§ 9. Espaces affines et espaces projectifs
1. Définition des espaces affines
Définition 1
Étant donné un espace vectoriel à gauche (resp. à droite) T sur un corps K, on appelle espace affine attaché à T tout ensemble homogène E du groupe additif T (I, p. 56) tel que O soit le seul opérateur de T laissant invariants tous les éléments de E (c’est-à-dire que T opère fidèlement et transitivement dans E). Dans ces conditions, T s’appelle l’espace des translations de E, et ses éléments s’appellent les translations de E (ou les vecteurs libres de E).
Dans ce qui suit, nous nous bornerons au cas où T est un espace vectoriel à gauche sur K. La dimension (sur K) de l’espace vectoriel des translations T d’un espace affine E s’appelle la dimension de E (sur K), et se note dim E ou dim_K E. Un espace affine de dimension un (resp. deux) s’appelle une droite affine (resp. un plan affine). Les éléments d’un espace affine sont encore qualifiés de points.
Dans les conditions de la déf. 1, pour t ∈ T et a ∈ E, nous noterons t + a ou a + t le transformé du point a par t. On a donc les relations
(1)
(2)
Étant donné un point a ∈ E, l’application x ↦ x − a est une bijection de E sur T; quand on identifie E à T par cette application, on dit qu’on considère E comme espace vectoriel obtenu en prenant a pour origine dans E. Inversement, tout espace vectoriel T est canoniquement muni d’une structure d’espace affine attaché à T, à savoir la structure d’espace homogène correspondant au sous-groupe {0} de T (I, p. 59).
Remarque
Les définitions de ce n°, et une partie des résultats qui suivent, s’étendent immédiatement au cas où, au lieu d’un espace vectoriel T, on considère un groupe commutatif à opérateurs quelconque T.
2. Calcul barycentrique
Proposition 1
Soient (x_i)_{i \in I} une famille de points d’un espace affine E, et (\lambda_i)_{i \in I} une famille d’éléments de K, de support fini, telle que (resp. ). Si a est un point quelconque de E, le point x ∈ E défini par
En effet, si a' est un second point de E, on a
Si , on en déduit ; si , on a ; d’où la proposition.
Dans les conditions de la prop. 1, on note le point défini par (resp. le vecteur libre ).
On retrouve ainsi en particulier la notation introduite dans II, p. 127. Lorsque , le point s’appelle le barycentre des points affectés des masses .
Étant donnés points de E, dont le nombre ne soit pas multiple de la caractéristique de (V, §1), le point s’appelle (par abus de langage) le barycentre des points () (pour , on dit « milieu » au lieu de « barycentre »); il est caractérisé par la relation .
3. Variétés linéaires affines
Définition 2
Étant donné un espace affine E, on dit qu’une partie V de E est une variété linéaire affine (ou simplement une variété linéaire ou un sous-espace affine de E) si, pour toute famille de points de V, et toute famille d’éléments de K, de support fini et telle que , le barycentre appartient à V.
Il revient au même de dire que la condition de la déf. 2 est vérifiée pour toute famille finie de points de V.
L’ensemble vide est une variété linéaire; toute intersection de variétés linéaires est une variété linéaire.
Soient V une partie non vide de E, a un point de V; la relation
signifie que est un barycentre de la famille formée des et de . Par suite:
Proposition 2
Pour qu’une partie non vide V d’un espace affine E soit une variété linéaire, il faut et il suffit que V soit un sous-espace vectoriel pour la structure d’espace vectoriel de E obtenue en prenant un point de V comme origine.
En particulier, les variétés linéaires affines non vides d’un espace vectoriel T (considéré comme espace affine) ne sont autres que les translatés des sous-espaces vectoriels de T; les sous-espaces vectoriels de T sont donc les variétés linéaires contenant 0.
Soit V une variété linéaire non vide de l’espace affine E; l’ensemble des vecteurs libres , où et parcourent V, est un sous-espace vectoriel D de l’espace des translations T de E, qu’on appelle la direction de V : en effet, si , on peut écrire
Tout vecteur appartenant à la direction d’une droite est appelé vecteur directeur de cette droite; ses composantes par rapport à une base de T forment ce qu’on appelle un système de paramètres directeurs de la droite considérée.
On appelle codimension d’une variété linéaire V dans E la codimension de sa direction D dans T; une variété linéaire de codimension 1 dans E s’appelle un hyperplan (affine) de E.
Deux variétés linéaires de même direction sont dites parallèles; il revient au même de dire qu’elles se déduisent l’une de l’autre par translation. Si V est une variété linéaire dans T (considéré comme espace affine), sa direction est la variété linéaire parallèle à V et contenant 0.
Proposition 3
Étant donnée une famille de points d’un espace affine E, l’ensemble V des barycentres est une variété linéaire de E.
Si la famille est vide, on a , à cause de la condition . On peut donc supposer la famille non vide, et dans ce cas la proposition est évidente, en prenant un des pour origine de E.
La variété V est évidemment la plus petite variété linéaire contenant les ; on dit qu’elle est engendrée par la famille et que cette famille est un système générateur de V.
Avec les notations de la prop. 3, et en supposant la famille non vide, pour que l’expression de tout point sous la forme soit unique, il faut et il suffit que, en désignant par un indice quelconque de I, la famille des vecteurs , où parcourt l’ensemble des indices , soit libre dans T. On dit alors que la famille de points de E est affinement libre (ou que ses éléments forment un système affinement libre, ou sont affinement indépendants), et que est la coordonnée barycentrique d’indice de par rapport à la famille affinement libre .
On dit qu’une famille de points de qui n’est pas affinement libre est affinement liée.
Proposition 4
Pour qu’une famille non vide de points d’un espace affine soit affinement liée, il faut et il suffit qu’il existe une famille d’éléments non tous nuls de , de support fini, telle que et .
En effet, étant donné un indice , dire que la famille de vecteurs , où parcourt l’ensemble des indices , est liée dans , signifie qu’il existe une famille de scalaires non tous nuls, tels que , ce qui s’écrit aussi , avec , autrement dit .
Proposition 5
Pour qu’une famille non vide de points d’un espace affine soit affinement libre, il faut et il suffit que, quel que soit l’indice , n’appartienne pas à la variété linéaire engendrée par les d’indice .
La proposition est évidente si n’a qu’un seul élément. Sinon, en prenant pour origine dans un des d’indice , la proposition résulte de II, p. 96, Remarque.
4. Applications linéaires affines
Définition 3
Étant donnés deux espaces affines , attachés à deux espaces vectoriels, sur un même corps , on dit qu’une application de dans est une application linéaire affine (ou simplement une application affine) si, quelles que soient la famille de points de et la famille de scalaires telle que , on a
Proposition 6
Soit une application affine de dans . Il existe une application linéaire et une seule de dans telle que
quels que soient .
En effet, soit un point quelconque de . L’application
est une application linéaire de dans , car on peut écrire
et on tire de (3) que et . En outre, si b est un second point de E, on a ; en effet, la relation entraîne
c’est-à-dire . D’où l’existence de ; l’unicité est immédiate.
On dit que est l’application linéaire de T dans associée à . Inversement, pour toute application linéaire de T dans et tout couple de points , , on vérifie aussitôt que
est une application affine de E dans , dont est l’application linéaire associée. Dire que est une application affine de E dans signifie donc encore que, si on prend comme origines dans E un point quelconque et dans le point , est une application linéaire pour les deux espaces vectoriels ainsi obtenus.
Soient un troisième espace affine, son espace des translations, une application affine de dans , l’application linéaire de dans associée à . Il est clair que est une application affine de E dans ; en outre, pour et , on a
donc est l’application linéaire de T dans associée à . Pour qu’une application affine soit bijective, il faut et il suffit que l’application linéaire associée le soit, et est alors une application affine, dont est l’application linéaire associée.
En particulier, les bijections affines de E sur lui-même forment un groupe G, appelé groupe affine de E. L’application qui, à tout , fait correspondre l’application linéaire associée à , est, d’après ce qui précède, un homomorphisme de G sur le groupe linéaire . Si est une translation , est l’identité, et réciproquement. Donc, le noyau de l’homomorphisme précédent s’identifie au groupe T des translations de E, qui est par suite un sous-groupe distingué de G.
Si , l’automorphisme de T (où est identifié à la translation ) est l’application linéaire associée à . En effet, pour et , on a par définition
donc .
Soient , et le sous-groupe de G formé des tels que . Si on identifie E à T en prenant pour origine, s’identifie à . Tout se met, d’une manière unique, sous la forme (resp. sous la forme ), où sont dans et dans T: en effet, posant , on a , d’où l’existence de et ; on obtient l’existence de et de manière analogue. L’unicité résulte du fait que se réduit à l’élément neutre de . D’ailleurs
Soient deux espaces affines sur . L’image directe (resp. réciproque) d’une variété linéaire de (resp. ) par une application affine de dans est une variété linéaire de (resp. ) ; le rang de est par définition la dimension de ; il est égal au rang de l’application linéaire associée à . Si sont des variétés linéaires de même dimension finie dans respectivement, il existe une application affine de dans telle que : en prenant pour origines dans et des points de et respectivement, puis en prenant dans (resp. ) une base dont les premiers vecteurs forment une base de (resp. ), la proposition résulte aussitôt de II, p. 25, cor. 3.
Comme le corps est canoniquement muni d’une structure d’espace vectoriel à gauche (de dimension 1) sur , il peut être considéré comme espace affine de dimension 1. Une application affine d’un espace affine (sur ) dans l’espace affine s’appelle encore une fonction linéaire affine (ou fonction affine). Si on prend pour origine dans un point , toute fonction affine sur peut donc s’écrire d’une seule manière , où et où est une forme linéaire sur l’espace vectoriel ainsi obtenu ; les fonctions affines sur forment donc un espace vectoriel à droite sur , de dimension . Si est une fonction affine non constante sur , et , l’ensemble des satisfaisant à l’équation est un hyperplan ; réciproquement, pour tout hyperplan dans , il existe une fonction affine sur telle que , et toute fonction affine telle que est de la forme , où (II, p. 106, prop. 11). Si est une fonction affine non constante sur , les hyperplans d’équations et sont parallèles.
5. Définition des espaces projectifs
Définition 4
Étant donné un espace vectoriel à gauche* (resp. à droite) sur un corps , on appelle espace projectif à gauche (resp. à droite) déduit de , et on note , le quotient du complémentaire de dans , par la relation d’équivalence : « il existe dans tel que (resp. ) » entre et dans .
Lorsque , on écrit encore au lieu de et au lieu de .
La déf. 4 s’exprime aussi en disant que est l’ensemble des droites (passant par 0) de V, privées de l’origine; s’identifie donc canoniquement à l’ensemble des droites (passant par 0) de V. Les éléments d’un espace projectif sont appelés points de cet espace.
Lorsque V est de dimension , on appelle dimension de l’espace projectif l’entier si est fini, et le cardinal dans le cas contraire; on note ce cardinal , ou . Ainsi, un espace projectif de dimension — 1 est vide, et un espace projectif de dimension 0 est réduit à un point. Un espace projectif de dimension 1 (resp. 2) s’appelle une droite projective (resp. un plan projectif).
Nous ne considérerons désormais que des espaces projectifs à gauche.
6. Coordonnées homogènes
Soient V un espace vectoriel de dimension finie sur K, l’espace projectif de dimension déduit de V, une base de V. Désignons par l’application canonique de sur l’ensemble quotient . Pour tout point de , on dit que est un système de coordonnées homogènes du point par rapport à la base de V. Tout système de éléments non tous nuls de K est donc un système de coordonnées homogènes d’un point de par rapport à ; pour que deux tels systèmes soient des systèmes de coordonnées homogènes d’un même point de par rapport à la même base , il faut et il suffit qu’il existe un élément de K tel que pour .
On généralise aussitôt cette définition au cas où V est de dimension infinie.
Étant donnée une seconde base de V, telle que (), et un système de coordonnées homogènes de par rapport à la base , pour qu’un système de éléments de K soit un système de coordonnées homogènes de par rapport à la base , il faut et il suffit qu’il existe dans K, tel que l’on ait
En particulier, si , avec (), on a , où .
7. Variétés linéaires projectives
Soit W un sous-espace vectoriel d’un espace vectoriel V; l’image canonique de dans l’espace projectif déduit de V, est appelée une variété linéaire projective (ou simplement une variété linéaire lorsque aucune confusion n’est à craindre); comme la relation d’équivalence dans est induite par la relation , on peut identifier la variété linéaire projective image de dans avec l’espace projectif déduit de W, et parler par suite de la dimension d’une telle variété. Dans un espace projectif , l’image canonique d’un hyperplan (privé de l’origine) de est une variété linéaire appelée hyperplan projectif (ou simplement hyperplan) ; si est de dimension finie , les hyperplans dans sont les variétés linéaires de dimension .
Toute proposition relative aux sous-espaces vectoriels d’un espace vectoriel se traduit en une proposition relative aux variétés linéaires projectives. Par exemple, si un espace projectif est de dimension finie , et si est une base de , toute variété linéaire , de dimension , peut être définie par un système de équations linéaires homogènes
entre les coordonnées homogènes () d’un point de par rapport à la base , les premiers membres de (4) étant des formes linéaires indépendantes sur . En particulier, un hyperplan projectif est défini par une seule équation linéaire homogène à coefficients non tous nuls. Inversement, les points de satisfaisant à un système arbitraire d’équations linéaires et homogènes par rapport aux forment une variété linéaire ; si le système considéré se compose de équations, est de dimension .
Toute intersection de variétés linéaires de est une variété linéaire; pour toute partie de , il existe une plus petite variété linéaire contenant ; on dit que c’est la variété linéaire engendrée par ou que est un système générateur de ; si est le sous-espace vectoriel de engendré par , on a .
Si et sont deux variétés linéaires quelconques dans , la variété linéaire engendrée par , on a (II, p. 99, cor. 3)
En particulier, si est de dimension finie et si , on déduit de (5) que n’est pas vide.
Soient deux familles de points de l’espace vectoriel ayant même ensemble d’indices, telles que , où , pour tout . Si la famille est libre, il en est de même de , et réciproquement; on dit alors que la famille des points de est projectivement libre (ou simplement libre). Il revient au même de dire que, pour tout indice , le point n’appartient pas à la variété linéaire engendrée par les pour . Une famille de points de qui n’est pas projectivement libre est dite projectivement liée (ou simplement liée).
Pour qu’une famille de points de soit telle que la famille soit projectivement libre et engendre , il faut et il suffit que soit une base de . Si est de dimension , le nombre d’éléments d’une telle famille est donc . On notera que la donnée d’une telle famille dans ne détermine pas (même à un facteur à gauche près) les coordonnées homogènes d’un point donné de par rapport à une base de V telle que pour tout (cf. II, p. 133).
8. Complétion projective d’un espace affine
Soit V un espace vectoriel (à gauche) sur un corps K, et considérons l’espace vectoriel sur K ; on dit que l’espace projectif est l’espace projectif canoniquement associé à l’espace vectoriel V. Si V est de dimension , est de même dimension . Considérons, dans , l’hyperplan affine , dont la direction (II, p. 129) est le sous-espace ; si une droite (passant par 0) de n’est pas contenue dans , elle contient un point avec et , donc elle contient aussi le point de ; la réciproque est immédiate, et on voit qu’il y a correspondance biunivoque entre les points de et les droites (passant par 0) de non contenues dans , chacune de ces dernières rencontrant en un point et un seul. On en déduit que l’application est une injection (dite canonique) de V dans l’espace projectif ; on identifie souvent V à son image par cette injection. Le complémentaire de dans est l’hyperplan projectif , dit hyperplan à l’infini de (ou de V, par abus de langage); ses points sont encore dits « points à l’infini » de (ou de V). Si est une base de V, et si on prend pour la base formée des éléments et de l’élément , les points à l’infini de sont ceux dont la coordonnée homogène d’indice est 0.
Soient M une variété linéaire affine dans V (II, p. 128), D sa direction; l’image canonique de M dans est contenue dans l’image canonique du sous-espace vectoriel de engendré par la variété linéaire affine de . Plus précisément, si est un système affinement libre de M engendrant M, les éléments forment une base de , et par suite n’est autre que la variété linéaire projective engendrée par ; si M est de dimension finie, a même dimension que M. Le complémentaire de dans est l’intersection de et de l’hyperplan à l’infini, et est égal à l’image canonique , où .
Réciproquement, soit N une variété linéaire projective non contenue dans l’hyperplan à l’infini et soit ; est une variété linéaire affine de , de la forme , où M est une variété linéaire affine de V, et on voit aussitôt que N est la variété linéaire projective engendrée par .
Il y a donc correspondance biunivoque entre variétés linéaires affines de V et variétés linéaires projectives de non contenues dans l’hyperplan à l’infini; pour que deux variétés linéaires affines de V soient parallèles, il faut et il suffit que les variétés linéaires projectives qu’elles engendrent aient même intersection avec l’hyperplan à l’infini (ce qu’on exprime parfois en disant que les deux variétés linéaires affines considérées ont mêmes points à l’infini).
9. Prolongement des fonctions rationnelles
Si on applique les résultats du n° 8 à l’espace vectoriel , de dimension 1, on voit qu’il existe une injection canonique de dans la droite projective ; pour tout , est le point de coordonnées homogènes par rapport à la base canonique (II, p. 25) de . Le complémentaire de dans est réduit au point de coordonnées homogènes par rapport à la base précédente; on l’appelle le « point à l’infini ». On dit parfois que est le corps projectif associé à et on le note , le point à l’infini de étant noté .
\* Considérons en particulier le cas où est un corps commutatif, et soit une fraction rationnelle à une indéterminée sur (IV, § 4); si , on peut écrire d’une seule manière , où et et sont deux polynômes unitaires étrangers (VII, § 1); soient et leurs degrés respectifs, et posons . Posons , ; et sont deux polynômes homogènes de degré sur , tels que , . Cela étant, pour tout élément qui n’est pas un zéro de , est défini, et peut s’écrire
pour tout dans . Considérons alors l’application
de dans lui-même; elle est compatible avec la relation d’équivalence et définit par suite, par passage aux quotients, une application de dans lui-même, qui coïncide avec aux points où cette fonction rationnelle est définie; on dit, par abus de langage, que est le prolongement canonique de à .
Par exemple, si , on a et ; si avec , on a , si , si . Si est un polynôme de degré , on a .*
10. Applications linéaires projectives
Soient deux espaces vectoriels à gauche sur un corps , une application linéaire de dans , son noyau. Il est immédiat que l’image par d’une droite (passant par 0) de non contenue dans est une droite (passant par 0) de ; donc, par passage aux quotients, définit une application de dans . Une telle application est dite application linéaire projective (ou simplement application projective); bien qu’elle soit définie dans et non dans tout entier (lorsque ), on dira par abus de langage que est une application projective de dans . La variété linéaire projective , où n’est pas définie, est appelée le centre de .
On notera que, lorsque est définie dans tout entier (c’est-à-dire lorsque ), est une injection de dans .
Lorsqu’on s’est donné des bases dans et respectivement, une application projective de dans fait correspondre à un point de de coordonnées homogènes un point de admettant un système de coordonnées homogènes de la forme
Le centre de est la variété linéaire définie par les équations
Si est le centre de , et une variété linéaire de , l’image par de est une variété linéaire de , que l’on désigne (par abus de langage) par . On a
(II, p. 101, formule (12)). Si est une variété linéaire de , est une variété linéaire de , et on a
On dit, par abus de langage, que est l’image réciproque de par .
Comme les valeurs prises par une application linéaire sur une base de peuvent être choisies arbitrairement dans , on voit qu’il existe une application projective de dans prenant des valeurs arbitraires aux points . Mais (même lorsque est partout définie) la donnée des éléments ne détermine pas de façon unique (II, p. 202, exerc. 10).
La composée de deux applications projectives qui sont des bijections est une application projective; il en est de même de l’application réciproque d’une telle bijection. Les applications projectives bijectives d’un espace projectif sur lui-même forment donc un groupe, appelé groupe projectif de , et noté ; on écrit ou au lieu de .
Remarque
Dans un espace projectif sur un corps , soit un hyperplan. Il existe une application linéaire bijective de sur telle que ; soit l’application projective obtenue à partir de par passage aux quotients. On a vu (II, p. 135) qu’on peut identifier le complémentaire de dans à un espace affine, dont est l’espace des translations. Lorsqu’on identifie à au moyen de , on dit qu’on a pris pour hyperplan à l’infini dans ; le complémentaire de dans est alors identifié à un espace affine dont est l’espace des translations.
11. Structure d’espace projectif
Étant donnés un ensemble E et un corps K, une structure d’espace projectif (à gauche) sur E, par rapport au corps K, est définie par la donnée d’un ensemble non vide Φ de bijections de parties de l’espace projectif sur E, satisfaisant aux axiomes suivants:
(EP_I) L’ensemble de définition de toute application est une variété linéaire de .
(EP_{II}) Pour tout couple d’éléments de , définis respectivement dans les variétés linéaires et , la bijection de sur est une application projective.
(EP_{III}) Inversement, si est définie dans la variété linéaire , et si est une application projective bijective de sur une variété linéaire , on a .
Soient E un ensemble, une famille d’espaces vectoriels sur K, et supposons donnée pour chaque une bijection de sur E, telle que, pour tout couple d’indices soit une application projective de sur . On peut alors définir sur E une structure d’espace projectif par rapport à K, de la façon suivante: soit une base d’un espace et posons ; soit l’élément d’indice dans la base canonique de (II, p. 25). La relation entraîne en vertu de l’hypothèse que est bijective; donc les forment une base d’un sous-espace vectoriel de , et il existe par suite une application projective bijective de sur telle que pour tout . Si on prend pour l’ensemble de toutes les applications , où parcourt l’ensemble de toutes les applications projectives bijectives de sur des variétés linéaires , on vérifie aussitôt que satisfait aux axiomes (EP_I), (EP_{II}) et (EP_{III}). Il est immédiat en outre que ne dépend, ni du choix de l’indice , ni du choix d’une base dans , ni du choix de .
En particulier (en prenant L réduit à un seul élément), tout espace projectif déduit d’un espace vectoriel V (II, p. 132, déf. 4) est ainsi muni d’une « structure d’espace projectif » bien déterminée, au sens de la définition donnée dans ce n°. On peut donc appeler espace projectif tout ensemble muni d’une structure d’espace projectif.
Les notations restant les mêmes, une variété linéaire dans l’espace projectif E est une partie M de E telle que, pour une bijection au moins, définie dans , soit une variété linéaire dans au sens de II, p. 133 (cette propriété est alors vérifiée pour toute ). Il résulte de ce qui précède que toute variété linéaire dans un espace projectif est canoniquement munie d’un structure d’espace projectif.
On dit que l’espace projectif E est de dimension n si, pour toute , est une variété linéaire de dimension n (il suffit que cela soit vérifié pour une application ).
Exercices
See the exercises for § 9.