Bourbaki

§ 7. Algèbre extérieure

1. Définition de l’algèbre extérieure d’un module

Définition 1

Soient AA un anneau commutatif, MM un AA-module. On appelle algèbre extérieure de MM, et on note ∧(M)\wedge(M) ou Alt(M)\mathrm{Alt}(M) ou ∧A(M)\wedge_A(M), l’algèbre sur AA quotient de l’algèbre tensorielle T(M)T(M) par l’idéal bilatère I′′\mathfrak{I}'' (aussi noté IM′′\mathfrak{I}_{M}'') engendré par les éléments x⊗xx \otimes x, où xx parcourt MM.

Cite 1

Cite Proposition 2, II § 11

L’idéal I′′\mathfrak{I}'' étant engendré par des éléments homogènes de degré 2, est un idéal gradué (II, p. 167, prop. 2); on pose In′′=I′′∩Tn(M)\mathfrak{I}_n'' = \mathfrak{I}'' \cap T^n(M); l’algèbre ∧(M)\wedge(M) est donc graduée par la graduation (dite canonique) formée des ∧n(M)=Tn(M)/In′′\wedge^n(M) = T^n(M)/\mathfrak{I}_n''.

On a g0′=g1′′={0}\mathfrak{g}_0' = \mathfrak{g}_1'' = \{0\}, donc ∧0(M)\wedge^0(M) s’identifie canoniquement à AA et ∧1(M)\wedge^1(M) à T1(M)=MT^1(M) = M; nous ferons toujours par la suite ces identifications, et nous noterons φ′′\varphi'' ou φM′′\varphi_M'' l’injection canonique M→∧(M)M \to \wedge(M).

Proposition 1

Soient E une A-algèbre, f:M→Ef : M \to E une application A-linéaire telle que*

(f(x))2=0quel que soit x∈M. (f(x))^2 = 0 \quad \text{quel que soit } x \in M.
*Il existe un homomorphisme et un seul de A-algèbres g:∧(M)→Eg : \wedge(M) \to E tel que f=g∘φ′′f = g \circ \varphi''.

Cite 2 · Cité par 4

Cite E IV § 3. Applications universelles, Proposition 1, III § 5

Cité par III § 11. Cogèbres, produits de formes multilinéaires, produits intérieurs et dualité, § 7. Algèbre extérieure, Proposition 10, Proposition 2

En d’autres termes, (∧(M),φ′′)(\wedge(M), \varphi'') est solution du problème d’application universelle (E, IV, p. 23), où Σ\Sigma est l’espèce de structure de A-algèbre, les α\alpha-applications étant les applications linéaires du A-module MM dans une A-algèbre vérifiant (1).

L’unicité de gg résulte de ce que φ′′(M)=M\varphi''(M) = M engendre ∧(M)\wedge(M). Pour prouver l’existence de gg, notons qu’en vertu de III, p. 56, prop. 1, il existe un homomorphisme g1:T(M)→Eg_1 : T(M) \to E de A-algèbres tel que f=g1∘φf = g_1 \circ \varphi; tout revient à voir que g1g_1 s’annule dans l’idéal g′\mathfrak{g}', car alors, si p:T(M)→∧(M)=T(M)/g′p : T(M) \to \wedge(M) = T(M)/\mathfrak{g}' est l’homomorphisme canonique, on pourra écrire g1=g∘pg_1 = g \circ p, où g:∧(M)→Eg : \wedge(M) \to E est un homomorphisme d’algèbres, et la conclusion résultera de ce que p∘φ=φ′′p \circ \varphi = \varphi''. Or, le noyau de g1g_1 est un idéal bilatère qui, en vertu de (1) et de la relation g1∘φ=fg_1 \circ \varphi = f, contient les éléments x⊗xx \otimes x pour x∈Mx \in M. Ceci termine la démonstration.

*Remarques. — 1) Supposons que E soit une A-algèbre graduée de type Z\mathbf{Z}, de graduation (En)(E_n), et supposons en outre que l’application linéaire ff (supposée vérifier (1)) soit telle que*

f(M)⊂E1. f(M) \subset E_1.
Alors la relation g(x1x2…xp)=f(x1)f(x2)…f(xp)g(x_1 x_2 \ldots x_p) = f(x_1) f(x_2) \ldots f(x_p) pour les xi∈Mx_i \in M montre que g(∧p(M))⊂Epg(\wedge^p(M)) \subset E_p pour tout p⩾0p \geqslant 0, donc gg est un homomorphisme d’*algèbres graduées*.

2) Pour éviter des confusions, on note le plus souvent le produit de deux éléments u,vu, v de l’algèbre extérieure ∧(M)\wedge(M) par u∧vu \wedge v et on dit qu’il est le produit extérieur de uu par vv. Les éléments de ∧n(M)\wedge^n(M) sont donc les sommes d’éléments de la forme x1∧x2∧⋯∧xnx_1 \wedge x_2 \wedge \cdots \wedge x_n avec xi∈Mx_i \in M pour 1⩽i⩽n1 \leqslant i \leqslant n et sont souvent appelés n-vecteurs.

2. Propriétés fonctorielles de l’algèbre extérieure

Proposition 2

Soient A un anneau commutatif, M et N deux A-modules, u:M→Nu : M \to N une application A-linéaire. Il existe un homomorphisme de A-algèbres et un seul,*

u′′:∧(M)→∧(N), u'' : \wedge(M) \to \wedge(N),
tel que le diagramme
M→uN↓φM′′↓φN′′∧(M)→u′′∧(N) \begin{array}{ccc} M & \xrightarrow{u} & N \\ \downarrow{\varphi_M''} & & \downarrow{\varphi_N''} \\ \wedge(M) & \xrightarrow{u''} & \wedge(N) \end{array}
*soit commutatif. En outre, u′′u'' est un homomorphisme d’algèbres graduées.

Cite 1 · Cité par 1

Cite Proposition 1

Cité par Exemple 1, III § 11

L’existence et l’unicité de u′′u'' résultent de III, p. 77, prop. 1, appliquée à l’algèbre ∧(N)\wedge(\mathbf{N}) et à f=φN′′∘u:M→∧(N)f = \varphi''_{\mathbf{N}} \circ u : \mathbf{M} \to \wedge(\mathbf{N}); on a en effet f(M)⊂Nf(\mathbf{M}) \subset \mathbf{N}, donc ff vérifie la condition (1) par définition de JN′\mathfrak{J}'_{\mathbf{N}}; comme f(M)⊂∧1(N)=Nf(\mathbf{M}) \subset \wedge^1(\mathbf{N}) = \mathbf{N}, le fait que u′′u'' soit un homomorphisme d’algèbres graduées résulte de la Remarque 1 de III, p. 77.

L’homomorphisme u′′u'' de la prop. 2 sera désormais noté ∧(u)\wedge(u). Si P\mathbf{P} est un A-module et v:N→Pv : \mathbf{N} \to \mathbf{P} une application A-linéaire, on a

∧(v∘u)=∧(v)∘∧(u) \wedge(v \circ u) = \wedge(v) \circ \wedge(u)
car ∧(v)∘∧(u)\wedge(v) \circ \wedge(u) est un homomorphisme d’algèbres qui rend commutatif le diagramme

M→v∘uPφM′′↓↓φP′′∧(M)→∧(v)∘∧(u)∧(P) \begin{array}{ccc} \mathbf{M} & \xrightarrow{v \circ u} & \mathbf{P} \\ \varphi''_{\mathbf{M}} \downarrow & & \downarrow \varphi''_{\mathbf{P}} \\ \wedge(\mathbf{M}) & \xrightarrow{\wedge(v) \circ \wedge(u)} & \wedge(\mathbf{P}) \end{array}

Puisque ∧(M)\wedge(\mathbf{M}) contient M=∧1(M)\mathbf{M} = \wedge^1(\mathbf{M}), on dit parfois que ∧(u)\wedge(u) est le prolongement canonique de uu à ∧(M)\wedge(\mathbf{M}). La restriction ∧n(u):∧n(M)→∧n(N)\wedge^n(u) : \wedge^n(\mathbf{M}) \to \wedge^n(\mathbf{N}) est telle que

∧n(u)(x1∧x2∧⋯∧xn)=u(x1)∧u(x2)∧⋯∧u(xn) \wedge^n(u)(x_1 \wedge x_2 \wedge \cdots \wedge x_n) = u(x_1) \wedge u(x_2) \wedge \cdots \wedge u(x_n)
pour les xi∈Mx_i \in \mathbf{M}, puisque ∧(u)\wedge(u) est un homomorphisme d’algèbres et ∧1(u)=u\wedge^1(u) = u; la restriction ∧0(u)\wedge^0(u) à A\mathbf{A} est l’application identique. On notera que ∧n(u)\wedge^n(u) provient de Tn(u):Tn(M)→Tn(N)\mathbf{T}^n(u) : \mathbf{T}^n(\mathbf{M}) \to \mathbf{T}^n(\mathbf{N}) par passage aux quotients.

Proposition 3

Si u:M→Nu : \mathbf{M} \to \mathbf{N} est une application A-linéaire surjective, l’homomorphisme ∧(u):∧(M)→∧(N)\wedge(u) : \wedge(\mathbf{M}) \to \wedge(\mathbf{N}) est surjectif, et son noyau est l’idéal bilatère de ∧(M)\wedge(\mathbf{M}) engendré par le noyau P⊂M⊂∧(M)\mathbf{P} \subset \mathbf{M} \subset \wedge(\mathbf{M}) de uu.

Cite 4 · Cité par 1

Cite Proposition 4, III § 6, III § 5. Algèbre tensorielle, tenseurs, Exercice 3, § 6, Corollaire

Cité par Théorème 1, III § 8

La démonstration se déduit de celle de III, p. 69, prop. 4 en y remplaçant S par ∧\wedge et J′\mathfrak{J}' par J′′\mathfrak{J}''.

Si u:M→Nu : \mathbf{M} \to \mathbf{N} est une application linéaire injective, il n’est pas toujours vrai que ∧(u)\wedge(u) soit une application injective (III, p. 188, exerc. 3) (voir cependant plus loin III, p. 88, corollaire). Toutefois il en est ainsi lorsque uu est une injection telle que u(M)u(\mathbf{M}) soit facteur direct de N\mathbf{N}, et alors l’image de ∧(u)\wedge(u) (isomorphe à ∧(M)\wedge(\mathbf{M})) est facteur direct de ∧(N)\wedge(\mathbf{N}); la démonstration est la même que celle des assertions analogues pour T(u)\mathbf{T}(u) (III, p. 58) en remplaçant T\mathbf{T} par ∧\wedge.

Proposition 4

Soient N\mathbf{N} et P\mathbf{P} deux sous-modules d’un A-module M\mathbf{M}, tels que leur somme N+P\mathbf{N} + \mathbf{P} soit facteur direct dans M\mathbf{M}, et que leur intersection N∩P\mathbf{N} \cap \mathbf{P} soit facteur direct dans N\mathbf{N} et dans P\mathbf{P}. Alors les homomorphismes ∧(N)→∧(M),∧(P)→∧(M)\wedge(\mathbf{N}) \to \wedge(\mathbf{M}), \wedge(\mathbf{P}) \to \wedge(\mathbf{M}) et ∧(N∩P)→∧(M)\wedge(\mathbf{N} \cap \mathbf{P}) \to \wedge(\mathbf{M}) prolongements canoniques des injections canoniques, sont injectifs; si l’on identifie ∧(N),∧(P),\wedge(\mathbf{N}), \wedge(\mathbf{P}), et ∧(N∩P)\wedge(\mathbf{N} \cap \mathbf{P}) à des sous-algèbres de ∧(M)\wedge(\mathbf{M}) au moyen de ces homomorphismes, on a*

∧(N∩P)=∧(N)∩∧(P). \wedge(\mathbf{N} \cap \mathbf{P}) = \wedge(\mathbf{N}) \cap \wedge(\mathbf{P}).

Cite 1

Cite Proposition 4, III § 5

La démonstration se déduit de celle de III, p. 58, prop. 4 en remplaçant partout T par ∧\wedge. Les hypothèses de la prop. 4 sont toujours vérifiées pour des sous-modules quelconques N, P de M lorsque A est un corps.

Corollaire

Soient K un corps commutatif, M un espace vectoriel sur K. Pour tout élément z∈∧(M)z \in \wedge(M), il existe un plus petit sous-espace vectoriel N de M tel que z∈∧(N)z \in \wedge(N), et N est de dimension finie.

Cite 1 · Cité par 2

Cite Corollaire, III § 5

Cité par III § 11. Cogèbres, produits de formes multilinéaires, produits intérieurs et dualité, Corollaire 1

La démonstration se déduit de celle de III, p. 59, corollaire, en remplaçant partout T par ∧\wedge.

On dit que N est le sous-espace vectoriel de M associé à l’élément z de ∧(M)\wedge(M).

3. Anticommutativité de l’algèbre extérieure

Proposition 5

(i) Soit (xi)1≤i≤n(x_i)_{1 \leq i \leq n} une suite finie d’éléments du module M; pour toute permutation σ\sigma du groupe symétrique Sn\mathfrak{S}_n, on a

xσ(1)∧xσ(2)∧⋯∧xσ(n)=εσ⋅x1∧x2∧⋯∧xn x_{\sigma(1)} \wedge x_{\sigma(2)} \wedge \cdots \wedge x_{\sigma(n)} = \varepsilon_\sigma \cdot x_1 \wedge x_2 \wedge \cdots \wedge x_n
Cite 1 · Cité par 6

Cite Lemme 3, III § 4

Cité par Corollaire 2, Proposition 12, Corollaire 1, Proposition 6, Théorème 1, Corollaire 1

εσ\varepsilon_\sigma désignant la signature de la permutation σ\sigma.

(ii) S’il existe deux indices distincts i, j tels que xi=xjx_i = x_j, le produit

x1∧x2∧⋯∧xn x_1 \wedge x_2 \wedge \cdots \wedge x_n

est nul.

(i) Tout d’abord, puisqu’on a x∧x=0x \wedge x = 0 quel que soit x∈Mx \in M par définition de l’idéal J′\mathfrak{J}', on a aussi, pour x,yx, y dans M,

x∧y+y∧x=(x+y)∧(x+y)−x∧x−y∧y=0. x \wedge y + y \wedge x = (x + y) \wedge (x + y) - x \wedge x - y \wedge y = 0.

Ceci établit (6) dans le cas où n=2n = 2. Le cas général résulte alors de III, p. 45, lemme 3.

(ii) Sous les hypothèses de (ii), il existe une permutation σ∈Sn\sigma \in \mathfrak{S}_n telle que σ(1)=i\sigma(1) = i et σ(2)=j\sigma(2) = j; alors le premier membre de (6) est nul pour cette permutation, donc il en est de même du second.

Corollaire 1

Soient H, K deux parties complémentaires de l’intervalle [1,n][1, n] de N\mathbf{N}, et soient (ih)1≤h≤p(i_h)_{1 \leq h \leq p}, (jk)1≤k≤n−p(j_k)_{1 \leq k \leq n-p} les suites des éléments de H et de K respectivement, rangées dans l’ordre croissant; posons

xH=xi1∧xi2∧⋯∧xip,xK=xj1∧xj2∧⋯∧xjn−p; x_H = x_{i_1} \wedge x_{i_2} \wedge \cdots \wedge x_{i_p}, \quad x_K = x_{j_1} \wedge x_{j_2} \wedge \cdots \wedge x_{j_{n-p}};

alors on a

xH∧xK=(−1)νx1∧x2∧⋯∧xn x_H \wedge x_K = (-1)^{\nu} x_1 \wedge x_2 \wedge \cdots \wedge x_n

où ν\nu est le nombre des couples (i,j)∈H×K(i, j) \in H \times K tels que i>ji > j.

Cite 1 · Cité par 1

Cite Proposition 5

Cité par III § 8. Déterminants

Compte tenu de la prop. 5, tout revient à prouver le

Lemme 1

Si σ∈Sn\sigma \in \mathfrak{S}_n est la permutation telle que σ(h)=ih\sigma(h) = i_h pour 1≤h≤p1 \leq h \leq p, σ(h)=jh−p\sigma(h) = j_{h-p} pour p+1≤h≤np + 1 \leq h \leq n, on a εσ=(−1)ν\varepsilon_\sigma = (-1)^{\nu}.

En effet, pour 1≤h<h′≤p1 \leq h < h' \leq p ou p+1≤h<h′≤np + 1 \leq h < h' \leq n, on a σ(h′)>σ(h)\sigma(h') > \sigma(h), et le nombre des couples (h,h′)(h, h') tels que 1≤h≤p<h′≤n1 \leq h \leq p < h' \leq n et que σ(h)>σ(h′)\sigma(h) > \sigma(h') est égal à ν\nu.

Corollaire 2

L’algèbre graduée* ∧(M)\wedge(M) est alternée (III, p. 53). Il suffit en effet d’appliquer à ∧(M)\wedge(M) la prop. 13 de III, p. 54, en prenant pour système générateur l’ensemble M et en utilisant la prop. 5 de III, p. 79.

Cite 2 · Cité par 1

Cite Proposition 13, Proposition 5

Cité par Corollaire 1

Proposition 6

Si M est un A-module de type fini, ∧(M)\wedge(M) est un A-module de type fini; de plus, si M admet un système générateur à n éléments, on a ∧p(M)={0}\wedge^p(M) = \{0\} pour p>np > n.* Soit en effet (xi)1≤i≤n(x_i)_{1 \leq i \leq n} un système générateur de M. Tout élément de ∧p(M)\wedge^p(M) est combinaison linéaire d’éléments de la forme

xi1∧xi2∧⋯∧xip x_{i_1} \wedge x_{i_2} \wedge \cdots \wedge x_{i_p}
où les indices iki_k appartiennent à {1,n}\{1, n\}; en vertu de la prop. 5 de III, p. 79, on peut supposer ces indices distincts (sinon l’élément correspondant est nul). Si p>np > n, il n’y a pas de telle suite d’indices, donc ∧p(M)={0}\wedge^p(M) = \{0\}. Si p≤np \leq n, ces suites sont en nombre fini, ce qui achève la démonstration.

Cite 1 · Cité par 5

Cite Proposition 5

Cité par Lemme 2, III § 11, Théorème 1, Théorème 2, Lemme 1, VII § 3, Corollaire, VIII Appendix 4

4. Puissance extérieure nn-ème d’un module et applications multilinéaires alternées

Etant donnés deux modules M, N sur un anneau commutatif A, on appelle application n-linéaire alternée de MnM^n dans N toute application n-linéaire f:Mn→Nf : M^n \to N telle que l’on ait, pour tout p≤n−2p \leq n - 2. (8)

f(u1,…,up,x,x,v1,…,vn−p−2)=0 f(u_1, \ldots, u_p, x, x, v_1, \ldots, v_{n-p-2}) = 0
quels que soient xx, les uiu_i (1≤i≤p1 \leq i \leq p) et les vjv_j (1≤j≤n−p−21 \leq j \leq n - p - 2) dans M.

Proposition 7

Soient A un anneau commutatif, M et N deux A-modules. Si, à toute application A-linéaire g:∧n(M)→Ng : \wedge^n(M) \to N (n≥2n \geq 2) on associe l’application n-linéaire* (9)

(x1,x2,…,xn)↦g(x1∧x2∧⋯∧xn) (x_1, x_2, \ldots, x_n) \mapsto g(x_1 \wedge x_2 \wedge \cdots \wedge x_n)
on obtient une application A-linéaire bijective du A-module Hom⁡A(∧n(M),N)\operatorname{Hom}_A(\wedge^n(M), N) sur le A-module des applications n-linéaires alternées de MnM^n dans N. Considérons en effet la bijection canonique de A-module Hom⁡A(Tn(M),N)\operatorname{Hom}_A(T^n(M), N) sur le A-module Ln(M,…,M;N)\mathscr{L}_n(M, \ldots, M; N) de toutes les applications n-linéaires de MnM^n dans N, obtenu en associant à toute application A-linéaire f:Tn(M)→Nf : T^n(M) \to N l’application n-linéaire
f~:(x1,…,xn)↦f(x1⊗x2⊗⋯⊗xn) \tilde{f} : (x_1, \ldots, x_n) \mapsto f(x_1 \otimes x_2 \otimes \cdots \otimes x_n)
(II, p. 71). D’autre part, les applications A-linéaires g:∧n(M)→Ng : \wedge^n(M) \to N correspondent biunivoquement aux applications A-linéaires f:Tn(M)→Nf : \mathbf{T}^n(\mathbf{M}) \to \mathbf{N} telles que ff s’annule dans Sn′′\mathfrak{S}_n'', en associant à gg l’application f=g∘pnf = g \circ p_n, où
pn:Tn(M)→∧n(M)=Tn(M)/Sn′′ p_n : \mathbf{T}^n(\mathbf{M}) \to \wedge^n(\mathbf{M}) = \mathbf{T}^n(\mathbf{M})/\mathfrak{S}_n''
est l’homomorphisme canonique (II, p. 36, th. 1). Mais comme Sn′′\mathfrak{S}_n'' est combinai-son linéaire d’éléments de la forme
(u1⊗u2⊗⋯⊗up)⊗(x⊗x)⊗(v1⊗⋯⊗vn−p−2) (u_1 \otimes u_2 \otimes \cdots \otimes u_p) \otimes (x \otimes x) \otimes (v_1 \otimes \cdots \otimes v_{n-p-2})
(x,ui,vj(x, u_i, v_j dans M\mathbf{M}), dire que ff est de la forme g∘png \circ p_n signifie que la fonction nn-linéaire correspondante fˉ\bar{f} vérifie (8), autrement dit est alternée.

Cite 2 · Cité par 6

Cite II § 3. Produits tensoriels, Théorème 1, II § 2

Cité par Corollaire 1, Théorème 1, Corollaire 3, Proposition 1, III § 8, LIE IX § 6. Intégration dans les groupes de Lie compacts, LIE VIII § 13. Classical splittable simple Lie algebras

On dit que le A-module ∧n(M)\wedge^n(\mathbf{M}) est la puissance extérieure nn-ème de M\mathbf{M}. Pour tout homomorphisme de A-modules u:M→Nu : \mathbf{M} \to \mathbf{N}, l’application

∧n(u):∧n(M)→∧n(N) \wedge^n(u) : \wedge^n(\mathbf{M}) \to \wedge^n(\mathbf{N})
qui coïncide avec ∧(u)\wedge(u) dans ∧n(M)\wedge^n(\mathbf{M}) s’appelle la puissance extérieure nn-ème de uu.

Corollaire 1

Pour toute application n-linéaire alternée g:Mn→Ng : \mathbf{M}^n \to \mathbf{N}, on a, pour toute permutation σ∈Sn\sigma \in \mathfrak{S}_n*,

g(xσ(1),xσ(2),…,xσ(n))=εσg(x1,x2,…,xn) g(x_{\sigma(1)}, x_{\sigma(2)}, \ldots, x_{\sigma(n)}) = \varepsilon_\sigma g(x_1, x_2, \ldots, x_n)
quels que soient les xi∈Mx_i \in \mathbf{M}; en outre si xi=xjx_i = x_j pour deux indices i,ji, j distincts, on a
g(x1,x2,…,xn)=0. g(x_1, x_2, \ldots, x_n) = 0.
C’est une conséquence évidente de la prop. 7 de III, p. 80 et de III, p. 79, prop. 5.

Cite 1 · Cité par 1

Cite Proposition 7

Cité par Lemme 1, III § 8

Corollaire 2

Soit (xi)1≤i≤n(x_i)_{1 \leq i \leq n} une suite de n éléments de M\mathbf{M} telle que*

x1∧x2∧⋯∧xn=0; x_1 \wedge x_2 \wedge \cdots \wedge x_n = 0;
alors, pour toute application n-linéaire alternée g:Mn→Ng : \mathbf{M}^n \to \mathbf{N}, on a g(x1,…,xn)=0g(x_1, \ldots, x_n) = 0.

Corollaire 3

Soit f:Mn−1→Af : \mathbf{M}^{n-1} \to \mathbf{A} une forme (n−1)(n-1)-linéaire alternée. Si (xi)1≤i≤n(x_i)_{1 \leq i \leq n} est une suite de n éléments de M\mathbf{M} telle que x1∧x2∧⋯∧xn=0x_1 \wedge x_2 \wedge \cdots \wedge x_n = 0, on a*

∑i=1n(−1)if(x1,…,x^i,…,xn)xi=0 \sum_{i=1}^n (-1)^i f(x_1, \ldots, \hat{x}_i, \ldots, x_n)x_i = 0
(où l’on pose f(x1,…,x^i,…,xn)=f(x1,…,xi−1,xi+1,…,xn)f(x_1, \ldots, \hat{x}_i, \ldots, x_n) = f(x_1, \ldots, x_{i-1}, x_{i+1}, \ldots, x_n) pour 1≤i≤n1 \leq i \leq n). Il suffit de prouver que l’application nn-linéaire
(x1,…,xn)↦∑i=1n(−1)if(x1,…,x^i,…,xn)xi (x_1, \ldots, x_n) \mapsto \sum_{i=1}^n (-1)^i f(x_1, \ldots, \hat{x}_i, \ldots, x_n)x_i
de Mn\mathbf{M}^n dans M\mathbf{M} est alternée. Or, si xi=xi+1x_i = x_{i+1}, tous les termes de la somme du second membre ont des coefficients nuls sauf xix_i et xi+1x_{i+1}, puisque ff est alternée; d’autre part, le coefficient de xix_i est (−1)if(x1,…,xi−1,xi+1,xi+2,…,xn)(-1)^i f(x_1, \ldots, x_{i-1}, x_{i+1}, x_{i+2}, \ldots, x_n) et celui de xi+1x_{i+1} est (−1)i+1f(x1,…,xi,xi+2,…,xn)(-1)^{i+1} f(x_1, \ldots, x_i, x_{i+2}, \ldots, x_n) et ils sont opposés par hypothèse.

Remarque

On dit qu’un élément z de Tn(M)T^n(M) est un tenseur antisymétrique (contravariant) d’ordre n si σ.z=εσz\sigma.z = \varepsilon_\sigma z pour tout permutation σ∈Sn\sigma \in \mathfrak{S}_n (cf. III, p. 71, Remarque); ces éléments forment un sous-A-module An′(M)A'_n(M) de Tn(M)T^n(M). Pour tout z∈Tn(M)z \in T^n(M), on pose a.z=∑σ∈Snεσ(σ.z)a.z = \sum_{\sigma \in \mathfrak{S}_n} \varepsilon_\sigma(\sigma.z) et on dit que a.za.z est l’antisymétrisé de z; comme εστ=εσετ\varepsilon_{\sigma\tau} = \varepsilon_\sigma \varepsilon_\tau, on voit aussitôt que a.za.z est un tenseur antisymétrique, et par suite z↦a.zz \mapsto a.z est un endomorphisme de Tn(M)T^n(M) dont l’image An′′(M)A''_n(M) est contenue dans An′(M)A'_n(M); en général on a An′′(M)≠An′(M)A''_n(M) \neq A'_n(M) (III, p. 189, exerc. 8). Si zz est un tenseur antisymétrique, on a a.z=n!za.z = n!z; donc, lorsque n!n! est inversible dans A, l’endomorphisme z↦(n!)−1a.zz \mapsto (n!)^{-1}a.z est un projecteur dans Tn(M)T^n(M) dont l’image est An′(M)=An′′(M)A'_n(M) = A''_n(M). En outre le noyau de ce projecteur n’est autre que gn′′\mathfrak{g}_n''; en effet, on peut évidemment se borner au cas où n⩾2n \geqslant 2, donc 2 (divisant n!n!) est inversible dans A et x⊗x=2−1(x⊗x+x⊗x)x \otimes x = 2^{-1}(x \otimes x + x \otimes x); par suite gn′′\mathfrak{g}_n'' est engendré par les éléments z+ρ.zz + \rho.z, où ρ\rho est une transposition échangeant deux nombres consécutifs dans {1,n}\{1, n\}; en outre, pour deux permutations σ,τ\sigma, \tau de Sn\mathfrak{S}_n, on peut écrire

z−εστ((στ).z)=z−ετ(τ.z)+ετ(τ.z−εσσ.(τ.z)), z - \varepsilon_{\sigma\tau}((\sigma\tau).z) = z - \varepsilon_\tau(\tau.z) + \varepsilon_\tau(\tau.z - \varepsilon_\sigma\sigma.(\tau.z)),
d’où l’on déduit que z−εσ(σ.z)∈gn′′z - \varepsilon_\sigma(\sigma.z) \in \mathfrak{g}_n'' quels que soient z∈Tn(M)z \in T^n(M) et σ∈Sn\sigma \in \mathfrak{S}_n. Par suite (en supposant toujours n!n! inversible dans A), on voit que z−(n!)−1a.z=∑σ∈Sn(n!)−1(z−εσ(σ.z))∈gn′′z - (n!)^{-1}a.z = \sum_{\sigma \in \mathfrak{S}_n} (n!)^{-1}(z - \varepsilon_\sigma(\sigma.z)) \in \mathfrak{g}_n'' pour tout z∈Tn(M)z \in T^n(M), ce qui établit notre assertion.

Lorsque n!n! est inversible dans A, les sous-modules An′(M)A'_n(M) et gn′′\mathfrak{g}_n'' de Tn(M)T^n(M) sont donc supplémentaires, et la restriction à An′(M)A'_n(M) de l’homomorphisme canonique Tn(M)→∧n(M)=Tn(M)/gn′′T^n(M) \to \wedge^n(M) = T^n(M)/\mathfrak{g}_n'' est un isomorphisme de A-modules, qui permet dans le cas envisagé d’identifier les tenseurs antisymétriques d’ordre n aux éléments de la puissance extérieure n-ème de M. On notera ici encore que cette identification n’est pas compatible avec la multiplication, le produit dans T(M)T(M) de deux tenseurs antisymétriques n’étant pas antisymétrique en général.

Cite 2

Cite III § 6. Algèbre symétrique, Exercice 8, § 7

5. Extension de l’anneau des scalaires

Soient A, A’ deux anneaux commutatifs, ρ:A→A′\rho : A \to A' un homomorphisme d’anneaux, M un A-module, M’ un A’-module, f:M→M′f : M \to M' un A-homomorphisme (relatif à ρ\rho) de M dans M’. L’application composée M→fM′→φM′′′∧A′(M′)M \xrightarrow{f} M' \xrightarrow{\varphi''_{M'}} \wedge_{A'}(M') est une application A-linéaire de M dans la A-algèbre ∧A′(M′)\wedge_{A'}(M'), et comme les éléments de f(M)⊂M′f(M) \subset M' sont de carré nul dans ∧A′(M′)\wedge_{A'}(M'), il existe (III, p. 77, prop. 1) un A-homomorphisme d’algèbres et un seul f′′:∧A(M)→∧A′(M′)f'' : \wedge_A(M) \to \wedge_{A'}(M') rendant commutatif le diagramme

M→fM′φM′′↓↓φM′′′∧A(M)→f′′∧A′(M′) \begin{array}{ccc} M & \xrightarrow{f} & M' \\ \varphi''_M \downarrow & & \downarrow \varphi''_{M'} \\ \wedge_A(M) & \xrightarrow{f''} & \wedge_{A'}(M') \end{array}

(12) et f′′f'' est un homomorphisme d’algèbres graduées. On en déduit aussitôt que si σ:A′→A′′\sigma : A' \to A'' est un second homomorphisme d’anneaux, M′′M'' un A′′A''-module, g:M′→M′′g : M' \to M'' un A′A'-homomorphisme (relatif à σ\sigma), g′′:∧A′(M′)→∧A′′(M′′)g'' : \wedge_{A'}(M') \to \wedge_{A''}(M'') le A′′A''-homomorphisme d’algèbres correspondant, alors le AA-homomorphisme d’algèbres composé

∧A(M)→f′′∧A′(M′)→g′′∧A′′(M′′) \wedge_A(M) \xrightarrow{f''} \wedge_{A'}(M') \xrightarrow{g''} \wedge_{A''}(M'')

correspond au AA-homomorphisme composé g∘f:M→M′′g \circ f : M \to M'' (relatif à σ∘ρ\sigma \circ \rho).

Proposition 8

Soient A,BA, B deux anneaux commutatifs, ρ:A→B\rho : A \to B un homomorphisme d’anneaux, MM un AA-module. Le prolongement canonique

Cite 1

Cite Proposition 5, III § 5

ψ:∧B(B⊗AM)→B⊗A∧A(M) \psi : \wedge_B(B \otimes_A M) \to B \otimes_A \wedge_A(M)

de l’application B-linéaire lB⊗φM′′:B⊗AM→B⊗A∧A(M)l_B \otimes \varphi_M'' : B \otimes_A M \to B \otimes_A \wedge_A(M), est un isomorphisme de B-algèbres graduées.

La démonstration se déduit de celle de III, p. 60, prop. 5 en y remplaçant TT par ∧\wedge et φM\varphi_M par φM′′\varphi_M''.

6. Limites inductives d’algèbres extérieures

Soient (Aα,φβα)(A_\alpha, \varphi_{\beta \alpha}) un système inductif filtrant d’anneaux commutatifs, (Mα,fβα)(M_\alpha, f_{\beta \alpha}) un système inductif de AαA_\alpha-modules, A=lim⁡⟶Aα,M=lim⁡⟶MαA = \lim \longrightarrow A_\alpha, M = \lim \longrightarrow M_\alpha. Pour α≤β\alpha \leq \beta, on déduit canoniquement du AαA_\alpha-homomorphisme fβα:Mα→Mβf_{\beta \alpha} : M_\alpha \to M_\beta un homomorphisme de AαA_\alpha-algèbres (III, p. 82, formule (12)) fβα′:∧Aα(Mα)→∧Aβ(Mβ)f_{\beta \alpha}' : \wedge_{A_\alpha}(M_\alpha) \to \wedge_{A_\beta}(M_\beta) et il résulte de (13) que (∧Aα(Mα),fβα′)(\wedge_{A_\alpha}(M_\alpha), f_{\beta \alpha}') est un système inductif de A-algèbres graduées. Soit d’autre part fα:Mα→Mf_\alpha : M_\alpha \to M le AαA_\alpha-homomorphisme canonique; on en déduit (III, p. 82, formule (12)) un homomorphisme de AαA_\alpha-algèbres graduées, fα′′:∧Aα(Mα)→∧A(M)f_\alpha'' : \wedge_{A_\alpha}(M_\alpha) \to \wedge_A(M), et il résulte encore de (13) que les fα′′f_\alpha'' constituent un système inductif de AαA_\alpha-homomorphismes.

Proposition 9

Le AA-homomorphisme f′′=lim⁡⟶fα′′:lim⁡⟶∧Aα(Mα)→∧A(M)f'' = \lim \longrightarrow f_\alpha'' : \lim \longrightarrow \wedge_{A_\alpha}(M_\alpha) \to \wedge_A(M) est un isomorphisme d’algèbres graduées.

Cite 1

Cite Proposition 6, III § 5

La démonstration est la même que celle de III, p. 61, prop. 6, en y remplaçant partout TT par ∧\wedge et φ\varphi et φ′′\varphi'', et tenant compte du fait qu’une limite inductive d’algèbres alternées est alternée.

7. Algèbre extérieure d’une somme directe. Algèbre extérieure d’un module gradué

Soient AA un anneau commutatif, M=⨁λ∈LMλM = \bigoplus_{\lambda \in L} M_\lambda la somme directe d’une famille de AA-modules, jλ:Mλ→Mj_\lambda : M_\lambda \to M l’injection canonique; on en déduit un AA-homomorphisme d’algèbres graduées ∧(jλ):∧(Mλ)→∧(M)\wedge(j_\lambda) : \wedge(M_\lambda) \to \wedge(M). Puisque ∧(M)\wedge(M) est anti-commutative, on peut appliquer aux homomorphismes ∧(jλ)\wedge(j_\lambda) la prop. 10 de III, p. 47 (éventuellement généralisée au cas où L est infini, cf. III, p. 53, Remarque); il existe donc un unique homomorphisme d’algèbres

(14)

g:⨂λ∈Lg∧(Mλ)→∧(M) g : \bigotimes_{\lambda \in L}^{\mathfrak{g}} \wedge (M_\lambda) \to \wedge (M)
(aussi noté gMg_M) tel que ∧(jλ)=g∘fλ\wedge (j_\lambda) = g \circ f_\lambda, en désignant par
fλ:∧(Mλ)→⨂λ∈Lg∧(Mλ) f_\lambda : \wedge (M_\lambda) \to \bigotimes_{\lambda \in L}^{\mathfrak{g}} \wedge (M_\lambda)
l’homomorphisme canonique.

Proposition 10

L’homomorphisme canonique g (formule (14)) est un isomorphisme d’algèbres graduées.* Pour prouver que gg est bijectif, on définit un homomorphisme d’algèbres graduées (15)

h:∧(M)→⨂λ∈Lg∧(Mλ) h : \wedge (M) \to \bigotimes_{\lambda \in L}^{\mathfrak{g}} \wedge (M_\lambda)
tel que g∘hg \circ h et h∘gh \circ g soient respectivement les applications identiques de ∧(M)\wedge (M) et de ⨂λ∈Lg∧(Mλ)\bigotimes_{\lambda \in L}^{\mathfrak{g}} \wedge (M_\lambda). Pour chaque λ∈L\lambda \in L, on considère l’application linéaire composée
uλ:Mλ→φMλ′′∧(Mλ)→fλ⨂λ∈Lg∧(Mλ). u_\lambda : M_\lambda \xrightarrow{\varphi''_{M_\lambda}} \wedge (M_\lambda) \xrightarrow{f_\lambda} \bigotimes_{\lambda \in L}^{\mathfrak{g}} \wedge (M_\lambda).
Il existe une application A-linéaire et une seule u:M→⨂λ∈Lg∧(Mλ)u : M \to \bigotimes_{\lambda \in L}^{\mathfrak{g}} \wedge (M_\lambda) telle que u∘jλ=uλu \circ j_\lambda = u_\lambda pour tout λ∈L\lambda \in L. Le produit tensoriel gauche ⨂λ∈Lg∧(Mλ)\bigotimes_{\lambda \in L}^{\mathfrak{g}} \wedge (M_\lambda) est une algèbre alternée: en effet, pour L fini cela résulte de III, p. 54, prop. 14, et pour L quelconque, cela résulte de la définition de ce produit donnée dans III, p. 53, Remarque et du fait qu’une limite inductive d’algèbres graduées alternées est alternée. Comme en outre u(M)u(M) est contenu dans le sous-module des éléments de degré 1 de l’algèbre graduée ⨂λ∈Lg∧(Mλ)\bigotimes_{\lambda \in L}^{\mathfrak{g}} \wedge (M_\lambda), il résulte de III, p. 77, prop. 1 et Remarque 1, qu’il existe un homomorphisme unique d’algèbres graduées
h:∧(M)→⨂λ∈Lg∧(Mλ) h : \wedge (M) \to \bigotimes_{\lambda \in L}^{\mathfrak{g}} \wedge (M_\lambda)
tel que h∘φM′′=uh \circ \varphi''_M = u. La vérification du fait que g∘hg \circ h et h∘gh \circ g sont les applications identiques se fait alors comme dans III, p. 73, prop. 9 en remplaçant S par ∧\wedge, et φ′\varphi' par φ′′\varphi''.

Cite 4 · Cité par 5

Cite III § 4. Produits tensoriels d’algèbres, Proposition 14, III § 4, Proposition 1, Proposition 9, III § 6

Cité par Exemple 1, III § 11, Remarque, Proposition 13, Théorème 1, Proposition 1, VII § 4

Remarque

Soit N=⨁λ∈LNλN = \bigoplus_{\lambda \in L} N_\lambda la somme directe d’une seconde famille de A-modules ayant L pour ensemble d’indices, et, pour tout λ∈L\lambda \in L, soit vλ:Mλ→Nλv_\lambda : M_\lambda \to N_\lambda une application A-linéaire, d’où une application A-linéaire v=⨁λvλ:M→Nv = \bigoplus_{\lambda} v_{\lambda} : M \to N (II, p. 13, prop. 7). Alors le diagramme

g⨂λ∈L∧(Mλ)→gM∧(M)↓∧(vλ)↓∧(v)g⨂λ∈L∧(Nλ)→gN∧(N) \begin{array}{ccc} g \bigotimes_{\lambda \in L} \wedge (M_{\lambda}) & \xrightarrow{g_M} & \wedge (M) \\ \downarrow \wedge (v_{\lambda}) & & \downarrow \wedge (v) \\ g \bigotimes_{\lambda \in L} \wedge (N_{\lambda}) & \xrightarrow{g_N} & \wedge (N) \end{array}

est commutatif (cf. III, p. 43, corollaire).

On peut décrire de façon plus précise le sous-A-module de g⨂λ∈L∧(Mλ)g \bigotimes_{\lambda \in L} \wedge (M_{\lambda}) auquel ∧n(M)\wedge^n(M) s’identifie au moyen de l’isomorphisme gg. Pour toute partie finie JJ de LL, posons EJ=g⨂λ∈J∧(Mλ)E_J = g \bigotimes_{\lambda \in J} \wedge (M_{\lambda}), de sorte que g⨂λ∈L∧(Mλ)=lim←⁡EJg \bigotimes_{\lambda \in L} \wedge (M_{\lambda}) = \varprojlim E_J suivant l’ensemble filtrant F(L)\mathscr{F}(L) des parties finies de LL, par définition (III, p. 53, Remarque). Pour toute famille ν=(nλ)∈N(L)\nu = (n_{\lambda}) \in \mathbf{N}^{(L)} (ayant donc un support fini) telle que ∑λ∈Lnλ=n\sum_{\lambda \in L} n_{\lambda} = n, et toute partie finie JJ de LL contenant le support de la famille ν\nu, posons

(16)(16)
∧J,ν(M)=⨂λ∈J∧nλ(Mλ) \wedge^{J,\nu}(M) = \bigotimes_{\lambda \in J} \wedge^{n_{\lambda}}(M_{\lambda})

de sorte que le sous-module EJ,nE_{J,n} des éléments de degré nn de EJE_J est la somme directe des ∧J,ν(M)\wedge^{J,\nu}(M) pour toutes les familles ν\nu de support contenu dans JJ et telles que ∑λ∈Lnλ=n\sum_{\lambda \in L} n_{\lambda} = n (III, p. 47, prop. 10 et p. 52). Posons par convention ∧J,ν(M)={0}\wedge^{J,\nu}(M) = \{0\} pour les familles ν\nu dont le support n’est pas contenu dans JJ; alors on peut encore dire que EJ,nE_{J,n} est somme directe de tous les ∧J,ν(M)\wedge^{J,\nu}(M), où ν\nu parcourt l’ensemble HnH_n de toutes les familles ν=(nλ)λ∈L\nu = (n_{\lambda})_{\lambda \in L} telles que ∑λ∈Lnλ=n\sum_{\lambda \in L} n_{\lambda} = n. Puisque ∧0(Mλ)\wedge^0(M_{\lambda}) s’identifie à AA, il est clair en outre que pour deux parties finies J⊂J′J \subset J' de LL et une famille ν\nu de support contenu dans JJ, l’application canonique ∧J,ν(M)→∧J′,ν(M)\wedge^{J,\nu}(M) \to \wedge^{J',\nu}(M) (restriction à ∧J,ν(M)\wedge^{J,\nu}(M) de l’application canonique EJ→EJ′E_J \to E_{J'}) est bijective. Si l’on pose, pour tout ν∈Hn\nu \in H_n,

(17)(17)
∧ν(M)=lim←⁡∧J,ν(M) \wedge^{\nu}(M) = \varprojlim \wedge^{J,\nu}(M)

on voit donc que l’on a, compte tenu de II, p. 91, prop. 5:

Cite 4

Cite Proposition 7, II § 1, Corollaire, III § 4, Proposition 10, Proposition 5, II § 6

Corollaire

Le A-module ∧n(M)\wedge^n(M) est l’image par l’isomorphisme (14) (III, p. 84) du sous-module de g⨂λ∈L∧(Mλ)g \bigotimes_{\lambda \in L} \wedge (M_{\lambda}) somme directe des sous-modules ∧ν(M)\wedge^{\nu}(M) pour toutes les familles ν=(nλ)∈N(L)\nu = (n_{\lambda}) \in \mathbf{N}^{(L)} telles que ∑λ∈Lnλ=n\sum_{\lambda \in L} n_{\lambda} = n; si JJ est le support de ν\nu, ∧ν(M)\wedge^{\nu}(M) est canoniquement isomorphe à ⨂λ∈J∧nλ(Mλ)\bigotimes_{\lambda \in J} \wedge^{n_{\lambda}}(M_{\lambda}).

Cité par 1

Cité par Proposition 11

On identifiera en général ∧ν(M)\wedge^{\nu}(M), ⨂λ∈J∧nλ(Mλ)\bigotimes_{\lambda \in J} \wedge^{n_{\lambda}}(M_{\lambda}) et leur image dans ∧n(M)\wedge^n(M). Avec cette convention:

Proposition 11

Soient Δ\Delta un monoïde commutatif à élément neutre, MM un AA-module gradué de type Δ\Delta, (Mα)α∈Δ(M_\alpha)_{\alpha \in \Delta} sa graduation. Pour tout couple (α,n)∈Δ×N(\alpha, n) \in \Delta \times \mathbf{N}, soit ∧α,n(M)\wedge^{\alpha, n}(M) le sous-module de ∧n(M)\wedge^n(M) somme directe des sous-modules ⨂λ∈J∧nλ(Mαλ)\bigotimes_{\lambda \in J} \wedge^{n_\lambda}(M_{\alpha_\lambda}), où (nλ)λ∈L(n_\lambda)_{\lambda \in L} parcourt l’ensemble des familles d’entiers ⩾0\geqslant 0 telles que ∑λ∈Lnλ=n\sum_{\lambda \in L} n_\lambda = n, JJ est son support et, pour chaque (nλ),(αλ)λ∈J(n_\lambda), (\alpha_\lambda)_{\lambda \in J} parcourt l’ensemble des familles de ΔJ\Delta^J telles que ∑λ∈Jαλ=α\sum_{\lambda \in J} \alpha_\lambda = \alpha. Alors (∧α,n(M))(α,n)∈Δ×N(\wedge^{\alpha, n}(M))_{(\alpha, n) \in \Delta \times \mathbf{N}} est la seule graduation de type Δ×N\Delta \times \mathbf{N} compatible avec la structure d’algèbre de ∧(M)\wedge(M) et qui induise sur M=∧1(M)M = \wedge^1(M) la graduation donnée.

Cite 2 · Cité par 1

Cite Proposition 7, III § 5, Corollaire

Cité par Corollaire 1

Le fait que ∧(M)\wedge(M) soit somme directe des ∧α,n(M)\wedge^{\alpha, n}(M) résulte de III, p. 85, corollaire; le reste de la démonstration est identique à la fin de la démonstration de III, p. 62, prop. 7.

8. Algèbre extérieure d’un module libre

Théorème 1

Soit MM un AA-module ayant une base (eλ)λ∈L(e_\lambda)_{\lambda \in L}. Munissons LL d’une structure d’ensemble totalement ordonné (E, III, p. 20, th. 1), et, pour toute partie finie JJ de LL, posons

eJ=eλ1∧eλ2∧⋯∧eλn e_J = e_{\lambda_1} \wedge e_{\lambda_2} \wedge \cdots \wedge e_{\lambda_n}
Cite 7 · Cité par 6

Cite Theorem 1 (Zermelo), E III § 2, Proposition 6, E III § 5, Proposition 5, Corollaire 2, II § 3, Proposition 10, Proposition 6, Proposition 7

Cité par Remarque, III § 11, Proposition 14, III § 11, Proposition 7, III § 11, Proposition 12, Corollaire 1, Théorème 2

où (λk)1≤k≤n(\lambda_k)_{1 \leq k \leq n} est la suite des éléments de JJ rangés dans l’ordre croissant (E, III, p. 38, prop. 6); on convient que e∅=1e_\varnothing = 1, élément unité de AA. Alors les eJe_J, où JJ parcourt l’ensemble F(L)\mathscr{F}(L) des parties finies de LL, forment une base de l’algèbre extérieure ∧(M)\wedge(M).

Puisque les eλe_\lambda engendrent le AA-module MM, tout élément de ∧(M)\wedge(M) est combinaison linéaire de produits d’éléments eλe_\lambda en nombre fini, donc (compte tenu de III, p. 79, prop. 5) est une combinaison linéaire d’un nombre fini d’éléments eJe_J pour J∈F(L)J \in \mathscr{F}(L). Tout revient à prouver que les eJe_J sont linéairement indépendants sur AA. Sinon, il existerait entre ces éléments une relation linéaire à coefficients non tous nuls; la réunion des parties JJ qui correspondent aux eJe_J dont le coefficient dans cette relation est ≠0\neq 0 est une partie finie KK de LL (puisque’il n’y a qu’un nombre fini de coefficients ≠0\neq 0). Soit NN le sous-module de MM engendré par les eλe_\lambda tels que λ∈K\lambda \in K; NN est facteur direct dans MM, donc (III, p. 78) ∧(N)\wedge(N) s’identifie à une sous-algèbre de ∧(M)\wedge(M), et si nous montrons que les eJe_J, pour J⊂KJ \subset K, forment une base de ∧(N)\wedge(N), nous arriverons à la contradiction cherchée.

Tout revient donc à prouver le th. 1 lorsque la base de MM est finie; on peut donc supposer que L={1,m}⊂NL = \{1, m\} \subset \mathbf{N}. Pour chaque i∈Li \in L, soit MiM_i le sous-module libre AeiAe_i de MM; MM est somme directe des MiM_i, et ∧(Mi)\wedge(M_i) est somme directe de ∧0(Mi)=A\wedge^0(M_i) = A et de ∧1(Mi)=Mi\wedge^1(M_i) = M_i (III, p. 80, prop. 6). Identifions canoniquement ∧(M)\wedge(M) au AA-module produit tensoriel des ∧(Mi)\wedge(M_i) (III, p. 84, prop. 10); ce dernier a pour base le produit tensoriel des bases (1,ei)(1, e_i) des ∧(Mi)\wedge(M_i) (II, p. 62, cor. 2); on obtient ainsi tous les éléments

u1⊗u2⊗⋯⊗um u_1 \otimes u_2 \otimes \cdots \otimes u_m

où l’on a, soit ui=1u_i = 1, soit ui=eiu_i = e_i; si JJ est l’ensemble des indices ii tels que ui=eiu_i = e_i, u1⊗u2⊗⋯⊗umu_1 \otimes u_2 \otimes \cdots \otimes u_m est identifié à eJe_J, ce qui termine la démonstration.

Corollaire 1

Supposons que L={1,m}L = \{1, m\}; alors la base (eJ)J∈B(L)(e_J)_{J \in \mathscr{B}(L)} de ∧(M)\wedge(M) a 2m2^m éléments. Pour p>mp > m, on a ∧p(M)={0}\wedge^p(M) = \{0\}; ∧m(M)\wedge^m(M) a une base formée d’un seul élément eLe_L; pour 0≤p≤m0 \leq p \leq m, le nombre d’éléments de la base (eJ)(e_J) de ∧p(M)\wedge^p(M) formée des eJe_J tels que Card(J)=p\mathrm{Card}(J) = p, est (mp)=m!p!(m−p)!\binom{m}{p} = \frac{m!}{p!(m-p)!}.

Cite 8 · Cité par 3

Cite Proposition 11, Proposition 12, E III § 3, Corollaire 1, E III § 5, III § 1. Algèbres, Théorème 1, Corollaire, Corollaire 2, Proposition 5

Cité par Théorème 2, VI § 2. Corps ordonnés, Lemme 1, VII § 3

Cela résulte de E, III, p. 29, prop. 12 et E, III, p. 42, cor. 1.

Revenons au cas où l’ensemble LL du th. 1 est quelconque, et explicitons la table de multiplication (III, p. 10) de la base (eJ)(e_J). Etant données deux parties finies J,KJ, K de l’ensemble totalement ordonné LL, posons

{ρJ,K=0si J∩K≠∅ρJ,K=(−1)vsi J∩K=∅ \begin{cases} \rho_{J, K} = 0 & \text{si } J \cap K \neq \varnothing \\ \rho_{J, K} = (-1)^v & \text{si } J \cap K = \varnothing \end{cases}

en désignant dans ce dernier cas par vv le nombre des couples (λ,μ)∈J×K(\lambda, \mu) \in J \times K tels que λ>μ\lambda > \mu. Alors le cor. 1 de III, p. 79 entraîne aussitôt la relation

eJ∧eK=ρJ,KeJ∪K. e_J \wedge e_K = \rho_{J, K} e_{J \cup K}.

On notera la formule

ρJ,KρK,J=(−1)jk \rho_{J, K} \rho_{K, J} = (-1)^{jk}

lorsque J∩K=∅J \cap K = \varnothing, j=Card(J)j = \mathrm{Card}(J) et k=Card(K)k = \mathrm{Card}(K) (III, p. 80, cor. 2).

Corollaire 2

Si MM est un AA-module projectif, ∧(M)\wedge(M) est un AA-module projectif.

Cite 1 · Cité par 2

Cite Corollaire, III § 5

Cité par Corollaire 3, Corollaire, VIII Appendix 4

La démonstration est la même que celle de III, p. 62, corollaire, en remplaçant TT par ∧\wedge.

Corollaire 3

Soient MM un AA-module projectif, (xi)1≤i≤n(x_i)_{1 \leq i \leq n} une suite finie d’éléments de MM. Pour qu’il existe sur MM une forme nn-linéaire alternée ff telle que f(x1,x2,…,xn)≠0f(x_1, x_2, \ldots, x_n) \neq 0, il faut et il suffit que x1∧x2∧⋯∧xn≠0x_1 \wedge x_2 \wedge \cdots \wedge x_n \neq 0.

Cite 4 · Cité par 2

Cite Proposition 7, Corollaire 2, Corollaire 4, II § 2, Proposition 13

Cité par Proposition 12, Théorème 2

On sait déjà (sans hypothèse sur MM) que la condition est nécessaire (III, p. 80, prop. 7). Supposons maintenant que MM soit projectif et que

x1∧x2∧⋯∧xn≠0. x_1 \wedge x_2 \wedge \cdots \wedge x_n \neq 0.

Alors ∧n(M)\wedge^n(M) est projectif (cor. 2), donc l’application canonique

∧n(M)→(∧n(M))∗∗ \wedge^n(M) \to (\wedge^n(M))^**

est injective (II, p. 47, cor. 4); on en conclut qu’il existe une forme linéaire g:∧n(M)→Ag : \wedge^n(M) \to A telle que g(x1∧x2∧⋯∧xn)≠0g(x_1 \wedge x_2 \wedge \cdots \wedge x_n) \neq 0. Si ff est la forme nn-linéaire alternée correspondant à gg (III, p. 80, prop. 7), on a donc f(x1,…,xn)≠0f(x_1, \ldots, x_n) \neq 0.

9. Critères d’indépendance linéaire

Proposition 12

Soit M un A-module projectif. Pour que des éléments x1,x2,…,xnx_1, x_2, \ldots, x_n de M soient linéairement dépendants, il faut et il suffit qu’il existe λ≠0\lambda \neq 0 dans A tel que

λx1∧x2∧⋯∧xn=0. \lambda x_1 \wedge x_2 \wedge \cdots \wedge x_n = 0.
La condition est nécessaire (sans hypothèse sur M), car si, par exemple, λx1\lambda x_1 (avec λ≠0\lambda \neq 0) est combinaison linéaire de x2,…,xnx_2, \ldots, x_n, la relation (22) a lieu (III, p. 79, prop. 5). Montrons que la condition est suffisante par récurrence sur n; pour n=1n = 1, c’est une conséquence triviale de la définition. Supposons donc n>1n > 1 et la condition (22) vérifiée pour un λ≠0\lambda \neq 0. Si λx2∧x3∧⋯∧xn=0\lambda x_2 \wedge x_3 \wedge \cdots \wedge x_n = 0, alors l’hypothèse de récurrence entraîne que x2,…,xnx_2, \ldots, x_n sont linéairement dépendants, donc a fortiori x1,x2,…,xnx_1, x_2, \ldots, x_n le sont. Si λx2∧x3∧⋯∧xn≠0\lambda x_2 \wedge x_3 \wedge \cdots \wedge x_n \neq 0, il résulte de III, p. 87, cor. 3, qu’il existe une forme (m−1)(m - 1)-linéaire alternée ff telle que f(λx2∧x3∧⋯∧xn)=μ≠0f(\lambda x_2 \wedge x_3 \wedge \cdots \wedge x_n) = \mu \neq 0. Puisque l’on a
x1∧(λx2)∧⋯∧xn=0, x_1 \wedge (\lambda x_2) \wedge \cdots \wedge x_n = 0,
il résulte de III, p. 87, cor. 3, que μx1\mu x_1 est combinaison linéaire de λx2,x3,…,xn\lambda x_2, x_3, \ldots, x_n; donc x1,x2,…,xnx_1, x_2, \ldots, x_n sont linéairement dépendants.

Cite 3 · Cité par 3

Cite Proposition 5, Théorème 1, Corollaire 3

Cité par Corollaire, III § 8. Déterminants, Proposition 3, III § 8

Corollaire

Soient M et N deux A-modules projectifs, et soit f:M→Nf : M \to N une application A-linéaire. Si f est injective, alors ∧(f):∧(M)→∧(N)\wedge(f) : \wedge(M) \to \wedge(N) est injective.

Cite 3 · Cité par 1

Cite Corollaire 3, II § 1, Proposition 12, Proposition 4, II § 2

Cité par Proposition 3

Démontrons-le d’abord en supposant que M soit libre; soit (eλ)λ∈L(e_\lambda)_{\lambda \in L} une base de M, de sorte que (eJ)J∈F(L)(e_J)_{J \in \mathfrak{F}(L)} (formule (18)) est une base de ∧(M)\wedge(M). Supposons que le noyau de ∧(f)\wedge(f) contienne un élément u=∑JαJeJ≠0u = \sum_J \alpha_J e_J \neq 0. Soit K un élément minimal parmi les parties finies J telles que αJ≠0\alpha_J \neq 0, et soit H une partie finie de L, disjointe de K et telle que K∪HK \cup H contienne tous les J (en nombre fini) tels que αJ≠0\alpha_J \neq 0; pour tout J≠KJ \neq K tel que αJ≠0\alpha_J \neq 0, on a donc par définition J∩H≠∅J \cap H \neq \varnothing, et par suite (III, p. 87, formule (20))

u∧eH=±αKeK∪H u \wedge e_H = \pm \alpha_K e_{K \cup H}
appartient à l’idéal bilatère de ∧(M)\wedge(M), noyau de ∧(f)\wedge(f). Posons eK∪H=eλ1∧eλ2∧⋯∧eλne_{K \cup H} = e_{\lambda_1} \wedge e_{\lambda_2} \wedge \cdots \wedge e_{\lambda_n}; on a donc αKf(eλ1)∧f(eλ2)∧⋯∧f(eλn)=0\alpha_K f(e_{\lambda_1}) \wedge f(e_{\lambda_2}) \wedge \cdots \wedge f(e_{\lambda_n}) = 0; en vertu de la prop. 12, les éléments f(eλi)f(e_{\lambda_i}) (1≤i≤n1 \leq i \leq n) de N sont linéairement dépendants. Mais ceci contredit l’hypothèse que f est injectif (II, p. 25, cor. 3).

Abordons maintenant le cas général, et soit M′M' un A-module tel que M⊕M′=PM \oplus M' = P soit libre (II, p. 39, prop. 4). Considérons l’application linéaire g:M⊕M′→N⊕M⊕M′g : M \oplus M' \to N \oplus M \oplus M' telle que g(x,y)=(f(x),0,y)g(x, y) = (f(x), 0, y), de sorte qu’on a le diagramme commutatif

M→fN↓↓P→gN⊕P \begin{array}{ccc} M & \xrightarrow{f} & N \\ \downarrow & & \downarrow \\ P & \xrightarrow{g} & N \oplus P \end{array}

où les flèches verticales sont les injections canoniques. Puisque gg est injective et PP libre, ∧(g)\wedge(g) est un homomorphisme injectif comme on l’a vu plus haut. Or, ∧(j):∧(M)→∧(P)\wedge(j): \wedge(M) \to \wedge(P) est un homomorphisme injectif puisque MM est facteur direct dans PP (III, p. 78). L’homomorphisme composé

∧(M)→∧(j)∧(P)→∧(g)∧(N⊕P) \wedge(M) \xrightarrow{\wedge(j)} \wedge(P) \xrightarrow{\wedge(g)} \wedge(N \oplus P)
est donc injectif, et comme il est aussi égal, à l’homomorphisme composé
∧(M)→∧(f)∧(N)→∧(g′)∧(N⊕P) \wedge(M) \xrightarrow{\wedge(f)} \wedge(N) \xrightarrow{\wedge(g')} \wedge(N \oplus P)
on en conclut que ∧(f)\wedge(f) est injectif.

Proposition 13

Soient MM un AA-module, NN un sous-module facteur direct de MM qui est libre de dimension pp, {u}\{u\} une base de ∧p(N)\wedge^p(N). Pour qu’un élément x∈Mx \in M appartienne à NN, il faut et il suffit que u∧x=0u \wedge x = 0.

Cite 2 · Cité par 3

Cite Proposition 4, II § 3, Proposition 10

Cité par Corollaire 2, Corollaire 3, Lemma 2, LIE VII § 5

Soit PP un sous-module de MM supplémentaire de NN, et soient y∈Ny \in N, z∈Pz \in P tels que x=y+zx = y + z. Alors u∧x=u∧zu \wedge x = u \wedge z. Comme ∧p(N)\wedge^p(N) est libre de dimension 1, l’application φ:P→P⊗∧p(N)\varphi : P \to P \otimes \wedge^p(N) telle que φ(p)=p⊗u\varphi(p) = p \otimes u est bijective (II, p. 55, prop. 4). D’autre part (III, p. 84, prop. 10), le composé des homomorphismes canoniques

ψ:P⊗∧p(N)→∧(P)⊗∧(N)→∧(M) \psi : P \otimes \wedge^p(N) \to \wedge(P) \otimes \wedge(N) \to \wedge(M)
est injectif. L’application ψ∘φ\psi \circ \varphi est donc injective, d’où la proposition.

Théorème 2

Soit MM un AA-module ayant une base finie (ei)1≤i≤n(e_i)_{1 \leq i \leq n}. Pour qu’une suite (xi)1≤i≤n(x_i)_{1 \leq i \leq n} de nn éléments de MM forme une base de MM, il faut et il suffit que l’élément λ∈A\lambda \in A tel que*

x1∧x2∧⋯∧xn=λ⋅e1∧e2∧⋯∧en x_1 \wedge x_2 \wedge \cdots \wedge x_n = \lambda \cdot e_1 \wedge e_2 \wedge \cdots \wedge e_n
*soit inversible dans AA.

Cite 4 · Cité par 1

Cite Théorème 1, Corollaire 1, Proposition 6, Corollaire 3

Cité par Théorème 1, III § 8

Rappelons que e1∧e2∧⋯∧ene_1 \wedge e_2 \wedge \cdots \wedge e_n est l’unique élément d’une base de ∧n(M)\wedge^n(M) (III, p. 87, cor. 1) de sorte que l’élément λ∈A\lambda \in A vérifiant (23) est déterminé de façon unique. Si (xi)1≤i≤n(x_i)_{1 \leq i \leq n} est une base de MM, x1∧x2∧⋯∧xnx_1 \wedge x_2 \wedge \cdots \wedge x_n est l’unique élément d’une base de ∧n(M)\wedge^n(M) (III, p. 87), donc λ\lambda est inversible. Réciproquement, supposons λ\lambda inversible; alors la forme nn-linéaire alternée ff correspondant à l’application linéaire g:∧n(M)→Ag : \wedge^n(M) \to A telle que g(e1∧e2∧⋯∧en)=λ−1g(e_1 \wedge e_2 \wedge \cdots \wedge e_n) = \lambda^{-1}, est telle que f(x1,x2,…,xn)=1f(x_1, x_2, \ldots, x_n) = 1. Pour tout x∈Mx \in M, on a évidemment

x∧x1∧⋯∧xn=0 x \wedge x_1 \wedge \cdots \wedge x_n = 0
(III, p. 80, prop. 6); appliquant III, p. 87, cor. 3, on obtient
f(x1,x2,…,xn)x=∑i=1n(−1)i−1f(x,x1,…,x^i,…,xn)xi. f(x_1, x_2, \ldots, x_n)x = \sum_{i=1}^n (-1)^{i-1} f(x, x_1, \ldots, \hat{x}_i, \ldots, x_n)x_i.
Comme f(x1,…,xn)=1f(x_1, \ldots, x_n) = 1, cela montre que tout x∈Mx \in M est combinaison linéaire de x1,x2,…,xnx_1, x_2, \ldots, x_n, et comme ces derniers sont linéairement indépendants (puisque x1∧x2∧⋯∧xn≠0x_1 \wedge x_2 \wedge \cdots \wedge x_n \neq 0), ils forment une base de MM.

Exercices

See the exercises for § 7.

Transcrit du volume imprimé. Non traduit.