§ 3. Algèbres graduées
Les graduations dont il sera question dans ce paragraphe auront pour ensemble de degrés un monoïde commutatif noté additivement et dont l’élément neutre est noté 0.
1. Algèbres graduées
Définition 1
Soient un monoïde commutatif, un anneau commutatif gradué de type (II, p. 164), sa graduation, une -algèbre. On dit qu’une graduation de type sur le groupe additif est compatible avec la structure de -algèbre de si elle est compatible à la fois avec la structure de -module et avec la structure d’anneau de , autrement dit, si l’on a, quels que soient dans ,
(1)
La -algèbre , munie de cette graduation, est alors appelée algèbre graduée de type sur l’anneau gradué .
Lorsque la graduation de est triviale (c’est-à-dire (II, p. 163) que , pour ), la condition (1) signifie que les sont des sous-A-modules de . Ceci conduit à définir la notion d’algèbre graduée de type sur un anneau commutatif non gradué: on munit de la graduation triviale de type et on applique la définition précédente.
Lorsque nous considérerons des -algèbres graduées ayant un élément unité , il sera toujours sous-entendu que est de degré 0 (cf. III, p. 183, exerc. 1).
On en conclut que si un élément inversible est homogène et de degré , son inverse est homogène et de degré : il suffit en effet de décomposer en somme d’éléments homogènes dans les relations .
Soient et deux algèbres graduées de type sur un anneau gradué de type . On dit qu’un homomorphisme de -algèbres est un homomorphisme d’algèbres graduées si on a pour tout (en désignant par et les graduations respectives de et ); lorsque et sont associatives et unifères, et que est unifère, cette condition signifie que est un homomorphisme d’anneaux gradués (II, p. 166).
Soit une -algèbre graduée de type . On identifie à une -algèbre graduée de type , en convenant que pour .
Remarque
La définition 1 peut encore s’interpréter en disant que E est un A-module gradué et que l’application A-linéaire
qui définit la multiplication dans E (III, p. 5) est homogène de degré 0 lorsqu’on munit de sa graduation de type (II, p. 173).
Définir une structure de A-algèbre graduée de type sur l’anneau gradué A, ayant E pour A-module gradué sous-jacent, revient donc à définir, pour chaque couple d’éléments de , une application -bilinéaire telle que pour tout triplet d’indices et pour , , , on ait .
Exemple 1
Soit B un anneau gradué de type ; si on munit B de sa structure canonique de -algèbre (III, p. 2, Exemple 2), B est une A-algèbre graduée ( étant muni de la graduation triviale).
Exemple 2
Soient A un anneau commutatif gradué de type , M un A-module gradué de type . Supposons que tous les éléments du monoïde soient simplifiables, ce qui permet (II, p. 175) de définir sur une structure de A-module gradué de type ; comme cette graduation est compatible avec la structure d’anneau de (II, p. 175), elle définit sur la A-algèbre une structure de A-algèbre graduée unifère.
Exemple 3
Algèbre d’un magma. Soient S un magma et soit un homomorphisme. Pour tout , posons ; on a alors . Soient A un anneau commutatif gradué de type , sa graduation; nous allons définir sur l’algèbre du magma S (III, p. 19) une structure de A-algèbre graduée. Pour cela, désignons par le sous-groupe additif de E engendré par les éléments de la forme tels que , et . Comme les sont deux à deux disjoints, E est somme directe des , donc aussi somme directe des , et il est immédiat que les vérifient les conditions (1) et (2) de III, p. 30 et définissent donc sur E la structure de A-algèbre graduée voulue. Si S admet un élément neutre , on supposera en outre que . Un cas particulier est celui où la graduation de l’anneau A est triviale; alors est le sous-A-module de E engendré par . Plus particulièrement, si l’on prend , et pour l’application telle que , l’anneau A étant muni de la graduation triviale, on obtient ainsi sur l’algèbre de polynômes une graduation pour laquelle le degré d’un polynôme homogène est le degré total défini dans III, p. 26 (cf. III, p. 73).
Prenons maintenant pour S le monoïde libre Mo(B) d’un ensemble B (I, p. 79), et pour l’homomorphisme qui à chaque mot associe sa longueur. On obtient ainsi une structure de A-algèbre graduée sur l’algèbre associative libre de l’ensemble B (III, p. 21; cf. III, p. 62).
2. Sous-algèbres graduées, idéaux gradués d’une algèbre graduée
Soit E une algèbre graduée de type Δ sur un anneau gradué A de type Δ. Si F est une sous-A-algèbre de E qui est un sous-A-module gradué, alors la graduation (F_λ) de F est compatible avec sa structure de A-algèbre, puisque F_λ = F ∩ E_λ ; on dit dans ce cas que F est une sous-algèbre graduée de E, et l’injection canonique F → E est un homomorphisme d’algèbres graduées.
De même, si a est un idéal à gauche (resp. à droite) de E qui soit un sous-A-module gradué, on a E_λ a_μ ⊂ a_{λ+μ} (resp. a_λ E_μ ⊂ a_{λ+μ}), puisque a_λ = a ∩ E_λ ; on dit alors que a est un idéal gradué de l’algèbre E. Si b est un idéal bilatère gradué de E, la graduation quotient sur le module E/b est compatible avec la structure d’algèbre de E/b, et l’homomorphisme canonique E → E/b est un homomorphisme d’algèbres graduées.
Si u : E → E' est un homomorphisme d’algèbres graduées, Im(u) est une sous-algèbre graduée de E', Ker(u) un idéal bilatère gradué de E, la bijection E/Ker(u) → Im(u) canoniquement associée à u étant un isomorphisme d’algèbres graduées.
Proposition 1
Soient A un anneau commutatif gradué de type Δ, E une A-algèbre graduée de type Δ, S un ensemble d’éléments homogènes de E. Alors la sous-A-algèbre (resp. l’idéal à gauche, l’idéal à droite, l’idéal bilatère) engendrée par S (resp. engendré par S) est une sous-algèbre graduée (resp. un idéal gradué).
La sous-algèbre de E engendrée par S est le sous-A-module engendré par les produits finis d’éléments de S, qui sont homogènes; de même, l’idéal à gauche (resp. à droite) engendré par S est le sous-A-module engendré par les éléments de la forme u_1(u_2(...(u_n s))...) (resp. (...((s u_n) u_{n-1})...) u_2) u_1, où s ∈ S et les u_j ∈ E sont homogènes (n quelconque) et ces produits sont homogènes, d’où dans ce cas la conclusion en vertu de II, p. 167, prop. 2; enfin l’idéal bilatère engendré par S est la réunion de la suite (J_n)_{n ≥ 1}, où J_1 est l’idéal à gauche engendré par S, J_{2n} (resp. J_{2n+1}) l’idéal à droite (resp. à gauche) engendré par J_{2n-1} (resp. J_{2n}), ce qui termine la démonstration.
3. Limites inductives d’algèbres graduées
Soit (A_α, φ_{βα}) un système inductif filtrant d’anneaux commutatifs gradués de type Δ (II, p. 170, Remarque 3), et pour chaque α, soit E_α une A_α-algèbre graduée de type Δ; pour α ≤ β, soit f_{βα} : E_α → E_β un A_α-homomorphisme d’algèbres graduées, et supposons que l’on ait f_{γα} = f_{γβ} ◦ f_{βα} pour α ≤ β ≤ γ; nous dirons alors que (E_α, f_{βα}) est un système inductif filtrant d’algèbres graduées de type Δ sur le système inductif filtrant (A_α, φ_{βα}) d’anneaux commutatifs graduées de type Δ. On sait alors (II, p. 170) que E = lim → E_α est canoniquement muni d’une structure de module gradué de type Δ sur l’anneau gradué A = lim → A_α, et d’une multiplication telle que E^λ E^μ ⊂ E^{λ+μ} (en désignant par (E^λ) la graduation de E);
donc cette multiplication et la structure de A-module gradué de E définissent sur E une structure de A-\emph{algèbre graduée de type} ; on dit que E, muni de cette structure, est la \emph{limite inductive} du système inductif d’algèbres graduées. Les homomorphismes canoniques sont alors des -homomorphismes d’algèbres graduées. En outre, si F est une A-algèbre graduée de type et un système inductif de -homomorphismes , est un A-homomorphisme d’algèbres graduées.
Exercices
See the exercises for § 3.