Bourbaki

§ 6. Algèbres étales

Dans tout ce paragraphe, on note K un corps.

1. Indépendance linéaire des homomorphismes

Soient L une extension de K et V un espace vectoriel sur K. Dans ce paragraphe, on note Hom_K(V, L) l’ensemble des applications K-linéaires de V dans L muni de la structure d’espace vectoriel sur L telle que :

(1)

(f+g)(x)=f(x)+g(x) ,(αf)(x)=αf(x)(f + g)(x) = f(x) + g(x)\,,\quad (\alpha f)(x) = \alpha f(x)

pour x∈V,α∈Lx \in V, \alpha \in L et f,gf, g dans Hom_K(V, L). Soient V(L)=L⊗KVV_{(L)} = L \otimes_K V l’espace vectoriel sur L déduit de V par extension des scalaires et (V(L))∗(V_{(L)})^* son dual. D’après II, p. 82, on a un isomorphisme canonique u↦u~u \mapsto \tilde{u} de L-espaces vectoriels de (V(L))∗(V_{(L)})^* sur Hom_K(V, L) tel que u~(x)=u(1⊗x)\tilde{u}(x) = u(1 \otimes x) pour x∈Vx \in V et uu dans (V(L))∗(V_{(L)})^*. Si V est de dimension finie n sur K, l’espace vectoriel V(L)V_{(L)} sur L est de dimension n, ainsi que son dual (V(L))∗=V(L)∗(V_{(L)})^* = V_{(L)}^*, d’où la formule

(2)

[HomK(V,L):L]=[V:K]. [\mathrm{Hom}_K(V, L) : L ] = [V : K] .

Théorème 1

Soient L une extension d’un corps K et A une algèbre sur K ; soit H\mathscr{H} l’ensemble des homomorphismes de K-algèbres de A dans L. Alors H\mathscr{H} est une partie libre de l’espace vectoriel HomK(A,L)\mathrm{Hom}_K(A, L) sur L.

Montrons, par récurrence sur l’entier n⩾0n \geqslant 0, que toute suite (u1,…,un)(u_1, \ldots, u_n) d’éléments distincts de H\mathscr{H} est libre. Le cas n=0n = 0 étant trivial, supposons désormais n⩾1n \geqslant 1; soient α1,…,αn\alpha_1, \ldots, \alpha_n des éléments de L tels que l’on ait ∑i=1nαiui=0\sum_{i=1}^n \alpha_i u_i = 0. Pour x,yx, y dans A, on a

∑i=1n−1αi[ui(x)−un(x)]⋅ui(y)=∑i=1nαiui(xy)−un(x)∑i=1nαiui(y)=0, \sum_{i=1}^{n-1} \alpha_i [u_i(x) - u_n(x)] \cdot u_i(y) = \sum_{i=1}^n \alpha_i u_i(xy) - u_n(x) \sum_{i=1}^n \alpha_i u_i(y) = 0 ,

d’où ∑i=1n−1αi[ui(x)−un(x)]⋅ui=0\sum_{i=1}^{n-1} \alpha_i [u_i(x) - u_n(x)] \cdot u_i = 0. D’après l’hypothèse de récurrence, les éléments u1,…,un−1u_1, \ldots, u_{n-1} de H\mathscr{H} sont linéairement indépendants, d’où αi[ui(x)−un(x)]=0\alpha_i [u_i(x) - u_n(x)] = 0 pour 1⩽i⩽n−11 \leqslant i \leqslant n-1 et pour tout xx dans A. Les uiu_i étant distincts, cela implique αi=0\alpha_i = 0 pour i≠ni \neq n, donc αnun=0\alpha_n u_n = 0, d’où αn=αnun(1)=0\alpha_n = \alpha_n u_n(1) = 0 (en notant 1 l’élément unité de A). On a donc prouvé que α1,…,αn−1,αn\alpha_1, \ldots, \alpha_{n-1}, \alpha_n sont nuls, d’où le théorème.

Corollaire 1

Soient Γ\Gamma un monoïde, L un corps et X l’ensemble des homomorphismes de Γ\Gamma dans le monoïde multiplicatif de L. Alors X est une partie libre du L-espace vectoriel LΓL^\Gamma des applications de Γ\Gamma dans L.

Soient A l’algèbre du monoïde Γ\Gamma à coefficients dans L et (eγ)γ∈Γ(e_\gamma)_{\gamma \in \Gamma} la base canonique de A sur L (III, p. 19). Pour toute application L-linéaire uu de A dans L, posons u~(γ)=u(eγ)\tilde{u}(\gamma) = u(e_\gamma) (pour γ∈Γ\gamma \in \Gamma) ; alors, l’application u↦u~u \mapsto \tilde{u} est un isomorphisme de L-espaces vectoriels de HomL(A;L)\mathrm{Hom}_L(A; L) sur LΓL^\Gamma, qui applique sur X l’ensemble des homomorphismes de L-algèbres de A dans L. Il suffit alors d’appliquer le th. 1 avec K=LK = L.

Corollaire 2 (Théorème de Dedekind)

Soient E et L deux extensions de K. L’ensemble des K-homomorphismes de E dans L est libre sur L. Si E est de degré fini sur K, le nombre des K-homomorphismes de E dans L est au plus égal à [E : K].* La dernière assertion se déduit de la première en tenant compte de la formule (2).

2. Indépendance algébrique des homomorphismes

Théorème 2

Soient K un corps infini, L une extension de K et A une algèbre sur K. Soient u1,...,unu_1, ..., u_n des K-homomorphismes d’algèbres distincts de A dans L et f un polynôme de L[X1,...,Xn]L[X_1, ..., X_n]. Si l’on a f(u1(x),...,un(x))=0f(u_1(x), ..., u_n(x)) = 0 pour tout x∈Ax \in A, on a f=0f = 0. Soit B l’ensemble des éléments de LnL^n de la forme (u1(x),...,un(x))(u_1(x), ..., u_n(x)) avec x∈Ax \in A. D’après le théorème 1, il n’existe pas de suite (α1,...,αn)(\alpha_1, ..., \alpha_n) d’éléments non tous nuls de L telle que ∑i=1nαiui(x)=0\sum_{i=1}^n \alpha_i u_i(x) = 0 pour tout x∈Ax \in A; par suite (II, p. 104, th. 7), B engendre l’espace vectoriel LnL^n sur L. Il existe donc des éléments a1,...,ana_1, ..., a_n de A tels que la matrice (ui(aj))1≤i,j≤n(u_i(a_j))_{1 \leq i,j \leq n} soit inversible. Définissons le polynôme g∈L[Y1,...,Yn]g \in L[Y_1, ..., Y_n] par

g(Y1,...,Yn)=f(∑j=1nu1(aj)Yj,...,∑j=1nun(aj)Yj). g(Y_1, ..., Y_n) = f(\sum_{j=1}^n u_1(a_j) Y_j, ..., \sum_{j=1}^n u_n(a_j) Y_j).
Soient y1,...,yny_1, ..., y_n dans K ; si l’on pose x=∑i=1nyiaix = \sum_{i=1}^n y_i a_i, on a
g(y1,...,yn)=f(u1(x),...,un(x)), d’ouˋ g(y1,...,yn)=0 g(y_1, ..., y_n) = f(u_1(x), ..., u_n(x)), \text{ d’où } g(y_1, ..., y_n) = 0
d’après l’hypothèse faite sur ff. Comme le corps K est infini, on a g=0g = 0 (IV, p. 17, corollaire 2) ; or, la matrice (ui(aj))(u_i(a_j)) a une inverse (bij)(b_{ij}), et l’on a
f(X1,...,Xn)=g(∑j=1nb1jXj,...,∑j=1nbnjXj), f(X_1, ..., X_n) = g(\sum_{j=1}^n b_{1j} X_j, ..., \sum_{j=1}^n b_{nj} X_j),
d’où f=0f = 0.

Le théorème 2 n’a pas d’analogue pour les corps finis. Soient en effet K un corps fini à q éléments, A=L=KA = L = K et f(X)=Xq−Xf(X) = X^q - X. On a xq=xx^q = x pour tout x∈Kx \in K (V, p. 89, prop. 2) ; par suite, si uu est l’automorphisme identique de K, on a f(u(x))=0f(u(x)) = 0 pour tout x∈Kx \in K bien que ff ne soit pas nul.

3. Algèbres diagonalisables et algèbres étales

Définition 1

Soit AA une algèbre sur KK. On dit que AA est diagonalisable s’il existe un entier n⩾0n \geqslant 0 tel que AA soit isomorphe à l’algèbre produit KnK^n. On dit que AA est diagonalisée par une extension LL de KK si l’algèbre A(L)A_{(L)} sur LL déduite de AA par extension des scalaires est diagonalisable. On dit que AA est étale s’il existe une extension de KK qui diagonalise AA.

Rappelons que l’algèbre produit KnK^n est l’espace vectoriel KnK^n muni du produit défini par

(x1,…,xn).(y1,…,yn)=(x1y1,…,xnyn). (x_1, \ldots, x_n).(y_1, \ldots, y_n) = (x_1y_1, \ldots, x_ny_n) .

Si ε1,…,εn\varepsilon_1, \ldots, \varepsilon_n est la base canonique de KnK^n, on a

εi2=εi,εiεj=0sii≠j \varepsilon_i^2 = \varepsilon_i , \quad \varepsilon_i \varepsilon_j = 0 \quad \text{si} \quad i \neq j

et 1=ε1+⋯+εn1 = \varepsilon_1 + \cdots + \varepsilon_n.

Toute algèbre étale sur KK est commutative et de degré fini sur KK.

Proposition 1

Soit AA une algèbre de degré fini nn sur le corps KK. Les conditions suivantes sont équivalentes :

a) L’algèbre AA est diagonalisable. b) Il existe une base (e1,…,en)(e_1, \ldots, e_n) de AA telle que ei2=eie_i^2 = e_i et eiej=0e_i e_j = 0 pour i≠ji \neq j. c) Les homomorphismes de KK-algèbres de AA dans KK engendrent le dual du KK-espace vectoriel AA. d) Tout AA-module est somme directe de sous-modules qui sont de dimension 1 sur KK.

L’équivalence de a) et b) résulte de la formule (6) ; d’autre part, les nn projections Kn→KK^n \to K sont des homomorphismes d’algèbres, donc a) implique c). Si c) est satisfait, les homomorphismes d’algèbres de AA dans KK forment une base du dual de AA (V, p. 26, th. 1) ; notons-les u1,…,unu_1, \ldots, u_n ; alors a↦(ui(a))a \mapsto (u_i(a)) est un isomorphisme de AA sur l’algèbre KnK^n, d’où a). On a donc démontré l’équivalence des conditions a),b)a), b) et c).

Supposons b) vérifiée, et soit MM un AA-module ; alors les homothéties (ei)M(e_i)_M de rapport eie_i sont des projecteurs de MM, et MM est somme directe des eiMe_i M, qui en sont des sous-A-modules. On peut donc supposer qu’il existe un indice ii tel que (ej)M=0(e_j)_M = 0 pour j≠ij \neq i. Alors tout sous-espace vectoriel de MM en est un sous-A-module, d’où d).

Inversement, supposons d) vérifiée et considérons le AA-module AsA_s. Il existe alors une base (fi)(f_i) du KK-espace vectoriel AA tel que Afi=KfiAf_i = Kf_i pour i=1,…,ni = 1, \ldots, n. Quitte à remplacer chaque fif_i par un multiple scalaire convenable, on peut supposer que 1=f1+⋯+fn1 = f_1 + \cdots + f_n. Si i≠ji \neq j, fifjf_i f_j appartient à Afi∩Afj=Kfi∩KfjAf_i \cap Af_j = Kf_i \cap Kf_j, donc est nul. Alors fi=fif1+⋯+fifn=fi2f_i = f_i f_1 + \cdots + f_i f_n = f_i^2, d’où b).

Corollaire

Soient L une extension de K et H\mathscr{H} l’ensemble des homomorphismes d’algèbres de A dans L. On a Card H≤[A:K]\mathscr{H} \leq [A : K], avec égalité si et seulement si A est diagonalisée par L. Si A est diagonalisée par L, alors H\mathscr{H} est une base du L-espace vectoriel HomK(A,L)\mathrm{Hom}_K(A, L).

L’espace vectoriel HomK(A,L)\mathrm{Hom}_K(A, L) sur L est de dimension [A:K][A : K] d’après la formule (2) et H\mathscr{H} est une partie libre de HomK(A,L)\mathrm{Hom}_K(A, L) d’après le th. 1 (V, p. 26). On a donc Card H≤[A:K]\mathscr{H} \leq [A : K] avec égalité si et seulement si H\mathscr{H} est une base de HomK(A,L)\mathrm{Hom}_K(A, L). Il existe un isomorphisme de L-espaces vectoriels, soit π:HomK(A,L)→A(L)∗\pi : \mathrm{Hom}_K(A, L) \to A_{(L)}^*, caractérisé par u(x)=(πu)(1⊗x)u(x) = (\pi u)(1 \otimes x) pour x∈Ax \in A, et π\pi applique H\mathscr{H} sur l’ensemble HL\mathscr{H}_L des homomorphismes de L-algèbres de A(L)A_{(L)} dans L. Enfin, l’équivalence de a) et c) dans la prop. 1 montre que l’algèbre A(L)A_{(L)} sur L est diagonalisable si et seulement si HL\mathscr{H}_L engendre l’espace vectoriel A(L)∗A_{(L)}^* sur L. Ceci prouve le corollaire.

Proposition 2

Soient A une algèbre sur K et Ω\Omega une extension algébriquement close de K. Les assertions suivantes sont équivalentes : a) L’algèbre A est étale. b) Il existe une extension de degré fini de K qui diagonalise A. c) L’extension Ω\Omega de K diagonalise A.

Supposons que A soit étale. Soit n le degré de A sur K, soit L une extension de K qui diagonalise A, et soit H\mathscr{H} l’ensemble des homomorphismes d’algèbres de A dans L. On a Card H=n\mathscr{H} = n d’après le cor. de la prop. 1. D’autre part, pour tout u∈Hu \in \mathscr{H}, on a [u(A):K]≤n[u(A) : K] \leq n. D’après V, p. 17, th. 2, la sous-extension L’ de L engendrée par les images des éléments de H\mathscr{H} est de degré fini sur K. Comme il existe n homomorphismes distincts de A dans L’, l’extension L’ diagonalise A d’après le cor. de la prop. 1. Ceci montre que a) entraîne b).

Comme toute extension de degré fini de K est isomorphe à une sous-extension de Ω\Omega (V, p. 20, th. 1), b) entraîne c). Enfin, c) entraîne évidemment a).

4. Sous-algèbres d’une algèbre étale

Proposition 3

Soit A une algèbre étale sur K. Il n’existe qu’un nombre fini de sous-algèbres et d’idéaux de A. De plus, toute extension de K qui diagonalise A diagonalise toute sous-algèbre et toute algèbre quotient de A, et en particulier ces algèbres sont étales.

Il suffit de montrer qu’une algèbre KnK^n n’a qu’un nombre fini de sous-algèbres et d’idéaux, et que les sous-algèbres et les algèbres quotients de KnK^n sont diagonalisables. On notera (ε1,...,εn)(\varepsilon_1, ..., \varepsilon_n) la base canonique de KnK^n.

Soit A une sous-algèbre de KnK^n, et soient v1,...,vnv_1, ..., v_n les restrictions à A des n projections Kn→KK^n \to K. Comme l’intersection des noyaux des viv_i est évidemment réduite à 0, les viv_i engendrent le K-espace vectoriel dual de A (II, p. 104, cor. 1); la K-algèbre A est donc diagonalisable (V, p. 28, prop. 1).

Pour toute partie I de {1, 2, ..., n}, posons εI=∑i∈Iεi\varepsilon_I = \sum_{i \in I} \varepsilon_i. Il est immédiat que les éléments εI\varepsilon_I sont les idempotents de KnK^n; on a εI=0\varepsilon_I = 0 si et seulement si I est vide et εIεJ=εI∩J\varepsilon_I \varepsilon_J = \varepsilon_{I \cap J}. D’après ce qui précède, toute sous-algèbre A de KnK^n est diagonalisable ; d’après la condition b) de la prop. 1, toute sous-algèbre A de KnK^n admet donc une base (εI1,...,εIp)(\varepsilon_{I_1}, ..., \varepsilon_{I_p}) où (I1,...,Ip)(I_1, ..., I_p) est une partition de {1, 2, ..., n}, et il n’y a finalement qu’un nombre fini de telles sous-algèbres.

Pour toute partie I de {1, 2, ..., n}, soit aIa_I le sous-espace vectoriel de KnK^n ayant pour base les idempotents εi\varepsilon_i pour i∈Ii \in I. Il est immédiat que aIa_I est un idéal de KnK^n; de plus, si J={1,2,...,n}−IJ = \{1, 2, ..., n\} - I, les classes εj‾\overline{\varepsilon_j} de εj\varepsilon_j modulo aIa_I pour j∈Jj \in J forment une base de Kn/aIK^n / a_I. On a εj2‾=εj‾\overline{\varepsilon_j^2} = \overline{\varepsilon_j} et εj‾εk‾=0\overline{\varepsilon_j} \overline{\varepsilon_k} = 0 si j≠kj \neq k, donc l’algèbre Kn/aIK^n / a_I est diagonalisable d’après la prop. 1 de V, p. 28.

Il reste à prouver que tout idéal aa de KnK^n est de la forme aIa_I. Soit I l’ensemble des entiers ii tels que 1≤i≤n1 \leq i \leq n et εi∈a\varepsilon_i \in a; on a aI⊂aa_I \subset a. Soit x=x1ε1+⋯+xnεnx = x_1 \varepsilon_1 + \cdots + x_n \varepsilon_n un élément de aa (avec x1,...,xnx_1, ..., x_n dans KK) et soit ii dans {1,2,...,n}−I\{1, 2, ..., n\} - I. On a xiεi=xεi∈ax_i \varepsilon_i = x \varepsilon_i \in a et εi∉a\varepsilon_i \notin a, d’où xi=0x_i = 0. On a donc x=∑i∈Ixiεix = \sum_{i \in I} x_i \varepsilon_i, d’où x∈aIx \in a_I. On a prouvé l’inclusion a⊂aIa \subset a_I, d’où finalement a=aIa = a_I.

Corollaire

Soient A1,...,AmA_1, ..., A_m des algèbres sur KK, et A=A1×⋯×AmA = A_1 \times \cdots \times A_m. Pour que AA soit étale, il faut et il suffit que A1,...,AmA_1, ..., A_m soient étales.

Supposons A étale ; chacune des algèbres A1,...,AmA_1, ..., A_m est isomorphe à un quotient de A, donc est étale d’après la prop. 3. Réciproquement, toute extension de K qui diagonalise A1,...,AmA_1, ..., A_m diagonalise évidemment A.

5. Degré séparable d’une algèbre commutative

Soit A une algèbre commutative de degré fini nn sur K. Pour toute extension L de K, le nombre h(L)h(L) des homomorphismes d’algèbres de A dans L est fini et majoré par nn (V, p. 29, cor.).

Lemme 1

Soit Ω\Omega une clôture algébrique de K. On a h(L)≤h(Ω)h(L) \leq h(\Omega) pour toute extension L de K, avec égalité si L est algébriquement clos.

Soit L’ la fermeture algébrique de K dans L. Pour tout homomorphisme uu de A dans L, on a [u(A):K]≤n[u(A) : K] \leq n, donc u(A)⊂L′u(A) \subset L' d’après V, p. 17, prop. 2 ; on a donc h(L′)=h(L)h(L') = h(L). Comme l’extension L’ de K est isomorphe à une sous-extension de Ω\Omega (V, p. 20, th. 1), on a h(L′)≤h(Ω)h(L') \leq h(\Omega). Si L est algébriquement clos, alors L’ est une clôture algébrique de K ; les extensions L’ et Ω\Omega de K sont alors isomorphes (V, p. 22, th. 2) et par suite h(L′)=h(Ω)h(L') = h(\Omega). Le lemme résulte aussitôt de là.

D’après le lemme 1, le nombre h(L)h(L) a la même valeur pour toutes les extensions algébriquement closes L de K ; ce nombre sera noté [A:K]s[A : K]_s et appelé le degré séparable de A.

Soient AA et BB deux algèbres commutatives de degré fini sur KK. Nous allons établir la formule

[A⊗KB:K]s=[A:K]s⋅[B:K]s. [A \otimes_K B : K]_s = [A : K]_s \cdot [B : K]_s .

Soit LL une extension algébriquement close de KK; notons H(A)\mathscr{H}(A) l’ensemble des homomorphismes d’algèbres de AA dans LL, et définissons de manière analogue H(B)\mathscr{H}(B) et H(A⊗KB)\mathscr{H}(A \otimes_K B). Par définition, on a Card H(A)=[A:K]s\mathscr{H}(A) = [A : K]_s et des formules analogues pour [B:K]s[B : K]_s et [A⊗KB:K]s[A \otimes_K B : K]_s. De plus (III, p. 38, formule (6)), la formule (u∗v)(a⊗b)=u(a)v(b)(u * v) (a \otimes b) = u(a) v(b) définit une bijection (u,v)↦u∗v(u, v) \mapsto u * v de H(A)×H(B)\mathscr{H}(A) \times \mathscr{H}(B) sur H(A⊗KB)\mathscr{H}(A \otimes_K B), d’où la formule (7).

Soit K′K' une extension de KK; prouvons la formule

[A(K′):K′]s=[A:K]s. [A_{(K')} : K']_s = [A : K]_s .

En effet, prenons pour LL une clôture algébrique de K′K'. La formule u~(x)=u(1⊗x)\tilde{u}(x) = u(1 \otimes x) (pour x∈Ax \in A) définit une bijection u↦u~u \mapsto \tilde{u} de l’ensemble des K′K'-homomorphismes de A(K′)A_{(K')} dans LL sur l’ensemble des KK-homomorphismes de AA dans LL, d’où (8).

Enfin, supposons que K′K' soit une extension de degré fini de KK; si A′A' est une K′K'-algèbre commutative de degré fini, c’est aussi une KK-algèbre commutative de degré fini et l’on a [A′:K]=[A′:K′][K′:K][A' : K] = [A' : K'][K' : K] (V, p. 9, th. 1). Nous allons prouver la formule

[A′:K]s=[A′:K′]s⋅[K′:K]s. [A' : K]_s = [A' : K']_s \cdot [K' : K]_s .

En effet, soit SS (resp. TT) l’ensemble des KK-homomorphismes de K′K' (resp. A′A') dans une clôture algébrique LL de KK; pour tout σ∈S\sigma \in S, notons TσT_\sigma l’ensemble des éléments ff de TT tels que f(α.1)=σ(α)f(\alpha . 1) = \sigma(\alpha) pour tout α∈K′\alpha \in K'. Alors la famille (Tσ)σ∈S(T_\sigma)_{\sigma \in S} est une partition de TT, et l’on a Card S=[K′:K]sS = [K' : K]_s; or, pour tout σ∈S\sigma \in S, l’ensemble TσT_\sigma se compose des K′K'-homomorphismes de A′A' dans l’extension algébriquement close (L,σ)(L, \sigma) de K′K', d’où Card Tσ=[A′:K′]sT_\sigma = [A' : K']_s. On a ainsi prouvé (9).

Proposition 4

Soit AA une algèbre commutative de degré fini sur KK. On a* [A:K]s≤[A:K][A : K]_s \leq [A : K], avec égalité si et seulement si AA est étale.

Soient Ω\Omega une clôture algébrique de KK et H\mathscr{H} l’ensemble des homomorphismes d’algèbres de AA dans Ω\Omega. On a Card H=[A:K]s\mathscr{H} = [A : K]_s, et AA est étale si et seulement si AA est diagonalisée par l’extension Ω\Omega de KK (V, p. 29, prop. 2). La prop. 4 résulte alors du cor. de V, p. 29.

Corollaire 1

Soient AA et BB deux algèbres commutatives sur KK, de degrés finis non nuls. Pour que l’algèbre C=A⊗KBC = A \otimes_K B soit étale, il faut et il suffit que* AA et BB soient étales.

On a [C:K]=[A:K]⋅[B:K][C : K] = [A : K] \cdot [B : K] et la formule analogue (7) pour les degrés séparables. De plus, on a [A:K]s≤[A:K][A : K]_s \leq [A : K] et des formules analogues pour BB et CC. Il en résulte qu’on a [C:K]=[C:K]s[C : K] = [C : K]_s si et seulement si l’on a à la fois [A:K]=[A:K]s[A : K] = [A : K]_s et [B:K]=[B:K]s[B : K] = [B : K]_s; il suffit alors d’appliquer la prop. 4.

Corollaire 2

Soit K′K' une extension de KK.* a) Pour qu’une KK-algèbre AA soit étale, il faut et il suffit que la K′K'-algèbre A(K′)A_{(K')} soit étale. b) Soit A′A' une algèbre sur K′K', non réduite à 0. Pour que A′A' soit étale sur KK, il faut et il suffit que A′A' soit étale sur K′K' et que K′K' soit étale sur KK. On raisonne comme dans le cor. 1, en appliquant cette fois les formules (8) pour a) et (9) pour b).

6. Caractérisation différentielle des algèbres étales

Théorème 3

Soit AA une algèbre commutative de degré fini sur KK. Pour que AA soit étale, il faut et il suffit que le module ΩK(A)\Omega_K(A) des KK-différentielles de AA soit réduit à 0.* A) Soit LL une clôture algébrique de KK (V, p. 22, th. 2). Pour que AA soit étale, il faut et il suffit que l’algèbre A(L)A_{(L)} sur LL soit diagonalisable (V, p. 29, prop. 2). De plus, le AA-module ΩL(A(L))\Omega_L(A_{(L)}) est isomorphe à ΩK(A)⊗AA(L)\Omega_K(A) \otimes_A A_{(L)} (III, p. 136, prop. 20), donc à ΩK(A)⊗KL\Omega_K(A) \otimes_K L d’après l’associativité du produit tensoriel ; par suite, ΩK(A)=0\Omega_K(A) = 0 équivaut à ΩL(A(L))=0\Omega_L(A_{(L)}) = 0. Pour prouver le th. 3, il suffit donc de considérer le cas où KK est algébriquement clos et de montrer que l’algèbre AA est diagonalisable si et seulement si l’on a ΩK(A)=0\Omega_K(A) = 0. B) Supposons AA diagonalisable ; alors (V, p. 28, prop. 1), l’espace vectoriel AA est engendré par les idempotents de AA. L’assertion ΩK(A)=0\Omega_K(A) = 0 résulte alors du lemme suivant : Lemme 2. — Soient AA une algèbre commutative sur KK et ee un idempotent de AA. On a de=0de = 0 dans ΩK(A)\Omega_K(A). De la relation e=e2e = e^2, on déduit de=2e.dede = 2e.de; par multiplication par ee, on en déduit e.de=2e2.de=2e.dee.de = 2e^2.de = 2e.de, d’où e.de=0e.de = 0. Finalement, on a de=2e.de=0de = 2e.de = 0. C) Nous démontrerons d’abord deux lemmes : Lemme 3. — Soit AA une algèbre commutative de degré fini sur le corps algébriquement clos KK, telle que ΩK(A)=0\Omega_K(A) = 0. On a m=m2m = m^2 pour tout idéal maximal mm de AA. L’algèbre A/mA/m est une extension de degré fini du corps algébriquement clos KK, d’où [A/m:K]=1[A/m : K] = 1. Pour tout a∈Aa \in A, il existe donc un unique scalaire λ\lambda tel que a−λ.1a - \lambda.1 appartienne à mm; notons D(a)D(a) la classe de a−λ.1a - \lambda.1 modulo m2m^2. Il est immédiat que DD est une KK-dérivation de AA dans le AA-module m/m2m/m^2. La propriété universelle de ΩK(A)\Omega_K(A) (III, p. 134) et l’hypothèse ΩK(A)=0\Omega_K(A) = 0 entraînent D=0D = 0, d’où m/m2=0m/m^2 = 0 et finalement m=m2m = m^2. Lemme 4. — *Soit AA un anneau commutatif et soit aa un idéal de type fini de AA tel que a=a2a = a^2. Il existe un idempotent ee de AA tel que a=Aea = Ae.

Soit (a1,…,ar)(a_1, \ldots, a_r) un système générateur de l’idéal aa; comme on aa=a2a a = a^2, il existe des éléments xijx_{ij} de aa tels que ai=∑j=1rxijaja_i = \sum_{j=1}^r x_{ij} a_j pour 1≤i≤r1 \leq i \leq r. Notons MM la matrice carrée d’ordre rr dont les éléments sont δij−xij\delta_{ij} - x_{ij} et soit DD son déterminant. Il existe (III, p. 99, formule (26)) une matrice carrée NN d’ordre rr à éléments dans AA telle que N.M=D.IrN.M = D.I_r, d’où immédiatement Daj=0Da_j = 0 pour 1≤j≤r1 \leq j \leq r et finalement Da=0Da = 0. Or la matrice MM est congrue à IrI_r modulo aa, d’où D≡1D \equiv 1 mod. aa. Posons e=1−De = 1 - D; on a e∈ae \in a et ex=xex = x pour tout x∈ax \in a. On en déduit que ee est un idempotent et que aa est égal à AeAe.

Ces lemmes étant prouvés, montrons par récurrence sur le degré de AA que AA est diagonalisable si KK est algébriquement clos et si ΩK(A)=0\Omega_K(A) = 0. Soit mm un idéal maximal de AA (I, p. 99). D’après les lemmes 3 et 4, il existe un idempotent ee tel que m=Aem = Ae; on a vu que A/mA/m est de degré 1 sur KK. Alors AA est somme directe des idéaux a=(1−e)Aa = (1 - e)A et mm, et l’on a [a:K]=1[a : K] = 1, donc AA est isomorphe à K×A/aK \times A/a. Comme ΩK(A/a)\Omega_K(A/a) est isomorphe à un quotient de ΩK(A)\Omega_K(A) (III, p. 137, prop. 22), il est nul et l’hypothèse de récurrence montre que A/aA/a est diagonalisable. Ceci prouve que AA est diagonalisable.

7. Algèbres réduites et algèbres étalées

Définition 2

Soit AA un anneau commutatif. On dit que AA est réduit si tout élément nilpotent (I, p. 93) de AA est nul.

Si AA est un corps, ou un anneau intègre, ou un produit d’anneaux réduits, c’est un anneau réduit. Pour qu’un anneau commutatif AA soit réduit, il faut et il suffit que l’on ait a2≠0a^2 \neq 0 pour tout a≠0a \neq 0 dans AA : en effet, on déduit de là, par récurrence sur nn, a2n≠0a^{2^n} \neq 0 d’où an≠0a^n \neq 0 pour tout a≠0a \neq 0 dans AA.

On dit qu’une algèbre commutative est réduite si l’anneau sous-jacent est réduit.

Proposition 5

Soit AA une algèbre commutative de degré fini sur KK. Pour que AA soit réduite, il faut et il suffit qu’il existe des extensions L1,…,LnL_1, \ldots, L_n de degré fini de KK telles que AA soit KK-isomorphe à L1×⋯×LnL_1 \times \cdots \times L_n.

La condition énoncée est évidemment suffisante.

Réciproquement, supposons AA réduite ; en raisonnant par récurrence sur le degré de AA, on voit qu’il suffit de prouver que, si AA n’est pas un corps, il existe deux algèbres A1A_1 et A2A_2 non nulles telles que AA soit isomorphe à A1×A2A_1 \times A_2, ou encore qu’il existe dans AA un idempotent différent de 0 et 1.

Supposons désormais que AA soit réduite et ne soit pas un corps. Parmi les idéaux de AA différents de 0 et de AA, soit aa un idéal dont la dimension comme KK-espace vectoriel soit minimale. Pour tout x≠0x \neq 0 dans aa, on a x2≠0x^2 \neq 0, car AA est réduite, d’où a2≠{0}a^2 \neq \{0\}. On a a2⊂aa^2 \subset a et le caractère minimal de aa entraîne a2=aa^2 = a. D’après le lemme 4, il existe un idempotent ee tel que a=Aea = Ae, et l’on a e≠0,e≠1e \neq 0, e \neq 1 car aa est distinct de 0 et AA.

Théorème 4

Soit AA une algèbre commutative de degré fini AA sur KK. Les assertions suivantes sont équivalentes :

a) L’algèbre AA est étale. b) Pour toute extension LL de KK, l’anneau L⊗KAL \otimes_K A est réduit. c) Il existe un surcorps parfait PP de KK tel que l’anneau P⊗KAP \otimes_K A soit réduit. *d) Il existe des extensions algébriques séparables L1,...,LnL_1, ..., L_n de KK telles que AA soit isomorphe à L1×⋯×LnL_1 \times \cdots \times L_n. En particulier, toute algèbre étale est réduite.

A) Démontrons d’abord l’équivalence de a), b) et c). Supposons AA étale et soit LL une extension de KK. Soit Ω\Omega un surcorps algébriquement clos de LL (V, p. 22, th. 2). Alors, L⊗KAL \otimes_K A est isomorphe à un sous-anneau de Ω⊗KA\Omega \otimes_K A et ce dernier est isomorphe à un anneau Ωn\Omega^n d’après la prop. 2 (V, p. 29). Par suite, l’anneau L⊗KAL \otimes_K A est réduit. On a donc prouvé que a) entraîne b), et c) est un cas particulier de b). Plaçons-nous dans les hypothèses de c). Pour que la KK-algèbre AA soit étale, il faut et il suffit que la PP-algèbre A(P)A_{(P)} soit étale (V, p. 32, cor. 2). L’algèbre AA est donc étale d’après le lemme suivant :

Lemme 5

Soit BB une algèbre réduite, de degré fini sur le corps parfait PP. Alors BB est étale. D’après la prop. 5, il existe des extensions L1,...,LnL_1, ..., L_n de PP telles que BB soit isomorphe à l’algèbre L1×⋯×LnL_1 \times \cdots \times L_n. Comme un produit fini d’algèbres étales est étale (V, p. 30, cor.), il suffit d’examiner le cas où BB est une extension de PP. D’après le th. 3 (V, p. 32), il suffit de prouver que l’on a dx=0dx = 0 dans ΩP(B)\Omega_P(B) pour tout x∈Bx \in B. Soit x∈Bx \in B; comme BB est de degré fini sur KK, xx est algébrique sur KK (V, p. 17, prop. 2). Soit ff le polynôme minimal de xx et soit f′f' la dérivée de ff. Le polynôme ff est non constant. Supposons qu’on ait f′=0f' = 0; d’après V, p. 8, cor., le corps PP est de caractéristique p≠0p \neq 0, et l’on a f∈P[Xp]f \in P[X^p]; comme PP est parfait, on a P[Xp]=P[X]pP[X^p] = P[X]^p, mais le polynôme irréductible ff ne peut appartenir à P[X]pP[X]^p. On a donc f′≠0f' \neq 0 et comme le degré de f′f' est strictement plus petit que celui de ff, on a f′(x)≠0f'(x) \neq 0. Or, de f(x)=0f(x) = 0, on déduit f′(x).dx=0f'(x).dx = 0 dans ΩP(B)\Omega_P(B), d’où dx=0dx = 0, ce qu’il fallait démontrer.

B) Supposons que AA soit étale ; d’après l’équivalence de a) et b), l’algèbre AA est réduite, et il existe donc des extensions L1,...,LnL_1, ..., L_n de KK telles que AA soit isomorphe à l’algèbre L1×⋯×LnL_1 \times \cdots \times L_n (prop. 5). Comme AA est étale, chacune des extensions LiL_i est une algèbre étale (V, p. 30, cor.), donc est par définition une extension algébrique séparable de KK. L’implication d)⇒a)d) \Rightarrow a) résulte de V, p. 30, cor. \*

Corollaire

Supposons KK de caractéristique p≠0p \neq 0. Pour que AA soit étale, il faut et il suffit que l’on ait A=K[Ap]A = K[A^p]. Pour toute base (ai)i∈I(a_i)_{i \in I} de AA sur KK, la famille (aip)i∈I(a_i^p)_{i \in I} est alors une base de AA sur KK.

Choisissons une clôture algébrique Ω\Omega de KK. Soient uu et vv deux KK-homomorphismes de AA dans Ω\Omega; si uu et vv ont même restriction à K[Ap]K[A^p], on a

u(x)p=u(xp)=v(xp)=v(x)p, d’ouˋ u(x)=v(x) u(x)^p = u(x^p) = v(x^p) = v(x)^p, \text{ d'où } u(x) = v(x)
pour tout x∈Ax \in A. On a donc l’inégalité [A:K]s≤[K[Ap]:K]s[A : K]_s \leq [K[A^p] : K]_s; si AA est étale, on a alors
[A:K]=[A:K]s≤[K[Ap]:K]s≤[K[Ap]:K], [A : K] = [A : K]_s \leq [K[A^p] : K]_s \leq [K[A^p] : K],
d’où A=K[Ap]A = K[A^p].

Réciproquement, supposons que l’on ait A=K[Ap]A = K[A^p]; soit (ai)i∈I(a_i)_{i \in I} une base de AA sur KK. D’après V, p. 4, prop. 2, bb, la famille (aip)i∈I(a_i^p)_{i \in I} engendre le KK-espace vectoriel K[Ap]K[A^p], et comme A=K[Ap]A = K[A^p] est de dimension finie égale au cardinal de II, la famille (aip)i∈I(a_i^p)_{i \in I} est une base de AA sur KK. Soit uu un élément de Ω⊗KA\Omega \otimes_K A tel que u2=0u^2 = 0, d’où up=0u^p = 0; comme (ai)i∈I(a_i)_{i \in I} est une base de AA sur KK, il existe une famille (λi)i∈I(\lambda_i)_{i \in I} d’éléments de Ω\Omega telle que u=∑i∈Iλi⊗aiu = \sum_{i \in I} \lambda_i \otimes a_i, d’où up=∑i∈Iλip⊗aipu^p = \sum_{i \in I} \lambda_i^p \otimes a_i^p; comme (aip)i∈I(a_i^p)_{i \in I} est une base de AA sur KK et up=0u^p = 0, on a donc λip=0\lambda_i^p = 0, d’où λi=0\lambda_i = 0 pour tout i∈Ii \in I, et finalement u=0u = 0. On a montré que l’anneau Ω⊗KA\Omega \otimes_K A est réduit ; comme le corps Ω\Omega est parfait, l’algèbre AA sur KK est étale d’après le th. 4.

Pour une autre caractérisation des algèbres étales, voir V, p. 47, prop. 1.

Exercices

See the exercises for § 6.

Transcribed from the printed volume. Not translated.