§ 10. Matrices
1. Définition des matrices
Définition 1
Soient trois ensembles; on appelle matrice de type à éléments dans (ou matrice de type sur ) toute famille d’éléments de dont l’ensemble d’indices est le produit . Pour tout , la famille est appelée la ligne d’indice de ; pour tout , la famille est appelée la colonne d’indice de .
Si (resp. ) est fini, on dit que est une matrice ayant un nombre fini de lignes (resp. de colonnes). L’ensemble des matrices de type sur s’identifie au produit .
Les dénominations de « ligne » et de « colonne » proviennent de ce que, dans le cas où et sont des intervalles de , on imagine les éléments de la matrice disposés dans les cases d’un tableau rectangulaire ayant lignes (rangées horizontales) et colonnes (rangées verticales):
Lorsque et sont des entiers explicités assez petits pour que ce soit praticable, on convient que le tableau précédent est un symbole qui note effectivement la matrice considérée; cette écriture permet de se dispenser de noter les indices, étant entendu que les indices d’un élément sont déterminés par sa place dans le tableau; par exemple, lorsqu’on parlera de la matrice
il s’agira de la matrice telle que
Au lieu de matrice de type on dira aussi matrice de type , ou matrice à lignes et colonnes s’il n’en résulte pas de confusion; on note parfois l’ensemble des matrices de type sur .
Toute matrice sur dont l’un des ensembles d’indices est vide est identique à la famille vide d’éléments de ; on l’appelle encore la matrice vide. Lorsque (resp. ) est un ensemble réduit à un seul élément, on dit que est une matrice ligne (resp. une matrice colonne), et on peut alors supprimer dans la notation l’indice de ligne (resp. de colonne); lorsque et sont tous deux des ensembles à un élément, on identifie souvent une matrice de type à l’unique élément de cette matrice.
Une sous-famille d’une matrice dont l’ensemble d’indices est produit d’une partie de et d’une partie de , est dite sous-matrice de la matrice ; on dit qu’elle s’obtient en supprimant dans les lignes d’indice et les colonnes d’indice ; inversement, on dit que s’obtient en bordant par les lignes d’indice et les colonnes d’indice .
Définition 2
On appelle transposée d’une matrice et on note la matrice sur donnée par pour tout .
Il résulte de cette définition que la transposée d’une matrice de type est une matrice de type et que l’on a
2. Matrices sur un groupe commutatif
Soit un groupe commutatif (noté additivement). L’ensemble des matrices sur , ayant des ensembles d’indices donnés , est muni d’une structure de groupe commutatif, puisque c’est l’ensemble des applications de dans ; ce groupe est noté additivement, de sorte que si et sont deux de ses éléments, on a ; l’élément neutre de ce groupe est donc la matrice dont tous les éléments sont nuls (dite matrice nulle). Il est clair que l’on a
Soient deux ensembles, un groupe commutatif (noté additivement), et une application de dans . Étant données deux matrices
La définition précédente suppose que l’ensemble des indices des colonnes de est égal à l’ensemble des indices des lignes de ; en particulier le produit n’a pas de sens si . Dans la formule (3) figurent les éléments d’une même ligne de , multipliés à droite par les éléments d’une même colonne de ; on dit que la multiplication se fait « lignes par colonnes ».
Soit l’application de dans ; il résulte aussitôt des définitions que l’on a
Lorsque et sont eux-mêmes des groupes commutatifs (notés additivement) et que est Z-bilinéaire (II, p. 50), on vérifie aussitôt les formules de distributivité
les ensembles d’indices étant tels que les sommes et produits écrits soient définis.
Soient maintenant et des groupes commutatifs (notés additivement), , des applications, des applications Z-bilinéaires; supposons en outre que l’on ait, quels que soient les ()
(ce qu’on écrit aussi comme ci-dessus ); alors, si , , sont des matrices sur respectivement, on a
lorsque les produits des deux membres (calculés respectivement suivant et ) sont définis; en effet, on a
en vertu des hypothèses faites.
On note encore les deux membres de (6). On fera des conventions analogues pour les produits de plus de trois facteurs.
Remarque
Les formules précédentes s’étendent à une situation plus générale. De façon précise:
a) Supposons , où chaque est un groupe commutatif noté additivement; alors on peut définir la somme lorsque, pour tout couple , on a et .
b) Soient trois ensembles, étant supposé fini, et soient , , trois ensembles; supposons que chaque soit un groupe commutatif noté additivement, et pour chaque triplet , soit
une application. Alors si , sont des matrices telles que et quels que soient on peut définir le produit suivant les . Nous laissons au lecteur le soin d’écrire et de démontrer les formules analogues à (4), (5) et (6).
3. Matrices sur un anneau
Les matrices qui sont les plus importantes en Mathématique sont les matrices sur un anneau. L’ensemble des matrices sur , correspondant à des ensembles d’indices , est alors canoniquement muni d’une structure de (A, A)-bimodule (II, p. 33).
Pour tout couple , soit la matrice telle que et pour ; on dit que les sont les unités matricielles dans l’ensemble de matrices ; si et sont finis, elles forment la base canonique de cet ensemble pour sa structure de A-module à gauche ou à droite (II, p. 25). Il est clair que l’on a
Sauf mention expresse du contraire, le produit de deux matrices sur (supposé défini) sera toujours entendu relativement à la multiplication dans (ou, comme on dit encore, sera « calculé dans »). On a donc (II, p. 141) les formules d’associativité et de distributivité
(7)
pour trois matrices sur , chaque fois que les sommes et produits écrits dans ces formules sont définis.
En particulier, si (resp. ) sont les unités matricielles dans (resp. ) respectivement, avec , on a les formules
(9)
Soit l’anneau opposé de , et notons le produit de et dans ; on a alors, pour deux matrices sur dont le produit est défini,
(10)
où au second membre et sont considérées comme des matrices à éléments dans et le signe note le produit de matrices sur cet anneau; lorsque est commutatif, on a donc
(11)
Proposition 1
Soient deux anneaux, et deux matrices à ensembles d’indices finis, sur un (A, B)-bimodule G. Supposons que pour toute unité matricielle à une ligne, à éléments dans , et toute unité matricielle à une colonne, à éléments dans , on ait (les produits étant calculés suivant les lois externes du (A, B)-bimodule G); alors .
En effet, si on prend pour l’unité matricielle avec , pour , pour l’unité matricielle avec , pour , les produits et sont des matrices à un seul élément respectivement égal à et .
Soient A, B deux anneaux, un homomorphisme. Pour toute matrice sur A, nous noterons la matrice sur B; il est clair que l’on a , pour , ainsi que et
lorsque les opérations considérées sont définies, les produits du premier et du second membre de la seconde équation (12) étant calculés dans A et dans B respectivement. Lorsque est noté , on écrit au lieu de .
Considérons en particulier un antiendomorphisme de A, c’est-à-dire un homomorphisme de A dans l’anneau opposé , ou encore une application de A dans lui-même telle que
quels que soient dans A; alors, pour deux matrices sur A dont le produit est défini, on a
où les produits des deux membres sont calculés dans A; cela résulte aussitôt de (10) et (12).
4. Matrices et applications linéaires
Soient A un anneau, E un A-module (à droite ou à gauche) admettant une base . Pour tout élément , on appelle matrice de par rapport à la base et on note ou (ou même parfois lorsqu’il n’en résulte pas de confusion), la matrice colonne formée des composantes () de par rapport à (II, p. 25); dans les calculs, il sera parfois commode, afin de rappeler que l’indice est un indice de ligne, de lui adjoindre un indice de colonne susceptible de prendre une seule valeur, et d’écrire la matrice .
Considérons maintenant deux A-modules (à gauche ou à droite) E et F ayant des bases et respectivement; soit la famille des formes coordonnées correspondant à . Pour une application de E dans F, nous allons définir la matrice de par rapport aux bases , dans chacun des cas suivants: (D) E et F sont des A-modules à droite, est A-linéaire. (G) E et F sont des A-modules à gauche, est A-linéaire.
Dans la suite, nous affecterons de la lettre (D) (resp. (G)) les formules s’appliquant aux modules à droite (resp. à gauche).
Définition 3
Dans chacun des deux cas précédents, on appelle matrice de u par rapport aux bases la matrice telle que
Il est clair que si sont deux applications linéaires de dans , , leurs matrices par rapport aux mêmes bases, on a, par rapport à ces bases,
Proposition 2
Supposons et finis. Pour tout élément , la matrice par rapport à la base est donnée par la formule
Lorsque est commutatif, (17 G) se ramène à (17 D) au moyen de la formule (4) de II, p. 140.
Corollaire
Soient trois modules à droite (resp. à gauche) sur un anneau , des bases finies respectives de , , deux applications linéaires, la matrice de relative aux bases , la
matrice de v relative aux bases , la matrice de relative aux bases ; on a alors (18 D)
Démontrons par exemple (18 G). Quel que soit , on a en vertu de (17 G):
Remarque 1). — La formule (17 D) peut être considérée comme un cas particulier de (18 D). En effet, à tout correspond canoniquement l’application linéaire qui à tout fait correspondre (II, p. 36). Il est immédiat que la matrice par rapport à la base 1 de et à la base de n’est autre que la matrice ; de même on a et on peut donc considérer que la formule (17 D) est une traduction de la relation .
Proposition 3
Soient deux -modules à droite (resp. à gauche), , des bases finies de et respectivement. Pour toute application linéaire de dans , soit la matrice de par rapport aux bases et . Alors la matrice de par rapport aux bases duales et est égale à .
En effet, est canoniquement identifié à son bidual et à la base duale de ; on a alors (en supposant par exemple que et soient des modules à droite) , d’où la proposition.
Remarque 2
Soient et deux -modules à gauche ayant des bases et respectivement. Pour toute application -linéaire , on a, d’après (14 G), ; ces relations peuvent encore s’interpréter en disant que la matrice colonne à éléments dans est égale au produit , où est considéré comme une matrice colonne à éléments dans , et le produit est calculé pour l’application définissant la loi d’action du -module (II, p. 140).
Remarque 3
Soient deux anneaux commutatifs, un homomorphisme d’anneaux. Les notations étant celles de la prop. 3, et sont des bases respectives de et (II, p. 84, prop. 4); en outre, si et sont respectivement les bases duales de et , alors et sont respectivement les bases duales de et (II, p. 88). Pour toute application -linéaire , soient et la matrice de par rapport à et et la matrice de l’application -linéaire par rapport à et . Il résulte de II, p. 87, formule (20) que l’on a
Considérons un système d’un nombre fini d’équations linéaires scalaires à droite à un nombre fini d’inconnues
Soient les bases canoniques de et ; le système (19) est équivalent à l’équation , où , et est l’application linéaire telle que la matrice , par rapport aux bases et , soit égale à . On dit cette matrice est la matrice du système d’équations linéaires (19). Rappelons (II, p. 49, Remarques 2 et 3) que si on pose , le système (19) équivaut à l’unique équation vectorielle
et comme est la colonne d’indice de la matrice , on voit que dire que le système (19) admet une solution revient à dire que la matrice à une colonne est combinaison linéaire des colonnes de la matrice .
Nous laissons au lecteur le soin de formuler les définitions et remarques analogues pour les systèmes d’équations linéaires à gauche.
5. Produit par blocs
Les définitions du n° 4 se généralisent de la façon suivante. Soit un -module (à droite ou à gauche), somme directe d’une famille de sous-modules. Pour tout , soit avec pour tout ; nous dirons que la matrice colonne à éléments dans est la matrice de par rapport à la décomposition de en somme directe.
Soit un second -module ( et étant tous deux des -modules à droite ou tous deux des -modules à gauche), et supposons que soit somme directe d’une famille de sous-modules. Pour tout et tout , posons avec pour tout ; on a ; nous dirons que la matrice de type , à éléments dans l’ensemble somme des , est la matrice de par rapport aux décompositions et de et en sommes directes.
Avec ces définitions, il est évident que si sont deux applications -linéaires de dans , on a, pour les matrices par rapport aux mêmes décompositions en sommes directes
pour tout élément du centre de (cf. II, p. 141, Remarque).
En outre, la définition des montre que si est fini, on peut écrire
où est la matrice de par rapport à la décomposition , le produit du second membre de (22) étant calculé pour les applications de dans (II, p. 141, Remarque).
Soit G un troisième A-module, somme directe d’une famille de sous-modules, de sorte qu’à toute application A-linéaire correspond une matrice par rapport aux décompositions et . Si I, K et L sont finis, on a alors
où le premier membre est la matrice de par rapport aux décompositions et , et le produit du second membre est calculé pour les applications de dans (II, p. 141, Remarque). Cela n’est en effet autre chose que la formule (32) de II, p. 19, exprimée en termes de matrices.
Enfin, si on suppose I et K finis, (resp. ) s’identifie canoniquement à la somme directe des modules (resp. ) (II, p. 44, prop. 10). On vérifie alors aussitôt que la matrice de par rapport aux décompositions et n’est autre que .
Supposons maintenant que I et K soient finis et en outre que chacun des (resp. ) admette une base finie. Il revient au même de dire que E (resp. F) admet une base (resp. ) et que R (resp. S) admet une partition (resp. ) telle que pour tout (resp. ), soit une base de (resp. une base de ). Alors, si est la matrice de par rapport aux bases et , la matrice par rapport aux bases et n’est autre que la sous-matrice de obtenue en supprimant les lignes d’indice et les colonnes d’indice . On définit ainsi une application bijective
de l’ensemble des matrices de type (S, R) à éléments dans A sur l’ensemble des matrices de matrices de type , où chaque est une matrice sur A de type . Supposons que de plus G admette une base finie , et que soit une partition de T telle que pour chaque , soit une base de ; soient la matrice de par rapport aux bases et , celle de par rapport aux bases et , la matrice de par rapport aux bases et , celle de par rapport aux bases et ; on déduit alors de (23) que les sous-matrices de sont données par
autrement dit, l’application bijective (24) transforme les produits en produits lorsque tous les produits considérés sont définis (les produits de matrices de matrices étant définis au sens de II, p. 141, Remarque); lorsqu’on calcule ainsi les sous-matrices du produit , on dit qu’on effectue ce produit « par blocs ».
Ce nom provient de ce que, lorsque et , on imagine le tableau représentant la matrice comme partagé en « blocs » formant un « tableau de matrices »
que l’on considère comme un symbole notant lorsque et sont des entiers explicités assez petits pour que ce soit praticable.
6. Matrice d’une application semi-linéaire
Soient deux anneaux, un homomorphisme de dans , un -module à droite (resp. à gauche) ayant une base , un -module à droite (resp. à gauche) ayant une base . Soit une application semi-linéaire relative à et soit (resp. ), où les sont donc des éléments de ; par définition, la matrice de type est encore appelée la matrice de par rapport aux bases et . Par le même calcul que pour la prop. 2 de II, p. 144, on vérifie aussitôt que pour tout , on a, si et sont finis,
(26 D)
Soient un troisième anneau, un homomorphisme, un -module à droite (resp. à gauche) ayant une base , une application semi-linéaire de dans relative à ; si est la matrice de par rapport à et , la matrice de relative à et , on a cette fois, si sont finis,
(27 D)
En effet, pour démontrer par exemple (27 D), notons que pour tout , on a par (26 D),
Supposons enfin que soit un isomorphisme; rappelons alors que est une application semi-linéaire relative à (II, p. 43); lorsque I et K sont finis, la matrice de par rapport aux bases duales et est donnée par
car on a ici, par définition, en supposant par exemple que E et F soient des modules à droite, lorsque est noté .
Remarque
Soient A un anneau, un antiendomorphisme de A (II, p. 143); considérons les deux situations suivantes: (GD) E est un A-module à gauche, F un A-module à droite, une application -linéaire de E dans F telle que pour ; en d’autres termes, est une application semi-linéaire relative à du -module à droite E dans le A-module à droite F. (DG) E est un A-module à droite, F un A-module à gauche, une application -linéaire de E dans F telle que pour ; en d’autres termes, est une application semi-linéaire relative à du -module à gauche E dans le A-module à gauche F. Dans les deux cas, la matrice de relative à des bases de E et F a ses éléments dans A; si ces bases sont finies, on a, pour tout , les formules respectives (17 GD)
7. Matrices carrées
Définition 4
On appelle matrice carrée une matrice dont les lignes et les colonnes ont même ensemble d’indices*.
On dit qu’une matrice carrée ayant lignes et colonnes est une matrice d’ordre n.
Remarque
On aura soin de noter qu’une matrice dont les ensembles des indices de lignes et des indices de colonnes ont même cardinal, mais ne sont pas identiques, ne doit pas être considérée comme une matrice carrée; en particulier, le produit de deux telles matrices sur un anneau n’est pas défini.
Il est clair que l’addition et la multiplication des matrices carrées sur A, ayant un ensemble fini I pour ensemble d’indices des lignes et des colonnes, définissent sur l’ensemble de ces matrices une structure d’anneau, en raison des formules (7), (8) et (9) (II, p. 142): la matrice où est l’indice de Kronecker (pour ) est l’élément unité de cet anneau et se note ou lorsque I a éléments. Lorsque , on désignera simplement par l’anneau de matrices ainsi défini; le groupe des éléments inversibles de se désigne par ou . Pour qu’une matrice carrée d’ordre sur A soit inversible à droite (resp. à gauche), il faut et il suffit que pour tout système d’éléments de , le système de équations à inconnues
(resp. )
ait une solution dans .
Soient un ensemble d’indices fini, un anneau, un -module à droite (resp. à gauche) ayant une base . Pour tout endomorphisme de , la matrice de par rapport aux deux bases identiques à , est une matrice carrée; pour abréger, on dit que c’est la matrice de par rapport à la base .
Supposons que . L’application (resp. ) est un isomorphisme de l’anneau sur (resp. sur l’anneau opposé à ), comme il résulte des formules (18 D) (resp. (18 G)) (II, p. 145). Les éléments inversibles de l’anneau , dits matrices inversibles, correspondent par l’application (resp. ) aux automorphismes de ; le groupe s’identifie donc canoniquement au groupe .
Si est un automorphisme de , son contragrédient est un automorphisme du -module à gauche (resp. à droite) , tel que (II, p. 43, déf. 6); si est la matrice de par rapport à la base duale , on a donc, en vertu de II, p. 145, prop. 3
Pour toute matrice inversible , on a donc ; on note encore cette matrice , et on l’appelle la contragrédiente de la matrice .
Soit un automorphisme de l’anneau ; pour toute application semi-linéaire relative à , la matrice de cette application par rapport à une base de est encore une matrice carrée. Il résulte aussitôt de (27 D) (II, p. 148) que si est bijective, on a
Soit un -module somme directe d’une famille finie de sous-modules; pour tout endomorphisme de , la matrice de par rapport aux deux décompositions de identiques à (II, p. 146) est une matrice carrée d’applications linéaires. Pour que pour tout , il faut et il suffit que pour . Lorsque , les relations
équivalent aux relations pour .
Exemples de matrices carrées. — I. Matrices diagonales. Dans une matrice carrée , les éléments dont les deux indices sont égaux sont appelés éléments diagonaux et la famille est appelée la diagonale de ; une matrice carrée sur un anneau, dont les éléments autres que les éléments diagonaux sont nuls, est appelée matrice diagonale. Pour toute famille d’éléments d’un anneau , on note (ou lorsque ) la matrice diagonale telle que pour tout . Dans l’ensemble des matrices carrées d’ordre sur , la matrice unité est une matrice diagonale, ainsi que tout multiple de cette matrice par un scalaire (matrice diagonale (dite scalaire) dont tous les éléments diagonaux sont égaux à ).
Pour toute famille d’éléments de et toute matrice de type (resp. ) sur , on a, en posant
En particulier, pour deux matrices diagonales d’ordre , on a
Les matrices diagonales forment donc un sous-anneau de isomorphe à l’anneau produit ; les matrices scalaires forment un sous-anneau isomorphe à .
II. Matrices de permutations; matrices monomiales. Soit une permutation quelconque d’un ensemble fini , et soit la base canonique du -module ; il existe un endomorphisme de et un seul tel que pour tout , (II, p. 25, cor. 3). Pour tout , la colonne d’indice de la matrice par rapport à la base a tous ses éléments nuls, sauf celui qui se trouve dans la ligne d’indice et qui est égal à 1. Par abus de langage, on dit que est la matrice de la permutation . Il est immédiat que pour deux permutations quelconques de , on a , et que pour la permutation identique , est l’identité; l’application est donc un isomorphisme du groupe symétrique sur le groupe des matrices de permutation.
Chaque ligne et chaque colonne d’une matrice de permutation ne contient qu’un seul élément . Une matrice carrée finie sur un anneau non réduit à 0, ayant cette propriété, est dite matrice monomiale; soit l’unique élément de la colonne d’indice de , et soit l’indice de la ligne où se trouve cet élément; il est clair que est une permutation de l’ensemble des indices et que l’on a , où .
III. Matrices triangulaires. Dans l’anneau des matrices carrées d’ordre sur un anneau , on appelle matrice triangulaire supérieure (resp. inférieure) toute matrice telle que pour (resp. ); on dit encore qu’une telle matrice n’a que des zéros au-dessous (resp. au-dessus) de sa diagonale. On constate aussitôt que les matrices triangulaires supérieures (resp. inférieures) forment un sous-anneau S (resp. T) de , S T étant évidemment l’anneau des matrices diagonales.
L’ensemble S’ (resp. T’) des matrices de S (resp. T) dont les éléments diagonaux sont inversibles est un groupe multiplicatif de matrices dit groupe trigonal large supérieur (resp. inférieur) ; cela résulte aussitôt de II, p. 27, Remarque 5. L’ensemble S (resp. T) des matrices de S (resp. T) dont les éléments diagonaux sont tous égaux à 1 est un sous-groupe du précédent, appelé groupe trigonal strict supérieur (resp. inférieur) et toute matrice (resp. ) dont () est la diagonale, s’écrit , où et et des matrices appartenant à S (resp. T).
IV. Matrices diagonales et matrices triangulaires de matrices. Soit une partition de l’ensemble fini I ; toute matrice carrée sur un anneau A ayant I pour ensemble d’indices peut s’écrire sous forme de matrice carrée de matrices correspondant à la même partition () de l’ensemble d’indices des lignes et de l’ensemble d’indices des colonnes (II, p. 147)
où chaque est une matrice carrée ayant pour ensemble d’indices des lignes et des colonnes.
Cela étant, on dira que (32) est une matrice diagonale (resp. triangulaire supérieure, resp. triangulaire inférieure) de matrices si toutes les matrices telles que (resp. , resp. ) sont nulles. On a vu plus haut comment s’interprètent les endomorphismes dont la matrice est une matrice diagonale, resp. triangulaire inférieure, de matrices, en considérant la matrice correspondante d’applications linéaires. Les matrices triangulaires inférieures (resp. triangulaires supérieures, diagonales) de matrices pour une partition donnée () de I forment un sous-anneau de l’anneau de matrices . En particulier l’anneau des matrices diagonales de matrices relatif à la partition () est isomorphe au produit .
8. Changements de bases
Proposition 4
Soit E un A-module à droite ayant une base finie* de n éléments. Pour qu’une famille de n éléments () soit une base de E, il faut et il suffit que la matrice carrée *d’ordre n soit inversible.
En effet, n’est autre que la matrice, par rapport à la base , de l’endomorphisme de E défini par (). Or, pour que soit un automorphisme de E, il faut et il suffit que soit une base de E (II, p. 25, cor. 3) ; d’où la proposition.
On dit que la matrice inversible est la matrice de passage de la base à la base . On peut aussi l’interpréter comme la matrice de l’application identique l_E par rapport aux bases (e'_i) et (e_i) (dans cet ordre); il est clair alors que la matrice de passage de la base (e'_i) à la base (e_i) est l’inverse P^{-1} de P.
Proposition 5
Soient (e_i), (e'_i) deux bases de n éléments de E, P la matrice de passage de (e_i) à (e'_i). Si (e_i^*) et (e'_i^*) sont les bases duales respectives de (e_i) et (e'_i), la matrice de passage de (e_i^*) à (e'_i^*) est la contragrédiente tP^{-1} de P.
En effet, la transposée de l’application identique l_E est l’application identique l_{E*}; en vertu de la prop. 3 de II, p. 145, la matrice de l_{E*}, par rapport aux bases (e'_i^*) et (e_i^*) (dans cet ordre) est la transposée de la matrice de l_E par rapport aux bases (e_i) et (e'_i) (dans cet ordre), c’est-à-dire la transposée de P^{-1}.
Proposition 6
Soient E et F deux A-modules à droite, (e_i) et (e'_i) deux bases de E ayant n éléments, (f_j) et (f'_j) deux bases de F ayant m éléments, P la matrice de passage de (e_i) à (e'_i), Q la matrice de passage de (f_j) à (f'_j). Pour toute application linéaire u de E dans F, soient M(u) la matrice de u par rapport aux bases (e_i) et (f_j), M'(u) la matrice de u par rapport aux bases (e'_i) et (f'_j); on a alors (33 D)
Corollaire 1
Si u est un endomorphisme de E, M(u) et M'(u) ses matrices par rapport aux bases (e_i) et (e'_i) respectivement, on a (34 D)
Corollaire 2
Si M(x) et M'(x) sont les matrices à une colonne d’un même élément par rapport aux bases (e_i) et (e'_i) respectivement, on a (35 D)
Si , la formule (35 D) équivaut à (36 D)
Remarque 1
Partons maintenant d’un A-module à gauche E ayant deux bases (e_i), (e'_i) de n éléments chacune; si on pose on dit encore que est la matrice de passage de (e_i) à (e'_i); c’est encore la matrice de l’automorphisme u de E tel que , par rapport à la base , et aussi la matrice de prise par rapport aux bases et dans cet ordre. Les résultats précédents subsistent alors avec les seules modifications suivantes : les formules (33 D) à (36D) sont respectivement remplacées par
(33 G)
Remarque 2
Sous les hypothèses de II, p. 152, prop. 4, considérons un élément ; comme la matrice de passage de à est (II, p, 153, prop. 5) on a, pour les matrices et de par rapport à ces deux bases respectivement,
Remarque 3
Soient A, B deux anneaux, un homomorphisme de A dans B, E un A-module à droite (resp. à gauche), deux bases de éléments de E, F un B-module à droite (resp. à gauche), deux bases de éléments de F, (resp. ) la matrice de passage de à (resp. de à ).
Pour toute application semi-linéaire , relative à , soient la matrice de rapport à et , sa matrice par rapport à et . Alors on a (39 D)
La démonstration est la même que pour (33 D) et (33 G), en utilisant cette fois les formules (27 D) et (27 G) (II, p. 148).
9. Matrices équivalentes; matrices semblables
Définition 5
On dit que deux matrices à lignes et colonnes sur un anneau sont équivalentes s’il existe une matrice carrée inversible d’ordre et une matrice carrée inversible d’ordre telles que
Il est clair que la relation « et sont équivalentes » est bien une relation d’équivalence (E, II, p. 40) dans l’ensemble des matrices de type sur , ce qui justifie la terminologie.
Avec cette définition, la prop. 6 de II, p. 153 implique que lorsqu’on change de bases dans deux -modules à droite (ayant des bases finies), la matrice d’une application linéaire , par rapport aux nouvelles bases, est équivalente à la matrice de par rapport aux anciennes bases.
Réciproquement, si on a la relation (40) et si est l’application linéaire dont la matrice est par rapport aux bases canoniques et respectives de et , alors est la matrice de par rapport aux bases et telles que soit la matrice de passage de à et la matrice de passage de à .
Exemples de matrices équivalentes. — 1) On dit que deux matrices et à lignes et colonnes « ne diffèrent que par l’ordre des lignes » s’il existe une permutation de l’intervalle de , telle que l’on ait, pour tout couple d’indices , (on dit encore que s’obtient en effectuant la permutation sur les lignes de ). Les matrices et sont alors équivalentes, car on a , où est la matrice de la permutation (cf. II, p. 151, Exemple II).
On dit de même que et ne diffèrent que par l’ordre des colonnes s’il existe une permutation de telle que pour tout couple d’indices ; et sont encore équivalentes, car on a , où est la matrice de la permutation .
On notera qu’avec les notations précédentes, est la matrice de passage d’une base à la base et la matrice de passage d’une base à la base .
2) Soient deux éléments distincts de et soit .
Supposons que pour , on ait et pour ; on dit que se déduit de en ajoutant à la colonne d’indice de la colonne d’indice multipliée à droite par . Dans ce cas et sont encore équivalentes : en effet, si (matrice triangulaire inversible, comme on l’a vu dans II, p. 152), on a .
De même, soient deux éléments distincts de , un élément de ; si se déduit de en ajoutant à la ligne d’indice de la ligne d’indice multipliée à gauche par , et sont équivalentes, car on a , avec .
3) Enfin, si, pour un indice donné , on a pour , où est inversible, et si pour et , et sont encore équivalentes ; en effet, on a , où est la matrice avec , pour . On dit alors que se déduit de en multipliant à droite par la colonne d’indice de .
De même, si se déduit de en multipliant à gauche la ligne d’indice de par un élément inversible , et sont équivalentes, car où est la matrice avec , pour .
Définition 6
On dit que deux matrices carrées d’ordre sur un anneau sont semblables s’il existe une matrice carrée inversible d’ordre telle que
Il est clair que la relation « et sont semblables » est une relation d’équivalence dans , signifiant que et sont transformées l’une de l’autre par un automorphisme intérieur de cet anneau.
Avec cette définition, le cor. 1 de II, p. 153 implique que lorsqu’on change de base dans un -module (ayant une base finie), la matrice d’un endomorphisme de par rapport à la nouvelle base est semblable à la matrice de par rapport à l’ancienne base.
Remarque 1
Deux matrices carrées qui ne diffèrent que par l’ordre des lignes (ou l’ordre des colonnes) sont équivalentes, mais non semblables en général. On obtient une matrice semblable à une matrice carrée en effectuant la même permutation sur les lignes et les colonnes, c’est-à-dire en considérant la matrice , où pour tout couple d’indices ; en effet, si est la matrice d’un endomorphisme de par rapport à une base , est la matrice de par rapport à la base .
Remarque 2
Soient et deux matrices carrées d’ordre , qui s’écrivent sous forme de matrices diagonales de matrices carrées (II, p. 152, Exemple IV) :
correspondant à la même partition de l’ensemble d’indices pour et . Si, pour , et sont équivalentes (resp. semblables), alors et sont équivalentes (resp. semblables) : en effet, si pour , on a avec
comme il résulte du calcul du produit « par blocs » (II, p. 147). En outre, si pour tout , on a .
10. Produit tensoriel de matrices sur un anneau commutatif
Soient un anneau commutatif, quatre -modules, , deux applications -linéaires. Supposons que aient respectivement des bases finies ; soient la matrice de par rapport à et , celle de par rapport à et . Pour tout couple , posons ; pour tout couple , posons ; les forment alors une base de et les une base de (II, p. 62, cor. 2). On appelle produit tensoriel de par et on note la matrice dont les éléments sont donnés par
(42)
Alors est la matrice de par rapport aux bases et . En effet, on a par définition (II, p. 52, formule (3))
La définition (42) des éléments de montre que cette matrice correspond biunivoquement à la matrice de matrices et aussi à la matrice de matrices (II, p. 147).
Le fait que est une application -bilinéaire et la formule (9) de II, p. 56 se traduisent par les identités
(43)
(44)
(45)
lorsque les opérations écrites sont définies. La transposée d’un produit tensoriel de matrices est donnée par
(46)
Si et sont des matrices carrées inversibles sur , est inversible et l’on a
(47)
Soient une seconde base de , une seconde base de ; si est la matrice de passage de la base à la base , la matrice de passage de la base à la base , la matrice de passage de la base à la base est . Si est équivalente (resp. semblable) à , équivalente (resp. semblable) à , alors est équivalente (resp. semblable) à .
On généralise de façon évidente la définition du produit tensoriel de matrices à un nombre fini quelconque de matrices sur ; on a en particulier la formule d’associativité
(48)
pour toute partition de l’ensemble fini d’indices .
11. Trace d’une matrice
Soit un anneau commutatif; pour toute matrice carrée sur , correspondant à l’ensemble d’indices fini , on appelle trace de l’élément
Soit un -module admettant une base finie ; pour tout endomorphisme de , on a
étant la matrice de par rapport à la base ; cela résulte aussitôt de II, p. 78, formule (17) lorsqu’on applique cette formule à l’endomorphisme (où est la base duale de ); on passe de là au cas général par linéarité. La formule (49) montre que l’on a
pour toute base de (cf. II, p. 78, formule (17)).
Si est une matrice de type sur , une matrice de type sur , on a
comme il résulte de ce qui précède et de la prop. 3 de II, p. 78; on peut aussi obtenir (52) directement, car si , on a
en vertu de (49). Cette dernière formule prouve en outre:
Proposition 7
Soit un anneau commutatif, et pour toute matrice , soit la forme linéaire sur ; l’application est une bijection sur son dual.
Proposition 8
Si est une forme linéaire sur le -module telle que quelles que soient les matrices de , il existe un scalaire et un seul tel que pour toute matrice .
La proposition étant triviale pour , on peut se borner au cas où . En prenant avec , il vient ; prenant ensuite on trouve ; la proposition en résulte aussitôt, les formant une base de .
12. Matrices sur un corps
Les matrices finies à lignes et colonnes sur un corps correspondent biunivoquement aux applications linéaires de l’espace vectoriel à droite dans l’espace vectoriel à droite , lorsqu’on prend les matrices de ces applications par rapport aux bases canoniques de et . Par définition, le rang d’une telle matrice est le rang de l’application linéaire qui lui correspond; comme ce nombre est par définition la dimension du sous-espace de , il revient au même (en identifiant les colonnes de aux images par de la base canonique de ) de donner la définition suivante:
Définition 7
Étant donnée une matrice à lignes et colonnes sur un corps , on appelle rang de par rapport à , et on note , la dimension du sous-espace de engendré par les colonnes de .
On peut dire aussi que le rang de est le nombre maximum de colonnes de linéairement indépendantes (en tant qu’éléments de ). On a évidemment ; pour toute sous-matrice de , on a .
Si et sont deux espaces vectoriels de dimension finie sur , une application linéaire de dans , le rang de la matrice par rapport à deux bases quelconques est égal au rang de .
Proposition 9
Si les éléments d’une matrice à lignes et colonnes appartiennent à un sous-corps d’un corps , le rang de par rapport à est égal au rang de par rapport à .
En effet, soit le -espace vectoriel à droite engendré par la base canonique du -espace vectoriel à droite ; par hypothèse les colonnes de appartiennent à . Soit (resp. ) le sous--espace vectoriel de (resp. le sous--espace vectoriel de ) engendré par ces colonnes. On a (II, p. 120, prop. 2), donc .
Proposition 10
Le rang d’une matrice sur un corps est égal au rang de sa transposée sur le corps opposé .
En effet, avec les notations introduites avant la déf. 7, le rang de est égal à celui de (II, p. 104, prop. 10) et la proposition résulte donc de II, p. 145, prop. 3.
On voit donc que le rang de peut aussi être défini comme le nombre maximum de lignes de linéairement indépendantes (quand on les considère comme des éléments du -espace vectoriel à gauche ).
Les matrices carrées d’ordre sur un corps correspondent biunivoquement aux endomorphismes de et forment un anneau isomorphe à l’anneau (II, p. 150); aux automorphismes de correspondent les matrices carrées inversibles.
Proposition 11
Soit une matrice carrée d’ordre sur un corps . Les propriétés suivantes sont équivalentes: a) est inversible dans . b) est inversible à droite dans .
c) est inversible à gauche dans . d) est de rang . Cela ne fait que traduire II, p. 101, corollaire.
Proposition 12
Pour qu’un système de équations linéaires à inconnues
sur un corps , ait au moins une solution, il faut et il suffit que la matrice du système et la matrice obtenue en bordant par une -ème colonne égale à , soient des matrices de même rang.
On a vu en effet (II, p. 146) que l’existence d’une solution de (54) équivaut au fait que la colonne est combinaison linéaire des colonnes de , et la proposition résulte donc de II, p. 99, cor. 4.
On notera que la condition de la prop. 12 est toujours remplie lorsque et que est inversible, c’est-à-dire de rang (prop. 11). Si et désignent alors les matrices à une colonne et respectivement, le système (54) est équivalent à , et son unique solution est .
13. Équivalence des matrices sur un corps
Proposition 13
Soient deux espaces vectoriels sur un corps , de dimensions finies. Si est une application linéaire de rang , il existe des bases de et telles que, par rapport à ces bases, on ait
Toute matrice de type sur et de rang est équivalente à une matrice de la forme (55).
La seconde assertion est trivialement équivalente à la première. Pour démontrer celle-ci, soient , . Le noyau est de dimension (II, p. 101, formule (11)); soient un supplémentaire de dans , une base de telle que soit une base de et une base de . Alors les () forment une base de ; il existe donc une base de telle que pour (II, p. 95, th. 2), et il est clair que par rapport aux bases et , la matrice est donnée par (55).
Corollaire
Pour que deux matrices sur un corps, de type , soient équivalentes, il faut et il suffit qu’elles aient même rang.
Nous allons retrouver la prop. 13 par un autre procédé plus explicite. Pour tout anneau A, tout , tout entier et tout couple d’entiers distincts dans , nous poserons
matrice inversible d’ordre d’après ce qu’on a vu dans II, p. 152.
Lemme 1
Soit une matrice de type sur un anneau A. Supposons que et qu’il existe un élément de la première colonne de qui soit inversible dans A. Alors il existe deux matrices carrées inversibles , et une matrice Y de type sur A, telles que (resp. ) soit produit de matrices de la forme d’ordre (resp. ), et que l’on ait
En effet, la matrice s’obtient en ajoutant à la ligne d’indice de la ligne d’indice multipliée à gauche par (II, p. 155, Exemple 2); si est inversible, il existe donc tel que pour la matrice on ait ; multipliant à gauche par des matrices d’ordre convenablement choisies (pour ), on obtient une matrice telle que pour . On multiplie ensuite à droite la matrice obtenue successivement par des matrices d’ordre convenables , et on obtient bien une matrice de la forme (57).
Proposition 14
Soit une matrice de type sur un corps K. Si est de rang r, il existe deux matrices carrées inversibles , telles que (resp. ) soit produit de matrices d’ordre (resp. ) de la forme et que l’on ait
(matrice dont tous les termes sont nuls sauf les pour , avec pour . Si ou , on peut en outre supposer que .
La proposition est évidente si ; supposons donc . Si la proposition est évidente (avec arbitraire). Si , on peut appliquer le lemme 1 (puisque ), qui donne la forme vouluue (58) avec . Raisonnons par récurrence sur ; il existe un élément dans ; si , on peut appliquer le lemme 1 et se ramener au cas où a la forme (57). L’hypothèse de récurrence s’applique alors à et il y a donc des matrices inversibles produits de matrices de la forme d’ordre (resp. ), telles que soit de la forme (58). Or, si appartient par exemple à , on a ; la formule (58) résulte alors de la formule du produit par blocs en posant et . Si enfin on avait , il suffirait de considérer la matrice pour être ramené au cas précédent.
La prop. 14 redonne aussitôt la prop. 13.
Corollaire 1
Si est une matrice carrée inversible d’ordre sur un corps , il existe trois matrices inversibles d’ordre telles que , et étant produits de matrices de la forme , et une matrice diagonale de la forme avec (cf. II, p. 207, exerc. 13).
Corollaire 2
Pour tout corps , le groupe de matrices inversibles est engendré par les matrices de permutation (II, p. 151, Exemple 2), les matrices diagonales ( dans ) et les matrices ().
On a vu (II, p. 155) que le produit à droite (resp. à gauche) d’une matrice par la matrice d’une transposition convenable échange deux colonnes (resp. deux lignes) quelconques. On en conclut que la matrice est égale au produit de et de matrices de permutation, et que toute matrice est égale au produit de et de matrices de permutation, d’où le corollaire.
Remarques. — 1) Au chap. III, on verra que si et si est commutatif, alors, pour tous les choix de et satisfaisant aux conditions de la prop. 14, l’élément est toujours le même et est égal au déterminant de (III, p. 101).
2) Le raisonnement de la prop. 14, légèrement modifié, montre qu’il y a une matrice de permutation telle que l’on ait (avec les mêmes conditions pour )
si l’on n’a pas , et
dans le cas contraire. On observera aussi que la méthode de démonstration donne une détermination explicite des matrices lorsque est donnée explicitement.
Exercices
See the exercises for § 10.