Appendice 1
Structure des groupes compacts
1. Plongement d’un groupe compact dans un produit de groupes de Lie
Proposition 1 01II
Tout groupe topologique compact est isomorphe à un sous-groupe fermé d’un produit de groupes de Lie compacts.
Notons l’ensemble des classes de représentations continues irréductibles unitaires de G dans des espaces hilbertiens complexes de dimension finie (TS, à paraître). Pour tout , soient l’espace de et l’homomorphisme associé à . D’après le théorème de Peter-Weyl (TS, à paraître), l’homomorphisme continu de G dans est injectif ; puisque G est compact, induit un isomorphisme de G sur un sous-groupe fermé du groupe .
Corollaire 1 01IJ
Soit V un voisinage de l’élément neutre dans G. Alors V contient un sous-groupe fermé distingué H de G tel que le quotient soit un groupe de Lie.
Soit une famille de groupes de Lie compacts telle que G s’identifie à un sous-groupe fermé de ; pour , notons la restriction à G de la projection canonique. Il existe un ensemble fini , et pour chaque un voisinage de l’origine dans , tels que V contienne . Il suffit alors de poser .
Notons la famille filtrante décroissante des sous-groupes fermés distingués de G, tels que le quotient soit un groupe de Lie. Considérons le système projectif des groupes de Lie compacts (cf. TG, III, p. 60).
Corollaire 2 01IK
L’application canonique est un isomorphisme de groupes topologiques.
En effet le cor. 1 entraîne que la condition (AP) de TG, III, p. 60 est vérifiée ; l’assertion résulte alors de la prop. 2 de loc. cit.
Corollaire 3 01IL
Pour que G soit un groupe de Lie, il faut et il suffit qu’il existe un voisinage de l’élément neutre e de G qui ne contienne aucun sous-groupe distingué distinct de {e}.
La nécessité de cette condition a déjà été prouvée (III, § 4, n° 2, cor. 1 au th. 2), et la suffisance est une conséquence immédiate du cor. 1.
2. Limites projectives de groupes de Lie
Lemme 1 01IM
Soient un système projectif de groupes topologiques relatif à un ensemble d’indices I filtrant, G sa limite. On suppose que les applications canoniques sont surjectives.
a) Les sous-groupes (resp. , resp. ) forment un système projectif de parties des .
b) On a et .
c) Si est compact pour tout , on a .
Soient deux éléments de I, avec . On a , et puisque est surjectif ; comme est continu, on en déduit et , d’où a). Puisque est surjectif, on a (A, I, p. 67, prop. 6), d’où (TG, I, p. 29, corollaire). La surjectivité de entraîne aussi l’inclusion et donc ; l’inclusion opposée est immédiate. Enfin l’assertion c) résulte de b) et de TG, III, p. 62, prop. 4.
Lemme 2 01IN
Soient deux familles finies de groupes de Lie simplement connexes presque simples (III, § 9, n° 8, déf. 3), et soit un morphisme surjectif. Il existe alors une application injective et des isomorphismes () tels qu’on ait pour tout élément de .
Notons (resp. ) l’algèbre de Lie de (resp. ) pour (resp. ), et considérons l’homomorphisme . Son noyau est un idéal de l’algèbre de Lie semi-simple , donc est de la forme , avec (I, § 6, n° 2, cor. 1). Posons . Par restriction, induit un isomorphisme . D’après loc. cit., pour tout dans , l’idéal est égal à l’un des ; il existe donc une bijection telle que pour , et induit un isomorphisme . Puisque les groupes et sont simplement connexes, il existe des isomorphismes tels que pour (III, § 6, n° 3, th. 3).
Notons le morphisme défini par . On a par construction , d’où , ce qui démontre le lemme.
Lemme 3 01IO
Sous les hypothèses du lemme 1, on suppose que les sont des groupes de Lie compacts simplement connexes. Le groupe topologique est alors isomorphe au produit d'une famille de groupes de Lie compacts, presque simples, simplement connexes.
Pour tout , le groupe est produit direct d'une famille finie de sous-groupes presque simples simplement connexes (III, § 9, no 8, prop. 28). Soit , . D'après le lemme 2, il existe une application telle que pour . On a pour , de sorte que est un système inductif d'ensembles relatif à . Soit sa limite ; les applications étant injectives, on peut identifier à un sous-ensemble de , de sorte qu'on a .
Soit . Posons lorsque , et notons le morphisme déduit de ; on obtient ainsi un système projectif de groupes topologiques , dont la limite est isomorphe à pour assez grand. L'homomorphisme canonique de groupes topologiques
est bijectif (E, III, p. 57, cor. 2); c'est donc un isomorphisme puisque les groupes considérés sont compacts. Or le premier de ces groupes s'identifie à et le second au produit des , d'où le lemme.
3. Structure des groupes compacts connexes
Soit un groupe compact commutatif. Rappelons (TS, II, § 1, no 9, prop. 11) que est alors isomorphe au groupe topologique dual d'un groupe commutatif discret . Le groupe est connexe si et seulement si est sans torsion (TS, II, § 2, no 2, cor. 1 à la prop. 4).
Les propriétés suivantes sont équivalentes (TS, II, § 2, no 2, cor. 2 à la prop. 4 et § 1, no 9, cor. 2 à la prop. 11): (i) est totalement discontinu ; (ii) est un groupe de torsion ; (iii) le groupe topologique est isomorphe à la limite d'un système projectif de groupes (commutatifs) finis, munis de la topologie discrète. La proposition ci-dessous généralise le cor. 1 à la prop. 4 du § 1, no 4.
Proposition 2 01IP
Soit un groupe compact connexe. a) est un groupe compact connexe commutatif; est un groupe compact connexe, égal à son groupe dérivé. b) L'homomorphisme continu de dans est surjectif et son noyau est un sous-groupe central de , compact et totalement discontinu.
c) Il existe une famille de groupes de Lie compacts presque simples et un homomorphisme continu surjectif , dont le noyau est un sous-groupe central compact totalement discontinu.
Soit un système projectif de groupes de Lie compacts, relatif à un ensemble filtrant , tel que soit isomorphe à et que les applications canoniques soient surjectives (cor. 2 à la prop. 1). Pour , soit un revêtement universel du groupe . On déduit des des morphismes , de sorte que est un système projectif de groupes topologiques satisfaisant aux hypothèses du lemme 3.
Il résulte de ce lemme que le groupe topologique est isomorphe au produit d'une famille de groupes de Lie compacts presque simples. La limite du système projectif d'homomorphismes s'identifie d'après le lemme 1 à un homomorphisme continu , qui est surjectif (TG, I, p. 65, cor. 2).
Observons maintenant que le groupe est égal à son groupe dérivé : cela résulte du § 4, no 5, cor. à la prop. 10. Il en est donc de même pour , puisque est surjectif. On a par conséquent . Ainsi le groupe est compact et égal à son groupe dérivé ; ceci prouve a), car les assertions concernant sont triviales.
D'autre part le noyau de s'identifie à (A, II, p. 89, remarque 1), donc à un sous-groupe central, compact et totalement discontinu, d'où c).
Prouvons b). Pour tout dans , le morphisme tel que pour , est surjectif et a pour noyau un sous-groupe fini central (§ 1, no 4, cor. 1 à la prop. 4). Les forment un système projectif d'applications, dont la limite s'identifie d'après ce qui précède à l'homomorphisme de dans . On voit alors comme précédemment que celui-ci est surjectif et que son noyau est central et totalement discontinu, d'où b).
Corollaire 01IQ
Tout groupe compact connexe résoluble est commutatif.
En effet le groupe dérivé est alors résoluble et égal à son groupe dérivé (prop. 2, a)), donc réduit à l'élément neutre.
Exercices
See the exercises for Appendix 1.