Bourbaki

§ 8. Déterminants

1. Déterminant d’un endomorphisme

Soient MM un AA-module ayant une base finie de nn éléments, uu un endomorphisme de MM. Le AA-module ∧n(M)\wedge^n(M) est un module libre monogène, c’est-à-dire isomorphe à AA (III, p. 87, cor. 1); ∧n(u)\wedge^n(u) est un endomorphisme de ce module, et est par suite une homothétie z↦λzz \mapsto \lambda z de rapport λ∈A\lambda \in A déterminé de façon unique (II, p. 41, prop. 5).

Définition 1

On appelle déterminant d’un endomorphisme uu d’un AA-module libre MM de dimension finie nn* (II, p. 98, corollaire et Remarque 1), et on note det⁡u\det u, le scalaire λ\lambda tel que ∧n(u)\wedge^n(u) soit l’homothétie de rapport λ\lambda.

D’après la formule (4) de III, p. 78, det⁡u\det u est l’unique scalaire tel que l’on ait

u(x1)∧u(x2)∧⋯∧u(xn)=(det⁡u) x1∧x2∧⋯∧xn u(x_1) \wedge u(x_2) \wedge \cdots \wedge u(x_n) = (\det u)\, x_1 \wedge x_2 \wedge \cdots \wedge x_n
pour toute suite (xi)1≤i≤n(x_i)_{1 \leq i \leq n} de nn éléments de MM. Si det⁡(u)=1\det(u) = 1, on dit que uu est unimodulaire.

Proposition 1

(i) Si uu et vv sont deux endomorphismes d’un AA-module libre MM de dimension finie, on a

det⁡(u∘v)=(det⁡u)(det⁡v). \det(u \circ v) = (\det u)(\det v).
(ii) On a det⁡(1M)=1\det(1_M) = 1; pour tout automorphisme uu de MM, det⁡u\det u est inversible dans AA et l’on a
det⁡(u−1)=(det⁡u)−1. \det(u^{-1}) = (\det u)^{-1}.

Si nn est la dimension de MM, cela résulte aussitôt de la relation ∧n(u∘v)=(∧n(u))∘(∧n(v))\wedge^n(u \circ v) = (\wedge^n(u)) \circ (\wedge^n(v)) (III, p. 78, formule (3)).

Soit MM un AA-module libre ayant une base finie (ei)1≤i≤n(e_i)_{1 \leq i \leq n}; étant donnée une suite (xi)1≤i≤n(x_i)_{1 \leq i \leq n} de nn éléments de MM, on appelle déterminant de cette suite par rapport à la base donnée (ei)(e_i), et on note det⁡(x1,x2,…,xn)\det(x_1, x_2, \ldots, x_n) lorsqu’aucune confusion sur la base n’est possible, le déterminant de l’endomorphisme uu de MM tel que u(ei)=xiu(e_i) = x_i pour 1≤i≤n1 \leq i \leq n. En vertu de la formule (1), on a donc

x1∧x2∧⋯∧xn=det⁡(x1,x2,…,xn) e1∧e2∧⋯∧en x_1 \wedge x_2 \wedge \cdots \wedge x_n = \det(x_1, x_2, \ldots, x_n)\, e_1 \wedge e_2 \wedge \cdots \wedge e_n
et cette relation caractérise l’application (xi)↦det⁡(x1,…,xn)(x_i) \mapsto \det(x_1, \ldots, x_n) de MnM^n dans AA. Elle montre que cette application est une forme n-linéaire alternée. Comme, en vertu de III, p. 80, prop. 7, le AA-module des formes nn-linéaires alternées est canoniquement isomorphe au dual de ∧n(M)\wedge^n(M), et que ∧n(M)\wedge^n(M) est isomorphe à AA, on voit que toute forme nn-linéaire alternée sur MnM^n est de la forme

(x1,…,xn)↦αdet⁡(x1,x2,…,xn) (x_1, \ldots, x_n) \mapsto \alpha \det(x_1, x_2, \ldots, x_n)

pour un α∈A\alpha \in A.

Proposition 2

Soient M un A-module libre ayant une base finie* (ei)1≤i≤n(e_i)_{1 \leq i \leq n}, v un endomorphisme de M. Pour toute suite (xi)1≤i≤n(x_i)_{1 \leq i \leq n} *de n éléments de M, on a

(5)

det⁡(v(x1),…,v(xn))=(det⁡v)det⁡(x1,…,xn). \det(v(x_1), \ldots, v(x_n)) = (\det v) \det(x_1, \ldots, x_n).

En effet, si uu est l’endomorphisme de M tel que u(ei)=xiu(e_i) = x_i pour tout ii, on a v(xi)=(v∘u)(ei)v(x_i) = (v \circ u)(e_i), et (5) résulte donc de (2) (III, p. 90).

2. Caractérisation des automorphismes d’un module libre de dimension finie

Théorème 1

Soit M un A-module libre de dimension finie, u un endomorphisme de M. Les conditions suivantes sont équivalentes*:

a) u est bijectif; b) u est inversible à droite (II, p. 21, cor. 1); c) u est inversible à gauche (II, p. 21, cor. 2); d) u est surjectif; e) det u est inversible dans A.

Soit (ei)1≤i≤n(e_i)_{1 \leq i \leq n} une base de M. Si xi=u(ei)x_i = u(e_i) pour 1≤i≤n1 \leq i \leq n, on a

x1∧x2∧⋯∧xn=(det⁡u)e1∧e2∧⋯∧en. x_1 \wedge x_2 \wedge \cdots \wedge x_n = (\det u) e_1 \wedge e_2 \wedge \cdots \wedge e_n.

En vertu de III, p. 89, th. 2, une condition nécessaire et suffisante pour que les xix_i forment une base de M est que det⁡u\det u soit un élément inversible de A; ceci prouve l’équivalence de a) et de e). Observons que a) entraîne évidemment chacune des conditions b), c) et d); il reste à prouver que chacune des conditions b), c) et d) entraîne e). Or, s’il existe un endomorphisme vv de M tel que v∘u=1Mv \circ u = 1_M ou u∘v=1Mu \circ v = 1_M, on a (det⁡v)(det⁡u)=1(\det v)(\det u) = 1, donc det⁡u\det u est inversible dans A. Si uu est surjectif, il en est de même de ∧n(u)\wedge^n(u) (III, p. 78, prop. 3), autrement dit l’homothétie de rapport det⁡u\det u dans A est surjective, ce qui entraîne aussitôt que det⁡u\det u est inversible.

Proposition 3

Soit M un A-module libre de dimension finie. Pour tout endomorphisme u de M, les conditions suivantes sont équivalentes*;

f) u est injectif; g) det u n’est pas diviseur de zéro dans A.

Avec les mêmes notations que dans la démonstration du th. 1, pour que uu soit injectif, il faut et il suffit que les xix_i soient linéairement indépendants. D’après III, p. 88, prop. 12, il faut et il suffit pour cela que la relation λx1∧x2∧⋯∧xn=0\lambda x_1 \wedge x_2 \wedge \cdots \wedge x_n = 0 (avec λ∈A\lambda \in A) entraîne λ=0\lambda = 0. Mais cela équivaut à λ(det⁡u)=0\lambda(\det u) = 0 puisque e1∧⋯∧ene_1 \wedge \cdots \wedge e_n est une base de ∧n(M)\wedge^n(M); d’où la proposition.

Remarque

Lorsque A est un corps, la condition e) du th. 2 est équivalente à la condition g) de la prop. 3 puisqu’elles signifient toutes deux que det u≠0u \neq 0. Il y a donc dans ce cas équivalence entre toutes les conditions du th. 1 et de la prop. 3 (cf. II, p. 101, corollaire).

3. Déterminant d’une matrice carrée

Définition 2

Soient I un ensemble fini, A un anneau commutatif, X une matrice carrée de type (I, I) sur l’anneau A (II, p. 149). On appelle déterminant de X et on note det X le déterminant de l’endomorphisme u du A-module AIA^I, dont X est la matrice par rapport à la base canonique de AIA^I.

Si X=(ξij)(i,j)∈I×IX = (\xi_{ij})_{(i,j) \in I \times I}, et si (ei)i∈I(e_i)_{i \in I} est la base canonique de AIA^I, l’endomorphisme u est donc donné par

u(ei)=∑j∈Iξjiej. u(e_i) = \sum_{j \in I} \xi_{ji} e_j.

Lorsque I={1,n}⊂NI = \{1, n\} \subset \mathbf{N}, si l’on pose xi=u(ei)x_i = u(e_i) pour i∈Ii \in I, le déterminant de X est donc défini par la relation

x1∧x2∧⋯∧xn=(det⁡X) e1∧e2∧⋯∧en x_1 \wedge x_2 \wedge \cdots \wedge x_n = (\det X) \, e_1 \wedge e_2 \wedge \cdots \wedge e_n

autrement dit, det⁡X\det X est égal au déterminant det⁡(x1,x2,…,xn)\det(x_1, x_2, \ldots, x_n) par rapport à la base canonique de AnA^n. Par conséquent:

Proposition 4

Pour n vecteurs x1,…,xnx_1, \ldots, x_n de AnA^n, notons X(x1,…,xn)X(x_1, \ldots, x_n) la matrice carrée d’ordre n dont la i-ème colonne est xix_i, pour 1≤i≤n1 \leq i \leq n. Alors l’application

(x1,…,xn)↦det⁡(X(x1,…,xn)) (x_1, \ldots, x_n) \mapsto \det(X(x_1, \ldots, x_n))

de (An)n(A^n)^n dans A est n-linéaire alternée.

En particulier, le déterminant d’une matrice dont deux colonnes sont égales est nul. Si l’on effectue une permutation σ\sigma sur les colonnes d’une matrice, le déterminant de la nouvelle matrice est égal à celui de l’ancienne multiplié par εσ\varepsilon_\sigma. Si l’on ajoute à une colonne d’une matrice un multiple scalaire d’une colonne d’indice différent, le déterminant de la nouvelle matrice est égal à celui de l’ancienne.

Plus généralement, soit M un A-module libre de dimension finie n, et soit (ei)i∈I(e_i)_{i \in I} une base de M; pour tout endomorphisme u de M, si X est la matrice de u par rapport à la base (ei)(e_i), on a

det⁡(u)=det⁡(X) \det(u) = \det(X)

comme cela résulte aussitôt des définitions.

Lorsque I={1,n}I = \{1, n\}, le déterminant de XX se note aussi det⁡(ξij)1≤i≤n,1≤j≤n\det(\xi_{ij})_{1 \leq i \leq n, 1 \leq j \leq n} ou simplement det⁡(ξij)\det(\xi_{ij}) si cela ne crée pas de confusion, ou encore

∣ξ11ξ12⋯ξ1nξ21ξ22⋯ξ2n⋯⋯⋯⋯ξn1ξn2⋯ξnn∣ \begin{vmatrix} \xi_{11} & \xi_{12} & \cdots & \xi_{1n} \\ \xi_{21} & \xi_{22} & \cdots & \xi_{2n} \\ \cdots & \cdots & \cdots & \cdots \\ \xi_{n1} & \xi_{n2} & \cdots & \xi_{nn} \end{vmatrix}

Lorsque det⁡X=1\det X = 1, on dit que la matrice XX est unimodulaire.

Exemple 1

Le déterminant de la matrice vide est égal à 1 ; le déterminant d’une matrice carrée d’ordre 1 est égal à l’unique élément de cette matrice. Pour une matrice d’ordre 2

(ξ11ξ12ξ21ξ22) \begin{pmatrix} \xi_{11} & \xi_{12} \\ \xi_{21} & \xi_{22} \end{pmatrix}

on a, avec les notations précédentes

x1∧x2=(ξ11e1+ξ21e2)∧(ξ12e1+ξ22e2)=ξ11ξ22e1∧e2+ξ21ξ12e2∧e1 x_1 \wedge x_2 = (\xi_{11} e_1 + \xi_{21} e_2) \wedge (\xi_{12} e_1 + \xi_{22} e_2) = \xi_{11} \xi_{22} e_1 \wedge e_2 + \xi_{21} \xi_{12} e_2 \wedge e_1

d’où

∣ξ11ξ12ξ21ξ22∣=ξ11ξ22−ξ12ξ21. \begin{vmatrix} \xi_{11} & \xi_{12} \\ \xi_{21} & \xi_{22} \end{vmatrix} = \xi_{11} \xi_{22} - \xi_{12} \xi_{21}.

Traduisons dans le langage des matrices quelques-uns des résultats des n°s 1 et 2 :

Proposition 5

Si XX et YY sont deux matrices carrées sur un anneau commutatif A\mathbf{A}, ayant même ensemble fini d’indices, on a

(8)

det⁡(XY)=(det⁡X)(det⁡Y). \det(XY) = (\det X)(\det Y).
Pour que XX soit inversible, il faut et il suffit que det⁡X\det X soit un élément inversible de A\mathbf{A}, et on a alors

(9)

det⁡(X−1)=(det⁡X)−1. \det(X^{-1}) = (\det X)^{-1}.

Cela résulte aussitôt de III, p. 90, prop. 1 et de III, p. 91, th. 1.

Corollaire

Deux matrices carrées semblables ont des déterminants égaux.* En effet, si PP est une matrice carrée inversible, on a det⁡(PXP−1)=det⁡X\det(PXP^{-1}) = \det X d’après (8) et (9).

Proposition 6

Pour que les colonnes d’une matrice carrée XX d’ordre fini soient linéairement indépendantes, il faut et il suffit que det⁡X\det X ne soit pas un diviseur de zéro dans A\mathbf{A}.* Cela résulte de III, p. 91, prop. 3.

4. Calcul d’un déterminant

Lemme 1

Soient A\mathbf{A} un anneau commutatif, MM un A\mathbf{A}-module libre ayant une base (ej)j∈J(e_j)_{j \in J}, où l’ensemble d’indices JJ est totalement ordonné. Pour tout entier p≤Card(J)p \leq \mathrm{Card}(J), toute fonction pp-linéaire alternée f:Mp→Nf : M^p \to N (où NN est un AA-module), et toute famille de pp éléments xi=∑j∈Jξjiejx_i = \sum_{j \in J} \xi_{ji} e_j de MM (1≤i≤p1 \leq i \leq p), on a

f(x1,x2,…,xp) f(x_1, x_2, \ldots, x_p)
=∑j1<j2<…<jp(∑σ∈Spεσξjσ(1),1ξjσ(2),2⋯ξjσ(p),p)f(ej1,…,ejp) = \sum_{j_1 < j_2 < \ldots < j_p} \left( \sum_{\sigma \in S_p} \varepsilon_\sigma \xi_{j_{\sigma(1)}, 1} \xi_{j_{\sigma(2)}, 2} \cdots \xi_{j_{\sigma(p)}, p} \right) f(e_{j_1}, \ldots, e_{j_p})

où (jk)1≤k≤p(j_k)_{1 \leq k \leq p} parcourt l’ensemble des suites strictement croissantes de pp éléments de JJ.

On a en effet

f(x1,…,xp)=∑(jk)ξj1,1ξj2,2⋯ξjp,pf(ej1,ej2,…,ejp) f(x_1, \ldots, x_p) = \sum_{(j_k)} \xi_{j_1, 1} \xi_{j_2, 2} \cdots \xi_{j_p, p} f(e_{j_1}, e_{j_2}, \ldots, e_{j_p})

où (jk)1≤k≤p(j_k)_{1 \leq k \leq p} parcourt toutes les suites de pp éléments de JJ; il suffit alors d’appliquer à ff le cor. 1 de III, p. 81.

En particulier, si JJ est fini et a nn éléments, et si xi=∑j∈Jξjiejx_i = \sum_{j \in J} \xi_{ji} e_j (1≤i≤n1 \leq i \leq n) sont nn éléments de MM, on a

x1∧x2∧⋯∧xn=(∑σ∈Snεσξjσ(1),1ξjσ(2),2⋯ξjσ(n),n)ej1∧ej2∧⋯∧ejn x_1 \wedge x_2 \wedge \cdots \wedge x_n = \left( \sum_{\sigma \in S_n} \varepsilon_\sigma \xi_{j_{\sigma(1)}, 1} \xi_{j_{\sigma(2)}, 2} \cdots \xi_{j_{\sigma(n)}, n} \right) e_{j_1} \wedge e_{j_2} \wedge \cdots \wedge e_{j_n}

où (jk)1≤k≤n(j_k)_{1 \leq k \leq n} est l’unique suite des nn éléments de JJ rangés par ordre croissant, d’où

det⁡(x1,x2,…,xn)=∑σ∈Snεσξjσ(1),1ξjσ(2),2⋯ξjσ(n),n. \det(x_1, x_2, \ldots, x_n) = \sum_{\sigma \in S_n} \varepsilon_\sigma \xi_{j_{\sigma(1)}, 1} \xi_{j_{\sigma(2)}, 2} \cdots \xi_{j_{\sigma(n)}, n}.

Les notations étant celles du lemme 1, la comparaison des formules (10) et (11) permet d’écrire

x1∧x2∧⋯∧xp=∑H∈Fp(J)det⁡(xH,1,xH,2,…,xH,p)eH x_1 \wedge x_2 \wedge \cdots \wedge x_p = \sum_{H \in \mathscr{F}_p(J)} \det(x_{H, 1}, x_{H, 2}, \ldots, x_{H, p}) e_H

où Fp(J)\mathscr{F}_p(J) est l’ensemble des parties de JJ ayant pp éléments et, pour toute partie H∈Fp(J)H \in \mathscr{F}_p(J), on pose xH,i=∑j∈Hξjiejx_{H, i} = \sum_{j \in H} \xi_{ji} e_j et eH=ej1∧ej2∧⋯∧ejpe_H = e_{j_1} \wedge e_{j_2} \wedge \cdots \wedge e_{j_p}, (jk)1≤k≤p(j_k)_{1 \leq k \leq p} étant la suite des éléments de HH rangés par ordre croissant, étant entendu que det⁡(xH,1,…,xH,p)\det(x_{H, 1}, \ldots, x_{H, p}) est pris par rapport à la base (ejk)1≤k≤p(e_{j_k})_{1 \leq k \leq p}.

Proposition 7

Soient II un ensemble fini, X=(ξji)(j,i)∈I×IX = (\xi_{ji})_{(j, i) \in I \times I} une matrice carrée de type (I,I)(I, I) sur un anneau commutatif AA. On a alors

det⁡X=∑σ∈SIεσ(∏i∈Iξσ(i),i) \det X = \sum_{\sigma \in S_I} \varepsilon_\sigma \left( \prod_{i \in I} \xi_{\sigma(i), i} \right)

où σ\sigma parcourt le groupe SIS_I des permutations de II, et où εσ\varepsilon_\sigma est la signature de σ\sigma (I, p. 62).

On peut se borner au cas où I={1,n}⊂NI = \{1, n\} \subset \mathbf{N}, et il suffit alors d’appliquer la formule (12), où (ei)1≤i≤n(e_i)_{1 \leq i \leq n} est la base canonique de AnA^n, et les xix_i les colonnes de XX (cf. III, p. 92, formule (6)).

En particulier, pour le déterminant d’une matrice d’ordre 3

X=(ξ11ξ12ξ13ξ21ξ22ξ23ξ31ξ32ξ33) X = \begin{pmatrix} \xi_{11} & \xi_{12} & \xi_{13} \\ \xi_{21} & \xi_{22} & \xi_{23} \\ \xi_{31} & \xi_{32} & \xi_{33} \end{pmatrix}

on a

det⁡(X)=ξ11ξ22ξ33+ξ12ξ23ξ31+ξ21ξ32ξ13−ξ13ξ22ξ31−ξ12ξ21ξ33−ξ11ξ23ξ32. \det(X) = \xi_{11} \xi_{22} \xi_{33} + \xi_{12} \xi_{23} \xi_{31} + \xi_{21} \xi_{32} \xi_{13} - \xi_{13} \xi_{22} \xi_{31} - \xi_{12} \xi_{21} \xi_{33} - \xi_{11} \xi_{23} \xi_{32}.

Proposition 8

Pour toute matrice carrée XX sur un anneau commutatif, le déterminant de la matrice transposée tXtX est égal au déterminant de XX.

Supposons que XX soit de type (I, I). Pour tout couple de permutations σ,τ\sigma, \tau de SI\mathfrak{S}_I, on a (la multiplication étant commutative)

∏i∈Iξσ(i),i=∏j∈Iξσ(τ(j)),τ(j). \prod_{i \in I} \xi_{\sigma(i), i} = \prod_{j \in I} \xi_{\sigma(\tau(j)), \tau(j)}.

Prenons en particulier τ=σ−1\tau = \sigma^{-1}; utilisant le fait que εσ−1=εσ\varepsilon_{\sigma^{-1}} = \varepsilon_\sigma, on voit qu’on a

det⁡X=∑σ∈SIεσ(∏i∈Iξi,σ(i)) \det X = \sum_{\sigma \in \mathfrak{S}_I} \varepsilon_\sigma \left( \prod_{i \in I} \xi_{i, \sigma(i)} \right)

ce qui démontre la proposition.

Corollaire 1

Pour nn vecteurs x1,…,xnx_1, \ldots, x_n de AnA^n, notons Y(x1,…,xn)Y(x_1, \ldots, x_n) la matrice carrée d’ordre nn dont la ii-ème ligne est xix_i, pour 1≤i≤n1 \leq i \leq n. Alors l’application

(x1,…,xn)↦det⁡(Y(x1,…,xn)) (x_1, \ldots, x_n) \mapsto \det(Y(x_1, \ldots, x_n))

de (An)n(A^n)^n dans AA est nn-linéaire alternée.

Corollaire 2

Pour une matrice carrée XX d’ordre fini sur un anneau commutatif AA, les conditions suivantes sont équivalentes :* (i) les lignes de XX sont linéairement indépendantes ; (ii) les colonnes de XX sont linéairement indépendantes ; (iii) det⁡X\det X n’est pas diviseur de zéro dans AA.

Cela résulte de III, p. 93, prop. 6 et III, p. 95, prop. 8.

Corollaire 3

Soient uu un endomorphisme d’un AA-module libre MM de dimension finie, tut u l’endomorphisme transposé du dual M∗M^* (II, p. 42, déf. 5); on a

det⁡(tu)=det⁡(u). \det(t u) = \det(u).

En effet, si XX est la matrice de uu par rapport à une base de MM, tXt X est la matrice de tut u par rapport à la base duale (II, p. 145, prop. 3); comme det⁡(u)=det⁡(X)\det(u) = \det(X) et det⁡(tu)=det⁡(tX)\det(t u) = \det(t X), la conclusion résulte de la prop. 8.

5. Mineurs d’une matrice

Soit XX une matrice rectangulaire (ξij)(i,j)∈I×J(\xi_{ij})_{(i,j) \in I \times J} de type (I, J), dont les ensembles d’indices II et JJ sont totalement ordonnés. Si H⊂IH \subset I et K⊂JK \subset J sont des parties finies ayant même nombre pp d’éléments, il existe une unique bijection croissante φ:H→K\varphi : H \to K (E, III, p. 38, prop. 6); nous noterons XH,KX_{H, K} la matrice carrée de type (H,H)(H, H) égale à (ξi,φ(j))(i,j)∈H×H(\xi_{i, \varphi(j)})_{(i, j) \in H \times H}. Si les éléments de XX appartiennent à un anneau commutatif AA, le déterminant det⁡(XH,K)\det(X_{H, K}) s’appelle le mineur d’indices H,KH, K de la matrice XX; on dit aussi que ces déterminants (pour tous les couples (H,K)(H, K) de parties à pp éléments de II et JJ respectivement) sont les mineurs d’ordre pp de XX. Avec ces notations:

Proposition 9

Soit MM un AA-module ayant une base (ei)i∈J(e_i)_{i \in J} (finie ou non) dont l’ensemble d’indices JJ est totalement ordonné. Pour tout entier p>0p > 0, soit (eH)H∈Fp(J)(e_H)_{H \in \mathscr{F}_p(J)} la base correspondante de ∧p(M)\wedge^p(M) (III, p. 86). Soit (xi)1≤i≤p(x_i)_{1 \leq i \leq p} une suite de pp éléments de MM; posons

xi=∑j∈Jξjiejpour i∈I={1,p} x_i = \sum_{j \in J} \xi_{ji} e_j \quad \text{pour } i \in I = \{1, p\}

et notons XX la matrice (ξji)(\xi_{ji}) de type (J,I)(J, I). On a alors

x1∧x2∧⋯∧xp=∑H∈Fp(J)(det⁡XH,I)eH, x_1 \wedge x_2 \wedge \cdots \wedge x_p = \sum_{H \in \mathscr{F}_p(J)} (\det X_{H, I}) e_H,

HH parcourant l’ensemble Fp(J)\mathscr{F}_p(J) des parties à pp éléments de JJ.

Cela résulte en effet de la formule (12) de III, p. 94 et de la formule (6) de III, p. 92.

Proposition 10

Soient MM et NN deux AA-modules libres de dimensions respectives mm et nn, u:M→Nu : M \to N une application linéaire, XX la matrice de uu par rapport à une base (ei)1≤i≤m(e_i)_{1 \leq i \leq m} de MM et une base (fj)1≤j≤n(f_j)_{1 \leq j \leq n} de NN. Alors, pour tout entier p≤inf⁡(m,n)p \leq \inf(m, n), la matrice de ∧p(u)\wedge^p(u) par rapport à la base (eK)K∈Fp(I)(e_K)_{K \in \mathscr{F}_p(I)} de ∧p(M)\wedge^p(M) et à la base (fH)H∈Fp(J)(f_H)_{H \in \mathscr{F}_p(J)} de ∧p(N)\wedge^p(N) (où l’on a posé I={1,m}I = \{1, m\} et J={1,n}J = \{1, n\}) est la matrice (det⁡(XH,K))(\det(X_{H, K})) de type (Fp(J),Fp(I))(\mathscr{F}_p(J), \mathscr{F}_p(I)) (donc à (np)\binom{n}{p} lignes et (mp)\binom{m}{p} colonnes).

En effet, pour une partie K⊂JK \subset J à pp éléments, soit (jk)1≤k≤p(j_k)_{1 \leq k \leq p} la suite des éléments de KK rangés par ordre croissant; par définition de ∧p(u)\wedge^p(u), on a (III, p. 78, formule (4))

∧p(u)(eK)=u(ej1)∧u(ej2)∧⋯∧u(ejp). \wedge^p(u)(e_K) = u(e_{j_1}) \wedge u(e_{j_2}) \wedge \cdots \wedge u(e_{j_p}).

Donc l’élément de la matrice de ∧p(u)\wedge^p(u) qui se trouve dans la ligne d’indice HH et dans la colonne d’indice KK est la composante d’indice HH de l’élément u(ej1)∧⋯∧u(ejp)u(e_{j_1}) \wedge \cdots \wedge u(e_{j_p}); il est donc égal à det⁡(XH,K)\det(X_{H, K}) en vertu de la prop. 9.

On dit que la matrice (det⁡(XH,K))(\det(X_{H, K})) est la puissance extérieure pp-ème de la matrice XX et on la note ∧p(X)\wedge^p(X). Lorsque p=m=np = m = n, ∧n(X)\wedge^n(X) est la matrice à un seul élément det⁡(X)\det(X).

Proposition 11

Soit MM un AA-module libre de dimension finie nn; pour tout endomorphisme uu de MM et tout couple d’éléments ξ,η\xi, \eta de AA, on a

det⁡(ξ1M+ηu)=∑k≥0Tr⁡(∧k(u))ξn−kηk. \det(\xi 1_M + \eta u) = \sum_{k \geq 0} \operatorname{Tr}(\wedge^k(u)) \xi^{n-k} \eta^k.

Soit (ei)1≤i≤n(e_i)_{1 \leq i \leq n} une base de MM, et posons I={1,n}I = \{1, n\}; pour calculer le premier membre de (18), on doit former le produit

(ξe1+ηu(e1))∧(ξe2+ηu(e2))∧⋯∧(ξen+ηu(en)) (\xi e_1 + \eta u(e_1)) \wedge (\xi e_2 + \eta u(e_2)) \wedge \cdots \wedge (\xi e_n + \eta u(e_n))

qui est égal à la somme des termes ξn−pηpzK\xi^{n-p} \eta^p z_K, où

zK=x1∧x2∧⋯∧xn z_K = x_1 \wedge x_2 \wedge \cdots \wedge x_n

avec xi=u(ei)x_i = u(e_i) pour i∈Ki \in K, xi=eix_i = e_i pour i∈H=I−Ki \in H = I - K, l’entier pp parcourant l’intervalle [0,n][0, n] et, pour chaque pp, KK parcourant l’ensemble des parties à pp éléments de II. Si i1<i2<⋯<in−pi_1 < i_2 < \cdots < i_{n-p} (resp. j1<j2<⋯<jpj_1 < j_2 < \cdots < j_p) sont les éléments de HH (resp. KK) rangés par ordre croissant, on peut écrire (III, p. 87, cor. 1 et formule (19))

zK=ρH,Kei1∧ei2∧⋯∧ein−p∧u(ej1)∧⋯∧u(ejp). z_K = \rho_{H, K} e_{i_1} \wedge e_{i_2} \wedge \cdots \wedge e_{i_{n-p}} \wedge u(e_{j_1}) \wedge \cdots \wedge u(e_{j_p}).

Mais si XX est la matrice de uu par rapport à la base (ei)(e_i), on a, en vertu de la prop. 10 (III, p. 96)

u(ej1)∧⋯∧u(ejp)=∑L∈Sp(I)(det⁡XL,K)eL u(e_{j_1}) \wedge \cdots \wedge u(e_{j_p}) = \sum_{L \in \mathfrak{S}_p(I)} (\det X_{L, K}) e_L

donc

zK=ρH,K∑L∈Sp(I)(det⁡XL,K)eH∧eL. z_K = \rho_{H, K} \sum_{L \in \mathfrak{S}_p(I)} (\det X_{L, K}) e_H \wedge e_L.

Or, on a H∩L≠∅H \cap L \neq \varnothing sauf pour L=KL = K; il résulte donc de III, p. 87, formule (20) que l’on a zK=(det⁡XK,K)e1∧e2∧⋯∧enz_K = (\det X_{K, K}) e_1 \wedge e_2 \wedge \cdots \wedge e_n et la formule (18) résulte donc de la prop. 10 de III, p. 96, et de la définition de la trace d’une matrice (II, p. 158, formules (49) et (50)).

Corollaire

Sous les mêmes hypothèses que dans la prop. 11, on a, pour l’endomorphisme ∧(u)\wedge(u) du A-module ∧(M)\wedge(M)

(19)

Tr⁡(∧(u))=det⁡(lM+u). \operatorname{Tr}(\wedge(u)) = \det(l_M + u).

Il suffit de remplacer ξ\xi et η\eta par 1 dans (18), et d’observer que la matrice de ∧(u)\wedge(u) par rapport à la base des eHe_H (H∈S(I)H \in \mathfrak{S}(I)) est la matrice diagonale des matrices des ∧k(u)\wedge^k(u) pour k≥0k \geq 0 (II, p. 152, Exemple IV).

6. Développements d’un déterminant

Soit II un ensemble d’indices fini totalement ordonné. Pour toute partie HH de II, notons H′H' le complémentaire I−HI - H. Soit X=(ξji)X = (\xi_{ji}) une matrice carrée de type (I,I)(I, I), qu’on peut considérer comme matrice d’un endomorphisme uu de M=AIM = A^I par rapport à la base canonique (ei)i∈I(e_i)_{i \in I} de MM. Soit n=Card(I)n = \mathrm{Card}(I), et soient HH une partie de I à q≤nq \leq n éléments, K une partie de I à n−qn - q éléments; on peut alors écrire (III, p. 96, prop. 10)

(∧q(u))(eH)=∑Rdet⁡(XR,H)eR (\wedge^q(u))(e_H) = \sum_R \det(X_{R,H}) e_R
(∧n−q(u))(eK)=∑Sdet⁡(XS,K)eS (\wedge^{n-q}(u))(e_K) = \sum_S \det(X_{S,K}) e_S

où R (resp. S) parcourt l’ensemble des parties de I à qq (resp. n−qn - q) éléments. Il résulte de III, p. 87, formules (19) et (20) que l’on a eR∧eS=0e_R \wedge e_S = 0 sauf si S=R′S = R', d’où la formule

(20)

(∧q(u)(eH))∧(∧n−q(u)(eK))=∑RρR,R′det⁡(XR,H)det⁡(XR′,K)eI (\wedge^q(u)(e_H)) \wedge (\wedge^{n-q}(u)(e_K)) = \sum_R \rho_{R,R'} \det(X_{R,H}) \det(X_{R',K}) e_I

où R parcourt l’ensemble Fq(I)\mathfrak{F}_q(I) des parties à qq éléments de I.

Si l’on prend K=H′K = H', il résulte de la définition de ∧n(u)\wedge^n(u) (III, p. 78, formule (4)) et de III, p. 79, cor. 1, que le premier membre de (20) est ρH,H′∧n(u)(eI)\rho_{H,H'} \wedge^n(u)(e_I). Donc (III, p. 90, formule (1) et III, p. 78, formule (4))

(21)

det⁡(X)=ρH,H′∑R∈Fq(I)ρR,R′det⁡(XR,H)det⁡(XR′,H′) \det(X) = \rho_{H,H'} \sum_{R \in \mathfrak{F}_q(I)} \rho_{R,R'} \det(X_{R,H}) \det(X_{R',H'})

Si au contraire K≠H′K \neq H', on a H∩K≠∅H \cap K \neq \varnothing; comme le premier membre de (20) est ±∧n(u)(eH∧eK)\pm \wedge^n(u)(e_H \wedge e_K), il est nul, d’où

(22)

∑RρR,R′det⁡(XR,H)det⁡(XR′,K)=0pour K≠H′. \sum_R \rho_{R,R'} \det(X_{R,H}) \det(X_{R',K}) = 0 \quad \text{pour } K \neq H'.

Le second membre de (21) est appelé développement de Laplace du déterminant de la matrice XX suivant les qq colonnes dont les indices appartiennent à HH et les n−qn - q colonnes dont les indices appartiennent au complémentaire H′H' de HH. Les mineurs det⁡(XR,H)\det(X_{R,H}) et det⁡(XR′,H′)\det(X_{R',H'}) sont parfois dits complémentaires.

Un cas simple et important du développement de Laplace est celui où I={1,n}I = \{1, n\} et q=1q = 1, donc H={i}H = \{i\}; pour toute partie R={j}R = \{j\} à un élément de I, on a alors det⁡XR,H=ξji\det X_{R,H} = \xi_{ji}. Le mineur det⁡XR′,H′\det X_{R',H'} est le déterminant de la matrice carrée déduite canoniquement (III, p. 96) de la matrice obtenue en supprimant dans XX la ligne d’indice jj et la colonne d’indice ii. Notons XjiX^{ji} cette matrice carrée. On a évidemment ρH,H′=(−1)i−1\rho_{H,H'} = (-1)^{i-1} et ρR,R′=(−1)j−1\rho_{R,R'} = (-1)^{j-1}; par suite (21) devient dans ce cas

(23)

det⁡X=∑j=1n(−1)i+jξjidet⁡(Xji) \det X = \sum_{j=1}^n (-1)^{i+j} \xi_{ji} \det(X^{ji})

et on déduit de même de (22)

(24)

∑j=1n(−1)jξjidet⁡(Xjk)=0pour k≠i. \sum_{j=1}^n (-1)^{j} \xi_{ji} \det(X^{jk}) = 0 \quad \text{pour } k \neq i.

La formule (23) est connue sous le nom de développement du déterminant de X suivant la colonne d’indice i. Le scalaire (−1)i+jdet⁡(Xji)(-1)^{i+j} \det(X^{ji}) est appelé le cofacteur d’indices jj et ii (ou, par abus de langage, le cofacteur de ξji\xi_{ji}) dans XX.

On appelle matrice des cofacteurs de XX la matrice

Y=((−1)i+jdet⁡(Xji)) Y = ((-1)^{i+j} \det(X^{ji}))
dont l’élément appartenant à la jj-ème ligne et la ii-ème colonne est le cofacteur d’indices jj et ii. Les formules (23) et (24) équivalent à la formule
tY.X=(det⁡X)In. {}^t Y . X = (\det X) I_n.

Par suite:

Proposition 12

Pour toute matrice carrée inversible XX de type (n,n)(n, n), l’inverse de XX est donnée par la formule*

X−1=(det⁡X)−1⋅tY X^{-1} = (\det X)^{-1} \cdot {}^t Y
*où YY est la matrice des cofacteurs de XX.

En considérant la transposée de XX et en utilisant la prop. 8 de III, p. 95, on obtiendrait les développements de Laplace relatifs à deux ensembles complémentaires de lignes, et en particulier, le développement de det⁡X\det X suivant une ligne; on a ainsi des formules équivalent à

X⋅tY=(det⁡X)In, X \cdot {}^t Y = (\det X) I_n,
avec les notations précédentes.

On vérifie aisément que si XX est la matrice d’un endomorphisme uu d’un A-module libre MM de dimension nn par rapport à une base (ei)1≤i≤n(e_i)_{1 \leq i \leq n}, tY{}^t Y est la matrice de l’endomorphisme u~\tilde{u} de MM défini par la condition suivante: quels que soient les nn éléments x,y2,…,ynx, y_2, \ldots, y_n de MM, on a

u~(x)∧y2∧⋯∧yn=x∧u(y2)∧⋯∧u(yn). \tilde{u}(x) \wedge y_2 \wedge \cdots \wedge y_n = x \wedge u(y_2) \wedge \cdots \wedge u(y_n).
On dit que u~\tilde{u} est le cotransposé de uu (cf. III, p. 169, corollaire).

Exemple 1

Déterminant de Vandermonde.* Etant donnée une suite (ζi)1≤i≤n(\zeta_i)_{1 \leq i \leq n} de nn éléments de AA, on appelle déterminant de Vandermonde de cette suite le déterminant

V(ζ1,ζ2,…,ζn)=∣11…1ζ1ζ2…ζnζ12ζ22…ζn2⋮⋮⋱⋮ζ1n−1ζ2n−1…ζnn−1∣ V(\zeta_1, \zeta_2, \ldots, \zeta_n) = \begin{vmatrix} 1 & 1 & \ldots & 1 \\ \zeta_1 & \zeta_2 & \ldots & \zeta_n \\ \zeta_1^2 & \zeta_2^2 & \ldots & \zeta_n^2 \\ \vdots & \vdots & \ddots & \vdots \\ \zeta_1^{n-1} & \zeta_2^{n-1} & \ldots & \zeta_n^{n-1} \end{vmatrix}

Nous allons montrer que l’on a

V(ζ1,ζ2,…,ζn)=∏i<j(ζj−ζi). V(\zeta_1, \zeta_2, \ldots, \zeta_n) = \prod_{i < j} (\zeta_j - \zeta_i).

La proposition étant immédiate pour n=1n = 1, raisonnons par récurrence sur nn. Pour chaque indice k≥2k \geq 2, retranchons de la ligne d’indice kk la ligne d’indice k - 1 multipliée par ζ1\zeta_1; la valeur du déterminant n’est pas modifiée et l’on a donc

V(ζ1,ζ2,…,ζn)=∣11…10ζ2−ζ1…ζn−ζ10ζ2(ζ2−ζ1)…ζn(ζn−ζ1)…………0ζ2n−2(ζ2−ζ1)…ζnn−2(ζn−ζ1)∣ V(\zeta_1, \zeta_2, \ldots, \zeta_n) = \begin{vmatrix} 1 & 1 & \ldots & 1 \\ 0 & \zeta_2 - \zeta_1 & \ldots & \zeta_n - \zeta_1 \\ 0 & \zeta_2(\zeta_2 - \zeta_1) & \ldots & \zeta_n(\zeta_n - \zeta_1) \\ \ldots & \ldots & \ldots & \ldots \\ 0 & \zeta_2^{n-2}(\zeta_2 - \zeta_1) & \ldots & \zeta_n^{n-2}(\zeta_n - \zeta_1) \end{vmatrix}

d’où, en développant suivant la première colonne, puis mettant en facteur ζk−ζ1\zeta_k - \zeta_1 dans la colonne d’indice k−1k - 1 du mineur ainsi obtenu (2≤k≤n2 \leq k \leq n)

V(ζ1,…,ζn)=(ζ2−ζ1)(ζ3−ζ1)…(ζn−ζ1)V(ζ2,…,ζn) V(\zeta_1, \ldots, \zeta_n) = (\zeta_2 - \zeta_1)(\zeta_3 - \zeta_1) \ldots (\zeta_n - \zeta_1)V(\zeta_2, \ldots, \zeta_n)

ce qui établit (29) par récurrence.

Exemple 2

Considérons une matrice carrée d’ordre nn qui se présente sous forme d’une « matrice triangulaire supérieure de matrices » (II, p. 152, Exemple IV)

X=(YT0Z) X = \begin{pmatrix} Y & T \\ 0 & Z \end{pmatrix}

Montrons que l’on a

(30)

det⁡X=(det⁡Y)(det⁡Z). \det X = (\det Y)(\det Z).

Soient nn l’ordre de la matrice XX, hh celui de la matrice YY, (ei)1≤i≤n(e_i)_{1 \leq i \leq n} la base canonique de An\mathbf{A}^n, xix_i (1≤i≤n1 \leq i \leq n) les colonnes de XX; l’hypothèse entraîne que les colonnes x1,…,xhx_1, \ldots, x_h appartiennent au sous-module de An\mathbf{A}^n ayant pour base e1,…,ehe_1, \ldots, e_h et l’on a par définition (III, p. 92, formule (6))

x1∧x2∧⋯∧xh=(det⁡Y)e1∧e2∧⋯∧eh. x_1 \wedge x_2 \wedge \cdots \wedge x_h = (\det Y)e_1 \wedge e_2 \wedge \cdots \wedge e_h.

D’autre part, pour tout indice i>hi > h, on peut écrire xi=yi+zix_i = y_i + z_i, où yiy_i est une combinaison linéaire de e1,e2,…,ehe_1, e_2, \ldots, e_h et ziz_i une combinaison linéaire de eh+1,…,ene_{h+1}, \ldots, e_n. D’après (30), on a x1∧x2∧⋯∧xh∧yi=0x_1 \wedge x_2 \wedge \cdots \wedge x_h \wedge y_i = 0 pour tout i>hi > h, donc

x1∧x2∧⋯∧xn=(det⁡Y) e1∧e2∧⋯∧eh∧zh+1∧⋯∧zn. x_1 \wedge x_2 \wedge \cdots \wedge x_n = (\det Y)\, e_1 \wedge e_2 \wedge \cdots \wedge e_h \wedge z_{h+1} \wedge \cdots \wedge z_n.

Mais par définition on a

zh+1∧zh+2∧⋯∧zn=(det⁡Z) eh+1∧eh+2∧⋯∧en z_{h+1} \wedge z_{h+2} \wedge \cdots \wedge z_n = (\det Z)\, e_{h+1} \wedge e_{h+2} \wedge \cdots \wedge e_n

d’où la formule (30).

Par récurrence sur pp, on en déduit que si XX est sous forme d’une matrice triangulaire supérieure de matrices:

X=(X11X12…X1p0X22…X2p…………00…Xpp) X = \begin{pmatrix} X_{11} & X_{12} & \ldots & X_{1p} \\ 0 & X_{22} & \ldots & X_{2p} \\ \ldots & \ldots & \ldots & \ldots \\ 0 & 0 & \ldots & X_{pp} \end{pmatrix}

on a

(31) det⁡X=(det⁡X11)(det⁡X22)…(det⁡Xpp)\det X = (\det X_{11})(\det X_{22}) \ldots (\det X_{pp}).

Ceci s’applique en particulier à une matrice triangulaire (toutes les XiiX_{ii} étant d’ordre 1) et plus particulièrement à une matrice diagonale:

(32) det⁡(diag⁡(α1,α2,…,αn))=α1α2…αn.\det(\operatorname{diag}(\alpha_1, \alpha_2, \ldots, \alpha_n)) = \alpha_1 \alpha_2 \ldots \alpha_n.

Exemple 3

Soient M, M’ deux A-modules libres de dimensions respectives n,n′n, n', u un endomorphisme de M, u′u' un endomorphisme de M’. Alors on a

(33) det⁡(u⊗u′)=(det⁡u)n′(det⁡u′)n.\det(u \otimes u') = (\det u)^{n'} (\det u')^n.

En effet, on peut écrire u⊗u′=(u⊗1M′)∘(1M⊗u′)u \otimes u' = (u \otimes 1_{M'}) \circ (1_M \otimes u') et on est ramené au cas où l’un des deux endomorphismes u,u′u, u' est l’identité. Par exemple si u′=1M′u' = 1_{M'}, et si XX est la matrice de uu par rapport à une base (ei)(e_i) de M, alors la matrice de u⊗1M′u \otimes 1_{M'} par rapport au produit tensoriel de (ei)(e_i) et d’une base de M’ s’écrit comme matrice (à n′n' lignes et n′n' colonnes) de matrices à nn lignes et nn colonnes

(X0…00X…0⋮⋮⋱⋮00…X) \begin{pmatrix} X & 0 & \ldots & 0 \\ 0 & X & \ldots & 0 \\ \vdots & \vdots & \ddots & \vdots \\ 0 & 0 & \ldots & X \end{pmatrix}

d’où, en vertu de l’Exemple 2

det⁡(u⊗1M′)=(det⁡X)n′=(det⁡u)n′ \det(u \otimes 1_{M'}) = (\det X)^{n'} = (\det u)^{n'}

ce qui donne aussitôt la formule (33).

7. Application aux équations linéaires

Considérons un système de nn équations linéaires scalaires à nn inconnues sur un anneau (commutatif) A (II, p. 50):

(34) ∑j=1nλijξj=ηi(1≤i≤n).\sum_{j=1}^n \lambda_{ij} \xi_j = \eta_i \quad (1 \leq i \leq n).

Soit LL la matrice carrée (λij)(\lambda_{ij}) d’ordre nn; en identifiant comme d’ordinaire la matrice à une colonne formée des ξi\xi_i (resp. des ηi\eta_i) à l’élément x=(ξi)x = (\xi_i) de An\mathbf{A}^n (resp. l’élément y=(ηi)y = (\eta_i) de An\mathbf{A}^n), le système (34) s’écrit aussi (II, p. 144, prop. 2)

(35) L.x=y.L.x = y.

Soit uu l’endomorphisme x↦L.xx \mapsto L.x de An\mathbf{A}^n, ayant LL pour matrice par rapport à la base canonique; dire que l’équation (35) a une solution (au moins) pour tout y∈Any \in \mathbf{A}^n signifie que uu est surjectif; le th. 1 de III, p. 91 entraîne donc la proposition suivante:

Proposition 13

Pour qu’un système de n équations linéaires à n inconnues sur un anneau commutatif admette au moins une solution quels que soient les seconds membres, il faut et il suffit que le déterminant de la matrice du système soit inversible; dans ce cas le système admet une seule solution.

Si det LL n’est pas diviseur de zéro dans AA, l’équation (34) est équivalente à l’équation

(det⁡L)L.x=(det⁡L)y. (\det L)L.x = (\det L)y.
Si MM est la matrice des cofacteurs de LL, on déduit de (34) et de la formule (26) de III, p. 99, la relation
(det⁡L)x=tM.y (\det L)x = {}^tM.y
qui s’écrit aussi
(det⁡L)ξi=∑j=1n(−1)i+j(det⁡Lij)ηj=det⁡Li(1≤i≤n) (\det L)\xi_i = \sum_{j=1}^n (-1)^{i+j}(\det L^{ij})\eta_j = \det L_i \quad (1 \leq i \leq n)
en désignant par LiL_i la matrice obtenue en remplaçant par yy la colonne d’indice ii de LL. Les formules (37) s’appellent les formules de Cramer pour le système (34); toute solution de (34) est aussi solution de (37). Inversement, on déduit de (36), compte tenu de la formule (28) de III, p. 99,
(det⁡L)(L.x−y)=0 (\det L)(L.x - y) = 0
donc, si det LL n’est pas diviseur de zéro dans AA, les systèmes (34) et (37) sont équivalents; si det LL est inversible, l’unique solution de (34) est donnée par
ξi=(det⁡L)−1(det⁡Li)(1≤i≤n). \xi_i = (\det L)^{-1}(\det L_i) \quad (1 \leq i \leq n).
On dit encore qu’un système (34) tel que det LL soit inversible est un système de Cramer.

Faisons en particulier y=0y = 0; il résulte alors de III, p. 91, prop. 3 que: PROPOSITION 14. — Pour qu’un système linéaire homogène de n équations à n inconnues sur un anneau commutatif admette une solution non nulle, il faut et il suffit que le déterminant de sa matrice soit diviseur de zéro.

8. Cas d’un corps commutatif

Tout ce qui précède s’applique lorsque l’anneau AA est un corps commutatif; mais il y a des simplifications et l’on peut apporter des compléments. Ainsi la prop. 12 de III, p. 88 se formule dans ce cas comme suit:

Proposition 15

Soit EE un espace vectoriel sur un corps commutatif; pour que pp vecteurs xi∈Ex_i \in E (1≤i≤p)(1 \leq i \leq p) soient linéairement indépendants, il faut et il suffit que x1∧x2∧⋯∧xp≠0x_1 \wedge x_2 \wedge \cdots \wedge x_p \neq 0.

Corollaire

Soit XX une matrice de type (m,n)(m, n) sur un corps commutatif. Le rang de XX est égal au plus grand des entiers pp tels qu’il existe au moins un mineur d’ordre pp de XX qui soit ≠0\neq 0.

En effet, le rang de XX est le nombre maximum des colonnes de XX linéairement indépendantes (II, p. 159, déf. 7). Le corollaire résulte donc de la prop. 15, et de la formule (17) de III, p. 96.

Considérons maintenant le cas d’un système de mm équations linéaires à nn inconnues sur un corps commutatif KK:

∑j=1nλijξj=ηi(1≤i≤m). \sum_{j=1}^{n} \lambda_{ij} \xi_j = \eta_i \quad (1 \leq i \leq m).

Proposition 16

Soit L=(λij)L = (\lambda_{ij}) la matrice (de type (m,n)(m, n)) du système (41). Soit MM la matrice de type (m,n+1)(m, n+1) obtenue en bordant LL par la (n+1)(n+1)-ème colonne (ηi)(\eta_i) (II, p. 139). Soit pp le rang de LL (calculé par application du cor. de la prop. 15). Supposons que le mineur Δ\Delta de LL, déterminant de la matrice obtenue en supprimant les lignes et les colonnes d’indice ≥p+1\geq p + 1 dans LL, soit ≠0\neq 0 (ce que l’on peut toujours faire au moyen d’une permutation convenable sur les lignes de LL et d’une permutation convenable sur les colonnes de LL). Alors, pour que le système (41) ait au moins une solution, il faut et il suffit que tous les mineurs d’ordre p+1p + 1 de MM, déterminants des sous-matrices d’ordre p+1p + 1 de MM dont les colonnes ont pour indices 1,2,…,p1, 2, \ldots, p et n+1n + 1, soient nuls. S’il en est ainsi, les solutions du système (41) sont celles du système formé des pp premières équations ; si on les écrit

∑j=1pλijξj=ηi−∑k=p+1nλikξk(1≤i≤p) \sum_{j=1}^{p} \lambda_{ij} \xi_j = \eta_i - \sum_{k=p+1}^{n} \lambda_{ik} \xi_k \quad (1 \leq i \leq p)

on obtient toutes les solutions de ce système en prenant pour les ξk\xi_k d’indice k>pk > p des valeurs arbitraires et en appliquant les formules de Cramer (III, p. 102, formules (37)) pour calculer les ξj\xi_j d’indice j≤pj \leq p.

On sait (II, p. 160, prop. 12) que pour que le système (41) ait au moins une solution, il faut et il suffit que les matrices LL et MM aient même rang. Les lignes et les colonnes de LL ayant été permutées de façon à satisfaire à la condition de l’énoncé, désignons par aia_i (1≤i≤p1 \leq i \leq p) les pp premières colonnes de LL, par y=(ηi)y = (\eta_i) la (n+1)(n+1)-ème colonne de MM; toutes les colonnes de LL étant par hypothèse combinaisons linéaires des aia_i, dire que MM a même rang pp que LL signifie que yy est combinaison linéaire des aia_i, ou encore (III, p. 102, prop. 15) que l’on a a1∧⋯∧ap∧y=0a_1 \wedge \cdots \wedge a_p \wedge y = 0. La condition de possibilité de l’énoncé est la traduction de cette dernière relation, compte tenu de la formule (17) de III, p. 96. En outre, puisque les pp premières lignes de MM sont linéairement indépendantes, les lignes d’indice >p> p en sont des combinaisons linéaires, donc toute solution de (42) est aussi solution de (41). La dernière assertion de l’énoncé est alors une conséquence immédiate de la prop. 13 de III, p. 102.

9. Le groupe unimodulaire SL(n,A)\mathbf{SL}(n, A)

Soit Mn(A)\mathbf{M}_n(A) l’anneau des matrices carrées d’ordre nn sur AA. Considérons l’application det⁡:Mn(A)→A\det : \mathbf{M}_n(A) \to A. Le groupe GL(n,A)\mathbf{GL}(n, A) des éléments inversibles de Mn(A)\mathbf{M}_n(A) (isomorphe au groupe des automorphismes du AA-module AnA^n (II, p. 150)) n’est autre que l’image réciproque par cette application du groupe multiplicatif A∗A^* des éléments inversibles de AA (III, p. 93, prop. 5). Notons d’autre part que l’application det⁡:GL(n,A)→A∗\det : \mathbf{GL}(n, A) \to A^* est un homomorphisme de groupes (III, p. 93, prop. 5).

L’application det⁡:Mn(A)→A\det : \mathbf{M}_n(A) \to A est d’ailleurs surjective (et par suite il en est de même de l’homomorphisme det⁡:GL(n,A)→A∗\det : \mathbf{GL}(n, A) \to A^*) : en effet, pour tout λ∈A\lambda \in A, on a det⁡(diag⁡(λ,1,…,1))=λ\det(\operatorname{diag}(\lambda, 1, \ldots, 1)) = \lambda en vertu de la formule (32) de III, p. 101.

Le noyau de l’homomorphisme surjectif det⁡:GL(n,A)→A∗\det : \mathbf{GL}(n, A) \to A^* est un sous-groupe distingué de GL(n,A)\mathbf{GL}(n, A), qui se compose des matrices unimodulaires ; on le note SLn(A)\mathbf{SL}_n(A) ou SL(n,A)\mathbf{SL}(n, A) et on l’appelle souvent le groupe unimodulaire ou groupe linéaire spécial des matrices carrées d’ordre nn sur AA.

Dans ce n° nous allons examiner le cas où AA est un corps. Rappelons que pour 1≤i≤n,1≤j≤n1 \leq i \leq n, 1 \leq j \leq n, on note EijE_{ij} la matrice carrée d’ordre nn dont tous les éléments sont nuls sauf celui appartenant à la ligne d’indice ii et à la colonne d’indice jj, qui est égal à 1 ; InI_n désignant la matrice unité d’ordre nn, on pose Bij(λ)=In+λEijB_{ij}(\lambda) = I_n + \lambda E_{ij} pour tout couple d’indices distincts i,ji, j et tout λ∈A\lambda \in A (II, p. 161).

Proposition 17

Soit KK un corps commutatif. Le groupe unimodulaire SL(n,K)\mathbf{SL}(n, K) est engendré par les matrices Bij(λ)B_{ij}(\lambda) pour i≠ji \neq j et λ∈K\lambda \in K.

En vertu de II, p. 161, prop. 14, on sait que toute matrice de GL(n,K)\mathbf{GL}(n, K) est produit de matrices de la forme Bij(λ)B_{ij}(\lambda) et d’une matrice de la forme diag⁡(1,1,…,1,α)\operatorname{diag}(1, 1, \ldots, 1, \alpha) avec α∈K∗\alpha \in K^*. Or il est immédiat que det⁡(Bij(λ))=1\det(B_{ij}(\lambda)) = 1 et det⁡(diag⁡(1,…,1,α))=α\det(\operatorname{diag}(1, \ldots, 1, \alpha)) = \alpha (III, p. 100, Exemple 2) ; d’où la proposition.

Corollaire

Le groupe SL(n,K)\mathbf{SL}(n, K) est le groupe des commutateurs de GL(n,K)\mathbf{GL}(n, K), sauf dans le cas où n=2n = 2 et où KK est un corps à 2 éléments.

Comme SL(n,K)\mathbf{SL}(n, K) est le noyau de l’homomorphisme det⁡\det de GL(n,K)\mathbf{GL}(n, K) dans le groupe commutatif K∗K^*, SL(n,K)\mathbf{SL}(n, K) contient le groupe des commutateurs Γ\Gamma de GL(n,K)\mathbf{GL}(n, K) (I, p. 67). Pour prouver que SL(n,K)=Γ\mathbf{SL}(n, K) = \Gamma, il suffira, en vertu de la prop. 17, de montrer que, pour tout λ∈K∗\lambda \in K^*, Bij(λ)B_{ij}(\lambda) appartient à Γ\Gamma. Or, Bij(λ)B_{ij}(\lambda) est conjugué de Bij(1)B_{ij}(1) dans GL(n,K)\mathbf{GL}(n, K) car on a Bij(λ)=Q.Bij(1).Q−1B_{ij}(\lambda) = Q . B_{ij}(1) . Q^{-1}, où QQ désigne la matrice par rapport à la base canonique (ei)(e_i) de l’automorphisme vv de KnK^n tel que v(ei)=λei,v(ek)=ekv(e_i) = \lambda e_i, v(e_k) = e_k pour k≠ik \neq i. D’autre part, soit uiju_{ij} (pour i≠ji \neq j) l’automorphisme de KnK^n tel que uij(ei)=−ej, uij(ej)=ei, uij(ek)=eku_{ij}(e_i) = -e_j, \ u_{ij}(e_j) = e_i, \ u_{ij}(e_k) = e_k pour k∉{i,j}k \notin \{i, j\}, qui appartient à SL(n,K)\mathbf{SL}(n, K) ; on a Bji(λ)=UijBij(−λ)Uij−1B_{ji}(\lambda) = U_{ij} B_{ij}(-\lambda) U_{ij}^{-1}, où UijU_{ij} est la matrice de uiju_{ij} par rapport à la base canonique. De même, si 1<i<j1 < i < j, on a B1j(λ)=U1iBij(λ)U1i−1B_{1j}(\lambda) = U_{1i} B_{ij}(\lambda) U_{1i}^{-1} : et enfin pour 2<j2 < j, B12(λ)=U2jB1j(λ)U2j−1B_{12}(\lambda) = U_{2j} B_{1j}(\lambda) U_{2j}^{-1}. Ceci prouve que tous les Bij(λ)B_{ij}(\lambda) ont même image ss dans GL(n,K)/Γ\mathbf{GL}(n, K)/\Gamma, et il reste à montrer que ss est l’élément neutre.

Supposons d’abord que KK contienne un élément λ\lambda distinct de 0 et de 1 ; on a donc 1=λ+(1−λ)1 = \lambda + (1 - \lambda), les deux termes du second membre étant ≠0\neq 0; la relation B12(1)=B12(λ)B12(1−λ)B_{12}(1) = B_{12}(\lambda)B_{12}(1 - \lambda) montre que s2=ss^2 = s, donc ss est bien l’élément neutre.

Supposons maintenant que n≥3n \geq 3. Le produit B21(1)B31(1)B_{21}(1)B_{31}(1) est la matrice d’un automorphisme uu de KnK^n tel que u(e1)=e1+e2+e3,u(ei)=eiu(e_1) = e_1 + e_2 + e_3, u(e_i) = e_i pour i≠1i \neq 1. Si SS est la matrice de l’automorphisme u′u' de KnK^n tel que u′(e2)=e2+e3,u′(ei)=eiu'(e_2) = e_2 + e_3, u'(e_i) = e_i pour i≠2i \neq 2, on a S.B21(1)B31(1).S−1=B21(1)S.B_{21}(1)B_{31}(1).S^{-1} = B_{21}(1); on en déduit encore s2=ss^2 = s, ce qui achève la démonstration.

Remarque 1

On a GL(2,F2)=SL(2,F2)\mathbf{GL}(2, \mathbf{F}_2) = \mathbf{SL}(2, \mathbf{F}_2); c’est un groupe résoluble d’ordre 6, dont le groupe des commutateurs est d’indice 2 (II, p. 208, exerc. 14).

Remarque 2

Avec les mêmes notations que ci-dessus, on prouve comme dans I, p. 61, prop. 9 que l’on a, pour i<j,j−i>1i < j, j - i > 1, uij=uj−1,jui,j−1uj−1,i−1u_{ij} = u_{j-1,j}u_{i,j-1}u_{j-1,i}^{-1}; donc le groupe SL(n,K)\mathbf{SL}(n, K) est engendré par les matrices B12(λ)B_{12}(\lambda) et Ui,i+1U_{i,i+1} pour 1≤i≤n−11 \leq i \leq n - 1.

10. Le A[X]A[X]-module associé à un endomorphisme de AA-module

Soit MM un AA-module, uu un endomorphisme de MM. Considérons l’anneau A[X]A[X] des polynômes à une indéterminée XX sur AA. Pour tout polynôme p∈A[X]p \in A[X] et tout x∈Mx \in M, posons

p.x=p(u)(x). p.x = p(u)(x).

Comme (pq)(u)=p(u)∘q(u)(pq)(u) = p(u) \circ q(u) pour deux polynômes p,qp, q de A[X]A[X], on définit ainsi sur MM une structure de A[X]A[X]-module; l’ensemble MM, muni de cette structure, est noté MuM_u; la structure de AA-module donnée sur MM s’obtient par restriction à AA de l’anneau d’opérateurs de MuM_u. On notera que les sous-modules de MuM_u ne sont autres que les sous-modules de MM qui sont stables pour uu.

Comme l’application (p,x)↦p.x(p, x) \mapsto p.x de A[X]×MA[X] \times M dans MM est AA-bilinéaire, elle définit canoniquement une application AA-linéaire φ:A[X]⊗AM→M\varphi : A[X] \otimes_A M \to M telle que

φ(p⊗x)=p.x=p(u)(x). \varphi(p \otimes x) = p.x = p(u)(x).

D’autre part, A[X]⊗AMA[X] \otimes_A M est canoniquement muni d’une structure de A[X]A[X]-module (II, p. 81); nous noterons ce A[X]A[X]-module M[X]M[X]; l’application φ:M[X]→Mu\varphi : M[X] \to M_u est A[X]A[X]-linéaire, car pour p,qp, q dans A[X]A[X] et x∈Mx \in M, on a

φ(q(p⊗x))=φ((qp)⊗x)=(qp).x=q(u)(p(u)(x))=q.φ(p⊗x). \varphi(q(p \otimes x)) = \varphi((qp) \otimes x) = (qp).x = q(u)(p(u)(x)) = q.\varphi(p \otimes x).

En outre, uu est un A[X]A[X]-endomorphisme de MuM_u, car on a

u(p.x)=u(p(u)(x))=(up(u))(x)=p.u(x). u(p.x) = u(p(u)(x)) = (up(u))(x) = p.u(x).

Enfin, on déduit canoniquement de uu un A[X]A[X]-endomorphisme uˉ\bar{u} de M[X]M[X] en posant (II, p. 82)

uˉ(p⊗x)=p⊗u(x). \bar{u}(p \otimes x) = p \otimes u(x).
Il résulte d’ailleurs des formules (44) et (45) que les applications A[X]A[X]-linéaires u,uˉu, \bar{u} et φ\varphi sont liées par la relation
φ∘uˉ=u∘φ. \varphi \circ \bar{u} = u \circ \varphi.
Notons ψ\psi le A[X]A[X]-endomorphisme X−uˉX - \bar{u} de M[X]M[X], de sorte que ψ(p⊗x)=(Xp)⊗x−p⊗u(x)\psi(p \otimes x) = (Xp) \otimes x - p \otimes u(x). On a la proposition suivante:

Proposition 18

La suite de A[X]A[X]*-homomorphismes

M[X]→ψM[X]→φMu⟶0 M[X] \xrightarrow{\psi} M[X] \xrightarrow{\varphi} M_u \longrightarrow 0
est exacte.

Comme φ(1⊗x)=x\varphi(1 \otimes x) = x pour tout x∈Mx \in M, il est clair que φ\varphi est surjective; d’autre part, on a φ(X(p⊗x))=X.φ(p⊗x)=u(φ(p⊗x))\varphi(X(p \otimes x)) = X.\varphi(p \otimes x) = u(\varphi(p \otimes x)), autrement dit, φ∘X=u∘φ=φ∘uˉ\varphi \circ X = u \circ \varphi = \varphi \circ \bar{u} en vertu de (46); ceci prouve que φ∘ψ=0\varphi \circ \psi = 0. Il reste à voir que Ker φ⊂Im ψ\mathrm{Ker}\ \varphi \subset \mathrm{Im}\ \psi. Notons pour cela que, puisque les monômes XkX^k (k⩾0k \geqslant 0) forment une base du AA-module A[X]A[X], tout élément z∈M[X]z \in M[X] s’écrit d’une seule manière sous la forme z=∑kXk⊗xkz = \sum_k X^k \otimes x_{k}, où (xk)(x_{k}) est une famille d’éléments de MM, de support fini. Si z∈Ker φz \in \mathrm{Ker}\ \varphi, on a φ(z)=∑kuk(xk)=0\varphi(z) = \sum_k u^{k}(x_{k}) = 0, et l’on peut écrire

z=∑k(Xk⊗xk−1⊗uk(xk))=∑k(Xk−uˉk)(1⊗xk). z = \sum_k (X^k \otimes x_{k} - 1 \otimes u^{k}(x_{k})) = \sum_k (X^k - \bar{u}^k)(1 \otimes x_{k}).
Mais comme les A[X]A[X]-endomorphismes XX et uˉ\bar{u} de M[X]M[X] sont permutables, on a Xk−uˉk=(X−uˉ)∘(∑j=0k−1Xjuˉk−j−1)X^k - \bar{u}^k = (X - \bar{u}) \circ \left( \sum_{j=0}^{k-1} X^j \bar{u}^{k-j-1} \right), ce qui prouve qu’il existe un y∈M[X]y \in M[X] tel que z=ψ(y)z = \psi(y).

Soient maintenant M′M' un second AA-module, u′u' un endomorphisme de M′M'; notons Mu′,φ′,uˉ′,ψ′M'_u, \varphi', \bar{u}', \psi' le module et les applications obtenus à partir de M′M' et u′u' comme Mu,φ,uˉ,ψM_u, \varphi, \bar{u}, \psi le sont à partir de MM et uu. Alors:

Proposition 19

Pour qu’une application g de M dans M’ soit un A[X]A[X]*-homomorphisme de MuM_u dans Mu′M'_u, il faut et il suffit que g soit un AA*-homomorphisme de MM dans M′M' tel que g∘u=u′∘gg \circ u = u' \circ g. Lorsqu’il en est ainsi, si gˉ\bar{g} est le A[X]A[X]-homomorphisme de M[X]M[X] dans M′[X]M'[X] égal à 1A[X]⊗g1_{A[X]} \otimes g (II, p. 82), le diagramme

M[X]→ψM[X]→φMu⟶0gˉ↓gˉ↓g↓M′[X]→ψ′M′[X]→φ′Mu′⟶0 \begin{array}{ccccc} M[X] & \xrightarrow{\psi} & M[X] & \xrightarrow{\varphi} & M_u \longrightarrow 0 \\ \bar{g} \downarrow & & \bar{g} \downarrow & & g \downarrow \\ M'[X] & \xrightarrow{\psi'} & M'[X] & \xrightarrow{\varphi'} & M'_u \longrightarrow 0 \end{array}
(48) est commutatif.

La condition g∘u=u′∘gg \circ u = u' \circ g est évidemment nécessaire en vertu de (43) pour que gg soit un A[X]A[X]*-homomorphisme; elle est suffisante, car elle entraîne par récurrence que g∘un=un∘gg \circ u^n = u^n \circ g pour tout entier n>0n > 0. D’autre part, pour tout x∈Mx \in M et tout p∈A[X]p \in A[X], on a

φ′(gˉ(p⊗x))=φ′(p⊗g(x))=p(u′)(g(x))=g(p(u)(x))=g(φ(p⊗x)) \varphi'(\bar{g}(p \otimes x)) = \varphi'(p \otimes g(x)) = p(u')(g(x)) = g(p(u)(x)) = g(\varphi(p \otimes x))
et
uˉ′(gˉ(p⊗x))=uˉ′(p⊗g(x))=p⊗u′(g(x))=p⊗g(u(x))=gˉ(uˉ(p⊗x)) \bar{u}'(\bar{g}(p \otimes x)) = \bar{u}'(p \otimes g(x)) = p \otimes u'(g(x)) = p \otimes g(u(x)) = \bar{g}(\bar{u}(p \otimes x))
ce qui prouve la commutativité du diagramme (48).

11. Polynôme caractéristique d’un endomorphisme

Soient MM un AA-module libre de dimension nn, uu un endomorphisme de MM. Considérons l’anneau de polynômes à deux indéterminées A[X,Y]A[X, Y] et le A[X,Y]A[X, Y]-module M[X,Y]=A[X,Y]⊗AMM[X, Y] = A[X, Y] \otimes_A M; soit uˉ\bar{u} l’endomorphisme du A[X,Y]A[X, Y]-module M[X,Y]M[X, Y] déduit canoniquement de uu (II, p. 82). Il résulte de III, p. 96, prop. 11, que l’on a

det⁡(X−Yuˉ)=∑j=0n(−1)jTr⁡(∧j(u))Xn−jYj \det(X - Y \bar{u}) = \sum_{j=0}^n (-1)^j \operatorname{Tr}(\wedge^j(u)) X^{n-j} Y^j
car si UU est la matrice de uu par rapport à une base (ei)1≤i≤n(e_i)_{1 \leq i \leq n} de MM, UU est la matrice de uˉ\bar{u} par rapport à la base (1⊗ei)1≤i≤n(1 \otimes e_i)_{1 \leq i \leq n} de M[X,Y]M[X, Y], donc Tr⁡(∧j(uˉ))=Tr⁡(∧j(u))\operatorname{Tr}(\wedge^j(\bar{u})) = \operatorname{Tr}(\wedge^j(u)).

Définition 3

Soient MM un AA-module libre de dimension finie, uu un endomorphisme de MM. On appelle polynôme caractéristique de uu et on note χu(X)\chi_u(X) le déterminant de l’endomorphisme X−uˉX - \bar{u} du A[X]A[X]-module libre M[X]M[X].

Si MM est de rang nn, il résulte de (49) que l’on a

χu(X)=∑j=0n(−1)jTr⁡(∧j(u))Xn−j \chi_u(X) = \sum_{j=0}^n (-1)^j \operatorname{Tr}(\wedge^j(u)) X^{n-j}
car on a det⁡(X−Yuˉ)=det⁡(X.In−YU)\det(X - Y \bar{u}) = \det(X . I_n - YU) et det⁡(X−uˉ)=det⁡(X.In−U)\det(X - \bar{u}) = \det(X . I_n - U). On voit donc que χu(X)\chi_u(X) est un polynôme unitaire de degré nn, dans lequel le coefficient de Xn−1X^{n-1} est −Tr⁡(u)-\operatorname{Tr}(u) et le terme constant est (−1)ndet⁡(u)(-1)^n \det(u).

Proposition 20 (« théorème de Hamilton-Cayley »)

Pour tout endomorphisme uu d’un AA-module libre de dimension finie, on a χu(u)=0\chi_u(u) = 0.

En effet, avec les notations de la prop. 18 (III, p. 106), pour tout x∈Mx \in M, χu(u)(x)\chi_u(u)(x) est l’image par φ\varphi de χu(X)⊗x\chi_u(X) \otimes x. Mais si vv est l’endomorphisme de M[X]M[X], cotransposé de X−uˉX - \bar{u} (III, p. 99), on a

χu(X)⊗x=χu(X)(1⊗x)=(X−uˉ)(v(1⊗x)) \chi_u(X) \otimes x = \chi_u(X)(1 \otimes x) = (X - \bar{u})(v(1 \otimes x))
et la conclusion résulte de la prop. 18 de III, p. 106.

Exercices

See the exercises for § 8.

Transcribed from the printed volume. Not translated.