On conserve les notations du § 4 ; on pose w(G)=Card(WG(T)). On note dg (resp. dt) la mesure de Haar sur G (resp. T) de masse totale 1, et n (resp. r) la dimension de G (resp. T).
1. Produit de formes multilinéaires alternées
Soient A un anneau commutatif et M un A-module. Pour chaque entier r⩾0, notons Altr(M) le A-module des formes r-linéaires alternées sur M; il s’identifie au dual du A-module Λr(M) (A, III, p. 80, prop. 7). Soient u∈Alts(M) et v∈Altr(M); rappelons (A, III, p. 142, exemple 3) qu’on appelle produit alterné de u et v l’élément u∧v de Alts+r(M) défini par
Il existe une application A-bilinéaire de Alts(M′′)×Altr(M′) dans Alts+r(M), notée (u,v)↦u∩v, et caractérisée par l’une quelconque des deux propriétés suivantes :
a) Notons u1∈Alts(M) la forme (x1,...,xs)↦u(p(x1),...,p(xs)), et soit v1∈Altr(M) une forme telle que v1(i(x1′),...,i(xr′))=v(x1′,...,xr′) pour x1′,...,xr′ dans M′; on a alors u∩v=u1∧v1.
b) Pour x1,...,xs dans M et x1′,...,xr′ dans M′, on a
L’application φ:Alts(M′′)⊗AAltr(M′)→Alts+r(M) telle que φ(u⊗v)=u∩v est un isomorphisme de A-modules libres de rang un.
L’existence d’une forme v1 satisfaisant à la condition a) résulte de ce que Λr(i) induit un isomorphisme de Λr(M′) sur un sous-module facteur direct de Λr(M) (A, III, p. 78). Soit v1 une telle forme; posons u∩v=u1∧v1. La formule (1) est alors satisfaite, puisque si l’on pose i(xk′)=xs+k pour 1≤k≤r, le seul élément σ de Ss,r tel que p(xσ(i))=0 pour 1≤i≤s est la permutation identique. D’autre part la formule (1) détermine u∩v de manière unique : soient en effet (e1′,...,er′) une base de M′, (f1′′,...,fs′′) une base de M′′, et f1,...,fs des éléments de M tels que p(fi)=fi′′ pour 1≤i≤s. Alors (f1,...,fs,i(e1′),...,i(er′)) est une base de M (A, II, p. 27, prop. 21), et la formule (1) s’écrit
or un élément de Alts+r(M) est déterminé par sa valeur sur une base.
Il résulte de ce qui précède que chacune des conditions a) ou b) détermine le produit u∩v de manière unique ; il est clair que ce produit est bilinéaire. Enfin la dernière assertion du lemme résulte de la formule (2).
2. La formule d’intégration de H. Weyl
Soient e l’élément neutre de G et e sa classe dans G/T. Identifions l’espace tangent à G en e à g, l’espace tangent à T en e à t et l’espace tangent à G/T en e à g/t. Notons (u,v)↦u∩v l’application R-bilinéaire
Altn−r(g/t)×Altr(t)→Altn(g)
définie au numéro 1.
Rappelons (III, § 3, no 13, prop. 50) que l’application ω↦ω(e) est un isomorphisme de l’espace vectoriel des formes différentielles de degré n (resp. r) sur G (resp. T), invariantes à gauche, sur l’espace Altn(g) (resp. Altr(t)). Observons d’ailleurs que, puisqu’un sous-groupe compact connexe de R∗ est réduit à l’élément neutre, on a detAdg=1 pour tout g∈G, de sorte que les formes différentielles de degré n invariantes à gauche sur G sont aussi invariantes à droite et invariantes par automorphismes intérieurs (III, § 3, no 16, cor. à la prop. 54) : nous parlerons simplement dans la suite de formes différentielles invariantes sur G.
De même, il résulte de III, § 3, no 16, prop. 56 et de ce qui précède que l’application ω↦ω(e) est un isomorphisme de l’espace des formes différentielles de degré n−r sur G/T, invariantes par G, sur l’espace Altn−r(g/t).
Si ωG/T est une forme différentielle de degré n−r sur G/T, invariante par G, et ωT une forme différentielle invariante de degré r sur T, on note ωG/T∩ωT l’unique forme différentielle invariante de degré n sur G telle que
(ωG/T∩ωT)(e)=ωG/T(e)∩ωT(e).
Rappelons enfin qu’on note f:(G/T)×T→G le morphisme de variétés déduit par passage au quotient de l’application (g,t)↦gtg−1 de G×T dans G (§ 5, no 4).
Si α et β sont des formes différentielles sur G/T et T respectivement, on note simplement α∧β la forme pr1∗α∧pr2∗β sur (G/T)×T.
Pour t∈T, notons Adg/t(t) l’endomorphisme de g/t déduit de Adt par passage aux quotients. Posons
δG(t)=det(Adg/t(t)−1)=α∈R(G,T)∏(tα−1).
Soient x∈t et α∈R(G,T); notons α^ l’élément (2πi)−1δ(α) de t∗, de sorte qu’on a
Soient ωG,ωG/T et ωT des formes différentielles invariantes sur G,G/T et T respectivement, de degrés respectifs n,n−r et r. Si ωG=ωG/T∩ωT, alors
f∗(ωG)=ωG/T∧δGωT.
On peut évidemment supposer que ωG/T et ωT sont non nulles ; alors la forme différentielle (u,t)↦ωG/T(u)∧ωT(t) sur (G/T)×T est de degré n et partout non nulle ; il existe donc une fonction numérique δ sur (G/T)×T telle que
f∗(ωG)(u,t)=δ(u,t)ωG/T(u)∧ωT(t).
Observons maintenant que, pour h∈G,u∈G/T,t∈T, on a f(h.u,t)=(Inth)f(u,t) ; comme ωG est invariante par automorphismes intérieurs, il en résulte aussitôt que δ(hu,t)=δ(u,t), donc δ(u,t)=δ(e,t).
Notons p:g→g/t l’application de passage au quotient et φ:g/t→g l’application définie par
φ(p(X))=(Adt−1)X−Xpour X∈g;
rappelons (§ 5, no 4, lemme 4) que l’application tangente
T(e,t)(f):Te(G/T)×Tt(T)→Tt(G)
applique (z,tH) sur t(φ(z)+H) pour z∈g/t,H∈t.
Soient z1,...,zn−r des éléments de g/t, H1,...,Hr des éléments de t. On a
f∗ωG(e,t)(z1,...,zn−r,tH1,...,tHr)
=ωG(t)(tφ(z1),...,tφ(zn−r),tH1,...,tHr)d’apreˋs le calcul de T(e,t)(f)
=ωG(e)(φ(z1),...,φ(zn−r),H1,...,Hr)puisque ωG est invariante
d'où f∗ωG(e,t)=δG(t)(ωG/T∧ωT)(e,t); on a donc δ(e,t)=δG(t), d'où la proposition.
Munissons les variétés G,T et G/T des orientations définies par les formes ωG,ωT et ωG/T respectivement. Ces formes définissent alors des mesures invariantes sur G,T et G/T (III, § 3, n° 16, prop. 55 et 56), encore notées ωG,ωT et ωG/T.
Notons π le morphisme canonique de G dans G/T. Soit g∈G, et soient t1,...,tn−r des éléments de Tπ(g)(G/T). Identifions la fibre π−1(π(g))=gT à T par la translation γ(g). La relation ωG=ωG/T∩ωT entraîne alors l'égalité (VAR, R, 11.4.5) :
ωG∣(t1,...,tn−r)=(ωG/T(t1,...,tn−r))ωT.
On a donc ∫πωG=(∫TωT)ωG/T (VAR, R, 11.4.6), et
L'image réciproque sur (G/T)×Tr de la mesure dg sur Gr par l'homéomorphisme local fr (INT, V, § 6, n° 6) est la mesure μ⊗δGdt, où μ est l'unique mesure G-invariante sur G/T de masse totale 1.
Choisissons une forme différentielle invariante ωT (resp. ωG/T) sur T (resp. G/T) de degré maximum, telle que la mesure définie par ωT (resp. ωG/T) soit égale à dt (resp. μ). Posons ωG=ωG/T∩ωT. Le lemme 2 entraîne que la mesure définie par ωG est égale à dg. Soit U une partie ouverte de (G/T)×Tr, telle que fr induise un isomorphisme de U sur une partie ouverte V de Gr. Soit φ une fonction continue à support compact dans V ; notons encore φ le prolongement de φ à Gr, qui s’annule en dehors de V. On a
∫Vφdg=∫VφωG=∫U(φ∘fr)fr∗(ωG)
=∫U(φ∘fr)ωG/T∧δGωT(prop. 1)
=∫U(φ∘fr)dμ⋅δGdt,
d’où le lemme.
Théorème 1 (H. Weyl). — La mesure dg sur G est l’image par l’application(g,t)↦gtg−1deG×TdansGde la mesuredg⊗w(G)1δGdt, où
δG(t)=det(Adg/t(t)−1)=α∈R(G,T)∏(tα−1).
Il revient au même (INT, V, § 6, n° 3, prop. 4) de dire que dg est l’image par l’application f:(G/T)×T→G de la mesure μ⊗w(G)1δGdt.
Démontrons cette dernière assertion. Il résulte du § 5, n° 1 et de VAR, R, 10.1.3, c) que G−Gr est négligeable dans G et T−Tr négligeable dans T. Par ailleurs l’application fr fait de (G/T)×Tr un revêtement principal de Gr, de groupe W (§ 5, n° 4, prop. 4, b)). Le théorème résulte alors du lemme 3 et de INT, V, § 6, n° 6, prop. 11.
Corollaire 1
(i) Soitφune fonction intégrable surGà valeurs dans un espace de Banach ou dansR. Pour presque toutt∈T, la fonctiong↦φ(gtg−1)surGest intégrable pourdg. La fonctiont↦δG(t)∫Gφ(gtg−1)dgest intégrable surT, et l’on a
∫Gφ(g)dg=w(G)1∫T(∫Gφ(gtg−1)dg)δG(t)dt
(formule d’intégration de Hermann Weyl).
(ii) Soitφune fonction mesurable positive surG. Pour presque toutt∈T, la fonctiong↦φ(gtg−1)surGest mesurable. La fonctiont↦∫G∗φ(gtg−1)dgsurTest mesurable, et l’on a
∫G∗φ(g)dg=w(G)1∫T∗(∫G∗φ(gtg−1)dg)δG(t)dt.
Puisque l’application f se déduit par passage au quotient de l’application (g,t)↦gtg−1 de G×T dans G, il suffit d’appliquer INT, V, § 5, 6, 8 et INT, VII, § 2.
Corollaire 2
Soit φ une fonction centrale sur G (c’est-à-dire telle que φ(gh)=φ(hg) pour tous g et h dans G) à valeurs dans un espace de Banach ou dans R. a) Pour que φ soit mesurable, il faut et il suffit que sa restriction à T soit mesurable. b) *Pour que φ soit intégrable, il faut et il suffit que la fonction (φ∣T)δG(t) soit intégrable sur T et l’on a alors
∫Gφ(g)dg=w(G)1∫Tφ(t)δG(t)dt.
Notons p:G/T×T→T la seconde projection. On a φ∘f=(φ∣T)∘p; par ailleurs, l’image par p de la mesure μ⊗w(G)1δGdt est w(G)1δGdt. Le corollaire résulte alors du th. 1 ci-dessus et du th. 1 de INT, V, § 6, n° 2, appliqués aux deux applications propres f et p.
Corollaire 3
Soient H un sous-groupe fermé connexe de G contenant T, h son algèbre de Lie, et dh la mesure de Haar sur H de masse totale 1. Soit φ une fonction centrale intégrable sur G, à valeurs dans un espace de Banach ou dans R. Alors la fonction h↦φ(h)det(Adg/h(h)−1) est intégrable et centrale sur H et l’on a :
∫Gφ(g)dg=w(G)w(H)∫Hφ(h)det(Adg/h(h)−1)dh.
En effet, la fonction h↦φ(h)det(Adg/h(h)−1) est une fonction centrale sur H, dont la restriction à T est la fonction t↦φ(t)δG(t)δH(t)−1. Le corollaire résulte donc du cor. 2 appliqué à G et à H.
Soit v la mesure sur l’espace quotient T/W définie par
∫T/Wψ(τ)dv(τ)=w(G)1∫Tψ(π(t))δG(t)dt,
où π désigne la projection canonique de T sur T/W. Le cor. 2 signifie que l’homéomorphisme T/W→G/Int(G) (§2, no 5, cor. 1 à la prop. 5) transporte la mesure v en l’image de la mesure dg par la projection canonique G→G/Int(G).
Supposons G simplement connexe. Soient A une alcôve de t, et dx la mesure de Haar sur t telle que ∫Adx=1. Alors la mesure v s’obtient aussi en transportant par l’homéomorphisme A→T/W (§5, no 2, cor. 1 à la prop. 2) la mesure w(G)1∏α∈R+(G,T)4sin2πα^(x)dx sur A.
Prenons pour G le groupe SU(2,C) et pour T le sous-groupe des matrices diagonales (§3, no 6); on identifie t à R par le choix de la base {iH} de t (loc. cit.). Posons A=]0,π[; c’est une alcôve de t. L’intervalle A=[0,π] s’identifie à l’espace des classes de conjugaison de G, l’élément θ de A correspondant à la classe de conjugaison de (eiθ00e−iθ). Soit dθ la mesure de Lebesgue sur [0,π]; il résulte de ce qui précède que la mesure sur A image de la mesure de Haar de G est la mesure π2sin2θdθ.
Soient H un groupe de Lie (réel) de dimension m, h son algèbre de Lie. Soit ωH une forme différentielle invariante à droite de degré m sur H, et soit ωh la forme différentielle invariante par translation sur h, de degré m, qui coïncide à l’origine avec ωH(e). On a*
(expH)∗ωH=λhωh
où λh est la fonction sur h, invariante sous Ad(H), telle que
Considérons la fonction λg associée au groupe de Lie compact G; en vertu du § 2, n° 1, th. 1, il suffit pour la calculer de connaître ses valeurs sur t. Or, pour tout x∈t, l’endomorphisme adx de g est semi-simple, et admet pour valeurs propres 0 (avec multiplicité r), et, pour tout α∈R(G,T), δ(α)(x) (avec multiplicité 1). On en déduit aussitôt
λg(x)=α∈R(G,T)∏δ(α)(x)eδ(α)(x)−1=πg(x)δg(x)
avec δg(x)=δG(expx) et πg(x)=∏α∈R(G,T)δ(α)(x)=detadg/t(x).
Soient ωG/T une forme différentielle invariante de degré n−r sur G/T et ωt une forme différentielle de degré r sur t invariante par translation. Avec les notations du n° 1, on note ωG/T∩ωt l’unique forme différentielle ωg de degré n sur g, invariante par translation, telle que ωg(0)=ωG/T(e)∩ωt(0).
Enfin, on désigne par ψ:(G/T)×t→g le morphisme de variétés déduit par passage au quotient de l’application (g,x)↦(Adg)(x) de G×t dans g.
Soient ωg,ωt,ωG/T des formes différentielles invariantes sur g,t,G/T respectivement, de degrés respectifs n,r,n−r. Si ωg=ωG/T∩ωt, on a :
ψ∗ωg=ωG/T∧πgωt
où πg est la fonction sur t définie par πg(x)=∏α∈R(G,T)δ(α)(x).
Notons ωG (resp. ωT) la forme différentielle invariante de degré maximum sur G (resp. T) qui coïncide à l’origine avec ωg (resp. ωt). Considérons le diagramme commutatif
(G/T)×t↓(Id,expT)(G/T)×Tψfg↓expGG
Compte tenu de la prop. 1 du n° 2 et de la relation expT∗ωT=ωt, on en déduit l’égalité
ψ∗expG∗ωG=ωG/T∧δgωt.
D’après la prop. 2, on a ψ∗expG∗ωG=(ψ∗λg)ψ∗ωg. Comme la fonction λg est invariante sous Ad(G), on a
(ψ∗λg)(g,x)=λg(x)=πg(x)δg(x)pourg∈G/T,x∈t.
Il en résulte que les formes ψ∗ωG(g,x) et ωG/T(g)∧πg(x)ωt(x) coïncident lorsque δg(x) est non nul, c’est-à-dire sur l’ouvert dense (G/T)×tr; elles sont donc égales, d’où la proposition.
Choisissons des formes différentielles invariantes de degré maximum ωG sur G et ωT sur T, telles que ∣ωG∣=dg et ∣ωT∣=dt; notons ωg (resp. ωt) la forme différentielle invariante par translation sur g (resp. t) qui coïncide avec ωG(e) (resp. ωT(e)) à l’origine, et dz (resp. dx) la mesure de Haar ∣ωg∣ (resp. ∣ωt∣). En raisonnant comme dans le n° 2, mutatis mutandis, on établit la proposition suivante :
La mesure dz sur g est l’image par l’application propre (g,x)↦(Adg)(x) de G×t dans g de la mesure dg⊗w(G)1πgdx.
Nous laissons au lecteur le soin d’énoncer et démontrer les analogues des cor. 1 à 3 et des remarques 1 à 3 du n° 2. Par exemple, soit φ une fonction intégrable sur g (à valeurs dans un espace de Banach ou dans R); on a
∫gφ(z)dz=w(G)1∫t(∫Gφ((Adg)x)dg)πg(x)dx,
et en particulier, si φ est invariante sous Ad(G),
∫gφ(z)dz=w(G)1∫tφ(x)πg(x)dx.
4. Intégration des sections d’un fibré vectoriel
Dans ce numéro et le suivant, on désigne par X une variété réelle de classe Cr (1≤r≤∞), localement de dimension finie.
Soit Y une variété de classe Cr. Si r<∞, considérons l’application f↦jr(f) de Cr(X;Y) dans C(X;Jr(X,Y)) (VAR, R, 12.3.7). L’image réciproque par cette application de la topologie de la convergence compacte sur C(X;Jr(X,Y)) est appelée topologie de la Cr-convergence compacte sur Cr(X;Y); c’est la borne supérieure des topologies de la Cr-convergence uniforme sur K (VAR, R, 12.3.10), lorsque K décrit l’ensemble des parties compactes de X.
Lorsque r=∞, on appelle topologie de la C∞-convergence compacte sur C∞(X;Y) la borne supérieure des topologies de la Ck-convergence compacte, autrement dit la topologie la moins fine qui rende continues les injections canoniques C∞(X;Y)→Ck(X;Y), pour 0≤k<∞.
Soit E un fibré vectoriel réel de base X, de classe Cr, et soit Sr(X;E) l’espace vectoriel des sections de classe Cr de E. On munira dans ce numéro Sr(X;E) de la topologie induite par la topologie de la Cr-convergence compacte sur Cr(X;E), encore appelée topologie de la Cr-convergence compacte ; elle fait de Sr(X;E) un espace vectoriel topologique localement convexe séparé complet (cf. VAR, R, 15.3.1 et TS, à paraître).
Soient maintenant H un groupe de Lie, m:H×X→X une loi d’opération à gauche de classe Cr; on pose hx=m(h,x) pour h∈H,x∈X. Soit E un H-fibré vectoriel de base X, de classe Cr (III, § 1, no 8, déf. 4). Pour s∈Sr(X;E) et h∈H, notons hs la section x↦h.s(h−1x) de E ; l’application (h,s)↦hs est une loi d’opération de H dans l’espace Sr(X;E).
La loi d’opération* H×Sr(X;E)→Sr(X;E)est continue.
Compte tenu de la définition de la topologie de Sr(X;E) et de TG, X, p. 28, th. 3, il suffit de démontrer que pour tout entier k≤r, l’application f:H×X×Sk(X;E)→Jk(X;E) telle que f(h,x,s)=jxk(hs) est continue. Pour h∈H, notons τh (resp. θh) l’automorphisme x↦hx de X (resp. de E). Définissons des applications
avec ε(x,u)=u(x); l’application ε étant continue (TG, X, p. 28, cor. 1), g est continue.
Soit (h0,x0)∈H×X; prouvons que f1 est continue en (h0,x0). Il existe des cartes (U,ψ,F) et (V,χ,F′) de X et un ouvert Ω de H tels que x0∈U,h0∈Ω et m(Ω×U)⊂V. En utilisant l’expression de Jk(X,X) dans ces cartes, on est ramené à prouver, pour 1≤l≤k, la continuité en (h0,x0) de l’application (h,x)↦Δxl(τh) de Ω×U dans Pl(F;F′), avec Δxl(τh)(v)=l!1Dlτh(x).v pour v∈F (VAR, R, 12.2).
Or Dlτh(x) n’est autre que la dérivée partielle l-ième de m(h,x) par rapport à x, qui est continue par hypothèse ; par conséquent f1 est continue. On démontre de même que f2 est continue, d’où le lemme.
Supposons le groupe* H compact et notons dh la mesure de Haar sur H de masse totale 1. Soit s une section de classeCrde E. Pourx∈X, notonss# l'intégrale vectorielle ∫Hhsdh. Alors s# est une section de classe Cr de E, invariante par H; pour x∈X, on a s#(x)=∫Hhs(h−1x)dh∈Ex. L'endomorphisme s↦s# de Sr(X;E) est un projecteur sur le sous-espace des sections H-invariantes.
Considérons l'application h↦hs de H dans Sr(X;E); elle est continue d'après le lemme 4. Puisque l'espace Sr(X;E) est séparé et complet, l'intégrale s#=∫Hhsdh appartient à Sr(X;E) (INT, III, § 3, no 3, cor. 2). L'application linéaire s↦s(x) de Sr(X;E) dans Ex étant continue, on a s#(x)=∫Hhs(x)dh pour tout x∈X. Il est clair que s# est invariante par H; si s est une section H-invariante, on a s#=s, d'où la dernière assertion.
Soient F un espace de Banach, ρ:H→GL(F) une représentation linéaire analytique, f∈Cr(X;F). Pour x∈X, posons
f#(x)=∫Hρ(h)⋅f(h−1x)dh.
Alors f# est un morphisme de classe Cr de X dans F, compatible aux opérations de H; pour x∈X, on a (en notant τh l'automorphisme x↦hx de X)
dxf#=∫H(ρ(h)∘dh−1xf∘Tx(τh−1))dh∈L(Tx(X);F).
La première assertion résulte de la proposition appliquée au fibré X×F, muni de la loi d'opération (h;(x,f))↦(hx,ρ(h).f). La seconde s'obtient d'après INT, III, § 3, no 2, prop. 2, en appliquant à l'intégrale vectorielle f# l'homomorphisme dx:Cr(X;F)→L(Tx(X);F) qui est continu par définition de la topologie de la Cr-convergence compacte.
Soient F un espace de Banach, p un entier ⩾0, kΩp(X;F) l'espace des formes différentielles de degré p sur X, à valeurs dans F, de classe Ck(2≤k+1≤r). Pour ω∈kΩp(X;F), posons ω#=∫Hτh∗ωdh. Alors l'application ω↦ω# est un projecteur de kΩp(X;F), dont l'image est le sous-espace des formes H-invariantes. On a d(ω#)=(dω)# pour tout ω∈kΩp(X;F).
La première assertion résulte de la proposition appliquée au H-fibré vectoriel
Altp(T(X); F) (III, § 1, n° 8, exemples). Pour démontrer la seconde assertion, il suffit, compte tenu de INT, III, § 3, n° 2, prop. 2, de prouver que l’application d:kΩp(X;F)→k−1Ωp+1(X;F) est continue lorsqu’on munit le premier espace (resp. le second) de la topologie de la Ck-convergence (resp. Ck−1-convergence) compacte. Or cela résulte aussitôt de la définition de ces topologies à l’aide de semi-normes (TS, à paraître) et du fait que d est un opérateur différentiel d’ordre ⩽1 (VAR, R, 14.4.2).
5. Formes différentielles invariantes
Soit X une variété réelle de classe C∞ localement de dimension finie, et soit (g,x)↦gx une loi d’opération à gauche de classe C∞ du groupe de Lie compact connexe G dans X. Pour g∈G, on note τg l’automorphisme x↦gx de X. On désigne par Ω(X) l’algèbre des formes différentielles réelles de classe C∞ sur X (VAR, R, 8.3.1).
Pour tout élément ξ de g, notons Dξ le champ de vecteurs sur X qui lui correspond (III, § 3, n° 5) et θ(ξ),i(ξ) les opérateurs correspondants sur Ω(X), de sorte qu’on a les formules (VAR, R, 8.4.5 et 8.4.7)
θ(ξ)ω=d(i(ξ)ω)+i(ξ)dω
dtd(τexptξ∗ω)=τexptξ∗(θ(ξ)ω).
Une forme différentielle ω∈Ω(X) est invariante si on a τg∗ω=ω pour tout g∈G; d’après la formule (16), il revient au même de dire qu’on a θ(ξ)ω=0 pour tout ξ∈g. Notons Ω(X)G l’espace des formes différentielles invariantes sur X ; si ω∈Ω(X)G, on a dω∈Ω(X)G, de sorte que Ω(X)G est un sous-complexe du complexe (Ω(X),d).
L’injection canonique ι:Ω(X)G→Ω(X) est un homotopisme de complexes (A, X, p. 33, déf. 5) ; l’application ω↦ω#=∫Gτg∗ωdg en est un homotopisme réciproque à homotopie près. En particulier, l’application H(ι):H(Ω(X)G)→H(Ω(X)) est bijective.
D’après le cor. 3 du n° 4, l’application ω↦ω# est un morphisme de complexes de Ω(X) dans Ω(X)G, qui induit l’identité sur le sous-complexe Ω(X)G ; pour démontrer le théorème, il suffit donc de construire un homomorphisme s:Ω(X)→Ω(X), gradué de degré – 1, tel que
ω#−ω=(d∘s+s∘d)(ω)pour tout ω∈Ω(X).
D’après le lemme 1 de INT, IX, § 2, n° 4 et la remarque 1 du § 2, n° 2, il existe une mesure positive dξ sur g, à support compact, dont l’image par l’application exponentielle est égale à dg. Posons, pour ω∈Ω(X),
s(ω)=∫01{∫gτexptξ∗(i(ξ)ω).dξ}dt;
il s'agit de montrer que la formule (17) est satisfaite. On vérifie comme dans la démonstration du cor. 1 (n° 4) la formule
ds(ω)=∫01{∫gτexptξ∗d(i(ξ)ω)⋅dξ}dt.
On déduit alors des formules (15) et (16) les égalités
Appliquons ce théorème dans le cas X=G, pour l'action de G par translations à gauche. Rappelons (III, § 3, n° 13, prop. 50) qu'en associant à une forme différentielle sur G sa valeur à l'élément neutre, on obtient un isomorphisme de Ω(G)G sur l'algèbre graduée Alt(g) des formes multilinéaires alternées sur g. Identifions Ω(G)G à Alt(g) par cet isomorphisme. L'opérateur d est alors donné par la formule (III, § 3, n° 14, prop. 51)
Pour ξ∈g, soit Lξ le champ de vecteurs invariant à gauche qui lui correspond (défini au moyen de l'action de G sur lui-même par translations à droite, cf. III, § 3, n° 6). Les opérateurs θ(Lξ),i(Lξ) commutent à l'action de G sur Ω(G) définie par translation à gauche, donc induisent des opérateurs θ(ξ),i(ξ) de Ω(G)G; dans l'identification précédente, ceux-ci s'expriment par les formules (VAR, R, 8.3.2 et 8.4.2).
Le sous-complexe GΩ(G)G des formes biinvariantes (III, § 3, n° 13) s’identifie au sous-complexe Alt(g)G des formes multilinéaires alternées sur g invariantes par la représentation adjointe (c’est-à-dire telles que θ(ξ)ω=0 pour tout ξ∈g). On a donc un diagramme commutatif de complexes
GΩ(G)G↓Alt(g)G→→Ω(G)G→Ω(G)↓Alt(g)
(18)
où les flèches horizontales sont les injections canoniques, et les flèches verticales sont les isomorphismes induits par l’application ω↦ω(e).
Corollaire 1. — a)Dans le diagramme (18), tous les morphismes sont des homotopismes.
b)Soit ω∈Alt(g). Pour que ω appartienne à Alt(g)G, il faut et il suffit qu’on ait dω=0 et d(i(ξ)ω)=0 pour tout ξ∈g. La différentielle du complexe Alt(g)G est nulle.
c)L’espace vectoriel gradué H(Ω(G)) est isomorphe à Alt(g)G.
Le théorème, appliqué à l’action de G sur G par translations à gauche (resp. à l’action ((g,h);x)↦gxh−1 de G×G sur G) entraîne que l’injection canonique Ω(G)G→Ω(G) (resp. GΩ(G)G→Ω(G)) est un homotopisme ; compte tenu de A, X, p. 34, corollaire, l’assertion a) en résulte.
Démontrons b). D’après la prop. 51 de III, § 3, n° 14, on a dα=−dα, c’est-à-dire dα=0, pour toute forme différentielle α sur G qui est invariante à gauche et à droite. Si ω∈Alt(g)G, on a donc dω=0, et par conséquent d(i(ξ)ω)=θ(ξ)ω−i(ξ)dω=0. Inversement si dω=0 et d(i(ξ)ω)=0, on a θ(ξ)ω=0.
Considérons les sous-complexes Z(Ω(G)) et B(Ω(G)) de Ω(G) (A, X, p. 25). Il résulte de la formule donnant la différentielle du produit de deux formes (VAR, R, 8.3.5) que Z(Ω(G)) est une sous-algèbre de Ω(G) et que B(Ω(G)) est un idéal de Z(Ω(G)); par conséquent le produit extérieur induit sur H(Ω(G)) une structure d’algèbre graduée. On déduit alors de ce qui précède un isomorphisme d’algèbres graduées H(Ω(G))→Alt(g)G.
Soit H un sous-groupe fermé de G; appliquons maintenant le th. 2 à X=G/H. D’après III, § 1, n° 8, cor. 1 à la prop. 17, les formes différentielles G-invariantes sur G/H s’identifient aux éléments H-invariants de Alt(Te(G/H)), c’est-à-dire encore aux éléments de Alt(g) qui sont H-invariants et annulés par les opérateurs i(ξ) pour tout ξ∈L(H). Par suite :
Corollaire 2. — Soit H un sous-groupe fermé de G.
a)* *L’injection canonique Ω(G/H)G→Ω(G/H) est un homotopisme.
b)* *Le complexe Ω(G/H)G s’identifie au sous-complexe de Alt(g) formé des éléments ω de Alt(g) qui sont invariants pour la représentation adjointe de H et tels que i(ξ)ω=0 pour tout ξ∈L(H). Si en outre H est connexe, ce sous-complexe est formé des ω∈Alt(g) tels que θ(ξ)ω=0 et i(ξ)ω=0 pour tout ξ∈L(H).