Bourbaki

§ 8. Restriction du corps des scalaire s dans les espaces vectoriels

Dans tout ce paragraphe, KK désigne un corps, K′K' un sous-corps de KK. Sur un ensemble VV, une structure d’espace vectoriel à droite (resp. à gauche) sur KK définit, par restriction des scalaires, une structure d’espace vectoriel à droite (resp. à gauche) sur K′K'.

1. Définition des K'-structures

Proposition 1

Soient V un espace vectoriel à droite sur K, V' une partie de V qui soit un sous-espace vectoriel sur K'. Les conditions suivantes sont équivalentes ; a) L’application K-linéaire λ\lambda de V(K)′=V′⊗K′KV'_{(K)} = V' \otimes_{K'} K dans V, telle que λ(x′⊗ξ)=x′ξ\lambda(x' \otimes \xi) = x'\xi pour x′∈V′,ξ∈Kx' \in V', \xi \in K, est bijective. b) Toute application K'-linéaire f′f' de V' dans un K-espace vectoriel W se prolonge de manière unique en une application K-linéaire ff de V dans W. c) Toute base de V' sur K' est une base de V sur K. d) Il existe une base de V' sur K' qui soit aussi une base de V sur K. e) Le K-espace vectoriel V est engendré par V', et toute partie de V' libre sur K' est libre sur K.

On sait (II, p. 81-82) que V(K)′V'_{(K)} est muni d’une structure de K-espace vectoriel à droite pour laquelle (x′⊗ξ)η=x′⊗(ξη)(x' \otimes \xi)\eta = x' \otimes (\xi\eta) (ξ,η\xi, \eta dans K, x′∈V′x' \in V'), et que pour toute application K'-linéaire f′f' de V' dans un K-espace vectoriel W, il existe une application K-linéaire f~′\tilde{f}' de V(K)′V'_{(K)} dans W et une seule telle que f~′(x′⊗1)=f′(x′)\tilde{f}'(x' \otimes 1) = f'(x') pour x′∈V′x' \in V'. Si j est l’injection canonique de V' dans V, λ\lambda n’est autre que l’application K-linéaire correspondante jˉ\bar{j}. Si λ\lambda est bijective, alors, pour toute application K'-linéaire f′:V′→W,f~′∘λ−1f': V' \to W, \tilde{f}' \circ \lambda^{-1} est l’unique application K-linéaire de V dans W prolongeant f′f'; autrement dit, a) implique b). Inversement, si b) est vérifiée, il existe en particulier une application K-linéaire μ\mu de V dans V(K)′V'_{(K)} telle que μ(x′)=x′⊗1\mu(x') = x' \otimes 1 pour tout x′∈V′x' \in V'; il est immédiat que μ∘λ=1V(K)′\mu \circ \lambda = 1_{V'_{(K)}}; d’autre part λ(μ(x′))=x′\lambda(\mu(x')) = x' pour tout x′∈V′x' \in V', et comme par hypothèse j:V′→Vj: V' \to V se prolonge d’une seule manière en un endomorphisme de V, on a nécessairement λ∘μ=1V\lambda \circ \mu = 1_V, ce qui achève de prouver que a) et b) sont équivalentes.

Pour toute base B' de V' sur K', l’ensemble B des éléments v′⊗1v' \otimes 1 de V(K)′V'_{(K)}, où v′v' parcourt B', est une base de V(K)′V'_{(K)} sur K (II, p. 84, prop. 4), et λ(B)=B′\lambda(B) = B'. Pour que λ\lambda soit bijective, il est nécessaire que l’image par λ\lambda de toute base de V(K)′V'_{(K)} soit une base de V sur K, et il suffit qu’il en soit ainsi pour une seule base de V(K)′V'_{(K)} (II, p. 24, cor. 2). Ceci prouve l’équivalence de a), c) et d).

Comme toute partie de V' libre sur K' est contenue dans une base de V' sur K' (II, p. 95, th. 2), c) implique e). Enfin, supposons e) vérifiée; si B' est une base de V' sur K', c’est une partie de V libre sur K; d’autre part, B' engendre V' sur K', donc engendre V sur K par hypothèse; par suite B' est une base de V sur K, ce qui prouve que e) entraîne c).

C. Q. F. D.

Définition 1

Soient V un espace vectoriel à droite sur un corps K et K' un sous-corps de K. On appelle K'-structure sur V tout sous-K'-espace vectoriel V' de V qui vérifie les conditions équivalentes de la proposition 1.

Exemple

Soit B une base de V sur K. Pour tout sous-corps K' de K, le sous-K'-espace vectoriel de V engendré par B admet B pour base sur K', donc est une

K'-structure sur V. Par exemple, si K est commutatif, et si on prend pour V la K-algèbre de polynômes K[X1, ..., X_n], alors, pour tout sous-corps K' de K, K'[X_1, ..., X_n] est une K'-structure sur V.

2. Rationalité pour un sous-espace

Définition 2

Soient V un espace vectoriel à droite sur K, muni d’une K'-structure V'. On dit qu’un vecteur de V est rationnel sur K' s’il appartient à V'. On dit qu’un sous-K-espace vectoriel W de V est rationnel sur K' s’il est engendré (sur K) par des vecteurs rationnels sur K'.

Soit (v'_i)_{i \in I} une base de V' sur K', qui est donc aussi une base de V sur K (II, p. 119, prop. 1). Pour qu’un vecteur x = ∑ivi′ξi\sum_i v'_i \xi_i de V soit rationnel sur K', il faut et il suffit que ξi∈K′\xi_i \in K' pour tout i∈Ii \in I.

Si W est un sous-K-espace vectoriel de V, rationnel sur K', il résulte de la déf. 2 que W' = W \cap V' est un sous-K'-espace vectoriel de W, qui engendre W sur K; par ailleurs toute partie de W' libre sur K' est aussi libre sur K puisqu’elle est contenue dans V' (II, p. 119, prop. 1). Il en résulte (II, p. 119, prop. 1) que W' est une K'-structure sur W, dite induite par la K'-structure V' de V.

Pour tout sous-K'-espace vectoriel W' de V' nous noterons W'.K le sous-K-espace vectoriel de V formé des combinaisons linéaires d’éléments de W' à coefficients dans K.

Proposition 2

Soient V un espace vectoriel à droite sur K, V' une K'-structure sur V. L’application W' \mapsto W'.K est une bijection de l’ensemble des sous-K'-espaces vectoriels de V' sur l’ensemble des sous-K-espaces vectoriels de V rationnels sur K', et la bijection réciproque est W \mapsto W \cap V'.

Il est clair en effet que la bijection λ−1:V→V′⊗K′K\lambda^{-1}: V \to V' \otimes_{K'} K, réciproque de la bijection λ\lambda définie dans II, p. 119, prop. 1, applique tout sous-K'-espace vectoriel W' de V' sur son image par l’injection canonique x′↦x′⊗1x' \mapsto x' \otimes 1, et W'.K sur W' ⊗K′K\otimes_{K'} K; les assertions de la prop. 2 sont donc conséquences de la déf. 2 et de II, p. 113, prop. 19.

Corollaire 1

Toute somme et toute intersection de sous-K-espaces vectoriels de V, rationnels sur K', est un sous-espace rationnel sur K'.

L’assertion relative à la somme est évidente. D’autre part, si (Wi′)i∈I(W'_i)_{i \in I} est une famille de sous-K'-espaces vectoriels de V', on a (⋂i∈IWi′)⊗K′K=⋂i∈I(Wi′⊗K′K)(\bigcap_{i \in I} W'_i) \otimes_{K'} K = \bigcap_{i \in I} (W'_i \otimes_{K'} K) (II, p. 109, cor. de la prop. 14), ce qui démontre le corollaire.

On dit qu’une base B de V sur K est rationnelle sur K' si elle est formée de vecteurs rationnels sur K'.

Corollaire 2

Toute base de V sur K, rationnelle sur K', est une base de V' sur K'.

En effet, si W′W' est le sous-K′K'-espace vectoriel de V′V' engendré par BB, on a W′.K=V=V′.KW'.K = V = V'.K, d’où V′=W′V' = W' en vertu de la prop. 2.

3. Rationalité pour une application linéaire

Définition 3

Soient V1,V2V_1, V_2 deux espaces vectoriels à droite sur KK, munis respectivement de K′K'-structures V1′,V2′V'_1, V'_2. On dit qu’une application KK-linéaire f:V1→V2f : V_1 \to V_2 est rationnelle sur K′K' si l’on a f(V1′)⊂V2′f(V'_1) \subset V'_2.

Si V3V_3 est un troisième espace vectoriel à droite sur KK, muni d’une K′K'-structure V3′V'_3, et si une application KK-linéaire g:V2→V3g : V_2 \to V_3 est rationnelle sur K′K', il est clair que g∘f:V1→V3g \circ f : V_1 \to V_3 est rationnelle sur K′K'.

Proposition 3

Soient V1,V2V_1, V_2 deux espaces vectoriels à droite sur KK, V1′,V2′V'_1, V'_2 des K′K'-structures sur V1,V2V_1, V_2 respectivement. On identifie canoniquement V1V_1 (resp. V2V_2) à V1′⊗K′KV'_1 \otimes_{K'} K (resp. V2′⊗K′KV'_2 \otimes_{K'} K) (II, p. 119, prop. 1).

(i) L’application f′↦f′⊗1K=f(K)′f' \mapsto f' \otimes 1_K = f'_{(K)} est une bijection de HomK′(V1′,V2′)\mathrm{Hom}_{K'}(V'_1, V'_2) sur l’ensemble des applications KK-linéaires de V1V_1 dans V2V_2, rationnelles sur K′K'; la bijection réciproque associe à toute application KK-linéaire f:V1→V2f : V_1 \to V_2, rationnelle sur K′K', l’application K′K'-linéaire f′:V1′→V2′f' : V'_1 \to V'_2, ayant même graphe que la restriction de ff à V1′V'_1.

(ii) Pour toute application KK-linéaire f:V1→V2f : V_1 \to V_2, rationnelle sur K′K', on a f(V1′)=f(V1)∩V2′f(V'_1) = f(V_1) \cap V'_2 et f(V2′)=V1′+Ker(f)f(V'_2) = V'_1 + \mathrm{Ker}(f).

(i) Il est clair qu’avec les identifications faites, si f′:V1′→V2′f' : V'_1 \to V'_2 est une application K′K'-linéaire, f(K)′=f′⊗1Kf'_{(K)} = f' \otimes 1_K est rationnelle sur K′K' et f′f' est l’application ayant même graphe que la restriction de f(K)′f'_{(K)} à V1′V'_1. Inversement, si f:V1→V2f : V_1 \to V_2 est une application KK-linéaire, rationnelle sur K′K', et si f′:V1′→V2′f' : V'_1 \to V'_2 a même graphe que la restriction de ff à V1′V'_1, ff et f(K)′f'_{(K)} coïncident dans V1′V'_1, qui est un système générateur sur KK de V1V_1, donc f=f(K)′f = f'_{(K)}.

(ii) Si f=f′⊗1Kf = f' \otimes 1_K, on a f(V1)=f(V1′⊗K′K)=f′(V1′)⊗K′Kf(V_1) = f(V'_1 \otimes_{K'} K) = f'(V'_1) \otimes_{K'} K, et comme f′(V1′)⊂V2′f'(V'_1) \subset V'_2, on a f(V1′)=f′(V1′)=f(V1)∩V2′f(V'_1) = f'(V'_1) = f(V_1) \cap V'_2 (II, p. 113, prop. 19); la formule f(V2′)=V1′+Ker(f)f(V'_2) = V'_1 + \mathrm{Ker}(f) en résulte aussitôt.

Corollaire 1

Avec les notations de la prop. 3, on a Im(f)=(Im(f′))(K),Ker(f)=(Ker(f′))(K),Coker(f)=(Coker(f′))(K).\mathrm{Im}(f) = (\mathrm{Im}(f'))_{(K)}, \mathrm{Ker}(f) = (\mathrm{Ker}(f'))_{(K)}, \mathrm{Coker}(f) = (\mathrm{Coker}(f'))_{(K)}. En particulier, pour que ff soit injective (resp. surjective, nulle) il faut et il suffit que f′f' le soit. Si ff est bijective, son application réciproque est rationnelle sur K′K'. C’est un cas particulier de II, p. 113, cor. de la prop. 18.

Corollaire 2

Soit f:V1→V2f : V_1 \to V_2 une application KK-linéaire, rationnelle sur K′K'. Pour tout sous-KK-espace vectoriel W1W_1 de V1V_1 (resp. W2W_2 de V2V_2) rationnel sur K′K', f(W1)f(W_1) (resp. f(W2)f(W_2)) est un sous-KK-espace vectoriel de V2V_2 (resp. V1V_1) rationnel sur K′K'. Avec les notations de la prop. 3, pour tout sous-K′K'-espace vectoriel W1′W'_1 de V1′V'_1, on a f(K)′(W1′⊗K′K)=f′(W1′)⊗K′Kf'_{(K)}(W'_1 \otimes_{K'} K) = f'(W'_1) \otimes_{K'} K; d’où l’assertion relative à W1W_1 (II, p. 120, prop. 2). D’autre part, soit W2′W'_2 un sous-K′K'-espace vectoriel de V2′V'_2, et soit g′g' l’application K′K'-linéaire canonique V2′→V2′/W2′V'_2 \to V'_2/W'_2; on a f−1(W2′)=Ker(g′∘f′)f^{-1}(W'_2) = \mathrm{Ker}(g' \circ f'); en vertu du cor. 1, on a donc f(K)−1(W2′⊗K′K)=f−1(W2′)⊗K′Kf_{(K)}^{-1}(W'_2 \otimes_{K'} K) = f^{-1}(W'_2) \otimes_{K'} K, d’où l’assertion relative à W2W_2.

Soient V1,V2V_1, V_2 deux KK-espaces vectoriels à droite, munis respectivement de K′K'-structures V1′,V2′V'_1, V'_2. Il est immédiat que V1′×V2′V'_1 \times V'_2 est une K′K'-structure sur V1×V2V_1 \times V_2, dite produit des K′K'-structures V1′V'_1 et V2′V'_2.

Proposition 4

Pour qu’une application K-linéaire f:V1→V2f : V_1 \to V_2 soit rationnelle sur K′K', il faut et il suffit que son graphe Γ\Gamma soit rationnel sur K′K' pour la K′K'-structure produit de V1×V2V_1 \times V_2*.

Soit gg l’application x1↦(x1,f(x1))x_1 \mapsto (x_1, f(x_1)) de V1V_1 dans V1×V2V_1 \times V_2; c’est une application KK-linéaire telle que Γ=g(V1)\Gamma = g(V_1); si ff est rationnelle sur K′K', il en est de même de Γ\Gamma en vertu de II, p. 121, cor. 2. Inversement, supposons Γ\Gamma rationnel sur K′K' et munissons-le de la K′K'-structure induite par celle de V1×V2V_1 \times V_2; il résulte aussitôt des définitions que les restrictions p1,p2p_1, p_2 à Γ\Gamma des projections pr1,pr2\mathrm{pr}_1, \mathrm{pr}_2, sont des applications KK-linéaires, rationnelles sur K′K', de Γ\Gamma dans V1V_1 et V2V_2 respectivement. Comme p1p_1 est bijective, son application réciproque q1q_1 est rationnelle sur K′K' (II, p. 121, cor. 1), donc il en est de même de f=p2∘q1f = p_2 \circ q_1.

4. Formes linéaires rationnelles

Soit VV un espace vectoriel à droite sur KK, muni d’une K′K'-structure V′V'. Comme Kd′K'_d est une K′K'-structure sur le KK-espace vectoriel à droite KdK_d, on peut définir les formes linéaires x∗∈V∗x^* \in V^*, rationnelles sur K′K', comme les applications linéaires de VV dans KdK_d, rationnelles sur K′K' pour les K′K'-structures de VV et de KdK_d. En vertu de II, p. 121, prop. 3, l’ensemble R′R' de ces formes linéaires est l’image du dual V′∗{V'}^* de V′V' par l’application composée

V′∗→φK⊗K′V′∗→υV∗ {V'}^* \xrightarrow{\varphi} K \otimes_{K'} {V'}^* \xrightarrow{\upsilon} V^*

où φ(x′∗)=1⊗x′∗\varphi({x'}^*) = 1 \otimes {x'}^*, et υ(ξ⊗x′∗)\upsilon(\xi \otimes {x'}^*) est la forme linéaire y∗y^* sur VV telle que y∗(x′)=ξ⟨x′∗,x′⟩y^*(x') = \xi \langle {x'}^*, x' \rangle pour tout x′∈V′x' \in V' (II, p. 87). On sait que cette application est injective (II, p. 114, prop. 20 et p. 113, prop. 19) et il est clair que R′R' est un sous-K′K'-espace vectoriel à gauche de V∗V^*; en outre toute partie de R′R' libre sur K′K' est libre sur KK. Mais en général R′R' n’engendre pas nécessairement V∗V^* sur KK et ne définit donc pas une K′K'-structure sur V∗V^* (II, p. 199, exerc. 2). Toutefois, si VV est de dimension finie nn sur KK, V′∗{V'}^* est de dimension nn sur K′K', et R′R' définit alors canoniquement une K′K'-structure sur V∗V^*.

Proposition 5

Soient VV un espace vectoriel à droite sur KK, V′V' une K′K'-structure sur VV, WW un sous-K-espace vectoriel de VV. Pour que WW soit rationnel sur K′K', il faut et il suffit qu’il existe un ensemble H⊂V∗H \subset V^* de formes linéaires rationnelles sur K′K', tel que WW soit l’orthogonal de HH dans VV (II, p. 42).

Soit HH une partie de V∗V^* dont les éléments sont des formes linéaires rationnelles sur K′K'. Pour tout x∗∈Hx^* \in H, le noyau de x∗x^* est un sous-KK-espace vectoriel de VV, rationnel sur K′K' (II, p. 121, cor. 2); l’intersection de ces noyaux est donc aussi un sous-KK-espace vectoriel de VV, rationnel sur K′K' (II, p. 120, cor. 1).

Inversement, soit WW un sous-KK-espace vectoriel de VV, rationnel sur K′K', de sorte que WW s’identifie à W′⊗K′KW' \otimes_{K'} K, où W′=W∩V′W' = W \cap V' (II, p. 120, prop. 2). Pour qu’une forme linéaire x′∗∈V′∗{x'}^* \in {V'}^* soit nulle dans W′W', il faut et il suffit que la forme linéaire x∗∈V∗x^* \in V^* qui lui correspond par (1) (II, p. 122) soit nulle dans WW, car en vertu de II, p. 121, cor. 1, on a Ker(x∗)=(Ker(x′∗))⊗K′K\mathrm{Ker}(x^*) = (\mathrm{Ker}({x'}^*)) \otimes_{K'} K, et Ker(x′∗)=(Ker(x∗))∩V′\mathrm{Ker}({x'}^*) = (\mathrm{Ker}(x^*)) \cap V'. Soit H′H' l’orthogonal de W′W' dans V′∗{V'}^*; on sait (II, p. 104, th. 7) que W′W' est l’orthogonal de H′H' dans V′V'; si HH est l’image de H′H' dans V∗V^* par l’application (1), il résulte de ce qui précède que WW est l’orthogonal de HH dans VV, compte tenu de II, p. 109, cor. de la prop. 14.

5. Applications aux systèmes linéaires

Proposition 6

(i) Étant donné un système d’équations linéaires homogènes

∑l∈Iαμlξl=0(2) \sum_{l \in I} \alpha_{\mu l} \xi_l = 0 \tag{2}

dont les coefficients αμl\alpha_{\mu l} appartiennent à K′K', toute solution (ξl)(\xi_l) de ce système formée d’éléments de KK est combinaison linéaire à coefficients dans KK de solutions (ξl′)(\xi'_l) de (2) formées d’éléments de K′K'.

(ii) Étant donné un système d’équations linéaires

∑l∈Iαμlξl=βμ(3) \sum_{l \in I} \alpha_{\mu l} \xi_l = \beta_\mu \tag{3}

dont les coefficients αμl\alpha_{\mu l} et les seconds membres βμ\beta_\mu appartiennent à K′K', s’il existe une solution du système formée d’éléments de KK, il existe aussi une solution formée d’éléments de K′K'.

(i) Pour tout ensemble SS, munissons le KK-espace vectoriel à droite Kd(S)K_d^{(S)} de la K′K'-structure Kd(S)K_d^{(S)}. Soit ff l’application KK-linéaire de Kd(I)K_d^{(I)} dans Kd(M)K_d^{(M)} faisant correspondre à tout vecteur (ξl)l∈I(\xi_l)_{l \in I} le vecteur (ζμ)μ∈M(\zeta_\mu)_{\mu \in M} défini par ζμ=∑l∈Iαμlξl\zeta_\mu = \sum_{l \in I} \alpha_{\mu l} \xi_l pour tout μ∈M\mu \in M. Il est clair que ff est rationnelle sur K′K'; son noyau VV, qui est l’ensemble des solutions dans KK du système (2), est un sous-espace de Kd(I)K_d^{(I)} rationnel sur K′K' (II, p. 121, cor. 2), donc engendré par les solutions de (2) dans K′K'.

(ii) Considérons KK comme K′K'-espace vectoriel à gauche; il existe un projecteur K′K'-linéaire pp de KK sur son sous-espace vectoriel Ks′K'_s (II, p. 98, prop. 4); si (ξl)(\xi_l) est une solution de (3) dans KK, on a ∑l∈Iαμlp(ξl)=p(∑l∈Iαμlξl)=p(βμ)=βμ\sum_{l \in I} \alpha_{\mu l} p(\xi_l) = p \left( \sum_{l \in I} \alpha_{\mu l} \xi_l \right) = p(\beta_\mu) = \beta_\mu, ce qui prouve que (p(ξl))(p(\xi_l)) est une solution de (3) dans K′K'.

On dit qu’un anneau KK est fidèlement plat (à gauche) sur un sous-anneau K′K' si la prop. 6 est valable pour KK et K′K'; nous étudierons plus tard cette notion en détail (AC, I, )

6. Plus petit corps de rationalité

Soit VV un KK-espace vectoriel à droite, muni d’une K′K'-structure V′V'. Pour tout corps LL tel que K′⊂L⊂KK' \subset L \subset K, on posera VL=V′.LV_L = V'.L; il est clair que toute base de V′V' sur K′K' est une base de VV sur KK et une base de VLV_L sur LL. Donc VLV_L est une LL-structure sur VV, et V′V' une K′K'-structure sur VLV_L.

Proposition 7

(i) *Soit VV un KK-espace vectoriel à droite muni d’une K′K'-structure V′V'. Pour tout vecteur x∈Vx \in V (resp. tout sous-KK-espace vectoriel WW de VV), l’ensemble des sous-corps LL de KK contenant K′K' et tels que xx (resp. WW) soit rationnel sur LL, possède un plus petit élément K′(x)K'(x) (resp. K′(W)K'(W)).

(ii) Soient V1,V2V_1, V_2 deux KK-espaces vectoriels à droite munis respectivement de K′K'-structures V1′,V2′V'_1, V'_2. Pour toute application KK-linéaire ff de V1V_1 dans V2V_2, l’ensemble des sous-corps LL de KK contenant K′K' et tels que ff soit rationnel sur LL, possède un plus petit élément K′(f)K'(f).

Démontrons d’abord l’assertion de (i) relative à un vecteur x∈Vx \in V. Soit BB une base de VV rationnelle sur K′K'; BB est une base de V′V' sur K′K' et une base de VLV_L sur LL pour tout corps LL tel que K′⊂L⊂KK' \subset L \subset K; pour que x=∑b∈Bbξbx = \sum_{b \in B} b \xi_b soit rationnel sur LL, il faut et il suffit que les ξb\xi_b appartiennent à LL (II, p. 120), donc le plus petit corps LL ayant cette propriété est le sous-corps de KK engendré par K′K' et les ξb\xi_b pour b∈Bb \in B.

Démontrons ensuite (ii). Soient B1,B2B_1, B_2 des bases de V1,V2V_1, V_2 respectivement, rationnelles sur K′K', et posons, pour tout b1∈B1b_1 \in B_1, f(b1)=∑b2∈B2b2αb2b1f(b_1) = \sum_{b_2 \in B_2} b_2 \alpha_{b_2 b_1} (*la famille (αb2b1)(\alpha_{b_2 b_1}) n’est autre que la matrice de ff par rapport aux bases B1B_1 et B2B_2; cf. II, p. 144 *). Comme B1B_1 (resp. B2B_2) est une base de (V1)L(V_1)_L (resp. (V2)L(V_2)_L) sur LL pour tout corps LL tel que K′⊂L⊂KK' \subset L \subset K, pour que ff soit rationnel sur LL, il faut et il suffit que les αb2b1\alpha_{b_2 b_1} appartiennent à LL; le plus petit corps ayant cette propriété est donc le corps engendré par K′K' et les αb2b1\alpha_{b_2 b_1} pour b1∈B1,b2∈B2b_1 \in B_1, b_2 \in B_2.

Enfin, pour établir l’assertion de (i) relative à un sous-espace WW de VV, nous démontrerons d’abord le lemme suivant:

Lemme 1

Soient VV un KK-espace vectoriel à droite muni d’une K′K'-structure V′V', WW un sous-KK-espace vectoriel de VV. Il existe deux sous-KK-espaces vectoriels W1,W2W_1, W_2 de VV, rationnels sur K′K', tels que VV soit somme directe de W1W_1 et W2W_2 et que, si l’on identifie VV à W1×W2W_1 \times W_2, WW soit le graphe d’une application KK-linéaire gg de W1W_1 dans W2W_2.

Soit BB une base de VV rationnelle sur K′K'. Appliquant le th. 2 de II, p. 95 à une base de WW sur KK, considérée comme partie libre de VV, et au système générateur réunion de cette partie libre et de BB, on voit qu’il existe une partie CC de BB telle que VV soit somme directe de WW et du sous-espace W2W_2 de VV engendré par CC. Soit par ailleurs W1W_1 le sous-espace de VV engendré par B−CB - C. Comme B⊂V′B \subset V', il est clair que W1W_1 et W2W_2 sont rationnels sur K′K'. En outre, pour tout x∈W1x \in W_1, il existe un vecteur et un seul g(x)g(x) de W2W_2 tel que x+g(x)∈Wx + g(x) \in W, puisque VV est somme directe de WW et W2W_2; alors WW est le graphe de gg, et gg est KK-linéaire puisque WW est un sous-KK-espace vectoriel de VV.

Ce lemme étant démontré, on sait que WW est rationnel sur un sous-corps LL de KK contenant K′K' si et seulement si gg est rationnelle sur LL (II, p. 122, prop. 4). Le plus petit corps K′(g)K'(g) tel que gg soit rationnelle sur K′(g)K'(g) est donc aussi le plus petit corps sur lequel WW soit rationnel.

7. Critères de rationalité

Pour tout sous-corps LL de KK, notons EndL(K)\mathrm{End}_L(K) l’anneau des endomorphismes de KK considéré comme espace vectoriel à gauche sur LL; si LL contient K′K', EndL(K)\mathrm{End}_L(K) est un sous-anneau de EndK′(K)\mathrm{End}_{K'}(K). Pour toute partie M\mathscr{M} de EndK′(K)\mathrm{End}_{K'}(K), il existe un plus grand sous-corps LL de KK contenant K′K' et tel que M\mathscr{M} soit contenue dans EndL(K)\mathrm{End}_L(K), à savoir l’ensemble des ξ∈K\xi \in K tels que φ(ξη)=ξφ(η)\varphi(\xi \eta) = \xi \varphi(\eta) pour tout η∈K\eta \in K et tout φ∈M\varphi \in \mathscr{M} (on vérifie aussitôt que cet ensemble est un sous-anneau, et d’autre part, en remplaçant η\eta par ξ−1η\xi^{-1} \eta dans la relation précédente, il vient φ(ξ−1η)=ξ−1φ(η)\varphi(\xi^{-1} \eta) = \xi^{-1} \varphi(\eta) lorsque ξ≠0\xi \neq 0). Nous dirons que ce corps est le commutant de M\mathscr{M} dans KK et nous le noterons χ(M)\chi(\mathscr{M}).

Soit maintenant VV un KK-espace vectoriel à droite muni d’une K′K'-structure V′V'. Pour tout φ∈EndK′(K)\varphi \in \mathrm{End}_{K'}(K), il existe un endomorphisme φV\varphi_V du Z\mathbf{Z}-module VV et un seul tel que l’on ait φV(x′.ξ)=x′.φ(ξ)\varphi_V(x'.\xi) = x'.\varphi(\xi) pour x′∈V′x' \in V' et ξ∈V\xi \in V: en effet, on a défini dans II, p. 119 un Z\mathbf{Z}-isomorphisme λ\lambda de V′⊗K′KV' \otimes_{K'} K sur VV transformant x′⊗ξx' \otimes \xi en x′.ξx'.\xi, et φV\varphi_V est nécessairement égal à λ∘(1V′⊗φ)∘λ−1\lambda \circ (1_{V'} \otimes \varphi) \circ \lambda^{-1}.

Théorème 1

Soient M\mathscr{M} une partie de EndK′(K)\mathrm{End}_{K'}(K), L=χ(M)L = \chi(\mathscr{M}) le sous-corps de KK commutant de M\mathscr{M}.

(i) Soit VV un KK-espace vectoriel à droite muni d’une K′K'-structure. Pour qu’un vecteur x∈Vx \in V soit rationnel sur LL, il faut et il suffit que l’on ait φV(x.η)=x.φ(η)\varphi_V(x.\eta) = x.\varphi(\eta) pour tout φ∈M\varphi \in \mathscr{M} et tout η∈K\eta \in K. Pour qu’un sous-KK-espace vectoriel WW de VV soit rationnel sur LL, il faut et il suffit que l’on ait φV(W)⊂W\varphi_V(W) \subset W pour tout φ∈M\varphi \in \mathscr{M}.

(ii) Soient V1,V2V_1, V_2 deux KK-espaces vectoriels à droite munis chacun d’une K′K'-structure. Pour qu’une application KK-linéaire ff de V1V_1 dans V2V_2 soit rationnelle sur LL, il faut et il suffit que l’on ait f(φV1(x1))=φV2(f(x1))f(\varphi_{V_1}(x_1)) = \varphi_{V_2}(f(x_1)) pour tout x1∈V1x_1 \in V_1 et tout φ∈M\varphi \in \mathscr{M}.

Prouvons d’abord l’assertion de (i) relative à xx. Soit BB une base de VV rationnelle sur K′K', et posons x=∑b∈Bb.ξbx = \sum_{b \in B} b.\xi_b; pour φ∈M\varphi \in \mathscr{M} et η∈K\eta \in K, on a alors

φV(x.η)−x.φ(η)=∑b∈Bb.(φ(ξbη)−ξbφ(η)) \varphi_V(x.\eta) - x.\varphi(\eta) = \sum_{b \in B} b.(\varphi(\xi_b \eta) - \xi_b \varphi(\eta))

et par suite, les relations

« pour tout φ∈M\varphi \in \mathscr{M} et tout η∈K\eta \in K, φv(x.η)=x.φ(η)\varphi_v(x.\eta) = x.\varphi(\eta) »

et

« pour tout φ∈M\varphi \in \mathscr{M}, tout b∈Bb \in B et tout η∈K\eta \in K, φ(ξbη)=ξbφ(η)\varphi(\xi_b\eta) = \xi_b\varphi(\eta) »

sont équivalentes. La seconde de ces relations signifie que pour tout b∈Bb \in B, on a ξb∈χ(M)\xi_b \in \chi(\mathscr{M}), ce qui prouve la première assertion de (i).

Prouvons ensuite (ii). Pour que ff soit rationnelle sur LL, il faut et il suffit que pour tout x1′∈V1x'_1 \in V_1, rationnel sur K′K', f(x1′)f(x'_1) soit un vecteur de V2V_2 rationnel sur LL; cela entraînera en effet que f(x1)f(x_1) est rationnel sur LL pour tout vecteur x1x_1 de V1V_1 rationnel sur LL, un tel vecteur étant combinaison linéaire à coefficients dans LL de vecteurs rationnels sur K′K'. La condition précédente équivaut, d’après la première partie du raisonnement, à la relation

(4)

f(x1′).φ(η)=φV2(f(x1′).η)pour φ∈M et η∈K f(x'_1).\varphi(\eta) = \varphi_{V_2}(f(x'_1).\eta) \quad \text{pour } \varphi \in \mathscr{M} \text{ et } \eta \in K

ce qui s’écrit aussi

(5)

f(φV1(x1′.η))=φV2(f(x1′.η))pour φ∈M et η∈K. f(\varphi_{V_1}(x'_1.\eta)) = \varphi_{V_2}(f(x'_1.\eta)) \quad \text{pour } \varphi \in \mathscr{M} \text{ et } \eta \in K.

Comme tout élément de V1V_1 est combinaison linéaire à coefficients dans KK d’éléments de V1V_1 rationnels sur K′K', la condition (5) équivaut à f(φV1(x1))=φV2(f(x1))f(\varphi_{V_1}(x_1)) = \varphi_{V_2}(f(x_1)) pour tout x1∈V1x_1 \in V_1 et tout φ∈M\varphi \in \mathscr{M}.

Enfin, pour prouver la seconde assertion de (i), utilisons le lemme 1 de II, p. 124: W est le graphe d’une application K-linéaire g:W1→W2g : W_1 \to W_2 et W est rationnel sur LL si et seulement si l’application gg est rationnelle sur LL (II, p. 122, prop. 4). D’après (ii), pour que gg soit rationnelle sur LL, il faut et il suffit que g(φW1(x1))=φW2(g(x1))g(\varphi_{W_1}(x_1)) = \varphi_{W_2}(g(x_1)) pour tout x1∈W1x_1 \in W_1 et tout φ∈M\varphi \in \mathscr{M}; comme φv=φW1×φW2\varphi_v = \varphi_{W_1} \times \varphi_{W_2}, la condition précédente signifie que le graphe W de gg est stable par φv\varphi_v pour tout φ∈M\varphi \in \mathscr{M}.

C. Q. F. D.

Exercices

See the exercises for § 8.

Transcribed from the printed volume. Not translated.