§ 4. Relations entre produits tensoriels et modules d’homomorphismes
1. Les isomorphismes
HomB(E⊗AF,G)→HomA(F,HomB(E,G))
et
HomC(E⊗AF,G)→HomA(E,HomC(F,G)).
Soient E un A-module à droite, F un A-module à gauche, G un Z-module, H le Z-module des applications f:E×F→G qui sont Z-bilinéaires et telles que
f(xλ,y)=f(x,λy)pour x∈E,y∈F,λ∈A.
On a vu (II, p. 51, prop. 1) qu’il existe un isomorphisme canonique de Z-modules
H→HomZ(E⊗AF,G).
D’autre part, on a défini sur HomZ(E,G) une structure de A-module à gauche et sur HomZ(F,G) une structure de A-module à droite (II, p. 54); on peut donc considérer les Z-modules HomA(E,HomZ(F,G)) et HomA(F,HomZ(E,G)). Une application f de E×F dans G s’identifie canoniquement à une application de E dans l’ensemble GF des applications de F dans G (E, II, p. 31); en exprimant que cette dernière application appartient à HomA(E,HomZ(F,G)), on obtient précisément le fait que f est biadditive et les conditions (1); d’où un isomorphisme canonique
H→HomA(E,HomZ(F,G))
et on définit de même un isomorphisme canonique
H→HomA(F,HomZ(E,G)).
Supposons maintenant que E et G soient aussi munis de structures de B-module à gauche (resp. à droite), et que sur E les structures de A-module et de B-module soient compatibles. Alors E⊗AF est canoniquement muni d’une structure de B-module à gauche (resp. à droite) (II, p. 54), et d’autre part HomB(E,G) est canoniquement muni d’une structure de A-module à gauche (II, p. 35). On peut donc considérer les Z-modules HomB(E⊗AF,G) et HomA(F,HomB(E,G)), qui sont des sous-modules de HomZ(E⊗AF,G) et de HomA(F,HomZ(E,G)) respectivement (II, p. 37, th. 2). Cherchons à quelle condition une application f∈H a pour image par les isomorphismes (2) et (4) un élément de HomB(E⊗AF,G) et un élément de HomA(F,HomB(E,G)) respectivement; dans chacun des deux cas on trouve la même condition
f(βx,y)=βf(x,y)
(resp.
f(xβ,y)=f(x,y)β)
pour x∈E,y∈F,β∈B.
De même, supposons que F et G soient des C-modules à gauche (resp. à droite), et que sur F les structures de A-module et de C-module soient compatibles. Alors, pour qu’une application f∈H ait pour image par (2) ou (3) un élément de HomC(E⊗AF,G) ou HomA(E,HomC(F,G)) respectivement, il faut et il suffit qu’elle satisfasse à la même condition
f(x,γy)=γf(x,y)
(resp.
f(x,yγ)=f(x,y)γ)
pour x∈E,y∈F,γ∈C.
On a donc établi le résultat suivant (avec les notations introduites ci-dessus) :
Proposition 1
a) *Soient E un (B, A)-bimodule, F un A-module à gauche, G un B-module à gauche. Pour toute application g∈HomB(E⊗AF,G), soit g′ l’application de F dans HomB(E,G) définie par (g′(y))(x)=g(x⊗y) pour x∈E,y∈F. L’application g↦g′ est un isomorphisme
(5)
β:HomB(E⊗AF,G)→HomA(F,HomB(E,G)).
b) Soient E un A-module à droite, F un (A, C)-bimodule, G un C-module à droite. Pour toute application h∈HomC(E⊗AF,G), soit h′ l’application de E dans HomC(F,G) définie par (h′(x))(y)=h(x⊗y) pour x∈E,y∈F. L’application h↦h′ est un isomorphisme
(6)
γ:HomC(E⊗AF,G)→HomA(E,HomC(F,G)).
On peut en particulier prendre pour B et C un sous-anneau Γ du centre de l’anneau A ; alors pour tout Γ-module G, les trois Γ-modules
Soient A, B deux anneaux, E un A-module à gauche, F un B-module à gauche, G un (A, B)*-bimodule*. Le Z-module HomA(E,G) est canoniquement muni d’une structure de B*-module à droite (II, p. 35) telle que (uβ)(x)=u(x)β pour β∈B, u∈HomA(E,G), x∈E. D’autre part, G⊗BF est canoniquement muni d’une structure de A-module à gauche (II, p. 54). Nous allons définir un Z-homomorphisme canonique
(7)
ν:HomA(E,G)⊗BF→HomA(E,G⊗BF).
Pour cela, considérons, pour tout y∈F et tout u∈HomA(E,G), l’application ν′(u,y):x↦u(x)⊗y de E dans G⊗BF. On vérifie immédiatement que ν′(u,y) est A-linéaire, et que ν′ est une application Z-bilinéaire de HomA(E,G)×F dans HomA(E,G⊗BF); en outre, pour tout β∈B, ν′(uβ,y) et ν′(u,βy) sont égales, car (u(x)β)⊗y=u(x)⊗(βy). On en conclut (II, p. 51, prop. 1) l’existence de l’homomorphisme ν cherché, tel que ν(u⊗y) soit l’application A-linéaire x↦u(x)⊗y.
On vérifie aussitôt que si E est un (A,(Ci′);(Dj′))-multimodule, F un (B,(Ch′′);(Dk′′))-multimodule, G un (A,(Cl′′′);B,(Dm′′′))-multimodule, l’application (7) est un homomorphisme de ((Dj′),(Ch′′),(Cl′′′);(Ci′),(Dk′′),(Dm′′′))-multimodules.
Proposition 2
(i) Lorsque F est un B-module projectif (resp. projectif de type fini), l’homomorphisme canonique (7) est injectif (resp. bijectif).
(ii) Lorsque E est un A-module projectif de type fini, l’homomorphisme canonique (7) est bijectif.
(i) Fixons E et G, et pour tout B-module à gauche F, posons T(F)=HomA(E,G)⊗BF, T′(F)=HomA(E,G⊗BF); pour tout homomorphisme u:F→F′ de B-modules à gauche, posons T(u)=1⊗u (1 désignant ici l’application identique de HomA(E,G)), T′(u)=Hom(1E,1G⊗u); écrivons d’autre part νF au lieu de ν. On a alors les lemmes suivants:
Lemme 1
Pour tout homomorphisme* u:F→F′, *le diagramme
T(F)∣T(u)T(F′)νFνF′T′(F)∣T′(u)T′(F′)
est commutatif.
La vérification est immédiate.
Lemme 2
Soient M, N deux sous-modules supplémentaires dans F, et soient i : M \to F, j : N \to F les injections canoniques. Le diagramme
est commutatif, et les flèches verticales sont bijectives.
La commutativité résulte du lemme 1; les autres assertions, de II, p. 13, cor. 2 et de II, p. 61, prop. 7.
Lemme 3
Sous les hypothèses du lemme 2, pour que νF soit injective (resp. surjective), il faut et il suffit que νM et νN le soient.
Cela résulte du lemme 2 et de II, p. 13, cor. 1.
Cela étant, le lemme 3, joint à II, p. 39, prop. 4, montre qu’il suffit de considérer le cas où F est un module libre. Or, si (bμ) est une base de F, tout élément de HomA(E,G)⊗BF s’écrit alors d’une seule manière ∑μuμ⊗bμ, où uμ∈HomA(E,G) (II, p. 62, cor. 1); l’image de cet élément par ν est l’application A-linéaire x↦∑μuμ(x)⊗bμ; elle ne peut être nulle pour tout x∈E que si uμ(x)=0 pour tout x∈E et tout μ, ce qui équivaut à dire que uμ=0 pour tout μ; donc ν est injectif. Lorsqu’en outre F admet une base finie, le lemme 3 montre (par récurrence sur le nombre d’éléments de la base de F) que pour prouver que ν est surjectif, il suffit de le faire lorsque F=Bs; mais dans ce cas les deux membres de (7) s’identifient canoniquement à HomA(E,G) (II, p. 55, prop. 4) et ν devient l’identité.
(ii) Pour démontrer la proposition lorsque E est projectif et de type fini, fixons cette fois F et G, et posons, pour tout A-module à gauche E, T(E)=HomA(E,G)⊗BF, T′(E)=HomA(E,G⊗BF), et pour tout homomorphisme v:E→E′ de A-modules à gauche, T(v)=Hom(v,1G)⊗1F, T′(v)=Hom(v,1G⊗1F); écrivons d’autre part νE au lieu de ν. On a alors les deux lemmes:
Lemme 4
Pour tout homomorphisme v:E→E′, le diagramme
T(E′)∣T(v)↓T(E)νE′νET′(E′)∣T′(v)↓T′(E)
est commutatif.
Lemme 5
Soient M et N deux sous-modules supplémentaires dans E, et soient p:E→M, q:E→N les projections canoniques. Le diagramme
est commutatif, et les flèches verticales sont bijectives.
Ils se démontrent comme les lemmes 1 et 2, compte tenu de II, p. 13, cor. 2, de II, p. 37, prop. 1 et de II, p. 61, prop. 7.
Le reste de la démonstration procède alors comme dans (i) et on est ramené au cas où E=As; les deux membres de (7) s’identifient alors canoniquement à G⊗BF et ν devient l’identité.
C. Q. F. D.
Prenons en particulier B=A, et pour G le (A,A)-bimodule sAd (II, p. 55), de sorte que le A-module à droite HomA(E,sAd) n’est autre que le dualE∗ de E, et (sAd)⊗AF s’identifie canoniquement à F (II, p. 55, prop. 4). L’homomorphisme (7) se particularise alors en un Z-homomorphisme canonique
θ:E∗⊗AF→HomA(E,F)
et θ(x∗⊗y) est l’application linéaire de E dans F
x↦⟨x,x∗⟩y.
Remarque 1). — La caractérisation des A-modules projectifs donnée dans II, p. 46, prop. 12, peut encore s’exprimer de la façon suivante: pour qu’un A-module à gauche de type fini E soit projectif, il faut et il suffit que l’homomorphisme canonique
θE:E∗⊗AE→HomA(E,E)=EndA(E)
soit tel que 1Eappartienne à l’image deθE.
Corollaire
(i) LorsqueFest un module projectif (resp. projectif de type fini), l’homomorphisme canonique (11) est injectif (resp. bijectif).
(ii) LorsqueEest un module projectif de type fini, l’homomorphisme canonique (11) est bijectif.
Même lorsque E et F sont tous deux de type fini, θ n’est pas nécessairement surjectif, comme le montre l’exemple A=Z, E=F=Z/2Z; le second membre de (11) n’est pas réduit à 0, mais on a E∗={0}. D’autre part, on peut donner des exemples où E est libre, mais où (11) n’est ni injectif ni surjectif (II, p. 189, exerc. 3 b)).
Lorsque E admet une base finie (ei), on peut expliciter de la façon suivante l’isomorphisme réciproque θ−1 de θ. En effet, soit (ei∗) la base duale de (ei) (II, p. 45); pour tout u∈HomA(E,F) et tout x=∑iξiei avec ξi∈A, on a u(x)=∑iξiu(ei)=∑i⟨x,ei∗⟩u(ei), et par suite on a u=∑iθ(ei∗⊗u(ei)), autrement dit
θ−1(u)=i∑ei∗⊗u(ei).
En particulier, si de plus F=E, on voit que l’image par θE−1 de l’application identique 1E est l’élément ∑iei∗⊗ei, qui est donc indépendant de la base (ei) considérée dans E.
Notons d’autre part que lorsque E est un module projectif de type fini, on peut transporter par θE−1 la structure d’*anneau* de EndA(E) à E∗⊗AE; on vérifie immédiatement que pour x,y dans E, x∗,y∗ dans E∗, on a, dans l’anneau EndA(E)
θE(x∗⊗x)∘θE(y∗⊗y)=θE((y∗⟨y,x∗⟩)⊗x).
Remarque 2). — Soit E un A-module à droite; remplaçant E par E∗ dans (11), on obtient un Z-homomorphisme canonique
E∗∗⊗AF→HomA(E∗,F).
D’autre part, on a un A-homomorphisme canonique cE:E→E∗∗, d’où un Z-homomorphisme cE⊗1F:E⊗AF→E∗∗⊗AF; composant avec ce dernier l’homomorphisme (14), on obtient donc un Z-homomorphisme canonique
θ′:E⊗AF→HomA(E∗,F)
tel que θ′(x⊗y) soit l’application linéaire
x∗↦⟨x,x∗⟩y.
Si E et F sont des modules projectifs, l’application (15) est injective. En effet, cE est alors injective (II, p. 47, cor. 4), et comme F est projectif, le Z-homomorphisme cE⊗1F:E⊗AF→E∗∗⊗AF est aussi injectif (II, p. 63, cor. 6); enfin, on a vu (II, p. 75, prop. 2) que l’homomorphisme (14) est injectif, d’où la conclusion.
Si E est projectif de type fini, l’application (15) est bijective car les deux applications dont elle est composée sont alors bijectives (II, p. 47, cor. 4, et II, p. 75, prop. 2).
3. Trace d’un endomorphisme
Soit C un anneau commutatif, et soit E un C-module. L’application (x∗,x)↦⟨x,x∗⟩ de E∗×E dans C est alors C-*bilinéaire*, car pour tout γ∈C, on a ⟨γx,x∗⟩=γ⟨x,x∗⟩ et ⟨x,x∗γ⟩=⟨x,x∗⟩γ; on en déduit une application C-*linéaire* canonique
τ:E∗⊗CE→C
telle que τ(x∗⊗x)=⟨x,x∗⟩ (II, p. 56). Supposons maintenant en outre que E soit un C-module projectif de type fini; l’isomorphisme canonique (11) de II, p. 77 est alors un isomorphisme de C-*modules*, et on peut donc définir par transport de structure une forme linéaire canoniqueTr=τ∘θE−1 sur le C-module EndC(E). Pour tout u=EndC(E), on dit que le scalaire Tr(u) est la trace de l’endomorphisme u; tout u∈EndC(E) peut s’écrire (en général d’une infinité de manières) sous la forme x↦∑i⟨x,xi∗⟩yi où xi∗∈E∗ et yi∈E, en vertu de II, p. 77, corollaire; on a alors
Tr(u)=i∑⟨yi,xi∗⟩.(cf. II, p. 158)
Par définition, on a
Tr(u+v)=Tr(u)+Tr(v)(18)
Tr(γu)=γTr(u)(19)
pour u,v dans EndC(E) et γ∈C. En outre:
Proposition 3
Soient C un anneau commutatif, E,F deux C-modules projectifs de type fini, u:E→F et v:F→E deux applications linéaires; on a alors*
Tr(v∘u)=Tr(u∘v).(20)
Les deux applications (u,v)↦Tr(u∘v),(u,v)↦Tr(v∘u) de
HomC(E,F)×HomC(F,E)
dans C sont C-bilinéaires; il suffit donc de vérifier (20) lorsque u est de la forme x↦⟨x,a∗⟩b et v de la forme y↦⟨y,b∗⟩a, avec a∈E,a∗∈E∗,b∈F,b∗∈F∗. Mais alors v∘u est l’application x↦⟨x,a∗⟩⟨b,b∗⟩a et u∘v l’application y↦⟨y,b∗⟩⟨a,a∗⟩b. La formule (17) montre que les valeurs des deux membres de (20) sont égales à ⟨a,a∗⟩⟨b,b∗⟩.
Corollaire
Si u1,…,up sont des endomorphismes de E, on a*
Tr(u1∘u2∘⋯∘up)=Tr(ui∘ui+1∘⋯∘up∘u1∘⋯∘ui−1)
pour 1≤i≤p (« invariance de la trace par permutation circulaire »).
Il suffit d’appliquer (20) au produit
(u1∘u2∘⋯∘ui−1)∘(ui∘ui+1∘⋯∘up).
On notera par contre qu’on n’a pas nécessairement Tr(u∘v∘w)=Tr(u∘w∘v) pour trois endomorphismes u,v,w de E.
Lorsque l’un des couples (E1,E2),(E1,F1),(E2,F2) est formé de C-modules projectifs de type fini, l’homomorphisme canonique (21) est bijectif*.
Il suffit évidemment de faire la démonstration pour les couples (E1,F1) et (E1,E2).
Considérons d’abord le cas du couple (E1,F1); fixons E2,F1,F2, et posons pour toutC-module E, T(E)=Hom(E,F1)⊗CHom(E2,F2) et T′(E)=Hom(E⊗E2,F1⊗F2); pour tout C-homomorphisme v:E→E′, posons
T(v)=Hom(v,1F1)⊗1Hom(E2,F2) et T′(v)=Hom(v⊗1E2,1F1⊗F2).
Alors, les lemmes 4 et 5 (II, p. 76) (où on remplace v par λ) sont valables et se démontrent de façons tout à fait analogues.
Fixons ensuite E2 et F2, et posons cette fois, pour tout C-module F, T(F)=Hom(C,F)⊗CHom(E2,F2) et T′(F)=Hom(C⊗E2,F⊗F2), et pour tout C-homomorphisme u:F→F′, T(u)=Hom(1C,u)⊗1Hom(E2,F2) et T′(u)=Hom(1C⊗1E2,u⊗1F2). Cette fois on vérifie aussitôt que les lemmes 1 et 2 (II, p. 75) (où λ remplace toujours v) sont valables.
Cela étant, démontrons d’abord la proposition lorsque E1=C et que F1 est projectif de type fini. Le raisonnement de II, p. 76 (qui repose sur les lemmes 1 et 2), joint aux remarques ci-dessus, ramène à prouver la proposition lorsque l’on a aussi F1=C; alors Hom(E1,F1),E1⊗E2 et F1⊗F2 s’identifient à
C, E_2, et F_2 respectivement (II, p. 55, prop. 4); les deux membres de (21) s’identifient alors canoniquement tous deux à Hom(E_2, F_2) et, après ces identifications, on vérifie que λ devient l’identité.
Supposons F_1 projectif de type fini; le raisonnement de II, p. 76 (s’appuyant cette fois sur les lemmes 4 et 5) ramène la démonstration pour E_1 projectif de type fini quelconque au cas où E_1 = C, c’est-à-dire au premier cas traité.
Pour le couple (E_1, E_2), on procède de même en appliquant cette fois les lemmes 4 et 5 à deux reprises; nous laissons les détails au lecteur.
On notera que lorsque E_1 = C^{(I)}, E_2 = C^{(J)} sont libres (de type fini ou non), on a Hom(E_1, F_1) = F_1^I, Hom(E_2, F_2) = F_2^J, et Hom(E_1 \otimes E_2, F_1 \otimes F_2) = (F_1 \otimes F_2)^{I \times J} à des isomorphismes canoniques près, et (21) s’identifie alors à un cas particulier de l’homomorphisme canonique (22) de II, p. 61.
Lorsque E_2 = C, l’homomorphisme canonique (21) de II, p. 79, donne, après identification de Hom(E_2, F_2) à F_2 et de E_1 \otimes E_2 à E_1, un homomorphisme canonique
(22)Hom(E,F)⊗G→Hom(E,F⊗G)
pour trois C-modules quelconques E, F, G, qui n’est autre que l’homomorphisme (7) de II, p. 75 pour A = B = C.
On notera que lorsque F = C, l’homomorphisme canonique (22) redonne (11) (II, p. 77) pour le cas d’un anneau commutatif.
Supposons maintenant que F_1 = F_2 = C; comme F_1 \otimes F_2 s’identifie à C, on a cette fois un homomorphisme canonique
(23)μ:E∗⊗F∗→(E⊗F)∗
pour deux C-modules E, F; pour x∗∈E∗,y∗∈F∗, l’image de x∗⊗y∗ par l’homomorphisme canonique (23) est la forme linéaire u sur E \otimes F telle que
(24)u(x⊗y)=⟨x,x∗⟩⟨y,y∗⟩.
En outre, si E_1, E_2, F_1, F_2 sont quatre C-modules, f:E1→E2,g:F1→F2 deux applications linéaires, il résulte aussitôt de (24) que le diagramme
Si l’un des modules E, F est projectif et de type fini, l’homomorphisme canonique (23) est bijectif.
Corollaire 2
Soient E_1, E_2 deux C-modules projectifs de type fini, u_1 un endomorphisme de E_1, u_2 un endomorphisme de E_2; on a alors
(26)Tr(u1⊗u2)=Tr(u1)Tr(u2).
Par linéarité, il suffit de considérer le cas où u1 est de la forme x1↦⟨x1,x1∗⟩y1 et u2 de la forme x2↦⟨x2,x2∗⟩y2; alors l’image de x1⊗x2 par u1⊗u2 est par définition
x1∗⊗x2∗ étant canoniquement identifié par μ à un élément de (E1⊗E2)∗. Comme ⟨y1⊗y2,x1∗⊗x2∗⟩=⟨y1,x1∗⟩⟨y2,x2∗⟩, la formule (26) résulte dans ce cas de (17) (II, p. 78).
Remarque
Si E,F,G sont trois C-modules quelconques, on vérifie aussitôt que le diagramme
E∗⊗F∗⊗G∗1⊗μ↓E∗⊗(F⊗G)∗μ⊗1μ(E⊗F)∗⊗G∗↓μ(E⊗F⊗G)∗
est commutatif, en vertu de la formule (24) (II, p. 80).
Notons aussi que, sans hypothèse sur les C-modules E,F, on a des isomorphismes canoniques
(28)
(E⊗F)∗→Hom(E,F∗)
(29)
(E⊗F)∗→Hom(F,E∗)
qui ne sont autres que les isomorphismes (6) et (5) de II, p. 74 pour G=C, A=B=C.
On définit ainsi une correspondance biunivoque canonique entre les formes bilinéaires sur E×F, les homomorphismes de E dans F et les homomorphismes de F dans E: si u (resp. v) est un homomorphisme de E dans F∗ (resp. de F dans E∗), la forme bilinéaire qui lui correspond est donnée par