Soient M un A-module ayant une base finie de n éléments, u un endomorphisme de M. Le A-module ∧n(M) est un module libre monogène, c’est-à-dire isomorphe à A (III, p. 87, cor. 1); ∧n(u) est un endomorphisme de ce module, et est par suite une homothétie z↦λz de rapport λ∈A déterminé de façon unique (II, p. 41, prop. 5).
Définition 1
On appelle déterminant d’un endomorphisme u d’un A-module libre M de dimension finie n* (II, p. 98, corollaire et Remarque 1), et on notedetu, le scalaireλtel que∧n(u)soit l’homothétie de rapportλ.
D’après la formule (4) de III, p. 78, detu est l’unique scalaire tel que l’on ait
u(x1)∧u(x2)∧⋯∧u(xn)=(detu)x1∧x2∧⋯∧xn
pour toute suite (xi)1≤i≤n de n éléments de M. Si det(u)=1, on dit que u est unimodulaire.
Proposition 1
(i) Si u et v sont deux endomorphismes d’un A-module libre M de dimension finie, on a
det(u∘v)=(detu)(detv).
(ii) On adet(1M)=1; pour tout automorphismeudeM, detu est inversible dansAet l’on a
det(u−1)=(detu)−1.
Si n est la dimension de M, cela résulte aussitôt de la relation ∧n(u∘v)=(∧n(u))∘(∧n(v)) (III, p. 78, formule (3)).
Soit M un A-module libre ayant une base finie (ei)1≤i≤n; étant donnée une suite (xi)1≤i≤n de n éléments de M, on appelle déterminant de cette suite par rapport à la base donnée(ei), et on note det(x1,x2,…,xn) lorsqu’aucune confusion sur la base n’est possible, le déterminant de l’endomorphisme u de M tel que u(ei)=xi pour 1≤i≤n. En vertu de la formule (1), on a donc
x1∧x2∧⋯∧xn=det(x1,x2,…,xn)e1∧e2∧⋯∧en
et cette relation caractérise l’application (xi)↦det(x1,…,xn) de Mn dans A. Elle montre que cette application est une forme n-linéaire alternée. Comme, en vertu de III, p. 80, prop. 7, le A-module des formes n-linéaires alternées est canoniquement isomorphe au dual de ∧n(M), et que ∧n(M) est isomorphe à A, on voit que toute forme n-linéaire alternée sur Mn est de la forme
(x1,…,xn)↦αdet(x1,x2,…,xn)
pour un α∈A.
Proposition 2
Soient M un A-module libre ayant une base finie* (ei)1≤i≤n, v un endomorphisme de M. Pour toute suite(xi)1≤i≤n *de n éléments de M, on a
(5)
det(v(x1),…,v(xn))=(detv)det(x1,…,xn).
En effet, si u est l’endomorphisme de M tel que u(ei)=xi pour tout i, on a v(xi)=(v∘u)(ei), et (5) résulte donc de (2) (III, p. 90).
2. Caractérisation des automorphismes d’un module libre de dimension finie
Théorème 1
Soit M un A-module libre de dimension finie, u un endomorphisme de M. Les conditions suivantes sont équivalentes*:
a) u est bijectif; b) u est inversible à droite (II, p. 21, cor. 1); c) u est inversible à gauche (II, p. 21, cor. 2); d) u est surjectif; e) det u est inversible dans A.
Soit (ei)1≤i≤n une base de M. Si xi=u(ei) pour 1≤i≤n, on a
x1∧x2∧⋯∧xn=(detu)e1∧e2∧⋯∧en.
En vertu de III, p. 89, th. 2, une condition nécessaire et suffisante pour que les xi forment une base de M est que detu soit un élément inversible de A; ceci prouve l’équivalence de a) et de e). Observons que a) entraîne évidemment chacune des conditions b), c) et d); il reste à prouver que chacune des conditions b), c) et d) entraîne e). Or, s’il existe un endomorphisme v de M tel que v∘u=1M ou u∘v=1M, on a (detv)(detu)=1, donc detu est inversible dans A. Si u est surjectif, il en est de même de ∧n(u) (III, p. 78, prop. 3), autrement dit l’homothétie de rapport detu dans A est surjective, ce qui entraîne aussitôt que detu est inversible.
Proposition 3
Soit M un A-module libre de dimension finie. Pour tout endomorphisme u de M, les conditions suivantes sont équivalentes*;
f) u est injectif; g) det u n’est pas diviseur de zéro dans A.
Avec les mêmes notations que dans la démonstration du th. 1, pour que u soit injectif, il faut et il suffit que les xi soient linéairement indépendants. D’après III, p. 88, prop. 12, il faut et il suffit pour cela que la relation λx1∧x2∧⋯∧xn=0 (avec λ∈A) entraîne λ=0. Mais cela équivaut à λ(detu)=0 puisque e1∧⋯∧en est une base de ∧n(M); d’où la proposition.
Remarque
Lorsque A est un corps, la condition e) du th. 2 est équivalente à la condition g) de la prop. 3 puisqu’elles signifient toutes deux que det u=0. Il y a donc dans ce cas équivalence entre toutes les conditions du th. 1 et de la prop. 3 (cf. II, p. 101, corollaire).
3. Déterminant d’une matrice carrée
Définition 2
Soient I un ensemble fini, A un anneau commutatif, X une matrice carrée de type (I, I) sur l’anneau A (II, p. 149). On appelle déterminant de X et on note det X le déterminant de l’endomorphisme u du A-module AI, dont X est la matrice par rapport à la base canonique de AI.
Si X=(ξij)(i,j)∈I×I, et si (ei)i∈I est la base canonique de AI, l’endomorphisme u est donc donné par
u(ei)=j∈I∑ξjiej.
Lorsque I={1,n}⊂N, si l’on pose xi=u(ei) pour i∈I, le déterminant de X est donc défini par la relation
x1∧x2∧⋯∧xn=(detX)e1∧e2∧⋯∧en
autrement dit, detX est égal au déterminant det(x1,x2,…,xn) par rapport à la base canonique de An. Par conséquent:
Proposition 4
Pour n vecteurs x1,…,xn de An, notons X(x1,…,xn) la matrice carrée d’ordre n dont la i-ème colonne est xi, pour 1≤i≤n. Alors l’application
(x1,…,xn)↦det(X(x1,…,xn))
de (An)n dans A est n-linéaire alternée.
En particulier, le déterminant d’une matrice dont deux colonnes sont égales est nul. Si l’on effectue une permutation σ sur les colonnes d’une matrice, le déterminant de la nouvelle matrice est égal à celui de l’ancienne multiplié par εσ. Si l’on ajoute à une colonne d’une matrice un multiple scalaire d’une colonne d’indice différent, le déterminant de la nouvelle matrice est égal à celui de l’ancienne.
Plus généralement, soit M un A-module libre de dimension finie n, et soit (ei)i∈I une base de M; pour tout endomorphisme u de M, si X est la matrice de u par rapport à la base (ei), on a
det(u)=det(X)
comme cela résulte aussitôt des définitions.
Lorsque I={1,n}, le déterminant de X se note aussi det(ξij)1≤i≤n,1≤j≤n ou simplement det(ξij) si cela ne crée pas de confusion, ou encore
ξ11ξ21⋯ξn1ξ12ξ22⋯ξn2⋯⋯⋯⋯ξ1nξ2n⋯ξnn
Lorsque detX=1, on dit que la matrice X est unimodulaire.
Exemple 1
Le déterminant de la matrice vide est égal à 1 ; le déterminant d’une matrice carrée d’ordre 1 est égal à l’unique élément de cette matrice. Pour une matrice d’ordre 2
Traduisons dans le langage des matrices quelques-uns des résultats des n°s 1 et 2 :
Proposition 5
Si X et Y sont deux matrices carrées sur un anneau commutatif A, ayant même ensemble fini d’indices, on a
(8)
det(XY)=(detX)(detY).
Pour que X soit inversible, il faut et il suffit que detX soit un élément inversible de A, et on a alors
(9)
det(X−1)=(detX)−1.
Cela résulte aussitôt de III, p. 90, prop. 1 et de III, p. 91, th. 1.
Corollaire
Deux matrices carrées semblables ont des déterminants égaux.* En effet, si P est une matrice carrée inversible, on a det(PXP−1)=detX d’après (8) et (9).
Proposition 6
Pour que les colonnes d’une matrice carrée X d’ordre fini soient linéairement indépendantes, il faut et il suffit que detX ne soit pas un diviseur de zéro dans A.* Cela résulte de III, p. 91, prop. 3.
4. Calcul d’un déterminant
Lemme 1
Soient A un anneau commutatif, M un A-module libre ayant une base (ej)j∈J, où l’ensemble d’indices J est totalement ordonné. Pour tout entier p≤Card(J), toute fonction p-linéaire alternée f:Mp→N (où N est un A-module), et toute famille de p éléments xi=∑j∈Jξjiej de M (1≤i≤p), on a
où Fp(J) est l’ensemble des parties de J ayant p éléments et, pour toute partie H∈Fp(J), on pose xH,i=∑j∈Hξjiej et eH=ej1∧ej2∧⋯∧ejp, (jk)1≤k≤p étant la suite des éléments de H rangés par ordre croissant, étant entendu que det(xH,1,…,xH,p) est pris par rapport à la base (ejk)1≤k≤p.
Proposition 7
Soient I un ensemble fini, X=(ξji)(j,i)∈I×I une matrice carrée de type (I,I) sur un anneau commutatif A. On a alors
detX=σ∈SI∑εσ(i∈I∏ξσ(i),i)
où σ parcourt le groupe SI des permutations de I, et où εσ est la signature de σ (I, p. 62).
On peut se borner au cas où I={1,n}⊂N, et il suffit alors d’appliquer la formule (12), où (ei)1≤i≤n est la base canonique de An, et les xi les colonnes de X (cf. III, p. 92, formule (6)).
En particulier, pour le déterminant d’une matrice d’ordre 3
Pour toute matrice carrée X sur un anneau commutatif, le déterminant de la matrice transposée tX est égal au déterminant de X.
Supposons que X soit de type (I, I). Pour tout couple de permutations σ,τ de SI, on a (la multiplication étant commutative)
i∈I∏ξσ(i),i=j∈I∏ξσ(τ(j)),τ(j).
Prenons en particulier τ=σ−1; utilisant le fait que εσ−1=εσ, on voit qu’on a
detX=σ∈SI∑εσ(i∈I∏ξi,σ(i))
ce qui démontre la proposition.
Corollaire 1
Pour n vecteurs x1,…,xn de An, notons Y(x1,…,xn) la matrice carrée d’ordre n dont la i-ème ligne est xi, pour 1≤i≤n. Alors l’application
(x1,…,xn)↦det(Y(x1,…,xn))
de (An)n dans A est n-linéaire alternée.
Corollaire 2
Pour une matrice carrée X d’ordre fini sur un anneau commutatif A, les conditions suivantes sont équivalentes :* (i) les lignes de X sont linéairement indépendantes ; (ii) les colonnes de X sont linéairement indépendantes ; (iii)detX n’est pas diviseur de zéro dans A.
Cela résulte de III, p. 93, prop. 6 et III, p. 95, prop. 8.
Corollaire 3
Soient u un endomorphisme d’un A-module libre M de dimension finie, tu l’endomorphisme transposé du dual M∗ (II, p. 42, déf. 5); on a
det(tu)=det(u).
En effet, si X est la matrice de u par rapport à une base de M, tX est la matrice de tu par rapport à la base duale (II, p. 145, prop. 3); comme det(u)=det(X) et det(tu)=det(tX), la conclusion résulte de la prop. 8.
5. Mineurs d’une matrice
Soit X une matrice rectangulaire (ξij)(i,j)∈I×J de type (I, J), dont les ensembles d’indices I et J sont totalement ordonnés. Si H⊂I et K⊂J sont des parties finies ayant même nombre p d’éléments, il existe une unique bijection croissante φ:H→K (E, III, p. 38, prop. 6); nous noterons XH,K la matrice carrée de type (H,H) égale à (ξi,φ(j))(i,j)∈H×H. Si les éléments de X appartiennent à un anneau commutatif A, le déterminant det(XH,K) s’appelle le mineur d’indices H,K de la matrice X; on dit aussi que ces déterminants (pour tous les couples (H,K) de parties à p éléments de I et J respectivement) sont les mineurs d’ordre p de X. Avec ces notations:
Proposition 9
Soit M un A-module ayant une base (ei)i∈J (finie ou non) dont l’ensemble d’indices J est totalement ordonné. Pour tout entier p>0, soit (eH)H∈Fp(J) la base correspondante de ∧p(M) (III, p. 86). Soit (xi)1≤i≤p une suite de p éléments de M; posons
xi=j∈J∑ξjiejpour i∈I={1,p}
et notons X la matrice (ξji) de type (J,I). On a alors
x1∧x2∧⋯∧xp=H∈Fp(J)∑(detXH,I)eH,
H parcourant l’ensemble Fp(J) des parties à p éléments de J.
Cela résulte en effet de la formule (12) de III, p. 94 et de la formule (6) de III, p. 92.
Proposition 10
Soient M et N deux A-modules libres de dimensions respectives m et n, u:M→N une application linéaire, X la matrice de u par rapport à une base (ei)1≤i≤m de M et une base (fj)1≤j≤n de N. Alors, pour tout entier p≤inf(m,n), la matrice de ∧p(u) par rapport à la base (eK)K∈Fp(I) de ∧p(M) et à la base (fH)H∈Fp(J) de ∧p(N) (où l’on a posé I={1,m} et J={1,n}) est la matrice (det(XH,K)) de type (Fp(J),Fp(I)) (donc à (pn) lignes et (pm) colonnes).
En effet, pour une partie K⊂J à p éléments, soit (jk)1≤k≤p la suite des éléments de K rangés par ordre croissant; par définition de ∧p(u), on a (III, p. 78, formule (4))
∧p(u)(eK)=u(ej1)∧u(ej2)∧⋯∧u(ejp).
Donc l’élément de la matrice de ∧p(u) qui se trouve dans la ligne d’indice H et dans la colonne d’indice K est la composante d’indice H de l’élément u(ej1)∧⋯∧u(ejp); il est donc égal à det(XH,K) en vertu de la prop. 9.
On dit que la matrice (det(XH,K)) est la puissance extérieure p-ème de la matrice X et on la note ∧p(X). Lorsque p=m=n, ∧n(X) est la matrice à un seul élément det(X).
Proposition 11
Soit M un A-module libre de dimension finie n; pour tout endomorphisme u de M et tout couple d’éléments ξ,η de A, on a
det(ξ1M+ηu)=k≥0∑Tr(∧k(u))ξn−kηk.
Soit (ei)1≤i≤n une base de M, et posons I={1,n}; pour calculer le premier membre de (18), on doit former le produit
(ξe1+ηu(e1))∧(ξe2+ηu(e2))∧⋯∧(ξen+ηu(en))
qui est égal à la somme des termes ξn−pηpzK, où
zK=x1∧x2∧⋯∧xn
avec xi=u(ei) pour i∈K, xi=ei pour i∈H=I−K, l’entier p parcourant l’intervalle [0,n] et, pour chaque p, K parcourant l’ensemble des parties à p éléments de I. Si i1<i2<⋯<in−p (resp. j1<j2<⋯<jp) sont les éléments de H (resp. K) rangés par ordre croissant, on peut écrire (III, p. 87, cor. 1 et formule (19))
Mais si X est la matrice de u par rapport à la base (ei), on a, en vertu de la prop. 10 (III, p. 96)
u(ej1)∧⋯∧u(ejp)=L∈Sp(I)∑(detXL,K)eL
donc
zK=ρH,KL∈Sp(I)∑(detXL,K)eH∧eL.
Or, on a H∩L=∅ sauf pour L=K; il résulte donc de III, p. 87, formule (20) que l’on a zK=(detXK,K)e1∧e2∧⋯∧en et la formule (18) résulte donc de la prop. 10 de III, p. 96, et de la définition de la trace d’une matrice (II, p. 158, formules (49) et (50)).
Corollaire
Sous les mêmes hypothèses que dans la prop. 11, on a, pour l’endomorphisme ∧(u) du A-module ∧(M)
(19)
Tr(∧(u))=det(lM+u).
Il suffit de remplacer ξ et η par 1 dans (18), et d’observer que la matrice de ∧(u) par rapport à la base des eH (H∈S(I)) est la matrice diagonale des matrices des ∧k(u) pour k≥0 (II, p. 152, Exemple IV).
6. Développements d’un déterminant
Soit I un ensemble d’indices fini totalement ordonné. Pour toute partie H de I, notons H′ le complémentaire I−H. Soit X=(ξji) une matrice carrée de type (I,I), qu’on peut considérer comme matrice d’un endomorphisme u de M=AI par rapport à la base canonique (ei)i∈I de M. Soit n=Card(I), et soient H une partie de I à q≤n éléments, K une partie de I à n−q éléments; on peut alors écrire (III, p. 96, prop. 10)
(∧q(u))(eH)=R∑det(XR,H)eR
(∧n−q(u))(eK)=S∑det(XS,K)eS
où R (resp. S) parcourt l’ensemble des parties de I à q (resp. n−q) éléments. Il résulte de III, p. 87, formules (19) et (20) que l’on a eR∧eS=0 sauf si S=R′, d’où la formule
où R parcourt l’ensemble Fq(I) des parties à q éléments de I.
Si l’on prend K=H′, il résulte de la définition de ∧n(u) (III, p. 78, formule (4)) et de III, p. 79, cor. 1, que le premier membre de (20) est ρH,H′∧n(u)(eI). Donc (III, p. 90, formule (1) et III, p. 78, formule (4))
Si au contraire K=H′, on a H∩K=∅; comme le premier membre de (20) est ±∧n(u)(eH∧eK), il est nul, d’où
(22)
R∑ρR,R′det(XR,H)det(XR′,K)=0pour K=H′.
Le second membre de (21) est appelé développement de Laplace du déterminant de la matrice X suivant les q colonnes dont les indices appartiennent à H et les n−q colonnes dont les indices appartiennent au complémentaire H′ de H. Les mineurs det(XR,H) et det(XR′,H′) sont parfois dits complémentaires.
Un cas simple et important du développement de Laplace est celui où I={1,n} et q=1, donc H={i}; pour toute partie R={j} à un élément de I, on a alors detXR,H=ξji. Le mineur detXR′,H′ est le déterminant de la matrice carrée déduite canoniquement (III, p. 96) de la matrice obtenue en supprimant dans X la ligne d’indice j et la colonne d’indice i. Notons Xji cette matrice carrée. On a évidemment ρH,H′=(−1)i−1 et ρR,R′=(−1)j−1; par suite (21) devient dans ce cas
(23)
detX=j=1∑n(−1)i+jξjidet(Xji)
et on déduit de même de (22)
(24)
j=1∑n(−1)jξjidet(Xjk)=0pour k=i.
La formule (23) est connue sous le nom de développement du déterminant de X suivant la colonne d’indice i. Le scalaire (−1)i+jdet(Xji) est appelé le cofacteur d’indices j et i (ou, par abus de langage, le cofacteur de ξji) dans X.
On appelle matrice des cofacteurs de X la matrice
Y=((−1)i+jdet(Xji))
dont l’élément appartenant à la j-ème ligne et la i-ème colonne est le cofacteur d’indices j et i. Les formules (23) et (24) équivalent à la formule
tY.X=(detX)In.
Par suite:
Proposition 12
Pour toute matrice carrée inversible X de type (n,n), l’inverse de X est donnée par la formule*
X−1=(detX)−1⋅tY
*où Y est la matrice des cofacteurs de X.
En considérant la transposée de X et en utilisant la prop. 8 de III, p. 95, on obtiendrait les développements de Laplace relatifs à deux ensembles complémentaires de lignes, et en particulier, le développement de detX suivant une ligne; on a ainsi des formules équivalent à
X⋅tY=(detX)In,
avec les notations précédentes.
On vérifie aisément que si X est la matrice d’un endomorphisme u d’un A-module libre M de dimension n par rapport à une base (ei)1≤i≤n, tY est la matrice de l’endomorphisme u~ de M défini par la condition suivante: quels que soient les n éléments x,y2,…,yn de M, on a
u~(x)∧y2∧⋯∧yn=x∧u(y2)∧⋯∧u(yn).
On dit que u~ est le cotransposé de u (cf. III, p. 169, corollaire).
Exemple 1
Déterminant de Vandermonde.* Etant donnée une suite (ζi)1≤i≤n de n éléments de A, on appelle déterminant de Vandermonde de cette suite le déterminant
La proposition étant immédiate pour n=1, raisonnons par récurrence sur n. Pour chaque indice k≥2, retranchons de la ligne d’indice k la ligne d’indice k - 1 multipliée par ζ1; la valeur du déterminant n’est pas modifiée et l’on a donc
Considérons une matrice carrée d’ordre n qui se présente sous forme d’une « matrice triangulaire supérieure de matrices » (II, p. 152, Exemple IV)
X=(Y0TZ)
Montrons que l’on a
(30)
detX=(detY)(detZ).
Soient n l’ordre de la matrice X, h celui de la matrice Y, (ei)1≤i≤n la base canonique de An, xi (1≤i≤n) les colonnes de X; l’hypothèse entraîne que les colonnes x1,…,xh appartiennent au sous-module de An ayant pour base e1,…,eh et l’on a par définition (III, p. 92, formule (6))
x1∧x2∧⋯∧xh=(detY)e1∧e2∧⋯∧eh.
D’autre part, pour tout indice i>h, on peut écrire xi=yi+zi, où yi est une combinaison linéaire de e1,e2,…,eh et zi une combinaison linéaire de eh+1,…,en. D’après (30), on a x1∧x2∧⋯∧xh∧yi=0 pour tout i>h, donc
x1∧x2∧⋯∧xn=(detY)e1∧e2∧⋯∧eh∧zh+1∧⋯∧zn.
Mais par définition on a
zh+1∧zh+2∧⋯∧zn=(detZ)eh+1∧eh+2∧⋯∧en
d’où la formule (30).
Par récurrence sur p, on en déduit que si X est sous forme d’une matrice triangulaire supérieure de matrices:
X=X110…0X12X22…0…………X1pX2p…Xpp
on a
(31) detX=(detX11)(detX22)…(detXpp).
Ceci s’applique en particulier à une matrice triangulaire (toutes les Xii étant d’ordre 1) et plus particulièrement à une matrice diagonale:
(32) det(diag(α1,α2,…,αn))=α1α2…αn.
Exemple 3
Soient M, M’ deux A-modules libres de dimensions respectives n,n′, u un endomorphisme de M, u′ un endomorphisme de M’. Alors on a
(33) det(u⊗u′)=(detu)n′(detu′)n.
En effet, on peut écrire u⊗u′=(u⊗1M′)∘(1M⊗u′) et on est ramené au cas où l’un des deux endomorphismes u,u′ est l’identité. Par exemple si u′=1M′, et si X est la matrice de u par rapport à une base (ei) de M, alors la matrice de u⊗1M′ par rapport au produit tensoriel de (ei) et d’une base de M’ s’écrit comme matrice (à n′ lignes et n′ colonnes) de matrices à n lignes et n colonnes
X0⋮00X⋮0……⋱…00⋮X
d’où, en vertu de l’Exemple 2
det(u⊗1M′)=(detX)n′=(detu)n′
ce qui donne aussitôt la formule (33).
7. Application aux équations linéaires
Considérons un système de n équations linéaires scalaires à n inconnues sur un anneau (commutatif) A (II, p. 50):
(34) ∑j=1nλijξj=ηi(1≤i≤n).
Soit L la matrice carrée (λij) d’ordre n; en identifiant comme d’ordinaire la matrice à une colonne formée des ξi (resp. des ηi) à l’élément x=(ξi) de An (resp. l’élément y=(ηi) de An), le système (34) s’écrit aussi (II, p. 144, prop. 2)
(35) L.x=y.
Soit u l’endomorphisme x↦L.x de An, ayant L pour matrice par rapport à la base canonique; dire que l’équation (35) a une solution (au moins) pour tout y∈An signifie que u est surjectif; le th. 1 de III, p. 91 entraîne donc la proposition suivante:
Proposition 13
Pour qu’un système de n équations linéaires à n inconnues sur un anneau commutatif admette au moins une solution quels que soient les seconds membres, il faut et il suffit que le déterminant de la matrice du système soit inversible; dans ce cas le système admet une seule solution.
Si det L n’est pas diviseur de zéro dans A, l’équation (34) est équivalente à l’équation
(detL)L.x=(detL)y.
Si M est la matrice des cofacteurs de L, on déduit de (34) et de la formule (26) de III, p. 99, la relation
(detL)x=tM.y
qui s’écrit aussi
(detL)ξi=j=1∑n(−1)i+j(detLij)ηj=detLi(1≤i≤n)
en désignant par Li la matrice obtenue en remplaçant par y la colonne d’indice i de L. Les formules (37) s’appellent les formules de Cramer pour le système (34); toute solution de (34) est aussi solution de (37). Inversement, on déduit de (36), compte tenu de la formule (28) de III, p. 99,
(detL)(L.x−y)=0
donc, si det L n’est pas diviseur de zéro dans A, les systèmes (34) et (37) sont équivalents; si det L est inversible, l’unique solution de (34) est donnée par
ξi=(detL)−1(detLi)(1≤i≤n).
On dit encore qu’un système (34) tel que det L soit inversible est un système de Cramer.
Faisons en particulier y=0; il résulte alors de III, p. 91, prop. 3 que: PROPOSITION 14. — Pour qu’un système linéaire homogène de n équations à n inconnues sur un anneau commutatif admette une solution non nulle, il faut et il suffit que le déterminant de sa matrice soit diviseur de zéro.
8. Cas d’un corps commutatif
Tout ce qui précède s’applique lorsque l’anneau A est un corps commutatif; mais il y a des simplifications et l’on peut apporter des compléments. Ainsi la prop. 12 de III, p. 88 se formule dans ce cas comme suit:
Proposition 15
Soit E un espace vectoriel sur un corps commutatif; pour que p vecteurs xi∈E(1≤i≤p) soient linéairement indépendants, il faut et il suffit que x1∧x2∧⋯∧xp=0.
Corollaire
Soit X une matrice de type (m,n) sur un corps commutatif. Le rang de X est égal au plus grand des entiers p tels qu’il existe au moins un mineur d’ordre p de X qui soit =0.
En effet, le rang de X est le nombre maximum des colonnes de X linéairement indépendantes (II, p. 159, déf. 7). Le corollaire résulte donc de la prop. 15, et de la formule (17) de III, p. 96.
Considérons maintenant le cas d’un système de m équations linéaires à n inconnues sur un corps commutatif K:
j=1∑nλijξj=ηi(1≤i≤m).
Proposition 16
Soit L=(λij) la matrice (de type (m,n)) du système (41). Soit M la matrice de type (m,n+1) obtenue en bordant L par la (n+1)-ème colonne (ηi) (II, p. 139). Soit p le rang de L (calculé par application du cor. de la prop. 15). Supposons que le mineur Δ de L, déterminant de la matrice obtenue en supprimant les lignes et les colonnes d’indice ≥p+1 dans L, soit =0 (ce que l’on peut toujours faire au moyen d’une permutation convenable sur les lignes de L et d’une permutation convenable sur les colonnes de L). Alors, pour que le système (41) ait au moins une solution, il faut et il suffit que tous les mineurs d’ordre p+1 de M, déterminants des sous-matrices d’ordre p+1 de M dont les colonnes ont pour indices 1,2,…,p et n+1, soient nuls. S’il en est ainsi, les solutions du système (41) sont celles du système formé des p premières équations ; si on les écrit
j=1∑pλijξj=ηi−k=p+1∑nλikξk(1≤i≤p)
on obtient toutes les solutions de ce système en prenant pour les ξk d’indice k>p des valeurs arbitraires et en appliquant les formules de Cramer (III, p. 102, formules (37)) pour calculer les ξj d’indice j≤p.
On sait (II, p. 160, prop. 12) que pour que le système (41) ait au moins une solution, il faut et il suffit que les matrices L et M aient même rang. Les lignes et les colonnes de L ayant été permutées de façon à satisfaire à la condition de l’énoncé, désignons par ai (1≤i≤p) les p premières colonnes de L, par y=(ηi) la (n+1)-ème colonne de M; toutes les colonnes de L étant par hypothèse combinaisons linéaires des ai, dire que M a même rang p que L signifie que y est combinaison linéaire des ai, ou encore (III, p. 102, prop. 15) que l’on a a1∧⋯∧ap∧y=0. La condition de possibilité de l’énoncé est la traduction de cette dernière relation, compte tenu de la formule (17) de III, p. 96. En outre, puisque les p premières lignes de M sont linéairement indépendantes, les lignes d’indice >p en sont des combinaisons linéaires, donc toute solution de (42) est aussi solution de (41). La dernière assertion de l’énoncé est alors une conséquence immédiate de la prop. 13 de III, p. 102.
9. Le groupe unimodulaire SL(n,A)
Soit Mn(A) l’anneau des matrices carrées d’ordre n sur A. Considérons l’application det:Mn(A)→A. Le groupe GL(n,A) des éléments inversibles de Mn(A) (isomorphe au groupe des automorphismes du A-module An (II, p. 150)) n’est autre que l’image réciproque par cette application du groupe multiplicatif A∗ des éléments inversibles de A (III, p. 93, prop. 5). Notons d’autre part que l’application det:GL(n,A)→A∗ est un homomorphisme de groupes (III, p. 93, prop. 5).
L’application det:Mn(A)→A est d’ailleurs surjective (et par suite il en est de même de l’homomorphisme det:GL(n,A)→A∗) : en effet, pour tout λ∈A, on a det(diag(λ,1,…,1))=λ en vertu de la formule (32) de III, p. 101.
Le noyau de l’homomorphisme surjectif det:GL(n,A)→A∗ est un sous-groupe distingué de GL(n,A), qui se compose des matrices unimodulaires ; on le note SLn(A) ou SL(n,A) et on l’appelle souvent le groupe unimodulaire ou groupe linéaire spécial des matrices carrées d’ordre n sur A.
Dans ce n° nous allons examiner le cas où A est un corps. Rappelons que pour 1≤i≤n,1≤j≤n, on note Eij la matrice carrée d’ordre n dont tous les éléments sont nuls sauf celui appartenant à la ligne d’indice i et à la colonne d’indice j, qui est égal à 1 ; In désignant la matrice unité d’ordre n, on pose Bij(λ)=In+λEij pour tout couple d’indices distinctsi,j et tout λ∈A (II, p. 161).
Proposition 17
Soit K un corps commutatif. Le groupe unimodulaire SL(n,K) est engendré par les matrices Bij(λ) pour i=j et λ∈K.
En vertu de II, p. 161, prop. 14, on sait que toute matrice de GL(n,K) est produit de matrices de la forme Bij(λ) et d’une matrice de la forme diag(1,1,…,1,α) avec α∈K∗. Or il est immédiat que det(Bij(λ))=1 et det(diag(1,…,1,α))=α (III, p. 100, Exemple 2) ; d’où la proposition.
Corollaire
Le groupe SL(n,K) est le groupe des commutateurs de GL(n,K), sauf dans le cas où n=2 et où K est un corps à 2 éléments.
Comme SL(n,K) est le noyau de l’homomorphisme det de GL(n,K) dans le groupe commutatif K∗, SL(n,K) contient le groupe des commutateurs Γ de GL(n,K) (I, p. 67). Pour prouver que SL(n,K)=Γ, il suffira, en vertu de la prop. 17, de montrer que, pour tout λ∈K∗, Bij(λ) appartient à Γ. Or, Bij(λ) est conjugué de Bij(1) dans GL(n,K) car on a Bij(λ)=Q.Bij(1).Q−1, où Q désigne la matrice par rapport à la base canonique (ei) de l’automorphisme v de Kn tel que v(ei)=λei,v(ek)=ek pour k=i. D’autre part, soit uij (pour i=j) l’automorphisme de Kn tel que uij(ei)=−ej,uij(ej)=ei,uij(ek)=ek pour k∈/{i,j}, qui appartient à SL(n,K) ; on a Bji(λ)=UijBij(−λ)Uij−1, où Uij est la matrice de uij par rapport à la base canonique. De même, si 1<i<j, on a B1j(λ)=U1iBij(λ)U1i−1 : et enfin pour 2<j, B12(λ)=U2jB1j(λ)U2j−1. Ceci prouve que tous les Bij(λ) ont même image s dans GL(n,K)/Γ, et il reste à montrer que s est l’élément neutre.
Supposons d’abord que K contienne un élément λ distinct de 0 et de 1 ; on a donc 1=λ+(1−λ), les deux termes du second membre étant =0; la relation B12(1)=B12(λ)B12(1−λ) montre que s2=s, donc s est bien l’élément neutre.
Supposons maintenant que n≥3. Le produit B21(1)B31(1) est la matrice d’un automorphisme u de Kn tel que u(e1)=e1+e2+e3,u(ei)=ei pour i=1. Si S est la matrice de l’automorphisme u′ de Kn tel que u′(e2)=e2+e3,u′(ei)=ei pour i=2, on a S.B21(1)B31(1).S−1=B21(1); on en déduit encore s2=s, ce qui achève la démonstration.
Remarque 1
On a GL(2,F2)=SL(2,F2); c’est un groupe résoluble d’ordre 6, dont le groupe des commutateurs est d’indice 2 (II, p. 208, exerc. 14).
Remarque 2
Avec les mêmes notations que ci-dessus, on prouve comme dans I, p. 61, prop. 9 que l’on a, pour i<j,j−i>1, uij=uj−1,jui,j−1uj−1,i−1; donc le groupe SL(n,K) est engendré par les matrices B12(λ) et Ui,i+1 pour 1≤i≤n−1.
10. Le A[X]-module associé à un endomorphisme de A-module
Soit M un A-module, u un endomorphisme de M. Considérons l’anneau A[X] des polynômes à une indéterminée X sur A. Pour tout polynôme p∈A[X] et tout x∈M, posons
p.x=p(u)(x).
Comme (pq)(u)=p(u)∘q(u) pour deux polynômes p,q de A[X], on définit ainsi sur M une structure de A[X]-module; l’ensemble M, muni de cette structure, est noté Mu; la structure de A-module donnée sur M s’obtient par restriction à A de l’anneau d’opérateurs de Mu. On notera que les sous-modules de Mu ne sont autres que les sous-modules de M qui sont stables pour u.
Comme l’application (p,x)↦p.x de A[X]×M dans M est A-bilinéaire, elle définit canoniquement une application A-linéaire φ:A[X]⊗AM→M telle que
φ(p⊗x)=p.x=p(u)(x).
D’autre part, A[X]⊗AM est canoniquement muni d’une structure de A[X]-module (II, p. 81); nous noterons ce A[X]-module M[X]; l’application φ:M[X]→Mu est A[X]-linéaire, car pour p,q dans A[X] et x∈M, on a
En outre, u est un A[X]-endomorphisme de Mu, car on a
u(p.x)=u(p(u)(x))=(up(u))(x)=p.u(x).
Enfin, on déduit canoniquement de u un A[X]-endomorphisme uˉ de M[X] en posant (II, p. 82)
uˉ(p⊗x)=p⊗u(x).
Il résulte d’ailleurs des formules (44) et (45) que les applications A[X]-linéaires u,uˉ et φ sont liées par la relation
φ∘uˉ=u∘φ.
Notons ψ le A[X]-endomorphisme X−uˉ de M[X], de sorte que ψ(p⊗x)=(Xp)⊗x−p⊗u(x). On a la proposition suivante:
Proposition 18
La suite de A[X]*-homomorphismes
M[X]ψM[X]φMu⟶0
est exacte.
Comme φ(1⊗x)=x pour tout x∈M, il est clair que φ est surjective; d’autre part, on a φ(X(p⊗x))=X.φ(p⊗x)=u(φ(p⊗x)), autrement dit, φ∘X=u∘φ=φ∘uˉ en vertu de (46); ceci prouve que φ∘ψ=0. Il reste à voir que Kerφ⊂Imψ. Notons pour cela que, puisque les monômes Xk (k⩾0) forment une base du A-module A[X], tout élément z∈M[X] s’écrit d’une seule manière sous la forme z=∑kXk⊗xk, où (xk) est une famille d’éléments de M, de support fini. Si z∈Kerφ, on a φ(z)=∑kuk(xk)=0, et l’on peut écrire
z=k∑(Xk⊗xk−1⊗uk(xk))=k∑(Xk−uˉk)(1⊗xk).
Mais comme les A[X]-endomorphismes X et uˉ de M[X] sont permutables, on a Xk−uˉk=(X−uˉ)∘(∑j=0k−1Xjuˉk−j−1), ce qui prouve qu’il existe un y∈M[X] tel que z=ψ(y).
Soient maintenant M′ un second A-module, u′ un endomorphisme de M′; notons Mu′,φ′,uˉ′,ψ′ le module et les applications obtenus à partir de M′ et u′ comme Mu,φ,uˉ,ψ le sont à partir de M et u. Alors:
Proposition 19
Pour qu’une application g de M dans M’ soit un A[X]*-homomorphisme de Mu dans Mu′, il faut et il suffit que g soit un A*-homomorphisme de M dans M′ tel que g∘u=u′∘g. Lorsqu’il en est ainsi, si gˉ est le A[X]-homomorphisme de M[X] dans M′[X] égal à 1A[X]⊗g (II, p. 82), le diagramme
La condition g∘u=u′∘g est évidemment nécessaire en vertu de (43) pour que g soit un A[X]*-homomorphisme; elle est suffisante, car elle entraîne par récurrence que g∘un=un∘g pour tout entier n>0. D’autre part, pour tout x∈M et tout p∈A[X], on a
Soient M un A-module libre de dimension n, u un endomorphisme de M. Considérons l’anneau de polynômes à deux indéterminées A[X,Y] et le A[X,Y]-module M[X,Y]=A[X,Y]⊗AM; soit uˉ l’endomorphisme du A[X,Y]-module M[X,Y] déduit canoniquement de u (II, p. 82). Il résulte de III, p. 96, prop. 11, que l’on a
det(X−Yuˉ)=j=0∑n(−1)jTr(∧j(u))Xn−jYj
car si U est la matrice de u par rapport à une base (ei)1≤i≤n de M, U est la matrice de uˉ par rapport à la base (1⊗ei)1≤i≤n de M[X,Y], donc Tr(∧j(uˉ))=Tr(∧j(u)).
Définition 3
Soient M un A-module libre de dimension finie, u un endomorphisme de M. On appelle polynôme caractéristique de u et on note χu(X) le déterminant de l’endomorphisme X−uˉ du A[X]-module libre M[X].
Si M est de rang n, il résulte de (49) que l’on a
χu(X)=j=0∑n(−1)jTr(∧j(u))Xn−j
car on a det(X−Yuˉ)=det(X.In−YU) et det(X−uˉ)=det(X.In−U). On voit donc que χu(X) est un polynôme unitaire de degré n, dans lequel le coefficient de Xn−1 est −Tr(u) et le terme constant est (−1)ndet(u).
Proposition 20 (« théorème de Hamilton-Cayley »)
Pour tout endomorphisme u d’un A-module libre de dimension finie, on a χu(u)=0.
En effet, avec les notations de la prop. 18 (III, p. 106), pour tout x∈M, χu(u)(x) est l’image par φ de χu(X)⊗x. Mais si v est l’endomorphisme de M[X], cotransposé de X−uˉ (III, p. 99), on a
χu(X)⊗x=χu(X)(1⊗x)=(X−uˉ)(v(1⊗x))
et la conclusion résulte de la prop. 18 de III, p. 106.