e) = ne. Le stabilisateur de ne dans G est nHn^{-1} (I, p. 52, prop. 2), d’où nHn^{-1} = H, et n ∈ N. Pour tout élément xH de G/H, on a f(xH) = f(x.e) = x.f(e) = xnH = xHn, et f coïncide avec l’application définie par n.
Remarque 1
Soient G un groupe, H un sous-groupe de G et l’opération de G sur G/H. Le noyau de est l’intersection des conjugués de H (I, p. 52, prop. 2). C’est aussi le plus grand sous-groupe distingué contenu dans H (I, p. 54). En particulier, G opère fidèlement sur G/H si et seulement si l’intersection des conjugués de H est réduite à e.
Cite 1
Cite Proposition 2
Remarque 2
Soient G un groupe, H et K deux sous-groupes tels que H soit un sous-groupe distingué de K. Alors K/H opère à droite sur le G-ensemble G/H et l’application canonique de G/H sur G/K définit par passage au quotient un isomorphisme de G-ensembles (cf. I, p. 55).
Proposition 6
Soient G un groupe, E un G-ensemble homogène, , H le stabilisateur de a, K un sous-groupe de G contenu dans H. Il existe un et un seul G-morphisme f de G/K dans E tel que et f est surjectif. Si K = H, f est un isomorphisme.
Cité par 1
Cité par Théorème 1
Si f répond à la question, on a pour tout x de G, d’où l’unicité; démontrons l’existence. L’application orbitale définie par a est compatible avec la relation d’équivalence dans G. En effet, si , on a . On en déduit donc une application f de G/K dans E qui vérifie pour tout x de G. Cette application est un G-morphisme et . Cette application est surjective car son image est une partie stable non vide de E. Supposons maintenant que K = H et montrons que f est injective. Si , on a d’où et , d’où .
Théorème 1
Soit G un groupe.
Cite 2 · Cité par 2
Cite Proposition 2, Proposition 6
Cité par Exemple 2, LIE IX § 9. Opérations des groupes de Lie compacts sur les variétés
a) Tout G-ensemble homogène est isomorphe à un G-ensemble homogène de la forme G/H, où H est un sous-groupe de G.
b) Soient H et H’ deux sous-groupes de G. Les G-ensembles G/H et G/H’ sont isomorphes si et seulement si H et H’ sont conjugués.
Comme un G-ensemble homogène n’est pas vide, l’assertion a) résulte de la prop. 6. Démontrons b). Soit un isomorphisme de G-ensembles. Le sous-groupe H est le stabilisateur de H, donc, par transport de structure, le stabilisateur d’un élément de G/H’. Les sous-groupes H et H’ sont donc conjugués (I, p. 52, prop. 2). Si , H’ est le stabilisateur de l’élément de G/H (I, p. 52, prop. 2), donc G/H’ est isomorphe à G/H (prop. 6).
Exemple 1
Soit E un ensemble non vide. Le groupe opère transitivement sur E. En effet, si x et y sont deux éléments de E, l’application , telle que et pour , est une permutation de E. Soit . Le stabilisateur de a s’identifie à , où . Le -ensemble homogène E est donc isomorphe à .
Exemple 2
Soient E un ensemble à n éléments et une famille finie d’entiers > 0 telle que . Soit X l’ensemble des partitions de E telles que Card pour tout i. Le groupe opère transitivement sur X. Le stabilisateur H d’un élément de X est canoniquement isomorphe à , donc d’ordre .
En appliquant le th. 1 et I, p. 34, corollaire on obtient une nouvelle démonstration du fait que
En particulier, prenons
Cite 2 · Cité par 3
Cite Corollaire, I § 4, Théorème 1
Cité par Définition 8, Exemple 1, IV § 5. Tenseurs symétriques et applications polynomiales
Exemple 3
\* Soit un entier . Le groupe orthogonal opère transitivement sur la sphère unité de . Le stabilisateur du point s’identifie au groupe orthogonal . Le -ensemble homogène est donc isomorphe à .
6. Ensembles principaux homogènes
Définition 7
Soit G un groupe. On dit qu’une opération de G sur un ensemble E est simplement transitive s’il existe un élément x de E tel que l’application orbitale définie par x soit une bijection. Un ensemble E muni d’une opération à gauche simplement transitive de G sur E est appelé G-ensemble principal homogène à gauche (ou ensemble principal homogène à gauche sous G).
Cité par 1
Cité par Théorème 2, VIII § 16
Il revient au même de dire que G opère librement et transitivement sur E, ou encore qu’il existe un élément tel que l’application orbitale définie par x soit un isomorphisme du G-ensemble G (où G opère par translations à gauche) sur E; ou encore que les deux conditions suivantes sont satisfaites:
(i) E n’est pas vide; (ii) quels que soient les éléments x et y de E, il existe un élément et un seul tel que .
La condition (ii) est encore équivalente à la condition suivante: (iii) l’application est une bijection de sur .
Nous laissons au lecteur le soin de définir les G-ensembles principaux homogènes à droite.
Exemple 1
Faisons opérer G sur lui-même par translations à gauche (resp. à droite). On définit ainsi sur l’ensemble G une structure de G-ensemble principal homogène à gauche (resp. à droite), qu’on note parfois (resp. ).
Exemple 2
Soit E un ensemble homogène sous un groupe commutatif G. Si G opère fidèlement sur E, celui-ci est un G-ensemble principal homogène.
Exemple 3
Soient E et F deux ensembles munis de structures de même espèce isomorphes, et soit Isom(E, F) l’ensemble des isomorphismes de E sur F (pour les structures données). Le groupe Aut(E) des automorphismes de E (muni de la structure donnée) opère à droite sur Isom(E, F) par la loi et Isom(E, F) est un Aut(E)-ensemble principal homogène à droite. De même, le groupe Aut(F) opère à gauche sur Isom(E, F) par la loi et Isom(E, F) est un Aut(F)-ensemble principal homogène à gauche.
Exemple 4
\* Un ensemble principal homogène sous le groups additif d’un espace vectoriel est appelé un espace affine (cf. II, p. 126).
Le groupe des automorphismes du G-ensemble principal homogène (Exemple 1) est le groupe des translations à droite de G qu’on identifie à (I. p. 56, prop. 5). Soient E un G-ensemble principal homogène, un élément de E. L’application orbitale définie par est un isomorphisme du G-ensemble sur E. Par transport de structure on en déduit un isomorphisme de sur Aut(E). On prendra garde que dépend en général de ; plus précisément, pour , on a
En effet, en notant la translation dans G, on a
et
d’où
7. Groupe des permutations d’un ensemble fini
Si E est un ensemble fini à éléments, le groupe symétrique (I, p. 29) est un groupe fini d’ordre . Lorsque E est l’intervalle de l’ensemble des entiers naturels, le groupe symétrique correspondant se note ; le groupe symétrique d’un ensemble quelconque à éléments est isomorphe à .
Définition 8
Soient E un ensemble fini, une permutation de E, le sous-groupe de engendré par . On dit que est un cycle si, pour l’opération de sur E, il existe une orbite et une seule qui ne soit pas réduite à un élément. Cette orbite est appelée le support de .
Cite 1
Cite Exemple 2
Soit un cycle. Le support de , noté est l’ensemble des tels que .
L’ordre d’un cycle est égal au cardinal de son support. En effet, le sous-groupe engendré par opère transitiivement et fidèlement sur . Comme est commutatif, est un ensemble principal sous (I, p. 58, Exemple 2), donc .
Lemme 1
Soit une famille de cycles dont les supports sont deux à deux disjoints. Alors les sont deux à deux permutables. Posons et soit le sous-groupe engendré par . On a pour , et pour . L’application est une bijection de I sur l’ensemble des -orbites non réduites à un élément.
Cité par 1
Cité par Proposition 7
Soient et deux cycles dont les supports sont disjoints. Si
Proposition 7
Soient E un ensemble fini et une permutation de E. Il existe un ensemble fini C de cycles et un seul, satisfaisant aux deux conditions suivantes:* a) les supports des éléments de C sont deux à deux disjoints; b) on a (les éléments de C étant deux à deux permutables d’après le lemme 1).
Soit le sous-groupe engendré par et soit S l’ensemble des -orbites non réduites à un élément. Pour , posons si et si . Pour tout , est un cycle dont le support est , et l’on a , comme on le voit en appliquant les deux membres à un élément quelconque de E. L’unicité de C résulte du lemme 1.
Définition 9
Un cycle d’ordre 2 est appelé une transposition.
Soient et deux éléments distincts de E. On note l’unique transposition de support .
Pour toute permutation de E, la permutation est une transposition dont le support est . On a donc:
(4)
Les transpositions forment donc dans le groupe une classe de conjugaison.
Proposition 8
Soit E un ensemble fini. Le groupe est engendré par les transpositions.
Cité par 3
Cité par Proposition 9, Théorème 2, V § 12. Corps finis $^1$
Pour toute permutation , soit l’ensemble des tels que . Montrons, par récurrence descendante sur , que toute permutation telle que est un produit de transpositions. Si , la permutation est l’application identique de E; c’est le produit de la famille vide de transpositions. Si , supposons la propriété démontrée pour toute permutation telle que . On a ; soient et . On a et . Posons . L’ensemble contient et , donc . Par l’hypothèse de récurrence, est produit de transpositions, donc est produit de transpositions.
Proposition 9
Soit n un entier . Le groupe est engendré par la famille des transpositions *.
Cite 1 · Cité par 4
Cite Proposition 8
Cité par Exercice 12, § 5, Remarque 1, III § 8, Exercice 12, § 12, VIII App. 2. Déterminants sur un corps non commutatif
En vertu de la prop. 8, il suffit de montrer que toute transposition pour , appartient au sous-groupe engendré par les pour . Démontrons ceci par récurrence sur . Pour , c’est évident. Si , on a (I, p. 60, formule (4)) . Par l’hypothèse de récurrence, , et par suite .
Si , on appelle inversion de tout couple d’éléments de tel que et . Notons le nombre d’inversions de .
Soit le groupe additif des applications de dans . Pour et , soit l’élément de défini par
Soit l’élément de défini par
On a , donc . D’autre part, si , on a
Soit l’ensemble des couples tels que . On définit une permutation de en posant si n’est pas une inversion, si est une inversion. Cela entraîne .
Théorème 2
Soit un ensemble fini. Il existe un homomorphisme et un seul de dans le groupe multiplicatif tel que pour toute transposition *.
L’unicité résulte de I, p. 60, prop. 8. Démontrons l’existence. Par transport de structure, on peut supposer que . Avec les notations précédentes, posons . On a (lemme 2)
Comme , on en déduit , donc est un homomorphisme. Montrons que, pour toute transposition , on a . On a , d’où . Comme toute transposition est conjuguée de et que le groupe est commutatif, on a .
Définition 10
Avec les notations du théorème 2, le nombre (noté aussi ) est appelé la signature de la permutation . Le noyau de l’homomorphisme est appelé le groupe alterné de .
Cite 2
Cite Théorème 2, Exercice 16, § 5
On dit que est paire (resp. impaire) si (resp. ). Le groupe alterné de est noté . C’est un sous-groupe distingué de . Lorsque , on le note simplement . Lorsque le cardinal de est , est un sous-groupe d’indice 2 de , donc d’ordre . On peut montrer que, pour ou , le groupe est un groupe simple (cf. I, p. 131, exerc. 16).
Exemple
Si est un cycle d’ordre , on a
Exercices
See the exercises for § 5.