Bourbaki

§ 10. Matrices

1. Définition des matrices

Définition 1

Soient I,K,HI, K, H trois ensembles; on appelle matrice de type (I,K)(I, K) à éléments dans HH (ou matrice de type (I,K)(I, K) sur HH) toute famille M=(mικ)(ι,κ)∈I×KM = (m_{\iota \kappa})_{(\iota, \kappa) \in I \times K} d’éléments de HH dont l’ensemble d’indices est le produit I×KI \times K. Pour tout ι∈I\iota \in I, la famille (mικ)κ∈K(m_{\iota \kappa})_{\kappa \in K} est appelée la ligne d’indice ι\iota de MM; pour tout κ∈K\kappa \in K, la famille (mικ)ι∈I(m_{\iota \kappa})_{\iota \in I} est appelée la colonne d’indice κ\kappa de MM.

Si II (resp. KK) est fini, on dit que MM est une matrice ayant un nombre fini de lignes (resp. de colonnes). L’ensemble des matrices de type (I,K)(I, K) sur HH s’identifie au produit HI×KH^{I \times K}.

Les dénominations de « ligne » et de « colonne » proviennent de ce que, dans le cas où II et KK sont des intervalles [1,p],[1,q][1, p], [1, q] de N\mathbf{N}, on imagine les éléments de la matrice disposés dans les cases d’un tableau rectangulaire ayant pp lignes (rangées horizontales) et qq colonnes (rangées verticales):

(m11m12⋯m1qm21m22⋯m2q⋅⋅⋅⋅mp1mp2⋯mpq) \begin{pmatrix} m_{11} & m_{12} & \cdots & m_{1q} \\ m_{21} & m_{22} & \cdots & m_{2q} \\ \cdot & \cdot & \cdot & \cdot \\ m_{p1} & m_{p2} & \cdots & m_{pq} \end{pmatrix}

Lorsque pp et qq sont des entiers explicités assez petits pour que ce soit praticable, on convient que le tableau précédent est un symbole qui note effectivement la matrice considérée; cette écriture permet de se dispenser de noter les indices, étant entendu que les indices d’un élément sont déterminés par sa place dans le tableau; par exemple, lorsqu’on parlera de la matrice

(abcdef) \begin{pmatrix} a & b & c \\ d & e & f \end{pmatrix}

il s’agira de la matrice (mij)1≤i≤2,1≤j≤3(m_{ij})_{1 \leq i \leq 2, 1 \leq j \leq 3} telle que

m11=a, m12=b, m13=c, m21=d, m22=e, m23=f. m_{11} = a,\ m_{12} = b,\ m_{13} = c,\ m_{21} = d,\ m_{22} = e,\ m_{23} = f.

Au lieu de matrice de type ([1,p],[1,q])([1, p], [1, q]) on dira aussi matrice de type (p,q)(p, q), ou matrice à pp lignes et qq colonnes s’il n’en résulte pas de confusion; on note parfois Mp,q(H)\mathbf{M}_{p, q}(H) l’ensemble des matrices de type (p,q)(p, q) sur HH.

Toute matrice sur HH dont l’un des ensembles d’indices I,KI, K est vide est identique à la famille vide d’éléments de HH; on l’appelle encore la matrice vide. Lorsque I={i0}I = \{i_0\} (resp. K={k0}K = \{k_0\}) est un ensemble réduit à un seul élément, on dit que MM est une matrice ligne (resp. une matrice colonne), et on peut alors supprimer dans la notation l’indice de ligne (resp. de colonne); lorsque II et KK sont tous deux des ensembles à un élément, on identifie souvent une matrice de type (I,K)(I, K) à l’unique élément de cette matrice.

Une sous-famille M′=(mικ)(ι,κ)∈J×LM' = (m_{\iota \kappa})_{(\iota, \kappa) \in J \times L} d’une matrice M=(mικ)(ι,κ)∈I×KM = (m_{\iota \kappa})_{(\iota, \kappa) \in I \times K} dont l’ensemble d’indices est produit d’une partie JJ de II et d’une partie LL de KK, est dite sous-matrice de la matrice MM; on dit qu’elle s’obtient en supprimant dans MM les lignes d’indice ι∉J\iota \notin J et les colonnes d’indice κ∉L\kappa \notin L; inversement, on dit que MM s’obtient en bordant M′M' par les lignes d’indice ι∉J\iota \notin J et les colonnes d’indice κ∉L\kappa \notin L.

Définition 2

On appelle transposée d’une matrice M=(mιk)(ι,k)∈I×KM = (m_{\iota k})_{(\iota, k) \in I \times K} et on note tM{}^t M la matrice (mkι′)(k,ι)∈K×I(m'_{k \iota})_{(k, \iota) \in K \times I} sur H\mathbf{H} donnée par mkι′=mιkm'_{k \iota} = m_{\iota k} pour tout (ι,k)∈I×K(\iota, k) \in I \times K.

Il résulte de cette définition que la transposée d’une matrice de type (I,K)(I, K) est une matrice de type (K,I)(K, I) et que l’on a

t(tM)=M. {}^t({}^t M) = M.

2. Matrices sur un groupe commutatif

Soit GG un groupe commutatif (noté additivement). L’ensemble des matrices sur GG, ayant des ensembles d’indices donnés I,KI, K, est muni d’une structure de groupe commutatif, puisque c’est l’ensemble des applications de I×KI \times K dans GG; ce groupe est noté additivement, de sorte que si M=(mιk)M = (m_{\iota k}) et M′=(mιk′)M' = (m'_{\iota k}) sont deux de ses éléments, on a M+M′=(mιk+mιk′)M + M' = (m_{\iota k} + m'_{\iota k}); l’élément neutre de ce groupe est donc la matrice dont tous les éléments sont nuls (dite matrice nulle). Il est clair que l’on a

t(M+M′)=tM+tM′. {}^t(M + M') = {}^t M + {}^t M'.
La somme de deux matrices n’est donc définie que si les ensembles d’indices des lignes et des colonnes sont les mêmes pour les deux matrices.

Soient H′,H′′H', H'' deux ensembles, GG un groupe commutatif (noté additivement), et f:(h′,h′′)↦h′h′′f : (h', h'') \mapsto h'h'' une application de H′×H′′H' \times H'' dans GG. Étant données deux matrices

M′=(mik′)(i,k)∈I×K,M′′=(mkl′′)(k,l)∈K×L M' = (m'_{ik})_{(i, k) \in I \times K}, \qquad M'' = (m''_{kl})_{(k, l) \in K \times L}
sur H′H' et H′′H'' respectivement, telles que l’ensemble KK des indices des colonnes de M′M' soit fini et égal à l’ensemble des indices des lignes de M′′M'', on appelle produit de M′M' et M′′M'' suivant ff et on note M′M′′M'M'' ou f(M′,M′′)f(M', M'') la matrice
(∑k∈Kmik′mkl′′)(i,l)∈I×L \left( \sum_{k \in K} m'_{ik} m''_{kl} \right)_{(i, l) \in I \times L}
sur GG.

La définition précédente suppose que l’ensemble des indices des colonnes de M′M' est égal à l’ensemble des indices des lignes de M′′M''; en particulier le produit M′′M′M''M' n’a pas de sens si I≠LI \neq L. Dans la formule (3) figurent les éléments d’une même ligne de M′M', multipliés à droite par les éléments d’une même colonne de M′′M''; on dit que la multiplication se fait « lignes par colonnes ».

Soit f0f^0 l’application (h′′,h′)↦h′h′′(h'', h') \mapsto h'h'' de H′′×H′H'' \times H' dans GG; il résulte aussitôt des définitions que l’on a

t(M′M′′)=tM′′.tM′ {}^t(M'M'') = {}^t M''. {}^t M'
où le produit dans le premier (resp. second) membre est calculé suivant ff (resp. suivant f0f^0).

Lorsque H′H' et H′′H'' sont eux-mêmes des groupes commutatifs (notés additivement) et que ff est Z-bilinéaire (II, p. 50), on vérifie aussitôt les formules de distributivité

{(M′+N′)M′′=M′M′′+N′M′′M′(M′′+N′′)=M′M′′+M′N′′ \begin{cases} (M' + N')M'' = M'M'' + N'M'' \\ M'(M'' + N'') = M'M'' + M'N'' \end{cases}

les ensembles d’indices étant tels que les sommes et produits écrits soient définis.

Soient maintenant H1,H2,H3,H12,H23H_1, H_2, H_3, H_{12}, H_{23} et HH des groupes commutatifs (notés additivement), f12:H1×H2→H12f_{12}: H_1 \times H_2 \to H_{12}, f23:H2×H3→H23f_{23}: H_2 \times H_3 \to H_{23} des applications, f3:H12×H3→H,f1:H1×H23→Hf_3: H_{12} \times H_3 \to H, f_1: H_1 \times H_{23} \to H des applications Z-bilinéaires; supposons en outre que l’on ait, quels que soient les xi∈Hix_i \in H_i (i=1,2,3i = 1, 2, 3)

f3(f12(x1,x2),x3)=f1(x1,f23(x2,x3)) f_3(f_{12}(x_1, x_2), x_3) = f_1(x_1, f_{23}(x_2, x_3))

(ce qu’on écrit aussi comme ci-dessus (x1x2)x3=x1(x2x3)(x_1 x_2)x_3 = x_1(x_2 x_3)); alors, si M′=(mrs′)M' = (m'_{rs}), M′′=(mst′′)M'' = (m''_{st}), M′′′=(mtu′′′)M''' = (m'''_{tu}) sont des matrices sur H1,H2,H3H_1, H_2, H_3 respectivement, on a

(M′M′′)M′′′=M′(M′′M′′′′) (M'M'')M''' = M'(M''M'''')

lorsque les produits des deux membres (calculés respectivement suivant f12,f3,f23f_{12}, f_3, f_{23} et f1f_1) sont définis; en effet, on a

∑t(∑smrs′mst′′)mtu′′′=∑t∑s(mrs′mst′′)mtu′′′=∑s∑tmrs′(mst′′mtu′′′) \sum_t (\sum_s m'_{rs} m''_{st}) m'''_{tu} = \sum_t \sum_s (m'_{rs} m''_{st}) m'''_{tu} = \sum_s \sum_t m'_{rs} (m''_{st} m'''_{tu})
=∑smrs′(∑tmst′′mtu′′′) = \sum_s m'_{rs} (\sum_t m''_{st} m'''_{tu})

en vertu des hypothèses faites.

On note encore MM′M′′MM'M'' les deux membres de (6). On fera des conventions analogues pour les produits de plus de trois facteurs.

Remarque

Les formules précédentes s’étendent à une situation plus générale. De façon précise:

a) Supposons H=⋃(i,κ)∈I×KGiκH = \bigcup_{(i, \kappa) \in I \times K} G_{i\kappa}, où chaque GiκG_{i\kappa} est un groupe commutatif noté additivement; alors on peut définir la somme M+M′M + M' lorsque, pour tout couple (i,κ)(i, \kappa), on a miκ∈Giκm_{i\kappa} \in G_{i\kappa} et miκ′∈Giκm'_{i\kappa} \in G_{i\kappa}.

b) Soient I,K,LI, K, L trois ensembles, KK étant supposé fini, et soient H′=⋃(i,k)∈I×KHik′H' = \bigcup_{(i, k) \in I \times K} H'_{ik}, H′′=⋃(k,l)∈K×LHkl′′H'' = \bigcup_{(k, l) \in K \times L} H''_{kl}, H=⋃(i,l)∈I×LHilH = \bigcup_{(i, l) \in I \times L} H_{il} trois ensembles; supposons que chaque HilH_{il} soit un groupe commutatif noté additivement, et pour chaque triplet (i,k,l)(i, k, l), soit

fikl:Hik′×Hkl′′→Hil f_{ikl}: H'_{ik} \times H''_{kl} \to H_{il}

une application. Alors si M′=(mik′)(i,k)∈I×KM' = (m'_{ik})_{(i, k) \in I \times K}, M′′=(mkl′′)(k,l)∈K×LM'' = (m''_{kl})_{(k, l) \in K \times L} sont des matrices telles que mik′∈Hik′m'_{ik} \in H'_{ik} et mkl′′∈Hkl′′m''_{kl} \in H''_{kl} quels que soient i,k,li, k, l on peut définir le produit M′M′′M'M'' suivant les fiklf_{ikl}. Nous laissons au lecteur le soin d’écrire et de démontrer les formules analogues à (4), (5) et (6).

3. Matrices sur un anneau

Les matrices qui sont les plus importantes en Mathématique sont les matrices sur un anneau. L’ensemble AI×KA^{I \times K} des matrices sur AA, correspondant à des ensembles d’indices I,KI, K, est alors canoniquement muni d’une structure de (A, A)-bimodule (II, p. 33).

Pour tout couple (i,k)∈I×K(i, k) \in I \times K, soit EikE_{ik} la matrice (aji)(a_{ji}) telle que aik=1a_{ik} = 1 et ajl=0a_{jl} = 0 pour (j,l)≠(i,k)(j, l) \neq (i, k); on dit que les EikE_{ik} sont les unités matricielles dans l’ensemble de matrices AI×KA^{I \times K}; si II et KK sont finis, elles forment la base canonique de cet ensemble pour sa structure de A-module à gauche ou à droite (II, p. 25). Il est clair que l’on a

tEik=Eki. {}^tE_{ik} = E_{ki}.

Sauf mention expresse du contraire, le produit M′M′′M'M'' de deux matrices sur AA (supposé défini) sera toujours entendu relativement à la multiplication (x,y)↦xy(x, y) \mapsto xy dans AA (ou, comme on dit encore, sera « calculé dans AA »). On a donc (II, p. 141) les formules d’associativité et de distributivité

(7)

(XY)Z=X(YZ)(XY)Z = X(YZ)
(8)
{X(Y+Z)=XY+XZ(X+Y)Z=XZ+YZ\begin{cases} X(Y + Z) = XY + XZ \\ (X + Y)Z = XZ + YZ \end{cases}

pour trois matrices X,Y,ZX, Y, Z sur AA, chaque fois que les sommes et produits écrits dans ces formules sont définis.

En particulier, si EikE_{ik} (resp. Ekl′,Eil′′E'_{kl}, E''_{il}) sont les unités matricielles dans AI×KA^{I \times K} (resp. AK×L,AI×LA^{K \times L}, A^{I \times L}) respectivement, avec I={1,p},K={1,q},L={1,r}I = \{1, p\}, K = \{1, q\}, L = \{1, r\}, on a les formules

(9)

{EikEjl′=0si k≠jEikEkl′=Eil′′\begin{cases} E_{ik}E'_{jl} = 0 & \text{si } k \neq j \\ E_{ik}E'_{kl} = E''_{il} \end{cases}

Soit A0A^0 l’anneau opposé de AA, et notons a∗b (=ba)a * b \ (= ba) le produit de aa et bb dans A0A^0; on a alors, pour deux matrices X,YX, Y sur AA dont le produit est défini,

(10)

t(XY)=tY∗tX {}^t(XY) = {}^tY * {}^tX

où au second membre tY{}^tY et tX{}^tX sont considérées comme des matrices à éléments dans A0A^0 et le signe ∗* note le produit de matrices sur cet anneau; lorsque AA est commutatif, on a donc

(11)

t(XY)=tY.tX. {}^t(XY) = {}^tY. {}^tX.

Proposition 1

Soient A,BA, B deux anneaux, M=(mik)(i,k)∈I×KM = (m_{ik})_{(i, k) \in I \times K} et M′=(mik′)(i,k)∈I×KM' = (m'_{ik})_{(i, k) \in I \times K} deux matrices à ensembles d’indices finis, sur un (A, B)-bimodule G. Supposons que pour toute unité matricielle L=(ai)i∈IL = (a_i)_{i \in I} à une ligne, à éléments dans AA, et toute unité matricielle C=(bk)k∈KC = (b_k)_{k \in K} à une colonne, à éléments dans BB, on ait L.M.C=L.M′.CL.M.C = L.M'.C (les produits étant calculés suivant les lois externes du (A, B)-bimodule G); alors M=M′M = M'.

En effet, si on prend pour LL l’unité matricielle (as)(a_s) avec ai=1a_i = 1, as=0a_s = 0 pour s≠is \neq i, pour CC l’unité matricielle (bt)(b_t) avec bk=1b_k = 1, bt=0b_t = 0 pour t≠kt \neq k, les produits L.M.CL.M.C et L.M′.CL.M'.C sont des matrices à un seul élément respectivement égal à mikm_{ik} et mik′m'_{ik}.

Soient A, B deux anneaux, σ:A→B\sigma : A \to B un homomorphisme. Pour toute matrice M=(mik)M = (m_{ik}) sur A, nous noterons σ(M)\sigma(M) la matrice (σ(mik))(\sigma(m_{ik})) sur B; il est clair que l’on a σ(aM)=σ(a)σ(M)\sigma(aM) = \sigma(a)\sigma(M), σ(Ma)=σ(M)σ(a)\sigma(Ma) = \sigma(M)\sigma(a) pour a∈Aa \in A, ainsi que σ(tM)=(t(σ(M)))\sigma(^tM) = (^t(\sigma(M))) et

{σ(M+M′)=σ(M)+σ(M′)σ(MM′)=σ(M)σ(M′) \begin{cases} \sigma(M + M') = \sigma(M) + \sigma(M') \\ \sigma(MM') = \sigma(M)\sigma(M') \end{cases}

lorsque les opérations considérées sont définies, les produits du premier et du second membre de la seconde équation (12) étant calculés dans A et dans B respectivement. Lorsque σ\sigma est noté x↦xσx \mapsto x^\sigma, on écrit MσM^\sigma au lieu de σ(M)\sigma(M).

Considérons en particulier un antiendomorphisme σ\sigma de A, c’est-à-dire un homomorphisme de A dans l’anneau opposé A0A^0, ou encore une application de A dans lui-même telle que

σ(a+a′)=σ(a)+σ(a′),σ(aa′)=σ(a′)σ(a) \sigma(a + a') = \sigma(a) + \sigma(a'), \quad \sigma(aa') = \sigma(a')\sigma(a)

quels que soient a,a′a, a' dans A; alors, pour deux matrices M,M′M, M' sur A dont le produit MM′MM' est défini, on a

σ(MM′)=(t(σ(tM′)).σ(tM)) \sigma(MM') = (^t(\sigma(^tM')).\sigma(^tM))

où les produits des deux membres sont calculés dans A; cela résulte aussitôt de (10) et (12).

4. Matrices et applications linéaires

Soient A un anneau, E un A-module (à droite ou à gauche) admettant une base (ei)i∈I(e_i)_{i \in I}. Pour tout élément x∈Ex \in E, on appelle matrice de xx par rapport à la base (ei)(e_i) et on note M(x)M(x) ou xx (ou même parfois xx lorsqu’il n’en résulte pas de confusion), la matrice colonne formée des composantes xix_i (i∈Ii \in I) de xx par rapport à (ei)(e_i) (II, p. 25); dans les calculs, il sera parfois commode, afin de rappeler que l’indice ii est un indice de ligne, de lui adjoindre un indice de colonne susceptible de prendre une seule valeur, et d’écrire (xi0)(x_{i0}) la matrice M(x)M(x).

Considérons maintenant deux A-modules (à gauche ou à droite) E et F ayant des bases (ei)i∈I(e_i)_{i \in I} et (fk)k∈K(f_k)_{k \in K} respectivement; soit (fk∗)(f_k^*) la famille des formes coordonnées correspondant à (fk)(f_k). Pour une application uu de E dans F, nous allons définir la matrice de uu par rapport aux bases (ei),(fk)(e_i), (f_k), dans chacun des cas suivants: (D) E et F sont des A-modules à droite, uu est A-linéaire. (G) E et F sont des A-modules à gauche, uu est A-linéaire.

Dans la suite, nous affecterons de la lettre (D) (resp. (G)) les formules s’appliquant aux modules à droite (resp. à gauche).

Définition 3

Dans chacun des deux cas précédents, on appelle matrice de u par rapport aux bases (ei),(fk)(e_i), (f_k) la matrice M(u)=(uki)(k,i)∈K×IM(u) = (u_{ki})_{(k, i) \in K \times I} telle que

uki=fk∗(u(ei)) u_{ki} = f_k^*(u(e_i))
ce qui s’écrit suivant les cas
(14 D)uki=⟨fk∗,u(ei)⟩(14 G)uki=⟨u(ei),fk∗⟩. \begin{align*} (14\text{ D}) \quad & u_{ki} = \langle f_k^*, u(e_i) \rangle \\ (14\text{ G}) \quad & u_{ki} = \langle u(e_i), f_k^* \rangle. \end{align*}
La colonne d’indice ii de M(u)M(u) est donc égale à M(u(ei))M(u(e_i)).

Il est clair que si u,vu, v sont deux applications linéaires de EE dans FF, M(u)M(u), M(v)M(v) leurs matrices par rapport aux mêmes bases, on a, par rapport à ces bases,

M(u+v)=M(u)+M(v) M(u + v) = M(u) + M(v)
et
M(γu)=γM(u) M(\gamma u) = \gamma M(u)
pour tout élément γ\gamma du centre Γ\Gamma de AA. En d’autres termes, une fois les bases (ei),(fk)(e_i), (f_k) fixées, l’application u↦M(u)u \mapsto M(u) est un isomorphisme de Γ\Gamma-modules de HomA(E,F)\mathrm{Hom}_A(E, F) sur une partie de l’ensemble AK×IA^{K \times I}, égale à AK×IA^{K \times I} si KK est fini.

Proposition 2

Supposons II et KK finis. Pour tout élément x∈Ex \in E, la matrice M(u(x))M(u(x)) par rapport à la base (fk)(f_k) est donnée par la formule

(17 D)M(u(x))=M(u)⋅M(x)(17 G)tM(u(x))=tM(x)⋅tM(u). \begin{align*} (17\text{ D}) \quad & M(u(x)) = M(u) \cdot M(x) \\ (17\text{ G}) \quad & {}^tM(u(x)) = {}^tM(x) \cdot {}^tM(u). \end{align*}
Vérifions par exemple (17 G). Posons x=∑ixi0eix = \sum_i x_{i0} e_i, u(x)=∑kyk0fku(x) = \sum_k y_{k0} f_k avec xi0∈Ax_{i0} \in A, yk0∈Ay_{k0} \in A; on a u(x)=u(∑ixi0ei)=∑ixi0u(ei)=∑i,kxi0ukifku(x) = u(\sum_i x_{i0} e_i) = \sum_i x_{i0} u(e_i) = \sum_{i, k} x_{i0} u_{ki} f_k; d’où yk0=∑ixi0ukiy_{k0} = \sum_i x_{i0} u_{ki}. Afin d’amener l’un à côté de l’autre les deux indices ii, considérons les matrices transposées tM(x)=(x0i′){}^tM(x) = (x'_{0i}) où x0i′=xi0x'_{0i} = x_{i0} et tM(u)=(uik′){}^tM(u) = (u'_{ik}) où uik′=ukiu'_{ik} = u_{ki}; on a alors yk0=∑ix0i′uik′y_{k0} = \sum_i x'_{0i} u'_{ik}, et le second membre est l’élément d’indice kk de la matrice à une ligne tM(x)⋅tM(u){}^tM(x) \cdot {}^tM(u), d’où (17 G).

Lorsque AA est commutatif, (17 G) se ramène à (17 D) au moyen de la formule (4) de II, p. 140.

Corollaire

Soient E,F,GE, F, G trois modules à droite (resp. à gauche) sur un anneau AA, (ei)i∈I,(fk)k∈K,(gl)l∈L(e_i)_{i \in I}, (f_k)_{k \in K}, (g_l)_{l \in L} des bases finies respectives de E,F,GE, F, G, u:E→Fu : E \to F, v:F→Gv : F \to G deux applications linéaires, M(u)M(u) la matrice de uu relative aux bases (ei),(fk)(e_i), (f_k), M(v)M(v) la

matrice de v relative aux bases (fk),(gl)(f_k), (g_l), M(v∘u)M(v \circ u) la matrice de v∘uv \circ u relative aux bases (ei),(gl)(e_i), (g_l); on a alors (18 D)

M(v∘u)=M(v)M(u) M(v \circ u) = M(v)M(u)
(18 G)
tM(v∘u)=tM(u).tM(v). {}^tM(v \circ u) = {}^tM(u).{}^tM(v).

Démontrons par exemple (18 G). Quel que soit x∈Ex \in E, on a en vertu de (17 G):

tM(x).tM(v∘u)=tM(v(u(x))) {}^tM(x).{}^tM(v \circ u) = {}^tM(v(u(x)))
=tM(u(x)).tM(v)=tM(x).tM(u).tM(v) = {}^tM(u(x)).{}^tM(v) = {}^tM(x).{}^tM(u).{}^tM(v)
par associativité; le corollaire résulte donc de la prop. 1 (II, p. 142), la matrice à une ligne tM(x){}^tM(x) étant arbitraire.

Remarque 1). — La formule (17 D) peut être considérée comme un cas particulier de (18 D). En effet, à tout x∈Ex \in E correspond canoniquement l’application linéaire θx:Ad→E\theta_x : A_d \to E qui à tout α∈A\alpha \in A fait correspondre xαx\alpha (II, p. 36). Il est immédiat que la matrice M(θx)M(\theta_x) par rapport à la base 1 de AdA_d et à la base (ei)(e_i) de EE n’est autre que la matrice M(x)M(x); de même on a M(θu(x))=M(u(x))M(\theta_{u(x)}) = M(u(x)) et on peut donc considérer que la formule (17 D) est une traduction de la relation θu(x)=u∘θx\theta_{u(x)} = u \circ \theta_x.

Proposition 3

Soient E,FE, F deux AA-modules à droite (resp. à gauche), (ei)i∈I(e_i)_{i \in I}, (fk)k∈K(f_k)_{k \in K} des bases finies de EE et FF respectivement. Pour toute application linéaire uu de EE dans FF, soit M(u)M(u) la matrice de uu par rapport aux bases (ei)(e_i) et (fk)(f_k). Alors la matrice de tu:F∗→E∗{}^t u : F^* \to E^* par rapport aux bases duales (fk∗)(f_k^*) et (ei∗)(e_i^*) est égale à tM(u){}^tM(u).

En effet, EE est canoniquement identifié à son bidual E∗∗E^{**} et (ei)(e_i) à la base duale de (ei∗)(e_i^*); on a alors (en supposant par exemple que EE et FF soient des modules à droite) ⟨tu(fk∗),ei⟩=⟨fk∗,u(ei)⟩\langle {}^t u(f_k^*), e_i \rangle = \langle f_k^*, u(e_i) \rangle, d’où la proposition.

Remarque 2

Soient EE et FF deux AA-modules à gauche ayant des bases (ei)i∈I(e_i)_{i \in I} et (fk)k∈K(f_k)_{k \in K} respectivement. Pour toute application AA-linéaire u:E→Fu : E \to F, on a, d’après (14 G), u(ei)=∑kukifku(e_i) = \sum_k u_{ki} f_k; ces relations peuvent encore s’interpréter en disant que la matrice colonne (u(ei))i∈I(u(e_i))_{i \in I} à éléments dans FF est égale au produit tM(u).(fk){}^tM(u).(f_k), où (fk)k∈K(f_k)_{k \in K} est considéré comme une matrice colonne à éléments dans FF, et le produit est calculé pour l’application A×F→FA \times F \to F définissant la loi d’action du AA-module FF (II, p. 140).

Remarque 3

Soient A,BA, B deux anneaux commutatifs, σ:A→B\sigma : A \to B un homomorphisme d’anneaux. Les notations étant celles de la prop. 3, (ei⊗1)(e_i \otimes 1) et (fk⊗1)(f_k \otimes 1) sont des bases respectives de E(B)=E⊗ABE_{(B)} = E \otimes_A B et F(B)=F⊗ABF_{(B)} = F \otimes_A B (II, p. 84, prop. 4); en outre, si (ei∗)(e_i^*) et (fk∗)(f_k^*) sont respectivement les bases duales de (ei)(e_i) et (fk)(f_k), alors (ei∗⊗1)(e_i^* \otimes 1) et (fk∗⊗1)(f_k^* \otimes 1) sont respectivement les bases duales de (ei⊗1)(e_i \otimes 1) et (fk⊗1)(f_k \otimes 1) (II, p. 88). Pour toute application AA-linéaire u:E→Fu : E \to F, soient M(u)M(u) et M(u⊗1)M(u \otimes 1) la matrice de uu par rapport à (ei)(e_i) et (fk)(f_k) et la matrice de l’application BB-linéaire u⊗1u \otimes 1 par rapport à (ei⊗1)(e_i \otimes 1) et (fk⊗1)(f_k \otimes 1). Il résulte de II, p. 87, formule (20) que l’on a

M(u⊗1)=σ(M(u)). M(u \otimes 1) = \sigma(M(u)).

Considérons un système d’un nombre fini d’équations linéaires scalaires à droite à un nombre fini d’inconnues

∑i∈Iakixi=bk(k∈K) \sum_{i \in I} a_{ki} x_i = b_k \quad (k \in K)
avec aki,xi,bka_{ki}, x_i, b_k dans AA.

Soient (ei)i∈I,(fk)k∈K(e_i)_{i \in I}, (f_k)_{k \in K} les bases canoniques de E=AdIE = A_d^I et F=AdKF = A_d^K; le système (19) est équivalent à l’équation u(x)=bu(x) = b, où x=∑ieixix = \sum_i e_i x_i, b=∑kfkbkb = \sum_k f_k b_k et u:E→Fu : E \to F est l’application linéaire telle que la matrice M(u)M(u), par rapport aux bases (ei)(e_i) et (fk)(f_k), soit égale à A=(aki)(k,i)∈K×IA = (a_{ki})_{(k, i) \in K \times I}. On dit cette matrice est la matrice du système d’équations linéaires (19). Rappelons (II, p. 49, Remarques 2 et 3) que si on pose ci=∑kfkakic_i = \sum_k f_k a_{ki}, le système (19) équivaut à l’unique équation vectorielle

∑icixi=b, \sum_i c_i x_i = b,

et comme cic_i est la colonne d’indice ii de la matrice AA, on voit que dire que le système (19) admet une solution revient à dire que la matrice à une colonne b=(bk0)b = (b_{k0}) est combinaison linéaire des colonnes de la matrice AA.

Nous laissons au lecteur le soin de formuler les définitions et remarques analogues pour les systèmes d’équations linéaires à gauche.

5. Produit par blocs

Les définitions du n° 4 se généralisent de la façon suivante. Soit EE un AA-module (à droite ou à gauche), somme directe d’une famille (Ei)i∈I(E_i)_{i \in I} de sous-modules. Pour tout x∈Ex \in E, soit x=∑i∈Ixix = \sum_{i \in I} x_i avec xi∈Eix_i \in E_i pour tout i∈Ii \in I; nous dirons que la matrice colonne M(x)=(xi)i∈IM(x) = (x_i)_{i \in I} à éléments dans EE est la matrice de xx par rapport à la décomposition (Ei)i∈I(E_i)_{i \in I} de EE en somme directe.

Soit FF un second AA-module (EE et FF étant tous deux des AA-modules à droite ou tous deux des AA-modules à gauche), et supposons que FF soit somme directe d’une famille (Fk)k∈K(F_k)_{k \in K} de sous-modules. Pour tout u∈Hom(E,F)u \in \mathrm{Hom}(E, F) et tout xi∈Eix_i \in E_i, posons u(xi)=∑kuki(xi)u(x_i) = \sum_k u_{ki}(x_i) avec uki(xi)∈Fku_{ki}(x_i) \in F_k pour tout k∈Kk \in K; on a uki∈Hom(Ei,Fk)u_{ki} \in \mathrm{Hom}(E_i, F_k); nous dirons que la matrice M(u)=(uki)(k,i)∈K×IM(u) = (u_{ki})_{(k, i) \in K \times I} de type (K,I)(K, I), à éléments dans l’ensemble HH somme des Hom(Ei,Fk)\mathrm{Hom}(E_i, F_k), est la matrice de uu par rapport aux décompositions (Ei)(E_i) et (Fk)(F_k) de EE et FF en sommes directes.

Avec ces définitions, il est évident que si u,vu, v sont deux applications AA-linéaires de EE dans FF, on a, pour les matrices par rapport aux mêmes décompositions en sommes directes

M(u+v)=M(u)+M(v),M(γu)=γM(u) M(u + v) = M(u) + M(v), \quad M(\gamma u) = \gamma M(u)

pour tout élément γ\gamma du centre de AA (cf. II, p. 141, Remarque).

En outre, la définition des ukiu_{ki} montre que si KK est fini, on peut écrire

M(u(x))=M(u)⋅M(x) M(u(x)) = M(u) \cdot M(x)

où M(u(x))M(u(x)) est la matrice de u(x)u(x) par rapport à la décomposition (Fk)(F_k), le produit du second membre de (22) étant calculé pour les applications (t,z)↦t(z)(t, z) \mapsto t(z) de Hom⁡(Ei,Fk)×Ei\operatorname{Hom}(E_i, F_k) \times E_i dans FkF_k (II, p. 141, Remarque).

Soit G un troisième A-module, somme directe d’une famille (Gl)l∈L(G_l)_{l \in L} de sous-modules, de sorte qu’à toute application A-linéaire v:F→Gv : F \to G correspond une matrice M(v)=(vlk)M(v) = (v_{lk}) par rapport aux décompositions (Fk)(F_k) et (Gl)(G_l). Si I, K et L sont finis, on a alors

(23)(23)
M(v∘u)=M(v)⋅M(u) M(v \circ u) = M(v) \cdot M(u)

où le premier membre est la matrice (wli)(w_{li}) de w=v∘uw = v \circ u par rapport aux décompositions (Ei)(E_i) et (Gl)(G_l), et le produit du second membre est calculé pour les applications (t,s)↦t∘s(t, s) \mapsto t \circ s de Hom⁡(Fk,Gl)×Hom⁡(Ei,Fk)\operatorname{Hom}(F_k, G_l) \times \operatorname{Hom}(E_i, F_k) dans Hom⁡(Ei,Gl)\operatorname{Hom}(E_i, G_l) (II, p. 141, Remarque). Cela n’est en effet autre chose que la formule (32) de II, p. 19, exprimée en termes de matrices.

Enfin, si on suppose I et K finis, E∗E^* (resp. F∗F^*) s’identifie canoniquement à la somme directe des modules Ei∗E_i^* (resp. Fk∗F_k^*) (II, p. 44, prop. 10). On vérifie alors aussitôt que la matrice de tu^t u par rapport aux décompositions (Fk∗)(F_k^*) et (Ei∗)(E_i^*) n’est autre que (tuki)(i,k)∈I×K(^t u_{ki})_{(i,k) \in I \times K}.

Supposons maintenant que I et K soient finis et en outre que chacun des EiE_i (resp. FkF_k) admette une base finie. Il revient au même de dire que E (resp. F) admet une base (er)r∈R(e_r)_{r \in R} (resp. (fs)s∈S(f_s)_{s \in S}) et que R (resp. S) admet une partition (Ri)i∈I(R_i)_{i \in I} (resp. (Sk)k∈K(S_k)_{k \in K}) telle que pour tout i∈Ii \in I (resp. k∈Kk \in K), (er)r∈Ri(e_r)_{r \in R_i} soit une base de EiE_i (resp. (fs)s∈Sk(f_s)_{s \in S_k} une base de FkF_k). Alors, si X=M(u)X = M(u) est la matrice de uu par rapport aux bases (er)r∈R(e_r)_{r \in R} et (fs)s∈S(f_s)_{s \in S}, la matrice Xki=M(uki)X_{ki} = M(u_{ki}) par rapport aux bases (er)r∈Ri(e_r)_{r \in R_i} et (fs)s∈Sk(f_s)_{s \in S_k} n’est autre que la sous-matrice de XX obtenue en supprimant les lignes d’indice s∉Sks \notin S_k et les colonnes d’indice r∉Rir \notin R_i. On définit ainsi une application bijective

(24)(24)
X↦(Xki)(i,k)∈I×K X \mapsto (X_{ki})_{(i,k) \in I \times K}

de l’ensemble des matrices de type (S, R) à éléments dans A sur l’ensemble des matrices de matrices (Xki)(k,i)∈K×I(X_{ki})_{(k, i) \in K \times I} de type K×IK \times I, où chaque XkiX_{ki} est une matrice sur A de type (Sk,Ri)(S_k, R_i). Supposons que de plus G admette une base finie (gt)t∈T(g_t)_{t \in T}, et que T=(Tl)l∈LT = (T_l)_{l \in L} soit une partition de T telle que pour chaque l∈Ll \in L, (gt)t∈Tl(g_t)_{t \in T_l} soit une base de GlG_l; soient Y=M(v)Y = M(v) la matrice de vv par rapport aux bases (fs)s∈S(f_s)_{s \in S} et (gt)t∈T(g_t)_{t \in T}, Ylk=M(vlk)Y_{lk} = M(v_{lk}) celle de vlkv_{lk} par rapport aux bases (fs)s∈Sk(f_s)_{s \in S_k} et (gt)t∈Tl(g_t)_{t \in T_l}, Z=M(w)Z = M(w) la matrice de w=v∘uw = v \circ u par rapport aux bases (er)r∈R(e_r)_{r \in R} et (gt)t∈T(g_t)_{t \in T}, Zli=M(wli)Z_{li} = M(w_{li}) celle de wliw_{li} par rapport aux bases (er)r∈Rl(e_r)_{r \in R_l} et (gt)t∈Tl(g_t)_{t \in T_l}; on déduit alors de (23) que les sous-matrices ZliZ_{li} de Z=YXZ = YX sont données par

(25)(25)
Zli=∑kYlkXki Z_{li} = \sum_k Y_{lk} X_{ki}

autrement dit, l’application bijective (24) transforme les produits en produits lorsque tous les produits considérés sont définis (les produits de matrices de matrices étant définis au sens de II, p. 141, Remarque); lorsqu’on calcule ainsi les sous-matrices ZliZ_{li} du produit YXYX, on dit qu’on effectue ce produit « par blocs ».

Ce nom provient de ce que, lorsque I=(1,p)I = (1, p) et K=(1,q)K = (1, q), on imagine le tableau représentant la matrice XX comme partagé en « blocs » formant un « tableau de matrices »

(X11X12⋯X1pX21X22⋯X2p⋯⋯⋯⋯Xq1Xq2⋯Xqp) \begin{pmatrix} X_{11} & X_{12} & \cdots & X_{1p} \\ X_{21} & X_{22} & \cdots & X_{2p} \\ \cdots & \cdots & \cdots & \cdots \\ X_{q1} & X_{q2} & \cdots & X_{qp} \end{pmatrix}

que l’on considère comme un symbole notant XX lorsque pp et qq sont des entiers explicités assez petits pour que ce soit praticable.

6. Matrice d’une application semi-linéaire

Soient A,BA, B deux anneaux, σ:A→B\sigma : A \to B un homomorphisme de AA dans BB, EE un AA-module à droite (resp. à gauche) ayant une base (ei)i∈I(e_i)_{i \in I}, FF un BB-module à droite (resp. à gauche) ayant une base (fk)k∈K(f_k)_{k \in K}. Soit u:E→Fu : E \to F une application semi-linéaire relative à σ\sigma et soit u(ei)=∑k∈Kfkukiu(e_i) = \sum_{k \in K} f_k u_{ki} (resp. u(ei)=∑k∈Kukifku(e_i) = \sum_{k \in K} u_{ki} f_k), où les ukiu_{ki} sont donc des éléments de BB; par définition, la matrice M(u)=(uki)M(u) = (u_{ki}) de type K×IK \times I est encore appelée la matrice de uu par rapport aux bases (ei)(e_i) et (fk)(f_k). Par le même calcul que pour la prop. 2 de II, p. 144, on vérifie aussitôt que pour tout x∈Ex \in E, on a, si II et KK sont finis,

(26 D)

M(u(x))=M(u)⋅σ(M(x)) M(u(x)) = M(u) \cdot \sigma(M(x))
(resp. (26 G)
tM(u(x))=σ(tM(x))⋅tM(u). {}^t M(u(x)) = \sigma({}^t M(x)) \cdot {}^t M(u).
)

Soient CC un troisième anneau, τ:B→C\tau : B \to C un homomorphisme, GG un CC-module à droite (resp. à gauche) ayant une base (gl)l∈L(g_l)_{l \in L}, vv une application semi-linéaire de FF dans GG relative à τ\tau; si M(v)M(v) est la matrice de vv par rapport à (fk)(f_k) et (gl)(g_l), M(v∘u)M(v \circ u) la matrice de v∘uv \circ u relative à (ek)(e_k) et (gl)(g_l), on a cette fois, si I,K,LI, K, L sont finis,

(27 D)

M(v∘u)=M(v)⋅τ(M(u)) M(v \circ u) = M(v) \cdot \tau(M(u))
(resp. (27 G)
tM(v∘u)=τ(tM(u))⋅tM(v). {}^t M(v \circ u) = \tau({}^t M(u)) \cdot {}^t M(v).
)

En effet, pour démontrer par exemple (27 D), notons que pour tout x∈Ex \in E, on a par (26 D),

M(v∘u)⋅τ(σ(M(x)))=M(v(u(x)))=M(v)⋅τ(M(u(x)))=M(v)⋅τ(M(u))⋅τ(σ(M(x))), M(v \circ u) \cdot \tau(\sigma(M(x))) = M(v(u(x))) = M(v) \cdot \tau(M(u(x))) = M(v) \cdot \tau(M(u)) \cdot \tau(\sigma(M(x))),
d’où (27 D) par la prop. 1 de II, p. 142.

Supposons enfin que σ:A→B\sigma : A \to B soit un isomorphisme; rappelons alors que tu:F∗→E∗^t u : F^* \to E^* est une application semi-linéaire relative à σ−1\sigma^{-1} (II, p. 43); lorsque I et K sont finis, la matrice de tu^t u par rapport aux bases duales (fk∗)(f_k^*) et (ei∗)(e_i^*) est donnée par

M(tu)=σ−1(tM(u)) M(^t u) = \sigma^{-1}(^t M(u))

car on a ici, par définition, en supposant par exemple que E et F soient des modules à droite, ⟨tu(fk∗),ei⟩σ=⟨fk∗,u(ei)⟩\langle ^t u(f_k^*), e_i \rangle^\sigma = \langle f_k^*, u(e_i) \rangle lorsque σ\sigma est noté x↦xσx \mapsto x^\sigma.

Remarque

Soient A un anneau, σ\sigma un antiendomorphisme de A (II, p. 143); considérons les deux situations suivantes: (GD) E est un A-module à gauche, F un A-module à droite, uu une application Z\mathbf{Z}-linéaire de E dans F telle que u(ax)=u(x)σ(a)u(ax) = u(x)\sigma(a) pour a∈A,x∈Ea \in A, x \in E; en d’autres termes, uu est une application semi-linéaire relative à σ\sigma du A0A^0-module à droite E dans le A-module à droite F. (DG) E est un A-module à droite, F un A-module à gauche, uu une application Z\mathbf{Z}-linéaire de E dans F telle que u(xa)=σ(a)u(x)u(xa) = \sigma(a)u(x) pour a∈A,x∈Ea \in A, x \in E; en d’autres termes, uu est une application semi-linéaire relative à σ\sigma du A0A^0-module à gauche E dans le A-module à gauche F. Dans les deux cas, la matrice M(u)M(u) de uu relative à des bases de E et F a ses éléments dans A; si ces bases sont finies, on a, pour tout x∈Ex \in E, les formules respectives (17 GD)

M(u(x))=M(u)⋅σ(M(x)) M(u(x)) = M(u) \cdot \sigma(M(x))
(17 DG)
tM(u(x))=σ(tM(x))⋅tM(u), ^t M(u(x)) = \sigma(^t M(x)) \cdot ^t M(u),
les produits des deux membres étant calculés dans A. Cela résulte aussitôt de (26 D) et (26 G) respectivement.

7. Matrices carrées

Définition 4

On appelle matrice carrée une matrice dont les lignes et les colonnes ont même ensemble d’indices*.

On dit qu’une matrice carrée ayant nn lignes et nn colonnes est une matrice d’ordre n.

Remarque

On aura soin de noter qu’une matrice dont les ensembles des indices de lignes et des indices de colonnes ont même cardinal, mais ne sont pas identiques, ne doit pas être considérée comme une matrice carrée; en particulier, le produit de deux telles matrices sur un anneau n’est pas défini.

Il est clair que l’addition et la multiplication des matrices carrées sur A, ayant un ensemble fini I pour ensemble d’indices des lignes et des colonnes, définissent sur l’ensemble de ces matrices une structure d’anneau, en raison des formules (7), (8) et (9) (II, p. 142): la matrice (δij)(\delta_{ij}) où δij\delta_{ij} est l’indice de Kronecker (pour i∈I,j∈Ii \in I, j \in I) est l’élément unité de cet anneau et se note InI_n ou 1n1_n lorsque I a nn éléments. Lorsque I={1,n}I = \{1, n\}, on désignera simplement par Mn(A)\mathbf{M}_n(A) l’anneau de matrices ainsi défini; le groupe des éléments inversibles de Mn(A)\mathbf{M}_n(A) se désigne par GLn(A)\mathbf{GL}_n(A) ou GL(n,A)\mathbf{GL}(n, A). Pour qu’une matrice carrée U=(aij)U = (a_{ij}) d’ordre nn sur A soit inversible à droite (resp. à gauche), il faut et il suffit que pour tout système (bi)1≤i≤n(b_i)_{1 \leq i \leq n} d’éléments de AA, le système de nn équations à nn inconnues

∑j=1naijxj=bi(1≤i≤n) \sum_{j=1}^n a_{ij} x_j = b_i \qquad (1 \leq i \leq n)

(resp. ∑j=1nxjaji=bi\sum_{j=1}^n x_j a_{ji} = b_i)

ait une solution (xi)(x_i) dans AA.

Soient II un ensemble d’indices fini, AA un anneau, EE un AA-module à droite (resp. à gauche) ayant une base (ei)i∈I(e_i)_{i \in I}. Pour tout endomorphisme uu de EE, la matrice M(u)M(u) de uu par rapport aux deux bases identiques à (ei)(e_i), est une matrice carrée; pour abréger, on dit que c’est la matrice de uu par rapport à la base (ei)(e_i).

Supposons que I={1,n}I = \{1, n\}. L’application u↦M(u)u \mapsto M(u) (resp. u↦tM(u)u \mapsto {}^t M(u)) est un isomorphisme de l’anneau EndA(E)\mathrm{End}_A(E) sur Mn(A)\mathbf{M}_n(A) (resp. sur l’anneau opposé à Mn(A)\mathbf{M}_n(A)), comme il résulte des formules (18 D) (resp. (18 G)) (II, p. 145). Les éléments inversibles de l’anneau Mn(A)\mathbf{M}_n(A), dits matrices inversibles, correspondent par l’application u↦M(u)u \mapsto M(u) (resp. u↦tM(u)u \mapsto {}^t M(u)) aux automorphismes de EE; le groupe GL(n,A)\mathbf{GL}(n, A) s’identifie donc canoniquement au groupe GL(Adn)\mathbf{GL}(A_d^n).

Si uu est un automorphisme de EE, son contragrédient uˇ\check{u} est un automorphisme du AA-module à gauche (resp. à droite) E∗E^*, tel que uˇ=(tu)−1=t(u−1)\check{u} = ({}^t u)^{-1} = {}^t (u^{-1}) (II, p. 43, déf. 6); si M(uˇ)M(\check{u}) est la matrice de uˇ\check{u} par rapport à la base duale (ei∗)(e_i^*), on a donc, en vertu de II, p. 145, prop. 3

M(uˇ)=(tM(u))−1=tM(u−1). M(\check{u}) = ({}^t M(u))^{-1} = {}^t M(u^{-1}).

Pour toute matrice inversible XX, on a donc t(X−1)=(tX)−1{}^t (X^{-1}) = ({}^t X)^{-1}; on note encore cette matrice tX−1{}^t X^{-1}, et on l’appelle la contragrédiente de la matrice XX.

Soit σ\sigma un automorphisme de l’anneau AA; pour toute application semi-linéaire u:E→Eu : E \to E relative à σ\sigma, la matrice M(u)M(u) de cette application par rapport à une base (ei)(e_i) de EE est encore une matrice carrée. Il résulte aussitôt de (27 D) (II, p. 148) que si uu est bijective, on a

M(u−1)=(σ−1(M(u)))−1. M(u^{-1}) = (\sigma^{-1}(M(u)))^{-1}.

Soit EE un AA-module somme directe d’une famille finie (Ei)i∈I(E_i)_{i \in I} de sous-modules; pour tout endomorphisme uu de EE, la matrice M(u)=(uki)M(u) = (u_{ki}) de uu par rapport aux deux décompositions de EE identiques à (Ei)(E_i) (II, p. 146) est une matrice carrée d’applications linéaires. Pour que u(Ei)⊂Eiu(E_i) \subset E_i pour tout i∈Ii \in I, il faut et il suffit que uki=0u_{ki} = 0 pour k≠ik \neq i. Lorsque I={1,n}I = \{1, n\}, les relations

u(Ei)⊂Ei+Ei+1+⋯+En(1≤i≤n) u(E_i) \subset E_i + E_{i+1} + \cdots + E_n \qquad (1 \leq i \leq n)

équivalent aux relations uki=0u_{ki} = 0 pour k<ik < i.

Exemples de matrices carrées. — I. Matrices diagonales. Dans une matrice carrée M=(mik)(i,k)∈I×IM = (m_{ik})_{(i, k) \in I \times I}, les éléments dont les deux indices sont égaux sont appelés éléments diagonaux et la famille (mιk)ι∈I(m_{\iota k})_{\iota \in I} est appelée la diagonale de MM; une matrice carrée M=(mιk)M = (m_{\iota k}) sur un anneau, dont les éléments autres que les éléments diagonaux sont nuls, est appelée matrice diagonale. Pour toute famille (aι)ι∈I(a_\iota)_{\iota \in I} d’éléments d’un anneau AA, on note diag⁡(aι)ι∈I\operatorname{diag}(a_\iota)_{\iota \in I} (ou diag⁡(a1,a2,…,an)\operatorname{diag}(a_1, a_2, \ldots, a_n) lorsque I={1,n}I = \{1, n\}) la matrice diagonale (mιk)(m_{\iota k}) telle que mιι=aιm_{\iota \iota} = a_\iota pour tout ι∈I\iota \in I. Dans l’ensemble Mn(A)\mathbf{M}_n(A) des matrices carrées d’ordre nn sur AA, la matrice unité InI_n est une matrice diagonale, ainsi que tout multiple aIn=InaaI_n = I_n a de cette matrice par un scalaire aa (matrice diagonale (dite scalaire) dont tous les éléments diagonaux sont égaux à aa).

Pour toute famille (di)i≤1≤n(d_i)_{i \leq 1 \leq n} d’éléments de AA et toute matrice X=(xij)X = (x_{ij}) de type (n,q)(n, q) (resp. (p,n)(p, n)) sur AA, on a, en posant D=diag⁡(di)D = \operatorname{diag}(d_i)

{DX=(dixij)XD=(xijdj). \begin{cases} DX = (d_i x_{ij}) \\ XD = (x_{ij} d_j). \end{cases}

En particulier, pour deux matrices diagonales d’ordre nn, on a

{diag⁡(ai)+diag⁡(bi)=diag⁡(ai+bi)diag⁡(ai)⋅diag⁡(bi)=diag⁡(aibi). \begin{cases} \operatorname{diag}(a_i) + \operatorname{diag}(b_i) = \operatorname{diag}(a_i + b_i) \\ \operatorname{diag}(a_i) \cdot \operatorname{diag}(b_i) = \operatorname{diag}(a_i b_i). \end{cases}

Les matrices diagonales forment donc un sous-anneau de Mn(A)\mathbf{M}_n(A) isomorphe à l’anneau produit AnA^n; les matrices scalaires forment un sous-anneau isomorphe à AA.

II. Matrices de permutations; matrices monomiales. Soit π\pi une permutation quelconque d’un ensemble fini II, et soit (ei)i∈I(e_i)_{i \in I} la base canonique du AA-module E=AdIE = A^I_d; il existe un endomorphisme uπu_\pi de EE et un seul tel que pour tout i∈Ii \in I, uπ(ei)=eπ(i)u_\pi(e_i) = e_{\pi(i)} (II, p. 25, cor. 3). Pour tout i∈Ii \in I, la colonne d’indice ii de la matrice M(uπ)M(u_\pi) par rapport à la base (ei)(e_i) a tous ses éléments nuls, sauf celui qui se trouve dans la ligne d’indice π(i)\pi(i) et qui est égal à 1. Par abus de langage, on dit que M(uπ)M(u_\pi) est la matrice de la permutation π\pi. Il est immédiat que pour deux permutations quelconques σ,τ\sigma, \tau de II, on a uστ=uσ∘uτu_{\sigma \tau} = u_\sigma \circ u_\tau, et que pour la permutation identique ε\varepsilon, uεu_\varepsilon est l’identité; l’application π↦M(uπ)\pi \mapsto M(u_\pi) est donc un isomorphisme du groupe symétrique SI\mathfrak{S}_I sur le groupe des matrices de permutation.

Chaque ligne et chaque colonne d’une matrice de permutation ne contient qu’un seul élément ≠0\neq 0. Une matrice carrée finie RR sur un anneau AA non réduit à 0, ayant cette propriété, est dite matrice monomiale; soit rir_i l’unique élément ≠0\neq 0 de la colonne d’indice ii de RR, et soit π(i)\pi(i) l’indice de la ligne où se trouve cet élément; il est clair que π\pi est une permutation de l’ensemble II des indices et que l’on a R=M(uπ)DR = M(u_\pi) D, où D=diag⁡(ri)D = \operatorname{diag}(r_i).

III. Matrices triangulaires. Dans l’anneau Mn(A)\mathbf{M}_n(A) des matrices carrées d’ordre nn sur un anneau AA, on appelle matrice triangulaire supérieure (resp. inférieure) toute matrice (aij)(a_{ij}) telle que aij=0a_{ij} = 0 pour i>ji > j (resp. i<ji < j); on dit encore qu’une telle matrice n’a que des zéros au-dessous (resp. au-dessus) de sa diagonale. On constate aussitôt que les matrices triangulaires supérieures (resp. inférieures) forment un sous-anneau S (resp. T) de Mn(A)\mathbf{M}_n(A), S ∩\cap T étant évidemment l’anneau des matrices diagonales.

L’ensemble S’ (resp. T’) des matrices de S (resp. T) dont les éléments diagonaux sont inversibles est un groupe multiplicatif de matrices dit groupe trigonal large supérieur (resp. inférieur) ; cela résulte aussitôt de II, p. 27, Remarque 5. L’ensemble S1_1 (resp. T1_1) des matrices de S (resp. T) dont les éléments diagonaux sont tous égaux à 1 est un sous-groupe du précédent, appelé groupe trigonal strict supérieur (resp. inférieur) et toute matrice M∈S′M \in S' (resp. M∈T′M \in T') dont (did_i) est la diagonale, s’écrit M=DM1=M1′DM = D M_1 = M'_1 D, où D=diag⁡(di)D = \operatorname{diag} (d_i) et M1M_1 et M1′M'_1 des matrices appartenant à S1_1 (resp. T1_1).

IV. Matrices diagonales et matrices triangulaires de matrices. Soit (Ik)1≤k≤p(I_k)_{1 \leq k \leq p} une partition de l’ensemble fini I ; toute matrice carrée sur un anneau A ayant I pour ensemble d’indices peut s’écrire sous forme de matrice carrée de matrices correspondant à la même partition (IkI_k) de l’ensemble d’indices des lignes et de l’ensemble d’indices des colonnes (II, p. 147)

(X11X12⋯X1pX21X22⋯X2p⋯⋯⋯⋯Xp1Xp2⋯Xpp) \begin{pmatrix} X_{11} & X_{12} & \cdots & X_{1p} \\ X_{21} & X_{22} & \cdots & X_{2p} \\ \cdots & \cdots & \cdots & \cdots \\ X_{p1} & X_{p2} & \cdots & X_{pp} \end{pmatrix}

où chaque XlclcX_{lclc} est une matrice carrée ayant IkI_k pour ensemble d’indices des lignes et des colonnes.

Cela étant, on dira que (32) est une matrice diagonale (resp. triangulaire supérieure, resp. triangulaire inférieure) de matrices si toutes les matrices XijX_{ij} telles que i≠ji \neq j (resp. i>ji > j, resp. i<ji < j) sont nulles. On a vu plus haut comment s’interprètent les endomorphismes uu dont la matrice est une matrice diagonale, resp. triangulaire inférieure, de matrices, en considérant la matrice correspondante M(u)M(u) d’applications linéaires. Les matrices triangulaires inférieures (resp. triangulaires supérieures, diagonales) de matrices pour une partition donnée (IkI_k) de I forment un sous-anneau de l’anneau de matrices AI×IA^{I \times I}. En particulier l’anneau des matrices diagonales de matrices relatif à la partition (IkI_k) est isomorphe au produit ∏k=1pEnd⁡A(Ek)\prod_{k=1}^p \operatorname{End}_A(E_k).

8. Changements de bases

Proposition 4

Soit E un A-module à droite ayant une base finie* (ei)1≤i≤n(e_i)_{1 \leq i \leq n} de n éléments. Pour qu’une famille de n éléments ei′=∑j=1nejajie'_i = \sum_{j=1}^n e_j a_{ji} (1≤i≤n1 \leq i \leq n) soit une base de E, il faut et il suffit que la matrice carrée P=(aji)P = (a_{ji}) *d’ordre n soit inversible.

En effet, PP n’est autre que la matrice, par rapport à la base (ei)(e_i), de l’endomorphisme uu de E défini par u(ei)=ei′u(e_i) = e'_i (1≤i≤n1 \leq i \leq n). Or, pour que uu soit un automorphisme de E, il faut et il suffit que (u(ei))(u(e_i)) soit une base de E (II, p. 25, cor. 3) ; d’où la proposition.

On dit que la matrice inversible PP est la matrice de passage de la base (ei)(e_i) à la base (ei′)(e'_i). On peut aussi l’interpréter comme la matrice de l’application identique l_E par rapport aux bases (e'_i) et (e_i) (dans cet ordre); il est clair alors que la matrice de passage de la base (e'_i) à la base (e_i) est l’inverse P^{-1} de P.

Proposition 5

Soient (e_i), (e'_i) deux bases de n éléments de E, P la matrice de passage de (e_i) à (e'_i). Si (e_i^*) et (e'_i^*) sont les bases duales respectives de (e_i) et (e'_i), la matrice de passage de (e_i^*) à (e'_i^*) est la contragrédiente tP^{-1} de P.

En effet, la transposée de l’application identique l_E est l’application identique l_{E*}; en vertu de la prop. 3 de II, p. 145, la matrice de l_{E*}, par rapport aux bases (e'_i^*) et (e_i^*) (dans cet ordre) est la transposée de la matrice de l_E par rapport aux bases (e_i) et (e'_i) (dans cet ordre), c’est-à-dire la transposée de P^{-1}.

Proposition 6

Soient E et F deux A-modules à droite, (e_i) et (e'_i) deux bases de E ayant n éléments, (f_j) et (f'_j) deux bases de F ayant m éléments, P la matrice de passage de (e_i) à (e'_i), Q la matrice de passage de (f_j) à (f'_j). Pour toute application linéaire u de E dans F, soient M(u) la matrice de u par rapport aux bases (e_i) et (f_j), M'(u) la matrice de u par rapport aux bases (e'_i) et (f'_j); on a alors (33 D)

M′(u)=Q−1M(u)P. M'(u) = Q^{-1} M(u) P.
En effet, on peut écrire u=1F∘u∘1Eu = 1_F \circ u \circ 1_E. La formule (33) résulte aussitôt de II, p. 144, corollaire, lorsqu’on prend la matrice de l_E par rapport à (e'_i) et (e_i), celle de u par rapport à (e_i) et (f_j) et celle de 1_F par rapport à (f_j) et (f'_j).

Corollaire 1

Si u est un endomorphisme de E, M(u) et M'(u) ses matrices par rapport aux bases (e_i) et (e'_i) respectivement, on a (34 D)

M′(u)=P−1M(u)P. M'(u) = P^{-1} M(u) P.

Corollaire 2

Si M(x) et M'(x) sont les matrices à une colonne d’un même élément x∈Ex \in E par rapport aux bases (e_i) et (e'_i) respectivement, on a (35 D)

M(x)=P.M′(x). M(x) = P . M'(x).
C’est un cas particulier de la prop. 6, où l’on prend pour u l’application θx:a↦xa\theta_x : a \mapsto xa de AdA_d dans E (II, p. 145, Remarque 1).

Si P=(aij)P = (a_{ij}), la formule (35 D) équivaut à (36 D)

xi=∑j=1naijxj′(1≤i≤n) x_i = \sum_{j=1}^n a_{ij} x'_j \qquad (1 \leq i \leq n)
pour les éléments xix_i et xi′x'_i des matrices M(x)M(x) et M′(x)M'(x) respectivement. Les formules (36 D) sont dites formules de changement de coordonnées. On observera qu’elles expriment les composantes de x relatives à l'« ancienne » base (e_i) en fonction des composantes de x relatives à la « nouvelle » base (e'_i) et des éléments de P, c’est-à-dire des composantes de la « nouvelle » base relatives à l'« ancienne » base.

Remarque 1

Partons maintenant d’un A-module à gauche E ayant deux bases (e_i), (e'_i) de n éléments chacune; si on pose ei′=∑j=1najieje'_i = \sum_{j=1}^n a_{ji} e_j on dit encore que P=(aji)P = (a_{ji}) est la matrice de passage de (e_i) à (e'_i); c’est encore la matrice de l’automorphisme u de E tel que u(ei)=ei′u(e_i) = e'_i, par rapport à la base (ei)(e_i), et aussi la matrice de lEl_E prise par rapport aux bases (ei′)(e'_i) et (ei)(e_i) dans cet ordre. Les résultats précédents subsistent alors avec les seules modifications suivantes : les formules (33 D) à (36D) sont respectivement remplacées par

(33 G)

tM′(u)=tP.tM(u).tQ−1 ^tM'(u) = ^tP . ^tM(u) . ^tQ^{-1}
(34 G)
tM′(u)=tP.tM(u).tP−1 ^tM'(u) = ^tP . ^tM(u) . ^tP^{-1}
(35 G)
tM(x)=tM′(x).tP. ^tM(x) = ^tM'(x) . ^tP.
(36 G)
xi=∑j=1nxj′aij(1≤i≤n). x_i = \sum_{j=1}^n x_j' a_{ij} \quad (1 \leq i \leq n).

Remarque 2

Sous les hypothèses de II, p. 152, prop. 4, considérons un élément x∗∈E∗x^* \in \mathbf{E}^*; comme la matrice de passage de (ei∗)(e_i^*) à (ei′∗)(e_{i'}^*) est tP−1^tP^{-1} (II, p, 153, prop. 5) on a, pour les matrices M(x∗)M(x^*) et M′(x∗)M'(x^*) de x∗x^* par rapport à ces deux bases respectivement,

tM(x∗)=tM′(x∗).P−1 ^tM(x^*) = ^tM'(x^*) . P^{-1}
ou encore (37 D)
tM′(x∗)=tM(x∗).P ^tM'(x^*) = ^tM(x^*) . P
ce qui est équivalent au système d’équations (38 D)
xi′∗=∑j=1nxj∗aji(1≤i≤n) x_{i'}^* = \sum_{j=1}^n x_j^* a_{ji} \quad (1 \leq i \leq n)
pour les éléments (xi∗)(x_i^*) et (xi′∗)(x_{i'}^*) des matrices M(x∗)M(x^*) et M′(x∗)M'(x^*). Les formules correspondantes pour un A-module à gauche E sont (37 G)
M′(x∗)=tP.M(x∗) M'(x^*) = ^tP . M(x^*)
(38 G)
xi′∗=∑j=1najixj∗(1≤i≤n). x_{i'}^* = \sum_{j=1}^n a_{ji} x_j^* \quad (1 \leq i \leq n).

Remarque 3

Soient A, B deux anneaux, σ:A→B\sigma : A \to B un homomorphisme de A dans B, E un A-module à droite (resp. à gauche), (ei),(ei′)(e_i), (e_i') deux bases de nn éléments de E, F un B-module à droite (resp. à gauche), (fj),(fj′)(f_j), (f_j') deux bases de mm éléments de F, PP (resp. QQ) la matrice de passage de (ei)(e_i) à (ei′)(e_i') (resp. de (fj)(f_j) à (fj′)(f_j')).

Pour toute application semi-linéaire u:E→Fu : E \to F, relative à σ\sigma, soient M(u)M(u) la matrice de uu rapport à (ei)(e_i) et (fj)(f_j), M′(u)M'(u) sa matrice par rapport à (ei′)(e_i') et (fj′)(f_j'). Alors on a (39 D)

M′(u)=Q−1M(u)σ(P) M'(u) = Q^{-1} M(u) \sigma(P)
(resp. (39 G)
tM′(u)=σ(tP).tM(u).tQ−1). ^tM'(u) = \sigma(^tP) . ^tM(u) . ^tQ^{-1}).

La démonstration est la même que pour (33 D) et (33 G), en utilisant cette fois les formules (27 D) et (27 G) (II, p. 148).

9. Matrices équivalentes; matrices semblables

Définition 5

On dit que deux matrices X,X′X, X' à mm lignes et nn colonnes sur un anneau A\mathbf{A} sont équivalentes s’il existe une matrice carrée inversible PP d’ordre mm et une matrice carrée inversible QQ d’ordre nn telles que

X′=PXQ. X' = PXQ.

Il est clair que la relation « XX et X′X' sont équivalentes » est bien une relation d’équivalence (E, II, p. 40) dans l’ensemble Amn\mathbf{A}^{mn} des matrices de type (m,n)(m, n) sur A\mathbf{A}, ce qui justifie la terminologie.

Avec cette définition, la prop. 6 de II, p. 153 implique que lorsqu’on change de bases dans deux A\mathbf{A}-modules à droite E,F\mathbf{E}, \mathbf{F} (ayant des bases finies), la matrice d’une application linéaire u:E→Fu : \mathbf{E} \to \mathbf{F}, par rapport aux nouvelles bases, est équivalente à la matrice de uu par rapport aux anciennes bases.

Réciproquement, si on a la relation (40) et si u:Adn→Admu : \mathbf{A}_d^n \to \mathbf{A}_d^m est l’application linéaire dont la matrice est XX par rapport aux bases canoniques (ei)(e_i) et (fj)(f_j) respectives de Adn\mathbf{A}_d^n et Adm\mathbf{A}_d^m, alors X′X' est la matrice de uu par rapport aux bases (ei′)(e'_i) et (fj′)(f'_j) telles que QQ soit la matrice de passage de (ei)(e_i) à (ei′)(e'_i) et P−1P^{-1} la matrice de passage de (fj)(f_j) à (fj′)(f'_j).

Exemples de matrices équivalentes. — 1) On dit que deux matrices X=(xij)X = (x_{ij}) et X′=(xij′)X' = (x'_{ij}) à mm lignes et nn colonnes « ne diffèrent que par l’ordre des lignes » s’il existe une permutation σ\sigma de l’intervalle {1,m}\{1, m\} de N\mathbf{N}, telle que l’on ait, pour tout couple d’indices (i,j)(i, j), xij′=xσ(i),jx'_{ij} = x_{\sigma(i), j} (on dit encore que X′X' s’obtient en effectuant la permutation σ−1\sigma^{-1} sur les lignes de XX). Les matrices XX et X′X' sont alors équivalentes, car on a X′=PXX' = PX, où PP est la matrice de la permutation σ−1\sigma^{-1} (cf. II, p. 151, Exemple II).

On dit de même que XX et X′X' ne diffèrent que par l’ordre des colonnes s’il existe une permutation τ\tau de {1,n}\{1, n\} telle que xij′=xi,τ(j)x'_{ij} = x_{i, \tau(j)} pour tout couple d’indices ; XX et X′X' sont encore équivalentes, car on a X′=XQX' = XQ, où QQ est la matrice de la permutation τ\tau.

On notera qu’avec les notations précédentes, PP est la matrice de passage d’une base (fi)1≤j≤n(f_i)_{1 \leq j \leq n} à la base (fσ−1(j))1≤j≤m(f_{\sigma^{-1}(j)})_{1 \leq j \leq m} et QQ la matrice de passage d’une base (ei)1≤i≤n(e_i)_{1 \leq i \leq n} à la base (eτ(i))1≤i≤n(e_{\tau(i)})_{1 \leq i \leq n}.

2) Soient j,kj, k deux éléments distincts de {1,n}\{1, n\} et soit a∈Aa \in \mathbf{A}.

Supposons que pour 1≤i≤m1 \leq i \leq m, on ait xij′=xij+xikax'_{ij} = x_{ij} + x_{ik}a et xil′=xilx'_{il} = x_{il} pour l≠jl \neq j; on dit que X′X' se déduit de XX en ajoutant à la colonne d’indice jj de XX la colonne d’indice kk multipliée à droite par aa. Dans ce cas XX et X′X' sont encore équivalentes : en effet, si Q=In+aEkjQ = I_n + aE_{kj} (matrice triangulaire inversible, comme on l’a vu dans II, p. 152), on a X′=XQX' = XQ.

De même, soient h,ih, i deux éléments distincts de {1,m}\{1, m\}, aa un élément de A\mathbf{A}; si X′X' se déduit de XX en ajoutant à la ligne d’indice ii de XX la ligne d’indice hh multipliée à gauche par aa, XX et X′X' sont équivalentes, car on a X′=PXX' = PX, avec P=Im+aEihP = I_m + aE_{ih}.

3) Enfin, si, pour un indice donné jj, on a xij′=xijcx'_{ij} = x_{ij}c pour 1≤i≤m1 \leq i \leq m, où c∈Ac \in \mathbf{A} est inversible, et si xil′=xilx'_{il} = x_{il} pour 1≤i≤m1 \leq i \leq m et l≠jl \neq j, XX et X′X' sont encore équivalentes ; en effet, on a X′=XQX' = XQ, où QQ est la matrice diag⁡(ak)\operatorname{diag}(a_k) avec aj=ca_j = c, ak=1a_k = 1 pour k≠jk \neq j. On dit alors que X′X' se déduit de XX en multipliant à droite par cc la colonne d’indice jj de XX.

De même, si X′X' se déduit de XX en multipliant à gauche la ligne d’indice ii de XX par un élément inversible c∈Ac \in \mathbf{A}, X′X' et XX sont équivalentes, car X′=PXX' = PX où PP est la matrice diag⁡(bh)\operatorname{diag}(b_h) avec bi=cb_i = c, bh=1b_h = 1 pour h≠ih \neq i.

Définition 6

On dit que deux matrices carrées X,X′X, X' d’ordre nn sur un anneau A\mathbf{A} sont semblables s’il existe une matrice carrée inversible PP d’ordre nn telle que

(41)(41)
X′=PXP−1. X' = PXP^{-1}.

Il est clair que la relation « XX et X′X' sont semblables » est une relation d’équivalence dans Mn(A)\mathbf{M}_n(\mathbf{A}), signifiant que XX et X′X' sont transformées l’une de l’autre par un automorphisme intérieur de cet anneau.

Avec cette définition, le cor. 1 de II, p. 153 implique que lorsqu’on change de base dans un A\mathbf{A}-module EE (ayant une base finie), la matrice d’un endomorphisme uu de EE par rapport à la nouvelle base est semblable à la matrice de uu par rapport à l’ancienne base.

Remarque 1

Deux matrices carrées qui ne diffèrent que par l’ordre des lignes (ou l’ordre des colonnes) sont équivalentes, mais non semblables en général. On obtient une matrice semblable à une matrice carrée X=(xij)X = (x_{ij}) en effectuant la même permutation σ−1\sigma^{-1} sur les lignes et les colonnes, c’est-à-dire en considérant la matrice X′=(xij′)X' = (x'_{ij}), où xij′=xσ(i),σ(j)x'_{ij} = x_{\sigma(i), \sigma(j)} pour tout couple d’indices ; en effet, si XX est la matrice d’un endomorphisme uu de AdnA^n_d par rapport à une base (ei)1≤i≤n(e_i)_{1 \leq i \leq n}, X′X' est la matrice de uu par rapport à la base (eσ(i))1≤i≤n(e_{\sigma(i)})_{1 \leq i \leq n}.

Remarque 2

Soient XX et X′X' deux matrices carrées d’ordre nn, qui s’écrivent sous forme de matrices diagonales de matrices carrées (II, p. 152, Exemple IV) :

X=(X10⋯00X2⋯0⋯⋯⋯⋯00⋯Xp)X′=(X1′0⋯00X2′⋯0⋯⋯⋯⋯00⋯Xp′) X = \begin{pmatrix} X_1 & 0 & \cdots & 0 \\ 0 & X_2 & \cdots & 0 \\ \cdots & \cdots & \cdots & \cdots \\ 0 & 0 & \cdots & X_p \end{pmatrix} \qquad X' = \begin{pmatrix} X'_1 & 0 & \cdots & 0 \\ 0 & X'_2 & \cdots & 0 \\ \cdots & \cdots & \cdots & \cdots \\ 0 & 0 & \cdots & X'_p \end{pmatrix}

correspondant à la même partition de l’ensemble d’indices {1,n}\{1, n\} pour XX et X′X'. Si, pour 1≤i≤p1 \leq i \leq p, XiX_i et Xi′X'_i sont équivalentes (resp. semblables), alors XX et X′X' sont équivalentes (resp. semblables) : en effet, si Xi′=PiXiQiX'_i = P_i X_i Q_i pour 1≤i≤p1 \leq i \leq p, on a X′=PXQX' = PXQ avec

P=(P10⋯00P2⋯0⋯⋯⋯⋯00⋯Pp)Q=(Q10⋯00Q2⋯0⋯⋯⋯⋯00⋯Qp) P = \begin{pmatrix} P_1 & 0 & \cdots & 0 \\ 0 & P_2 & \cdots & 0 \\ \cdots & \cdots & \cdots & \cdots \\ 0 & 0 & \cdots & P_p \end{pmatrix} \qquad Q = \begin{pmatrix} Q_1 & 0 & \cdots & 0 \\ 0 & Q_2 & \cdots & 0 \\ \cdots & \cdots & \cdots & \cdots \\ 0 & 0 & \cdots & Q_p \end{pmatrix}

comme il résulte du calcul du produit « par blocs » (II, p. 147). En outre, si Qi=Pi−1Q_i = P_i^{-1} pour tout ii, on a Q=P−1Q = P^{-1}.

10. Produit tensoriel de matrices sur un anneau commutatif

Soient CC un anneau commutatif, E,F,U,VE, F, U, V quatre CC-modules, φ:E→U\varphi : E \to U, ψ:F→V\psi : F \to V deux applications CC-linéaires. Supposons que E,F,U,VE, F, U, V aient respectivement des bases finies (eλ)λ∈L,(fμ)μ∈M,(uρ)ρ∈R,(vσ)σ∈S(e_\lambda)_{\lambda \in L}, (f_\mu)_{\mu \in M}, (u_\rho)_{\rho \in R}, (v_\sigma)_{\sigma \in S}; soient A=(aρλ)A = (a_{\rho \lambda}) la matrice de φ\varphi par rapport à (eλ)(e_\lambda) et (uρ)(u_\rho), B=(bσμ)B = (b_{\sigma \mu}) celle de ψ\psi par rapport à (fμ)(f_\mu) et (vσ)(v_\sigma). Pour tout couple (λ,μ)∈L×M=N(\lambda, \mu) \in L \times M = N, posons gλμ=eλ⊗fμg_{\lambda \mu} = e_\lambda \otimes f_\mu; pour tout couple (ρ,σ)∈R×S=T(\rho, \sigma) \in R \times S = T, posons wρσ=uρ⊗vσw_{\rho \sigma} = u_\rho \otimes v_\sigma; les gλμg_{\lambda \mu} forment alors une base de E⊗FE \otimes F et les wρσw_{\rho \sigma} une base de U⊗VU \otimes V (II, p. 62, cor. 2). On appelle produit tensoriel de AA par BB et on note A⊗BA \otimes B la matrice X=(xτv)(τ,v)∈T×NX = (x_{\tau v})_{(\tau, v) \in T \times N} dont les éléments sont donnés par

(42)

x(ρ,σ),(λ,μ)=aρλbσμ. x_{(\rho, \sigma), (\lambda, \mu)} = a_{\rho \lambda} b_{\sigma \mu}.

Alors A⊗BA \otimes B est la matrice de φ⊗ψ\varphi \otimes \psi par rapport aux bases (gλμ)(g_{\lambda \mu}) et (wρσ)(w_{\rho \sigma}). En effet, on a par définition (II, p. 52, formule (3))

(φ⊗ψ)(gλμ)=(φ⊗ψ)(eλ⊗fμ)=φ(eλ)⊗ψ(fμ) (\varphi \otimes \psi)(g_{\lambda \mu}) = (\varphi \otimes \psi)(e_{\lambda} \otimes f_{\mu}) = \varphi(e_{\lambda}) \otimes \psi(f_{\mu})
=∑ρ,σaρλbσμ(uρ⊗vσ)=∑ρ,σaρλbσμwρσ. = \sum_{\rho, \sigma} a_{\rho \lambda} b_{\sigma \mu} (u_{\rho} \otimes v_{\sigma}) = \sum_{\rho, \sigma} a_{\rho \lambda} b_{\sigma \mu} w_{\rho \sigma}.

La définition (42) des éléments de A⊗BA \otimes B montre que cette matrice correspond biunivoquement à la matrice de matrices (aρλB)(ρ,λ)∈R×L(a_{\rho \lambda} B)_{(\rho, \lambda) \in \mathbf{R} \times \mathbf{L}} et aussi à la matrice de matrices (Abσμ)(σ,μ)∈S×M(A b_{\sigma \mu})_{(\sigma, \mu) \in \mathbf{S} \times \mathbf{M}} (II, p. 147).

Le fait que (φ,ψ)↦φ⊗ψ(\varphi, \psi) \mapsto \varphi \otimes \psi est une application C\mathbf{C}-bilinéaire et la formule (9) de II, p. 56 se traduisent par les identités

(43)

{A⊗(B1+B2)=A⊗B1+A⊗B2(A1+A2)⊗B=A1⊗B+A2⊗B \begin{cases} A \otimes (B_1 + B_2) = A \otimes B_1 + A \otimes B_2 \\ (A_1 + A_2) \otimes B = A_1 \otimes B + A_2 \otimes B \end{cases}

(44)

(cA)⊗B=A⊗(cB)=c(A⊗B)pour c∈C(cA) \otimes B = A \otimes (cB) = c(A \otimes B) \quad \text{pour } c \in \mathbf{C}

(45)

(A1⊗B1)(A2⊗B2)=(A1A2)⊗(B1B2)(A_1 \otimes B_1)(A_2 \otimes B_2) = (A_1 A_2) \otimes (B_1 B_2)

lorsque les opérations écrites sont définies. La transposée d’un produit tensoriel de matrices est donnée par

(46)

t(A⊗B)=(tA)⊗(tB).^t(A \otimes B) = (^tA) \otimes (^tB).

Si AA et BB sont des matrices carrées inversibles sur C\mathbf{C}, A⊗BA \otimes B est inversible et l’on a

(47)

(A⊗B)−1=(A−1)⊗(B−1).(A \otimes B)^{-1} = (A^{-1}) \otimes (B^{-1}).

Soient (eλ′)λ∈L(e'_\lambda)_{\lambda \in L} une seconde base de EE, (fμ′)μ∈M(f'_\mu)_{\mu \in M} une seconde base de FF; si PP est la matrice de passage de la base (eλ)(e_\lambda) à la base (eλ′)(e'_\lambda), QQ la matrice de passage de la base (fμ)(f_\mu) à la base (fμ′)(f'_\mu), la matrice de passage de la base (eλ⊗fμ)(e_\lambda \otimes f_\mu) à la base (eλ′⊗fμ′)(e'_\lambda \otimes f'_\mu) est P⊗QP \otimes Q. Si A′A' est équivalente (resp. semblable) à AA, B′B' équivalente (resp. semblable) à BB, alors A′⊗B′A' \otimes B' est équivalente (resp. semblable) à A⊗BA \otimes B.

On généralise de façon évidente la définition du produit tensoriel de matrices à un nombre fini quelconque de matrices sur C\mathbf{C}; on a en particulier la formule d’associativité

(48)

(⨂i∈I1Xi)⊗(⨂i∈I2Xi)=⨂i∈IXi\left( \bigotimes_{i \in I_1} X_i \right) \otimes \left( \bigotimes_{i \in I_2} X_i \right) = \bigotimes_{i \in I} X_i

pour toute partition (I1,I2)(I_1, I_2) de l’ensemble fini d’indices II.

11. Trace d’une matrice

Soit C\mathbf{C} un anneau commutatif; pour toute matrice carrée X=(xij)X = (x_{ij}) sur C\mathbf{C}, correspondant à l’ensemble d’indices fini I\mathbf{I}, on appelle trace de XX l’élément

Tr⁡(X)=∑i∈Ixii. \operatorname{Tr}(X) = \sum_{i \in \mathbf{I}} x_{ii}.

Soit EE un C\mathbf{C}-module admettant une base finie (ei)i∈I(e_i)_{i \in \mathbf{I}}; pour tout endomorphisme uu de EE, on a

Tr⁡(u)=Tr⁡(M(u)) \operatorname{Tr}(u) = \operatorname{Tr}(M(u))

M(u)M(u) étant la matrice de uu par rapport à la base (ei)(e_i); cela résulte aussitôt de II, p. 78, formule (17) lorsqu’on applique cette formule à l’endomorphisme x↦⟨x,ei∗⟩ejx \mapsto \langle x, e_i^* \rangle e_j (où (ei∗)(e_i^*) est la base duale de (ei)(e_i)); on passe de là au cas général par linéarité. La formule (49) montre que l’on a

Tr⁡(u)=∑i⟨u(ei),ei∗⟩ \operatorname{Tr}(u) = \sum_i \langle u(e_i), e_i^* \rangle

pour toute base (ei)(e_i) de EE (cf. II, p. 78, formule (17)).

Si XX est une matrice de type (m,n)(m, n) sur C\mathbf{C}, YY une matrice de type (n,m)(n, m) sur C\mathbf{C}, on a

Tr⁡(XY)=Tr⁡(YX) \operatorname{Tr}(XY) = \operatorname{Tr}(YX)

comme il résulte de ce qui précède et de la prop. 3 de II, p. 78; on peut aussi obtenir (52) directement, car si X=(xij), Y=(yji) (1≤i≤m, 1≤j≤n)X = (x_{ij}),\ Y = (y_{ji})\ (1 \leq i \leq m,\ 1 \leq j \leq n), on a

Tr⁡(XY)=∑i,jxijyji \operatorname{Tr}(XY) = \sum_{i,j} x_{ij} y_{ji}

en vertu de (49). Cette dernière formule prouve en outre:

Proposition 7

Soit C\mathbf{C} un anneau commutatif, et pour toute matrice P∈Mn(C)P \in \mathbf{M}_n(\mathbf{C}), soit fPf_P la forme linéaire X↦Tr⁡(PX)X \mapsto \operatorname{Tr}(PX) sur Mn(C)\mathbf{M}_n(\mathbf{C}); l’application P↦fPP \mapsto f_P est une bijection C-lineˊaire de Mn(C)\mathbf{C}\text{-linéaire de } \mathbf{M}_n(\mathbf{C}) sur son dual.

Proposition 8

Si gg est une forme linéaire sur le C\mathbf{C}-module Mn(C)\mathbf{M}_n(\mathbf{C}) telle que g(XY)=g(YX)g(XY) = g(YX) quelles que soient les matrices X,YX, Y de Mn(C)\mathbf{M}_n(\mathbf{C}), il existe un scalaire c∈Cc \in \mathbf{C} et un seul tel que g(X)=c⋅Tr⁡(X)g(X) = c \cdot \operatorname{Tr}(X) pour toute matrice X∈Mn(C)X \in \mathbf{M}_n(\mathbf{C}).

La proposition étant triviale pour n=1n = 1, on peut se borner au cas où n≥2n \geq 2. En prenant X=Eij, Y=EjkX = E_{ij},\ Y = E_{jk} avec i≠ki \neq k, il vient g(Eik)=0g(E_{ik}) = 0; prenant ensuite X=Eij, Y=EjiX = E_{ij},\ Y = E_{ji} on trouve g(Eii)=g(Ejj)g(E_{ii}) = g(E_{jj}); la proposition en résulte aussitôt, les EijE_{ij} formant une base de Mn(C)\mathbf{M}_n(\mathbf{C}).

12. Matrices sur un corps

Les matrices finies à mm lignes et nn colonnes sur un corps KK correspondent biunivoquement aux applications linéaires de l’espace vectoriel à droite E=KnE = K^n dans l’espace vectoriel à droite F=KdmF = K_d^m, lorsqu’on prend les matrices de ces applications par rapport aux bases canoniques de EE et FF. Par définition, le rang d’une telle matrice XX est le rang de l’application linéaire u:E→Fu : E \to F qui lui correspond; comme ce nombre est par définition la dimension du sous-espace u(E)u(E) de FF, il revient au même (en identifiant les colonnes de XX aux images par uu de la base canonique de EE) de donner la définition suivante:

Définition 7

Étant donnée une matrice XX à mm lignes et nn colonnes sur un corps KK, on appelle rang de XX par rapport à KK, et on note rg(X)\mathrm{rg}(X), la dimension du sous-espace de KdmK_d^m engendré par les nn colonnes de XX.

On peut dire aussi que le rang de XX est le nombre maximum de colonnes de XX linéairement indépendantes (en tant qu’éléments de KdmK_d^m). On a évidemment rg(X)≤inf⁡(m,n)\mathrm{rg}(X) \leq \inf(m, n); pour toute sous-matrice YY de XX, on a rg(Y)≤rg(X)\mathrm{rg}(Y) \leq \mathrm{rg}(X).

Si EE et FF sont deux espaces vectoriels de dimension finie sur KK, uu une application linéaire de EE dans FF, le rang de la matrice M(u)M(u) par rapport à deux bases quelconques est égal au rang de uu.

Proposition 9

Si les éléments d’une matrice XX à mm lignes et nn colonnes appartiennent à un sous-corps K0K_0 d’un corps KK, le rang de XX par rapport à K0K_0 est égal au rang de XX par rapport à KK.

En effet, soit F0F_0 le K0K_0-espace vectoriel à droite engendré par la base canonique du KK-espace vectoriel à droite F=KdmF = K_d^m; par hypothèse les colonnes de XX appartiennent à F0F_0. Soit V0V_0 (resp. VV) le sous-K0K_0-espace vectoriel de F0F_0 (resp. le sous-KK-espace vectoriel de FF) engendré par ces colonnes. On a V=V0⊗K0KV = V_0 \otimes_{K_0} K (II, p. 120, prop. 2), donc dim⁡KV=dim⁡K0V0\dim_K V = \dim_{K_0} V_0.

Proposition 10

Le rang d’une matrice XX sur un corps KK est égal au rang de sa transposée tX{}^t X sur le corps opposé KoK^o.

En effet, avec les notations introduites avant la déf. 7, le rang de uu est égal à celui de tu{}^t u (II, p. 104, prop. 10) et la proposition résulte donc de II, p. 145, prop. 3.

On voit donc que le rang de XX peut aussi être défini comme le nombre maximum de lignes de XX linéairement indépendantes (quand on les considère comme des éléments du KK-espace vectoriel à gauche KsnK_s^n).

Les matrices carrées d’ordre nn sur un corps KK correspondent biunivoquement aux endomorphismes de E=KdnE = K_d^n et forment un anneau isomorphe à l’anneau EndK(E)\mathrm{End}_K(E) (II, p. 150); aux automorphismes de EE correspondent les matrices carrées inversibles.

Proposition 11

Soit XX une matrice carrée d’ordre nn sur un corps KK. Les propriétés suivantes sont équivalentes: a) XX est inversible dans Mn(K)\mathbf{M}_n(K). b) XX est inversible à droite dans Mn(K)\mathbf{M}_n(K).

c) XX est inversible à gauche dans Mn(K)\mathbf{M}_n(\mathbf{K}). d) XX est de rang nn. Cela ne fait que traduire II, p. 101, corollaire.

Proposition 12

Pour qu’un système de mm équations linéaires à nn inconnues

∑j=1naijxj=bi(1≤i≤m) \sum_{j=1}^n a_{ij} x_j = b_i \qquad (1 \leq i \leq m)

sur un corps K\mathbf{K}, ait au moins une solution, il faut et il suffit que la matrice A=(aij)A = (a_{ij}) du système et la matrice BB obtenue en bordant AA par une (n+1)(n+1)-ème colonne égale à (bi)(b_i), soient des matrices de même rang.

On a vu en effet (II, p. 146) que l’existence d’une solution de (54) équivaut au fait que la colonne (bi)(b_i) est combinaison linéaire des colonnes de AA, et la proposition résulte donc de II, p. 99, cor. 4.

On notera que la condition de la prop. 12 est toujours remplie lorsque m=nm = n et que AA est inversible, c’est-à-dire de rang nn (prop. 11). Si xx et bb désignent alors les matrices à une colonne (xi)(x_i) et (bi)(b_i) respectivement, le système (54) est équivalent à A.x=bA.x = b, et son unique solution est x=A−1.bx = A^{-1}.b.

13. Équivalence des matrices sur un corps

Proposition 13

Soient E,FE, F deux espaces vectoriels sur un corps K\mathbf{K}, de dimensions finies. Si u:E→Fu : E \to F est une application linéaire de rang rr, il existe des bases de EE et FF telles que, par rapport à ces bases, on ait

M(u)=(Ir000). M(u) = \begin{pmatrix} I_r & 0 \\ 0 & 0 \end{pmatrix}.

Toute matrice de type (m,n)(m, n) sur K\mathbf{K} et de rang rr est équivalente à une matrice de la forme (55).

La seconde assertion est trivialement équivalente à la première. Pour démontrer celle-ci, soient dim⁡E=n\dim E = n, dim⁡F=m\dim F = m. Le noyau N=u‾(0)N = \overline{u}(0) est de dimension n−rn - r (II, p. 101, formule (11)); soient VV un supplémentaire de NN dans EE, (ei)1≤i≤n(e_i)_{1 \leq i \leq n} une base de EE telle que (ei)1≤i≤r(e_i)_{1 \leq i \leq r} soit une base de VV et (ei)r+1≤i≤n(e_i)_{r+1 \leq i \leq n} une base de NN. Alors les u(ej)u(e_j) (1≤j≤r1 \leq j \leq r) forment une base de u(E)u(E); il existe donc une base (fj)1≤j≤m(f_j)_{1 \leq j \leq m} de FF telle que fj=u(ej)f_j = u(e_j) pour 1≤j≤r1 \leq j \leq r (II, p. 95, th. 2), et il est clair que par rapport aux bases (ei)(e_i) et (fj)(f_j), la matrice M(u)M(u) est donnée par (55).

Corollaire

Pour que deux matrices sur un corps, de type (m,n)(m, n), soient équivalentes, il faut et il suffit qu’elles aient même rang.

Nous allons retrouver la prop. 13 par un autre procédé plus explicite. Pour tout anneau A, tout λ∈A\lambda \in A, tout entier m>1m > 1 et tout couple d’entiers distincts i,ji, j dans {1,m}\{1, m\}, nous poserons

Bij(λ)=Im+λEij B_{ij}(\lambda) = I_m + \lambda E_{ij}

matrice inversible d’ordre mm d’après ce qu’on a vu dans II, p. 152.

Lemme 1

Soit X=(ξij)X = (\xi_{ij}) une matrice de type (m,n)(m, n) sur un anneau A. Supposons que m≥2m \geq 2 et qu’il existe un élément ξi1\xi_{i1} de la première colonne de XX qui soit inversible dans A. Alors il existe deux matrices carrées inversibles P∈Mm(A)P \in \mathbf{M}_m(A), Q∈Mn(A)Q \in \mathbf{M}_n(A) et une matrice Y de type (m−1,n−1)(m - 1, n - 1) sur A, telles que PP (resp. QQ) soit produit de matrices de la forme Bij(λ)B_{ij}(\lambda) d’ordre mm (resp. nn), et que l’on ait

PXQ=(10⋯00⋮Y0). PXQ = \begin{pmatrix} 1 & 0 & \cdots & 0 \\ 0 & & & \\ \vdots & & Y & \\ 0 & & & \end{pmatrix}.

En effet, la matrice Bij(λ)XB_{ij}(\lambda)X s’obtient en ajoutant à la ligne d’indice ii de XX la ligne d’indice jj multipliée à gauche par λ\lambda (II, p. 155, Exemple 2); si ξi1\xi_{i1} est inversible, il existe donc λ∈A\lambda \in A tel que pour la matrice X′=B1i(λ)X=(ξkl′)X' = B_{1i}(\lambda)X = (\xi'_{kl}) on ait ξ11′=1\xi'_{11} = 1; multipliant à gauche X′X' par des matrices Bk1(μk)B_{k1}(\mu_k) d’ordre mm convenablement choisies (pour 2≤k≤m2 \leq k \leq m), on obtient une matrice X′′=(ξkl′′)X'' = (\xi''_{kl}) telle que ξ11′′=1, ξk1′′=0\xi''_{11} = 1,\ \xi''_{k1} = 0 pour k≠1k \neq 1. On multiplie ensuite à droite la matrice obtenue successivement par des matrices B1j(νj)B_{1j}(\nu_j) d’ordre nn convenables (2≤j≤n)(2 \leq j \leq n), et on obtient bien une matrice de la forme (57).

Proposition 14

Soit XX une matrice de type (m,n)(m, n) sur un corps K. Si XX est de rang r, il existe deux matrices carrées inversibles P∈Mm(K)P \in \mathbf{M}_m(K), Q∈Mn(K)Q \in \mathbf{M}_n(K) telles que PP (resp. QQ) soit produit de matrices d’ordre mm (resp. nn) de la forme Bij(λ)B_{ij}(\lambda) et que l’on ait

PXQ=(10⋯00⋯001⋯00⋯0⋯⋯⋯⋯⋯⋯⋯00⋯δr0⋯000⋯00⋯0⋯⋯⋯⋯⋯⋯⋯00⋯00⋯0) PXQ = \begin{pmatrix} 1 & 0 & \cdots & 0 & 0 & \cdots & 0 \\ 0 & 1 & \cdots & 0 & 0 & \cdots & 0 \\ \cdots & \cdots & \cdots & \cdots & \cdots & \cdots & \cdots \\ 0 & 0 & \cdots & \delta_r & 0 & \cdots & 0 \\ 0 & 0 & \cdots & 0 & 0 & \cdots & 0 \\ \cdots & \cdots & \cdots & \cdots & \cdots & \cdots & \cdots \\ 0 & 0 & \cdots & 0 & 0 & \cdots & 0 \end{pmatrix}

(matrice (ηij)(\eta_{ij}) dont tous les termes sont nuls sauf les ηii\eta_{ii} pour 1≤i≤r1 \leq i \leq r, avec ηii=1\eta_{ii} = 1 pour 1≤i≤r−1,ηrr=δr≠01 \leq i \leq r - 1, \eta_{rr} = \delta_r \neq 0. Si r≠mr \neq m ou r≠nr \neq n, on peut en outre supposer que δr=1\delta_r = 1.

La proposition est évidente si X=0X = 0; supposons donc X≠0X \neq 0. Si m=n=1m = n = 1 la proposition est évidente (avec P=Im,Q=In,δ1≠0P = I_m, Q = I_n, \delta_1 \neq 0 arbitraire). Si n=1,m≥2n = 1, m \geq 2, on peut appliquer le lemme 1 (puisque X≠0X \neq 0), qui donne la forme vouluue (58) avec r=1,δr=1r = 1, \delta_r = 1. Raisonnons par récurrence sur n>1n > 1; il existe un élément ξij≠0\xi_{ij} \neq 0 dans XX; si j=1j = 1, on peut appliquer le lemme 1 et se ramener au cas où XX a la forme (57). L’hypothèse de récurrence s’applique alors à YY et il y a donc des matrices inversibles P′∈Mm−1(K),Q′∈Mn−1(K)P' \in \mathbf{M}_{m-1}(\mathbf{K}), Q' \in \mathbf{M}_{n-1}(\mathbf{K}) produits de matrices de la forme Bij(λ)B_{ij}(\lambda) d’ordre m−1m - 1 (resp. n−1n - 1), telles que P′YQ′P'YQ' soit de la forme (58). Or, si Bij(λ)B_{ij}(\lambda) appartient par exemple à Mm−1(K)\mathbf{M}_{m-1}(\mathbf{K}), on a (100Bij(λ))=Bi+1,j+1(λ)\begin{pmatrix} 1 & 0 \\ 0 & B_{ij}(\lambda) \end{pmatrix} = B_{i+1, j+1}(\lambda); la formule (58) résulte alors de la formule du produit par blocs en posant P=(100P′)P = \begin{pmatrix} 1 & 0 \\ 0 & P' \end{pmatrix} et Q=(100Q′)Q = \begin{pmatrix} 1 & 0 \\ 0 & Q' \end{pmatrix}. Si enfin on avait j≠1j \neq 1, il suffirait de considérer la matrice XBj1(1)XB_{j1}(1) pour être ramené au cas précédent.

La prop. 14 redonne aussitôt la prop. 13.

Corollaire 1

Si XX est une matrice carrée inversible d’ordre nn sur un corps K\mathbf{K}, il existe trois matrices inversibles P,Q,DP, Q, D d’ordre nn telles que X=PDQX = PDQ, PP et QQ étant produits de matrices de la forme Bij(λ)B_{ij}(\lambda), et DD une matrice diagonale de la forme D=diag⁡(1,1,…,1,δ)D = \operatorname{diag}(1, 1, \ldots, 1, \delta) avec δ≠0\delta \neq 0 (cf. II, p. 207, exerc. 13).

Corollaire 2

Pour tout corps K\mathbf{K}, le groupe de matrices inversibles GL(n,K)\mathbf{GL}(n, \mathbf{K}) est engendré par les matrices de permutation (II, p. 151, Exemple 2), les matrices diagonales diag⁡(a,1,…,1)\operatorname{diag}(a, 1, \ldots, 1) (a≠0a \neq 0 dans K\mathbf{K}) et les matrices B12(λ)B_{12}(\lambda) (λ∈K\lambda \in \mathbf{K}).

On a vu (II, p. 155) que le produit à droite (resp. à gauche) d’une matrice par la matrice d’une transposition convenable échange deux colonnes (resp. deux lignes) quelconques. On en conclut que la matrice diag⁡(1,…,1,a)\operatorname{diag}(1, \ldots, 1, a) est égale au produit de diag⁡(a,1,…,1)\operatorname{diag}(a, 1, \ldots, 1) et de matrices de permutation, et que toute matrice Bij(λ)B_{ij}(\lambda) est égale au produit de B12(λ)B_{12}(\lambda) et de matrices de permutation, d’où le corollaire.

Remarques. — 1) Au chap. III, on verra que si m=n=rm = n = r et si K\mathbf{K} est commutatif, alors, pour tous les choix de PP et QQ satisfaisant aux conditions de la prop. 14, l’élément δr\delta_r est toujours le même et est égal au déterminant de XX (III, p. 101).

2) Le raisonnement de la prop. 14, légèrement modifié, montre qu’il y a une matrice de permutation RR telle que l’on ait (avec les mêmes conditions pour PP)

PXR=(IrN00) PXR = \begin{pmatrix} I_r & N \\ 0 & 0 \end{pmatrix}

si l’on n’a pas m=n=rm = n = r, et

PXR=diag⁡(1,…,1,δ) PXR = \operatorname{diag}(1, \ldots, 1, \delta)

dans le cas contraire. On observera aussi que la méthode de démonstration donne une détermination explicite des matrices P,Q,RP, Q, R lorsque XX est donnée explicitement.

Exercices

See the exercises for § 10.

Transcribed from the printed volume. Not translated.