§ 2. Exemples d’algèbres
Dans tout ce paragraphe, A désigne un anneau commutatif.
1. Algèbres d’endomorphismes
Soit B une A-algèbre associative ayant un élément unité noté 1, et soit M un B-module à droite. On sait que l’anneau est en outre muni d’une structure de module sur le centre de B. Or, l’image de l’homomorphisme de A dans B est contenue dans le centre de B (III, p. 3); donc h munit E d’une structure de A-module. De plus, pour , dans E, on a ; donc la multiplication dans E et la structure de A-module de E définissent sur E une structure de A-algèbre associative; l’application identique de M est élément unité de cette algèbre.
2. Algèbres de matrices
Soient B une A-algèbre associative unifère, et l’ensemble des matrices carrées d’ordre n sur B (II, p. 149). Alors est muni d’une structure de A-module définie par (, , ); cette structure et la multiplication des matrices définissent sur une structure de A-algèbre associative unifère. La bijection canonique de sur (II, p. 150) est un isomorphisme de A-algèbres.
Lorsque B = A, la A-algèbre admet une base canonique formée des unités matricielles (II, p. 142); la table de multiplication correspondante est
L’élément unité est égal à .
3. Algèbres quadratiques
Soient deux éléments de A, la base canonique du A-module . On appelle algèbre quadratique de type sur A le A-module muni de la structure d’algèbre définie par la table de multiplication (III, p. 10)
Une A-algèbre E isomorphe à une algèbre quadratique est encore dite algèbre quadratique. Il revient au même de dire que E admet une base de deux éléments dont l’un est élément unité.
On peut montrer que toute A-algèbre unifère qui admet une base de deux éléments est une algèbre quadratique (III, p. 178, § 2, exerc. 1).
Si une base d’une A-algèbre a la table de multiplication (2), on dit que c’est une base de type . Par abus de langage, on dit qu’une algèbre quadratique est de type lorsqu’elle possède une base de type .
Proposition 1
Une algèbre quadratique E est associative et commutative.
La fait que E soit commutative résulte de l’égalité dans (2) (III, p. 12); de même, pour vérifier l’associativité, il suffit de voir que lorsque sont chacun égaux à ou . Or, cette relation est évidente si l’un au moins des éléments est égal à : elle est encore vraie pour puisque E est commutative; d’où la proposition.
Notons l’élément unité dans une algèbre quadratique E, et soit une base de E de type ; toute autre base de E contenant est donc de la forme avec (II, p. 98, corollaire). En outre, pour que soit une base de E, il faut et il suffit que soit inversible dans A; la condition est évidemment suffisante; inversement, si est l’image canonique de dans , et doivent chacun former une base de , d’où la nécessité de la condition. On a alors
on voit donc que E est de type
pour tout inversible et tout . En particulier, si E est de type , elle est aussi de type comme on le voit en prenant et .
Proposition 2
Soient E une A-algèbre quadratique, e son élément unité. Pour tout , soit T(u) la trace de l’endomorphisme du A-module libre E (II, p. 78). Alors l’application s définie par est un automorphisme de l’algèbre E, et l’on a pour tout .
En effet, soit une base de E de type ; on a , d’où , et , d’où . Donc est une base de E, dont le type est donné par (3) avec et , ce qui redonne ; on en conclut que s est un automorphisme de l’algèbre E. Comme , les endomorphismes et du A-module E ont même trace (II, p. 78, prop. 3), d’où
pour tout .
On dit que l’automorphisme s est la conjugaison de la A-algèbre E, et s(u) est appelé le conjugué de u.
Si , avec dans A, on a , d’où
Lorsque , les formules précédentes se simplifient en
La proposition suivante donne la structure des algèbres quadratiques sur un corps commutatif:
Proposition 3
Soit E une A-algèbre quadratique de type .
(i) Si A est un corps et s’il ne contient aucun élément tel que , E est un corps (commutatif) (cf. V, § 3).
(ii) Si l’anneau A contient un élément tel que et si est inversible (resp. nul), E est isomorphe à (resp. est de type ).
Prouvons (i). Soient deux éléments de A et . Si et si l’on pose , on a d’après (5), d’où en vertu de l’hypothèse sur A ; si , on a . En tous cas, si , on a , donc N(u) est inversible dans A, et par suite u est inversible dans E.
Prouvons maintenant (ii). La base canonique de l’algèbre est de type . On a vu (III, p. 13, formule (3)) que E est de type
Une -algèbre quadratique de type s’appelle aussi une algèbre de nombres duaux sur .
4. Algèbres cayleyennes
Définition 1
On appelle algèbre cayleyenne sur un couple , où est une algèbre sur ayant un élément unité , et est un antiautomorphisme de tel que l’on ait
On dit que est la conjugaison de l’algèbre cayleyenne et que est le conjugué de . La condition entraîne que et sont permutables. On pose
Le couple formé d’une algèbre quadratique et de sa conjugaison (qui est un antiautomorphisme, puisque est commutative) (III, p. 13) est une algèbre cayleyenne.
Soit une algèbre cayleyenne; comme , on a , autrement dit , ou encore
Proposition 4
Soient une -algèbre, et des antiautomorphismes de tels que et soient des algèbres cayleyennes. Si admet une base contenant l’élément unité , on a . Il est clair que pour tout . Si (resp. ) sont les fonctions trace et norme pour (resp. ), il résulte de (13) que l’on a
T(u) − T'(u) = 0, d’où s(u) = s'(u). Comme s et s' coïncident dans B, ils sont égaux.
Dans ce qui suit, nous poserons , de sorte que l’on a
pour dans E, ; en outre
De la formule , on déduit
d’où, par échange de et ,
D’autre part, on a , d’où
Or, (16) appliquée en remplaçant par donne
d’où
Enfin, il est clair que pour tout , on a
en particulier , de sorte que la formule (19) donne
Il est clair que T est une forme linéaire sur le -module E. Comme est une forme bilinéaire sur ce module, \* il résulte de (18) et (20) que N est une forme quadratique (cf. IX, § 3, n° 4).*
5. Construction d’algèbres cayleyennes. Quaternions
Soit une algèbre cayleyenne sur A, pour laquelle nous utiliserons les notations de III, p. 15, et soit . Soit F l’algèbre sur A dont le module sous-jacent est et dont la multiplication est définie par
il est clair que est élément unité de F, et que est une sous-algèbre de F isomorphe à E; nous l’identifierons à E dans ce qui suit, de sorte que est identifié à et en particulier est identifié à l’élément unité de F.
Soit la permutation de F définie par
Proposition 5
(i) Le couple est une algèbre cayleyenne sur A. (ii) Posons de sorte que pour . La trace et la norme cayleyennes et de F sont données par les formules
Pour prouver à la fois (i) et (ii), il suffit donc de montrer que est un antiautomorphisme de F. Il est clair que est une bijection A-linéaire. D’autre part, on a
Reste à prouver (iii). Comme E s’identifie à une sous-algèbre de F, on peut supposer E associative. Soient des éléments de F. On a
L’examen de ces formules montre que la commutativité de E entraîne l’associativité de F. Réciproquement, si F est associative, les formules (27) appliquées avec et donnent c’est-à-dire quels que soient dans E; ainsi E est alors commutative.
C. Q. F. D.
Notons encore qu’avec les notations précédentes, on a, pour dans E,
L’algèbre cayleyenne est appelée l’*extension cayleyenne de* définie par . Exemples. — 1) Si l’on prend (donc ), l’algèbre F est une A-algèbre quadratique, de base avec .
2) Prenons pour E une algèbre quadratique de type , de sorte que le module sous-jacent à E est , avec la table de multiplication (2) (III, p. 12) pour la base canonique. Prenons pour s la conjugaison dans E (III, p. 13, prop. 2). Alors, pour tout , l’extension cayleyenne F de définie par est appelée l’algèbre de quaternions de type , qui est associative en vertu de III, p. 13, prop. 1 et III, p. 17, prop. 5; son module sous-jacent est , et si l’on note la base canonique de , la table de multiplication correspondante est donnée par
De plus, pour (avec dans ), on a (en écrivant au lieu de et identifiant à ):
Les formules (30) résultent en effet de (28) et (29) (III, p. 17), et les formules (31) de (23) et (24) (III, p. 17), compte tenu des formules relatives à l’algèbre quadratique E.
On a, pour dans F
car en vertu de l’associativité et du fait que appartient au centre de F.
Une A-algèbre isomorphe à une algèbre de quaternions est encore dite algèbre de quaternions; si une base d’une telle algèbre a la table de multiplication (30), on dit que c’est une base de type . Par abus de langage, on dit qu’une algèbre de quaternions est de type lorsqu’elle possède une base de type .
Lorsque , les formules (30) et (31) se simplifient en
et
On remplace alors partout par dans les locutions précédentes. Il est immédiat que les algèbres de quaternions de types et sont isomorphes.
On notera que les formules (32) montrent que F n’est pas commutative lorsque dans A.
\* Si l’on prend pour A le corps des nombres réels, et , l’algèbre F correspondante s’appelle l’algèbre des quaternions de Hamilton, et est notée . Si ( dans ) est un élément de , la formule (III, p. 18, formule (34)) montre que dans , de sorte que admet un inverse dans , et que est donc un corps non commutatif.*
3) Si on prend pour E une algèbre de quaternions (cf. III, p. 18, Exemple 2), l’extension cayleyenne de E définie par un élément est en général non associative (III, p. 17, prop. 5); on l’appelle algèbre d’octonions sur A (cf. III, p. 176).
6. Algèbre d’un magma, d’un monoïde, d’un groupe
Rappelons qu’un magma est un ensemble muni d’une loi de composition (I, p. 1). Soit S un magma, noté multiplicativement, et soit le A-module des combinaisons linéaires formelles des éléments de S (II, p. 25); on sait qu’on définit une application canonique de S dans telle que la famille soit une base (dite canonique) de , tout élément de s’écrivant donc d’une seule manière sous la forme , où est une famille d’éléments de A à support fini. Cela étant, on définit sur E une structure de A-algèbre en prenant comme table de multiplication de la base canonique
L’algèbre E ainsi définie s’appelle l’algèbre du magma S sur A. Si et sont deux éléments de E, on a
Lorsque S est un monoïde (resp. un groupe), on dit que E est l’algèbre du monoïde (resp. du groupe) S sur A; c’est alors une algèbre associative (III, p. 11); de même, lorsque S est un monoïde commutatif, son algèbre est associative et commutative. Enfin, si le magma S admet un élément neutre , est élément unité de l’algèbre E; comme l’élément est libre, A s’identifie alors à la sous-algèbre de E.
Lorsque , on identifie parfois S à son image par l’injection , de sorte qu’on écrit un élément de E; mais cette identification n’est pas possible (sous peine de confusion) lorsque S est noté additivement. On écrit alors souvent aussi au lieu de .
Soient B un second anneau commutatif, et un homomorphisme d’anneaux; considérons les algèbres et d’un même magma S sur A et sur B, et soient et leurs bases canoniques respectives. L’algèbre s’identifie canoniquement, par l’application A-linéaire j telle que pour tout , à l’algèbre obtenue à partir de par extension à B de l’anneau des scalaires (II, p. 25, cor. 3).
Proposition 6
Soient S un magma, F une A-algèbre et f un homomorphisme de S dans F munie de sa seule structure multiplicative. Alors il existe un homomorphisme de A-algèbres et un seul rendant commutatif le diagramme
(où la flèche verticale de gauche est l’application canonique ).
En effet, soit l’unique homomorphisme de A-modules tel que (II, p. 25, cor. 3); il suffit de vérifier que est un homomorphisme d’algèbres, et pour cela il suffit de prouver que , ce qui résulte aussitôt de la définition et de l’hypothèse .
La prop. 6 exprime que le couple formé de et de l’application canonique est solution du problème d’application universelle (E, IV, p. 23), où est l’espèce de structure de A-algèbre et les -applications les homomorphismes de S dans une A-algèbre munie de sa seule loi multiplicative.
Corollaire
Soient S, S’ deux magmas, g : S S’ un homomorphisme. Il existe alors un homomorphisme de A-algèbres u : et un seul rendant commutatif le diagramme
(où les flèches verticales sont les applications canoniques).
Il suffit d’appliquer la prop. 6 en prenant pour f l’application composée .
En particulier, si T est une partie stable du magma S (I, p. 6), l’ensemble des éléments de est une sous-algèbre de canoniquement isomorphe à l’algèbre , et qu’on identifie parfois à cette dernière.
Exemple
Soient V un A-module, S un monoïde qui opère à gauche dans V; cela signifie (I, p. 49) qu’on se donne une application de S dans V telle que et pour dans S, dans V et et que si e désigne l’élément neutre de S, pour .
Si l’on pose , est un homomorphisme de dans l’algèbre (munie de sa seule loi multiplicative), transformant l’élément neutre en l’élément unité . Appliquant la prop. 6 de III, p. 20, on en déduit un homomorphisme de A-algèbres , qui munit le groupe additif sous-jacent à d’une structure de module à gauche sur .
Ceci permet de ramener l’étude des groupes commutatifs à opérateurs à celle des modules. Soit en effet un groupe commutatif à opérateurs, noté additivement, et dont toutes les lois d’action sont notées multiplicativement. Soit l’ensemble somme (E, II, p. 30) des domaines d’opérateurs des diverses lois d’action de , chacun de ces domaines étant identifié canoniquement à une partie de . Soit le monoïde libre (I, p. 79) construit sur ; on définit une loi d’action sur , ayant comme domaine d’opérateurs, par récurrence sur la longueur du mot dans ; si est de longueur 0, c’est le mot vide , et nous posons pour tout . Si est de longueur , on peut l’écrire d’une seule manière , où est de longueur et de longueur 1, de sorte que ; on pose alors . Pour deux mots quelconques dans , on vérifie la relation par récurrence sur la longueur de .
Appliquant alors la méthode décrite ci-dessus, on obtient finalement sur une structure de -module à gauche, et on vérifie sans peine que les notions usuelles de la théorie des groupes à opérateurs (sous-groupes stables, homomorphismes) sont les mêmes pour les groupes commutatifs à opérateurs et les modules qui leur sont ainsi associés.
7. Algèbres libres
Définition 2
Soit I un ensemble ; désignons par* (resp. , resp. ) le magma libre (I, p. 77) (resp. le monoïde libre (I, p. 79), resp. le monoïde commutatif libre (I, p. 88)) construit sur I. L’algèbre de (resp. , resp. ) sur s’appelle l’algèbre libre (resp. l’algèbre associative libre, resp. l’algèbre associative et commutative libre (ou, par abus de langage, l’algèbre commutative libre)) de l’ensemble sur l’anneau .
Nous noterons (resp. , resp. ) l’algèbre libre (resp. l’algèbre associative libre, resp. l’algèbre commutative libre) de sur . Par composition de l’injection canonique de dans (resp. , resp. ) et de l’application canonique de (resp. , resp. ) dans (resp. , resp. ) on obtient une application canonique de dans (resp. , resp. ), qui est injective si . Nous désignerons par l’image d’un élément par cette application canonique, et nous dirons que est l’*indéterminée d’indice* de (resp. , resp. ).
Comme et ont chacun un élément neutre, et sont des algèbres associatives unifères, et en outre est commutative. Si est l’élément unité de (resp. ), l’application est un isomorphisme de sur un sous-anneau du centre de (resp. ), qu’on identifie à (III, p. 19).
Proposition 7
Soient I un ensemble, F une algèbre (resp. une algèbre associative unifère, resp. une algèbre associative et commutative unifère) sur A. Pour toute application f : I → F, il existe un homomorphisme (resp. un homomorphisme unifère) et un seul de Lib_A(I) (resp. Libas_A(I), resp. Libasc_A(I)) dans F tel que pour tout .
Soit le magma (resp. le monoïde) obtenu en munissant l’ensemble F de sa loi de composition multiplicative. Il y a un homomorphisme (resp. un homomorphisme unifère) et un seul g de M(I) (resp. Mo(I), resp. ) dans tel que pour tout (I, p. 78, p. 79 et p. 88); la prop. 7 résulte donc de III, p. 20, prop. 6.
Remarque 1
Nous définirons plus loin un isomorphisme de Libas_A(I) sur l’algèbre tensorielle du module libre (III, p. 62) ainsi qu’un isomorphisme de Libasc_A(I) sur l’algèbre symétrique de (III, p. 75).
Remarque 2
Soit un homomorphisme unifère de A dans un anneau commutatif B. Comme on l’a vu dans III, p. 20, on déduit de un isomorphisme de Lib_B(I) (resp. Libas_B(I), resp. Libasc_B(I)) sur l’algèbre (resp. , resp. ) obtenue par extension des scalaires à B au moyen de ; si sont les indéterminées d’indice i correspondant respectivement à A et à B, on a .
Remarque 3
Soit J une partie de I; on sait que M(J) s’identifie à une partie stable du magma , donc (III, p. 20) s’identifie canoniquement à une sous-algèbre de , engendrée par les tels que ; on dit qu’un élément de ne fait intervenir que les indéterminées d’indices appartenant à J. La définition donnée dans III, p. 19 de l’algèbre d’un magma montre que est la réunion de la famille filtrante des sous-algèbres lorsque J parcourt l’ensemble des parties finies de I. On a des résultats analogues pour Libas_A(I) et Libasc_A(I).
Remarque 4
À tout élément s de M(I) (resp. Mo(I), resp. ) est associé sa longueur , qui est un entier (resp. ) tel que (I, p. 77, p. 79 et p. 87). Si est l’élément de (resp. Libas_A(I), resp. Libasc_A(I)) correspondant à s, on appelle degré total (ou simplement degré) d’un élément de (resp. Libas_A(I), resp. Libasc_A(I)) le plus grand des nombres lorsque s parcourt l’ensemble (non vide par hypothèse) des éléments tels que . Par exemple, si sont trois éléments distincts de I, l’élément est un élément de degré total 4 dans .
8. Définition d’une algèbre par générateurs et relations
Soient F une algèbre sur A, une famille d’éléments de F. En vertu de la prop. 7, il existe un unique homomorphisme tel que pour tout . Pour que soit surjectif, il faut et il suffit que soit un système générateur de .
Si , s’appelle l’élément de déduit de par substitution des éléments aux indéterminées , ou encore la valeur de pour les valeurs des indéterminées ; on le note le plus souvent ; on a en particulier . Si est un homomorphisme de dans une algèbre sur , on a
Soit une famille d’éléments de . On dit que est une présentation de l’algèbre si est un système générateur de , et si l’idéal bilatère de engendré par les est égal à l’idéal des relateurs de la famille ; on dit que les sont les générateurs et les les relateurs de la présentation.
Considérons maintenant un ensemble quelconque , et une famille d’éléments de . On appelle algèbre universelle définie par le système générateur lié par la famille de relateurs l’algèbre quotient de par l’idéal bilatère engendré par la famille . Il est clair que si l’on note l’image de dans , est une présentation de . En outre, si est une famille d’éléments d’une algèbre et si l’on a pour tout , il existe un unique homomorphisme tel que pour tout ; pour que soit une présentation de , il faut et il suffit que soit bijectif.
Ces remarques justifient les abus de langage suivants: au lieu de dire « est une présentation de », on dit aussi « est l’algèbre engendrée par les générateurs soumis aux relations ». Lorsque les sont de la forme , on dit aussi que « est l’algèbre engendrée par les soumis aux relations ».
Soit un ensemble; nous dirons qu’un élément de est un relateur universel pour une -algèbre si l’on a pour toute famille d’éléments de ayant pour ensemble d’indices.
Exemple 1
Prenons ; les algèbres qui admettent
X_1 X_2 - X_2 X_1 comme relateur universel sont les algèbres commutatives. \* Les algèbres qui admettent les relateurs universels X_1 X_1 et
sont les algèbres de Lie.
Soit I un ensemble; donnons-nous une famille d’éléments de Lib_A(H), et considérons l’ensemble T des éléments de Lib_A(I) de la forme , où parcourt K, et pour chaque , parcourt l’ensemble des familles d’éléments de Lib_A(I) ayant H pour ensemble d’indices; considérons une famille ayant T pour ensemble d’éléments. Cela étant, soit F l’algèbre universelle définie par le système générateur I lié par la famille , et soit l’homomorphisme canonique, de sorte que Ker(u) est engendré par les éléments pour tous les et toutes les familles d’éléments de Lib_A(I); il est clair que chacun des () est un relateur universel pour F. Soit maintenant F’ une algèbre admettant un système générateur , pour laquelle chacun des soit un relateur universel, et soit l’homomorphisme tel que pour tout ; il est clair que Ker(u) Ker(u’), donc u’ s’écrit d’une seule manière sous la forme , où est un homomorphisme, tel que pour tout . On dit pour cette raison que F est l’algèbre universelle définie par le système générateur I, correspondant à la famille de relateurs universels . Par abus de langage, on dit parfois que F est l’algèbre universelle engendrée par I et soumise aux identités pour toute famille d’éléments de F.
Exemple 2
Soit L’ l’algèbre universelle engendrée par I et soumise aux identités pour toute famille de trois éléments de L’, et soit L” l’algèbre obtenue par adjonction à L’ d’un élément unité; il existe alors un isomorphisme unifère unique g de L” sur Libas_A(I) tel que pour tout . En effet, il est clair que L” est associative et l’existence de l’homomorphisme g résulte de la définition de L’ et des remarques qui la précèdent; mais alors il est clair que L” vérifie la propriété universelle (III, p. 22, prop. 7) qui caractérise Libas_A(I), d’où la conclusion.
Des considérations analogues aux précédentes s’appliquent aux algèbres associatives (resp. associatives et commutatives), en tenant compte des remarques qui suivent. Quand le contexte indique suffisamment que les algèbres que l’on considère sont des algèbres unifères, on fait souvent l’abus de langage qui consiste à appeler système générateur d’une algèbre F une famille d’éléments de F telle que la sous-algèbre engendrée par les () et par l’élément unité soit égale à F. Cela étant, soient F une algèbre associative unifère sur A, et soit une famille d’éléments de F; en vertu de III, p. 22, prop. 7, il existe un unique homomorphisme unifère tel que pour tout ; si U , on appelle encore l’élément de F déduit de U par substitution des éléments aux indéterminées , et on le note encore . On transporte alors aussitôt aux algèbres associatives les notions de relateur, de présentation, et de relateur universel ; il suffit simplement de remplacer partout par .
L’algèbre associative unifère universelle, définie par le système générateur lié par la famille de relateurs est l’algèbre quotient de par l’idéal bilatère engendré par la famille . On définit de même l’algèbre associative unifère universelle définie par le système générateur , et correspondant à une famille de relateurs universels. Nous laissons au lecteur le soin d’énoncer les définitions analogues relatives aux algèbres associatives et commutatives, se substituant à .
Exemple 3
Soit l’algèbre associative unifère universelle engendrée par et soumise aux identités pour toute famille de deux éléments de . On voit comme dans III, p. 24, Exemple 2 que est canoniquement isomorphe à .
9. Algèbres de polynômes
Soit une -algèbre associative, commutative et unifère et soit une famille d’éléments de ; on désigne par , ou simplement , la sous-algèbre de engendrée par les () et par l’élément unité, lorsqu’aucune confusion n’en résulte. Pour tout ensemble , l’algèbre est donc égale à (qu’on note aussi ); cette dernière notation, qui a l’avantage d’indiquer la notation choisie pour noter les indéterminées, est celle que nous emploierons en général dans la suite de ce Traité. Les éléments de sont appelés polynômes par rapport aux indéterminées () à coefficients dans ; il convient de noter que lorsqu’on dit « soit une algèbre de polynômes », on sous-entend toujours que les sont les indéterminées. Pour toute partie de , l’usage de la notation précédente revient à identifier à la sous-algèbre de engendrée par les d’indice et l’élément unité (cf. III, p. 22, Remarque 3). Pour on écrit au lieu de .
Si et sont deux ensembles équipotents, les algèbres et sont isomorphes. On note souvent l’algèbre des polynômes correspondant à un ensemble d’indices non spécifié à un seul élément, étant l’unique indéterminée; de même, on notera , , … les algèbres de polynômes correspondant à des ensembles d’indices non spécifiés à 2, 3, … éléments. On notera qu’en vertu des conventions faites plus haut, et sont par exemple des sous-algèbres (distinctes) de si .
Les éléments
où parcourt , forment une base de l’algèbre de polynômes . Ces éléments s’appellent les monômes en les indéterminées , et le nombre est appelé le degré (ou degré total) du monôme . L’unique monôme de degré 0 est l’élément unité de ; on l’identifie souvent à l’élément unité 1 de A. Tout polynôme de s’écrit d’une façon et d’une seule
avec ; les éléments , nuls sauf pour un nombre fini d’indices , s’appellent les coefficients de ; les éléments s’appellent les termes de (l’élément étant souvent appelé « le terme en »); en particulier le terme (identifié à ) s’appelle le terme constant de . Si est une partie de , appartient à si et seulement si lorsque . Il en résulte que est la réunion des sous-algèbres , où parcourt l’ensemble des parties finies de . Si pour , on dit que est un polynôme de degré . Lorsque , on dit (par abus de langage) que ne contient pas de terme en ; en particulier, quand , on dit que est un polynôme sans terme constant.
Pour tout polynôme non nul , on appelle degré (ou degré total) de le plus grand des entiers pour les multiindices tels que .
Soit F une A-algèbre associative unifère, et soit une famille d’éléments de F, deux à deux permutables. La sous-algèbre F’ de F engendrée par les et l’élément unité est commutative (III, p. 111), ce qui permet de définir la substitution des aux dans un polynôme (bien que F ne soit pas nécessairement commutative): est un élément de F’, donc de F, et est un homomorphisme de dans F. Les éléments du noyau de sont les relateurs de la famille dans , qu’on appelle aussi relateurs polynomiaux (à coefficients dans A) entre les . L’image de l’homomorphisme est la sous-algèbre F’, qu’on désigne encore par (même quand F n’est pas commutative); si est l’idéal des relateurs polynomiaux entre les , on a une suite exacte de A-modules
Proposition 8
Soient une algèbre de polynômes, une partie de , K le complémentaire de dans . Si on pose et si on note () les indéterminées dans l’algèbre de polynômes Libasc(K) = , il existe un isomorphisme unique d’anneaux de sur qui coïncide avec l’identité dans et transforme en pour tout .
En effet, il est clair que est une -algèbre engendrée par les pour . D’autre part, comme un relateur polynomial entre les () à coefficients dans s’écrit d’une seule manière où parcourt une partie finie de et où les sont des éléments de , les doivent être des relateurs polynomiaux entre les à coefficients dans , donc sont tous nuls, ce qui prouve la proposition.
On utilise souvent l’isomorphisme décrit dans la prop. 8 pour identifier les éléments de à des polynômes à coefficients dans . Si est un élément de , son degré total quand on le considère comme élément de est encore appelé son degré par rapport aux d’indice .
Remarque
Soient et deux ensembles, une famille d’éléments de ; si est un élément de tel que , alors, pour toute famille d’éléments deux à deux permutables d’un anneau , on a . On appelle parfois identités polynomiales les relations vraies de la forme . Par exemple
10. Algèbre large d’un monoïde
L’algèbre d’un monoïde sur est (en tant que -module) le sous-module du produit formé des familles de support fini; la multiplication dans cette algèbre est définie par les relations , où, pour tout ,
(D) Pour tout , il n’existe qu’un nombre fini de couples dans tels que .
Supposons donc que vérifie la condition (D); sur le -module produit , on peut alors définir une loi de multiplication par la formule (38). Il est immédiat que la multiplication ainsi définie sur est -bilinéaire; en outre, elle est associative, car on a, pour dans ,
une structure d’algèbre associative unifère sur ; nous dirons que l’ensemble , muni de cette structure, est l’algèbre large du monoïde sur .
Il est immédiat que l’algèbre du monoïde sur (dite encore algèbre stricte de lorsqu’on veut éviter des confusions) est une sous-algèbre de l’algèbre large de sur (et est identique à cette dernière lorsque est fini). Par abus de langage, on note encore tout élément de l’algèbre large de sur par la même notation (ou même ) que les éléments de l’algèbre stricte de ; bien entendu le signe de sommation qui figure dans cette notation ne correspond à aucune opération algébrique puisqu’il porte en général sur une infinité de termes . Avec cette notation, la multiplication dans l’algèbre large de est encore donnée par la formule (35) de III, p. 19.
Si est commutatif, il en est de même de son algèbre large . Si est un sous-monoïde de , l’algèbre large du monoïde s’identifie canoniquement à une sous-algèbre de l’algèbre large de . Si est un homomorphisme d’anneaux, l’extension canonique est un -homomorphisme de l’algèbre large de sur dans l’algèbre large de sur , qui prolonge l’homomorphisme canonique .
11. Séries formelles sur un anneau commutatif
Pour tout ensemble , le monoïde additif vérifie la condition (D) de III, p. 27: en effet, si avec sauf pour les indices d’une partie finie de , la relation avec et équivaut à pour tout ; mais cela entraîne pour et , pour ; il y a donc couples dans tels que .
On peut donc considérer l’algèbre large sur du monoïde , qui contient l’algèbre (stricte) de ce monoïde. C’est une algèbre associative, commutative et unifère, qu’on appelle algèbre des séries formelles par rapport aux indéterminées () et à coefficients dans et qu’on note ; ses éléments portent le nom de séries formelles par rapport aux indéterminées (), à coefficients dans . Un tel élément se note encore, suivant la convention faite dans III, p. 28, ; les sont les coefficients de la série formelle, les ses termes; un polynôme en les est donc une série formelle n’ayant qu’un nombre fini de termes .
Il est clair que de toute bijection , on déduit canoniquement un isomorphisme d’algèbres en faisant correspondre à la série formelle la série formelle .
Soit une partie de ; l’algèbre peut être identifiée à la sous-algèbre de constituée par les séries formelles où α_{(n_i)} = 0 pour tout élément (n_i) \in \mathbf{N}^{(I)} tel que n_i \neq 0 pour un indice i \in I - J au moins. En outre, si K = I - J, A[[X_i]]_{i \in I} s’identifie canoniquement à (A[[X_j]]_{j \in J})[[X_k]]_{k \in K}, en identifiant la série formelle à la série formelle , où
Etant donnée une série formelle , on appelle termes de degré total dans les termes tels que . La série formelle dont les termes de degré total sont ceux de et dont les autres termes sont nuls, est dite partie homogène de degré de ; lorsque I est fini, est un polynôme pour tout ; s’identifie à un élément de A (dit encore terme constant de ). Si et sont deux séries formelles et , on a
Pour toute série formelle , on appelle ordre total (ou simplement ordre) de le plus petit des entiers tels que . Si on désigne cet ordre par , et si et sont deux séries formelles , on a
On notera que l’ordre de 0 n’est pas défini. Par abus de langage on convient toutefois de dire que « est une série formelle d’ordre (resp. ) » si la partie homogène de degré de est nulle pour tout (resp. ); 0 est donc une « série formelle d’ordre » pour tout entier .
Soit J une partie de I, et identifions comme ci-dessus A[[X_i]]_{i \in I} à B[[X_k]]_{k \in K}, avec K = I - J et B = A[[X_j]]_{j \in J}; aux définitions ci-dessus appliquées à B[[X_k]]_{k \in K} correspondent donc de nouvelles définitions pour les séries formelles : un terme est dit de degré par rapport aux d’indice si , et la série formelle de B[[X_k]]_{k \in K} ayant même termes de degré que et les autres nuls est dite partie homogène de degré par rapport aux d’indice . Si , l’ordre par rapport aux d’indice est le plus petit des entiers tels que la partie homogène de degré de par rapport aux d’indice soit . On a encore les inégalités (40) et (41) lorsqu’on y remplace par .
Exercices
See the exercises for § 2.