§ 7. Espaces vectoriels.
1. Bases d’un espace vectoriel
Théorème 1
Tout espace vectoriel sur un corps est un -module libre.
Cité par 5
Cité par Corollaire, Théorème 2, Exemple 2, VIII § 4, Proposition 1, VIII § 4, Proposition 11, VIII § 4
Il faut prouver que tout espace vectoriel admet une base; cela va résulter du théorème plus précis suivant:
Théorème 2
Étant donnés un système générateur d’un espace vectoriel sur un corps , et une partie libre de contenue dans , il existe une base de telle que .
Cite 3 · Cité par 11
Cite Théorème 1, II § 1. Modules, E III § 2. Ensembles bien ordonnés
Cité par Corollaire 1, AC II § 3, Proposition 13, II § 10, Corollaire, Corollaire, Proposition 19, Corollaire 3, Théorème 3, Corollaire 3, Lemme 1, II § 8, Proposition 1, II § 8, Proposition 7, III § 4
Le th. 1 résultera de cet énoncé en prenant .
Pour prouver le th. 2, notons que l’ensemble des parties libres de contenues dans , ordonné par inclusion, est un ensemble inductif (E, III, p. 20), en vertu de II, p. 26; il en est de même de l’ensemble des parties libres contenant et contenues dans . En vertu du th. de Zorn, admet un élément maximal , et il suffit de prouver que le sous-espace vectoriel de engendré par est égal à . Cela résulte aussitôt de la définition de et du lemme suivant:
Lemme 1
Soit une famille libre d’éléments de ; si n’appartient pas au sous-espace engendré par , la partie de formée des et de est libre.
Cité par 1
Cité par Remarque
Supposons que l’on ait une relation avec et pour tout , la famille ayant un support fini; si on avait , on en déduirait , donc contrairement à l’hypothèse; on doit donc avoir , et il reste la relation , qui entraîne pour tout par hypothèse; d’où le lemme.
Corollaire
Pour une partie B d’un espace vectoriel E, les propriétés suivantes sont équivalentes*: a) B est une base de E. b) B est une partie libre maximale de E. c) B est un système générateur minimal de E. Cela résulte aussitôt du th. 2.
Exemple
Étant donné un anneau A et un sous-corps K de A, A est un espace vectoriel (à droite ou à gauche) sur K, et admet donc une base; en particulier, tout surcorps d’un corps K possède une base en tant qu’espace vectoriel à gauche (resp. à droite) sur K. \* C’est ainsi que le corps R des nombres réels admet une base (infinie) en tant qu’espace vectoriel sur le corps Q des nombres rationnels; une telle base de R est dite base de Hamel. \
Remarque
Pour qu’une famille d’éléments d’un espace vectoriel E sur un corps K soit libre, il faut et il suffit que, pour tout , n’appartienne pas au sous-espace de E engendré par les d’indice . On sait en effet que cette condition est nécessaire dans tout module (II, p. 26, Remarque 1). Elle est suffisante en vertu du lemme 1, comme on le voit aussitôt en raisonnant par l’absurde et considérant une sous-famille liée minimale de .
Cite 2
Cite II § 1. Modules, Lemme 1
2. Dimension des espaces vectoriels
Théorème 3
Deux bases d’un même espace vectoriel E sur un corps K sont équipotentes*.
Cite 5 · Cité par 2
Cite Définition 7, I § 4, Corollaire 2, II § 1, Proposition 13, II § 1, Corollaire, Théorème 2
Cité par Exercice 21, § 7, Proposition 3
Remarquons d’abord que si E admet une base infinie B, il résulte de II, p. 30, cor. 2 que toute autre base de E est équipotente à B. On peut donc se limiter au cas où E possède une base finie de éléments. Remarquons que tout espace vectoriel monogène sur K, non réduit à 0, est un K-module simple (I, p. 36, déf. 7), car il est engendré par chacun de ses éléments , en vertu de la relation pour et . Cela étant, si est une base de E, on a à un isomorphisme près, et les sous-espaces pour forment une suite de Jordan-Hölder de E, étant isomorphe à . Le th. 3 résulte donc dans ce cas du th. de Jordan-Hölder (I, p. 41, th. 6).
On peut donner une démonstration indépendante du th. de Jordan-Hölder, en montrant par récurrence sur que si E admet une base B de éléments, toute autre base B’ a au plus éléments. La proposition est évidente pour . Si , B’ n’est pas vide; soit donc . En vertu du th. 2 (II, p. 95), il existe une partie C de B telle que soit une base de E et que , puisque est évidemment un système générateur de E. Comme B est une base de E, on ne peut avoir C = B (II, p. 96, corollaire), donc C a au plus éléments. Soient V le sous-espace engendré par C, V' le sous-espace engendré par B' - {a}; V et V' sont tous deux supplémentaires du sous-espace Ka de E, donc sont isomorphes (II, p. 20, prop. 13). Comme V admet une base ayant au plus éléments, B' - {a} a au plus éléments en vertu de l’hypothèse de récurrence, donc B' a au plus éléments.
Définition 1
On appelle dimension d’un espace vectoriel E sur un corps K et on note ou [E: K] (ou simplement dim E) le cardinal d’une quelconque des bases de E. Si M est une partie de E, on appelle rang de M (sur K) et l’on note rg M ou la dimension du sous-espace vectoriel de E engendré par M.
Cité par 1
Cité par Corollaire 3
Dire que E est de dimension finie équivaut à dire que E est un K-module de longueur finie et on a .
En effet, si V est le sous-espace vectoriel de E engendré par M, M contient une base B' de V (II, p. 95, th. 2) et comme B' est une partie libre de E, elle est contenue dans une base B de E (II, p. 95, th. 2); on a Card(B') Card(B), d’où le corollaire.
Les th. 2 et 3 entraînent aussitôt la proposition suivante:
Proposition 1
(i) Pour qu’un espace vectoriel à gauche sur K soit de dimension finie n, il faut et il suffit qu’il soit isomorphe à .
Cité par 2
Cité par Remarque, Corollaire 1
(ii) Pour que deux espaces vectoriels et soient isomorphes (m et n entiers ) il faut et il suffit que .
(iii) Dans un espace vectoriel E de dimension finie n, tout système générateur a au moins n éléments; un système générateur de E ayant n éléments est une base de E.
(iv) Dans un espace vectoriel E de dimension finie n, toute partie libre a au plus n éléments; une partie libre ayant n éléments est une base de E.
Proposition 2
Soit une famille d’espaces vectoriels sur K. On a
En effet, si on identifie canoniquement les à des sous-espaces de , et si est une base de (), alors est une base de E (II, p. 26, prop. 19); d’où la relation (1) puisque les sont deux à deux disjoints.
Remarque 1). — On peut donner des exemples de modules admettant deux bases finies n’ayant pas le même nombre d’éléments (II, p. 181, exerc. 16 c)). Toutefois:
Proposition 3
Soient A un anneau, tel qu’il existe un homomorphisme de A dans un corps D; alors, pour tout A-module libre E, deux bases quelconques de E sont équipotentes.
Considérons en effet l’espace vectoriel sur D obtenu par extension à D de l’anneau des scalaires (II, p. 82), et soit l’application canonique de E dans ; si est une base de E, est une base de (II, p. 84, prop. 4); la proposition résulte donc du th. 3 (II, p. 96).
Corollaire
Si est un anneau commutatif , un -module libre, deux bases quelconques de sont équipotentes.
Cite 2 · Cité par 2
Cite Proposition 3, Théorème 1
Cité par Proposition 1, III § 2, Définition 1, III § 8
En effet, il existe dans au moins un idéal maximal (I, p. 99, th. 1), et comme est un corps, les conditions de la prop. 3 sont remplies.
Remarque 2
Lorsqu’un -module libre est tel que deux bases quelconques de soient équipotentes, le cardinal d’une base quelconque de sur s’appelle encore la dimension ou le rang de et se note ou .
Cite 2
Remarque 3
Soit un anneau tel que deux bases quelconques d’un -module libre soient équipotentes, et soit un sous-corps de , de sorte que peut être considéré comme espace vectoriel à gauche sur par restriction des scalaires. Tout -module libre peut de même être considéré comme espace vectoriel à gauche sur , et il résulte alors de II, p. 31, prop. 25, que l’on a
Remarque 4
Nous verrons au chapitre VIII des exemples d’anneaux vérifiant la conclusion de la prop. 3, mais non l’hypothèse.
3. Dimension et codimension d’un sous-espace d’un espace vectoriel
Proposition 4
Tout sous-espace* d’un espace vectoriel est facteur direct de , *et on a
Cite 1 · Cité par 7
Cité par Remarque, Remarque 1, Proposition 3, Théorème 4, Théorème 5, Proposition 6, II § 8, Remarque, III § 5
Comme l’espace vectoriel quotient est un module libre, on sait (II, p. 27, prop. 21) que est facteur direct de ; la relation (3) est alors un cas particulier de II, p. 97, formule (1).
Corollaire 1
Si* sont des espaces vectoriels sur un corps , toute suite exacte d’applications linéaires est scindée.
Cite 1
C’est une autre façon d’exprimer la prop. 4 (II, p. 21).
Corollaire 2
Soit* une famille finie d’espaces vectoriels sur un corps . *S’il existe une suite exacte d’applications linéaires
Cité par 3
Cité par Corollaire 3, Proposition 6, Lemme 2, V § 16
on a la relation
ou, si tous les espaces sont de dimension finie
Soit pour ; est par suite isomorphe à , donc (II, p. 98, formule (3)) pour et en outre et , donc . Remplaçant par son expression en fonction des dans les deux membres de (5), on trouve de chaque côté , d’où le corollaire.
Corollaire 3
Si M et N sont deux sous-espaces d’un espace vectoriel E, on a*
Cite 3 · Cité par 1
Corollaire 4
Pour tout sous-espace F d’un espace vectoriel E, on a ; si E est de dimension finie, la relation est équivalente à .* La première assertion est évidente d’après (3); en outre si est finie, la relation entraîne d’après (3) (II, p. 98), et un espace vectoriel de dimension 0 est réduit à 0.
Cité par 4
Cité par Proposition 12, II § 10, Remarque, Remarque 1, Théorème 4
Corollaire 5
Si un espace vectoriel E est somme d’une famille de sous-espaces vectoriels, on a*
Cite 2
Définition 2
Étant donné un espace vectoriel E, on appelle codimension (par rapport à E) d’un sous-espace F de E, et on note , ou simplement , la dimension de E/F (égale à celle d’un supplémentaire quelconque de F dans E).* La relation (3) s’écrit donc encore
Proposition 5
Soient F, F' deux sous-espaces d’un espace vectoriel E, tels que . On a alors . Si est finie, la relation entraîne .
Cite 1
Cite Théorème 4, I § 4
L’inégalité codim F dim E est évidente en vertu de (9), et si dim E est finie la relation codim F = dim E entraîne dim F = 0, donc F = {0}. Le reste de la proposition découle de là, car on a codim F' = codim (F'/F), puisque E/F' est canoniquement isomorphe à (E/F)/(F'/F) (I, p. 39, th. 4).
Proposition 6
Si M et N sont deux sous-espaces d’un espace vectoriel E, on a*
Cite 3
On notera que si E est de dimension finie, (10) est conséquence de (7) et (9) (II, p. 99).
Proposition 7
Si est une famille finie de sous-espaces d’un espace vectoriel E, on a* .
En effet, si , E/F est isomorphe à un sous-espace de la somme directe des E/F (II, p. 15, formule (27)).
On donne souvent aux sous-espaces vectoriels de dimension 1 (resp. de dimension 2) d’un espace vectoriel E le nom de droites passant par 0 (resp. plans passant par 0) (ou simplement droites (resp. plans)) s’il n’en résulte pas de confusion (cf. II, p. 129), par analogie avec le langage de la Géométrie classique; on dit qu’un sous-espace de E est un hyperplan passant par 0 (ou simplement un hyperplan) s’il est de codimension 1. On peut encore définir les hyperplans comme les éléments maximaux de l’ensemble des sous-espaces vectoriels de E distincts de E, ordonné par inclusion. En effet, il y a correspondance biunivoque entre les sous-espaces de E contenant un sous-espace H et les sous-espaces de E/H (I, p. 39, th. 4); si E est de dimension , est non vide, et dire que H est maximal dans signifie que E/H ne contient aucun sous-espace distinct de {0} et de E/H, ce qui entraîne que E/H est engendré par un quelconque de ses éléments , autrement dit est de dimension 1.
Dans un espace vectoriel de dimension finie , les hyperplans sont les sous-espaces de dimension , en vertu de II, p. 98, formule (3).
Proposition 8
Dans un espace vectoriel E sur un corps K, tout sous-espace vectoriel F est l’intersection des hyperplans qui le contiennent*.
Cité par 1
Cité par Théorème 6
Il suffit de montrer que pour tout , il existe un hyperplan H contenant F et ne contenant pas x. On a par hypothèse , donc la somme M de F et de Kx est directe. Soit N un supplémentaire de M dans E; E est alors somme directe de et de , et H est donc un hyperplan répondant à la question.
Remarque
La plupart des propriétés démontrées dans ce n° pour les sous-espaces d’un espace vectoriel ne subsistent plus pour les sous-modules d’un A-module libre dont la dimension (II, p. 98, Remarque 2) est définie. Par exemple, un idéal d’un anneau commutatif n’admet pas nécessairement de base, car il y a des anneaux intègres A dans lesquels certains idéaux sont non principaux (VII, § 1, n°1) et deux éléments quelconques d’un tel anneau sont linéairement dépendants (II, p. 26, Remarque 1). Un sous-module d’un A-module libre E peut être libre, distinct de E et avoir même dimension que E, comme le montrent les idéaux principaux dans un anneau intègre A; le même exemple prouve en outre qu’un sous-module libre d’un A-module libre n’admet pas nécessairement de supplémentaire.
4. Rang d’une application linéaire
Définition 3
Soient E, F deux espaces vectoriels sur un corps K. Pour toute application linéaire u de E dans F, on appelle rang de u et on note rg(u) la dimension du sous-espace u(E) de F.
Cité par 1
Si N = Ker(u), E/N est isomorphe à u(E), d’où la relation
Proposition 9
Soient E, F deux espaces vectoriels sur un corps K, u : E → F une application linéaire. (i) On a \text{rg}(u) \leq \inf(\dim E, \dim F). (ii) Supposons E de dimension finie; pour que \text{rg}(u) = \dim E, il faut et il suffit que u soit injective. (iii) Supposons F de dimension finie; pour que \text{rg}(u) = \dim F, il faut et il suffit que u soit surjective.
Cité par 2
Cité par Théorème 7, Corollaire 2, III § 4
Cela résulte aussitôt des relations (12) et (13).
Corollaire
Soient E un espace vectoriel de dimension finie n, u un endomorphisme de E. Les propriétés suivantes sont équivalentes: a) u est bijectif; b) u est injectif; c) u est surjectif; d) u est inversible à droite; e) u est inversible à gauche; f) u est de rang n.
Cite 2 · Cité par 2
Cite Exercice 9, § 7, II § 1. Modules
Cité par Proposition 11, II § 10, Remarque, III § 8
Si E est un espace vectoriel de dimension infinie, il y a des endomorphismes injectifs (resp. surjectifs) de E qui ne sont pas bijectifs (II, p. 194, exerc. 9).
Soient K, K' deux corps, un isomorphisme de K sur K', E un K-espace vectoriel, E' un K'-espace vectoriel, une application semi-linéaire relative à (II, p. 32); on appelle encore rang de la dimension du sous-espace de E'. C’est aussi le rang de considéré comme application linéaire de E dans , car toute base de est aussi une base de .
5. Dual d’un espace vectoriel
Théorème 4
La dimension du dual d’un espace vectoriel E est au moins égale à la dimension de E. Pour que soit de dimension finie, il faut et il suffit que E le soit, et on a alors .
Cite 4 · Cité par 2
Cite Proposition 10, II § 2, Exercice 3, § 7, Proposition 4, Corollaire 4
Cité par Proposition 10, Théorème 7
Si K est le corps des scalaires de E, E est isomorphe à un espace et par suite est isomorphe à (II, p. 44, prop. 10). Comme est un sous-espace de , on a (II, p. 99, cor. 4); en outre, si I est fini, on a (cf. II, p. 192, exerc. 3d)).
Corollaire
Pour un espace vectoriel E, les relations et sont équivalentes.
Cité par 1
Cité par Théorème 6
Théorème 5
Étant données deux suites exactes d’espaces vectoriels (sur un même corps K) et d’applications linéaires
et deux espaces vectoriels G, H sur K, les suites correspondantes
sont exactes et scindées.
Cite 2 · Cité par 1
Cite II § 2. Modules d’applications linéaires. Dualité, Proposition 4
Cela résulte de ce que tout sous-espace vectoriel est facteur direct (II, p. 98, prop. 4) et de II, p. 37, prop. 1 et p. 38, prop. 2.
Corollaire
Pour toute suite exacte
d’espaces vectoriels sur un même corps K et d’applications linéaires, la suite
est exacte et scindée.
On en déduit en particulier que pour tout sous-espace vectoriel M de E, l’homomorphisme canonique , où est le sous-espace de orthogonal à M (II, p. 42), est bijectif.
Théorème 6
Pour tout espace vectoriel E sur un corps K, l’application canonique (II, p. 46) est injective; pour qu’elle soit bijective, il faut et il suffit que E soit de dimension finie.
Cite 6 · Cité par 6
Cite II § 2. Modules d’applications linéaires. Dualité, Corollaire, II § 2, Proposition 14, II § 2, Corollaire, Proposition 8, Corollaire
Cité par AC VII § 4. Modules sur les anneaux noethériens intégralement clos, II § 2. Modules d’applications linéaires. Dualité, Exercice 9, § 2, Corollaire 2, Théorème 8, Exemple 3, VIII § 3
La première assertion et le fait que si E est de dimension finie est bijective, sont des cas particuliers de II, p. 47, prop. 14. Supposons E de dimension infinie, de sorte que l’on peut supposer que , où L est un ensemble infini, et par suite . Soit la base canonique de E, et soit la famille correspondante des formes coordonnées dans (II, p. 45); le sous-espace vectoriel de engendré par les n’est autre que la somme directe et l’hypothèse que L est infini entraîne . Il existe donc un hyperplan de contenant (II, p. 100, prop. 8), et comme n’est pas réduit à 0, il en est de même de son dual (II, p. 102, cor. du. th. 4), qui s’identifie à l’orthogonal de dans (II, p. 44, corollaire). Mais est contenu dans l’image par de l’orthogonal de dans E, qui par définition est réduit à 0; on ne peut donc avoir .
On identifiera d’ordinaire E au sous-espace de image de .
Soient E, F deux espaces vectoriels sur un corps K, une application linéaire. Nous allons définir des isomorphismes canoniques:
1° Du dual de sur . 2° Du dual de sur . 3° Du dual de sur .
Posons en effet , , ; des suites exactes
on déduit, par transposition (II, p. 102, cor. du th. 5), les suites exactes
En outre, comme , on a ; les suites exactes (15) définissent donc des isomorphismes canoniques de sur , de sur et de sur , puisque est injective et surjective. De façon plus précise, soient , , , , , ; lorsqu’on identifie canoniquement , , à des formes linéaires sur , et respectivement, on a
On déduit en particulier de ces résultats:
Proposition 10
Soient E, F deux espaces vectoriels sur un même corps K, u : E → F une application linéaire.
Cite 1 · Cité par 3
Cite Théorème 4
Cité par Proposition 10, II § 10, Théorème 7, V § 16. Critères différentiels de séparabilité
(i) Pour que u soit injective (resp. surjective), il faut et il suffit que soit surjective (resp. injective).
(ii) On a , et si est fini.
La seconde assertion résulte en effet de ce qui précède et du th. 4 (II, p. 102).
Théorème 7
Soient E un espace vectoriel sur un corps K, F un sous-espace de E, F' l’orthogonal de F dans E*.
Cite 6 · Cité par 15
Cite Corollaire, II § 2, Théorème 4, II § 2. Modules d’applications linéaires. Dualité, Corollaire, II § 2, Proposition 10, Proposition 9
Cité par Proposition 11, Proposition 12, Proposition 13, Proposition 17, Proposition 20, Corollaire 1, Corollaire 4, Corollaire 5, Théorème 8, Proposition 5, II § 8, Lemme 3, V § 13, Théorème 4, V § 15, Théorème 2, V § 6, VIII § 20. Représentations linéaires des algèbres, Proposition 3, VIII § 20
(i) On a ; pour que soit fini, il faut et il suffit que soit fini, et alors on a .
(ii) L’orthogonal de F' dans E est égal à F.
(iii) Tout sous-espace G' de E* de dimension finie est l’orthogonal d’un sous-espace de E, nécessairement égal à l’orthogonal de G' dans E et de codimension finie.
(i) On sait que F' est isomorphe au dual (E/F)* (II, p. 44, corollaire), donc l’assertion résulte de II, p. 102, th. 4, puisque par définition.
(ii) Soit l’orthogonal de F' dans E; il est clair que et que l’orthogonal de est égal à (II, p. 42); l’application linéaire canonique , transposée de , est donc bijective (II, p. 45, corollaire); il résulte alors de la prop. 10 que l’application canonique est bijective, ce qui entraîne .
(iii) Soient G' un sous-espace de E* de dimension finie et soit F son orthogonal dans E; on a alors . En effet, si est une base de G', F est le noyau de l’application linéaire de E dans , dont le rang est au plus (II, p. 101, prop. 9), d’où la conclusion (II, p. 101). Soit alors F' l’orthogonal de F dans E*; il résulte de (i) que ; mais d’autre part on a évidemment , d’où (II, p. 99, cor. 4).
Remarque
Un sous-espace G' de E* de dimension infinie n’est pas nécessairement l’orthogonal d’un sous-espace de E, autrement dit, si F est l’orthogonal de G' dans E, l’orthogonal F' de F dans E* peut être distinct de G' (II, p. 196, exerc. 20b))¹.
Corollaire 1
Soit une suite finie de formes linéaires sur E, et soit F le sous-espace de E formé des x tels que
Cite 2 · Cité par 4
Cite Proposition 1, Théorème 7
Cité par Proposition 11, Proposition 17, V § 10. Extensions galoisiennes, Proposition 3, V § 6
Alors est égal au rang de l’ensemble des , et toute forme linéaire sur E qui
¹ En munissant E et E* de topologies convenables, et en ne considérant dans E et E* que des sous-espaces fermés pour ces topologies, on peut rétablir une symétrie parfaite entre les propriétés de E et E* lorsque E est de dimension infinie (cf. EVT, II, § 6).
est nulle dans F est combinaison linéaire des . On a , et pour que , il faut et il suffit que les soient linéairement indépendantes.
En effet, l’ensemble des combinaisons linéaires des est un sous-espace de et est l’orthogonal de dans , donc en vertu du th. 7; on a en outre , et la relation signifie que est un système libre (II, p. 97, prop. 1); d’où le corollaire.
Corollaire 2
(i) Soit une suite finie de formes linéaires sur . Pour que soit un système libre, il faut et il suffit qu’il existe une suite d’éléments de tels que (indice de Kronecker).
Cite 1 · Cité par 4
Cite Théorème 6
Cité par Proposition 20, Corollaire 3, Proposition 1, VIII § 12, Proposition 9, VIII § 20
(ii) Soit une suite finie d’éléments de . Pour que soit un système libre, il faut et il suffit qu’il existe une suite de formes linéaires sur telles que .
Il est clair que (ii) se déduit de (i), en considérant comme identifié à un sous-espace de au moyen de (II, p. 103, th. 6). Soient le sous-espace de engendré par les , son orthogonal dans ; et peuvent être chacun identifié canoniquement au dual de l’autre; si la famille est libre, il y a dans une base duale de et tout système de représentants des classes répond à la question. Inversement l’existence du système tel que entraîne que pour tout le sous-espace de orthogonal à contient les d’indice mais ne contient pas , donc le système est libre.
Corollaire 3
Soient un ensemble, un sous-espace vectoriel du -espace vectoriel à droite des applications de dans . Pour que (où est un entier), il faut et il suffit qu’il existe éléments de et éléments de () tels que l’on ait .
Cite 2
Cite Théorème 2, Corollaire 2
L’espace est canoniquement identifié au dual de , et on a pour et , étant la base canonique de . Le cor. 2 montre donc que la condition est suffisante. Inversement, supposons que , de sorte qu’il existe un sous-espace de de dimension ; soit l’orthogonal de dans , de sorte que . Il résulte de II, p. 95, th. 2 qu’il existe éléments tels que les () forment une base d’un supplémentaire de dans (en appliquant le th. 2 (II, p. 95) à une partie libre engendrant et au système générateur réunion de cette partie libre et de la base canonique de ); on prendra alors pour les les éléments d’une base de , duale de la base de formée des classes des mod. .
Corollaire 4
Soient un espace vectoriel, deux sous-espaces de , de codimensions finies; si sont les orthogonaux de et dans , l’orthogonal de dans est .
Cite 1
Cite Théorème 7
En effet, comme (resp. ) est l’orthogonal de (resp. ) dans (II, p. 104, th. 7), est l’orthogonal de dans , donc est l’orthogonal de dans (II, p. 104, th. 7, (iii)).
Corollaire 5
Soit E un espace vectoriel de dimension finie n. Pour tout sous-espace F de E, de dimension p, l’orthogonal F’ de F dans E* est de dimension n − p. Pour tout sous-espace G’ de E*, de dimension q, l’orthogonal G de G’ dans E est de dimension n − q, et G’ est l’orthogonal de G dans E*.
Cite 1
Cite Théorème 7
Le th. 7 donne une autre caractérisation des hyperplans dans E:
Proposition 11
Pour tout hyperplan H dans un espace vectoriel E, il existe une forme linéaire x_0^* sur E telle que H = x_0^{-1}(0). Étant donnée une telle forme x0^*, pour qu’une forme linéaire x* sur E soit telle que H = x^{-1}(0), il faut et il suffit que x = x_0^*\alpha, où α est un scalaire ≠ 0. Réciproquement, pour toute forme linéaire x* ≠ 0 sur E, le sous-espace x^{*-1}(0) est un hyperplan de E.
Cet énoncé ne fait que traduire le th. 7 de II, p. 104 pour les sous-espaces de E de codimension 1 et les sous-espaces de E* de dimension 1.
Si H est un hyperplan et x_0^* une forme linéaire telle que H = x_0^{*-1}(0), on dit que la relation
qui caractérise les éléments x ∈ H, est une équation de H.
Plus généralement, si (x_i^*) est une famille de formes linéaires sur E et si F désigne le sous-espace vectoriel intersection des hyperplans x_i^{-1}(0), la relation « quel que soit i, ⟨x, xi^*⟩ = 0 » caractérise les éléments x de F; on dit que les relations
forment un système d’équations du sous-espace F. Le th. 7, (ii) (II, p. 104) exprime que tout sous-espace vectoriel de E peut être défini par un système d’équations.
Le th. 7, (i) et (ii), (II, p. 104) prouve en outre qu’un sous-espace F de codimension finie p peut être défini par un système de p équations
(19)
où les formes x_i^* sont linéairement indépendantes. Inversement, le cor. 1 de II, p. 104 montre qu’un sous-espace F défini par un système de p équations (19) est de codimension , et qu’il est de codimension p si et seulement si les x_i^* sont linéairement indépendantes; il revient au même de dire que F ne peut être défini par un système formé d’au plus des équations (19).
6. Equations linéaires dans les espaces vectoriels
Proposition 12
Soient E, F, deux espaces vectoriels sur un corps K, u : E → F une application linéaire. Pour que l’équation linéaire
(20)
ait au moins une solution , il faut et il suffit que soit orthogonal au noyau de l’application transposée .
En effet, l’orthogonal de dans est (II, p. 43, corollaire), et l’orthogonal de dans est donc (II, p. 104, th. 7 (ii)).
Nous allons obtenir un critère plus maniable pour les systèmes d’équations linéaires scalaires
où l’inconnue prend ses valeurs dans un espace vectoriel sur un corps , les sont des formes linéaires sur , et les seconds membres des éléments de .
Si on considère une base de , le système (21) est équivalent au système d’équations
avec , les solutions de (22) devant être des familles d’éléments de à support fini.
Définition 4
On appelle rang du système (21) la dimension du sous-espace de engendré par la famille .
Proposition 13
Pour que le système (21) soit de rang fini , il faut et il suffit que l’application linéaire de dans soit de rang .
Cite 1
Cite Théorème 7
En effet, si est le sous-espace de engendré par les , le noyau de est l’orthogonal de dans ; si est de dimension , est de codimension et réciproquement (II, p. 104, th. 7), et on a (II, p. 101, formule (11)).
Théorème 8
Soit
Cite 3 · Cité par 2
Cite Corollaire, II § 2, Théorème 6, Théorème 7
Cité par Exercice 21, § 7, Remarque
un système d’équations linéaires scalaires dans un espace vectoriel sur un corps . Pour que ce système ait au moins une solution, il est nécessaire que pour toute famille de scalaires, de support fini, telle que , on ait . Si le rang du système (21) est fini, cette condition est aussi suffisante.
La condition est évidemment nécessaire. Elle exprime que, si est le sous-espace de engendré par la famille , il existe une application linéaire , telle que pour tout . Si est de dimension finie , est l’orthogonal d’un sous-espace de , de codimension (II, p. 104, th. 7), et s’identifie au dual de (II, p. 44, corollaire); est donc un élément du bidual . Comme est de dimension finie, il existe un élément et un seul tel que pour tout (II, p. 103, th. 6). Les solutions de (21) sont alors les dont est l’image canonique dans .
Remarque
Lorsque le rang du système (21) est infini, la condition du th. 8 n’est plus suffisante. Par exemple, supposons que les soient les formes coordonnées sur l’espace , I étant infini (II, p. 45); comme les sont linéairement indépendantes, la condition du th. 8 est vérifiée par toute famille , mais le système (21) n’a alors de solution que si la famille a un support fini.
Un système (21) est toujours de rang fini s’il n’a qu’un nombre fini d’équations, et son rang est alors au plus égal au nombre d’équations (II, p. 97, prop. 1). De même, si E est de dimension finie (ce qui, pour un système (22), correspond au cas où il n’y a qu’un nombre fini d’inconnues), son dual est de dimension , donc le rang du système (21) est au plus égal à (II, p. 99, cor. 4). On déduit de là:
Corollaire 1
Un système d’équations linéaires scalaires dans un espace vectoriel, formé d’un nombre fini d’équations dont les premiers membres sont des formes linéairement indépendantes, admet toujours des solutions.
Corollaire 2
Pour qu’un système homogène (22) d’équations à inconnues, à coefficients dans un corps , admette des solutions non banales formées d’éléments de , il faut et il suffit que son rang soit .
Il en sera toujours ainsi si les équations sont en nombre fini .
Corollaire 3
Pour qu’un système linéaire (22) à coefficients et seconds membres dans un corps , formé de équations à inconnues, ait une solution et une seule formée d’éléments de , il faut et il suffit que le système homogène associé n’ait aucune solution non banale (ou, ce qui revient au même, que les premiers membres des équations de ce système soient des formes linéairement indépendantes).
7. Produit tensoriel d’espaces vectoriels
Les résultats des §§ 3, 4 et 5 relatifs aux modules libres ou projectifs s’appliquent en particulier aux espaces vectoriels et donnent les propositions suivantes:
Proposition 14
Étant donnés une suite exacte
d’espaces vectoriels à droite sur un corps et d’applications linéaires, et un espace vectoriel à gauche sur , la suite correspondante d’applications -linéaires
est exacte et scindée.
Comme la suite (23) est scindée, c’est là un cas particulier de II, p. 63, cor. 5 et II, p. 58, prop. 5.
En raison de la prop. 14, lorsque est un sous-espace vectoriel de , l’injection canonique, on identifie d’ordinaire à un sous--module de au moyen de l’injection . Avec cette convention:
Corollaire
Soient K un corps, E un espace vectoriel à droite sur K, F un espace vectoriel à gauche sur K, une famille de sous-espaces vectoriels de E, une famille de sous-espaces vectoriels de F. On a alors
Cite 2 · Cité par 3
Cite Corollaire 1, II § 3, Proposition 14
Cité par Corollaire 1, II § 8, Proposition 6, III § 4, Proposition 9, VIII § 12
(24)
Il suffit évidemment de démontrer le cas particulier
(25)
Il est clair que le premier membre de (25) est contenu dans le second. Pour prouver la réciproque, considérons une base de F. Tout élément de se met alors d’une seule manière sous la forme , où (II, p. 62, cor. 1); si est un sous-espace vectoriel de E, la relation équivaut, en vertu de la prop. 14 (II, p. 108), à pour tout . Dire que appartient à chacun des signifie donc que pour tout et tout , on a , c’est-à-dire pour tout , ce qui prouve que le second membre de (25) est contenu dans le premier.
Proposition 15
Si est une famille d’espaces vectoriels à droite sur un corps K, une famille d’espaces vectoriels à gauche sur K, l’application canonique
Cite 2 · Cité par 3
Cite II § 3. Produits tensoriels, Corollaire 3, II § 3
Cité par Proposition 16, Proposition 3, V § 15, Proposition 5, V § 15
(26)
Posons ; l’application (26) est composée des applications canoniques et ; comme F et les sont des espaces vectoriels sur K, on est ramené à II, p. 63, cor. 3.
Lorsque les conditions de la prop. 15 sont remplies, on identifiera souvent le produit tensoriel à son image canonique dans . Avec cette convention:
Corollaire
Soit F un espace vectoriel à gauche sur K; pour tout ensemble X, l’espace vectoriel à gauche s’identifie au sous-espace de l’espace de toutes les applications de X dans F, formé des applications u telles que soit de rang fini dans F.
En effet, si est une base de F, l’élément de s’identifie par (26) à l’application . Comme sauf pour les indices appartenant à une partie finie H de L, l’image de X par l’application précédente est contenue dans le sous-espace de F de dimension finie engendré par les d’indices . Inversement, soit une application telle que soit contenu dans un sous-espace G de F de dimension finie et soit une base de G. Pour tout on peut écrire , où les sont des éléments bien déterminés de K ; on définit ainsi n applications et il est clair que est alors identifié à l’élément .
De même, pour un espace vectoriel à droite E sur K et un ensemble Y, s’identifie au sous-espace de l’espace , formé des applications telles que soit de rang fini. Plus particulièrement, pour tout corps K, s’identifie à un sous-espace de l’espace des applications de dans K (K étant considéré comme (K, K)-bimodule) ; un élément , où est une application de X dans K et une application de Y dans K, s’identifie à l’application de dans K.
Proposition 16
(i) Soient K, L deux corps, E un espace vectoriel à gauche sur K, F un espace vectoriel à gauche sur L, G un (K, L)-bimodule. Alors le -homomorphisme canonique
Cite 6 · Cité par 5
Cite II § 4. Relations entre produits tensoriels et modules d'homomorphismes, Proposition 2, II § 4, Proposition 4, II § 4, Proposition 1, II § 3, Proposition 14, Proposition 15
Cité par Exercice 27, § 7, Corollaire 1, Exercice 25, § 11, Lemme 1, VIII § 12, Proposition 8, VIII § 20
(ii) Soient quatre espaces vectoriels sur un corps commutatif K; alors le K-homomorphisme canonique
L’assertion (i) est un cas particulier de II, p. 75, prop. 2. De même la seconde assertion de (ii) est un cas particulier de II, p. 79, prop. 4. Enfin, pour voir que l’homomorphisme (28) est toujours injectif, observons que est un sous-espace vectoriel de () et que s’identifie canoniquement à un sous-espace vectoriel de l’espace (II, p. 51, prop. 1); lorsqu’on fait ces identifications, et qu’on identifie en outre le premier membre de (28) à un sous-espace de (II, p. 108, prop. 14), l’application canonique (28) devient la restriction à ce sous-espace de l’application canonique (26) (II, p. 109), et on a vu (II, p. 109, prop. 15) que cette dernière est injective.
Corollaire 1
Soient E et F deux espaces vectoriels à gauche sur un corps K; l’application canonique*
(II, p. 77, formule (11)) est injective; elle est bijective lorsque E ou F est de dimension finie. C’est un cas particulier de la prop. 16, (i).
Corollaire 2
Soient E un espace vectoriel à droite, F un espace vectoriel à gauche sur un même corps K ; l’application canonique
Remarque 1
Soient K un corps commutatif, E, F deux espaces vectoriels sur K, une base de E, une base de F; alors est une base du K-espace vectoriel (II, p. 62, cor. 2), et par suite on a
Remarque 2
Soient K un corps commutatif, quatre espaces vectoriels sur K, deux applications linéaires; on a alors
Remarque 3
Sous les mêmes hypothèses que dans la Remarque 1, on a
8. Rang d’un élément d’un produit tensoriel
Soient E un espace vectoriel à droite, F un espace vectoriel à gauche sur un même corps K; à tout élément il correspond canoniquement un homomorphisme par (29); si , avec , , l’élément est l’application linéaire
(resp. ), considérée comme application de dans (resp. de dans ), n’est autre que la transposée de (resp. ). Les rangs de et sont donc égaux à un même nombre fini , dimension commune des sous-espaces de et de , dont chacun est canoniquement isomorphe au dual de l’autre (II, p. 103); nous dirons que (noté ) est le rang de l’élément de , et que et sont les sous-espaces (de et respectivement) associés à .
Proposition 17
Soit* un élément de , et ses sous-espaces associés. Pour toute expression de , où et pour , le sous-espace (resp. N) est contenu dans le sous-espace de (resp. F) engendré par les (resp. les ). En outre, les propriétés suivantes sont équivalentes:
a) L’entier est égal au rang de . b) La famille est une base de . c) La famille est une base de . d) Les familles et sont toutes deux libres.
D’après (33) (resp. 34)) chaque élément de (resp. de ) est combinaison linéaire des (resp. des ); d’où la première assertion. Si , le sous-espace engendré par les (resp. ) ayant une dimension (resp. ) et contenant (resp. ) lui est identique, donc a) implique b) et c), et a fortiori d). Inversement, chacune des conditions b), c) implique a) par définition de . Enfin, si d) est vérifiée, il existe une famille d’éléments de telle que (II, p. 104, cor. 1), donc il résulte de (33) que est une base de , ce qui achève la démonstration.
Corollaire 1
Le rang de* est le plus petit entier tel qu’il existe une expression
Cite 1
Cite Proposition 17
Corollaire 2
Soient* un corps commutatif, deux espaces vectoriels sur , un surcorps commutatif de . Soient un élément de , et ses sous-espaces associés, l’image canonique de dans (identifié canoniquement à , cf. II, p. 83, prop. 3); alors on a , et les sous-espaces associés à s’identifient canoniquement à et .
Cite 2
En effet, si , où les familles et sont libres, on a
9. Extension des scalaires d’un espace vectoriel
Rappelons (I, p. 110, th. 2) qu’un homomorphisme d’un corps dans un anneau non réduit à 0 est nécessairement injectif.
Proposition 18
Soit un homomorphisme d’un corps dans un anneau . Pour toute suite exacte de -espaces vectoriels et d’applications -linéaires
la suite
est exacte.
Cite 1
Cite Proposition 14
C’est un cas particulier de II, p. 108, prop. 14, compte tenu de II, p. 9, Remarque 4.
Corollaire
Pour toute application -linéaire , on a , , , à des isomorphismes canoniques près.
Cité par 3
Cité par Corollaire, Proposition 21, Corollaire 1, II § 8
Proposition 19
Soit un homomorphisme injectif d’un corps dans un anneau . Pour tout espace vectoriel à gauche sur , l’application canonique est injective. En outre, pour tout sous-espace vectoriel de , s’identifie canoniquement à un sous--module facteur direct de , et avec cette identification, on a
Cite 3 · Cité par 8
Cite Proposition 4, II § 5, Proposition 14, Théorème 2
Cité par Corollaire, Proposition 2, Proposition 2, II § 8, Proposition 3, II § 8, III § 4. Produits tensoriels d’algèbres, Lemme 4, VII § 5, Lemme 3, VIII § 14, Théorème 5, VIII § 14
La première assertion est un cas particulier de II, p. 84, prop. 4; la seconde est un cas particulier de II, p. 108, prop. 14; enfin, pour démontrer (35), il suffit de prendre dans (considéré comme -module à droite) une base telle que pour un indice (II, p. 95, th. 2); les éléments de s’écrivent d’une seule manière avec , et pour qu’un tel élément appartienne à , il faut et il suffit que pour tout . D’autre part, les éléments de sont ceux pour lesquels pour ; pour qu’un élément appartienne à , il faut et il suffit donc que pour et , d’où la conclusion.
Corollaire
Soit un homomorphisme injectif d’un corps dans un anneau . Pour qu’une application -linéaire (où et sont deux espaces vectoriels sur ) soit injective (resp. surjective, nulle), il faut et il suffit que soit injective (resp. surjective, nulle).
Cite 2
Cite Corollaire, Proposition 19
Cela résulte aussitôt de la prop. 19 et du cor. de la prop. 18.
Proposition 20
Soit un homomorphisme injectif d’un corps dans un anneau . Pour tout espace vectoriel à gauche sur , l’homomorphisme canonique de -modules à droite*
La seconde assertion résulte de II, p. 88, prop. 8. Pour prouver la première, remarquons que tout élément de s’écrit , où et où est une famille libre dans ; il lui correspond dans la forme linéaire telle que pour tout . Or, il existe dans une famille telle que (II, p. 105, cor. 2), d’où ; la relation entraîne donc pour tout , ce qui démontre notre assertion.
Proposition 21
Soient un corps, un surcorps de . (i) Pour tout espace vectoriel sur , on a . (ii) Pour toute application -linéaire , où et sont des espaces vectoriels sur , on a .
Si est une base de sur , est une base de sur (II, p. 84, prop. 4), d’où la première assertion; la seconde résulte de la première et de ce que s’identifie canoniquement à en vertu de II, p. 113, corollaire de la prop. 18.
Cite 2
Proposition 22
Soient un corps commutatif, un homomorphisme central injectif, deux espaces vectoriels sur . Alors l’homomorphisme canonique*
C’est un cas particulier de II, p. 87, prop. 7.
10. Modules sur les anneaux intègres
Proposition 23
Dans un module sur un anneau intègre , l’ensemble des éléments non libres est un sous-module de .
En effet, si et sont non libres, il existe deux éléments non nuls dans tels que et . On a puisque est intègre, et quels que soient et dans puisque est commutatif, donc est non libre.
Cité par 1
Cité par Remarque
Remarque
Soit E un module sur un anneau commutatif quelconque A. Si x est un élément non libre de E, tout élément du sous-module Ax est non libre. Par contre, si A contient des diviseurs de 0, la somme de deux éléments non libres de E peut être libre; par exemple, dans considéré comme module sur lui-même, 3 et 4 sont non libres, mais est libre.
La prop. 23 conduit à poser la définition suivante:
Cite 1
Cite Proposition 23
Définition 5
Dans un module E sur un anneau intègre A, on appelle sous-module de torsion de E le sous-module de E formé des éléments non libres (aussi appelés éléments de torsion de E).
Lorsque E est égal à son sous-module de torsion (c’est-à-dire lorsque tout élément de E est annulé par un élément de A) on dit que E est un module de torsion. Lorsque le sous-module de torsion de E est réduit à 0 (c’est-à-dire que tout élément de E est libre) on dit (par abus de langage) que E est un module sans torsion.
Tout sous-module d’un A-module libre (et en particulier tout A-module projectif) est sans torsion. Le -module est sans torsion.
Proposition 24
Soit A un anneau intègre. Pour tout A-module E, notons T(E) le sous-module de torsion de E. Soit une application A-linéaire, E et E' étant des A-modules. (i) On a . (ii) Si f est injective, on a . (iii) Si f est surjective et si , alors .
Les assertions (i) et (ii) sont évidentes. D’autre part, si f est surjective et , on a , où , et par hypothèse il existe dans A tel que ; d’où , et en vertu de l’hypothèse, il existe dans A tel que ; comme , on a bien .
Corollaire 1
Pour tout A-module E, est sans torsion.
Si est une application A-linéaire, notons l’application qui a même graphe que la restriction de f à T(E). Avec cette notation:
Corollaire 2
Pour toute suite exacte de A-modules et d’applications A-linéaires
la suite
est exacte.
En effet,
Proposition 25
Soient A un anneau intègre, (E_i) une famille de A-modules; on a*
Si et sont deux -modules, il est clair que contient les images canoniques de et de ; mais on peut donner des exemples de -modules sans torsion, , tels que (II, p. 197, exerc. 31).
On notera qu’un produit infini de modules de torsion n’est pas nécessairement un module de torsion; par exemple, dans le -module ( entier ), l’élément dont toutes les coordonnées sont 1 est libre.
Proposition 26
Soient A un anneau intègre, K son corps des fractions, E un A-module, l’espace vectoriel sur K obtenu par extension de l’anneau d’opérateurs; désignons par l’application A-linéaire canonique de E dans
(i) *Tout élément de est de la forme pour et .
(ii) Le noyau de est le sous-module de torsion de E.
(i) Tout élément de est de la forme avec et ; pour tout , il existe tel que et ; si , on a donc et pour tout , d’où, dans ,
(ii) Si n’est pas libre dans , il existe dans tel que , d’où dans , ce qui entraîne . Réciproquement, supposons que pour un on ait dans , et montrons que est un élément de torsion dans . Considérons l’ensemble des sous-A-modules monogènes de ; c’est un ensemble filtrant croissant pour la relation d’inclusion, car deux éléments quelconques de peuvent s’écrire , , où appartiennent à et , donc et . En outre est réunion des modules , et peut donc être considéré comme la limite inductive du système inductif défini par les modules et les injections canoniques (II, p. 93, Remarque). On a donc aussi, à un isomorphisme canonique près, (II, p. 93, prop. 7), et la relation dans entraîne qu’il existe un tel que et que l’on ait dans le produit tensoriel (E, III, p. 62, lemme 1). On peut d’ailleurs supposer (en remplaçant au besoin par un sous-module monogène de ) que l’on a , où et . Or l’application est un isomorphisme de sur le -module ; d’autre part, l’isomorphisme canonique (II, p. 55, prop. 4) fait correspondre à l’élément de ; il existe donc un isomorphisme qui, au produit tensoriel fait correspondre l’élément de . L’hypothèse dans entraîne donc .
Remarque
Soient deux éléments de , avec . Pour que il faut et il suffit que soit un élément de torsion de , car cette relation équivaut à , ce qui s’écrit aussi .
Corollaire 1
Si est un -module sans torsion, l’application canonique est injective.
Rappelons (II, p. 82, prop. 1) que pour toute application -linéaire de dans un espace vectoriel sur , il existe une application -linéaire et une seule telle que ; nous dirons que est associée à .
Corollaire 2
Soit une application -linéaire de dans un espace vectoriel sur ; si l’on a , l’application -linéaire associée à est injective.
Cité par 1
Cité par Corollaire 3
En effet, écrivons un élément de sous la forme , où ; la relation équivaut à dans , donc à . Par hypothèse, cela entraîne , donc , ce qui prouve le corollaire.
Corollaire 3
Soient un -module, une application -linéaire de dans un espace vectoriel sur , telle que engendre et que . Alors l’application -linéaire associée à est un isomorphisme de sur .
Cite 3 · Cité par 1
Cite Corollaire 2, Définition 1, Théorème 2
En effet, est injective en vertu du cor. 2, et l’hypothèse que engendre entraîne que est surjective.
Pour tout -module , on dit que l’espace vectoriel est associé à . Pour toute partie de , on appelle rang de sur (ou par abus de langage, rang de ) le rang de l’image canonique de dans , autrement dit (II, p. 97, déf. 1) la dimension sur du sous-espace vectoriel de engendré par .
Lorsque est un -module sans torsion, on l’identifie d’ordinaire à son image canonique dans . Avec cette convention, tout système générateur de contient une base de (II, p. 95, th. 2). En particulier:
Corollaire 4
Tout -module de type fini est de rang fini.
Cite 1
On notera que la réciproque de ce corollaire n’est pas nécessairement exacte; par exemple est un -module de rang 1 mais n’est pas de type fini sur .
Rappelons (II, p. 83) que pour toute application linéaire (où et sont des -modules), on note l’application -linéaire .
Proposition 27
Pour toute suite exacte
d’applications -linéaires, la suite correspondante d’applications -linéaires
est exacte.
En effet, supposons que , avec ; cela équivaut à dans , donc aussi à ; en vertu de la prop. 26 (II, p. 116), il existe dans tel que dans , ou encore . Par hypothèse, il y a donc un tel que , et par suite , ce qui démontre la proposition.
Corollaire 1
Si est un sous-module de , s’identifie canoniquement à un sous-espace vectoriel de , et à .
Il suffit d’appliquer la prop. 27 à la suite exacte .
Corollaire 2
Pour toute application -linéaire , on a , , à des isomorphismes canoniques près. En particulier, pour que soit injective (resp. surjective, resp. nulle), il faut et il suffit que (resp. que soit un module de torsion, resp. que ).
Cela résulte du cor. 1 et de la prop. 26 (II, p. 116).
Corollaire 3
Soient un -module, une famille d’éléments de . Pour que soit une famille libre, il faut et il suffit que dans le -espace vectoriel , la famille soit libre*.
Cite 2
Cite Proposition 25, Corollaire 2
En effet, la famille définit une application -linéaire telle que pour tout (() étant la base canonique de ), et dire que est libre signifie que est injective. Il suffit d’appliquer le cor. 2 à , en observant que est sans torsion (II, p. 116, prop. 25).
Exercices
See the exercises for § 7.