§ 11. Modules et anneaux gradués
A partir du n° 2 de ce paragraphe, Δ désignera un monoïde (I, p. 12) commutatif, noté additivement, ayant un élément neutre noté 0.
1. Groupes commutatifs gradués
Nous allons traduire dans un autre langage les définitions relatives aux sommes directes (II, p. 17).
Définition 1
Étant donnés un groupe commutatif G noté additivement et un ensemble Δ, on appelle graduation de type Δ sur G une famille de sous-groupes de G, dont G est somme directe. L’ensemble G, muni de la structure définie par sa loi de groupe et sa graduation, est appelé groupe (commutatif) gradué de type Δ.
On dit que Δ est l’ensemble des degrés de G. On dit qu’un élément est homogène s’il appartient à un des , homogène de degré λ si . L’élément 0 est donc homogène de tous les degrés ; mais si est homogène, il appartient à un seul des ; l’indice λ tel que est alors appelé le degré de x (ou quelquefois le poids de x) et se note parfois . Tout s’écrit d’une seule manière comme somme d’éléments homogènes, avec ; on dit que est la composante homogène de degré λ (ou simplement la composante de degré λ) de y. Lorsqu’on utilise le mot « poids » au lieu de « degré », on remplace l’adjectif « homogène » par « isobare ».
Exemple 1
Étant donnés un monoïde commutatif Δ quelconque (ayant un élément neutre 0) et un groupe commutatif quelconque G, on définit une graduation sur G en prenant et pour ; cette graduation est dite triviale.
Exemple 2
Soient Δ, Δ’ deux ensembles, ρ une application de Δ dans Δ’. Soit une graduation de type Δ sur un groupe commutatif G ; pour , soit la somme des tels que ; il est clair que est une graduation de type Δ’ sur G, dite déduite de au moyen de l’application ρ.
Lorsque Δ est un groupe commutatif, noté additivement, et ρ l’application de Δ sur lui-même, on dit que est la graduation opposée de .
Exemple 3
Si est un produit de deux ensembles, on dit qu’une graduation de type Δ est une bigraduation de types . Pour tout , posons , et pour tout , posons ; il est clair que est une graduation de type et une graduation de type sur G ; on dit que ces graduations sont les graduations partielles déduites de la bigraduation . On notera que l’on a ; inversement, si et sont deux graduations sur G telles que G soit somme directe des
G_{\lambda,\mu} = G'_\lambda \cap G''_\mu, ces sous-groupes forment une bigraduation de types sur G, dont et sont les graduations partielles. Nous laissons au lecteur le soin de généraliser au cas où est un produit fini d’ensembles.
Exemple 4
Soient un monoïde commutatif noté additivement, ayant un élément neutre noté 0 ; soit I un ensemble quelconque, et désignons par le sous-monoïde du produit formé des familles de support fini. Soit l’homomorphisme (codiagonal) surjectif de dans défini par . De toute graduation de type on déduit au moyen de une graduation de type (Exemple 2) ; on dit que c’est la graduation totale associée à la « multigraduation » donnée de type .
Les définitions et exemples de ce n° s’étendent aussitôt au cas où G est un groupe non nécessairement commutatif ; il faut simplement remplacer partout la notion de somme directe par celle de « somme restreinte » (II, p. 15, Remarque). On notera que dans ce cas les sont des sous-groupes distingués de G et que pour , tout élément de est permutable à tout élément de .
2. Anneaux et modules gradués
Définition 2
Étant donnés un anneau et une graduation de type sur le groupe additif , on dit que cette graduation est compatible avec la structure d’anneau de si l’on a
(1)
L’anneau , muni de cette graduation, est alors appelé anneau gradué de type .
Proposition 1
Si tout élément de est simplifiable et si est une graduation de type compatible avec la structure d’un anneau , est un sous-anneau de (et en particulier on a ).
Comme par définition, il suffit de prouver que . Soit la décomposition de 1 en ses composantes homogènes. Si , on a ; comparant les composantes de degré , on obtient (puisque la relation entraîne ) . Cette relation, étant vraie pour tout élément homogène de , est vraie pour tout ; en particulier .
Définition 3
Soient un anneau gradué de type , sa graduation, un -module à gauche (resp. à droite) ; on dit qu’une graduation de type sur le groupe additif est compatible avec la structure de -module de si l’on a
(2)
Lorsque les éléments de sont simplifiables, il résulte de (2) et de la prop. 1 que les sont des -modules.
Il est clair que si est un anneau gradué de type , le -module à gauche (resp. le -module à droite ) est gradué de type .
Exemple 1
Sur un anneau quelconque , la graduation triviale de type est compatible avec la structure d’anneau. Si est gradué par la graduation triviale, pour qu’une graduation de type sur un -module soit compatible avec la structure de -module, il faut et il suffit que les soient des sous-modules de .
Exemple 2
Soient un anneau gradué de type , un -module gradué de type , un homomorphisme de dans un monoïde commutatif dont l’élément neutre est noté 0. Alors est un anneau gradué de type et un -module gradué de type pour les graduations de type déduites de et des graduations de type sur et par le procédé de II, p. 163, Exemple 2: cela résulte aussitôt de la relation .
En particulier, si est un produit de deux monoïdes commutatifs, les projections et sont des homomorphismes et les graduations correspondantes ne sont autres que les graduations partielles déduites des graduations de type (II, p. 163, Exemple 3); ces graduations partielles sont donc compatibles avec la structure d’anneau de et la structure de module de .
De même, si (où est un monoïde commutatif ayant un élément neutre noté 0), la graduation totale (II, p. 164, Exemple 4) de type déduite de la graduation de type de (resp. ) au moyen de l’homomorphisme codiagonal est compatible avec la structure d’anneau de (resp. avec la structure de module de ).
Exemple 3
Soient un anneau gradué de type , un -module gradué de type , un élément de ; pour tout , soit , et soit le -module . Comme , est un -module et les forment sur une graduation de type compatible avec la structure de -module de ; on dit que le -module gradué de type ainsi défini est obtenu par décalage de de la graduation de , et on le note . Lorsque est un groupe, le -module sous-jacent au -module gradué s’identifie à .
Exemple 4
Soit un anneau commutatif. L’anneau de polynômes à une indéterminée est gradué de type par les sous-groupes () (cf. III, p. 25, et IV).
Exemple 5
Soient un anneau commutatif, un -module, une forme quadratique sur , l’algèbre de Clifford de (cf. IX, § 9). Les sous-B-modules et forment sur une graduation de type compatible avec la structure d’anneau de .
type ; lorsqu’on parle d’anneaux ou de modules gradués (resp. bigradués, trigradués, etc.) sans préciser de quel type, il est sous-entendu qu’il s’agit de graduations de type (resp. , etc.); on dit aussi qu’un anneau (resp. module) gradué de type est un anneau (resp. module) gradué à degrés positifs.
2) Les -modules gradués de type , lorsque est muni de la graduation triviale, ne sont autres que les groupes commutatifs gradués (dont l’ensemble des degrés est un monoïde commutatif) de II, p. 163, déf. 1.
Définition 4
Soient A, A' deux anneaux gradués de même type , leurs graduations respectives. On dit qu’un homomorphisme d’anneaux est gradué si l’on a pour tout .
Soient deux modules gradués de type sur un anneau gradué de type . Soient un -homomorphisme et un élément de ; on dit que est gradué de degré si l’on a pour tout .
Soient un anneau gradué de type , un anneau gradué de type , un homomorphisme. On dit qu’un homomorphisme d’anneaux est gradué si est un homomorphisme gradué d’anneaux gradués de type , lorsque l’on munit de la graduation de type déduite de sa graduation de type au moyen de (II, p. 163, Exemple 2); cela signifie donc que pour tout .
On dit qu’un -homomorphisme est gradué s’il existe tel que soit gradué de degré . Si et si tout élément de est simplifiable, le degré de est alors déterminé de façon unique.
Si sont deux homomorphismes gradués d’anneaux gradués de type , il en est de même de ; pour qu’une application soit un isomorphisme d’anneaux gradués, il faut et il suffit que soit bijective et que et l’application réciproque soient des homomorphismes gradués; il suffit d’ailleurs pour cela que soit un homomorphisme gradué bijectif. On voit donc qu’on peut prendre pour morphismes de l’espèce de structure d’anneau gradué de type les homomorphismes gradués (E, IV, p. 11).
De même, si et sont deux homomorphismes gradués de -modules gradués de type , de degrés respectifs et , est un homomorphisme gradué de degré . Si admet un opposé dans et si est un homomorphisme gradué bijectif de degré , l’application réciproque est un homomorphisme gradué bijectif de degré . On en conclut comme ci-dessus qu’on peut prendre pour morphismes de l’espèce de structure de -module gradué de type les homomorphismes gradués de degré 0. Mais un homomorphisme gradué bijectif de degré n’est pas un isomorphisme de -modules gradués si et ne sont pas réduits à 0 et si les éléments de sont simplifiables.
Exemple 6
Si est un -module gradué, un -module gradué obtenu par décalage (II, p. 165, Exemple 3), l’application -linéaire de dans qui coïncide avec l’injection canonique dans chaque , est un homomorphisme gradué de degré (qui est bijectif lorsque est un groupe).
Exemple 7
Si est un élément homogène de degré appartenant au centre de , l’homothétie d’un -module gradué quelconque est un homomorphisme gradué de degré .
Remarque 3). — On dit qu’un -module gradué est un -module gradué libre s’il existe une base de formée d’éléments homogènes. Supposons qu’il en soit ainsi et que soit un groupe commutatif; soit le degré de , et considérons pour chaque le -module décalé (II, p. 165, Exemple 3); si on désigne par l’élément 1 de , considéré comme élément de degré dans , l’application -linéaire telle que pour tout , est un isomorphisme de -modules gradués.
Supposant toujours que est un groupe commutatif, soient maintenant un -module gradué, un système de générateurs homogènes de , et supposons que soit de degré . Alors l’application -linéaire telle que pour tout est un homomorphisme surjectif de degré 0 de -modules gradués. Si est un -module gradué de type fini, il y a toujours un système fini de générateurs homogènes de , et on aura donc un homomorphisme surjectif du type précédent avec finit.
3. Sous-modules gradués
Proposition 2
Soient un anneau gradué de type , un -module gradué de type , sa graduation, un sous--module de . Les propriétés suivantes sont équivalentes:
a) est somme de la famille . b) Les composantes homogènes de tout élément de appartiennent à . c) est engendré par des éléments homogènes.
Tout élément de s’écrivant d’une seule manière comme somme d’éléments des , il est immédiat que a) et b) sont équivalentes et que a) entraîne c). Montrons que c) implique b). Soit donc une famille de générateurs homogènes de , et soit le degré de . Tout élément de s’écrit avec ; si est la composante de degré de , la conclusion résulte de la relation
Remarque 1). — Avec les notations précédentes, la relation est donc équivalente au système de relations . Lorsque est un groupe, ces relations s’écrivent .
Lorsqu’un sous-module N de M vérifie les propriétés équivalentes énoncées dans la prop. 2, il est clair que les forment une graduation compatible avec la structure de A-module de N, appelée graduation induite par celle de M; on dit que N, muni de cette graduation, est un sous-module gradué de M.
Corollaire 1
Si N est un sous-module gradué de M et si est un système générateur de N, les composantes homogènes des forment un système générateur de N.
Corollaire 2
Si N est un sous-module gradué de type fini de M, N admet un système générateur fini formé d’éléments homogènes.
Il suffit d’appliquer le cor. 1 en remarquant qu’un élément de M n’a qu’un nombre fini de composantes homogènes .
Un sous-module gradué de (resp. ) est appelé idéal à gauche (resp. à droite) gradué de l’anneau gradué A. Pour tout sous-anneau B de A on a ; si B est un sous--module gradué de A, la graduation induite sur B par celle de A est donc compatible avec la structure d’anneau de B; on dit alors que B est un sous-anneau gradué de A.
Il est clair que si N (resp. B) est un sous-A-module gradué de M (resp. un sous-anneau gradué de A), l’injection canonique (resp. ) est un homomorphisme gradué de modules de degré 0 (resp. un homomorphisme gradué d’anneaux).
Si N est un sous-module gradué d’un A-module gradué M et la graduation de M, les sous-modules de forment une graduation compatible avec la structure de ce module quotient. En effet, si , s’identifie à , et il résulte de II, p. 167, prop. 2 et II, p. 14, formule (26), que est leur somme directe. En outre, on a , donc , ce qui établit notre assertion. On dit que la graduation est la graduation quotient de celle de M par N, et le module quotient , muni de cette graduation, s’appelle le module gradué quotient de M par le sous-module gradué N; l’homomorphisme canonique est un homomorphisme gradué de degré 0 pour cette graduation.
Si est un idéal bilatère gradué de A, la graduation quotient sur est compatible avec la structure d’anneau de ; l’anneau , muni de cette graduation, s’appelle l’anneau gradué quotient de A par ; l’homomorphisme canonique est un homomorphisme d’anneaux gradués pour cette graduation.
Proposition 3
Soient A un anneau gradué de type , M et N deux A-modules gradués de type , un A-homomorphisme gradué de degré . Alors: (i) est un sous-module gradué de N.
(ii) Si est un élément simplifiable de , est un sous-module gradué de . (iii) Si , la bijection canoniquement associée à est un isomorphisme de modules gradués.
L’assertion (i) découle aussitôt des définitions et de la prop. 2, c) (II, p. 167). Si est un élément de tel que et si est sa décomposition en composantes homogènes (où est de degré ), on a et est de degré ; si est simplifiable, la relation entraîne , donc les sont les composantes homogènes de , et on a nécessairement pour tout , ce qui prouve (ii). La bijection canoniquement associée à est alors un homomorphisme gradué de degré , comme il résulte de la définition de la graduation quotient; d’où (iii) lorsque .
Corollaire
Soient deux anneaux gradués de type , un homomorphisme gradué d’anneaux gradués. Alors est un sous-anneau gradué de , un idéal bilatère gradué de , et la bijection canoniquement associée à est un isomorphisme d’anneaux gradués.
Il suffit d’appliquer la prop. 3 à considéré comme homomorphisme de degré 0 de -modules gradués.
Proposition 4
Soient un anneau gradué de type , un -module gradué de type . (i) Toute somme et toute intersection de sous-modules gradués de est un sous-module gradué. (ii) Si est un élément homogène de , de degré simplifiable dans , l’annulateur de est un idéal à gauche gradué de . (iii) Si tous les éléments de sont simplifiables, l’annulateur d’un sous-module gradué de est un idéal bilatère gradué de .
Si est une famille de sous-modules gradués de , la propriété c) de la prop. 2 (II, p. 167) montre que la somme des est engendrée par des éléments homogènes, et la propriété b) de la prop. 2 (II, p. 167) prouve que les composantes homogènes de tout élément de appartiennent à ; d’où (i).
Pour démontrer (ii), il suffit de remarquer que est le noyau de l’homomorphisme du -module dans et que cet homomorphisme est gradué de degré ; la conclusion résulte de la prop. 3, (ii). Enfin (iii) est conséquence de (i) et (ii), car l’annulateur d’un sous-module gradué de est l’intersection des annulateurs des éléments homogènes de , en vertu de la prop. 2 de II, p. 167.
Remarque 2). — Soient un -module gradué, un sous-module de ; il résulte de la prop. 4, (i) qu’il existe un plus grand sous-module gradué de contenu dans et un plus petit sous-module gradué de contenant ; est l’ensemble des dont toutes les composantes homogènes appartiennent à , et est le sous-module de engendré par les composantes homogènes d’un système générateur de .
Proposition 5
Soit un anneau gradué de type . Si tout élément de est simplifiable, alors, pour tout élément homogène , le commutant de dans (I, p. 7) est un sous-anneau gradué de .
Supposons que soit de degré ; soit un élément permutable à , étant la composante homogène de degré de pour tout . On a par hypothèse et est homogène de degré ; comme est simplifiable, on en déduit que pour tout , ce qui prouve notre assertion.
Corollaire
Si tout élément de est simplifiable, le commutant d’un sous-anneau gradué de (et en particulier le centre de ) est un sous-anneau gradué de .
C’est en effet l’intersection des commutants des éléments homogènes de .
Remarque 3). — Un système inductif d’anneaux gradués de type (resp. un système inductif de *-modules gradués de type* ) est un système inductif d’anneaux (resp. de *-modules) tel que chaque (resp. ) soit gradué de type et que chaque (resp. ) soit un homomorphisme d’anneaux gradués (resp. un *-homomorphisme de degré* de modules gradués). Si (resp. ) est la graduation de (resp. ) et si on pose , (resp. , ), il résulte de II, p. 91, prop. 5 que (resp. ) est une graduation de (resp. ), et il résulte de I, p. 115–117 que cette graduation est compatible avec la structure d’anneau de (resp. la structure de *-module de ). On dit que l’anneau gradué (resp. le *-module gradué ) est la limite inductive du système inductif d’anneaux gradués (resp. de modules gradués ). Si (resp. ) est l’application canonique, (resp. ) est un homomorphisme d’anneaux gradués (resp. un homomorphisme de degré de *-modules gradués*).
4. Cas d’un groupe des degrés ordonné
Sur un groupe commutatif , noté additivement, on dit qu’une structure d’ordre (notée ) est compatible avec la structure de groupe si pour tout , la relation entraîne . Le groupe , muni de cette structure d’ordre, est alors appelé groupe ordonné. Nous étudierons en détail ces groupes dans VI, § 1; bornons-nous ici à remarquer que dans un tel groupe, la relation entraîne pour tout , car elle entraîne par définition, et la relation équivaut à .
Soient un groupe commutatif ordonné, un anneau gradué de type , sa graduation, et supposons que la relation entraîne ; alors il résulte des définitions que est un idéal bilatère gradué de , en vertu de la remarque faite ci-dessus.
Proposition 6
Soient un groupe commutatif ordonné, un anneau gradué de type , sa graduation, un -module gradué de type , sa graduation. Supposons que la relation implique et qu’il existe tel que et pour . Alors, si on pose , on a .
Soit un élément non nul de ; supposons que l’on ait . Alors où les sont des éléments homogènes de , les des éléments homogènes de , avec pour tout (II, p. 167). Mais, comme , on aurait alors , ce qui contredit l’hypothèse.
Corollaire 1
Les hypothèses sur et étant celles de la prop. 6, si est un -module gradué de type fini tel que , on a .
Supposons . Soit un élément minimal de l’ensemble des degrés d’un système générateur fini formé d’éléments homogènes de ; alors les hypothèses de la prop. 6 seraient vérifiées, ce qui implique contradiction.
Corollaire 2
Les hypothèses sur et étant celles de la prop. 6, soient un -module gradué de type fini, un sous-module gradué de tel que ; alors on a .
En effet, est un -module gradué de type fini, et l’hypothèse entraîne que ; donc .
Corollaire 3
Les hypothèses sur et étant celles de la prop. 6, soit un homomorphisme gradué de -modules à droite gradués, étant supposé de type fini. Si l’homomorphisme
est surjectif, alors est surjectif.
En effet, est un sous-module gradué de , et le -module est isomorphe à (II, p. 59, prop. 6). L’hypothèse entraîne donc , donc en vertu du cor. 1.
Remarque
Il résulte de la démonstration du cor. 1 que les cor. 1 et 2 (resp. le cor. 3) sont encore valables lorsqu’au lieu de supposer que (resp. ) est de type fini, on fait l’hypothèse suivante: il existe une partie de vérifiant les conditions suivantes: pour , on a (resp. ); toute partie non vide de possède un plus petit élément. Ce sera le cas si et si (resp. ) est un module gradué à degrés positifs.
Proposition 7
Supposons que . Les hypothèses sur et étant celles de la* prop. 6, on considère le -module gradué , et on suppose vérifiées les conditions suivantes:
(i) chacun des , considéré comme -module, admet une base ; (ii) l’homomorphisme canonique est injectif.
Alors est un -module gradué libre (II, p. 167, Remarque 3), et de façon précise, si est un élément de dont l’image dans est , la famille (où est l’ensemble somme des ) est une base de .
On sait (II, p. 167, Remarque 3) qu’il y a un -module gradué libre (de graduation ) et un homomorphisme de degré 0 tel que pour tout (() étant une base de formée d’éléments homogènes ). Il résulte de la Remarque de II, p. 171, que est surjectif. Considérons le -module gradué , et notons que pour par définition; il s’agit de prouver que , et en vertu de la prop. 6 il suffira de montrer que l’on a . Considérons le diagramme commutatif (II, p. 58, prop. 5).
où est l’injection canonique, les homomorphismes provenant de l’injection canonique (II, p. 55, prop. 4); il faut montrer que est surjectif. Notons que, comme est libre, est injectif (II, p. 63, cor. 6) et est injectif par hypothèse. Soit donc un élément de , et soit sa classe dans ; on a une suite exacte (II, p. 58, prop. 5 et II, p. 60, cor. 2)
où et se déduisent de et par passage aux quotients, et est par hypothèse une bijection; on a donc , autrement dit . Il y a donc un élément tel que ; comme , on a , et comme est injectif, . Autrement dit, est l’image d’un élément par , et on a alors ; comme est injectif, cela entraîne .
C.Q.F.D.
Nous montrerons plus tard (AC, II, § 3, n° 2, prop. 5) comment cette proposition peut s’étendre aux modules non gradués.
Lemme 1
Pour qu’un groupe commutatif soit tel qu’il existe sur un ordre total compatible avec la structure de groupe de , il faut et il suffit que soit sans torsion.
En effet, s’il existe une telle structure d’ordre sur et si , on a pour tout et en particulier, par récurrence sur l’entier , , ce qui prouve que est sans torsion (puisque tout élément de est, soit , soit ). Inversement, si est sans torsion, est un sous--module d’un -espace vectoriel (II, p. 117, cor. 1) qu’on peut supposer de la forme ; si on munit d’une structure de bon ordre (E, III, p. 20, th. 1) et de sa structure d’ordre usuelle, l’ensemble , muni de l’ordre lexicographique, est totalement ordonné (E, III, p. 23); il est immédiat que cet ordre est compatible avec la structure de groupe additif de .
C. Q.F.D.
Proposition 8
Soient un groupe commutatif sans torsion, un anneau gradué de type . Si le produit dans de deux éléments homogènes est , l’anneau n’a pas de diviseur de 0.
Munissons d’une structure d’ordre total compatible avec sa structure de groupe (lemme 1) et soient deux éléments non nuls de ( et étant homogènes de degré pour tout ); soit (resp. ) le plus grand des éléments tels que (resp. ); il est immédiat que si ou , ou bien ou bien ; la composante homogène de degré de est donc , qui n’est pas nul par hypothèse; d’où .
5. Produit tensoriel gradué de modules gradués
Soient un monoïde commutatif dont l’élément neutre est noté 0, un anneau gradué de type , (resp. ) un -module à droite (resp. à gauche) gradué de type . Soit (resp. ) la graduation de (resp. ); le produit tensoriel des et est somme directe des (II, p. 61, prop. 7), donc ces derniers forment une bigraduation de types sur ce . Considérons sur la graduation totale de type associée à cette bigraduation (II, p. 164, Exemple 4); elle est formée des sous--modules . On sait que le est quotient de par le sous--module engendré par les éléments , où et (II, p. 51); si pour tout , sont les composantes homogènes de degré de respectivement, il est clair que est somme des éléments homogènes , autrement dit est un sous--module gradué de (II, p. 167, prop. 2), et le quotient est donc canoniquement muni d’une structure de gradué de type (II, p. 168). En outre (II, p. 170, prop. 5), le centre de est un sous-anneau gradué de ; la graduation que nous venons de définir sur est compatible avec sa structure de module sur l’anneau gradué . En effet, est canoniquement muni de deux structures de -module, pour lesquelles on a respectivement et pour (II, p. 53); si , les deux éléments et appartiennent à et leur différence appartient à , donc leur image commune dans appartient à , ce qui établit notre assertion. Quand nous parlerons de comme d’un C-module gradué, il s’agira toujours de la structure ainsi définie, sauf mention expresse du contraire. On notera que peut se définir comme le sous-groupe additif de engendré par les , où et .
Soient (resp. ) un second A-module à droite (resp. à gauche) gradué, des homomorphismes gradués de degrés respectifs et . Alors il résulte aussitôt de la remarque précédente que est un homomorphisme (de C-modules) gradué de degré .
Lorsque A est commutatif, on définit de même une graduation (compatible avec la structure de A-module) sur le produit tensoriel d’un nombre fini quelconque de A-modules gradués; il est immédiat en outre que les isomorphismes d’associativité tels que (II, p. 64, prop. 8) sont des isomorphismes de modules gradués.
Remarque
Lorsque A est muni de la graduation triviale (II, p. 163, Exemple 1), est alors simplement la somme directe des sous-C-modules de tels que .
Soient (resp. ) un A-module à droite (resp. à gauche) gradué de type , P un -module gradué de type , et soit une application -bilinéaire de dans P, vérifiant la condition (1) de II, p. 50, et telle en outre que l’on ait
On a alors où est une application -linéaire (II, p. 51, prop. 1), et il résulte de la condition précédente que est un homomorphisme gradué de degré 0 de -modules.
Soit B un second anneau gradué de type , un homomorphisme d’anneaux gradués (II, p. 166); alors est un A-module à droite gradué de type . Si E est un A-module à gauche gradué de type , et si l’on munit de la structure de -module gradué de type définie ci-dessus, la structure canonique de B-module à gauche (II, p. 81) est compatible avec la graduation de . On dit que le B-module gradué ainsi obtenu est obtenu par extension à B de l’anneau des scalaires au moyen de , et lorsqu’on parle de ou de comme d’un B-module gradué, c’est toujours de cette structure qu’il s’agit sauf mention expresse du contraire.
6. Modules gradués d’homomorphismes gradués
Supposons dans ce numéro que le monoïde soit un groupe. Soient A un anneau gradué de type , et M, N deux A-modules à gauche (par exemple) gradués de type . Désignons par le groupe additif des homomorphismes gradués de degré de M dans N (II, p. 166); dans le groupe additif de tous les homomorphismes de M dans N (pour les structures de A-module non gradué) la somme (pour ) des est directe. En effet, si on a une relation avec pour tout , on en tire pour tout et tout . Comme les éléments de sont simplifiables, est la composante homogène de degré de ; on a donc pour tout couple et tout , ce qui entraîne pour tout . Nous désignerons (dans ce paragraphe) par le sous-groupe additif de somme des et nous dirons que c’est le groupe additif des homomorphismes de A-modules gradués de dans . Soit le centre de , qui est un sous-anneau gradué (II, p. 170, corollaire); pour la structure canonique de -module sur (II, p. 35, Remarque 1), est un sous-module et la graduation est compatible avec la structure de -module: en effet, si , et , on a, par définition
Soient et deux -modules à gauche gradués de type , , des homomorphismes gradués de degrés respectifs et . Alors il est immédiat que applique dans et que sa restriction à est un homomorphisme gradué dans , de degré .
En particulier est un sous-anneau gradué de , que l’on note .
Remarque
Si et sont des -modules à gauche gradués, est en général distinct de . Toutefois ces deux ensembles sont égaux lorsque est un -module de type fini. En effet, est alors engendré par un nombre fini d’éléments homogènes (); soit le degré de ; soit et pour tout , désignons par la composante homogène de degré de . Montrons qu’il existe un homomorphisme , tel que pour tout . Il suffit de prouver que si l’on a avec pour , il en résulte que pour tout (II, p. 16, Remarque). On peut supposer que chaque est homogène de degré tel que pour tout (II, p. 167, Remarque 1); on a alors ; prenant la composante homogène de degré du premier membre, il vient , d’où l’existence de l’homomorphisme ; il est clair en outre que est gradué de degré . Enfin, on a sauf pour un nombre fini de valeurs de , et par définition, ce qui achève de prouver notre assertion.
En particulier, on a pour tout -module à gauche gradué ; en outre est muni d’une structure de A-module à gauche gradué (et non seulement de -module gradué) et il est immédiat que pour cette structure, l’application canonique de M dans Hom_A(A_s, M) (II, p. 35, Remarque 2) est un isomorphisme de A-modules gradués.
De même, Homgr_A(M, A_s) est muni d’une structure de A-module à droite gradué (et non seulement de C-module gradué); on dit que c’est le dual gradué du A-module gradué M, et on le note M^{gr}, ou simplement M quand aucune confusion n’en résulte. Si u : M → N est un homomorphisme gradué de degré δ, il résulte de ce qui précède que la restriction à N^{gr} de ^t u = Hom(u, 1{A_s}) est un homomorphisme gradué u’ du dual gradué N^{gr} dans le dual gradué M^{gr}, de degré δ, dit transposé gradué de u.
On considère parfois sur le dual gradué M^{gr} la graduation déduite de la précédente à l’aide de l’isomorphisme λ ↦ −λ de Δ (II, p. 163, Exemple 2) de sorte que l’on prend pour éléments homogènes de degré λ de M^{gr} les formes linéaires graduées de degré −λ sur M (lorsque A est muni de la graduation triviale, ce seront les formes linéaires nulles dans les M_μ d’indice μ ≠ λ). Alors, si u : M → N est un homomorphisme gradué de degré δ, u’ devient un homomorphisme gradué de degré −δ.
Supposons A commutatif et gradué de type Δ, et soient M, N, P, Q quatre A-modules gradués de type Δ. On a alors des homomorphismes canoniques gradués de degré 0 (3) Homgr_A(M, Homgr_A(N, P)) → Homgr_A(M ⊗_A N, P) (4) Homgr_A(M, N) ⊗_A P → Homgr_A(M, N ⊗_A P) (5) Homgr_A(M, P) ⊗_A Homgr_A(N, Q) → Homgr_A(M ⊗_A N, P ⊗_A Q) (les produits tensoriels étant munis des graduations définies dans II, p. 173) que l’on obtient par restriction des homomorphismes canoniques définis au § 4 (II, p. 74, 75 et 79); en effet, si u : M → Homgr_A(N, P) est gradué de degré δ, alors, pour tout x ∈ M_λ, u(x) est un homomorphisme gradué N → P de degré δ + λ, donc, pour y ∈ N_μ, on a u(x)(y) ∈ P_{δ+λ+μ}; si v : M ⊗_A N → P correspond canoniquement à u, on voit donc que v est un homomorphisme gradué de degré δ, d’où notre assertion concernant (3); on voit en outre que cet homomorphisme est bijectif. On raisonne de même pour (4) et (5).
Si on prend en particulier P = Q = A dans (5), on obtient un homomorphisme canonique gradué de degré 0 (6) M^{gr} ⊗A N^{gr} → (M ⊗A N)^{*gr}.
Exercices
See the exercises for § 11.