Bourbaki

Appendice 4 trace d’un endomorphisme de rang fini

1. Applications linéaires de rang fini

Soit A un anneau et soient E et F des A-modules. On note HomAf(E,F)^f_A(E,F) l’ensemble des applications linéaires de E dans F dont l’image est contenue dans un sous-module de type fini de F. C’est un sous-groupe de HomA(E,F)_A(E,F). Lorsque A est un corps, c’est l’ensemble des applications linéaires de rang fini de E dans F (II, p. 101, déf. 3). On pose EndAf(E)=^f_A(E) = HomAf(E,E)^f_A(E,E).

Soient E,F,GE,F,G des A-modules et soient u:E→Fu: E\rightarrow F et v:F→Gv: F\rightarrow G des applications A-linéaires. Si u∈u\in HomAf(E,F)^f_A(E,F) ou v∈v\in HomAf(F,G)^f_A(F,G), alors v∘uv\circ u appartient à HomAf(E,G)^f_A(E,G).

Notons θ\theta l’homomorphisme de groupes canonique de E∗⊗AFE^*\otimes_AF dans HomA(E,F)_A(E,F) (A, II, p. 77) ; il associe à un élément x∗⊗yx^*\otimes y de E∗⊗AFE^*\otimes_AF l’application x→⟨x,x∗⟩yx\rightarrow \langle x, x^*\rangle y de E dans F.

Lemme 1 00QO

Supposons que le A-module F soit projectif. L’homomorphisme de groupes θ\theta est injectif et son image est HomAf(E,F)^f_A(E,F).

Cité par 1

Cité par App. 4. Trace d’un endomorphisme de rang fini

D’après loc. cit., cor., l’homomorphisme θ\theta est injectif. Son image est contenue dans HomAf(E,F)^f_A(E,F). Soit u∈u\in HomAf(E,F)^f_A(E,F); prouvons que uu appartient à l’image de θ\theta.

Supposons d’abord le A-module F libre. Soit (fi)i∈I(f_i)_{i\in I} une base de F et soit (fi∗)i∈I(f_i^*)_{i\in I} la base de F∗F^* duale de (fi)i∈I(f_i)_{i\in I}. Soit J une partie finie de I telle que l’image de uu soit contenue dans le sous-module de F engendré par les fjf_j pour j∈Jj\in J; on a

u(x)=∑j∈J⟨u(x),fj∗⟩fj=∑j∈J⟨x,tu(fj∗)⟩fj(1) u(x) =\sum_{j\in J}\langle u(x), f_j^*\rangle f_j=\sum_{j\in J}\langle x,^tu(f_j^*)\rangle f_j \tag{1}

pour tout x∈Ex\in E, d’où

u=θ(∑j∈Jtu(fj∗)⊗fj)(2) u=\theta (\sum_{j\in J}^tu(f_j^*)\otimes f_j) \tag{2}

Dans le cas général, il existe un A-module libre L et des homomorphismes i:F→Li: F\rightarrow L et p:L→Fp: L\rightarrow F tels que p∘i=1Fp\circ i= 1_F. L’homomorphisme i∘ui\circ u appartient à HomAf(E,L)^f_A(E,L). D’après ce qui précède, il existe un ensemble fini J et, pour tout j∈Jj\in J, des éléments xj∗x^*_j de E∗E^* et yjy_j de L tels qu’on ait

i(u(x))=∑j∈J⟨x,xj∗⟩yj i(u(x)) =\sum_{j\in J}\langle x, x^*_j\rangle y_j

pour tout x∈Ex\in E. On a alors

u(x)=p(i(u(x)))=∑j∈J⟨x,xj∗⟩p(yj) u(x) =p(i(u(x))) =\sum_{j\in J}\langle x, x^*_j\rangle p(y_j)

pour tout x∈Ex\in E, d’où u=θ(∑j∈Jxj∗⊗p(yj))u=\theta (\sum_{j\in J}x^*_j\otimes p(y_j)).

2. Trace d’un endomorphisme de rang fini

Dans ce numéro, A désigne un anneau commutatif. Soit E un A-module projectif. Alors EndAf(E)^f_A(E) est un sous-A-module de EndA(E)_A(E) et l’application canonique E∗⊗AE→E^*\otimes_AE\rightarrow EndA(E)_A(E) définit un isomorphisme θE\theta_E de A-modules de E∗⊗AEE^*\otimes_AE sur EndAf(E)^f_A(E) (lemme 1). Considérons la forme linéaire canonique τ:E∗⊗AE→A\tau : E^*\otimes_AE\rightarrow A (A, II, p. 78), caractérisée par la formule τ(x∗⊗x)=⟨x,x∗⟩\tau (x^*\otimes x) =\langle x, x^*\rangle. Par composition avec l’isomorphisme θE−1\theta^{-1}_E, on en déduit une forme linéaire Tr : EndAf(E)→A^f_A(E)\rightarrow A, dite forme trace. Lorsque le A-module E est de type fini, on retrouve la définition de A, II, p. 78.

Proposition 1 00QP

Soit E un A-module libre. Soit (ei)i∈I(e_i)_{i\in I} une base de E et soit (ei∗)i∈I(e^*_i)_{i\in I} sa base duale. Soit u∈u\in EndAf(E)^f_A(E). La famille (⟨u(ei),ei∗⟩)i∈I(\langle u(e_i), e^*_i\rangle )_{i\in I} est à support fini et sa somme est égale à Tr( uu).

Il suffit de traiter le cas où uu est de la forme θE(x∗⊗x)\theta_E(x^*\otimes x) avec x∈Ex\in E et x∗∈E∗x^*\in E^*. La famille (⟨x,ei∗⟩)i∈I(\langle x, e^*_i\rangle )_{i\in I} est alors à support fini et l’on a x=∑i∈I⟨x,ei∗⟩eix=\sum_{i\in I}\langle x, e^*_i\rangle e_i. Par suite, la famille (⟨x,ei∗⟩⟨ei,x∗⟩)i∈I(\langle x, e^*_i\rangle \langle e_i, x^*\rangle )_{i\in I} est aussi à support fini et l’on a ⟨x,x∗⟩=∑i∈I⟨x,ei∗⟩⟨ei,x∗⟩\langle x, x^*\rangle =\sum_{i\in I}\langle x, e^*_i\rangle \langle e_i, x^*\rangle. Or on a ⟨u(ei),ei∗⟩=⟨x,ei∗⟩⟨ei,x∗⟩\langle u(e_i), e^*_i\rangle =\langle x, e^*_i\rangle \langle e_i, x^*\rangle pour tout i∈Ii\in I. Cela démontre la proposition.

Proposition 2 00QQ

Soient E,FE,Fdes A-modules projectifs. Soient u∈u\in HomAf(E,F)^f_A(E,F) et v∈v\in HomA(F,E)_A(F,E). On a la relation

(3) Tr(v∘uv\circ u) == Tr(u∘vu\circ v).

Il suffit de démontrer la proposition lorsque uu est de la forme θ(x∗⊗y)\theta (x^*\otimes y), avec x∗∈E∗x^*\in E^* et y∈Fy\in F; or on a dans ce cas

v∘u=θE(x∗⊗v(y))v\circ u=\theta_E(x^*\otimes v(y)) et u∘v=θF(tv(x∗)⊗y)u\circ v=\theta_F(^tv(x^*)\otimes y), d’où

Tr(v∘uv\circ u) =⟨v(y),x∗⟩=⟨y,tv(x∗)⟩==\langle v(y), x^*\rangle =\langle y,^tv(x^*)\rangle = Tr(u∘vu\circ v).

Corollaire 00QR

Soit E un A-module projectif, soit uu un élément de EndAf(E)^f_A(E)et soit F un sous-A-module projectif de E contenant Im uu;notons uFu_F l’endomorphisme de F induit par uu. On a

Cite 3 · Cité par 1

Cite Proposition 6, III § 7, Corollaire 2, III § 7, III § 8. Déterminants

Cité par Proposition 3

(4) Tr(uu) == Tr(uFu_F).

Notons ii l’injection canonique de F dans E, et v:E→Fv: E\rightarrow F l’homomorphisme déduit de uu. On a uF=v∘iu_F=v\circ i et u=i∘vu=i\circ v, d’où le corollaire.

Soient E un A-module projectif et u∈u\in EndAf(E)^f_A(E). Pour tout entier naturel pp, le A-module ∧pE\wedge^pE est projectif (III, p. 87, cor. 2), l’endomorphisme ∧pu\wedge^pu appartient à EndAf(∧pE)^f_A(\wedge^pE) (III, p. 80, prop. 6) et il est nul dès que pp est assez grand. L’ensemble 1E+1_E+ EndAf(E)^f_A(E) est stable par composition. On définit une application det de 1E+1_E+ EndAf(E)^f_A(E) dans A en posant

det(1E+u_E+u) =∑p⩾0=\sum_{p\geqslant 0} Tr∧pu\wedge^pu,

pour tout u∈u\in EndAf(E)^f_A(E).

Si E est libre de dimension finie, cette définition est cohérente avec celle de III, p. 90, en vertu du cor. de III, p. 97.

Proposition 3 00QS

Soit E un A-module projectif.

Cite 2

Cite III § 7. Algèbre extérieure, Corollaire

a) Soit u∈u\in EndAf(E)^f_A(E). Soit F un sous-A-module projectif de E, contenant Im uu, et soit uFu_F l’endomorphisme de F induit par uu. On a

(5) det(1E+u_E+u) == det(1F+uF_F+u_F).

b) Soient u,vu, v deux éléments de EndAf(E)^f_A(E). On a

(6) det((1E+u)∘(1E+v))=((1_E+u)\circ (1_E+v))= det(1E+u_E+u) det(1E+v_E+v).

Prouvons a). Pour tout entier p⩾0p\geqslant 0, le A-module projectif ∧pF\wedge^pF s’identifie à un sous-module de ∧pE\wedge^pE (III, p. 88, cor.). L’image de ∧pu\wedge^pu est contenue dans ∧pF\wedge^pF, et l’endomorphisme de ∧pF\wedge^pF induit par ∧pu\wedge^pu est égal à ∧puF\wedge^pu_F. On a donc Tr(∧pu\wedge^pu) == Tr(∧puF\wedge^pu_F) en vertu du cor. de la prop. 2, d’où a).

Prouvons b). Soit G un A-module tel que le A-module L=E⊕GL = E\oplus G soit libre. Notons u′,v′u', v' les endomorphismes u⊕0Gu\oplus 0_G et v⊕0Gv\oplus 0_G de L. D’après a), on a les relations det(1L+u′_L+u') == det(1E+u_E+u), det(1L+v′_L+v') == det(1E+v_E+v) et

det(1L+u′+v′+u′∘v′_L+u'+v'+u'\circ v') == det(1E+u+v+u∘v_E+u+v+u\circ v); il suffit donc de prouver l’assertion b) lorsque le A-module E est libre. Il existe alors un sous-module libre de type fini F de E qui contient l’image de uu et celle de vv. Posons w=u+v+u∘vw=u+v+u\circ v. L’image de ww est contenue dans F et l’on a wF=uF+vF+uF∘vFw_F=u_F+v_F+u_F\circ v_F. On a donc, d’après (5), on a det(1E+u_E+u) == det(1F+uF_F+u_F), det(1E+v_E+v) == det(1F+vF_F+v_F) et

det((1E+u)∘(1E+v))=((1_E+u)\circ (1_E+v))= det(1E+w_E+w) == det(1F+wF_F+w_F) == det((1F+uF_F+u_F)∘(1F+vF)\circ (1_F+v_F)). Comme F est un A-module libre de type fini, on a

det((1F+uF_F+u_F)∘(1F+vF)\circ (1_F+v_F)) == det(1F+uF_F+u_F) det(1F+vF_F+v_F) == det(1E+u_E+u) det(1E+v_E+v).

Exercices

See the exercises for Appendix 4.

Transcrit du volume imprimé. Non traduit.