Bourbaki

§ 9. Opérations des groupes de Lie compacts sur les variétés

Dans ce paragraphe, on désigne par X une variété réelle de classe CrC^r (1≤r≤ω1 \leq r \leq \omega), séparée et localement de dimension finie.

1. Plongement d'une variété au voisinage d'une partie compacte

Lemme 1 01HE

Soient T et T' deux espaces topologiques, A et A' des parties compactes de T et T' respectivement, W un voisinage de A × A' dans T × T'. Il existe un voisinage ouvert U de A dans T et un voisinage ouvert U' de A' dans T' tels qu'on ait U × U' ⊂ W.

Soit x∈Ax \in A; il existe des ouverts UxU_x de T et Ux′U'_x de T' tels que {x}×A′⊂Ux×Ux′⊂W\{ x \} \times A' \subset U_x \times U'_x \subset W: en effet, on peut recouvrir la partie compacte {x}×A′\{ x \} \times A' de T × T' par un nombre fini d'ouverts contenus dans W, de la forme Ui×Ui′U_i \times U'_i, avec x∈Uix \in U_i; il suffit de prendre Ux=⋂iUiU_x = \bigcap_i U_i et Ux′=⋃iUi′U'_x = \bigcup_i U'_i.

Puisque A est compact, il existe des points x1,...,xmx_1, ..., x_m de A tels que A⊂⋃iUxiA \subset \bigcup_i U_{x_i}; posons U=⋃iUxiU = \bigcup_i U_{x_i} et U′=⋂iUxi′U' = \bigcap_i U'_{x_i}. On a alors A×A′⊂U×U′⊂WA \times A' \subset U \times U' \subset W, d'où le lemme.

Dans la suite de ce numéro, on désigne par Y une variété séparée de classe CrC^r.

Proposition 1 01HF

Soient φ:X→Y\varphi : X \to Y un morphisme de classe CrC^r, A une partie compacte de X. Les conditions suivantes sont équivalentes :

(i) La restriction de φ\varphi à A est injective, et φ\varphi est une immersion en tout point de A ; (ii) il existe un voisinage ouvert U de A tel que φ\varphi induise un plongement de U dans Y.

Lorsque ces conditions sont réalisées, on dit que φ\varphi est un plongement au voisinage de A.

Démontrons que (i) entraîne (ii), l'implication opposée étant évidente. Sous l'hypothèse (i), il existe un ouvert V de X contenant A tel que la restriction de φ\varphi à V soit une immersion (VAR, R, 5.7.1). Notons Γ\Gamma l'ensemble des points (x, y) de V × V tels que φ(x)=φ(y)\varphi(x) = \varphi(y), et Δ\Delta la diagonale de V × V. Alors Δ\Delta est une partie ouverte de Γ\Gamma : en effet, pour tout x∈Vx \in V, il existe un voisinage UxU_x de x tel que la restriction de φ\varphi à UxU_x soit injective, c'est-à-dire que l'on ait Γ∩(Ux×Ux)=Δ∩(Ux×Ux)\Gamma \cap (U_x \times U_x) = \Delta \cap (U_x \times U_x).

Puisque Y est séparée, Γ\Gamma est fermé dans V × V ; par suite le complémentaire W de Γ−Δ\Gamma - \Delta dans V × V est ouvert. Par hypothèse, W contient A × A ; le lemme 1 entraîne qu'il existe un ouvert U' de V contenant A tel que U′×U′⊂WU' \times U' \subset W, c'est-à-dire que la restriction de φ\varphi à U' soit injective. De plus il existe un voisinage ouvert U de A dont l'adhérence est compacte et contenue dans U' (TG, I, p. 65, prop. 10). Alors φ\varphi induit un homéomorphisme de U‾\overline{U} sur φ(U‾)\varphi(\overline{U}), et par suite de U sur φ(U)\varphi(U); il en résulte que la restriction de φ\varphi à U est un plongement (VAR, R, 5.8.3).

Proposition 2 01HG

Supposons la variété Y paracompacte ; soit A une partie de X, et soit φ:X→Y\varphi : X \to Y un morphisme de classe CrC^r qui induit un homéomorphisme de A sur φ(A)\varphi(A), et qui est étale en tout point de A. Il existe alors un voisinage ouvert U de A tel que φ\varphi induise un isomorphisme de U sur une sous-variété ouverte de Y.

Quitte à restreindre X et Y, on peut supposer φ\varphi étale et surjectif. Notons σ:φ(A)→A\sigma : \varphi(A) \to A l’homéomorphisme réciproque de φ∣A\varphi|A. Puisque Y est métrisable (VAR, R, 5.1.6), φ(A)\varphi(A) admet un système fondamental de voisinages paracompacts ; d’après TG, XI, il existe alors un voisinage ouvert V de φ(A)\varphi(A) dans Y et une application continue s:V→Xs : V \to X, qui coïncide avec σ\sigma sur φ(A)\varphi(A), telle que φ(s(y))=y\varphi(s(y)) = y pour tout y∈Vy \in V. De plus, ss est topologiquement étale, donc s(V)s(V) est un ouvert U contenant A. Alors φ\varphi induit un homéomorphisme φ′\varphi' de U sur V ; d’après VAR, R, 5.7.8, φ′\varphi' est un isomorphisme.

Dans la suite de ce numéro, on suppose r≠ωr \neq \omega.

Proposition 3 01HH

Soit A une partie compacte de X. L’ensemble P\mathscr{P} des morphismes φ∈Cr(X;Y)\varphi \in \mathscr{C}^r(X;Y) qui sont des plongements au voisinage de A est ouvert dans Cr(X;Y)\mathscr{C}^r(X;Y) pour la topologie de la CrC^r-convergence compacte (§ 6, no 4).

Il suffit évidemment de démontrer la proposition pour r=1r = 1.

a) Montrons d’abord que la partie J de C1(X;Y)\mathscr{C}^1(X;Y) formée des morphismes qui sont des immersions en tout point de A est ouverte. Considérons l’application jA:C1(X;Y)×A→J1(X,Y)j_A : \mathscr{C}^1(X;Y) \times A \to J^1(X,Y) telle que jA(φ,x)=jx1(φ)j_A(\varphi, x) = j_x^1(\varphi) (VAR, R, 12.1).

Par définition de la topologie de C1(X;Y)\mathscr{C}^1(X;Y), l’application j~A:φ↦jA(φ,.)\tilde{j}_A : \varphi \mapsto j_A(\varphi, .) de C1(X;Y)\mathscr{C}^1(X;Y) dans C(A;J1(X,Y))\mathscr{C}(A;J^1(X,Y)) est continue ; on déduit alors de TG, X, p. 28, th. 3 que jAj_A est continue.

D’autre part, soit M l’ensemble des jets jj de J1(X,Y)J^1(X,Y) dont l’application tangente T(j):Ts(j)(X)→Tb(j)(Y)T(j) : T_{s(j)}(X) \to T_{b(j)}(Y) (VAR, R, 12.3.4) est injective. L’ensemble M est ouvert dans J1(X,Y)J^1(X,Y) : en effet, il suffit de vérifier cette assertion lorsque X est un ouvert d’un espace vectoriel E\mathbf{E} de dimension finie, et Y un ouvert d’un espace de Banach F ; on est alors ramené (VAR, R, 12.3.1) à prouver que l’ensemble des applications linéaires continues injectives est ouvert dans L(E;F)\mathscr{L}(E;F), ce qui résulte de TS, III, § 2, no 7, prop. 16.

On conclut de ce qui précède que l’ensemble jA−1(M)j_A^{-1}(M) est ouvert dans C1(X;Y‾)×A\mathscr{C}^1(X;\overline{Y}) \times A, donc que son complémentaire F\mathscr{F} est fermé. Puisque A est compact, la projection pr1:C1(X;Y)×A→C1(X;Y)\mathrm{pr}_1 : \mathscr{C}^1(X;Y) \times A \to \mathscr{C}^1(X;Y) est un morphisme propre, donc fermé ; par conséquent l’ensemble J, qui est égal à C1(X;Y)−pr1(F)\mathscr{C}^1(X;Y) - \mathrm{pr}_1(\mathscr{F}), est ouvert dans C1(X;Y)\mathscr{C}^1(X;Y).

b) Soit H le sous-ensemble de J×A×AJ \times A \times A formé des éléments (f,x,y)(f, x, y) tels que f(x)=f(y)f(x) = f(y). Il est clair que H contient J×ΔJ \times \Delta, où Δ\Delta désigne la diagonale du produit A×AA \times A ; montrons que H′=H−(J×Δ)H' = H - (J \times \Delta) est fermé dans J×A×AJ \times A \times A. Comme P\mathscr{P} est le complémentaire dans J de l’image de H’ par la projection propre pr1:J×A×A→J\mathrm{pr}_1 : J \times A \times A \to J, cela entraînera la proposition.

La topologie de C1(X;Y)C^1(X; Y) étant plus fine que la topologie de la convergence compacte, l’application (φ,x)↦φ(x)(\varphi, x) \mapsto \varphi(x) de C1(X,Y)×AC^1(X, Y) \times A dans YY est continue (TG, X, p. 28, cor. 1); on en déduit que HH est fermé dans J×A×AJ \times A \times A. Il suffit donc de montrer que J×ΔJ \times \Delta est ouvert dans HH, autrement dit que pour tout φ∈J\varphi \in J et tout x∈Ax \in A, il existe un voisinage Ω\Omega de φ\varphi dans JJ et un voisinage BB de xx dans XX tels que pour tout morphisme ψ\psi de Ω\Omega, la restriction de ψ\psi à A∩BA \cap B soit injective.

La proposition résulte donc du lemme suivant :

Lemme 2 01HI

Soient xx un point de XX, φ:X→Y\varphi : X \to Y un morphisme de classe C1C^1 qui est une immersion en xx. Il existe un voisinage Ω\Omega de φ\varphi dans C1(X;Y)C^1(X; Y) et un voisinage BB de xx dans XX tels que pour tout ψ∈Ω\psi \in \Omega, la restriction de ψ\psi à BB soit injective.

Soit UU un voisinage ouvert de xx, relativement compact, isomorphe à un espace vectoriel de dimension finie, et tel que φ(U‾)\varphi(\overline{U}) soit contenu dans un domaine de carte VV. L’ensemble Ω0\Omega_0 des ψ∈C1(X;Y)\psi \in C^1(X; Y) tels que ψ(U‾)⊂V\psi(\overline{U}) \subset V est ouvert dans C1(X;Y)C^1(X; Y), et l’application de restriction Ω0→C1(U;V)\Omega_0 \to C^1(U; V) est continue ; on est donc ramené à démontrer le lemme pour X=UX = U et Y=VY = V, autrement dit on peut supposer que XX est un espace vectoriel de dimension finie et YY un espace de Banach. Choisissons des normes sur XX et YY.

L’application linéaire Dφ(x):X→YD\varphi(x) : X \to Y est injective ; notons qq sa conorme (TS, III, § 2, n° 6), de sorte qu’on a par définition ∥Dφ(x).t∥≥q∥t∥\| D\varphi(x).t \| \geq q \| t \| pour tout t∈Xt \in X. Soit ε∈R\varepsilon \in \mathbf{R} tel que 0<ε<q/20 < \varepsilon < q/2, et soit BB une boule fermée de centre xx telle qu’on ait ∥Dφ(u)−Dφ(x)∥≤ε\| D\varphi(u) - D\varphi(x) \| \leq \varepsilon pour tout u∈Bu \in B. Notons Ω\Omega le sous-ensemble de C1(X;Y)C^1(X; Y) formé des morphismes ψ\psi tels que ∥Dψ(u)−Dφ(u)∥≤ε\| D\psi(u) - D\varphi(u) \| \leq \varepsilon pour tout u∈Bu \in B ; il est ouvert par définition de la topologie de C1(X;Y)C^1(X; Y). Pour ψ∈Ω\psi \in \Omega, posons ψ0=ψ−Dφ(x)\psi_0 = \psi - D\varphi(x). On a ∥Dψ0(u)∥≤2ε\| D\psi_0(u) \| \leq 2\varepsilon pour tout u∈Bu \in B, et par conséquent ∥ψ0(u)−ψ0(v)∥≤2ε∥u−v∥\| \psi_0(u) - \psi_0(v) \| \leq 2\varepsilon \| u - v \| quels que soient uu et vv dans BB (VAR, R, 2.2.3). On en déduit

∥ψ(u)−ψ(v)∥≥∥Dφ(x).(u−v)∥−∥ψ0(u)−ψ0(v)∥≥(q−2ε)∥u−v∥. \| \psi(u) - \psi(v) \| \geq \| D\varphi(x).(u - v) \| - \| \psi_0(u) - \psi_0(v) \| \geq (q - 2\varepsilon) \| u - v \|.

Par suite la restriction de ψ\psi à BB est injective, d’où le lemme.

Proposition 4 01HJ

Soit AA une partie compacte de XX. Il existe un espace vectoriel EE de dimension finie et un morphisme φ∈Cr(X;E)\varphi \in C^r(X; E) (r≠ωr \neq \omega) qui est un plongement au voisinage de AA.

Soit (Ui,φi,Ei)i∈I(U_i, \varphi_i, E_i)_{i \in I} une famille finie de cartes de XX dont les domaines recouvrent AA. On convient d’étendre φi\varphi_i en une application de XX dans EiE_i (encore notée φi\varphi_i) en posant φi(x)=0\varphi_i(x) = 0 pour x∉Uix \notin U_i. Soit (Vi)i∈I(V_i)_{i \in I} un recouvrement de AA par des ouverts de XX, tel que Vi‾⊂Ui\overline{V_i} \subset U_i pour tout i∈Ii \in I (l’existence d’un tel recouvrement résulte du cor. 1 de TG, IX, p. 48, appliqué à l’espace compact X′X' obtenu en adjoignant à XX un point à l’infini et au recouvrement de X′X' formé par les ouverts UiU_i (i∈Ii \in I) et X′−AX' - A). Pour tout i∈Ii \in I, soit αi\alpha_i une fonction numérique de classe CrC^r sur XX, égale à 1 en tout point de ViV_i, et de support contenu dans UiU_i (VAR, R, 5.3.6.).

Considérons l’application φ:X→⨁i∈I(Ei⊕R)\varphi : X \to \bigoplus_{i \in I} (E_i \oplus \mathbf{R}) définie par

φ(x)=(αi(x)φi(x),αi(x))i∈I. \varphi(x) = (\alpha_i(x) \varphi_i(x), \alpha_i(x))_{i \in I}.

Pour tout i∈Ii \in I, l’application αiφi\alpha_i \varphi_i est de classe CrC^r (puisque ses restrictions à UiU_i et au complémentaire du support de αi\alpha_i le sont), et sa restriction à ViV_i est un plongement ; il en résulte que φ\varphi est un morphisme de classe CrC^r et est une immersion en tout point de AA. Montrons que la restriction de φ\varphi à AA est injective. Soient x,yx, y deux points de AA tels que φ(x)=φ(y)\varphi(x) = \varphi(y), et soit i∈Ii \in I tel que x∈Vix \in V_i. On a alors αi(x)=1\alpha_i(x) = 1, donc αi(y)=1\alpha_i(y) = 1, ce qui entraîne y∈Uiy \in U_i; mais on a aussi φi(x)=φi(y)\varphi_i(x) = \varphi_i(y), d’où x=yx = y puisque φi\varphi_i induit un plongement de UiU_i dans EiE_i.

On peut démontrer 1^1 que toute variété séparée dénombrable à l’infini de dimension pure nn se plonge dans R2n\mathbf{R}^{2n}; pour un résultat moins fort, cf. exercice 2.

2. Le théorème de plongement équivariant

Dans ce numéro, on suppose r≠ωr \neq \omega.

Lemme 3 01HK

Soit GG un groupe topologique compact opérant continûment sur un espace topologique XX; soient AA une partie de XX, stable par GG, et WW un voisinage de AA. Il existe alors un voisinage ouvert VV de AA stable par GG et contenu dans WW.

Posons F=X−WF = X - W et V=X−GFV = X - GF. Alors VV est ouvert (TG, III, p. 28, cor. 1), stable par GG, et on a A⊂V⊂WA \subset V \subset W.

Théorème 1 01HL

Soient GG un groupe de Lie compact, (g,x)↦gx(g, x) \mapsto gx une loi d’opération à gauche de classe CrC^r de GG dans XX, et AA une partie compacte de XX. Il existe une représentation linéaire analytique ρ\rho de GG dans un espace vectoriel EE de dimension finie, un morphisme φ:X→E\varphi : X \to E de classe CrC^r, compatible avec les opérations de GG, et un voisinage ouvert UU de AA, stable par GG, tels que la restriction de φ\varphi à UU soit un plongement.

Remplaçant AA par la partie compacte GAGA, on se ramène au cas où AA est stable par GG.

Soit E0E_0 un espace vectoriel de dimension finie tel qu’il existe un élément de Cr(X;E0)\mathscr{C}^r(X; E_0) qui soit un plongement au voisinage de AA (no 1, prop. 4); l’ensemble P\mathscr{P} des morphismes possédant cette propriété est donc un ouvert non vide de Cr(X;E0)\mathscr{C}^r(X; E_0) (no 1, prop. 3). Considérons la représentation linéaire continue du groupe compact GG dans l’espace Cr(X;E0)\mathscr{C}^r(X; E_0) (§ 6, no 4, lemme 4). D’après le théorème de Peter-Weyl (TS, à paraître), la réunion des sous-espaces de dimension finie, stables par GG, est dense dans Cr(X;E0)\mathscr{C}^r(X; E_0); il existe donc un élément φ0\varphi_0 de P\mathscr{P} tel que les applications x↦φ0(gx)x \mapsto \varphi_0(gx), pour g∈Gg \in G, engendrent un sous-espace vectoriel E1E_1 de dimension finie de Cr(X;E0)\mathscr{C}^r(X; E_0), évidemment stable pour l’action de GG.

Prenons alors pour EE l’espace HomR(E1,E0)\mathrm{Hom}_{\mathbf{R}}(E_1, E_0), pour ρ\rho la représentation de GG dans EE déduite de l’action sur E1E_1, et pour φ:X→E\varphi : X \to E l’application qui à x∈Xx \in X associe l’application linéaire ψ↦ψ(x)\psi \mapsto \psi(x) de E1E_1 dans E0E_0. C’est un morphisme de classe CrC^r; pour x∈X,g∈G,ψ∈E1x \in X, g \in G, \psi \in E_1, on a (en notant τ(g)\tau(g) l’automorphisme x↦gxx \mapsto gx de XX) :

φ(gx)(ψ)=ψ(gx)=φ(x)(ψ∘τ(g))=(ρ(g)φ(x))(ψ). \varphi(gx)(\psi) = \psi(gx) = \varphi(x)(\psi \circ \tau(g)) = (\rho(g)\varphi(x))(\psi).

1^1 Voir H. Whitney, The self-intersection of a smooth nn-manifold in 2n2n-space, Ann. of Math., 45 (1944), 220-246.

Soit α:HomR(E1,E0)→E0\alpha : \mathrm{Hom}_{\mathbf{R}}(E_1, E_0) \to E_0 l’application linéaire u↦u(φ0)u \mapsto u(\varphi_0); on a α∘φ=φ0\alpha \circ \varphi = \varphi_0, de sorte que φ\varphi est un plongement au voisinage de AA puisque φ0\varphi_0 en est un. Il existe donc un voisinage ouvert UU de AA tel que la restriction de φ\varphi à UU soit un plongement ; on peut choisir UU stable par GG d’après le lemme 3, d’où le théorème.

Corollaire 1 01HM

Supposons XX compacte. Il existe une représentation linéaire analytique ρ\rho de GG dans un espace vectoriel EE de dimension finie et un plongement φ:X→E\varphi : X \to E tels que φ(gx)=ρ(g)φ(x)\varphi(gx) = \rho(g) \varphi(x) pour g∈G,x∈Xg \in G, x \in X.

Corollaire 2 01HN

Soit HH un sous-groupe fermé de GG. Il existe une représentation linéaire analytique de GG dans un espace vectoriel EE de dimension finie et un point v∈Ev \in E de fixateur HH.

Appliquons le cor. 1 à l’opération canonique de GG sur la variété compacte G/HG/H. On obtient alors une représentation linéaire analytique ρ:G→GL(E)\rho : G \to \mathrm{GL}(E), et un plongement φ:G/H→E\varphi : G/H \to E tels que φ(gx)=ρ(g)φ(x),g∈G,x∈G/H\varphi(gx) = \rho(g) \varphi(x), g \in G, x \in G/H. Soient e‾∈G/H\overline{e} \in G/H la classe de e∈Ge \in G, et v=φ(e‾)v = \varphi(\overline{e}) son image. Pour tout g∈Gg \in G, on a ρ(g)v=v  ⟺  φ(ge‾)=φ(e‾)  ⟺  ge‾=e‾  ⟺  g∈H\rho(g) v = v \iff \varphi(g \overline{e}) = \varphi(\overline{e}) \iff g \overline{e} = \overline{e} \iff g \in H.

Corollaire 3 01HO

Supposons XX paracompacte. Il existe un espace hilbertien réel EE, une représentation unitaire continue 1ρ^1 \rho de GG dans EE et un plongement φ:X→E\varphi : X \to E de classe CrC^r, tels qu’on ait φ(gx)=ρ(g)φ(x)\varphi(gx) = \rho(g) \varphi(x) pour tout g∈Gg \in G et tout x∈Xx \in X.

L’espace X/GX/G est localement compact (TG, III, p. 33, prop. 11). Ses composantes connexes sont les images des composantes connexes de XX, qui sont dénombrables à l’infini (TG, I, p. 70, th. 5) ; elles sont donc elles-mêmes dénombrables à l’infini, ce qui entraîne que X/GX/G est paracompact (loc. cit.). Il existe donc un recouvrement localement fini (Uα′)α∈I(U'_\alpha)_{\alpha \in I} de X/GX/G par des ouverts relativement compacts, et un recouvrement (Vα′)α∈I(V'_\alpha)_{\alpha \in I} tel que V‾α′⊂Uα′\overline{V}'_\alpha \subset U'_\alpha pour tout α∈I\alpha \in I (TG, IX, p. 48, cor. 1) ; par image réciproque, on en déduit deux recouvrements localement finis (Uα)α∈I(U_\alpha)_{\alpha \in I} et (Vα)α∈I(V_\alpha)_{\alpha \in I} de XX par des ouverts relativement compacts stables par GG, tels que V‾α⊂Uα\overline{V}_\alpha \subset U_\alpha pour tout α∈I\alpha \in I.

Pour tout α∈I\alpha \in I, il existe une représentation ρα\rho_\alpha de GG dans un espace vectoriel réel EαE_\alpha de dimension finie et un morphisme φα∈Cr(X;Eα)\varphi_\alpha \in \mathscr{C}^r(X; E_\alpha), compatible aux opérations de GG, dont la restriction à UαU_\alpha est un plongement (th. 1). Pour α∈I\alpha \in I, soit aαa_\alpha une fonction numérique de classe CrC^r sur XX, égale à 1 sur VαV_\alpha et à 0 en dehors de UαU_\alpha (VAR, R, 5.3.6).

Posons bα(x)=∫Gaα(gx) dxb_\alpha(x) = \int_G a_\alpha(gx) \, dx pour x∈Xx \in X. La fonction bαb_\alpha est de classe CrC^r, invariante par GG (§ 6, n° 4, cor. 2), égale à 1 sur VαV_\alpha et à 0 en dehors de UαU_\alpha. Munissons chaque EαE_\alpha d’un produit scalaire hilbertien invariant par GG (§ 1, n° 1), et RR de sa structure hilbertienne canonique ; soit EE l’espace somme hilbertienne de la famille (Eα⊕R)α∈I(E_\alpha \oplus R)_{\alpha \in I}, et soit ρ\rho la représentation de GG dans EE déduite des ρα\rho_\alpha et de l’action triviale de GG sur RR.

1^1 C’est-à-dire (TS, à paraître) une représentation linéaire continue (INT, VIII, § 2, n° 1) telle que l’opérateur ρ(g)\rho(g) soit unitaire pour tout g∈Gg \in G.

Pour x∈Xx \in X, posons φ(x)=(bα(x) φα(x), bα(x))α∈I\varphi(x) = (b_\alpha(x)\ \varphi_\alpha(x),\ b_\alpha(x))_{\alpha \in I}. Alors φ\varphi est un morphisme de classe CrC^r de XX dans EE, compatible avec les opérations de GG; on vérifie comme dans la démonstration de la prop. 4 (n° 1) que φ\varphi est un plongement, ce qui entraîne le corollaire.

3. Tubes et transversales

Lemme 4 01HP

Soient HH un groupe de Lie compact, ρ:H→GL(V)\rho : H \to GL(V) une représentation continue (donc analytique) de HH dans un espace vectoriel réel de dimension finie, WW un voisinage de l’origine dans VV. Il existe un voisinage ouvert de l’origine BB, contenu dans WW, stable par HH, et un isomorphisme analytique u:V→Bu : V \to B, compatible aux opérations de HH, tel que u(0)=0u(0) = 0 et Du(0)=IdVDu(0) = \mathrm{Id}_V.

Choisissons un produit scalaire sur VV invariant par HH (§ 1, n° 1). Il existe un nombre réel r>0r > 0 tel que la boule ouverte BB de rayon rr soit contenue dans WW; elle est évidemment stable par HH. Posons u(v)=r(r2+∥v∥2)−1/2vu(v) = r(r^2 + \|v\|^2)^{-1/2} v pour tout v∈Vv \in V; alors uu est une application analytique bijective de VV dans BB, compatible avec les opérations de HH, et son application réciproque w↦r(r2−∥w∥2)−1/2ww \mapsto r(r^2 - \|w\|^2)^{-1/2} w est analytique. On a de plus u(0)=0u(0) = 0 et Du(0)=IdVDu(0) = \mathrm{Id}_V.

Proposition 5 01HQ

Soient HH un groupe de Lie compact, (h,x)↦hx(h, x) \mapsto hx une loi d’opération à gauche de classe CrC^r de HH dans XX, xx un point de XX fixe sous l’action de HH. Le groupe HH opère alors linéairement sur l’espace vectoriel T=Tx(X)T = T_x(X); il existe un plongement ouvert φ:T→X\varphi : T \to X de classe CrC^r, compatible avec les opérations de HH, tel que φ(0)=x\varphi(0) = x et que T0(φ)T_0(\varphi) soit l’application identique de TT.

Soit (U,ψ,E)(U, \psi, E) une carte de XX en xx, telle que UU soit stable par HH (n° 2, lemme 3) et qu’on ait ψ(x)=0\psi(x) = 0. Identifions EE à TT par Tx(ψ)T_x(\psi), et posons

ψ#(y)=∫Hh.ψ(h−1y) dhpoury∈U, \psi^\#(y) = \int_H h.\psi(h^{-1}y)\ dh \quad \text{pour} \quad y \in U,

où dhdh est la mesure de Haar sur HH de masse totale 1.

Alors (§ 6, n° 4, cor. 1) ψ#\psi^\# est un morphisme de classe CrC^r de UU dans TT, compatible avec les opérations de HH, tel que ψ#(x)=0\psi^\#(x) = 0 et dxψ#=IdTd_x \psi^\# = \mathrm{Id}_T. Il existe donc un ouvert U′⊂UU' \subset U contenant xx, et un voisinage ouvert VV de 0 dans TT, tels que ψ#\psi^\# induise un isomorphisme θ:U′→V\theta : U' \to V. Quitte à restreindre U′U' et VV, on peut supposer qu’ils sont stables par HH et qu’il existe un isomorphisme u:T→Vu : T \to V compatible aux opérations de HH (lemme 4). Il suffit alors de prendre φ=θ−1∘u\varphi = \theta^{-1} \circ u.

Rappelons (VAR, R, 6.5.1) que si GG est un groupe de Lie, HH un sous-groupe de Lie de GG et YY une variété dans laquelle HH opère à gauche, on note G×HYG \times^H Y le quotient de la variété produit G×YG \times Y par l’opération à droite ((g,y),h)↦(gh,h−1y)((g, y), h) \mapsto (gh, h^{-1}y) de HH; c’est une variété dans laquelle le groupe de Lie GG opère naturellement à gauche ; la projection G×HY→G/HG \times^H Y \to G/H est une fibration de fibre YY. Si de plus YY est un espace vectoriel de dimension finie sur lequel HH opère linéairement, G×HYG \times^H Y est muni d'une structure naturelle de GG-fibré vectoriel de base G/HG/H (VAR, R, 7.10.2).

Soit GG un groupe de Lie opérant proprement sur la variété XX (TG, III, p. 27, déf. 1) de façon que la loi d'opération (g,x)↦gx(g, x) \mapsto gx soit de classe CrC^r. Pour tout point xx de XX, l'orbite GxGx de xx est alors une sous-variété fermée de XX, isomorphe à l'espace homogène de Lie G/GxG/G_x, où GxG_x est le fixateur de xx dans GG (cf. III, § 1, no 7, prop. 14, (ii), et TG, III, p. 29, prop. 4); celui-ci est un groupe de Lie compact (loc. cit.).

Proposition 6 01HR

Supposons la variété XX paracompacte; soient xx un point de XX, GxG_x son fixateur.* Il existe une représentation linéaire analytique de dimension finie τ:Gx→GL(W)\tau : G_x \to \mathbf{GL}(W), et un plongement ouvert α:G×GxW→X\alpha : G \times^{G_x} W \to X de classe CrC^r, compatible avec les opérations de GG, qui applique la classe de (e,0)∈G×W(e, 0) \in G \times W sur xx.

Posons T=Tx(X)T = T_x(X). Soit WW un sous-espace de TT, stable par GxG_x, supplémentaire de Tx(Gx)T_x(Gx) dans TT (par exemple l'orthogonal de Tx(Gx)T_x(Gx) relativement à un produit scalaire sur TT invariant par GxG_x). Soit d'autre part φ:T→X\varphi : T \to X un morphisme possédant les propriétés énoncées dans la prop. 5 (relativement à H=GxH = G_x). Considérons le morphisme λ:G×W→X\lambda : G \times W \to X défini par λ(g,w)=gφ(w)\lambda(g, w) = g\varphi(w). Il induit par passage au quotient un morphisme μ:G×GxW→X\mu : G \times^{G_x} W \to X de classe CrC^r, compatible avec les opérations de GG, qui applique la classe zz de (e,0)(e, 0) sur xx.

Montrons que μ\mu est étale au point zz. On a

dim⁡(G×GxW)=dim⁡(G)+dim⁡(W)−dim⁡(Gx)=dim⁡(Gx)+dim⁡(W)=dim⁡(T), \dim(G \times^{G_x} W) = \dim(G) + \dim(W) - \dim(G_x) = \dim(Gx) + \dim(W) = \dim(T),

et il suffit donc de montrer que μ\mu est submersif en zz, ou encore que λ\lambda est submersif en (e,0)(e, 0). Or, l'application tangente T(e,0)(λ):Te(G)⊕W→TT_{(e,0)}(\lambda) : T_e(G) \oplus W \to T est égale à Te(ρ(x))+iT_e(\rho(x)) + i, où ρ(x)\rho(x) est l'application orbitale g↦gxg \mapsto gx et ii l'injection canonique de WW dans TT; comme on a Im⁡Te(ρ(x))=Tx(Gx)\operatorname{Im} T_e(\rho(x)) = T_x(Gx), l'application T(e,0)(λ)T_{(e,0)}(\lambda) est surjective, et μ\mu est étale en zz.

Nous allons démontrer qu'il existe un voisinage ouvert Ω\Omega de GzGz dans G×GxWG \times^{G_x} W, stable par GG, tel que μ\mu induise un isomorphisme de Ω\Omega sur un ouvert de XX. Cela entraînera la proposition : en effet, l'image réciproque de Ω\Omega dans G×WG \times W est stable par GG, donc de la forme G×BG \times B, où BB est un ouvert de WW contenant l'origine et stable par GxG_x; quitte à restreindre Ω\Omega, on peut supposer qu'il existe un isomorphisme u:W→Bu : W \to B, compatible aux opérations de GxG_x (lemme 4). Il est clair que le morphisme composé

α:G×GxW→(Id,u)G×GxB→μX \alpha : G \times^{G_x} W \xrightarrow{(\mathrm{Id},u)} G \times^{G_x} B \xrightarrow{\mu} X

satisfait aux conditions de l'énoncé.

La proposition résulte donc du lemme suivant :

Lemme 5 01HS

Soient ZZ une variété séparée de classe CrC^r, munie d'une loi d'opération à gauche m:G×Z→Zm : G \times Z \to Z de classe CrC^r, et μ:Z→X\mu : Z \to X un morphisme (de classe CrC^r) compatible avec les opérations de GG. Soient zz un point de ZZ, et x=μ(z)x = \mu(z). On suppose que μ\mu est étale en zz, et que le fixateur de zz dans GG est égal au fixateur GxG_x de xx. Il existe alors un voisinage ouvert Ω\Omega de l'orbite GzGz, stable par GG, tel que μ\mu induise un isomorphisme de Ω\Omega sur un ouvert de XX.

Puisque μ\mu est compatible avec les opérations de GG, il est étale en tout point de GzGz; comme l’application canonique G/Gx→GxG/G_x \to Gx est un homéomorphisme, il en est de même de l’application de GzGz dans GxGx induite par μ\mu. Il résulte donc de la prop. 2 du n° 1 qu’il existe un voisinage ouvert UU de GzGz dans ZZ tel que μ\mu induise un plongement ouvert de UU dans XX.

Puisque GG opère proprement dans XX, il existe un voisinage ouvert VV de xx et une partie compacte KK de GG tels qu’on ait gV∩V=∅gV \cap V = \varnothing pour g∉Kg \notin K (TG, III, p. 31, prop. 7); on a en particulier e∈Ke \in K. L’ensemble W1W_1 des points y∈Zy \in Z tels que Ky⊂UKy \subset U est ouvert dans ZZ: en effet, Z−W1Z - W_1 est l’image du fermé (K×Z)−m−1(U)(K \times Z) - m^{-1}(U) par la projection propre pr2:K×Z→Zpr_2 : K \times Z \to Z. Posons W=W1∩μ−1(V)W = W_1 \cap \mu^{-1}(V); c’est un ouvert de ZZ, contenant zz, et satisfaisant aux conditions suivantes : (i) KW⊂UKW \subset U, et en particulier W⊂UW \subset U; (ii) μ(W)⊂V\mu(W) \subset V.

Posons Ω=GW\Omega = GW et considérons la restriction de μ\mu à Ω\Omega. C’est un morphisme étale, puisque tout point de Ω\Omega est conjugué par GG à un point de UU. Montrons qu’il est injectif : soient g,hg, h dans GG et u,vu, v dans WW tels que μ(gu)=μ(hv)\mu(gu) = \mu(hv). Posons k=g−1hk = g^{-1}h; on a μ(u)=kμ(v)\mu(u) = k\mu(v), d’où k∈Kk \in K d’après (ii). Mais kvkv et uu appartiennent à UU par (i); on a donc u=kvu = kv puisque la restriction de μ\mu à VV est injective, d’où gu=hvgu = hv. Ainsi la restriction de μ\mu à Ω\Omega est injective, et par suite (VAR, R, 5.7.8) est un isomorphisme sur une sous-variété ouverte de XX, ce qui termine la démonstration.

Sous les conditions de la proposition 6, l’image de α\alpha est un voisinage ouvert TT de l’orbite AA de xx, muni d’une structure de fibré vectoriel de base AA, pour laquelle la section nulle est l’orbite AA elle-même. Un tel voisinage s’appelle un tube linéaire (autour de l’orbite considérée). Pour chaque point a∈Aa \in A, la fibre YaY_a de cette fibration vectorielle est une sous-variété de XX, stable par le fixateur GaG_a de aa, et telle que le morphisme de G×GaYaG \times^{G_a} Y_a dans XX qui applique la classe de (g,y)∈G×Ya(g, y) \in G \times Y_a sur gy∈Xgy \in X induise un isomorphisme de classe CrC^r de G×GaYaG \times^{G_a} Y_a sur TT. On dit que YaY_a est la transversale en aa du tube TT. On remarquera que l’espace tangent en aa à YaY_a est canoniquement isomorphe à YaY_a et que c’est un supplémentaire de Ta(A)T_a(A) dans Ta(X)T_a(X); le fibré vectoriel TT de base AA est donc canoniquement isomorphe au fibré normal de AA dans XX (VAR, R, 8.1.3).

4. Types d’orbites

Soit GG un groupe topologique opérant continûment dans un espace topologique séparé EE. Pour chaque point xx de EE, notons GxG_x le fixateur de xx dans GG, et supposons que l’application canonique G/Gx→GxG/G_x \to Gx soit un homéomorphisme; c’est le cas notamment dans les deux cas suivants : a) les topologies de GG et EE sont discrètes ; b) GG opère proprement dans EE (TG, III, p. 29, prop. 4), par exemple, GG est compact (TG, III, p. 28, prop. 2). Notons C\mathscr{C} l’ensemble des classes de conjugaison de sous-groupes fermés de GG.

Pour tout x∈Ex \in E, on appelle type de l’orbite de xx, ou parfois type de xx, la classe dans C\mathscr{C} de GxG_x; deux points d’une même orbite ont même type d’orbite (A, I, p. 52, prop. 2); deux orbites sont de même type si et seulement si elles sont isomorphes comme GG-ensembles (A, I, p. 57, th. 1). Pour tout t∈Ct \in \mathscr{C}, on note E(t)E_{(t)} l’ensemble des points de EE de type tt, c’est-à-dire la réunion des orbites de type tt; c’est une partie stable de EE. Pour H∈tH \in t, on écrit aussi E(H)E_{(H)} pour E(t)E_{(t)}; par exemple, E(G)E_{(G)} est le sous-espace fermé de EE formé des points fixés par GG.

Munissons C\mathscr{C} de la relation de préordre suivante

t≤t′  ⟺  il existe H∈t et H′∈t′ tels que H⊃H′. t \leq t' \iff \text{il existe } H \in t \text{ et } H' \in t' \text{ tels que } H \supset H'.

Soient Ω\Omega et Ω′\Omega' deux orbites de GG dans EE, tt et t′t' leurs types ; pour que t≤t′t \leq t', il faut et il suffit qu’il existe un GG-morphisme (nécessairement surjectif et continu) de Ω′\Omega' dans Ω\Omega.

Soient x,x′x, x' dans EE, tt et t′t' leurs types ; pour que t≤t′t \leq t', il faut et il suffit qu’il existe a∈Ga \in G tel que aGx′a−1⊂Gxa G_{x'} a^{-1} \subset G_x.

Lemme 6 01HT

Soit GG un groupe de Lie.

a) Toute suite décroissante de sous-groupes compacts de GG est stationnaire.

b) Soient HH et H′H' deux sous-groupes compacts de GG, tels que H⊂H′H \subset H' et qu’il existe un isomorphisme (de groupes topologiques) de H′H' sur HH. On a alors H=H′H = H'.

c) Muni de la relation t≤t′t \leq t', l’ensemble C\mathscr{C} est un ensemble ordonné noethérien (E, III, p. 51).

a) Soit (Hi)i≥1(H_i)_{i \geq 1} une suite décroissante de sous-groupes compacts de GG; ce sont des sous-groupes de Lie (III, § 8, n° 2, th. 2). La suite d’entiers (dim⁡Hi)i≥1(\dim H_i)_{i \geq 1} est décroissante, donc stationnaire, et il existe un entier NN tel que les sous-groupes HiH_i aient tous la même composante neutre pour i≥Ni \geq N. Alors la suite décroissante d’entiers positifs (Hi:(Hi)0)i≥N(H_i : (H_i)_0)_{i \geq N} est stationnaire, donc on a Hi=Hi+1H_i = H_{i+1} pour ii assez grand.

b) Soit ff un isomorphisme de H′H' sur HH. La suite (fn(H))n≥0(f^n(H))_{n \geq 0} est une suite décroissante de sous-groupes compacts de GG, de sorte qu’on a fn(H)=fn+1(H)f^n(H) = f^{n+1}(H) pour nn assez grand, d’après a). Comme ff est un isomorphisme, ceci entraîne f(H)=H=f(H′)f(H) = H = f(H'), d’où H=H′H = H'.

c) Soient t,t′∈Ct, t' \in \mathscr{C} tels que t≤t′t \leq t' et t′≤tt' \leq t. Il existe alors H,H1∈tH, H_1 \in t et H′,H1′∈t′H', H'_1 \in t' tels que H⊃H′H \supset H' et H1⊂H1′H_1 \subset H'_1. Soient gg et g′g' deux éléments de GG tels que H1=gHg−1H_1 = g H g^{-1} et H1′=g′H′g′−1H'_1 = g' H' {g'}^{-1}; posons u=g′−1gu = {g'}^{-1} g. On a

uHu−1⊂H′⊂H; u H u^{-1} \subset H' \subset H ;

d’après b), ceci entraîne uHu−1=Hu H u^{-1} = H, donc H′=HH' = H et t′=tt' = t. L’ensemble C\mathscr{C} est donc ordonné, et noethérien d’après a).

Théorème 2 01HU

Soit GG un groupe de Lie opérant proprement sur XX, de façon que la loi d’opération (g,x)↦gx(g, x) \mapsto gx soit de classe CrC^r. On suppose XX paracompacte.

a) L’application qui, à chaque point de XX, associe son type d’orbite, possède la propriété de semi-continuité suivante : soit x∈Xx \in X et soit t∈Ct \in \mathscr{C} son type d’orbite ; il existe un voisinage ouvert stable UU de xx tel que, pour tout u∈Uu \in U, le type de uu soit ≥t\geq t.

b) Pour tout t∈Tt \in \mathscr{T}, X(t)X_{(t)} est une sous-variété de XX, la relation d'équivalence dans X(t)X_{(t)} déduite de l'opération de GG est régulière (VAR, R, 5.9.5), et le morphisme X(t)→X(t)/GX_{(t)} \to X_{(t)}/G est une fibration.

c) Supposons X/GX/G connexe. Alors l'ensemble des types d'orbite des éléments de XX possède un plus grand élément τ\tau; de plus, X(τ)X_{(\tau)} est une partie ouverte et dense de XX et X(τ)/GX_{(\tau)}/G est connexe.

Soient xx un point de XX et t∈Tt \in \mathscr{T} son type. Pour démontrer a) et b), on peut remplacer XX par un ouvert stable contenant xx, donc (prop. 6) supposer que XX est de la forme G×HWG \times^H W, où WW est l'espace d'une représentation linéaire analytique de dimension finie d'un sous-groupe compact HH de GG, le point xx étant l'image p(e,0)p(e, 0) de (e,0)∈G×W(e, 0) \in G \times W par la projection canonique p:G×W→G×HWp : G \times W \to G \times^H W. Si u=p(g,y)∈G×HWu = p(g, y) \in G \times^H W et a∈Ga \in G, alors au=uau = u si et seulement s'il existe h∈Hh \in H avec (ag,y)=(gh−1,hy)(ag, y) = (gh^{-1}, hy) c'est-à-dire si a∈gHyg−1a \in gH_yg^{-1}. On a donc Gu=gHyg−1G_u = gH_yg^{-1}; en particulier Gx=HG_x = H, donc GuG_u est conjugué à un sous-groupe de GxG_x, ce qui prouve que le type de uu est ≥t\geq t, d'où a).

Par ailleurs, pour que uu soit de type tt, il faut et il suffit que GuG_u soit conjugué à HH dans GG, ou encore que HyH_y soit conjugué à HH dans GG; d'après le lemme 6, b), cela signifie que Hy=HH_y = H, donc que yy est fixé par HH. Si W′W' est le sous-espace vectoriel de WW formé des éléments fixés par HH, il en résulte que X(t)X_{(t)} s'identifie à G×HW′G \times^H W', donc aussi à G/H×W′G/H \times W', d'où b).

Pour démontrer c), observons que l'hypothèse de connexité de X/GX/G entraîne que XX est pure de dimension finie : en effet, pour tout k≥0k \geq 0, notons XkX_k l'ensemble des points x∈Xx \in X tels que dim⁡xX=k\dim_x X = k; alors XkX_k est ouvert et fermé dans XX, et stable par GG, de sorte que XX est égal à l'un des XkX_k.

Démontrons maintenant c) par récurrence sur la dimension de XX, l'assertion étant évidente pour dim⁡X=0\dim X = 0. Soit τ\tau un élément maximal parmi les types d'orbite des points de XX (un tel élément existe d'après le lemme 6, c)). Nous allons prouver l'assertion suivante :

c') Pour toute partie AA de X(τ)X_{(\tau)}, ouverte et fermée dans X(τ)X_{(\tau)} et stable par GG, l'adhérence A‾\overline{A} de AA dans XX est ouverte.

Cette assertion implique c). En effet, notons d'abord que X(τ)X_{(\tau)} est ouvert dans XX, d'après a); l'assertion c′)c') entraîne que X‾(τ)\overline{X}_{(\tau)} est ouvert et fermé dans XX, donc égal à XX puisqu'il est stable par GG et que X/GX/G est connexe. Soit AA une partie ouverte et fermée non vide de X(τ)X_{(\tau)}, stable par GG; d'après c′)c'), A‾\overline{A} est ouverte et fermée dans XX et stable par GG, donc égale à XX; ceci entraîne que AA est dense dans X(τ)X_{(\tau)}, donc égale à X(τ)X_{(\tau)}. Par conséquent toute partie ouverte et fermée non vide de X(τ)/GX_{(\tau)}/G est égale à X(τ)/GX_{(\tau)}/G, ce qui prouve que X(τ)/GX_{(\tau)}/G est connexe. Enfin puisque X(τ)X_{(\tau)} est dense dans XX, il résulte de a) que tout point de XX est de type ≤τ\leq \tau; autrement dit τ\tau est le plus grand élément parmi les types d'orbite des points de XX.

Démontrons maintenant c′)c'). On peut supposer AA non vide ; soit x∈A‾x \in \overline{A}. Il s'agit de montrer que A‾\overline{A} est un voisinage de xx. Pour cela on peut, comme ci-dessus, supposer X=G×HWX = G \times^H W, avec HH compact, xx étant l'image canonique de (e,0)(e, 0). Supposons d'abord que HH opère trivialement dans WW : alors XX s'identifie à (G/H)×W(G/H) \times W, et

X_{(\tau)}/G = X/G est homéomorphe à W, donc connexe ; on a alors A/G = X/G, d’où A = X. Nous supposerons désormais que H n’opère pas trivialement sur W. Choisissons sur W un produit scalaire invariant par le groupe compact H ; soit S la sphère unité de W (ensemble des vecteurs de norme 1). Notons que S/H est connexe : en effet si dim(W) ≥ 2, S est connexe, et si dim(W) = 1, S est un espace à deux points sur lequel H opère de façon non triviale. Posons Y = G ×^H S ; c’est une sous-variété fermée de X, stable par G, de codimension 1, et Y/G, qui est homéomorphe à S/H, est connexe. En vertu de l’hypothèse de récurrence, il existe donc un type d’orbite θ maximal pour Y, l’ensemble Y_{(θ)} est ouvert et dense dans Y, et Y_{(θ)}/G est connexe.

Considérons l’action de R^*_+ sur X déduite par passage au quotient de la loi d’opération (λ, (g, w)) ↦ (g, λw) de R^*_+ sur G × W. Deux points de X conjugués par cette action ont même type d’orbite ; par conséquent X_{(θ)} contient R^*_+ Y_{(θ)}, qui est un ouvert dense de X. Or X_{(τ)} est ouvert d’après a), donc rencontre X_{(θ)}, de sorte qu’on a θ = τ.

D’autre part, l’homéomorphisme (λ, w) ↦ λw de R^*_+ × S dans W − {0} (TG, VI, p. 10, prop. 3) induit un homéomorphisme de R^*_+ × (S/H) dans (R^*_+ S)/H, donc aussi de R^*_+ × (Y/G) dans (R^*_+ Y)/G, et de R^*_+ × (Y_{(θ)}/G) dans (R^*_+ Y_{(θ)})/G. Ainsi (R^*_+ Y_{(θ)})/G est connexe, et X_{(τ)}/G, qui contient un sous-ensemble dense connexe, est lui-même connexe (TG, I, p. 81, prop. 1). Par suite A est égal à X_{(τ)}, donc est dense dans X, et A est un voisinage de x. Ceci termine la démonstration du théorème.

Avec les notations du th. 2, c), les points de X_{(τ)} sont dits principaux et leurs orbites principales. Si x est un point de X, et si G ×^{G_x} W est un tube linéaire de X autour de l’orbite de x, le point x est principal si et seulement si G_x opère trivialement dans W, c’est-à-dire si le tube est de la forme (G/G_x) × W.

Exemple 1 01HV

Soit G un groupe de Lie compact connexe, opérant sur lui-même par automorphismes intérieurs. Le fixateur d’un élément x de G n’est autre que le centralisateur Z(x) de x dans G ; il contient tout tore maximal contenant x. Il en résulte que le plus grand type d’orbite τ est la classe de conjugaison des tores maximaux de G. L’ouvert G_{(τ)} est l’ensemble des éléments très réguliers de G (§ 5, no 1, remarque). Supposons G simplement connexe. Alors G_{(τ)} est égal à l’ensemble G_r des éléments réguliers de G (§ 5, no 2, remarque 2) ; si A est une alcôve d’une sous-algèbre de Cartan t de g = L(G), l’application composée π : A ↦^{exp} G_r ↦ G_r/Int(G) est un isomorphisme de variétés analytiques. C’est en effet un homéomorphisme (§ 5, no 2, cor. 1 à la prop. 2) ; soit a ∈ A, posons t = exp a et identifions T_t(G) à g par la translation γ(t). L’application tangente T_a(π) s’identifie alors à l’application composée de l’injection canonique t → g et de l’application de passage au quotient g → g/Im(Ad t^{-1} − 1). Puisque t est régulier, T_a(π) est un isomorphisme, d’où le résultat annoncé (VAR, R, 5.7.8).

Exemple 2 01HW

Soient E un espace affine réel euclidien, H\mathscr{H} un ensemble d’hyperplans de E, W le groupe de déplacements de E engendré par les réflexions orthogonales par rapport aux hyperplans de H\mathfrak{H}. On suppose que H\mathfrak{H} est stable par W et que le groupe W, muni de la topologie discrète, opère proprement dans E.

On peut appliquer ce qui précède à l’action de W sur E. Le fixateur d’un point x de E est le sous-groupe de W engendré par les réflexions par rapport aux hyperplans de H\mathfrak{H} contenant x (V, § 3, no 3, prop. 2). Par conséquent, le plus grand type d’orbite τ\tau est la classe du sous-groupe {IdE}\{ \mathrm{Id}_E \}, et E(τ)E_{(\tau)} est la réunion des chambres de E. On notera que dans ce cas le revêtement E(τ)→E(τ)/WE_{(\tau)} \to E_{(\tau)}/W est trivial, et en particulier que E(τ)E_{(\tau)} n’est pas connexe si H\mathfrak{H} est non vide.

Exercices

See the exercises for § 9.

Transcribed from the printed volume. Not translated.