Bourbaki

§ 7. Espaces vectoriels.

1. Bases d’un espace vectoriel

Théorème 1

Tout espace vectoriel sur un corps KK est un KK-module libre.

Cité par 5

Cité par Corollaire, Théorème 2, Exemple 2, VIII § 4, Proposition 1, VIII § 4, Proposition 11, VIII § 4

Il faut prouver que tout espace vectoriel admet une base; cela va résulter du théorème plus précis suivant:

Théorème 2

Étant donnés un système générateur SS d’un espace vectoriel EE sur un corps KK, et une partie libre LL de EE contenue dans SS, il existe une base BB de EE telle que L⊂B⊂SL \subset B \subset S.

Cite 3 · Cité par 11

Cite Théorème 1, II § 1. Modules, E III § 2. Ensembles bien ordonnés

Cité par Corollaire 1, AC II § 3, Proposition 13, II § 10, Corollaire, Corollaire, Proposition 19, Corollaire 3, Théorème 3, Corollaire 3, Lemme 1, II § 8, Proposition 1, II § 8, Proposition 7, III § 4

Le th. 1 résultera de cet énoncé en prenant L=∅L = \varnothing.

Pour prouver le th. 2, notons que l’ensemble L\mathscr{L} des parties libres de EE contenues dans SS, ordonné par inclusion, est un ensemble inductif (E, III, p. 20), en vertu de II, p. 26; il en est de même de l’ensemble M\mathfrak{M} des parties libres contenant LL et contenues dans SS. En vertu du th. de Zorn, M\mathfrak{M} admet un élément maximal BB, et il suffit de prouver que le sous-espace vectoriel de EE engendré par BB est égal à EE. Cela résulte aussitôt de la définition de BB et du lemme suivant:

Lemme 1

Soit (ai)i∈I(a_i)_{i \in I} une famille libre d’éléments de EE; si b∈Eb \in E n’appartient pas au sous-espace FF engendré par (ai)(a_i), la partie de EE formée des aia_i et de bb est libre.

Cité par 1

Cité par Remarque

Supposons que l’on ait une relation μb+∑iλiai=0\mu b + \sum_i \lambda_i a_i = 0 avec μ∈K\mu \in K et λi∈K\lambda_i \in K pour tout i∈Ii \in I, la famille (λi)(\lambda_i) ayant un support fini; si on avait μ≠0\mu \neq 0, on en déduirait b=−∑i(μ−1λi)aib = -\sum_i (\mu^{-1}\lambda_i)a_i, donc b∈Fb \in F contrairement à l’hypothèse; on doit donc avoir μ=0\mu = 0, et il reste la relation ∑iλiai=0\sum_i \lambda_i a_i = 0, qui entraîne λi=0\lambda_i = 0 pour tout i∈Ii \in I par hypothèse; d’où le lemme.

Corollaire

Pour une partie B d’un espace vectoriel E, les propriétés suivantes sont équivalentes*: a) B est une base de E. b) B est une partie libre maximale de E. c) B est un système générateur minimal de E. Cela résulte aussitôt du th. 2.

Cite 1 · Cité par 1

Cite Théorème 2

Cité par Théorème 3

Exemple

Étant donné un anneau A et un sous-corps K de A, A est un espace vectoriel (à droite ou à gauche) sur K, et admet donc une base; en particulier, tout surcorps d’un corps K possède une base en tant qu’espace vectoriel à gauche (resp. à droite) sur K. \* C’est ainsi que le corps R des nombres réels admet une base (infinie) en tant qu’espace vectoriel sur le corps Q des nombres rationnels; une telle base de R est dite base de Hamel. \

Remarque

Pour qu’une famille (ai)i∈I(a_i)_{i \in I} d’éléments d’un espace vectoriel E sur un corps K soit libre, il faut et il suffit que, pour tout κ∈I\kappa \in I, aκa_\kappa n’appartienne pas au sous-espace de E engendré par les aia_i d’indice i≠κi \neq \kappa. On sait en effet que cette condition est nécessaire dans tout module (II, p. 26, Remarque 1). Elle est suffisante en vertu du lemme 1, comme on le voit aussitôt en raisonnant par l’absurde et considérant une sous-famille liée minimale de (ai)(a_i).

Cite 2

Cite II § 1. Modules, Lemme 1

2. Dimension des espaces vectoriels

Théorème 3

Deux bases d’un même espace vectoriel E sur un corps K sont équipotentes*.

Cite 5 · Cité par 2

Cite Définition 7, I § 4, Corollaire 2, II § 1, Proposition 13, II § 1, Corollaire, Théorème 2

Cité par Exercice 21, § 7, Proposition 3

Remarquons d’abord que si E admet une base infinie B, il résulte de II, p. 30, cor. 2 que toute autre base de E est équipotente à B. On peut donc se limiter au cas où E possède une base finie de nn éléments. Remarquons que tout espace vectoriel monogène sur K, non réduit à 0, est un K-module simple (I, p. 36, déf. 7), car il est engendré par chacun de ses éléments ≠0\neq 0, en vertu de la relation μa=(μλ)(λ−1a)\mu a = (\mu \lambda)(\lambda^{-1}a) pour μ∈K,λ∈K\mu \in K, \lambda \in K et λ≠0\lambda \neq 0. Cela étant, si (ai)1≤i≤n(a_i)_{1 \leq i \leq n} est une base de E, on a E=⨁i=1nKaiE = \bigoplus_{i=1}^n Ka_i à un isomorphisme près, et les sous-espaces Ek=⨁i=1kKaiE_k = \bigoplus_{i=1}^k Ka_i pour 0≤k≤n0 \leq k \leq n forment une suite de Jordan-Hölder de E, Ek/Ek−1E_k/E_{k-1} étant isomorphe à KakKa_k. Le th. 3 résulte donc dans ce cas du th. de Jordan-Hölder (I, p. 41, th. 6).

On peut donner une démonstration indépendante du th. de Jordan-Hölder, en montrant par récurrence sur nn que si E admet une base B de nn éléments, toute autre base B’ a au plus nn éléments. La proposition est évidente pour n=0n = 0. Si n≥1n \geq 1, B’ n’est pas vide; soit donc a∈B′a \in B'. En vertu du th. 2 (II, p. 95), il existe une partie C de B telle que {a}∪C\{a\} \cup C soit une base de E et que a∉Ca \notin C, puisque {a}∪B\{a\} \cup B est évidemment un système générateur de E. Comme B est une base de E, on ne peut avoir C = B (II, p. 96, corollaire), donc C a au plus n−1n - 1 éléments. Soient V le sous-espace engendré par C, V' le sous-espace engendré par B' - {a}; V et V' sont tous deux supplémentaires du sous-espace Ka de E, donc sont isomorphes (II, p. 20, prop. 13). Comme V admet une base ayant au plus n−1n - 1 éléments, B' - {a} a au plus n−1n - 1 éléments en vertu de l’hypothèse de récurrence, donc B' a au plus nn éléments.

Définition 1

On appelle dimension d’un espace vectoriel E sur un corps K et on note dim⁡KE\dim_K E ou [E: K] (ou simplement dim E) le cardinal d’une quelconque des bases de E. Si M est une partie de E, on appelle rang de M (sur K) et l’on note rg M ou rgKM\mathrm{rg}_K M la dimension du sous-espace vectoriel de E engendré par M.

Cité par 1

Cité par Corollaire 3

Dire que E est de dimension finie équivaut à dire que E est un K-module de longueur finie et on a dim⁡KE=longKE\dim_K E = \mathrm{long}_K E.

Corollaire

Pour toute partie M de E, le rang de M est au plus égal à dim E.

Cite 1

Cite Théorème 2

En effet, si V est le sous-espace vectoriel de E engendré par M, M contient une base B' de V (II, p. 95, th. 2) et comme B' est une partie libre de E, elle est contenue dans une base B de E (II, p. 95, th. 2); on a Card(B') ⩽\leqslant Card(B), d’où le corollaire.

Les th. 2 et 3 entraînent aussitôt la proposition suivante:

Proposition 1

(i) Pour qu’un espace vectoriel à gauche sur K soit de dimension finie n, il faut et il suffit qu’il soit isomorphe à KsnK_s^n.

Cité par 2

Cité par Remarque, Corollaire 1

(ii) Pour que deux espaces vectoriels KsmK_s^m et KsnK_s^n soient isomorphes (m et n entiers ⩾0\geqslant 0) il faut et il suffit que m=nm = n.

(iii) Dans un espace vectoriel E de dimension finie n, tout système générateur a au moins n éléments; un système générateur de E ayant n éléments est une base de E.

(iv) Dans un espace vectoriel E de dimension finie n, toute partie libre a au plus n éléments; une partie libre ayant n éléments est une base de E.

Proposition 2

Soit (Et)t∈I(E_t)_{t \in I} une famille d’espaces vectoriels sur K. On a

dim⁡K(⨁t∈IEt)=∑t∈Idim⁡KEt. \dim_K (\bigoplus_{t \in I} E_t) = \sum_{t \in I} \dim_K E_t.
Cite 1 · Cité par 3

Cite Proposition 19

Cité par Remarque 1, Corollaire 3, Proposition 6

En effet, si on identifie canoniquement les EtE_t à des sous-espaces de E=⨁t∈IEtE = \bigoplus_{t \in I} E_t, et si BtB_t est une base de EtE_t (t∈It \in I), alors B=⋃t∈IBtB = \bigcup_{t \in I} B_t est une base de E (II, p. 26, prop. 19); d’où la relation (1) puisque les BtB_t sont deux à deux disjoints.

Remarque 1). — On peut donner des exemples de modules admettant deux bases finies n’ayant pas le même nombre d’éléments (II, p. 181, exerc. 16 c)). Toutefois:

Proposition 3

Soient A un anneau, tel qu’il existe un homomorphisme ρ\rho de A dans un corps D; alors, pour tout A-module libre E, deux bases quelconques de E sont équipotentes.

Cite 2 · Cité par 3

Cite Proposition 4, Théorème 3

Cité par Exercice 16, § 1, Corollaire, Remarque 2

Considérons en effet l’espace vectoriel ρ∗(E)=D⊗AE\rho^*(E) = D \otimes_A E sur D obtenu par extension à D de l’anneau des scalaires (II, p. 82), et soit φ:x↦1⊗x\varphi : x \mapsto 1 \otimes x l’application canonique de E dans ρ∗(E)\rho^*(E); si (aλ)(a_\lambda) est une base de E, (φ(aλ))(\varphi(a_\lambda)) est une base de ρ∗(E)\rho^*(E) (II, p. 84, prop. 4); la proposition résulte donc du th. 3 (II, p. 96).

Corollaire

Si AA est un anneau commutatif ≠0\neq 0, EE un AA-module libre, deux bases quelconques de EE sont équipotentes.

Cite 2 · Cité par 2

Cite Proposition 3, Théorème 1

Cité par Proposition 1, III § 2, Définition 1, III § 8

En effet, il existe dans AA au moins un idéal maximal mm (I, p. 99, th. 1), et comme A/mA/m est un corps, les conditions de la prop. 3 sont remplies.

Remarque 2

Lorsqu’un AA-module libre EE est tel que deux bases quelconques de EE soient équipotentes, le cardinal d’une base quelconque de EE sur AA s’appelle encore la dimension ou le rang de EE et se note dim⁡AE\dim_A E ou dim⁡E\dim E.

Cite 2

Cite Proposition 25, II § 1, Proposition 3

Remarque 3

Soit AA un anneau tel que deux bases quelconques d’un AA-module libre soient équipotentes, et soit KK un sous-corps de AA, de sorte que AA peut être considéré comme espace vectoriel à gauche sur KK par restriction des scalaires. Tout AA-module libre EE peut de même être considéré comme espace vectoriel à gauche sur KK, et il résulte alors de II, p. 31, prop. 25, que l’on a

dim⁡KE=dim⁡AE⋅dim⁡KAs. \dim_K E = \dim_A E \cdot \dim_K A_s.

Remarque 4

Nous verrons au chapitre VIII des exemples d’anneaux vérifiant la conclusion de la prop. 3, mais non l’hypothèse.

3. Dimension et codimension d’un sous-espace d’un espace vectoriel

Proposition 4

Tout sous-espace* FF d’un espace vectoriel EE est facteur direct de EE, *et on a

Cite 1 · Cité par 7

Cite Proposition 21, II § 1

Cité par Remarque, Remarque 1, Proposition 3, Théorème 4, Théorème 5, Proposition 6, II § 8, Remarque, III § 5

dim⁡F+dim⁡(E/F)=dim⁡E. \dim F + \dim(E/F) = \dim E.

Comme l’espace vectoriel quotient E/FE/F est un module libre, on sait (II, p. 27, prop. 21) que FF est facteur direct de EE; la relation (3) est alors un cas particulier de II, p. 97, formule (1).

Corollaire 1

Si* E,F,GE, F, G sont des espaces vectoriels sur un corps KK, toute suite exacte d’applications linéaires 0→E→F→G→00 \to E \to F \to G \to 0 est scindée.

Cite 1

Cite Proposition 4, II § 1

C’est une autre façon d’exprimer la prop. 4 (II, p. 21).

Corollaire 2

Soit* (Ei)0≤i≤n(E_i)_{0 \leq i \leq n} une famille finie d’espaces vectoriels sur un corps KK. *S’il existe une suite exacte d’applications linéaires

Cité par 3

Cité par Corollaire 3, Proposition 6, Lemme 2, V § 16

0⟶E0→u0E1→u1E2⟶⋯⟶En−1→un−1En→un0 0 \longrightarrow E_0 \xrightarrow{u_0} E_1 \xrightarrow{u_1} E_2 \longrightarrow \cdots \longrightarrow E_{n-1} \xrightarrow{u_{n-1}} E_n \xrightarrow{u_n} 0

on a la relation

∑2k+1≤ndim⁡E2k+1=∑2k≤ndim⁡E2k \sum_{2k+1 \leq n} \dim E_{2k+1} = \sum_{2k \leq n} \dim E_{2k}

ou, si tous les espaces EiE_i sont de dimension finie

∑i=0n(−1)idim⁡Ei=0. \sum_{i=0}^n (-1)^i \dim E_i = 0.

Soit Ik=Im⁡uk=Ker⁡uk+1I_k = \operatorname{Im} u_k = \operatorname{Ker} u_{k+1} pour 0≤k≤n−10 \leq k \leq n-1; Ik+1I_{k+1} est par suite isomorphe à Ek+1/IkE_{k+1}/I_k, donc (II, p. 98, formule (3)) dim⁡Ik+dim⁡Ik+1=dim⁡Ek+1\dim I_k + \dim I_{k+1} = \dim E_{k+1} pour 0≤k≤n−20 \leq k \leq n-2 et en outre dim⁡I0=dim⁡E0\dim I_0 = \dim E_0 et In−1=EnI_{n-1} = E_n, donc dim⁡In−1=dim⁡En\dim I_{n-1} = \dim E_n. Remplaçant dim⁡Ei\dim E_i par son expression en fonction des dim⁡Ik\dim I_k dans les deux membres de (5), on trouve de chaque côté ∑k=0n−1dim⁡Ik\sum_{k=0}^{n-1} \dim I_k, d’où le corollaire.

Corollaire 3

Si M et N sont deux sous-espaces d’un espace vectoriel E, on a*

dim⁡(M+N)+dim⁡(M∩N)=dim⁡M+dim⁡N. \dim(M + N) + \dim(M \cap N) = \dim M + \dim N.
Il suffit d’appliquer le cor. 2 à la suite exacte
0→M∩N→M⊕N→M+N→0 0 \to M \cap N \to M \oplus N \to M + N \to 0
(II, p. 17, prop. 10) en tenant compte de ce que
dim⁡(M⊕N)=dim⁡M+dim⁡N \dim(M \oplus N) = \dim M + \dim N
(II, p. 97, prop. 2).

Cite 3 · Cité par 1

Cite Corollaire 2, Proposition 10, II § 1, Proposition 2

Cité par II § 9. Espaces affines et espaces projectifs

Corollaire 4

Pour tout sous-espace F d’un espace vectoriel E, on a dim⁡F≤dim⁡E\dim F \leq \dim E; si E est de dimension finie, la relation dim⁡F=dim⁡E\dim F = \dim E est équivalente à F=EF = E.* La première assertion est évidente d’après (3); en outre si dim⁡E\dim E est finie, la relation dim⁡F=dim⁡E\dim F = \dim E entraîne dim⁡(E/F)=0\dim(E/F) = 0 d’après (3) (II, p. 98), et un espace vectoriel de dimension 0 est réduit à 0.

Cité par 4

Cité par Proposition 12, II § 10, Remarque, Remarque 1, Théorème 4

Corollaire 5

Si un espace vectoriel E est somme d’une famille (Fi)(F_i) de sous-espaces vectoriels, on a*

dim⁡E≤∑idim⁡Fi. \dim E \leq \sum_i \dim F_i.
Si en outre dim⁡E\dim E est fini, les deux membres de (8) sont égaux si et seulement si E est somme directe de la famille (Fi)(F_i). L’inégalité (8) résulte de (3) et du fait que E est isomorphe à un quotient de ⨁iFi\bigoplus_i F_i (II, p. 16, formule (28)). La seconde assertion est un cas particulier de II, p. 23, cor. 5, car l’égalité des deux membres de (8) implique que dim⁡Fi=0\dim F_i = 0 sauf pour un nombre fini d’indices (E, III, p. 27, cor. 2 et p. 49, cor. 4).

Cite 2

Cite II § 1. Modules, Corollaire 5, II § 1

Définition 2

Étant donné un espace vectoriel E, on appelle codimension (par rapport à E) d’un sous-espace F de E, et on note codim⁡EF\operatorname{codim}_E F, ou simplement codim⁡F\operatorname{codim} F, la dimension de E/F (égale à celle d’un supplémentaire quelconque de F dans E).* La relation (3) s’écrit donc encore

dim⁡F+codim⁡F=dim⁡E. \dim F + \operatorname{codim} F = \dim E.

Proposition 5

Soient F, F' deux sous-espaces d’un espace vectoriel E, tels que F⊂F′F \subset F'. On a alors codim⁡EF′≤codim⁡EF≤dim⁡E\operatorname{codim}_E F' \leq \operatorname{codim}_E F \leq \dim E. Si codim⁡EF\operatorname{codim}_E F est finie, la relation codim⁡EF′=codim⁡EF\operatorname{codim}_E F' = \operatorname{codim}_E F entraîne F=F′F = F'.

Cite 1

Cite Théorème 4, I § 4

L’inégalité codimE_E F ⩽\leqslant dim E est évidente en vertu de (9), et si dim E est finie la relation codimE_E F = dim E entraîne dim F = 0, donc F = {0}. Le reste de la proposition découle de là, car on a codimE_E F' = codimE/F_{E/F} (F'/F), puisque E/F' est canoniquement isomorphe à (E/F)/(F'/F) (I, p. 39, th. 4).

Proposition 6

Si M et N sont deux sous-espaces d’un espace vectoriel E, on a*

codim(M+N)+codim(M∩N)=codim M+codim N. \text{codim}(M + N) + \text{codim}(M \cap N) = \text{codim } M + \text{codim } N.
(10) Il suffit d’appliquer le cor. 2 de II, p. 98 à la suite exacte
0→E/(M∩N)→(E/M)⊕(E/N)→E/(M+N)→0 0 \to E/(M \cap N) \to (E/M) \oplus (E/N) \to E/(M + N) \to 0
(II, p. 17, prop. 10) en tenant compte de II, p. 97, prop. 2.

Cite 3

Cite Corollaire 2, Proposition 10, II § 1, Proposition 2

On notera que si E est de dimension finie, (10) est conséquence de (7) et (9) (II, p. 99).

Proposition 7

Si (Fi)(F_i) est une famille finie de sous-espaces d’un espace vectoriel E, on a* codim(⋂iFi)⩽∑icodim Fi\text{codim}(\bigcap_i F_i) \leqslant \sum_i \text{codim } F_i.

Cite 3

Cite II § 1. Modules, Théorème 4, I § 4, II § 9. Espaces affines et espaces projectifs

En effet, si F=⋂iFiF = \bigcap_i F_i, E/F est isomorphe à un sous-espace de la somme directe des E/Fi_i (II, p. 15, formule (27)).

On donne souvent aux sous-espaces vectoriels de dimension 1 (resp. de dimension 2) d’un espace vectoriel E le nom de droites passant par 0 (resp. plans passant par 0) (ou simplement droites (resp. plans)) s’il n’en résulte pas de confusion (cf. II, p. 129), par analogie avec le langage de la Géométrie classique; on dit qu’un sous-espace de E est un hyperplan passant par 0 (ou simplement un hyperplan) s’il est de codimension 1. On peut encore définir les hyperplans comme les éléments maximaux de l’ensemble S\mathscr{S} des sous-espaces vectoriels de E distincts de E, ordonné par inclusion. En effet, il y a correspondance biunivoque entre les sous-espaces de E contenant un sous-espace H et les sous-espaces de E/H (I, p. 39, th. 4); si E est de dimension ⩾1\geqslant 1, S\mathscr{S} est non vide, et dire que H est maximal dans S\mathscr{S} signifie que E/H ne contient aucun sous-espace distinct de {0} et de E/H, ce qui entraîne que E/H est engendré par un quelconque de ses éléments ≠0\neq 0, autrement dit est de dimension 1.

Dans un espace vectoriel de dimension finie n⩾1n \geqslant 1, les hyperplans sont les sous-espaces de dimension n−1n - 1, en vertu de II, p. 98, formule (3).

Proposition 8

Dans un espace vectoriel E sur un corps K, tout sous-espace vectoriel F est l’intersection des hyperplans qui le contiennent*.

Cité par 1

Cité par Théorème 6

Il suffit de montrer que pour tout x∉Fx \notin F, il existe un hyperplan H contenant F et ne contenant pas x. On a par hypothèse F∩Kx={0}F \cap Kx = \{0\}, donc la somme M de F et de Kx est directe. Soit N un supplémentaire de M dans E; E est alors somme directe de H=F+NH = F + N et de KxKx, et H est donc un hyperplan répondant à la question.

Remarque

La plupart des propriétés démontrées dans ce n° pour les sous-espaces d’un espace vectoriel ne subsistent plus pour les sous-modules d’un A-module libre dont la dimension (II, p. 98, Remarque 2) est définie. Par exemple, un idéal d’un anneau commutatif n’admet pas nécessairement de base, car il y a des anneaux intègres A dans lesquels certains idéaux sont non principaux (VII, § 1, n°1) et deux éléments quelconques d’un tel anneau sont linéairement dépendants (II, p. 26, Remarque 1). Un sous-module d’un A-module libre E peut être libre, distinct de E et avoir même dimension que E, comme le montrent les idéaux principaux dans un anneau intègre A; le même exemple prouve en outre qu’un sous-module libre d’un A-module libre n’admet pas nécessairement de supplémentaire.

4. Rang d’une application linéaire

Définition 3

Soient E, F deux espaces vectoriels sur un corps K. Pour toute application linéaire u de E dans F, on appelle rang de u et on note rg(u) la dimension du sous-espace u(E) de F.

Cité par 1

Cité par VIII App. 4. Trace d’un endomorphisme de rang fini

Si N = Ker(u), E/N est isomorphe à u(E), d’où la relation

rg(u)=codim⁡E(Ker⁡(u)) \text{rg}(u) = \operatorname{codim}_E(\operatorname{Ker}(u))
et par suite
rg(u)+dim⁡(Ker⁡(u))=dim⁡E. \text{rg}(u) + \dim(\operatorname{Ker}(u)) = \dim E.
En outre, d’après II, p. 98, formule (3)
rg(u)+dim⁡(Coker⁡(u))=dim⁡F. \text{rg}(u) + \dim(\operatorname{Coker}(u)) = \dim F.

Proposition 9

Soient E, F deux espaces vectoriels sur un corps K, u : E → F une application linéaire. (i) On a \text{rg}(u) \leq \inf(\dim E, \dim F). (ii) Supposons E de dimension finie; pour que \text{rg}(u) = \dim E, il faut et il suffit que u soit injective. (iii) Supposons F de dimension finie; pour que \text{rg}(u) = \dim F, il faut et il suffit que u soit surjective.

Cité par 2

Cité par Théorème 7, Corollaire 2, III § 4

Cela résulte aussitôt des relations (12) et (13).

Corollaire

Soient E un espace vectoriel de dimension finie n, u un endomorphisme de E. Les propriétés suivantes sont équivalentes: a) u est bijectif; b) u est injectif; c) u est surjectif; d) u est inversible à droite; e) u est inversible à gauche; f) u est de rang n.

Cite 2 · Cité par 2

Cite Exercice 9, § 7, II § 1. Modules

Cité par Proposition 11, II § 10, Remarque, III § 8

Si E est un espace vectoriel de dimension infinie, il y a des endomorphismes injectifs (resp. surjectifs) de E qui ne sont pas bijectifs (II, p. 194, exerc. 9).

Soient K, K' deux corps, σ:K→K′\sigma : K \to K' un isomorphisme de K sur K', E un K-espace vectoriel, E' un K'-espace vectoriel, u:E→E′u : E \to E' une application semi-linéaire relative à σ\sigma (II, p. 32); on appelle encore rang de uu la dimension du sous-espace u(E)u(E) de E'. C’est aussi le rang de uu considéré comme application linéaire de E dans σ∗(E′)\sigma_*(E'), car toute base de u(E)u(E) est aussi une base de σ∗(u(E))\sigma_*(u(E)).

5. Dual d’un espace vectoriel

Théorème 4

La dimension du dual E∗E^* d’un espace vectoriel E est au moins égale à la dimension de E. Pour que E∗E^* soit de dimension finie, il faut et il suffit que E le soit, et on a alors dim⁡E∗=dim⁡E\dim E^* = \dim E.

Cite 4 · Cité par 2

Cite Proposition 10, II § 2, Exercice 3, § 7, Proposition 4, Corollaire 4

Cité par Proposition 10, Théorème 7

Si K est le corps des scalaires de E, E est isomorphe à un espace Ks(I)K_s^{(I)} et par suite E∗E^* est isomorphe à KdIK_d^{I} (II, p. 44, prop. 10). Comme Kd(I)K_d^{(I)} est un sous-espace de KdIK_d^{I}, on a dim⁡E=Card(I)≤dim⁡E∗\dim E = \mathrm{Card}(I) \leq \dim E^* (II, p. 99, cor. 4); en outre, si I est fini, on a KdI=Kd(I)K_d^{I} = K_d^{(I)} (cf. II, p. 192, exerc. 3d)).

Corollaire

Pour un espace vectoriel E, les relations E={0}E = \{0\} et E∗={0}E^* = \{0\} sont équivalentes.

Cité par 1

Cité par Théorème 6

Théorème 5

Étant données deux suites exactes d’espaces vectoriels (sur un même corps K) et d’applications linéaires

0→E′→E→E′′→00→F′→F→F′′→0 \begin{array}{c} 0 \to E' \to E \to E'' \to 0 \\ 0 \to F' \to F \to F'' \to 0 \end{array}

et deux espaces vectoriels G, H sur K, les suites correspondantes

0→Hom(E′′,G)→Hom(E,G)→Hom(E′,G)→00→Hom(H,F′)→Hom(H,F)→Hom(H,F′′)→0 \begin{array}{c} 0 \to \mathrm{Hom}(E'', G) \to \mathrm{Hom}(E, G) \to \mathrm{Hom}(E', G) \to 0 \\ 0 \to \mathrm{Hom}(H, F') \to \mathrm{Hom}(H, F) \to \mathrm{Hom}(H, F'') \to 0 \end{array}

sont exactes et scindées.

Cite 2 · Cité par 1

Cite II § 2. Modules d’applications linéaires. Dualité, Proposition 4

Cité par V § 16. Critères différentiels de séparabilité

Cela résulte de ce que tout sous-espace vectoriel est facteur direct (II, p. 98, prop. 4) et de II, p. 37, prop. 1 et p. 38, prop. 2.

Corollaire

Pour toute suite exacte

0⟶E′→uE→vE′′⟶0 0 \longrightarrow E' \xrightarrow{u} E \xrightarrow{v} E'' \longrightarrow 0

d’espaces vectoriels sur un même corps K et d’applications linéaires, la suite

0⟶E′′∗→tvE∗→tuE′∗⟶0 0 \longrightarrow E''* \xrightarrow{t_v} E^* \xrightarrow{t_u} E'* \longrightarrow 0

est exacte et scindée.

Cite 1 · Cité par 4

Cite II § 2. Modules d’applications linéaires. Dualité

Cité par Théorème 6, Remarque 2, VIII § 20, Proposition 3, VIII § 20, VIII § 21. Représentations linéaires des groupes finis

On en déduit en particulier que pour tout sous-espace vectoriel M de E, l’homomorphisme canonique E∗/M′→M∗E^*/M' \to M^*, où M′M' est le sous-espace de E∗E^* orthogonal à M (II, p. 42), est bijectif.

Théorème 6

Pour tout espace vectoriel E sur un corps K, l’application canonique cE:E→E∗∗c_E : E \to E^{**} (II, p. 46) est injective; pour qu’elle soit bijective, il faut et il suffit que E soit de dimension finie.

Cite 6 · Cité par 6

Cite II § 2. Modules d’applications linéaires. Dualité, Corollaire, II § 2, Proposition 14, II § 2, Corollaire, Proposition 8, Corollaire

Cité par AC VII § 4. Modules sur les anneaux noethériens intégralement clos, II § 2. Modules d’applications linéaires. Dualité, Exercice 9, § 2, Corollaire 2, Théorème 8, Exemple 3, VIII § 3

La première assertion et le fait que si E est de dimension finie cEc_E est bijective, sont des cas particuliers de II, p. 47, prop. 14. Supposons E de dimension infinie, de sorte que l’on peut supposer que E=Ks(L)E = K_s^{(L)}, où L est un ensemble infini, et par suite E∗=KdLE^* = K_d^L. Soit (eλ)λ∈L(e_\lambda)_{\lambda \in L} la base canonique de E, et soit (eλ∗)λ∈L(e^*_\lambda)_{\lambda \in L} la famille correspondante des formes coordonnées dans E∗E^* (II, p. 45); le sous-espace vectoriel de E∗E^* engendré par les eλ∗e^*_\lambda n’est autre que la somme directe F′=Kd(L)F' = K_d^{(L)} et l’hypothèse que L est infini entraîne F′≠E∗F' \neq E^*. Il existe donc un hyperplan H′H' de E∗E^* contenant F′F' (II, p. 100, prop. 8), et comme E∗/H′E^*/H' n’est pas réduit à 0, il en est de même de son dual (II, p. 102, cor. du. th. 4), qui s’identifie à l’orthogonal H′′H'' de H′H' dans E∗∗E^{**} (II, p. 44, corollaire). Mais H′′∩cE(E)H'' \cap c_E(E) est contenu dans l’image par cEc_E de l’orthogonal de F′F' dans E, qui par définition est réduit à 0; on ne peut donc avoir cE(E)=E∗∗c_E(E) = E^{**}.

On identifiera d’ordinaire E au sous-espace de E∗∗E^{**} image de cEc_E.

Soient E, F deux espaces vectoriels sur un corps K, u:E→Fu : E \to F une application linéaire. Nous allons définir des isomorphismes canoniques:

1° Du dual de Im⁡(u)=u(E)\operatorname{Im}(u) = u(E) sur Im⁡(tu)=tu(F∗)\operatorname{Im}(t^u) = t^u(F^*). 2° Du dual de Ker⁡(u)=u‾−1(0)\operatorname{Ker}(u) = \overline{u}^{-1}(0) sur Coker⁡(tu)=E∗/tu(F∗)\operatorname{Coker}(t^u) = E^*/t^u(F^*). 3° Du dual de Coker⁡(u)=F/u(E)\operatorname{Coker}(u) = F/u(E) sur Ker⁡(tu)=tu−1(0)\operatorname{Ker}({}^t u) = {}^t u^{-1}(0).

Posons en effet I=Im⁡(u)I = \operatorname{Im}(u), N=Ker⁡(u)N = \operatorname{Ker}(u), C=Coker⁡(u)C = \operatorname{Coker}(u); des suites exactes

0⟶N⟶E⟶pI⟶0,0⟶I⟶jF⟶C⟶0 \begin{array}{ccccccccc} 0 & \longrightarrow & N & \longrightarrow & E & \overset{p}{\longrightarrow} & I & \longrightarrow & 0, \\ 0 & \longrightarrow & I & \overset{j}{\longrightarrow} & F & \longrightarrow & C & \longrightarrow & 0 \end{array}

on déduit, par transposition (II, p. 102, cor. du th. 5), les suites exactes

0⟶I∗⟶tpE∗⟶N∗⟶0,0⟶C∗⟶F∗⟶tjI∗⟶0. \begin{array}{ccccccccc} 0 & \longrightarrow & I^* & \overset{t^p}{\longrightarrow} & E^* & \longrightarrow & N^* & \longrightarrow & 0, \\ 0 & \longrightarrow & C^* & \longrightarrow & F^* & \overset{t^j}{\longrightarrow} & I^* & \longrightarrow & 0. \end{array}

En outre, comme u=j∘pu = j \circ p, on a tu=tp∘tjt^u = t^p \circ t^j; les suites exactes (15) définissent donc des isomorphismes canoniques de C∗C^* sur Ker⁡(tu)\operatorname{Ker}(t^u), de I∗I^* sur Im⁡(tu)\operatorname{Im}(t^u) et de N∗N^* sur Coker⁡(tu)\operatorname{Coker}(t^u), puisque tpt^p est injective et tjt^j surjective. De façon plus précise, soient y∈Im⁡(u)y \in \operatorname{Im}(u), z∈Ker⁡(u)z \in \operatorname{Ker}(u), t∈Coker⁡(u)t \in \operatorname{Coker}(u), y′∈Im⁡(tu)y' \in \operatorname{Im}(t^u), z′∈Coker⁡(tu)z' \in \operatorname{Coker}(t^u), t′∈Ker⁡(tu)t' \in \operatorname{Ker}(t^u); lorsqu’on identifie canoniquement y′y', z′z', t′t' à des formes linéaires sur Im⁡(u)\operatorname{Im}(u), Ker⁡(u)\operatorname{Ker}(u) et Coker⁡(u)\operatorname{Coker}(u) respectivement, on a

(16)⟨y,y′⟩=⟨x,y′⟩pour tout x∈E tel que u(x)=y;(17)⟨z,z′⟩=⟨z,x∗⟩pour tout x∗∈E∗ dont la classe mod. tu(F∗) est eˊgale aˋ z′;(18)⟨t,t′⟩=⟨s,t′⟩pour tout s∈F dont la classe mod. u(E) est eˊgale aˋ t. \begin{align*} (16) \quad \langle y, y' \rangle &= \langle x, y' \rangle & \text{pour tout } x \in E \text{ tel que } u(x) = y; \\ (17) \quad \langle z, z' \rangle &= \langle z, x^* \rangle & \text{pour tout } x^* \in E^* \text{ dont la classe mod. } t^u(F^*) \text{ est égale à } z'; \\ (18) \quad \langle t, t' \rangle &= \langle s, t' \rangle & \text{pour tout } s \in F \text{ dont la classe mod. } u(E) \text{ est égale à } t. \end{align*}

On déduit en particulier de ces résultats:

Proposition 10

Soient E, F deux espaces vectoriels sur un même corps K, u : E → F une application linéaire.

Cite 1 · Cité par 3

Cite Théorème 4

Cité par Proposition 10, II § 10, Théorème 7, V § 16. Critères différentiels de séparabilité

(i) Pour que u soit injective (resp. surjective), il faut et il suffit que tut^u soit surjective (resp. injective).

(ii) On a rg(u)≤rg(tu)\mathrm{rg}(u) \leq \mathrm{rg}(t^u), et rg(u)=rg(tu)\mathrm{rg}(u) = \mathrm{rg}(t^u) si rg(u)\mathrm{rg}(u) est fini.

La seconde assertion résulte en effet de ce qui précède et du th. 4 (II, p. 102).

(i) On a dim⁡F′≥codimEF\dim F' \geq \mathrm{codim}_E F; pour que dim⁡F′\dim F' soit fini, il faut et il suffit que codimEF\mathrm{codim}_E F soit fini, et alors on a dim⁡F′=codimEF\dim F' = \mathrm{codim}_E F.

(ii) L’orthogonal de F' dans E est égal à F.

(iii) Tout sous-espace G' de E* de dimension finie est l’orthogonal d’un sous-espace de E, nécessairement égal à l’orthogonal de G' dans E et de codimension finie.

(i) On sait que F' est isomorphe au dual (E/F)* (II, p. 44, corollaire), donc l’assertion résulte de II, p. 102, th. 4, puisque dim⁡(E/F)=codimEF\dim(E/F) = \mathrm{codim}_E F par définition.

(ii) Soit F1F_1 l’orthogonal de F' dans E; il est clair que F⊂F1F \subset F_1 et que l’orthogonal F1′F'_1 de F1F_1 est égal à F′F' (II, p. 42); l’application linéaire canonique (E/F1)∗→(E/F)∗(E/F_1)^* \to (E/F)^*, transposée de E/F→E/F1E/F \to E/F_1, est donc bijective (II, p. 45, corollaire); il résulte alors de la prop. 10 que l’application canonique E/F→E/F1E/F \to E/F_1 est bijective, ce qui entraîne F1=FF_1 = F.

(iii) Soient G' un sous-espace de E* de dimension finie pp et soit F son orthogonal dans E; on a alors codimEF≤dim⁡G′\mathrm{codim}_E F \leq \dim G'. En effet, si (ai∗)1≤i≤p(a_i^*)_{1 \leq i \leq p} est une base de G', F est le noyau de l’application linéaire x↦(⟨x,ai∗⟩)x \mapsto (\langle x, a_i^* \rangle) de E dans KspK_s^p, dont le rang est au plus pp (II, p. 101, prop. 9), d’où la conclusion (II, p. 101). Soit alors F' l’orthogonal de F dans E*; il résulte de (i) que dim⁡F′≤dim⁡G′\dim F' \leq \dim G'; mais d’autre part on a évidemment G′⊂F′G' \subset F', d’où F′=G′F' = G' (II, p. 99, cor. 4).

Remarque

Un sous-espace G' de E* de dimension infinie n’est pas nécessairement l’orthogonal d’un sous-espace de E, autrement dit, si F est l’orthogonal de G' dans E, l’orthogonal F' de F dans E* peut être distinct de G' (II, p. 196, exerc. 20b))¹.

Cite 2

Cite Exercice 20, § 7, II § 6. Limites projectives et limites inductives de modules

Corollaire 1

Soit (xi∗)1≤i≤p(x_i^*)_{1 \leq i \leq p} une suite finie de formes linéaires sur E, et soit F le sous-espace de E formé des x tels que

⟨x,xi∗⟩=0pour 1≤i≤p. \langle x, x_i^* \rangle = 0 \quad \text{pour } 1 \leq i \leq p.
Cite 2 · Cité par 4

Cite Proposition 1, Théorème 7

Cité par Proposition 11, Proposition 17, V § 10. Extensions galoisiennes, Proposition 3, V § 6

Alors codimEF\mathrm{codim}_E F est égal au rang de l’ensemble des xi∗x_i^*, et toute forme linéaire sur E qui

¹ En munissant E et E* de topologies convenables, et en ne considérant dans E et E* que des sous-espaces fermés pour ces topologies, on peut rétablir une symétrie parfaite entre les propriétés de E et E* lorsque E est de dimension infinie (cf. EVT, II, § 6).

est nulle dans F est combinaison linéaire des xi∗x_i^*. On a codim⁡EF≤p\operatorname{codim}_E F \leq p, et pour que codim⁡EF=p\operatorname{codim}_E F = p, il faut et il suffit que les xi∗x_i^* soient linéairement indépendantes.

En effet, l’ensemble G′G' des combinaisons linéaires des xi∗x_i^* est un sous-espace de E∗E^* et FF est l’orthogonal de G′G' dans EE, donc codim⁡EF=dim⁡G′\operatorname{codim}_E F = \dim G' en vertu du th. 7; on a en outre dim⁡G′≤p\dim G' \leq p, et la relation dim⁡G′=p\dim G' = p signifie que (xi∗)(x_i^*) est un système libre (II, p. 97, prop. 1); d’où le corollaire.

Corollaire 2

(i) Soit (xi∗)1≤i≤p(x_i^*)_{1 \leq i \leq p} une suite finie de formes linéaires sur EE. Pour que (xi∗)(x_i^*) soit un système libre, il faut et il suffit qu’il existe une suite (xi)1≤i≤p(x_i)_{1 \leq i \leq p} d’éléments de EE tels que ⟨xi,xj∗⟩=δij\langle x_i, x_j^* \rangle = \delta_{ij} (indice de Kronecker).

Cite 1 · Cité par 4

Cite Théorème 6

Cité par Proposition 20, Corollaire 3, Proposition 1, VIII § 12, Proposition 9, VIII § 20

(ii) Soit (xi)1≤i≤p(x_i)_{1 \leq i \leq p} une suite finie d’éléments de EE. Pour que (xi)(x_i) soit un système libre, il faut et il suffit qu’il existe une suite (xi∗)1≤i≤p(x_i^*)_{1 \leq i \leq p} de formes linéaires sur EE telles que ⟨xi,xj∗⟩=δij\langle x_i, x_j^* \rangle = \delta_{ij}.

Il est clair que (ii) se déduit de (i), en considérant EE comme identifié à un sous-espace de E∗∗E^{**} au moyen de cEc_E (II, p. 103, th. 6). Soient G′G' le sous-espace de E∗E^* engendré par les xi∗x_i^*, FF son orthogonal dans EE; E/FE/F et G′G' peuvent être chacun identifié canoniquement au dual de l’autre; si la famille (xi∗)(x_i^*) est libre, il y a dans E/FE/F une base (x˙i)(\dot{x}_i) duale de (xi∗)(x_i^*) et tout système (xi)(x_i) de représentants des classes x˙i\dot{x}_i répond à la question. Inversement l’existence du système (xi)(x_i) tel que ⟨xi,xj∗⟩=δij\langle x_i, x_j^* \rangle = \delta_{ij} entraîne que pour tout ii le sous-espace de E∗E^* orthogonal à K.xiK.x_i contient les xj∗x_j^* d’indice j≠ij \neq i mais ne contient pas xix_i, donc le système (xi∗)1≤i≤p(x_i^*)_{1 \leq i \leq p} est libre.

Corollaire 3

Soient SS un ensemble, VV un sous-espace vectoriel du KK-espace vectoriel à droite KdSK_d^S des applications de SS dans KK. Pour que dim⁡V≥p\dim V \geq p (où pp est un entier), il faut et il suffit qu’il existe pp éléments sis_i de SS et pp éléments fif_i de VV (1≤i≤p1 \leq i \leq p) tels que l’on ait fi(sj)=δijf_i(s_j) = \delta_{ij}.

Cite 2

Cite Théorème 2, Corollaire 2

L’espace KdSK_d^S est canoniquement identifié au dual de E=Ks(S)E = K_s^{(S)}, et on a f(s)=⟨es,f⟩f(s) = \langle e_s, f \rangle pour s∈Ss \in S et f∈KdSf \in K_d^S, (es)s∈S(e_s)_{s \in S} étant la base canonique de EE. Le cor. 2 montre donc que la condition est suffisante. Inversement, supposons que dim⁡V≥p\dim V \geq p, de sorte qu’il existe un sous-espace G′G' de VV de dimension pp; soit FF l’orthogonal de G′G' dans EE, de sorte que dim⁡(E/F)=p\dim(E/F) = p. Il résulte de II, p. 95, th. 2 qu’il existe pp éléments si∈Ss_i \in S tels que les esie_{s_i} (1≤i≤p1 \leq i \leq p) forment une base d’un supplémentaire de FF dans EE (en appliquant le th. 2 (II, p. 95) à une partie libre engendrant FF et au système générateur réunion de cette partie libre et de la base canonique de EE); on prendra alors pour les fif_i les éléments d’une base de G′G', duale de la base de E/FE/F formée des classes des esie_{s_i} mod. FF.

Corollaire 4

Soient EE un espace vectoriel, M,NM, N deux sous-espaces de EE, de codimensions finies; si M′,N′M', N' sont les orthogonaux de MM et NN dans E∗E^*, l’orthogonal de M∩NM \cap N dans E∗E^* est M′+N′M' + N'.

Cite 1

Cite Théorème 7

En effet, comme MM (resp. NN) est l’orthogonal de M′M' (resp. N′N') dans EE (II, p. 104, th. 7), M∩NM \cap N est l’orthogonal de M′+N′M' + N' dans EE, donc M′+N′M' + N' est l’orthogonal de M∩NM \cap N dans E∗E^* (II, p. 104, th. 7, (iii)).

Corollaire 5

Soit E un espace vectoriel de dimension finie n. Pour tout sous-espace F de E, de dimension p, l’orthogonal F’ de F dans E* est de dimension n − p. Pour tout sous-espace G’ de E*, de dimension q, l’orthogonal G de G’ dans E est de dimension n − q, et G’ est l’orthogonal de G dans E*.

Cite 1

Cite Théorème 7

Le th. 7 donne une autre caractérisation des hyperplans dans E:

Proposition 11

Pour tout hyperplan H dans un espace vectoriel E, il existe une forme linéaire x_0^* sur E telle que H = x_0^{-1}(0). Étant donnée une telle forme x0^*, pour qu’une forme linéaire x* sur E soit telle que H = x^{-1}(0), il faut et il suffit que x = x_0^*\alpha, où α est un scalaire ≠ 0. Réciproquement, pour toute forme linéaire x* ≠ 0 sur E, le sous-espace x^{*-1}(0) est un hyperplan de E.

Cite 2 · Cité par 1

Cite Théorème 7, Corollaire 1

Cité par Proposition 6, II § 9

Cet énoncé ne fait que traduire le th. 7 de II, p. 104 pour les sous-espaces de E de codimension 1 et les sous-espaces de E* de dimension 1.

Si H est un hyperplan et x_0^* une forme linéaire telle que H = x_0^{*-1}(0), on dit que la relation

⟨x,x0∗⟩=0 \langle x, x_0^* \rangle = 0

qui caractérise les éléments x ∈ H, est une équation de H.

Plus généralement, si (x_i^*) est une famille de formes linéaires sur E et si F désigne le sous-espace vectoriel intersection des hyperplans x_i^{-1}(0), la relation « quel que soit i, ⟨x, xi^*⟩ = 0 » caractérise les éléments x de F; on dit que les relations

⟨x,xi∗⟩=0pour tout i \langle x, x_i^* \rangle = 0 \quad \text{pour tout } i

forment un système d’équations du sous-espace F. Le th. 7, (ii) (II, p. 104) exprime que tout sous-espace vectoriel de E peut être défini par un système d’équations.

Le th. 7, (i) et (ii), (II, p. 104) prouve en outre qu’un sous-espace F de codimension finie p peut être défini par un système de p équations

(19)

⟨x,xi∗⟩=0,1≤i≤p, \langle x, x_i^* \rangle = 0, \quad 1 \leq i \leq p,

où les formes x_i^* sont linéairement indépendantes. Inversement, le cor. 1 de II, p. 104 montre qu’un sous-espace F défini par un système de p équations (19) est de codimension ≤p\leq p, et qu’il est de codimension p si et seulement si les x_i^* sont linéairement indépendantes; il revient au même de dire que F ne peut être défini par un système formé d’au plus p−1p - 1 des équations (19).

6. Equations linéaires dans les espaces vectoriels

Proposition 12

Soient E, F, deux espaces vectoriels sur un corps K, u : E → F une application linéaire. Pour que l’équation linéaire

Cite 2 · Cité par 1

Cite Corollaire, II § 2, Théorème 7

Cité par Proposition 15, II § 2

(20)

u(x)=y0 u(x) = y_0

ait au moins une solution x∈Ex \in E, il faut et il suffit que y0y_0 soit orthogonal au noyau de l’application transposée tu^t u.

En effet, l’orthogonal de u(E)u(E) dans F∗F^* est tu−1(0)^t u^{-1}(0) (II, p. 43, corollaire), et l’orthogonal de tu−1(0)^t u^{-1}(0) dans FF est donc u(E)u(E) (II, p. 104, th. 7 (ii)).

Nous allons obtenir un critère plus maniable pour les systèmes d’équations linéaires scalaires

(21)(21)
⟨x,xi∗⟩=ηi(ι∈I) \langle x, x_i^* \rangle = \eta_i \quad (\iota \in I)

où l’inconnue xx prend ses valeurs dans un espace vectoriel EE sur un corps KK, les xi∗x_i^* sont des formes linéaires sur EE, et les seconds membres ηi\eta_i des éléments de KK.

Si on considère une base (aλ)λ∈L(a_\lambda)_{\lambda \in L} de EE, le système (21) est équivalent au système d’équations

(22)(22)
∑λ∈Lξλ⟨aλ,xi∗⟩=ηi(ι∈I) \sum_{\lambda \in L} \xi_\lambda \langle a_\lambda, x_i^* \rangle = \eta_i \quad (\iota \in I)

avec x=∑λ∈Lξλaλx = \sum_{\lambda \in L} \xi_\lambda a_\lambda, les solutions de (22) devant être des familles (ξλ)(\xi_\lambda) d’éléments de KK à support fini.

Définition 4

On appelle rang du système (21) la dimension du sous-espace de E∗E^* engendré par la famille (xi∗)(x_i^*).

Proposition 13

Pour que le système (21) soit de rang fini rr, il faut et il suffit que l’application linéaire u:x↦(⟨x,xi∗⟩)u : x \mapsto (\langle x, x_i^* \rangle) de EE dans KsIK_s^I soit de rang rr.

Cite 1

Cite Théorème 7

En effet, si F′F' est le sous-espace de E∗E^* engendré par les xi∗x_i^*, le noyau de uu est l’orthogonal FF de F′F' dans EE; si F′F' est de dimension rr, FF est de codimension rr et réciproquement (II, p. 104, th. 7), et on a rg(u)=codimEF\mathrm{rg}(u) = \mathrm{codim}_E F (II, p. 101, formule (11)).

Théorème 8

Soit

(21)(21)
⟨x,xi∗⟩=ηi(ι∈I) \langle x, x_i^* \rangle = \eta_i \quad (\iota \in I)
Cite 3 · Cité par 2

Cite Corollaire, II § 2, Théorème 6, Théorème 7

Cité par Exercice 21, § 7, Remarque

un système d’équations linéaires scalaires dans un espace vectoriel EE sur un corps KK. Pour que ce système ait au moins une solution, il est nécessaire que pour toute famille (ρi)(\rho_i) de scalaires, de support fini, telle que ∑ixi∗ρi=0\sum_i x_i^* \rho_i = 0, on ait ∑iηiρi=0\sum_i \eta_i \rho_i = 0. Si le rang du système (21) est fini, cette condition est aussi suffisante.

La condition est évidemment nécessaire. Elle exprime que, si F′F' est le sous-espace de E∗E^* engendré par la famille (xi∗)(x_i^*), il existe une application linéaire f:F′→Kdf : F' \to K_d, telle que f(xi∗)=ηif(x_i^*) = \eta_i pour tout ι∈I\iota \in I. Si F′F' est de dimension finie rr, F′F' est l’orthogonal d’un sous-espace FF de EE, de codimension rr (II, p. 104, th. 7), et F′F' s’identifie au dual de E/FE/F (II, p. 44, corollaire); ff est donc un élément du bidual (E/F)∗∗(E/F)^{**}. Comme E/FE/F est de dimension finie, il existe un élément y∈E/Fy \in E/F et un seul tel que f(x∗)=⟨y,x∗⟩f(x^*) = \langle y, x^* \rangle pour tout x∗∈F′x^* \in F' (II, p. 103, th. 6). Les solutions de (21) sont alors les x∈Ex \in E dont yy est l’image canonique dans E/FE/F.

Remarque

Lorsque le rang du système (21) est infini, la condition du th. 8 n’est plus suffisante. Par exemple, supposons que les xi∗x_i^* soient les formes coordonnées sur l’espace E=Ks(I)E = K_s^{(I)}, I étant infini (II, p. 45); comme les xi∗x_i^* sont linéairement indépendantes, la condition du th. 8 est vérifiée par toute famille (ηt)(\eta_t), mais le système (21) n’a alors de solution que si la famille (ηt)(\eta_t) a un support fini.

Un système (21) est toujours de rang fini s’il n’a qu’un nombre fini d’équations, et son rang est alors au plus égal au nombre d’équations (II, p. 97, prop. 1). De même, si E est de dimension finie nn (ce qui, pour un système (22), correspond au cas où il n’y a qu’un nombre fini nn d’inconnues), son dual E∗E^* est de dimension nn, donc le rang du système (21) est au plus égal à nn (II, p. 99, cor. 4). On déduit de là:

Cite 5

Cite II § 2. Modules d’applications linéaires. Dualité, Théorème 8, Proposition 1, Proposition 4, Corollaire 4

Corollaire 1

Un système d’équations linéaires scalaires dans un espace vectoriel, formé d’un nombre fini d’équations dont les premiers membres sont des formes linéairement indépendantes, admet toujours des solutions.

Corollaire 2

Pour qu’un système homogène (22) d’équations à nn inconnues, à coefficients dans un corps KK, admette des solutions non banales formées d’éléments de KK, il faut et il suffit que son rang soit <n< n.

Il en sera toujours ainsi si les équations sont en nombre fini <n< n.

Corollaire 3

Pour qu’un système linéaire (22) à coefficients et seconds membres dans un corps KK, formé de nn équations à nn inconnues, ait une solution et une seule formée d’éléments de KK, il faut et il suffit que le système homogène associé n’ait aucune solution non banale (ou, ce qui revient au même, que les premiers membres des équations de ce système soient des formes linéairement indépendantes).

7. Produit tensoriel d’espaces vectoriels

Les résultats des §§ 3, 4 et 5 relatifs aux modules libres ou projectifs s’appliquent en particulier aux espaces vectoriels et donnent les propositions suivantes:

Proposition 14

Étant donnés une suite exacte

0→E′→E→E′′→0 0 \to E' \to E \to E'' \to 0

d’espaces vectoriels à droite sur un corps KK et d’applications linéaires, et un espace vectoriel à gauche FF sur KK, la suite correspondante d’applications Z\mathbf{Z}-linéaires

0→E′⊗KF→E⊗KF→E′′⊗KF→0 0 \to E' \otimes_K F \to E \otimes_K F \to E'' \otimes_K F \to 0

est exacte et scindée.

Cite 2 · Cité par 9

Cite Proposition 5, II § 3, Corollaire 5, II § 3

Cité par Corollaire, Remarque 1, Proposition 16, Proposition 18, Proposition 19, III § 4. Produits tensoriels d’algèbres, Proposition 10, V § 10, Lemme 2, VIII § 11, VIII § 21. Représentations linéaires des groupes finis

Comme la suite (23) est scindée, c’est là un cas particulier de II, p. 63, cor. 5 et II, p. 58, prop. 5.

En raison de la prop. 14, lorsque E′E' est un sous-espace vectoriel de EE, j:E′→Ej : E' \to E l’injection canonique, on identifie d’ordinaire E′⊗KFE' \otimes_K F à un sous-Z\mathbf{Z}-module de E⊗KFE \otimes_K F au moyen de l’injection j⊗1Fj \otimes 1_F. Avec cette convention:

Corollaire

Soient K un corps, E un espace vectoriel à droite sur K, F un espace vectoriel à gauche sur K, (Mα)α∈A(M_\alpha)_{\alpha \in A} une famille de sous-espaces vectoriels de E, (Nβ)β∈B(N_\beta)_{\beta \in B} une famille de sous-espaces vectoriels de F. On a alors

Cite 2 · Cité par 3

Cite Corollaire 1, II § 3, Proposition 14

Cité par Corollaire 1, II § 8, Proposition 6, III § 4, Proposition 9, VIII § 12

(24)

(⋂α∈AMα)⊗K(⋂β∈BNβ)=⋂(α,β)∈A×B(Mα⊗KNβ). (\bigcap_{\alpha \in A} M_\alpha) \otimes_K (\bigcap_{\beta \in B} N_\beta) = \bigcap_{(\alpha, \beta) \in A \times B} (M_\alpha \otimes_K N_\beta).

Il suffit évidemment de démontrer le cas particulier

(25)

(⋂α∈AMα)⊗KF=⋂α∈A(Mα⊗KF). (\bigcap_{\alpha \in A} M_\alpha) \otimes_K F = \bigcap_{\alpha \in A} (M_\alpha \otimes_K F).

Il est clair que le premier membre de (25) est contenu dans le second. Pour prouver la réciproque, considérons une base (fλ)λ∈L(f_\lambda)_{\lambda \in L} de F. Tout élément de E⊗KFE \otimes_K F se met alors d’une seule manière sous la forme ∑λ∈Lxλ⊗fλ\sum_{\lambda \in L} x_\lambda \otimes f_\lambda, où xλ∈Ex_\lambda \in E (II, p. 62, cor. 1); si E′E' est un sous-espace vectoriel de E, la relation ∑λ∈Lxλ⊗fλ∈E′⊗KF\sum_{\lambda \in L} x_\lambda \otimes f_\lambda \in E' \otimes_K F équivaut, en vertu de la prop. 14 (II, p. 108), à xλ∈E′x_\lambda \in E' pour tout λ∈L\lambda \in L. Dire que ∑λ∈Lxλ⊗fλ\sum_{\lambda \in L} x_\lambda \otimes f_\lambda appartient à chacun des Mα⊗KFM_\alpha \otimes_K F signifie donc que pour tout λ∈L\lambda \in L et tout α∈A\alpha \in A, on a xλ∈Mαx_\lambda \in M_\alpha, c’est-à-dire xλ∈⋂α∈AMαx_\lambda \in \bigcap_{\alpha \in A} M_\alpha pour tout λ∈L\lambda \in L, ce qui prouve que le second membre de (25) est contenu dans le premier.

Proposition 15

Si (Eλ)λ∈L(E_\lambda)_{\lambda \in L} est une famille d’espaces vectoriels à droite sur un corps K, (Fμ)μ∈M(F_\mu)_{\mu \in M} une famille d’espaces vectoriels à gauche sur K, l’application canonique

Cite 2 · Cité par 3

Cite II § 3. Produits tensoriels, Corollaire 3, II § 3

Cité par Proposition 16, Proposition 3, V § 15, Proposition 5, V § 15

(26)

(∏λ∈LEλ)⊗K(∏μ∈MFμ)→∏(λ,μ)∈L×M(Eλ⊗KFμ) \left( \prod_{\lambda \in L} E_\lambda \right) \otimes_K \left( \prod_{\mu \in M} F_\mu \right) \to \prod_{(\lambda, \mu) \in L \times M} (E_\lambda \otimes_K F_\mu)
(II, p. 61, formule (22)) est injective.

Posons F=∏μ∈MFμF = \prod_{\mu \in M} F_\mu; l’application (26) est composée des applications canoniques (∏λ∈LEλ)⊗KF→∏λ∈L(Eλ⊗KF)(\prod_{\lambda \in L} E_\lambda) \otimes_K F \to \prod_{\lambda \in L} (E_\lambda \otimes_K F) et ∏λ∈L(Eλ⊗KF)→∏λ∈L(∏μ∈M(Eλ⊗KFμ))\prod_{\lambda \in L} (E_\lambda \otimes_K F) \to \prod_{\lambda \in L} \left( \prod_{\mu \in M} (E_\lambda \otimes_K F_\mu) \right); comme F et les EλE_\lambda sont des espaces vectoriels sur K, on est ramené à II, p. 63, cor. 3.

Lorsque les conditions de la prop. 15 sont remplies, on identifiera souvent le produit tensoriel (∏λ∈LEλ)⊗K(∏μ∈MFμ)\left( \prod_{\lambda \in L} E_\lambda \right) \otimes_K \left( \prod_{\mu \in M} F_\mu \right) à son image canonique dans ∏λ,μ(Eλ⊗KFμ)\prod_{\lambda, \mu} (E_\lambda \otimes_K F_\mu). Avec cette convention:

Corollaire

Soit F un espace vectoriel à gauche sur K; pour tout ensemble X, l’espace vectoriel à gauche KdX⊗KFK_d^X \otimes_K F s’identifie au sous-espace de l’espace FXF^X de toutes les applications de X dans F, formé des applications u telles que u(X)u(X) soit de rang fini dans F.

En effet, si (fλ)(f_\lambda) est une base de F, l’élément ∑λ∈Lvλ⊗fλ\sum_{\lambda \in L} v_\lambda \otimes f_\lambda de KdX⊗KFK_d^X \otimes_K F s’identifie par (26) à l’application x↦∑λvλ(x)fλx \mapsto \sum_\lambda v_\lambda(x)f_\lambda. Comme vλ=0v_\lambda = 0 sauf pour les indices λ\lambda appartenant à une partie finie H de L, l’image de X par l’application précédente est contenue dans le sous-espace de F de dimension finie engendré par les fλf_\lambda d’indices λ∈H\lambda \in H. Inversement, soit u:X→Fu : X \to F une application telle que u(X)u(X) soit contenu dans un sous-espace G de F de dimension finie et soit (bi)1≤i≤n(b_i)_{1 \leq i \leq n} une base de G. Pour tout x∈Xx \in X on peut écrire u(x)=∑i=1nvi(x)biu(x) = \sum_{i=1}^n v_i(x) b_i, où les vi(x)v_i(x) sont des éléments bien déterminés de K ; on définit ainsi n applications vi:X→Kv_i : X \to K et il est clair que uu est alors identifié à l’élément ∑i=1nvi⊗bi\sum_{i=1}^n v_i \otimes b_i.

De même, pour un espace vectoriel à droite E sur K et un ensemble Y, E⊗KKsYE \otimes_K K_s^Y s’identifie au sous-espace de l’espace EYE^Y, formé des applications v:Y→Ev : Y \to E telles que v(Y)v(Y) soit de rang fini. Plus particulièrement, pour tout corps K, KdX⊗KKsYK_d^X \otimes_K K_s^Y s’identifie à un sous-espace de l’espace KX×YK^{X \times Y} des applications de X×YX \times Y dans K (K étant considéré comme (K, K)-bimodule) ; un élément ∑iui⊗vi\sum_i u_i \otimes v_i, où uiu_i est une application de X dans K et viv_i une application de Y dans K, s’identifie à l’application (x,y)↦∑iui(x)vi(y)(x, y) \mapsto \sum_i u_i(x)v_i(y) de X×YX \times Y dans K.

Proposition 16

(i) Soient K, L deux corps, E un espace vectoriel à gauche sur K, F un espace vectoriel à gauche sur L, G un (K, L)-bimodule. Alors le Z\mathbf{Z}-homomorphisme canonique

ν:Hom⁡K(E,G)⊗LF→Hom⁡K(E,G⊗LF) \nu : \operatorname{Hom}_K(E, G) \otimes_L F \to \operatorname{Hom}_K(E, G \otimes_L F)
*(II, p. 75, formule (7)) est injectif; il est bijectif lorsque l’un des espaces vectoriels E, F est de dimension finie.

Cite 6 · Cité par 5

Cite II § 4. Relations entre produits tensoriels et modules d'homomorphismes, Proposition 2, II § 4, Proposition 4, II § 4, Proposition 1, II § 3, Proposition 14, Proposition 15

Cité par Exercice 27, § 7, Corollaire 1, Exercice 25, § 11, Lemme 1, VIII § 12, Proposition 8, VIII § 20

(ii) Soient E1,E2,F1,F2E_1, E_2, F_1, F_2 quatre espaces vectoriels sur un corps commutatif K; alors le K-homomorphisme canonique

λ:Hom⁡(E1,F1)⊗Hom⁡(E2,F2)→Hom⁡(E1⊗E2,F1⊗F2) \lambda : \operatorname{Hom}(E_1, F_1) \otimes \operatorname{Hom}(E_2, F_2) \to \operatorname{Hom}(E_1 \otimes E_2, F_1 \otimes F_2)
(II, p. 79, formule (21)) est injectif; il est bijectif si l’un des couples (E1,E2),(E1,F1),(E2,F2)(E_1, E_2), (E_1, F_1), (E_2, F_2) est formé d’espaces de dimension finie.

L’assertion (i) est un cas particulier de II, p. 75, prop. 2. De même la seconde assertion de (ii) est un cas particulier de II, p. 79, prop. 4. Enfin, pour voir que l’homomorphisme (28) est toujours injectif, observons que Hom⁡(Ei,Fi)\operatorname{Hom}(E_i, F_i) est un sous-espace vectoriel de FiEiF_i^{E_i} (i=1,2i = 1, 2) et que Hom⁡(E1⊗E2,F1⊗F2)\operatorname{Hom}(E_1 \otimes E_2, F_1 \otimes F_2) s’identifie canoniquement à un sous-espace vectoriel de l’espace (F1⊗F2)E1×E2(F_1 \otimes F_2)^{E_1 \times E_2} (II, p. 51, prop. 1); lorsqu’on fait ces identifications, et qu’on identifie en outre le premier membre de (28) à un sous-espace de F1E1⊗F2E2F_1^{E_1} \otimes F_2^{E_2} (II, p. 108, prop. 14), l’application canonique (28) devient la restriction à ce sous-espace de l’application canonique (26) (II, p. 109), et on a vu (II, p. 109, prop. 15) que cette dernière est injective.

Corollaire 1

Soient E et F deux espaces vectoriels à gauche sur un corps K; l’application canonique*

E∗⊗KF→Hom⁡K(E,F) E^* \otimes_K F \to \operatorname{Hom}_K(E, F)

Cite 2

Cite II § 4. Relations entre produits tensoriels et modules d'homomorphismes, Proposition 16

(II, p. 77, formule (11)) est injective; elle est bijective lorsque E ou F est de dimension finie. C’est un cas particulier de la prop. 16, (i).

Corollaire 2

Soient E un espace vectoriel à droite, F un espace vectoriel à gauche sur un même corps K ; l’application canonique

E⊗KF→Hom⁡K(E∗,F) E \otimes_K F \to \operatorname{Hom}_K(E^*, F)
(II, p. 78, formule (15)) est injective; elle est bijective lorsque E est de dimension finie. C’est un cas particulier de II, p. 77, Remarque 2.

Cite 1

Cite II § 4. Relations entre produits tensoriels et modules d'homomorphismes

Remarque 1

Soient K un corps commutatif, E, F deux espaces vectoriels sur K, (aλ)(a_\lambda) une base de E, (bμ)(b_\mu) une base de F; alors (aλ⊗bμ)(a_\lambda \otimes b_\mu) est une base du K-espace vectoriel E⊗KFE \otimes_K F (II, p. 62, cor. 2), et par suite on a

dim⁡K(E⊗KF)=dim⁡KE⋅dim⁡KF. \dim_K(E \otimes_K F) = \dim_K E \cdot \dim_K F.

Cite 8

Cite Corollaire 2, II § 3, Proposition 2, Proposition 14, II § 1. Modules, Corollaire 1, II § 1, II § 10. Matrices, Proposition 4, Corollaire 4

Remarque 2

Soient K un corps commutatif, E1,E2,F1,F2E_1, E_2, F_1, F_2 quatre espaces vectoriels sur K, u:E1→F1,v:E2→F2u : E_1 \to F_1, v : E_2 \to F_2 deux applications linéaires; on a alors

rg⁡(u⊗v)=rg⁡(u)⋅rg⁡(v). \operatorname{rg}(u \otimes v) = \operatorname{rg}(u) \cdot \operatorname{rg}(v).
En effet, il est immédiat que (u⊗v)(E1⊗E2)(u \otimes v)(E_1 \otimes E_2) est l’image canonique de u(E1)⊗v(E2)u(E_1) \otimes v(E_2) dans F1⊗F2F_1 \otimes F_2, donc (II, p. 108, prop. 14) est isomorphe à u(E1)⊗v(E2)u(E_1) \otimes v(E_2); la conclusion résulte alors de (30).

Remarque 3

Sous les mêmes hypothèses que dans la Remarque 1, on a

dim⁡K(Hom⁡K(E,F))≥dim⁡KE⋅dim⁡KF. \dim_K(\operatorname{Hom}_K(E, F)) \geq \dim_K E \cdot \dim_K F.
En effet, si E est isomorphe à K(I)K^{(I)}, Hom⁡(E,F)\operatorname{Hom}(E, F) est isomorphe à (Hom⁡(K,F))I(\operatorname{Hom}(K, F))^{I} (II, p. 13, cor. 1), donc à FIF^{I} (II, p. 35); comme F(I)F^{(I)} est un sous-espace de FIF^{I} et que dim⁡(F(I))=Card⁡(I)⋅dim⁡F=dim⁡E⋅dim⁡F\dim(F^{(I)}) = \operatorname{Card}(I) \cdot \dim F = \dim E \cdot \dim F (II, p. 97, prop. 2), l’inégalité (32) résulte de II, p. 99, cor. 4. Le même raisonnement montre que les deux membres de (32) sont égaux lorsque dim E est finie (cf. II, p. 142 et 144).

8. Rang d’un élément d’un produit tensoriel

Soient E un espace vectoriel à droite, F un espace vectoriel à gauche sur un même corps K; à tout élément u∈E⊗KFu \in E \otimes_K F il correspond canoniquement un homomorphisme u1∈Hom⁡K(E∗,F)u_1 \in \operatorname{Hom}_K(E^*, F) par (29); si u=∑ixi⊗yiu = \sum_i x_i \otimes y_i, avec xi∈Ex_i \in E, yi∈Fy_i \in F, l’élément u1u_1 est l’application linéaire

x∗↦∑i⟨x∗,xi⟩yi. x^* \mapsto \sum_i \langle x^*, x_i \rangle y_i.
D’autre part, E⊗KFE \otimes_K F s’identifie canoniquement à F⊗K0EF \otimes_{K^0} E, où E est considéré comme espace vectoriel à gauche et F comme espace vectoriel à droite sur le corps opposé K0K^0; il correspond donc canoniquement à uu un homomorphisme u2∈HomK(F∗,E)u_2 \in \mathrm{Hom}_K(F^*, E), donné par

y∗↦∑ixi⟨yi,y∗⟩; y^* \mapsto \sum_i x_i \langle y_i, y^* \rangle;

u1u_1 (resp. u2u_2), considérée comme application de E∗E^* dans F∗∗F^{**} (resp. de F∗F^* dans E∗∗E^{**}), n’est autre que la transposée de u2u_2 (resp. u1u_1). Les rangs de u1u_1 et u2u_2 sont donc égaux à un même nombre fini rr, dimension commune des sous-espaces u1(E∗)u_1(E^*) de FF et u2(F∗)u_2(F^*) de EE, dont chacun est canoniquement isomorphe au dual de l’autre (II, p. 103); nous dirons que rr (noté rg(u)\mathrm{rg}(u)) est le rang de l’élément uu de E⊗KFE \otimes_K F, et que u1(E∗)u_1(E^*) et u2(F∗)u_2(F^*) sont les sous-espaces (de FF et EE respectivement) associés à uu.

Proposition 17

Soit* uu un élément de E⊗KFE \otimes_K F, M⊂EM \subset E et N⊂FN \subset F ses sous-espaces associés. Pour toute expression u=∑i=1sxi⊗yiu = \sum_{i=1}^s x_i \otimes y_i de uu, où xi∈Ex_i \in E et yi∈Fy_i \in F pour 1≤i≤s1 \leq i \leq s, le sous-espace MM (resp. N) est contenu dans le sous-espace de EE (resp. F) engendré par les xix_i (resp. les yiy_i). En outre, les propriétés suivantes sont équivalentes:

Cite 2 · Cité par 2

Cite Théorème 7, Corollaire 1

Cité par Corollaire 1, Exercice 2, § 5

a) L’entier ss est égal au rang de uu. b) La famille (xi)1≤i≤s(x_i)_{1 \leq i \leq s} est une base de MM. c) La famille (yi)1≤i≤s(y_i)_{1 \leq i \leq s} est une base de NN. d) Les familles (xi)1≤i≤s(x_i)_{1 \leq i \leq s} et (yi)1≤i≤s(y_i)_{1 \leq i \leq s} sont toutes deux libres.

D’après (33) (resp. 34)) chaque élément de N=u1(E∗)N = u_1(E^*) (resp. de M=u2(F∗)M = u_2(F^*)) est combinaison linéaire des yiy_i (resp. des xix_i); d’où la première assertion. Si s=rs = r, le sous-espace engendré par les xix_i (resp. yiy_i) ayant une dimension ≤dim⁡M\leq \dim M (resp. ≤dim⁡N\leq \dim N) et contenant MM (resp. NN) lui est identique, donc a) implique b) et c), et a fortiori d). Inversement, chacune des conditions b), c) implique a) par définition de rg(u)\mathrm{rg}(u). Enfin, si d) est vérifiée, il existe une famille (xi∗)1≤i≤s(x_i^*)_{1 \leq i \leq s} d’éléments de E∗E^* telle que ⟨xi,xj∗⟩=δij\langle x_i, x_j^* \rangle = \delta_{ij} (II, p. 104, cor. 1), donc il résulte de (33) que (yi)(y_i) est une base de NN, ce qui achève la démonstration.

Corollaire 1

Le rang de* uu est le plus petit entier ss tel qu’il existe une expression

u=∑i=1sxi⊗yi,ouˋ xi∈E et yi∈F pour 1≤i≤s. u = \sum_{i=1}^s x_i \otimes y_i, \text{où } x_i \in E \text{ et } y_i \in F \text{ pour } 1 \leq i \leq s.
Cela résulte aussitôt de la prop. 17 et de II, p. 97, prop. 1.

Cite 1

Cite Proposition 17

Corollaire 2

Soient* KK un corps commutatif, E,FE, F deux espaces vectoriels sur KK, LL un surcorps commutatif de KK. Soient uu un élément de E⊗KFE \otimes_K F, MM et NN ses sous-espaces associés, u′u' l’image canonique de uu dans (E⊗KF)(L)(E \otimes_K F)_{(L)} (identifié canoniquement à E(L)⊗LF(L)E_{(L)} \otimes_L F_{(L)}, cf. II, p. 83, prop. 3); alors on a rg(u′)=rg(u)\mathrm{rg}(u') = \mathrm{rg}(u), et les sous-espaces associés à u′u' s’identifient canoniquement à M(L)M_{(L)} et N(L)N_{(L)}.

Cite 2

Cite Proposition 3, II § 5, Proposition 4, II § 5

En effet, si u=∑i=1rxi⊗yiu = \sum_{i=1}^r x_i \otimes y_i, où les familles (xi)(x_i) et (yi)(y_i) sont libres, on a u′=u' =

∑i=1r(1⊗xi)⊗(1⊗yi), \sum_{i=1}^{r} (1 \otimes x_i) \otimes (1 \otimes y_i),
et les familles (1⊗xi)(1 \otimes x_i) et (1⊗yi)(1 \otimes y_i) sont libres dans E(L)E_{(L)} et F(L)F_{(L)} respectivement (II, p. 84, prop. 4).

9. Extension des scalaires d’un espace vectoriel

Rappelons (I, p. 110, th. 2) qu’un homomorphisme d’un corps K\mathbf{K} dans un anneau AA non réduit à 0 est nécessairement injectif.

Proposition 18

Soit ρ\rho un homomorphisme d’un corps K\mathbf{K} dans un anneau AA. Pour toute suite exacte de K\mathbf{K}-espaces vectoriels et d’applications K\mathbf{K}-linéaires

E′→uE→vE′′ E' \xrightarrow{u} E \xrightarrow{v} E''

la suite

E(A)′→u(A)E(A)→v(A)E(A)′′ E'_{(A)} \xrightarrow{u_{(A)}} E_{(A)} \xrightarrow{v_{(A)}} E''_{(A)}

est exacte.

Cite 1

Cite Proposition 14

C’est un cas particulier de II, p. 108, prop. 14, compte tenu de II, p. 9, Remarque 4.

Corollaire

Pour toute application K\mathbf{K}-linéaire f:E′→Ef : E' \to E, on a Im⁡(f(A))=(Im⁡(f))(A)\operatorname{Im}(f_{(A)}) = (\operatorname{Im}(f))_{(A)}, Ker⁡(f(A))=(Ker⁡(f))(A)\operatorname{Ker}(f_{(A)}) = (\operatorname{Ker}(f))_{(A)}, Coker⁡(f(A))=(Coker⁡(f))(A)\operatorname{Coker}(f_{(A)}) = (\operatorname{Coker}(f))_{(A)}, à des isomorphismes canoniques près.

Cité par 3

Cité par Corollaire, Proposition 21, Corollaire 1, II § 8

Proposition 19

Soit ρ\rho un homomorphisme injectif d’un corps K\mathbf{K} dans un anneau AA. Pour tout espace vectoriel à gauche EE sur K\mathbf{K}, l’application canonique φ:E→ρ∗(E)=A⊗KE\varphi : E \to \rho^*(E) = A \otimes_{\mathbf{K}} E est injective. En outre, pour tout sous-espace vectoriel E′E' de EE, ρ∗(E′)=A⊗KE′\rho^*(E') = A \otimes_{\mathbf{K}} E' s’identifie canoniquement à un sous-AA-module facteur direct de A⊗KEA \otimes_{\mathbf{K}} E, et avec cette identification, on a

(35)(A⊗KE′)∩φ(E)=φ(E′).(35)\quad (A \otimes_{\mathbf{K}} E') \cap \varphi(E) = \varphi(E').
Cite 3 · Cité par 8

Cite Proposition 4, II § 5, Proposition 14, Théorème 2

Cité par Corollaire, Proposition 2, Proposition 2, II § 8, Proposition 3, II § 8, III § 4. Produits tensoriels d’algèbres, Lemme 4, VII § 5, Lemme 3, VIII § 14, Théorème 5, VIII § 14

La première assertion est un cas particulier de II, p. 84, prop. 4; la seconde est un cas particulier de II, p. 108, prop. 14; enfin, pour démontrer (35), il suffit de prendre dans AA (considéré comme K\mathbf{K}-module à droite) une base (aλ)λ∈L(a_\lambda)_{\lambda \in L} telle que aλ0=1a_{\lambda_0} = 1 pour un indice λ0\lambda_0 (II, p. 95, th. 2); les éléments de A⊗KEA \otimes_{\mathbf{K}} E s’écrivent d’une seule manière ∑λaλ⊗xλ\sum_\lambda a_\lambda \otimes x_\lambda avec xλ∈Ex_\lambda \in E, et pour qu’un tel élément appartienne à A⊗KE′A \otimes_{\mathbf{K}} E', il faut et il suffit que xλ∈E′x_\lambda \in E' pour tout λ\lambda. D’autre part, les éléments de φ(E)\varphi(E) sont ceux pour lesquels xλ=0x_\lambda = 0 pour λ≠λ0\lambda \neq \lambda_0; pour qu’un élément ∑λaλ⊗xλ\sum_\lambda a_\lambda \otimes x_\lambda appartienne à (A⊗KE′)∩φ(E)(A \otimes_{\mathbf{K}} E') \cap \varphi(E), il faut et il suffit donc que xλ=0x_\lambda = 0 pour λ≠λ0\lambda \neq \lambda_0 et xλ0∈E′x_{\lambda_0} \in E', d’où la conclusion.

Corollaire

Soit ρ\rho un homomorphisme injectif d’un corps K\mathbf{K} dans un anneau AA. Pour qu’une application K\mathbf{K}-linéaire f:E→Ff : E \to F (où EE et FF sont deux espaces vectoriels sur K\mathbf{K}) soit injective (resp. surjective, nulle), il faut et il suffit que f(A):E(A)→F(A)f_{(A)} : E_{(A)} \to F_{(A)} soit injective (resp. surjective, nulle).

Cite 2

Cite Corollaire, Proposition 19

Cela résulte aussitôt de la prop. 19 et du cor. de la prop. 18.

Proposition 20

Soit ρ\rho un homomorphisme injectif d’un corps KK dans un anneau AA. Pour tout espace vectoriel à gauche EE sur KK, l’homomorphisme canonique de AA-modules à droite*

υ:(E∗)(A)→(E(A))∗ \upsilon : (E^*)_{(A)} \to (E_{(A)})^*
(II, p. 87) est injectif; il est bijectif lorsque EE est de dimension finie.

Cite 4

Cite II § 5. Extension de l'anneau des scalaires, Proposition 8, II § 5, Théorème 7, Corollaire 2

La seconde assertion résulte de II, p. 88, prop. 8. Pour prouver la première, remarquons que tout élément de (E∗)(A)(E^*)_{(A)} s’écrit ∑ixi∗⊗αi\sum_i x_i^* \otimes \alpha_i, où αi∈A\alpha_i \in A et où (xi∗)1≤i≤n(x_i^*)_{1 \leq i \leq n} est une famille libre dans E∗E^*; il lui correspond dans (E(A))∗(E_{(A)})^* la forme linéaire y∗y^* telle que y∗(1⊗x)=∑iρ(⟨x,xi∗⟩)αiy^*(1 \otimes x) = \sum_i \rho(\langle x, x_i^* \rangle) \alpha_i pour tout x∈Ex \in E. Or, il existe dans EE une famille (xi)1≤i≤n(x_i)_{1 \leq i \leq n} telle que ⟨xi,xj∗⟩=δij\langle x_i, x_j^* \rangle = \delta_{ij} (II, p. 105, cor. 2), d’où y∗(1⊗xi)=αiy^*(1 \otimes x_i) = \alpha_i; la relation y∗=0y^* = 0 entraîne donc αi=0\alpha_i = 0 pour tout ii, ce qui démontre notre assertion.

Proposition 21

Soient KK un corps, LL un surcorps de KK. (i) Pour tout espace vectoriel EE sur KK, on a dim⁡L(E(L))=dim⁡KE\dim_L(E_{(L)}) = \dim_K E. (ii) Pour toute application KK-linéaire u:E→Fu : E \to F, où EE et FF sont des espaces vectoriels sur KK, on a rg(u(L))=rg(u)\mathrm{rg}(u_{(L)}) = \mathrm{rg}(u).

Si (ei)i∈I(e_i)_{i \in I} est une base de EE sur KK, (1⊗ei)i∈I(1 \otimes e_i)_{i \in I} est une base de E(L)E_{(L)} sur LL (II, p. 84, prop. 4), d’où la première assertion; la seconde résulte de la première et de ce que u(L)(E(L))u_{(L)}(E_{(L)}) s’identifie canoniquement à (u(E))(L)(u(E))_{(L)} en vertu de II, p. 113, corollaire de la prop. 18.

Cite 2

Cite Proposition 4, II § 5, Corollaire

Proposition 22

Soient KK un corps commutatif, ρ:K→A\rho : K \to A un homomorphisme central injectif, E,FE, F deux espaces vectoriels sur KK. Alors l’homomorphisme canonique*

ω:A⊗KHom(E,F)→HomA(E(A),F(A)) \omega : A \otimes_K \mathrm{Hom}(E, F) \to \mathrm{Hom}_A(E_{(A)}, F_{(A)})
(II, p. 86, formule (17)) est injectif; il est bijectif si AA ou EE est un espace vectoriel sur KK de dimension finie.

Cite 2

Cite II § 5. Extension de l'anneau des scalaires, Proposition 7, II § 5

C’est un cas particulier de II, p. 87, prop. 7.

10. Modules sur les anneaux intègres

Proposition 23

Dans un module EE sur un anneau intègre AA, l’ensemble TT des éléments non libres est un sous-module de EE.

En effet, si xx et yy sont non libres, il existe deux éléments α,β\alpha, \beta non nuls dans AA tels que αx=0\alpha x = 0 et βy=0\beta y = 0. On a αβ≠0\alpha \beta \neq 0 puisque AA est intègre, et αβ(λx+μy)=0\alpha \beta (\lambda x + \mu y) = 0 quels que soient λ\lambda et μ\mu dans AA puisque AA est commutatif, donc λx+μy\lambda x + \mu y est non libre.

Cité par 1

Cité par Remarque

Remarque

Soit E un module sur un anneau commutatif quelconque A. Si x est un élément non libre de E, tout élément du sous-module Ax est non libre. Par contre, si A contient des diviseurs de 0, la somme de deux éléments non libres de E peut être libre; par exemple, dans Z/6Z\mathbf{Z}/6\mathbf{Z} considéré comme module sur lui-même, 3 et 4 sont non libres, mais 3+4=13 + 4 = 1 est libre.

La prop. 23 conduit à poser la définition suivante:

Cite 1

Cite Proposition 23

Définition 5

Dans un module E sur un anneau intègre A, on appelle sous-module de torsion de E le sous-module de E formé des éléments non libres (aussi appelés éléments de torsion de E).

Lorsque E est égal à son sous-module de torsion (c’est-à-dire lorsque tout élément de E est annulé par un élément ≠0\neq 0 de A) on dit que E est un module de torsion. Lorsque le sous-module de torsion de E est réduit à 0 (c’est-à-dire que tout élément ≠0\neq 0 de E est libre) on dit (par abus de langage) que E est un module sans torsion.

Tout sous-module d’un A-module libre (et en particulier tout A-module projectif) est sans torsion. Le Z\mathbf{Z}-module Q\mathbf{Q} est sans torsion.

Proposition 24

Soit A un anneau intègre. Pour tout A-module E, notons T(E) le sous-module de torsion de E. Soit f:E→E′f : E \to E' une application A-linéaire, E et E' étant des A-modules. (i) On a f(T(E))⊂T(E′)f(T(E)) \subset T(E'). (ii) Si f est injective, on a f(T(E))=T(E′)∩f(E)f(T(E)) = T(E') \cap f(E). (iii) Si f est surjective et si Ker⁡(f)⊂T(E)\operatorname{Ker}(f) \subset T(E), alors f(T(E))=T(E′)f(T(E)) = T(E').

Les assertions (i) et (ii) sont évidentes. D’autre part, si f est surjective et x′∈T(E′)x' \in T(E'), on a x′=f(x)x' = f(x), où x∈Ex \in E, et par hypothèse il existe α≠0\alpha \neq 0 dans A tel que f(αx)=αx′=0f(\alpha x) = \alpha x' = 0; d’où αx∈Ker⁡(f)\alpha x \in \operatorname{Ker}(f), et en vertu de l’hypothèse, il existe β≠0\beta \neq 0 dans A tel que β(αx)=0\beta (\alpha x) = 0; comme βα≠0\beta \alpha \neq 0, on a bien x∈T(E)x \in T(E).

Corollaire 1

Pour tout A-module E, E/T(E)E/T(E) est sans torsion.

Si f:E→E′f : E \to E' est une application A-linéaire, notons fTf_T l’application T(E)→T(E′)T(E) \to T(E') qui a même graphe que la restriction de f à T(E). Avec cette notation:

Corollaire 2

Pour toute suite exacte de A-modules et d’applications A-linéaires

0⟶E′→fE→gE′′ 0 \longrightarrow E' \xrightarrow{f} E \xrightarrow{g} E''

la suite

0⟶T(E′)→fTT(E)→gTT(E′′) 0 \longrightarrow T(E') \xrightarrow{f_T} T(E) \xrightarrow{g_T} T(E'')

est exacte.

En effet,

Ker⁡(gT)=Ker⁡(g)∩T(E)=f(E′)∩T(E)=f(T(E′))=Im⁡(fT). \operatorname{Ker}(g_T) = \operatorname{Ker}(g) \cap T(E) = f(E') \cap T(E) = f(T(E')) = \operatorname{Im}(f_T).

Proposition 25

Soient A un anneau intègre, (E_i) une famille de A-modules; on a*

T(⨁iEi)=⨁iT(Ei). T(\bigoplus_i E_i) = \bigoplus_i T(E_i).
En effet, soit (xi)(x_i) un élément de ⨁iEi\bigoplus_i E_i tel que xi∈T(Ei)x_i \in T(E_i) pour tout ii; alors chacun des xix_i est annulé par un élément αi≠0\alpha_i \neq 0 de AA, et on peut supposer que αi=1\alpha_i = 1 lorsque xi=0x_i = 0; comme la famille (xi)(x_i) a un support fini, l’élément α=∏iαi\alpha = \prod_i \alpha_i de AA est défini et ≠0\neq 0; il annule évidemment ⨁ixi\bigoplus_i x_i, donc ⨁iT(Ei)⊂T(⨁iEi)\bigoplus_i T(E_i) \subset T(\bigoplus_i E_i); la réciproque est immédiate.

Cite 1 · Cité par 1

Cite Exercice 31, § 7

Cité par Corollaire 3

Si EE et FF sont deux AA-modules, il est clair que T(E⊗AF)T(E \otimes_A F) contient les images canoniques de T(E)⊗AFT(E) \otimes_A F et de E⊗AT(F)E \otimes_A T(F); mais on peut donner des exemples de AA-modules sans torsion, EE, FF tels que T(E⊗AF)≠0T(E \otimes_A F) \neq 0 (II, p. 197, exerc. 31).

On notera qu’un produit infini de modules de torsion n’est pas nécessairement un module de torsion; par exemple, dans le Z\mathbf{Z}-module ∏i=1∞(Z/pnZ)\prod_{i=1}^\infty (\mathbf{Z}/p^n\mathbf{Z}) (pp entier >1> 1), l’élément dont toutes les coordonnées sont 1 est libre.

Proposition 26

Soient A un anneau intègre, K son corps des fractions, E un A-module, E(K)=K⊗AEE_{(K)} = K \otimes_A E l’espace vectoriel sur K obtenu par extension de l’anneau d’opérateurs; désignons par φ\varphi l’application A-linéaire canonique x↦1⊗xx \mapsto 1 \otimes x de E dans E(K)∗.E_{(K)}*.

(i) *Tout élément de E(K)E_{(K)} est de la forme λ−1φ(x)\lambda^{-1} \varphi(x) pour λ∈A,λ≠0\lambda \in A, \lambda \neq 0 et x∈Ex \in E.

Cite 4 · Cité par 4

Cite II § 6. Limites projectives et limites inductives de modules, Proposition 7, II § 6, Proposition 4, II § 3, Lemme 1, E III § 7

Cité par Définition 1, AC VI § 10, Corollaire, AC VII § 4, Proposition 27, Corollaire 2

(ii) Le noyau de φ\varphi est le sous-module de torsion T(E)T(E) de E.

(i) Tout élément de E(K)E_{(K)} est de la forme z=∑i=1nξiφ(xi)z = \sum_{i=1}^n \xi_i \varphi(x_i) avec ξi∈K\xi_i \in K et xi∈Ex_i \in E; pour tout ii, il existe αi∈A\alpha_i \in A tel que αi≠0\alpha_i \neq 0 et αiξi∈A\alpha_i \xi_i \in A; si α=∏i=1nαi\alpha = \prod_{i=1}^n \alpha_i, on a donc α≠0\alpha \neq 0 et αξi=βi∈A\alpha \xi_i = \beta_i \in A pour tout ii, d’où, dans E(K)E_{(K)},

z=α−1(αz)=α−1∑i=1nβiφ(xi)=α−1φ(∑i=1nβixi) z = \alpha^{-1}(\alpha z) = \alpha^{-1} \sum_{i=1}^n \beta_i \varphi(x_i) = \alpha^{-1} \varphi \left( \sum_{i=1}^n \beta_i x_i \right)
puisque φ\varphi est A-linéaire.

(ii) Si x≠0x \neq 0 n’est pas libre dans EE, il existe α≠0\alpha \neq 0 dans AA tel que αx=0\alpha x = 0, d’où αφ(x)=φ(αx)=0\alpha \varphi(x) = \varphi(\alpha x) = 0 dans E(K)E_{(K)}, ce qui entraîne φ(x)=0\varphi(x) = 0. Réciproquement, supposons que pour un x∈Ex \in E on ait 1⊗x=01 \otimes x = 0 dans E(K)E_{(K)}, et montrons que xx est un élément de torsion dans EE. Considérons l’ensemble M\mathfrak{M} des sous-A-modules monogènes de KK; c’est un ensemble filtrant croissant pour la relation d’inclusion, car deux éléments quelconques α,β\alpha, \beta de KK peuvent s’écrire α=ζ−1ξ\alpha = \zeta^{-1} \xi, β=ζ−1η\beta = \zeta^{-1} \eta, où ξ,η,ζ\xi, \eta, \zeta appartiennent à AA et ζ≠0\zeta \neq 0, donc A.α⊂A.ζ−1A.\alpha \subset A.\zeta^{-1} et A.β⊂A.ζ−1A.\beta \subset A.\zeta^{-1}. En outre KK est réunion des modules M∈MM \in \mathfrak{M}, et peut donc être considéré comme la limite inductive du système inductif défini par les modules M∈MM \in \mathfrak{M} et les injections canoniques (II, p. 93, Remarque). On a donc aussi, à un isomorphisme canonique près, E(K)=lim⁡⟶(M⊗AE)E_{(K)} = \lim_{\longrightarrow} (M \otimes_A E) (II, p. 93, prop. 7), et la relation 1⊗x=01 \otimes x = 0 dans E(K)E_{(K)} entraîne qu’il existe un M∈mM \in \mathfrak{m} tel que 1∈M1 \in M et que l’on ait 1⊗x=01 \otimes x = 0 dans le produit tensoriel M⊗AEM \otimes_A E (E, III, p. 62, lemme 1). On peut d’ailleurs supposer (en remplaçant au besoin MM par un sous-module monogène M′⊃MM' \supset M de KK) que l’on a M=A.γ−1M = A.\gamma^{-1}, où γ∈A\gamma \in A et γ≠0\gamma \neq 0. Or l’application ξ↦γξ\xi \mapsto \gamma \xi est un isomorphisme de MM sur le AA-module AA; d’autre part, l’isomorphisme canonique A⊗AE→EA \otimes_A E \to E (II, p. 55, prop. 4) fait correspondre à ξ⊗x\xi \otimes x l’élément ξx\xi x de EE; il existe donc un isomorphisme M⊗AE→EM \otimes_A E \to E qui, au produit tensoriel ξ⊗x\xi \otimes x fait correspondre l’élément (γξ)x(\gamma \xi)x de EE. L’hypothèse 1⊗x=01 \otimes x = 0 dans M⊗AEM \otimes_A E entraîne donc γx=0\gamma x = 0.

Remarque

Soient α−1φ(x),β−1φ(y)\alpha^{-1}\varphi(x), \beta^{-1}\varphi(y) deux éléments de E(K)E_{(K)}, avec α∈A,β∈A,x∈E,y∈E,αβ≠0\alpha \in A, \beta \in A, x \in E, y \in E, \alpha \beta \neq 0. Pour que α−1φ(x)=β−1φ(y)\alpha^{-1}\varphi(x) = \beta^{-1}\varphi(y) il faut et il suffit que βx−αy\beta x - \alpha y soit un élément de torsion de EE, car cette relation équivaut à βφ(x)=αφ(y)\beta \varphi(x) = \alpha \varphi(y), ce qui s’écrit aussi φ(βx−αy)=0\varphi(\beta x - \alpha y) = 0.

Corollaire 1

Si EE est un AA-module sans torsion, l’application canonique φ:E→E(K)\varphi : E \to E_{(K)} est injective.

Cite 1 · Cité par 1

Cite II § 5. Extension de l'anneau des scalaires

Cité par Lemme 1, II § 11

Rappelons (II, p. 82, prop. 1) que pour toute application AA-linéaire ff de EE dans un espace vectoriel FF sur KK, il existe une application KK-linéaire et une seule fˉ:E(K)→F\bar{f} : E_{(K)} \to F telle que f=fˉ∘φf = \bar{f} \circ \varphi; nous dirons que fˉ\bar{f} est associée à ff.

Corollaire 2

Soit ff une application AA-linéaire de EE dans un espace vectoriel FF sur KK; si l’on a Ker⁡(f)⊂T(E)\operatorname{Ker}(f) \subset T(E), l’application KK-linéaire fˉ\bar{f} associée à ff est injective.

Cité par 1

Cité par Corollaire 3

En effet, écrivons un élément de Ker⁡(fˉ)\operatorname{Ker}(\bar{f}) sous la forme λ−1φ(x)\lambda^{-1}\varphi(x), où λ∈A,λ≠0,x∈E\lambda \in A, \lambda \neq 0, x \in E; la relation fˉ(λ−1φ(x))=0\bar{f}(\lambda^{-1}\varphi(x)) = 0 équivaut à λ−1fˉ(φ(x))=0\lambda^{-1}\bar{f}(\varphi(x)) = 0 dans FF, donc à f(x)=fˉ(φ(x))=0f(x) = \bar{f}(\varphi(x)) = 0. Par hypothèse, cela entraîne x∈T(E)x \in T(E), donc φ(x)=0\varphi(x) = 0, ce qui prouve le corollaire.

Corollaire 3

Soient EE un AA-module, gg une application AA-linéaire de EE dans un espace vectoriel FF sur KK, telle que g(E)g(E) engendre FF et que Ker⁡(g)⊂T(E)\operatorname{Ker}(g) \subset T(E). Alors l’application KK-linéaire gˉ\bar{g} associée à gg est un isomorphisme de E(K)E_{(K)} sur FF.

Cite 3 · Cité par 1

Cite Corollaire 2, Définition 1, Théorème 2

Cité par LIE V § 5. Invariants dans l’algèbre symétrique

En effet, gˉ\bar{g} est injective en vertu du cor. 2, et l’hypothèse que g(E)g(E) engendre FF entraîne que gˉ\bar{g} est surjective.

Pour tout AA-module EE, on dit que l’espace vectoriel E(K)E_{(K)} est associé à EE. Pour toute partie SS de EE, on appelle rang de SS sur KK (ou par abus de langage, rang de SS) le rang de l’image canonique φ(S)\varphi(S) de SS dans E(K)E_{(K)}, autrement dit (II, p. 97, déf. 1) la dimension sur KK du sous-espace vectoriel de E(K)E_{(K)} engendré par φ(S)\varphi(S).

Lorsque EE est un AA-module sans torsion, on l’identifie d’ordinaire à son image canonique φ(E)\varphi(E) dans E(K)E_{(K)}. Avec cette convention, tout système générateur de EE contient une base de E(K)E_{(K)} (II, p. 95, th. 2). En particulier:

Corollaire 4

Tout AA-module de type fini est de rang fini.

Cite 1

Cite II § 5. Extension de l'anneau des scalaires

On notera que la réciproque de ce corollaire n’est pas nécessairement exacte; par exemple Q\mathbf{Q} est un Z\mathbf{Z}-module de rang 1 mais n’est pas de type fini sur Z\mathbf{Z}.

Rappelons (II, p. 83) que pour toute application linéaire f:E→E′f : E \to E' (où EE et E′E' sont des AA-modules), on note f(K)f_{(K)} l’application KK-linéaire 1K⊗f:E(K)→E(K)′1_K \otimes f : E_{(K)} \to E'_{(K)}.

Proposition 27

Pour toute suite exacte

Cite 1 · Cité par 2

Cite Proposition 26

Cité par Corollaire 1, Exercice 8, § 5

E′→fE→gE′′ E' \xrightarrow{f} E \xrightarrow{g} E''

d’applications AA-linéaires, la suite correspondante d’applications KK-linéaires

E(K)′→f(K)E(K)→g(K)E(K)′′ E'_{(K)} \xrightarrow{f_{(K)}} E_{(K)} \xrightarrow{g_{(K)}} E''_{(K)}

est exacte.

En effet, supposons que g(K)(λ−1⊗x)=0g_{(K)}(\lambda^{-1} \otimes x) = 0, avec λ∈A,λ≠0,x∈E\lambda \in A, \lambda \neq 0, x \in E; cela équivaut à λ−1⊗g(x)=0\lambda^{-1} \otimes g(x) = 0 dans E(K)′′E''_{(K)}, donc aussi à 1⊗g(x)=λ(λ−1⊗g(x))=01 \otimes g(x) = \lambda(\lambda^{-1} \otimes g(x)) = 0; en vertu de la prop. 26 (II, p. 116), il existe α≠0\alpha \neq 0 dans AA tel que αg(x)=0\alpha g(x) = 0 dans E′′E'', ou encore g(αx)=0g(\alpha x) = 0. Par hypothèse, il y a donc un x′∈E′x' \in E' tel que αx=f(x′)\alpha x = f(x'), et par suite λ−1⊗x=f(K)(α−1λ−1⊗x′)\lambda^{-1} \otimes x = f_{(K)}(\alpha^{-1}\lambda^{-1} \otimes x'), ce qui démontre la proposition.

Corollaire 1

Si E′E' est un sous-module de EE, E(K)′E'_{(K)} s’identifie canoniquement à un sous-espace vectoriel de E(K)E_{(K)}, et (E/E′)(K)(E/E')_{(K)} à E(K)/E(K)′E_{(K)}/E'_{(K)}.

Cite 1 · Cité par 1

Cite Proposition 27

Cité par Corollaire 2

Il suffit d’appliquer la prop. 27 à la suite exacte 0→E′→E→E/E′→00 \to E' \to E \to E/E' \to 0.

Corollaire 2

Pour toute application AA-linéaire f:E→Ff : E \to F, on a Ker(f(K))=(Ker(f))(K)\mathrm{Ker}(f_{(K)}) = (\mathrm{Ker}(f))_{(K)}, Im(f(K))=(Im(f))(K)\mathrm{Im}(f_{(K)}) = (\mathrm{Im}(f))_{(K)}, Coker(f(K))=(Coker(f))(K)\mathrm{Coker}(f_{(K)}) = (\mathrm{Coker}(f))_{(K)} à des isomorphismes canoniques près. En particulier, pour que f(K)f_{(K)} soit injective (resp. surjective, resp. nulle), il faut et il suffit que Ker(f)⊂T(E)\mathrm{Ker}(f) \subset T(E) (resp. que Coker(f)\mathrm{Coker}(f) soit un module de torsion, resp. que Im(f)⊂T(F)\mathrm{Im}(f) \subset T(F)).

Cite 2 · Cité par 1

Cite Proposition 26, Corollaire 1

Cité par Corollaire 3

Cela résulte du cor. 1 et de la prop. 26 (II, p. 116).

Corollaire 3

Soient EE un AA-module, (xλ)λ∈L(x_\lambda)_{\lambda \in L} une famille d’éléments de EE. Pour que (xλ)(x_\lambda) soit une famille libre, il faut et il suffit que dans le KK-espace vectoriel E(K)E_{(K)}, la famille (1⊗xλ)(1 \otimes x_\lambda) soit libre*.

Cite 2

Cite Proposition 25, Corollaire 2

En effet, la famille (xλ)(x_\lambda) définit une application AA-linéaire f:A(L)→Ef : A^{(L)} \to E telle que f(eλ)=xλf(e_\lambda) = x_\lambda pour tout λ∈L\lambda \in L ((eλe_\lambda) étant la base canonique de A(L)A^{(L)}), et dire que (xλ)(x_\lambda) est libre signifie que ff est injective. Il suffit d’appliquer le cor. 2 à ff, en observant que A(L)A^{(L)} est sans torsion (II, p. 116, prop. 25).

Exercices

See the exercises for § 7.

Transcrit du volume imprimé. Non traduit.