Bourbaki

§ 6. Intégration dans les groupes de Lie compacts

On conserve les notations du § 4 ; on pose w(G)=Card(WG(T))w(G) = \mathrm{Card}\left(W_G(T)\right). On note dgdg (resp. dtdt) la mesure de Haar sur GG (resp. TT) de masse totale 1, et nn (resp. rr) la dimension de GG (resp. TT).

1. Produit de formes multilinéaires alternées

Soient AA un anneau commutatif et MM un AA-module. Pour chaque entier r⩾0r \geqslant 0, notons Altr(M)\mathrm{Alt}^r(M) le AA-module des formes rr-linéaires alternées sur MM; il s’identifie au dual du AA-module Λr(M)\Lambda^r(M) (A, III, p. 80, prop. 7). Soient u∈Alts(M)u \in \mathrm{Alt}^s(M) et v∈Altr(M)v \in \mathrm{Alt}^r(M); rappelons (A, III, p. 142, exemple 3) qu’on appelle produit alterné de uu et vv l’élément u∧vu \wedge v de Alts+r(M)\mathrm{Alt}^{s+r}(M) défini par

(u∧v)(x1,...,xs+r)=∑σ∈Ss,rεσu(xσ(1),...,xσ(s)) v(xσ(s+1),...,xσ(s+r)), (u \wedge v)(x_1, ..., x_{s+r}) = \sum_{\sigma \in S_{s,r}} \varepsilon_\sigma u(x_{\sigma(1)}, ..., x_{\sigma(s)})\ v(x_{\sigma(s+1)}, ..., x_{\sigma(s+r)}) ,

où Ss,rS_{s,r} est le sous-ensemble du groupe symétrique Ss+rS_{s+r} formé des permutations dont les restrictions à {1,s}\{1, s\} et {s+1,s+r}\{s+1, s+r\} sont croissantes.

Soit maintenant

0⟶M′⟶iM⟶pM′′⟶0 0 \longrightarrow M' \overset{i}{\longrightarrow} M \overset{p}{\longrightarrow} M'' \longrightarrow 0

une suite exacte de AA-modules libres, de rangs respectifs r,r+sr, r+s et ss.

Lemme 1 01EX

Il existe une application AA-bilinéaire de Alts(M′′)×Altr(M′)\mathrm{Alt}^s(M'') \times \mathrm{Alt}^r(M') dans Alts+r(M)\mathrm{Alt}^{s+r}(M), notée (u,v)↦u∩v(u, v) \mapsto u \cap v, et caractérisée par l’une quelconque des deux propriétés suivantes :

a) Notons u1∈Alts(M)u_1 \in \mathrm{Alt}^s(M) la forme (x1,...,xs)↦u(p(x1),...,p(xs))(x_1, ..., x_s) \mapsto u(p(x_1), ..., p(x_s)), et soit v1∈Altr(M)v_1 \in \mathrm{Alt}^r(M) une forme telle que v1(i(x1′),...,i(xr′))=v(x1′,...,xr′)v_1(i(x'_1), ..., i(x'_r)) = v(x'_1, ..., x'_r) pour x1′,...,xr′x'_1, ..., x'_r dans M′M'; on a alors u∩v=u1∧v1u \cap v = u_1 \wedge v_1.

b) Pour x1,...,xsx_1, ..., x_s dans MM et x1′,...,xr′x'_1, ..., x'_r dans M′M', on a

(u∩v)(x1,...,xs,i(x1′),...,i(xr′))=u(p(x1),...,p(xs)) v(x1′,...,xr′). (u \cap v)(x_1, ..., x_s, i(x'_1), ..., i(x'_r)) = u(p(x_1), ..., p(x_s))\ v(x'_1, ..., x'_r) .

L’application φ:Alts(M′′)⊗AAltr(M′)→Alts+r(M)\varphi : \mathrm{Alt}^s(M'') \otimes_A \mathrm{Alt}^r(M') \to \mathrm{Alt}^{s+r}(M) telle que φ(u⊗v)=u∩v\varphi(u \otimes v) = u \cap v est un isomorphisme de AA-modules libres de rang un.

L’existence d’une forme v1v_1 satisfaisant à la condition a) résulte de ce que Λr(i)\Lambda^r(i) induit un isomorphisme de Λr(M′)\Lambda^r(M') sur un sous-module facteur direct de Λr(M)\Lambda^r(M) (A, III, p. 78). Soit v1v_1 une telle forme; posons u∩v=u1∧v1u \cap v = u_1 \wedge v_1. La formule (1) est alors satisfaite, puisque si l’on pose i(xk′)=xs+ki(x'_k) = x_{s+k} pour 1≤k≤r1 \leq k \leq r, le seul élément σ\sigma de Ss,rS_{s,r} tel que p(xσ(i))≠0p(x_{\sigma(i)}) \neq 0 pour 1≤i≤s1 \leq i \leq s est la permutation identique. D’autre part la formule (1) détermine u∩vu \cap v de manière unique : soient en effet (e1′,...,er′)(e'_1, ..., e'_r) une base de M′M', (f1′′,...,fs′′)(f''_1, ..., f''_s) une base de M′′M'', et f1,...,fsf_1, ..., f_s des éléments de MM tels que p(fi)=fi′′p(f_i) = f''_i pour 1≤i≤s1 \leq i \leq s. Alors (f1,...,fs,i(e1′),...,i(er′))(f_1, ..., f_s, i(e'_1), ..., i(e'_r)) est une base de MM (A, II, p. 27, prop. 21), et la formule (1) s’écrit

(2)

(u∩v)(f1,...,fs,i(e1′),...,i(er′))=u(f1′′,...,fs′′) v(e1′,...,er′); (u \cap v)(f_1, ..., f_s, i(e'_1), ..., i(e'_r)) = u(f''_1, ..., f''_s)\ v(e'_1, ..., e'_r) ;

or un élément de Alts+r(M)Alt^{s+r}(M) est déterminé par sa valeur sur une base.

Il résulte de ce qui précède que chacune des conditions a) ou b) détermine le produit u∩vu \cap v de manière unique ; il est clair que ce produit est bilinéaire. Enfin la dernière assertion du lemme résulte de la formule (2).

2. La formule d’intégration de H. Weyl

Soient ee l’élément neutre de GG et e‾\overline{e} sa classe dans G/TG/T. Identifions l’espace tangent à GG en ee à gg, l’espace tangent à TT en ee à tt et l’espace tangent à G/TG/T en e‾\overline{e} à g/tg/t. Notons (u,v)↦u∩v(u, v) \mapsto u \cap v l’application R\mathbf{R}-bilinéaire

Altn−r(g/t)×Altr(t)→Altn(g) Alt^{n-r}(g/t) \times Alt^r(t) \to Alt^n(g)

définie au numéro 1.

Rappelons (III, § 3, no 13, prop. 50) que l’application ω↦ω(e)\omega \mapsto \omega(e) est un isomorphisme de l’espace vectoriel des formes différentielles de degré nn (resp. rr) sur GG (resp. TT), invariantes à gauche, sur l’espace Altn(g)Alt^n(g) (resp. Altr(t)Alt^r(t)). Observons d’ailleurs que, puisqu’un sous-groupe compact connexe de R∗\mathbf{R}^* est réduit à l’élément neutre, on a det⁡Ad⁡ g=1\det \operatorname{Ad}\ g = 1 pour tout g∈Gg \in G, de sorte que les formes différentielles de degré nn invariantes à gauche sur GG sont aussi invariantes à droite et invariantes par automorphismes intérieurs (III, § 3, no 16, cor. à la prop. 54) : nous parlerons simplement dans la suite de formes différentielles invariantes sur GG.

De même, il résulte de III, § 3, no 16, prop. 56 et de ce qui précède que l’application ω↦ω(e‾)\omega \mapsto \omega(\overline{e}) est un isomorphisme de l’espace des formes différentielles de degré n−rn - r sur G/TG/T, invariantes par GG, sur l’espace Altn−r(g/t)Alt^{n-r}(g/t).

Si ωG/T\omega_{G/T} est une forme différentielle de degré n−rn - r sur G/TG/T, invariante par GG, et ωT\omega_T une forme différentielle invariante de degré rr sur TT, on note ωG/T∩ωT\omega_{G/T} \cap \omega_T l’unique forme différentielle invariante de degré nn sur GG telle que

(ωG/T∩ωT)(e)=ωG/T(e‾)∩ωT(e). (\omega_{G/T} \cap \omega_T)(e) = \omega_{G/T}(\overline{e}) \cap \omega_T(e) .

Rappelons enfin qu’on note f:(G/T)×T→Gf : (G/T) \times T \to G le morphisme de variétés déduit par passage au quotient de l’application (g,t)↦gtg−1(g, t) \mapsto gtg^{-1} de G×TG \times T dans GG (§ 5, no 4).

Si α\alpha et β\beta sont des formes différentielles sur G/TG/T et TT respectivement, on note simplement α∧β\alpha \wedge \beta la forme pr1∗α∧pr2∗β\mathrm{pr}_1^*\alpha \wedge \mathrm{pr}_2^*\beta sur (G/T)×T(G/T) \times T.

Pour t∈Tt \in T, notons Adg/t(t)\mathrm{Ad}_{g/t}(t) l’endomorphisme de g/tg/t déduit de Ad t\mathrm{Ad}\ t par passage aux quotients. Posons

δG(t)=det⁡(Adg/t(t)−1)=∏α∈R(G,T)(tα−1). \delta_G(t) = \det(\mathrm{Ad}_{g/t}(t) - 1) = \prod_{\alpha \in R(G, T)} (t^\alpha - 1).

Soient x∈tx \in t et α∈R(G,T)\alpha \in R(G, T); notons α^\hat{\alpha} l’élément (2πi)−1δ(α)(2\pi i)^{-1} \delta(\alpha) de t∗t^*, de sorte qu’on a

((exp⁡x)α−1) ((exp⁡x)−α−1)=(e2πiα^(x)−1) (e−2πiα^(x)−1)=4sin⁡2πα^(x). ((\exp x)^\alpha - 1)\ ((\exp x)^{-\alpha} - 1) = (e^{2\pi i \hat{\alpha}(x)} - 1)\ (e^{-2\pi i \hat{\alpha}(x)} - 1) = 4 \sin^2 \pi \hat{\alpha}(x).

Si R+(G,T)R_+(G, T) désigne l’ensemble des racines positives de R(G,T)R(G, T) relativement à une base BB, on a

δG(exp⁡x)=∏α∈R+(G,T)4sin⁡2πα^(x), \delta_G(\exp x) = \prod_{\alpha \in R_+(G, T)} 4 \sin^2 \pi \hat{\alpha}(x),

d’où en particulier δG(t)>0\delta_G(t) > 0 pour tout t∈Trt \in T_r. Remarquons aussi qu’on a δG(t)=δG(t−1)\delta_G(t) = \delta_G(t^{-1}) pour t∈Tt \in T.

Proposition 1 01EY

Soient ωG,ωG/T\omega_G, \omega_{G/T} et ωT\omega_T des formes différentielles invariantes sur G,G/TG, G/T et TT respectivement, de degrés respectifs n,n−rn, n-r et rr. Si ωG=ωG/T∩ωT\omega_G = \omega_{G/T} \cap \omega_T, alors

f∗(ωG)=ωG/T∧δGωT. f^*(\omega_G) = \omega_{G/T} \wedge \delta_G \omega_T.

On peut évidemment supposer que ωG/T\omega_{G/T} et ωT\omega_T sont non nulles ; alors la forme différentielle (u,t)↦ωG/T(u)∧ωT(t)(u, t) \mapsto \omega_{G/T}(u) \wedge \omega_T(t) sur (G/T)×T(G/T) \times T est de degré nn et partout non nulle ; il existe donc une fonction numérique δ\delta sur (G/T)×T(G/T) \times T telle que

f∗(ωG)(u,t)=δ(u,t) ωG/T(u)∧ωT(t). f^*(\omega_G)(u, t) = \delta(u, t)\ \omega_{G/T}(u) \wedge \omega_T(t).

Observons maintenant que, pour h∈G,u∈G/T,t∈Th \in G, u \in G/T, t \in T, on a f(h.u,t)=(Int h) f(u,t)f(h.u, t) = (\mathrm{Int}\ h)\ f(u, t) ; comme ωG\omega_G est invariante par automorphismes intérieurs, il en résulte aussitôt que δ(hu,t)=δ(u,t)\delta(hu, t) = \delta(u, t), donc δ(u,t)=δ(e‾,t)\delta(u, t) = \delta(\overline{e}, t).

Notons p:g→g/tp : g \to g/t l’application de passage au quotient et φ:g/t→g\varphi : g/t \to g l’application définie par

φ(p(X))=(Ad t−1)X−Xpour X∈g; \varphi(p(X)) = (\mathrm{Ad}\ t^{-1}) X - X \quad \text{pour } X \in g;

rappelons (§ 5, no 4, lemme 4) que l’application tangente

T(e,t)(f):Te(G/T)×Tt(T)→Tt(G) T_{(e,t)}(f) : T_e(G/T) \times T_t(T) \to T_t(G)

applique (z,tH)(z, tH) sur t(φ(z)+H)t(\varphi(z) + H) pour z∈g/t, H∈tz \in g/t,\ H \in t.

Soient z1,...,zn−rz_1, ..., z_{n-r} des éléments de g/tg/t, H1,...,HrH_1, ..., H_r des éléments de tt. On a

f∗ωG(e‾,t)(z1,...,zn−r,tH1,...,tHr) f^*\omega_G(\overline{e}, t)(z_1, ..., z_{n-r}, tH_1, ..., tH_r)
=ωG(t)(tφ(z1),...,tφ(zn−r),tH1,...,tHr)d’apreˋs le calcul de T(e‾,t)(f) = \omega_G(t)(t\varphi(z_1), ..., t\varphi(z_{n-r}), tH_1, ..., tH_r) \quad \text{d'après le calcul de } T_{(\overline{e}, t)}(f)
=ωG(e)(φ(z1),...,φ(zn−r),H1,...,Hr)puisque ωG est invariante = \omega_G(e)(\varphi(z_1), ..., \varphi(z_{n-r}), H_1, ..., H_r) \quad \text{puisque } \omega_G \text{ est invariante}
=ωG/T(e‾)(pφ(z1),...,pφ(zn−r)),ωT(e)(H1,...,Hr)(no1,lemme 1) = \omega_{G/T}(\overline{e})(p\varphi(z_1), ..., p\varphi(z_{n-r})), \omega_T(e)(H_1, ..., H_r) \quad (\text{n}^o 1, \text{lemme 1})
=det⁡(pφ)ωG/T(e‾)(z1,...,zn−r).ωT(e)(H1,...,Hr) = \det(p\varphi)\omega_{G/T}(\overline{e})(z_1, ..., z_{n-r}).\omega_T(e)(H_1, ..., H_r)
=δG(t)ωG/T(e‾)(z1,...,zn−r).ωT(t)(tH1,...,tHr)puisque ωT est invariante = \delta_G(t)\omega_{G/T}(\overline{e})(z_1, ..., z_{n-r}).\omega_T(t)(tH_1, ..., tH_r) \quad \text{puisque } \omega_T \text{ est invariante}
=δG(t)(ωG/T∧ωT)(e‾,t)(z1,...,zn−r,tH1,...,tHr), = \delta_G(t)(\omega_{G/T} \wedge \omega_T)(\overline{e}, t)(z_1, ..., z_{n-r}, tH_1, ..., tH_r),

d'où f∗ωG(e‾,t)=δG(t)(ωG/T∧ωT)(e‾,t)f^*\omega_G(\overline{e}, t) = \delta_G(t)(\omega_{G/T} \wedge \omega_T)(\overline{e}, t); on a donc δ(e‾,t)=δG(t)\delta(\overline{e}, t) = \delta_G(t), d'où la proposition.

Munissons les variétés G,TG, T et G/TG/T des orientations définies par les formes ωG,ωT\omega_G, \omega_T et ωG/T\omega_{G/T} respectivement. Ces formes définissent alors des mesures invariantes sur G,TG, T et G/TG/T (III, § 3, n° 16, prop. 55 et 56), encore notées ωG,ωT\omega_G, \omega_T et ωG/T\omega_{G/T}.

Lemme 2 01EZ

Si ωG=ωG/T∩ωT\omega_G = \omega_{G/T} \cap \omega_T, alors

∫GωG=∫G/TωG/T⋅∫TωT. \int_G \omega_G = \int_{G/T} \omega_{G/T} \cdot \int_T \omega_T.

Notons π\pi le morphisme canonique de GG dans G/TG/T. Soit g∈Gg \in G, et soient t1,...,tn−rt_1, ..., t_{n-r} des éléments de Tπ(g)(G/T)T_{\pi(g)}(G/T). Identifions la fibre π−1(π(g))=gT\pi^{-1}(\pi(g)) = gT à TT par la translation γ(g)\gamma(g). La relation ωG=ωG/T∩ωT\omega_G = \omega_{G/T} \cap \omega_T entraîne alors l'égalité (VAR, R, 11.4.5) :

ωG∣(t1,...,tn−r)=(ωG/T(t1,...,tn−r))ωT. \omega_G|_{(t_1, ..., t_{n-r})} = (\omega_{G/T}(t_1, ..., t_{n-r})) \omega_T.

On a donc ∫πωG=(∫TωT)ωG/T\int_\pi \omega_G = \left( \int_T \omega_T \right) \omega_{G/T} (VAR, R, 11.4.6), et

∫GωG=∫G/T∫πωG=∫TωT⋅∫G/TωG/T(VAR, R, 11.4.8). \int_G \omega_G = \int_{G/T} \int_\pi \omega_G = \int_T \omega_T \cdot \int_{G/T} \omega_{G/T} \quad \text{(VAR, R, 11.4.8)}.

Lemme 3 01F0

L'image réciproque sur (G/T)×Tr(G/T) \times T_r de la mesure dgdg sur GrG_r par l'homéomorphisme local frf_r (INT, V, § 6, n° 6) est la mesure μ⊗δGdt\mu \otimes \delta_G dt, où μ\mu est l'unique mesure GG-invariante sur G/TG/T de masse totale 1.

Choisissons une forme différentielle invariante ωT\omega_T (resp. ωG/T\omega_{G/T}) sur TT (resp. G/TG/T) de degré maximum, telle que la mesure définie par ωT\omega_T (resp. ωG/T\omega_{G/T}) soit égale à dtdt (resp. μ\mu). Posons ωG=ωG/T∩ωT\omega_G = \omega_{G/T} \cap \omega_T. Le lemme 2 entraîne que la mesure définie par ωG\omega_G est égale à dgdg. Soit UU une partie ouverte de (G/T)×Tr(G/T) \times T_r, telle que frf_r induise un isomorphisme de UU sur une partie ouverte VV de GrG_r. Soit φ\varphi une fonction continue à support compact dans V ; notons encore φ\varphi le prolongement de φ\varphi à GrG_r, qui s’annule en dehors de V. On a

∫Vφdg=∫VφωG=∫U(φ∘fr)fr∗(ωG) \int_V \varphi dg = \int_V \varphi \omega_G = \int_U (\varphi \circ f_r) f_r^*(\omega_G)
=∫U(φ∘fr)ωG/T∧δGωT(prop. 1) = \int_U (\varphi \circ f_r) \omega_{G/T} \wedge \delta_G \omega_T \quad \text{(prop. 1)}
=∫U(φ∘fr)dμ⋅δGdt, = \int_U (\varphi \circ f_r) d\mu \cdot \delta_G dt ,

d’où le lemme.

Théorème 1 (H. Weyl). — La mesure dg sur G est l’image par l’application (g,t)↦gtg−1(g, t) \mapsto gtg^{-1} de G×TG \times T dans GG de la mesure dg⊗1w(G)δGdtdg \otimes \frac{1}{w(G)} \delta_G dt, où

δG(t)=det⁡(Adg/t(t)−1)=∏α∈R(G,T)(tα−1). \delta_G(t) = \det(\mathrm{Ad}_{g/t}(t) - 1) = \prod_{\alpha \in R(G, T)} (t^\alpha - 1) .

Il revient au même (INT, V, § 6, n° 3, prop. 4) de dire que dgdg est l’image par l’application f:(G/T)×T→Gf : (G/T) \times T \to G de la mesure μ⊗1w(G)δGdt\mu \otimes \frac{1}{w(G)} \delta_G dt.

Démontrons cette dernière assertion. Il résulte du § 5, n° 1 et de VAR, R, 10.1.3, c) que G−GrG - G_r est négligeable dans GG et T−TrT - T_r négligeable dans TT. Par ailleurs l’application frf_r fait de (G/T)×Tr(G/T) \times T_r un revêtement principal de GrG_r, de groupe WW (§ 5, n° 4, prop. 4, b)). Le théorème résulte alors du lemme 3 et de INT, V, § 6, n° 6, prop. 11.

Corollaire 1

(i) Soit φ\varphi une fonction intégrable sur GG à valeurs dans un espace de Banach ou dans R‾\overline{\mathbf{R}}. Pour presque tout t∈Tt \in T, la fonction g↦φ(gtg−1)g \mapsto \varphi(gtg^{-1}) sur GG est intégrable pour dgdg. La fonction t↦δG(t)∫Gφ(gtg−1)dgt \mapsto \delta_G(t) \int_G \varphi(gtg^{-1}) dg est intégrable sur TT, et l’on a

∫Gφ(g)dg=1w(G)∫T(∫Gφ(gtg−1)dg)δG(t)dt \int_G \varphi(g) dg = \frac{1}{w(G)} \int_T \left( \int_G \varphi(gtg^{-1}) dg \right) \delta_G(t) dt
(formule d’intégration de Hermann Weyl).

(ii) Soit φ\varphi une fonction mesurable positive sur GG. Pour presque tout t∈Tt \in T, la fonction g↦φ(gtg−1)g \mapsto \varphi(gtg^{-1}) sur GG est mesurable. La fonction t↦∫G∗φ(gtg−1)dgt \mapsto \int_G^* \varphi(gtg^{-1}) dg sur TT est mesurable, et l’on a

∫G∗φ(g)dg=1w(G)∫T∗(∫G∗φ(gtg−1)dg)δG(t)dt. \int_G^* \varphi(g) dg = \frac{1}{w(G)} \int_T^* \left( \int_G^* \varphi(gtg^{-1}) dg \right) \delta_G(t) dt .

Puisque l’application ff se déduit par passage au quotient de l’application (g,t)↦gtg−1(g, t) \mapsto gtg^{-1} de G×TG \times T dans GG, il suffit d’appliquer INT, V, § 5, 6, 8 et INT, VII, § 2.

Corollaire 2

Soit φ\varphi une fonction centrale sur GG (c’est-à-dire telle que φ(gh)=φ(hg)\varphi(gh) = \varphi(hg) pour tous gg et hh dans GG) à valeurs dans un espace de Banach ou dans R‾\overline{\mathbf{R}}. a) Pour que φ\varphi soit mesurable, il faut et il suffit que sa restriction à TT soit mesurable. b) *Pour que φ\varphi soit intégrable, il faut et il suffit que la fonction (φ∣T)(\varphi|T) δG(t)\delta_G(t) soit intégrable sur TT et l’on a alors

∫Gφ(g) dg=1w(G)∫Tφ(t) δG(t) dt. \int_G \varphi(g) \, dg = \frac{1}{w(G)} \int_T \varphi(t) \, \delta_G(t) \, dt .

Notons p:G/T×T→Tp : G/T \times T \to T la seconde projection. On a φ∘f=(φ∣T)∘p\varphi \circ f = (\varphi|T) \circ p; par ailleurs, l’image par pp de la mesure μ⊗1w(G)δGdt\mu \otimes \frac{1}{w(G)} \delta_G dt est 1w(G)δGdt\frac{1}{w(G)} \delta_G dt. Le corollaire résulte alors du th. 1 ci-dessus et du th. 1 de INT, V, § 6, n° 2, appliqués aux deux applications propres ff et pp.

Corollaire 3

Soient HH un sous-groupe fermé connexe de GG contenant TT, hh son algèbre de Lie, et dhdh la mesure de Haar sur HH de masse totale 1. Soit φ\varphi une fonction centrale intégrable sur GG, à valeurs dans un espace de Banach ou dans R‾\overline{\mathbf{R}}. Alors la fonction h↦φ(h)det⁡(Adg/h(h)−1)h \mapsto \varphi(h) \det(\mathrm{Ad}_{g/h}(h) - 1) est intégrable et centrale sur HH et l’on a :

∫Gφ(g) dg=w(H)w(G)∫Hφ(h)det⁡(Adg/h(h)−1) dh. \int_G \varphi(g) \, dg = \frac{w(H)}{w(G)} \int_H \varphi(h) \det(\mathrm{Ad}_{g/h}(h) - 1) \, dh .

En effet, la fonction h↦φ(h)det⁡(Adg/h(h)−1)h \mapsto \varphi(h) \det(\mathrm{Ad}_{g/h}(h) - 1) est une fonction centrale sur HH, dont la restriction à TT est la fonction t↦φ(t)δG(t)δH(t)−1t \mapsto \varphi(t) \delta_G(t) \delta_H(t)^{-1}. Le corollaire résulte donc du cor. 2 appliqué à GG et à HH.

Remarque 1 01F5

Si l’on prend φ=1\varphi = 1 dans le cor. 3, on obtient

∫Hdet⁡(Adg/h(h)−1) dh=w(G)/w(H) \int_H \det(\mathrm{Ad}_{g/h}(h) - 1) \, dh = w(G)/w(H)

et en particulier

∫TδG(t) dt=w(G). \int_T \delta_G(t) \, dt = w(G) .

Remarque 2 01F6

Soit vv la mesure sur l’espace quotient T/WT/W définie par

∫T/Wψ(τ) dv(τ)=1w(G)∫Tψ(π(t))δG(t) dt, \int_{T/W} \psi(\tau) \, dv(\tau) = \frac{1}{w(G)} \int_T \psi(\pi(t)) \delta_G(t) \, dt ,

où π\pi désigne la projection canonique de TT sur T/WT/W. Le cor. 2 signifie que l’homéomorphisme T/W→G/Int(G)T/W \to G/\mathrm{Int}(G) (§2§ 2, no 5, cor. 1 à la prop. 5) transporte la mesure vv en l’image de la mesure dgdg par la projection canonique G→G/Int(G)G \to G/\mathrm{Int}(G).

Remarque 3 01F7

Supposons GG simplement connexe. Soient AA une alcôve de tt, et dxdx la mesure de Haar sur tt telle que ∫A‾dx=1\int_{\overline{A}} dx = 1. Alors la mesure vv s’obtient aussi en transportant par l’homéomorphisme A‾→T/W\overline{A} \to T/W (§5§ 5, no 2, cor. 1 à la prop. 2) la mesure 1w(G)∏α∈R+(G,T)4sin⁡2πα^(x) dx\frac{1}{w(G)} \prod_{\alpha \in R_+(G,T)} 4 \sin^2 \pi \hat{\alpha}(x) \, dx sur A‾\overline{A}.

Exemple 01F8

Prenons pour GG le groupe SU(2,C)SU(2, \mathbf{C}) et pour TT le sous-groupe des matrices diagonales (§3§ 3, no 6); on identifie tt à R\mathbf{R} par le choix de la base {iH}\{ iH \} de tt (loc. cit.). Posons A=]0,π[A = ]0, \pi[; c’est une alcôve de tt. L’intervalle A‾=[0,π]\overline{A} = [0, \pi] s’identifie à l’espace des classes de conjugaison de GG, l’élément θ\theta de A‾\overline{A} correspondant à la classe de conjugaison de (eiθ00e−iθ)\begin{pmatrix} e^{i\theta} & 0 \\ 0 & e^{-i\theta} \end{pmatrix}. Soit dθd\theta la mesure de Lebesgue sur [0,π][0, \pi]; il résulte de ce qui précède que la mesure sur A‾\overline{A} image de la mesure de Haar de GG est la mesure 2πsin⁡2θdθ\frac{2}{\pi} \sin^2 \theta d\theta.

3. Intégration dans l’algèbre de Lie

Proposition 2 01F9

Soient HH un groupe de Lie (réel) de dimension mm, h\mathfrak{h} son algèbre de Lie. Soit ωH\omega_H une forme différentielle invariante à droite de degré mm sur HH, et soit ωh\omega_{\mathfrak{h}} la forme différentielle invariante par translation sur h\mathfrak{h}, de degré mm, qui coïncide à l’origine avec ωH(e)\omega_H(e). On a*

(exp⁡H)∗ωH=λhωh (\exp_H)^* \omega_H = \lambda_{\mathfrak{h}} \omega_{\mathfrak{h}}
où λh\lambda_{\mathfrak{h}} est la fonction sur h\mathfrak{h}, invariante sous Ad(H)\mathrm{Ad}(H), telle que
λh(x)=det⁡(∑p≥01(p+1)!(ad x)p)pourx∈h. \lambda_{\mathfrak{h}}(x) = \det \left( \sum_{p \geq 0} \frac{1}{(p+1)!} (\mathrm{ad}\ x)^p \right) \quad \text{pour} \quad x \in \mathfrak{h}.
Soient x,x1,...,xmx, x_1, ..., x_m des éléments de h\mathfrak{h}. On a
(exp⁡∗ωH)x(x1,...,xm)=(ωH(exp⁡x))(Tx(exp⁡)(x1),...,Tx(exp⁡)(xm)). (\exp^* \omega_H)_x(x_1, ..., x_m) = (\omega_H(\exp x)) \left( T_x(\exp)(x_1), ..., T_x(\exp)(x_m) \right).
Notons ϖ(x):h→h\varpi(x): \mathfrak{h} \to \mathfrak{h} la différentielle droite de l’exponentielle en xx (III, § 3, no 17, déf. 8); on a donc par définition :
Tx(exp⁡)(y)(exp⁡x)−1=ϖ(x).ypour touty∈h. T_x(\exp)(y) (\exp x)^{-1} = \varpi(x).y \quad \text{pour tout} \quad y \in \mathfrak{h}.
La forme ωH\omega_H étant invariante à droite, on obtient :
(ωH(exp⁡x))(Tx(exp⁡)(x1),...,Tx(exp⁡)(xm))=ωH(e)(ϖ(x).x1,...,ϖ(x).xm) (\omega_H(\exp x)) \left( T_x(\exp)(x_1), ..., T_x(\exp)(x_m) \right) = \omega_H(e) \left( \varpi(x).x_1, ..., \varpi(x).x_m \right)
=(det⁡ϖ(x))ωh(x1,...,xm); = (\det \varpi(x)) \omega_{\mathfrak{h}}(x_1, ..., x_m);

on a donc exp⁡∗ωH=λhωh\exp^*\omega_H = \lambda_h \omega_h, avec λh(x)=det⁡ϖ(x)=det⁡exp⁡ad⁡x−1ad⁡x\lambda_h(x) = \det \varpi(x) = \det \frac{\exp \operatorname{ad} x - 1}{\operatorname{ad} x} (III, § 6, n° 4, prop. 12).

Soit h∈Hh \in H; puisque Ad⁡h\operatorname{Ad} h est un automorphisme de h\mathfrak{h}, on a

ad⁡((Ad⁡h)(x))=Ad⁡h∘Ad⁡x∘(Ad⁡h)−1, \operatorname{ad}((\operatorname{Ad} h)(x)) = \operatorname{Ad} h \circ \operatorname{Ad} x \circ (\operatorname{Ad} h)^{-1},
d’où λh((Ad⁡h)(x))=λh(x)\lambda_h((\operatorname{Ad} h)(x)) = \lambda_h(x). La fonction λh\lambda_h est donc invariante sous Ad⁡(H)\operatorname{Ad}(H); ceci achève de prouver la proposition.

Remarque 01FA

Considérons la fonction λg\lambda_g associée au groupe de Lie compact GG; en vertu du § 2, n° 1, th. 1, il suffit pour la calculer de connaître ses valeurs sur tt. Or, pour tout x∈tx \in t, l’endomorphisme ad⁡x\operatorname{ad} x de gg est semi-simple, et admet pour valeurs propres 0 (avec multiplicité rr), et, pour tout α∈R(G,T)\alpha \in R(G, T), δ(α)(x)\delta(\alpha)(x) (avec multiplicité 1). On en déduit aussitôt

λg(x)=∏α∈R(G,T)eδ(α)(x)−1δ(α)(x)=δg(x)πg(x) \lambda_g(x) = \prod_{\alpha \in R(G, T)} \frac{e^{\delta(\alpha)(x)} - 1}{\delta(\alpha)(x)} = \frac{\delta_g(x)}{\pi_g(x)}
avec δg(x)=δG(exp⁡x)\delta_g(x) = \delta_G(\exp x) et πg(x)=∏α∈R(G,T)δ(α)(x)=det⁡ad⁡g/t(x)\pi_g(x) = \prod_{\alpha \in R(G, T)} \delta(\alpha)(x) = \det \operatorname{ad}_{g/t}(x).

Soient ωG/T\omega_{G/T} une forme différentielle invariante de degré n−rn - r sur G/TG/T et ωt\omega_t une forme différentielle de degré rr sur tt invariante par translation. Avec les notations du n° 1, on note ωG/T∩ωt\omega_{G/T} \cap \omega_t l’unique forme différentielle ωg\omega_g de degré nn sur gg, invariante par translation, telle que ωg(0)=ωG/T(e‾)∩ωt(0)\omega_g(0) = \omega_{G/T}(\overline{e}) \cap \omega_t(0).

Enfin, on désigne par ψ:(G/T)×t→g\psi : (G/T) \times t \to g le morphisme de variétés déduit par passage au quotient de l’application (g,x)↦(Ad⁡g)(x)(g, x) \mapsto (\operatorname{Ad} g)(x) de G×tG \times t dans gg.

Proposition 3 01FB

Soient ωg,ωt,ωG/T\omega_g, \omega_t, \omega_{G/T} des formes différentielles invariantes sur g,t,G/Tg, t, G/T respectivement, de degrés respectifs n,r,n−rn, r, n - r. Si ωg=ωG/T∩ωt\omega_g = \omega_{G/T} \cap \omega_t, on a :

ψ∗ωg=ωG/T∧πgωt \psi^*\omega_g = \omega_{G/T} \wedge \pi_g \omega_t
où πg\pi_g est la fonction sur tt définie par πg(x)=∏α∈R(G,T)δ(α)(x)\pi_g(x) = \prod_{\alpha \in R(G, T)} \delta(\alpha)(x).

Notons ωG\omega_G (resp. ωT\omega_T) la forme différentielle invariante de degré maximum sur GG (resp. TT) qui coïncide à l’origine avec ωg\omega_g (resp. ωt\omega_t). Considérons le diagramme commutatif

(G/T)×t→ψg↓(Id⁡,exp⁡T)↓exp⁡G(G/T)×T→fG \begin{array}{ccc} (G/T) \times t & \xrightarrow{\psi} & g \\ \downarrow (\operatorname{Id}, \exp_T) & & \downarrow \exp_G \\ (G/T) \times T & \xrightarrow{f} & G \end{array}

Compte tenu de la prop. 1 du n° 2 et de la relation exp⁡T∗ωT=ωt\exp_T^*\omega_T = \omega_t, on en déduit l’égalité

ψ∗exp⁡G∗ωG=ωG/T∧δgωt. \psi^*\exp_G^*\omega_G = \omega_{G/T} \wedge \delta_g \omega_t.

D’après la prop. 2, on a ψ∗exp⁡G∗ωG=(ψ∗λg) ψ∗ωg\psi^*\exp_G^*\omega_G = (\psi^*\lambda_g)\,\psi^*\omega_g. Comme la fonction λg\lambda_g est invariante sous Ad(G)\mathrm{Ad}(G), on a

(ψ∗λg)(g‾,x)=λg(x)=δg(x)πg(x)pourg‾∈G/T,x∈t. (\psi^*\lambda_g)(\overline{g}, x) = \lambda_g(x) = \frac{\delta_g(x)}{\pi_g(x)} \quad \text{pour} \quad \overline{g} \in G/T, \quad x \in t.

Il en résulte que les formes ψ∗ωG(g‾,x)\psi^*\omega_G(\overline{g}, x) et ωG/T(g‾)∧πg(x) ωt(x)\omega_{G/T}(\overline{g}) \wedge \pi_g(x)\,\omega_t(x) coïncident lorsque δg(x)\delta_g(x) est non nul, c’est-à-dire sur l’ouvert dense (G/T)×tr(G/T) \times t_r; elles sont donc égales, d’où la proposition.

Choisissons des formes différentielles invariantes de degré maximum ωG\omega_G sur GG et ωT\omega_T sur TT, telles que ∣ωG∣=dg|\omega_G| = dg et ∣ωT∣=dt|\omega_T| = dt; notons ωg\omega_g (resp. ωt\omega_t) la forme différentielle invariante par translation sur gg (resp. tt) qui coïncide avec ωG(e)\omega_G(e) (resp. ωT(e)\omega_T(e)) à l’origine, et dzdz (resp. dxdx) la mesure de Haar ∣ωg∣|\omega_g| (resp. ∣ωt∣|\omega_t|). En raisonnant comme dans le n° 2, mutatis mutandis, on établit la proposition suivante :

Proposition 4 01FC

La mesure dzdz sur gg est l’image par l’application propre (g,x)↦(Ad g)(x)(g, x) \mapsto (\mathrm{Ad}\,g)(x) de G×tG \times t dans gg de la mesure dg⊗1w(G)πgdxdg \otimes \frac{1}{w(G)} \pi_g dx.

Nous laissons au lecteur le soin d’énoncer et démontrer les analogues des cor. 1 à 3 et des remarques 1 à 3 du n° 2. Par exemple, soit φ\varphi une fonction intégrable sur gg (à valeurs dans un espace de Banach ou dans R‾\overline{\mathbf{R}}); on a

∫gφ(z) dz=1w(G)∫t(∫Gφ((Ad g) x) dg)πg(x) dx, \int_g \varphi(z)\,dz = \frac{1}{w(G)} \int_t \left( \int_G \varphi((\mathrm{Ad}\,g)\,x)\,dg \right) \pi_g(x)\,dx,

et en particulier, si φ\varphi est invariante sous Ad(G)\mathrm{Ad}(G),

∫gφ(z) dz=1w(G)∫tφ(x) πg(x) dx. \int_g \varphi(z)\,dz = \frac{1}{w(G)} \int_t \varphi(x)\,\pi_g(x)\,dx.

4. Intégration des sections d’un fibré vectoriel

Dans ce numéro et le suivant, on désigne par XX une variété réelle de classe CrC^r (1≤r≤∞1 \leq r \leq \infty), localement de dimension finie.

Soit YY une variété de classe CrC^r. Si r<∞r < \infty, considérons l’application f↦jr(f)f \mapsto j^r(f) de Cr(X;Y)\mathscr{C}^r(X; Y) dans C(X;Jr(X,Y))\mathscr{C}(X; J^r(X, Y)) (VAR, R, 12.3.7). L’image réciproque par cette application de la topologie de la convergence compacte sur C(X;Jr(X,Y))\mathscr{C}(X; J^r(X, Y)) est appelée topologie de la CrC^r-convergence compacte sur Cr(X;Y)\mathscr{C}^r(X; Y); c’est la borne supérieure des topologies de la CrC^r-convergence uniforme sur KK (VAR, R, 12.3.10), lorsque KK décrit l’ensemble des parties compactes de XX.

Lorsque r=∞r = \infty, on appelle topologie de la C∞C^\infty-convergence compacte sur C∞(X;Y)\mathscr{C}^\infty(X; Y) la borne supérieure des topologies de la CkC^k-convergence compacte, autrement dit la topologie la moins fine qui rende continues les injections canoniques C∞(X;Y)→Ck(X;Y)\mathscr{C}^\infty(X; Y) \to \mathscr{C}^k(X; Y), pour 0≤k<∞0 \leq k < \infty.

Soit E un fibré vectoriel réel de base X, de classe CrC^r, et soit Sr(X;E)\mathscr{S}^r(X;E) l’espace vectoriel des sections de classe CrC^r de E. On munira dans ce numéro Sr(X;E)\mathscr{S}^r(X;E) de la topologie induite par la topologie de la CrC^r-convergence compacte sur Cr(X;E)C^r(X;E), encore appelée topologie de la CrC^r-convergence compacte ; elle fait de Sr(X;E)\mathscr{S}^r(X;E) un espace vectoriel topologique localement convexe séparé complet (cf. VAR, R, 15.3.1 et TS, à paraître).

Soient maintenant H un groupe de Lie, m:H×X→Xm : H \times X \to X une loi d’opération à gauche de classe CrC^r; on pose hx=m(h,x)hx = m(h, x) pour h∈H, x∈Xh \in H,\ x \in X. Soit E un H-fibré vectoriel de base X, de classe CrC^r (III, § 1, no 8, déf. 4). Pour s∈Sr(X;E)s \in \mathscr{S}^r(X;E) et h∈Hh \in H, notons hs^h s la section x↦h.s(h−1x)x \mapsto h.s(h^{-1}x) de E ; l’application (h,s)↦hs(h, s) \mapsto ^h s est une loi d’opération de H dans l’espace Sr(X;E)\mathscr{S}^r(X;E).

Lemme 4 01FD

La loi d’opération* H×Sr(X;E)→Sr(X;E)H \times \mathscr{S}^r(X;E) \to \mathscr{S}^r(X;E) est continue.

Compte tenu de la définition de la topologie de Sr(X;E)\mathscr{S}^r(X;E) et de TG, X, p. 28, th. 3, il suffit de démontrer que pour tout entier k≤rk \leq r, l’application f:H×X×Sk(X;E)→Jk(X;E)f : H \times X \times \mathscr{S}^k(X;E) \to J^k(X;E) telle que f(h,x,s)=jxk(hs)f(h, x, s) = j_x^k(^h s) est continue. Pour h∈Hh \in H, notons τh\tau_h (resp. θh\theta_h) l’automorphisme x↦hxx \mapsto hx de X (resp. de E). Définissons des applications

f1:H×X→Jk(X,X)f2:H×E→Jk(E,E)g:H×X×Sk(X;E)→Jk(X,E) f_1 : H \times X \to J^k(X, X) \\ f_2 : H \times E \to J^k(E, E) \\ g : H \times X \times \mathscr{S}^k(X;E) \to J^k(X, E)
par f1(h,x)=jxk(τh), f2(h,v)=jvk(θh), g(h,x,s)=jhxk(s)f_1(h, x) = j_x^k(\tau_h),\ f_2(h, v) = j_v^k(\theta_h),\ g(h, x, s) = j_{hx}^k(s). On a
f(h,x,s)=f2(h,s(h−1x))∘g(h−1,x,s)∘f1(h−1,x), f(h, x, s) = f_2(h, s(h^{-1}x)) \circ g(h^{-1}, x, s) \circ f_1(h^{-1}, x),
et il suffit par conséquent, d’après VAR, R, 12.3.6, de démontrer que f1, f2f_1,\ f_2 et gg sont continues.

Or gg est l’application composée

H×X×Sk(X;E)→(m,Id)X×Sk(X;E)→(Id,jk)X×C(X;Jk(X,E))→εJk(X;E) H \times X \times \mathscr{S}^k(X;E) \xrightarrow{(m,\mathrm{Id})} X \times \mathscr{S}^k(X;E) \xrightarrow{(\mathrm{Id},j^k)} X \times C(X;J^k(X,E)) \xrightarrow{\varepsilon} J^k(X;E)
avec ε(x,u)=u(x)\varepsilon(x, u) = u(x); l’application ε\varepsilon étant continue (TG, X, p. 28, cor. 1), gg est continue.

Soit (h0,x0)∈H×X(h_0, x_0) \in H \times X; prouvons que f1f_1 est continue en (h0,x0)(h_0, x_0). Il existe des cartes (U,ψ,F)(U, \psi, F) et (V,χ,F′)(V, \chi, F') de X et un ouvert Ω\Omega de H tels que x0∈U, h0∈Ωx_0 \in U,\ h_0 \in \Omega et m(Ω×U)⊂Vm(\Omega \times U) \subset V. En utilisant l’expression de Jk(X,X)J^k(X,X) dans ces cartes, on est ramené à prouver, pour 1≤l≤k1 \leq l \leq k, la continuité en (h0,x0)(h_0, x_0) de l’application (h,x)↦Δxl(τh)(h, x) \mapsto \Delta_x^l(\tau_h) de Ω×U\Omega \times U dans Pl(F;F′)P_l(F;F'), avec Δxl(τh)(v)=1l!Dlτh(x).v\Delta_x^l(\tau_h)(v) = \frac{1}{l!} D^l \tau_h(x).v pour v∈Fv \in F (VAR, R, 12.2).

Or Dlτh(x)D^l \tau_h(x) n’est autre que la dérivée partielle ll-ième de m(h,x)m(h, x) par rapport à xx, qui est continue par hypothèse ; par conséquent f1f_1 est continue. On démontre de même que f2f_2 est continue, d’où le lemme.

Proposition 5 01FE

Supposons le groupe* H compact et notons dh la mesure de Haar sur H de masse totale 1. Soit s une section de classe CrC^r de E. Pour x∈Xx \in X, notons s#s^\# l'intégrale vectorielle ∫Hhsdh\int_H^{h s} dh. Alors s#s^\# est une section de classe CrC^r de EE, invariante par HH; pour x∈Xx \in X, on a s#(x)=∫Hhs(h−1x) dh∈Exs^\#(x) = \int_H h s(h^{-1} x) \, dh \in E_x. L'endomorphisme s↦s#s \mapsto s^\# de Sr(X;E)\mathscr{S}^r(X; E) est un projecteur sur le sous-espace des sections HH-invariantes.

Considérons l'application h↦hsh \mapsto ^h s de HH dans Sr(X;E)\mathscr{S}^r(X; E); elle est continue d'après le lemme 4. Puisque l'espace Sr(X;E)\mathscr{S}^r(X; E) est séparé et complet, l'intégrale s#=∫Hhs dhs^\# = \int_H ^h s \, dh appartient à Sr(X;E)\mathscr{S}^r(X; E) (INT, III, § 3, no 3, cor. 2). L'application linéaire s↦s(x)s \mapsto s(x) de Sr(X;E)\mathscr{S}^r(X; E) dans ExE_x étant continue, on a s#(x)=∫Hhs(x) dhs^\#(x) = \int_H ^h s(x) \, dh pour tout x∈Xx \in X. Il est clair que s#s^\# est invariante par HH; si ss est une section HH-invariante, on a s#=ss^\# = s, d'où la dernière assertion.

Corollaire 1 01FF

Soient FF un espace de Banach, ρ:H→GL(F)\rho : H \to \mathbf{GL}(F) une représentation linéaire analytique, f∈Cr(X;F)f \in \mathscr{C}^r(X; F). Pour x∈Xx \in X, posons

f#(x)=∫Hρ(h)⋅f(h−1x) dh. f^\#(x) = \int_H \rho(h) \cdot f(h^{-1} x) \, dh .

Alors f#f^\# est un morphisme de classe CrC^r de XX dans FF, compatible aux opérations de HH; pour x∈Xx \in X, on a (en notant τh\tau_h l'automorphisme x↦hxx \mapsto hx de XX)

dxf#=∫H(ρ(h)∘dh−1xf∘Tx(τh−1)) dh∈L(Tx(X);F). d_x f^\# = \int_H (\rho(h) \circ d_{h^{-1} x} f \circ T_x(\tau_{h^{-1}})) \, dh \in \mathscr{L}(T_x(X); F) .

La première assertion résulte de la proposition appliquée au fibré X×FX \times F, muni de la loi d'opération (h;(x,f))↦(hx,ρ(h).f)(h; (x, f)) \mapsto (hx, \rho(h).f). La seconde s'obtient d'après INT, III, § 3, no 2, prop. 2, en appliquant à l'intégrale vectorielle f#f^\# l'homomorphisme dx:Cr(X;F)→L(Tx(X);F)d_x : \mathscr{C}^r(X; F) \to \mathscr{L}(T_x(X); F) qui est continu par définition de la topologie de la CrC^r-convergence compacte.

Corollaire 2 01FG

Soient FF un espace de Banach, f∈Cr(X;F)f \in \mathscr{C}^r(X; F); posons

f#(x)=∫Hf(hx) dh f^\#(x) = \int_H f(hx) \, dh

pour x∈Xx \in X. La fonction f#f^\# est de classe CrC^r, et on a f#(hx)=f#(x)f^\#(hx) = f^\#(x) pour x∈X,h∈Hx \in X, h \in H.

Corollaire 3 01FH

Soient FF un espace de Banach, pp un entier ⩾0\geqslant 0, kΩp(X;F)^k \Omega^p(X; F) l'espace des formes différentielles de degré pp sur XX, à valeurs dans FF, de classe Ck(2≤k+1≤r)C^k (2 \leq k + 1 \leq r). Pour ω∈kΩp(X;F)\omega \in ^k \Omega^p(X; F), posons ω#=∫Hτh∗ω dh\omega^\# = \int_H \tau_h^* \omega \, dh. Alors l'application ω↦ω#\omega \mapsto \omega^\# est un projecteur de kΩp(X;F)^k \Omega^p(X; F), dont l'image est le sous-espace des formes HH-invariantes. On a d(ω#)=(dω)#d(\omega^\#) = (d\omega)^\# pour tout ω∈kΩp(X;F)\omega \in ^k \Omega^p(X; F).

La première assertion résulte de la proposition appliquée au HH-fibré vectoriel

Altp^p(T(X); F) (III, § 1, n° 8, exemples). Pour démontrer la seconde assertion, il suffit, compte tenu de INT, III, § 3, n° 2, prop. 2, de prouver que l’application d:kΩp(X;F)→k−1Ωp+1(X;F)d : {}^k\Omega^p(X; F) \to {}^{k-1}\Omega^{p+1}(X; F) est continue lorsqu’on munit le premier espace (resp. le second) de la topologie de la CkC^k-convergence (resp. Ck−1C^{k-1}-convergence) compacte. Or cela résulte aussitôt de la définition de ces topologies à l’aide de semi-normes (TS, à paraître) et du fait que dd est un opérateur différentiel d’ordre ⩽1\leqslant 1 (VAR, R, 14.4.2).

5. Formes différentielles invariantes

Soit X une variété réelle de classe C∞C^\infty localement de dimension finie, et soit (g,x)↦gx(g, x) \mapsto gx une loi d’opération à gauche de classe C∞C^\infty du groupe de Lie compact connexe G dans X. Pour g∈Gg \in G, on note τg\tau_g l’automorphisme x↦gxx \mapsto gx de X. On désigne par Ω(X)\Omega(X) l’algèbre des formes différentielles réelles de classe C∞C^\infty sur X (VAR, R, 8.3.1).

Pour tout élément ξ\xi de g, notons DξD_\xi le champ de vecteurs sur X qui lui correspond (III, § 3, n° 5) et θ(ξ),i(ξ)\theta(\xi), i(\xi) les opérateurs correspondants sur Ω(X)\Omega(X), de sorte qu’on a les formules (VAR, R, 8.4.5 et 8.4.7)

θ(ξ)ω=d(i(ξ)ω)+i(ξ)dω \theta(\xi)\omega = d(i(\xi)\omega) + i(\xi)d\omega
ddt(τexp⁡tξ∗ω)=τexp⁡tξ∗(θ(ξ)ω). \frac{d}{dt}(\tau_{\exp t\xi}^*\omega) = \tau_{\exp t\xi}^*(\theta(\xi)\omega).

Une forme différentielle ω∈Ω(X)\omega \in \Omega(X) est invariante si on a τg∗ω=ω\tau_g^*\omega = \omega pour tout g∈Gg \in G; d’après la formule (16), il revient au même de dire qu’on a θ(ξ)ω=0\theta(\xi)\omega = 0 pour tout ξ∈g\xi \in g. Notons Ω(X)G\Omega(X)^G l’espace des formes différentielles invariantes sur X ; si ω∈Ω(X)G\omega \in \Omega(X)^G, on a dω∈Ω(X)Gd\omega \in \Omega(X)^G, de sorte que Ω(X)G\Omega(X)^G est un sous-complexe du complexe (Ω(X),d)(\Omega(X), d).

Théorème 2 01FI

L’injection canonique ι:Ω(X)G→Ω(X)\iota : \Omega(X)^G \to \Omega(X) est un homotopisme de complexes (A, X, p. 33, déf. 5) ; l’application ω↦ω#=∫Gτg∗ωdg\omega \mapsto \omega^\# = \int_G \tau_g^*\omega dg en est un homotopisme réciproque à homotopie près. En particulier, l’application H(ι):H(Ω(X)G)→H(Ω(X))H(\iota) : H(\Omega(X)^G) \to H(\Omega(X)) est bijective.

D’après le cor. 3 du n° 4, l’application ω↦ω#\omega \mapsto \omega^\# est un morphisme de complexes de Ω(X)\Omega(X) dans Ω(X)G\Omega(X)^G, qui induit l’identité sur le sous-complexe Ω(X)G\Omega(X)^G ; pour démontrer le théorème, il suffit donc de construire un homomorphisme s:Ω(X)→Ω(X)s : \Omega(X) \to \Omega(X), gradué de degré – 1, tel que

ω#−ω=(d∘s+s∘d)(ω)pour tout ω∈Ω(X). \omega^\# - \omega = (d \circ s + s \circ d)(\omega) \quad \text{pour tout } \omega \in \Omega(X).

D’après le lemme 1 de INT, IX, § 2, n° 4 et la remarque 1 du § 2, n° 2, il existe une mesure positive dξd\xi sur g, à support compact, dont l’image par l’application exponentielle est égale à dgdg. Posons, pour ω∈Ω(X)\omega \in \Omega(X),

s(ω)=∫01{∫gτexp⁡tξ∗(i(ξ)ω).dξ}dt; s(\omega) = \int_0^1 \left\{ \int_g \tau_{\exp t\xi}^*(i(\xi)\omega).d\xi \right\} dt ;

il s'agit de montrer que la formule (17) est satisfaite. On vérifie comme dans la démonstration du cor. 1 (n° 4) la formule

ds(ω)=∫01{∫gτexp⁡tξ∗d(i(ξ)ω)⋅dξ}dt. ds(\omega) = \int_0^1 \left\{ \int_g \tau_{\exp t\xi}^* d(i(\xi)\omega) \cdot d\xi \right\} dt .

On déduit alors des formules (15) et (16) les égalités

ds(ω)+s(dω)=∫01{∫gτexp⁡tξ∗(d(i(ξ)ω)+i(ξ)dω)⋅dξ}dt=∫01{∫gτexp⁡tξ∗(θ(ξ)ω)⋅dξ}dt=∫g{∫01ddt(τexp⁡tξ∗ω) dt}dξ=∫g(τexp⁡ξ∗ω−ω) dξ=ω#−ω, \begin{align*} ds(\omega) + s(d\omega) &= \int_0^1 \left\{ \int_g \tau_{\exp t\xi}^* (d(i(\xi)\omega) + i(\xi)d\omega) \cdot d\xi \right\} dt \\ &= \int_0^1 \left\{ \int_g \tau_{\exp t\xi}^* (\theta(\xi)\omega) \cdot d\xi \right\} dt \\ &= \int_g \left\{ \int_0^1 \frac{d}{dt} (\tau_{\exp t\xi}^* \omega) \, dt \right\} d\xi \\ &= \int_g (\tau_{\exp \xi}^* \omega - \omega) \, d\xi \\ &= \omega^\# - \omega , \end{align*}

d'où le th. 2.

Appliquons ce théorème dans le cas X=GX = G, pour l'action de GG par translations à gauche. Rappelons (III, § 3, n° 13, prop. 50) qu'en associant à une forme différentielle sur GG sa valeur à l'élément neutre, on obtient un isomorphisme de Ω(G)G\Omega(G)^G sur l'algèbre graduée Alt(g)\mathrm{Alt}(g) des formes multilinéaires alternées sur gg. Identifions Ω(G)G\Omega(G)^G à Alt(g)\mathrm{Alt}(g) par cet isomorphisme. L'opérateur dd est alors donné par la formule (III, § 3, n° 14, prop. 51)

dω(a1,...,ap+1)=∑i<j(−1)i+jω([ai,aj],a1,...,ai−1,ai+1,...,aj−1,aj+1,...,ap+1) d\omega(a_1, ..., a_{p+1}) = \sum_{i < j} (-1)^{i+j} \omega([a_i, a_j], a_1, ..., a_{i-1}, a_{i+1}, ..., a_{j-1}, a_{j+1}, ..., a_{p+1})

pour ω\omega dans Altp(g)\mathrm{Alt}^p(g) et a1,...,ap+1a_1, ..., a_{p+1} dans gg.

Pour ξ∈g\xi \in g, soit LξL_\xi le champ de vecteurs invariant à gauche qui lui correspond (défini au moyen de l'action de GG sur lui-même par translations à droite, cf. III, § 3, n° 6). Les opérateurs θ(Lξ),i(Lξ)\theta(L_\xi), i(L_\xi) commutent à l'action de GG sur Ω(G)\Omega(G) définie par translation à gauche, donc induisent des opérateurs θ(ξ),i(ξ)\theta(\xi), i(\xi) de Ω(G)G\Omega(G)^G; dans l'identification précédente, ceux-ci s'expriment par les formules (VAR, R, 8.3.2 et 8.4.2).

(θ(ξ)ω)(a1,...,ap)=−∑iω(a1,...,ai−1,[ξ,ai],ai+1,...,ap)(i(ξ)ω)(a1,...,ap−1)=ω(ξ,a1,...,ap−1) \begin{align*} (\theta(\xi)\omega)(a_1, ..., a_p) &= - \sum_i \omega(a_1, ..., a_{i-1}, [\xi, a_i], a_{i+1}, ..., a_p) \\ (i(\xi)\omega)(a_1, ..., a_{p-1}) &= \omega(\xi, a_1, ..., a_{p-1}) \end{align*}

pour ω\omega dans Altp(g)\mathrm{Alt}^p(g) et a1,...,apa_1, ..., a_p dans gg.

Le sous-complexe GΩ(G)G^G\Omega(G)^G des formes biinvariantes (III, § 3, n° 13) s’identifie au sous-complexe Alt(g)G\mathrm{Alt}(g)^G des formes multilinéaires alternées sur gg invariantes par la représentation adjointe (c’est-à-dire telles que θ(ξ) ω=0\theta(\xi)\ \omega = 0 pour tout ξ∈g\xi \in g). On a donc un diagramme commutatif de complexes

GΩ(G)G→Ω(G)G→Ω(G)↓↓Alt(g)G→Alt(g) \begin{array}{ccc} ^G\Omega(G)^G & \to & \Omega(G)^G \to \Omega(G) \\ \downarrow & & \downarrow \\ \mathrm{Alt}(g)^G & \to & \mathrm{Alt}(g) \end{array}

(18)

où les flèches horizontales sont les injections canoniques, et les flèches verticales sont les isomorphismes induits par l’application ω↦ω(e)\omega \mapsto \omega(e).

Corollaire 1. — a) Dans le diagramme (18), tous les morphismes sont des homotopismes.

b) Soit ω∈Alt(g)\omega \in \mathrm{Alt}(g). Pour que ω\omega appartienne à Alt(g)G\mathrm{Alt}(g)^G, il faut et il suffit qu’on ait dω=0d\omega = 0 et d(i(ξ) ω)=0d(i(\xi)\ \omega) = 0 pour tout ξ∈g\xi \in g. La différentielle du complexe Alt(g)G\mathrm{Alt}(g)^G est nulle.

c) L’espace vectoriel gradué H(Ω(G))\mathrm{H}(\Omega(G)) est isomorphe à Alt(g)G\mathrm{Alt}(g)^G.

Le théorème, appliqué à l’action de GG sur GG par translations à gauche (resp. à l’action ((g,h);x)↦gxh−1((g, h); x) \mapsto gxh^{-1} de G×GG \times G sur GG) entraîne que l’injection canonique Ω(G)G→Ω(G)\Omega(G)^G \to \Omega(G) (resp. GΩ(G)G→Ω(G)^G\Omega(G)^G \to \Omega(G)) est un homotopisme ; compte tenu de A, X, p. 34, corollaire, l’assertion a) en résulte.

Démontrons b). D’après la prop. 51 de III, § 3, n° 14, on a dα=−dαd\alpha = - d\alpha, c’est-à-dire dα=0d\alpha = 0, pour toute forme différentielle α\alpha sur GG qui est invariante à gauche et à droite. Si ω∈Alt(g)G\omega \in \mathrm{Alt}(g)^G, on a donc dω=0d\omega = 0, et par conséquent d(i(ξ) ω)=θ(ξ) ω−i(ξ) dω=0d(i(\xi)\ \omega) = \theta(\xi)\ \omega - i(\xi)\ d\omega = 0. Inversement si dω=0d\omega = 0 et d(i(ξ) ω)=0d(i(\xi)\ \omega) = 0, on a θ(ξ) ω=0\theta(\xi)\ \omega = 0.

L’assertion c) résulte de a) et b).

Remarque 01FK

Considérons les sous-complexes Z(Ω(G))Z(\Omega(G)) et B(Ω(G))B(\Omega(G)) de Ω(G)\Omega(G) (A, X, p. 25). Il résulte de la formule donnant la différentielle du produit de deux formes (VAR, R, 8.3.5) que Z(Ω(G))Z(\Omega(G)) est une sous-algèbre de Ω(G)\Omega(G) et que B(Ω(G))B(\Omega(G)) est un idéal de Z(Ω(G))Z(\Omega(G)); par conséquent le produit extérieur induit sur H(Ω(G))\mathrm{H}(\Omega(G)) une structure d’algèbre graduée. On déduit alors de ce qui précède un isomorphisme d’algèbres graduées H(Ω(G))→Alt(g)G\mathrm{H}(\Omega(G)) \to \mathrm{Alt}(g)^G.

Soit HH un sous-groupe fermé de GG; appliquons maintenant le th. 2 à X=G/HX = G/H. D’après III, § 1, n° 8, cor. 1 à la prop. 17, les formes différentielles GG-invariantes sur G/HG/H s’identifient aux éléments HH-invariants de Alt(Te(G/H))\mathrm{Alt}(T_e(G/H)), c’est-à-dire encore aux éléments de Alt(g)\mathrm{Alt}(g) qui sont HH-invariants et annulés par les opérateurs i(ξ)i(\xi) pour tout ξ∈L(H)\xi \in L(H). Par suite :

Corollaire 2. — Soit HH un sous-groupe fermé de GG.

a)* *L’injection canonique Ω(G/H)G→Ω(G/H)\Omega(G/H)^G \to \Omega(G/H) est un homotopisme.

b)* *Le complexe Ω(G/H)G\Omega(G/H)^G s’identifie au sous-complexe de Alt(g)\mathrm{Alt}(g) formé des éléments ω\omega de Alt(g)\mathrm{Alt}(g) qui sont invariants pour la représentation adjointe de HH et tels que i(ξ) ω=0i(\xi)\ \omega = 0 pour tout ξ∈L(H)\xi \in L(H). Si en outre HH est connexe, ce sous-complexe est formé des ω∈Alt(g)\omega \in \mathrm{Alt}(g) tels que θ(ξ) ω=0\theta(\xi)\ \omega = 0 et i(ξ) ω=0i(\xi)\ \omega = 0 pour tout ξ∈L(H)\xi \in L(H).

Exercices

See the exercises for § 6.

Transcribed from the printed volume. Not translated.