§ 5. Classes de conjugaison
On conserve les notations du § 4.
1. Éléments réguliers
D’après le cor. 4 au th. 2 du § 2, n° 2, les éléments réguliers de peuvent être caractérisés par l’une ou l’autre des propriétés suivantes : a) La sous-algèbre de fixée par est une sous-algèbre de Cartan. b) est un tore maximal de .
L’ensemble des éléments réguliers de est ouvert et dense dans . Dans la suite de ce paragraphe, on note (resp. ) l’ensemble des points de (resp. ) qui sont réguliers dans . Pour qu’un élément de appartienne à , il faut et il suffit que soit égal à ; tout élément de est conjugué à un élément de (§ 2, n° 2, th. 2). Pour qu’un élément de appartienne à , il faut et il suffit que, pour toute racine , on ait ; par conséquent est réunion des sous-tores lorsque parcourt .
Proposition 1 01DV
Posons . Il existe une variété analytique réelle compacte de dimension et une application analytique dont l’image est .
Soit ; posons , et soit le morphisme de dans tel que, pour tout et tout , on ait (on désigne par la classe de modulo ). Alors est une variété analytique réelle compacte de dimension
Remarque 01DW
Appelons très réguliers les éléments de tels que soit un tore maximal de . Si , est très régulier si et seulement si pour tout élément non neutre de (§ 4, no 7, prop. 14). L’ensemble des éléments très réguliers de est donc un ouvert dense de (§ 2, no 5, cor. 2 à la prop. 5).
2. Chambres et alcôves
Notons l’ensemble des éléments tels que soit régulier, c’est-à-dire appartienne à . Pour qu’un élément de appartienne à , il faut et il suffit qu’il existe une racine telle que . Pour chaque racine et chaque entier , notons l’ensemble des tels que . Les sont appelés les hyperplans singuliers de , et est réunion des hyperplans singuliers. On appelle alcôves de les composantes connexes de , et chambres les composantes connexes du complémentaire dans de la réunion de ceux des hyperplans singuliers qui passent par l’origine (c’est-à-dire des , ).
On a ; on note le sous-groupe de engendré par les vecteurs nodaux (§ 4, no 5); d’après la prop. 11 du § 4, no 6, le quotient s’identifie au groupe fondamental de .
Enfin, on note le groupe de Weyl de relativement à , considéré comme groupe d’automorphismes de et de , et on note (resp. ) le groupe d’automorphismes de l’espace affine engendré par et par les translations pour (resp. pour ).
Soient , , et . On a :
Il en résulte que pour toute chambre et tout , est une chambre et que pour toute alcôve et tout , est une alcôve. On notera que lorsqu’on identifie à via l’isomorphisme , les alcôves de et le groupe sont les alcôves et le groupe de Weyl affine associés au système de racines (VI, § 2, no 1).
Proposition 2 01DX
a) Le groupe (resp. ) est produit semi-direct de par (resp. ); le sous-groupe de est distingué.
b) Le groupe (resp. ) opère de façon simplement transitive dans l’ensemble des chambres (resp. alcôves).
c) Soient une chambre et une alcôve. Alors (resp. , resp. ) est un domaine fondamental pour l’action de dans (resp. de dans , resp. de dans ). Si et sont tels que , alors .
d) Pour toute chambre , il existe une unique alcôve telle que et . Pour toute alcôve , il existe un unique tel que .
Si et , on a et , avec ; cela implique aussitôt a). Le reste de la proposition résulte de VI, § 1, n° 5 et § 2, n°s 1 et 2.
Corollaire 1 01DY
Soient une alcôve de , son adhérence, et le stabilisateur de dans .
a) Le groupe est produit semi-direct de par .
b) L’application exponentielle et l’injection canonique induisent par passage aux quotients et aux sous-ensembles des homéomorphismes
Soit ; alors est une alcôve de , et il existe (prop. 2, b)) un unique élément de tel que , c’est-à-dire . Puisque est distingué dans , ceci démontre a).
L’injection canonique de dans induit une bijection continue (prop. 2, c)), qui est un homéomorphisme puisque est compact. Comme est distingué dans , le groupe opère de façon canonique dans (A, I, p. 55) et s’identifie au quotient ; l’application est compatible avec les opérations de , donc induit par passage aux quotients un homéomorphisme . Par ailleurs induit un homéomorphisme de sur , donc aussi un homéomorphisme de sur . L’assertion b) résulte de là et du cor. 1 à la prop. 5 du § 2, n° 4.
Remarque 1 01DZ
Le groupe s’identifie naturellement à , donc aussi à . Il est donc réduit à l’élément neutre lorsque est simplement connexe.
Remarque 2 01E0
Soit ; on a alors , donc . Pour que soit très régulier (n° 1, remarque), il faut et il suffit qu’on ait pour tout , distinct de l’identité. D’après le cor. 1, cela signifie aussi que pour tout distinct de l’identité. En particulier, si est simplement connexe, on a pour tout , et tout élément régulier de est très régulier.
Remarque 3 01E1
Les points spéciaux de (VI, § 2, n° 2) sont les éléments de tels que pour tout (loc. cit., prop. 3), c’est-à-dire tels que exp (§ 4, n° 4, prop. 8). Pour un tel élément on a quel que soit (VI, § 1, n° 9, prop. 27), de sorte que les stabilisateurs de dans et dans coïncident. Soit l’ensemble des points spéciaux de ; il résulte de ce qui précède et du cor. 1 que le groupe opère librement dans , et que l’application exponentielle induit une bijection de sur .
Corollaire 2 01E2
Soient une chambre de et son adhérence. Les injections canoniques induisent par passage aux quotients des homéomorphismes
Remarque 4 01E3
Notons l’ensemble des éléments réguliers de (VII, § 2, n° 2, déf. 2) et posons . Pour , on a
Corollaire 3 01E4
Supposons simplement connexe ; soit un élément régulier de . Il existe un tore maximal de et une alcôve de , uniquement déterminés, tels que et .
On peut supposer que appartient à (§ 2, n° 2, th. 2). Soit un élément de tel que , et soit l’alcôve de contenant . Les alcôves de telles que sont les alcôves pour ; l’assertion résulte donc de la prop. 2, d).
3. Automorphismes et éléments réguliers
Lemme 1 01E5
Soient un automorphisme de , et l’ensemble de ses points fixes. a) est un sous-groupe fermé de . b) Si est central dans , alors est commutatif (donc ).
L’assertion a) est claire. Pour démontrer b), on peut remplacer par (§ 1, cor. 1 à la prop. 4), donc supposer semi-simple. Alors, si est central dans , on a , de sorte que l’endomorphisme de est bijectif. Soit l’endomorphisme de la variété défini par pour ; il est étale, car si et , on a , de sorte que l’application tangente à en est bijective. Il s’ensuit que l’image de est ouverte et compacte, donc coïncide avec puisque est connexe. Soient alors un épinglage de ( 4, n° 10, déf. 3) et son image par . D’après la prop. 19 de loc. cit., il existe un élément de tel que . Soit tel que ; on a
Lemme 2 01E6
Soient x un élément de T et S un sous-tore de T. Si la composante neutre de Z(x) ∩ Z(S) est réduite à T, il existe un élément s de S tel que xs soit régulier.
Pour tout dans , soit la sous-variété de formée des éléments de tels que l’on ait . S’il n’existe aucun élément de tel que soit régulier, est la réunion des sous-variétés , donc est égale à l’une d’elles. Il existe alors dans tel que pour tout ; mais cela implique et , donc , d’où le lemme.
Lemme 3 01E7
Supposons G simplement connexe. Soient C une chambre de t, et u un automorphisme de G tel que T et C soient stables pour u. Alors l’ensemble des points de T fixés par u est connexe.
Puisque est simplement connexe, est engendré par les vecteurs nodaux (), donc admet comme base la famille des , lorsque parcourt la base définie par (VI, § 1, n° 10). Il suffit donc de prouver que si est un automorphisme du tore laissant stable une base de , l’ensemble des points fixes de est connexe. Décomposant cette base en réunion disjointe d’orbites du groupe engendré par , on se ramène au cas où et où est l’automorphisme ; en ce cas les points fixes de sont les points pour , qui forment un sous-groupe connexe de .
Proposition 3 01E8
Soit u un automorphisme de G, et soit x un point de G fixé par u.* a) Il existe un élément a de g, fixé par L(u) et par Ad x, tel que x exp a soit régulier. b) *Il existe un élément régulier g de G fixé par u et commutant à x.
Soient le groupe des points fixes de , un tore maximal de , et la composante neutre de . C’est un sous-groupe fermé connexe de ; par ailleurs, d’après le cor. 5 au th. 2 du § 2, n° 2, il existe des tores maximaux de contenant et , donc est de rang maximum et contient et . D’autre part, est stable pour puisque et le sont ; notons l’ensemble des points fixes de dans . On a alors
Corollaire 01E9
Soit s une algèbre de Lie compacte, et soit φ un automorphisme de s. Il existe un élément régulier de s fixé par φ.
Quitte à remplacer s par , on peut supposer s semi-simple. Soit S un groupe de Lie compact simplement connexe d’algèbre de Lie s, et soit u l’automorphisme de S tel que L(u) = φ. La prop. 3 entraîne l’existence d’un élément a de s, fixé par φ, tel que exp a soit régulier dans S ; en particulier a est régulier dans s (n° 2, remarque 4).
Théorème 1 01EA
Soit u un automorphisme du groupe de Lie compact connexe G. a) La composante neutre du groupe des points fixes de u contient un élément régulier de G. b) Il existe un tore maximal K de G et une chambre de L(K) stables par u. c) Si G est simplement connexe, l’ensemble des points fixes de u est connexe.
L’assertion a) est le cas particulier x = e de la prop. 3. Supposons maintenant G simplement connexe et démontrons b) et c). Soit x un élément de G fixé par u, et soit g un élément régulier de G, fixé par u et commutant à x (prop. 3). Le centralisateur K de g est un tore maximal de G (n° 2, remarque 2), stable par u, contenant x et g. D’après le cor. 3 à la prop. 2 du n° 2, il existe une unique alcôve A de L(K) telle que et ; comme g est fixé par u, L(u) laisse stable A, donc aussi la chambre de L(K) qui contient A. Cela démontre b) ; par ailleurs, l’ensemble des points de K fixés par u est connexe (lemme 3) et contient x et e, d’où c) (TG, I, p. 81, prop. 2).
Il nous reste à démontrer b) dans le cas général. Or, si est le revêtement universel de D(G), et si est le morphisme canonique, il existe un automorphisme de tel que . Si est un tore maximal de et une chambre de L(), stables pour (il en existe d’après ce qui a déjà été démontré), il existe (§ 2, n° 3, remarque 2) un unique tore maximal K de G et une unique chambre C de L(K) tels que et , et on voit aussitôt que K et C sont stables pour u, d’où l’assertion b) dans le cas général.
Corollaire 1 01EB
Supposons le -module sans torsion. a) Le centralisateur de tout élément de G est connexe. b) Deux éléments de G qui commutent appartiennent à un même tore maximal.
D’après le cor. 3 à la prop. 11 du § 4, n° 6, D(G) est simplement connexe. On a ; soit ; écrivons , avec et . Alors . D’après le th. 1, c), est connexe, donc est connexe, d’où a). D’après le cor. 3 au th. 2 du § 2, n° 2, Z(x) est donc la réunion des tores maximaux de G contenant x, d’où b).
Corollaire 2 01EC
Soit un sous-groupe compact de Aut(G) possédant la propriété suivante : (*) Il existe des éléments de tels que, pour tout i, l’adhérence du sous-groupe de engendré par soit un sous-groupe distingué de , et qu’on ait .
Alors il existe un tore maximal de stable pour l’action de .
Raisonnons par récurrence sur la dimension de . On peut évidemment supposer que ; alors le sous-groupe des points fixes de est distinct de , et est stable pour l’action de . De plus, puisque est compact, l’image de dans est un quotient de , donc satisfait aussi à la condition (*). D’après l’hypothèse de récurrence, il existe un tore maximal de stable par . Le centralisateur de dans est connexe (§ 2, n° 2, cor. 5) et stable par ; c’est un tore maximal de , puisque contient un élément régulier de (th. 1, a)) et que celui-ci est conjugué à un élément de (loc. cit., cor. 4).
Corollaire 3 01ED
Soient un groupe de Lie et un sous-groupe compact de . On suppose que est compact et que satisfait à la condition (*) du cor. 2. Il existe alors un tore maximal de tel que .
Corollaire 4 01EE
Tout sous-groupe nilpotent d’un groupe de Lie compact est contenu dans le normalisateur d’un tore maximal.
Soient un groupe de Lie compact, un sous-groupe nilpotent de . Alors l’adhérence de est aussi un groupe nilpotent (III, § 9, n° 1, cor. 2 à la prop. 1), et il suffit, vu le cor. 3, de prouver que satisfait à la condition (*). Or est un groupe de Lie compact connexe nilpotent, donc est un tore (§ 1, n° 4, cor. 1 à la prop. 4), et il existe un élément de engendrant un sous-groupe dense de (TG, VII, p. 8, texte précédant la prop. 8). Le groupe fini est nilpotent et il existe engendrant et tels que le sous-groupe de engendré par soit distingué pour (A, I, p. 73, th. 1 et p. 76, th. 4). Alors, si sont des représentants de dans , la suite possède la propriété exigée.
Exemple 01EF
Prenons . Nous verrons plus loin que le sous-groupe des matrices diagonales de est un tore maximal de et que son normalisateur est l’ensemble des matrices monomiales (A, II, p. 151) de .
On en conclut que si est une forme hermitienne positive séparante sur un espace vectoriel complexe de dimension finie et un sous-groupe nilpotent de , il existe une base de pour laquelle les matrices des éléments de sont monomiales (« théorème de Blichfeldt »).
4. Les applications et
L’application de dans induit par passage au quotient un morphisme de variétés analytiques
qui est surjectif (§ 2, n° 2, th. 2). Par restriction, induit un morphisme surjectif
Par composition avec , on en déduit des morphismes, également surjectifs
On définit une opération à droite de dans comme suit : soient et ; relevons en un élément de et en un élément de . Alors l’image de dans ne dépend pas du choix de et ; on la note .
Pour cette opération, opère librement dans : avec les notations précédentes, supposons en effet ; alors , donc et .
On définit une opération à droite de dans par
Si est une alcôve de , et si est le sous-groupe de qui stabilise , on obtient par restriction une opération de sur .
Ces différentes opérations sont compatibles avec les morphismes , et : pour , on a
Lemme 4 01EG
Soient , et soit l’image de dans . Identifions l’espace tangent à (resp. , resp. ) en (resp. , resp. ) à (resp. , resp. ) par la translation à gauche par (resp. , resp. ). L’application linéaire tangente à en s’identifie alors à l’application définie comme suit : si , et si désigne l’image de dans , on a*
Soit l’application de dans telle que . Comme , on a ; d’après III, § 3, no 12, prop. 46, on a
et par conséquent
Le lemme résulte aussitôt de cette formule par passage au quotient.
Proposition 4 01EH
a) Soient , , , et soit l'image de dans . Les conditions suivantes sont équivalentes: (i) On a (resp. ). (i bis) L'élément (resp. ) est régulier dans . (ii) L'application (resp. ) est une submersion au point (resp. ). (ii bis) L'application (resp. ) est étale au point (resp. ). b) L'application (resp. , resp. ) fait de (resp. , resp. ) un revêtement principal de de groupe (resp. , resp. ).
a) L'équivalence de (i) et (i bis) est claire ; celle de (ii) et (ii bis) résulte des relations . D'après le lemme 4, est une submersion au point si et seulement si , ce qui signifie que est régulier. Enfin puisque , est étale au point si et seulement si est étale au point , ce qui signifie d'après ce qui précède que appartient à .
b) Les morphismes sont donc étales. D'autre part opère librement dans , et a fortiori dans . Soient dans et dans tels que ; alors applique sur , donc normalise , puisque , et la classe de dans applique sur . Il s'ensuit que est un revêtement principal de groupe ; cela implique aussitôt que est un revêtement principal de groupe , donc par restriction à la composante connexe de , que est un revêtement principal de groupe .
Remarque 1 01EI
D'après la prop. 3 du § 2, n° 4, la variété est simplement connexe. Il en résulte que est un revêtement universel de ; comme est canoniquement isomorphe à (n° 1, prop. 1 et TG, XI, à paraître), on retrouve ainsi le fait que s'identifie à (c'est-à-dire à ).
Remarque 2 01EJ
La restriction de à fait de un revêtement principal de de groupe . On retrouve ainsi le cor. 1 à la prop. 2 du n° 2.
Remarque 3 01EK
Notons l'image réciproque de par l'application exponentielle et l'application déduite de . L'application de dans définit par passage au quotient une application . On a . Soient et tels que pour tout ; on a pour , de sorte que si et seulement si . Il en résulte (cf. TG, XI, à paraître) que est un revêtement principal de de groupe , et que est un revêtement associable au revêtement principal , de fibre isomorphe au -ensemble .
Exercices
See the exercises for § 5.