Bourbaki

§ 5. Extension de l’anneau des scalaire s

1. Extension de l’anneau des scalaires d’un module

Soient A,BA, B deux anneaux, ρ:A→B\rho : A \to B un homomorphisme d’anneaux; considérons le A-module à droite ρ∗(Bd)\rho_* (B_d) défini par cet homomorphisme (II, p. 30); ce A-module est aussi muni d’une structure de B-module à gauche, à savoir celle de BsB_s, et comme b′(bρ(a))=(b′b)ρ(a)b' (b \rho(a)) = (b'b) \rho(a) pour a∈A, b, b′a \in A,\ b,\ b' dans BB, ces deux structures de module sur BB sont compatibles (II, p. 33). Cela permet, pour tout A-module à gauche EE, de définir sur le produit tensoriel ρ∗(Bd)⊗AE\rho_* (B_d) \otimes_A E une structure de B-module à gauche, telle que β′(β⊗x)=(β′β)⊗x\beta' (\beta \otimes x) = (\beta'\beta) \otimes x pour β, β′\beta,\ \beta' dans BB et x∈Ex \in E

(II, p. 54). On dit que ce B-module à gauche est déduit de E par extension à B de l’anneau des scalaires au moyen de ρ, et on le note ρ*(E), ou E(B) si cela n’entraîne pas confusion.

Proposition 1

Pour tout A-module à gauche E, l’application φ : x ↦ 1 ⊗ x de E dans le A-module ρ*(ρ*(E)) est A-linéaire, et l’ensemble φ(E) engendre le B-module ρ*(E). En outre, pour tout B-module à gauche F, et toute application A-linéaire f de E dans le A-module ρ*(F), il existe une application B-linéaire ĝ et une seule de ρ*(E) dans F telle que ĝ(1 ⊗ x) = f(x) pour tout x ∈ E.

Cité par 5

Cité par § 5. Extension de l'anneau des scalaires, Corollaire, Remarque 1, Proposition 1, III § 1, Proposition 20, III § 10

En effet, B peut être considéré comme un (B, A)-bimodule au moyen de ρ; on a donc un isomorphisme canonique de Z-modules

(1)

Hom⁡B(B⊗AE,F)→Hom⁡A(E,Hom⁡B(Bs,F)) \operatorname{Hom}_B(B \otimes_A E, F) \to \operatorname{Hom}_A(E, \operatorname{Hom}_B(B_s, F))
comme on l’a vu dans II, p. 74, prop. 1. Mais le A-module à gauche Hom_B(B_s, F) s’identifie canoniquement à ρ*(F): en effet, par définition (II, p. 35), à un élément y ∈ F correspond l’homomorphisme θ(y) : B_s → F tel que (θ(y))(1) = y; pour tout λ ∈ A, il correspond donc à ρ(λ)y ∈ F l’homomorphisme μ ↦ μρ(λ)y de B_s dans F, qui n’est autre que λθ(y) pour la structure de A-module à gauche de Hom_B(B_s, F) (II, p. 35). Compte tenu de cette identification, on a donc un isomorphisme canonique de Z-modules, réciproque de (1)

(2)

δ:Hom⁡A(E,ρ∗(F))→Hom⁡B(ρ∗(E),F) \delta : \operatorname{Hom}_A(E, \rho_*(F)) \to \operatorname{Hom}_B(\rho^*(E), F)
et il résulte aussitôt des définitions que si δ(f) = ĝ, on a ĝ(1 ⊗ x) = f(x) pour tout x ∈ E. En particulier, l’application φ_E : x ↦ 1 ⊗ x n’est autre que

(3)

φE=δ−1(1ρ∗(E)). \varphi_E = \delta^{-1}(1_{\rho^*(E)}).

La prop. 1 est donc démontrée. L’application φ_E : E → ρ_*(ρ^*(E)) est dite canonique.

Remarque 1

La prop. 1 montre que le couple formé de E(B) et de φ_E est solution du problème d’application universelle (E, IV, p. 23), où Σ est l’espèce de structure de B-module à gauche (les morphismes étant les applications B-linéaires) et les α-applications les applications A-linéaires de E dans un B-module.

Cite 3 · Cité par 1

Cite Proposition 1, E IV § 3. Applications universelles, Proposition 6

Cité par Proposition 3, AC II § 2

Remarque 2

Si E est un (A, (C'_i); (D'_j))-multimodule, F un (B, (C''_h); (D''_k))-multimodule, alors l’isomorphisme (2) est linéaire pour les structures de ((D'_j), (C''_h); (C'_i), (D''_k))-multimodules des deux membres (II, p. 34 et p. 54).

Remarque 3

Soient E un A-module à gauche, a un idéal bilatère de A, ρ : A → A/a l’homomorphisme canonique. Avec les notations de II, p. 60, cor. 2, le A-module E/aE est annulé par a, et est donc canoniquement muni d’une structure de (A/a)-module à gauche (II, p. 28); il est immédiat que l’application canonique π : ρ^*(E) → E/aE définie dans II, p. 60, cor. 2, est un isomorphisme pour les structures de (A/a)-module.

Corollaire

Soient E, E’ deux A-modules à gauche; pour toute application A-linéaire u : E → E’, v = 1_B ⊗ u est l’unique application B-linéaire rendant commutatif le diagramme

E→φEE(B)u↓v↓E′⟶E(B)′→φE′ \begin{array}{ccc} E & \xrightarrow{\varphi_E} & E_{(B)} \\ u \downarrow & & v \downarrow \\ E' & \longrightarrow & E'_{(B)} \\ & \xrightarrow{\varphi_{E'}} & \end{array}

où φE\varphi_E et φE′\varphi_{E'} sont les applications canoniques.

Cite 1

Cite Proposition 1

Il suffit en effet d’appliquer la prop. 1 au A-homomorphisme φE′∘u:E→E(B)′\varphi_{E'} \circ u : E \to E'_{(B)}.

L’application vv définie dans le corollaire précédent se note ρ∗(u)\rho^*(u) ou u(B)u_{(B)}.

Si E′′E'' est un troisième A-module à gauche, v:E′→E′′v : E' \to E'' une application A-linéaire, il est immédiat que l’on a

(v∘u)(B)=v(B)∘u(B).(v \circ u)_{(B)} = v_{(B)} \circ u_{(B)}.

L’extension de l’anneau d’opérateurs d’un module est une opération transitive ; de façon précise :

Proposition 2

Soient ρ:A→B,σ:B→C\rho : A \to B, \sigma : B \to C des homomorphismes d’anneaux. Pour tout A-module à gauche E, il existe un C-homomorphisme et un seul

Cite 2 · Cité par 9

Cite Proposition 8, Proposition 4, II § 3

Cité par Corollaire, Proposition 7, Corollaire, III § 1, Proposition 3, V § 15, Proposition 9, V § 15, Corollaire 3, V § 15, Théorème 4, V § 16, Proposition 1, V § 17, VIII § 11. Groupes de Grothendieck

(4)(4)
σ∗(ρ∗(E))→(σ∘ρ)∗(E)\sigma^*(\rho^*(E)) \to (\sigma \circ \rho)^*(E)

transformant 1⊗(1⊗x)1 \otimes (1 \otimes x) en 1⊗x1 \otimes x pour tout x∈Ex \in E, et cet homomorphisme est bijectif.

En effet, les Z\mathbf{Z}-modules sous-jacents à σ∗(ρ∗(E))\sigma^*(\rho^*(E)) et à (σ∘ρ)∗(E)(\sigma \circ \rho)^*(E) sont respectivement C⊗B(B⊗AE)C \otimes_B (B \otimes_A E) et C⊗AEC \otimes_A E. Il existe un Z\mathbf{Z}-isomorphisme canonique C⊗B(B⊗AE)→(C⊗BB)⊗AEC \otimes_B (B \otimes_A E) \to (C \otimes_B B) \otimes_A E (II, p. 64, prop. 8), qui est aussi un C-isomorphisme pour les structures de C-module à gauche de deux membres. En outre, le C-module C⊗BBC \otimes_B B s’identifie canoniquement au C-module CsC_s par l’isomorphisme qui à γ⊗β\gamma \otimes \beta fait correspondre γσ(β)\gamma \sigma(\beta) (II, p. 55, prop. 4), et cet isomorphisme est aussi un isomorphisme pour la structure de A-module à droite sur C⊗BBC \otimes_B B définie par ρ\rho et la structure de A-module à droite sur C définie par σ∘ρ\sigma \circ \rho. On obtient donc bien un isomorphisme canonique

(C⊗BB)⊗AE→C⊗AE,(C \otimes_B B) \otimes_A E \to C \otimes_A E,

et en le composant avec l’isomorphisme C⊗B(B⊗AE)→(C⊗BB)⊗AEC \otimes_B (B \otimes_A E) \to (C \otimes_B B) \otimes_A E défini plus haut, on obtient l’isomorphisme canonique cherché.

Si φ,φ′,φ′′\varphi, \varphi', \varphi'' désignent les applications canoniques E→ρ∗(E),ρ∗(E)→σ∗(ρ∗(E))E \to \rho^*(E), \rho^*(E) \to \sigma^*(\rho^*(E)) et E→(σ∘ρ)∗(E)E \to (\sigma \circ \rho)^*(E), φ′∘φ\varphi' \circ \varphi s’identifie à φ′′\varphi'' par l’isomorphisme canonique de la prop. 2.

Proposition 3

Soient A, B deux anneaux commutatifs, ρ:A→B\rho : A \to B un homomorphisme d’anneaux, E, E′E' deux A-modules. Il existe un B-homomorphisme et un seul

Cite 3 · Cité par 3

Cite II § 3. Produits tensoriels, Proposition 8, II § 3, Proposition 4

Cité par Corollaire 2, II § 7, III § 1. Algèbres, Proposition 3, III § 4

(5)(5)
E(B)⊗BE(B)′→(E⊗AE′)(B)E_{(B)} \otimes_B E'_{(B)} \to (E \otimes_A E')_{(B)}

transformant (1⊗x)⊗(1⊗x′)(1 \otimes x) \otimes (1 \otimes x') en 1⊗(x⊗x′)1 \otimes (x \otimes x') pour x∈E,x′∈E′x \in E, x' \in E', et cet homomorphisme est bijectif.

En effet, le premier membre de (5) s’écrit (B⊗AE)⊗B(B⊗AE′)(B \otimes_A E) \otimes_B (B \otimes_A E') et s’identifie à (E⊗AB)⊗B(B⊗AE′)(E \otimes_A B) \otimes_B (B \otimes_A E') puisque A et B sont commutatifs ; ce dernier produit s’identifie successivement à E⊗A(B⊗BB)⊗AE′E \otimes_A (B \otimes_B B) \otimes_A E', à E⊗A(B⊗AE′)E \otimes_A (B \otimes_A E'), à E⊗A(E′⊗AB)E \otimes_A (E' \otimes_A B) et finalement à (E⊗AE′)⊗AB(E \otimes_A E') \otimes_A B, par utilisation de l’associativité du produit tensoriel (II, p. 64, prop. 8), de la prop. 4 de II, p. 55, et de la commutativité de A et B. L’isomorphisme cherché est le composé de ces isomorphismes canoniques successifs.

Il est clair que si S est un système générateur de E, l’image de S par l’application canonique E→E(B)E \to E_{(B)} est un système générateur de E(B)E_{(B)}; en particulier, si E est un A-module de type fini, E(B)E_{(B)} est un B-module de type fini.

Proposition 4

Soit E un A-module admettant une base (aλ)λ∈L(a_\lambda)_{\lambda \in L}; si φ:x↦1⊗x\varphi : x \mapsto 1 \otimes x est l’application canonique de E dans ρ∗(E)\rho^*(E), alors (φ(aλ))λ∈L(\varphi(a_\lambda))_{\lambda \in L} est une base de ρ∗(E)\rho^*(E). Si ρ\rho est injectif, il en est de même de φ\varphi.

Cite 1 · Cité par 9

Cite Corollaire 1, II § 3

Cité par Remark, II § 10, § 5. Extension de l'anneau des scalaires, Corollaire, Proposition 3, Corollaire 2, II § 7, Proposition 19, II § 7, Proposition 21, II § 7, Proposition 1, II § 8, III § 1. Algèbres

La première assertion résulte aussitôt de II, p. 62, cor. 1. En outre, on a, pour toute famille (ξλ)λ∈L(\xi_\lambda)_{\lambda \in L} d’éléments de A, de support fini, φ(∑λ∈Lξλaλ)=∑λ∈Lρ(ξλ)φ(aλ)\varphi \left( \sum_{\lambda \in L} \xi_\lambda a_\lambda \right) = \sum_{\lambda \in L} \rho(\xi_\lambda) \varphi(a_\lambda), et la relation φ(∑λ∈Lξλaλ)=0\varphi \left( \sum_{\lambda \in L} \xi_\lambda a_\lambda \right) = 0 équivaut donc à ρ(ξλ)=0\rho(\xi_\lambda) = 0 pour tout λ∈L\lambda \in L, d’où la seconde assertion.

Corollaire

Pour tout A-module projectif E, le B-module ρ∗(E)\rho^*(E) est projectif. Si en outre ρ\rho est injectif, l’application canonique de E dans ρ∗(E)\rho^*(E) est injective.

Cite 6 · Cité par 5

Cite Proposition 7, II § 3, Proposition 4, II § 1. Modules, Proposition 1, II § 1, Proposition 4, II § 3, Proposition 2

Cité par Proposition 12, AC I § 3, Exercice 16, § 5, Proposition 4, AC II § 5, Remarque, III § 11, Corollaire 2, VIII § 9

En effet, il existe par hypothèse un A-module libre M contenant E et dans lequel E admet un supplémentaire F. Il résulte aussitôt de II, p. 61, prop. 7 que M(B)M_{(B)} s’identifie à la somme directe de E(B)E_{(B)} et F(B)F_{(B)}, et si φ\varphi et ψ\psi sont les applications canoniques E→E(B)E \to E_{(B)} et F→F(B)F \to F_{(B)}, l’application canonique M→M(B)M \to M_{(B)} n’est autre que x+y↦φ(x)+ψ(y)x + y \mapsto \varphi(x) + \psi(y). Le corollaire résulte aussitôt de la prop. 4 appliquée au A-module M.

Lorsque E est un A-module à droite, on pose de même ρ∗(E)=E⊗Aρ∗(Bs)\rho^*(E) = E \otimes_A \rho_*(B_s), B étant cette fois considéré comme (A, B)-bimodule, et la structure de B-module à droite de ρ∗(E)\rho^*(E) étant telle que (x⊗β)β′=x⊗(ββ′)(x \otimes \beta)\beta' = x \otimes (\beta\beta') pour β∈B\beta \in B, β′∈B\beta' \in B et x∈Ex \in E. Nous laissons au lecteur le soin d’énoncer pour les modules à droite les résultats correspondant à ceux de ce n° et du suivant.

Remarque 4). — Considérons le A-module à gauche ρ∗(Bs)\rho_*(B_s) défini par ρ\rho, et pour tout A-module à gauche E, considérons le Z\mathbf{Z}-module

ρ~(E)=Hom⁡A(ρ∗(Bs),E). \tilde{\rho}(E) = \operatorname{Hom}_A(\rho_*(B_s), E).
Comme ρ∗(Bs)\rho_*(B_s) est muni d’une structure de B-*module à droite*, on en déduit sur ρ~(E)\tilde{\rho}(E) une structure de B-*module à gauche* (II, p. 35) telle que si u∈ρ~(E)u \in \tilde{\rho}(E) et b′∈Bb' \in B, b′ub'u est l’homomorphisme b↦u(bb′)b \mapsto u(bb') de ρ∗(Bs)\rho_*(B_s) dans E. On définit en outre une application A-linéaire, dite canonique:
η:ρ∗(ρ~(E))→E \eta : \rho_*(\tilde{\rho}(E)) \to E
en faisant correspondre à tout homomorphisme u∈ρ~(E)u \in \tilde{\rho}(E) l’élément u(1)u(1) dans E. Comme B peut être considéré comme un (A, B)-bimodule au moyen de ρ\rho, on a, pour tout B-module à gauche F, un isomorphisme canonique de Z\mathbf{Z}-modules
Hom⁡A(ρ∗(Bs)⊗BF,E)→Hom⁡B(F,Hom⁡A(ρ∗(Bs),E)) \operatorname{Hom}_A(\rho_*(B_s) \otimes_B F, E) \to \operatorname{Hom}_B(F, \operatorname{Hom}_A(\rho_*(B_s), E))

(II, p. 74, prop. 1). Comme le A-module à gauche ρ∗(Bs)⊗BF\rho_*(B_s) \otimes_B F s’identifie canoniquement à ρ∗(F)\rho_*(F) en vertu de II, p. 55, prop. 4, on obtient donc un isomorphisme canonique de Z\mathbf{Z}-modules, réciproque du précédent

HomB(F,ρ~(E))→HomA(ρ∗(F),E) \text{Hom}_B(F, \tilde{\rho}(E)) \to \text{Hom}_A(\rho_*(F), E)
qui, à toute application B-linéaire gg de FF dans ρ~(E)\tilde{\rho}(E), fait correspondre l’application composée η∘g\eta \circ g, considérée comme application A-linéaire de ρ∗(F)\rho_*(F) dans EE. En particulier, sous les hypothèses de la prop. 2 (II, p. 83), si on remplace FF par σ∗(Cs)\sigma_*(C_s), on obtient un C-isomorphisme canonique
σ~(ρ~(E))→(σ∘ρ)∗(E). \tilde{\sigma}(\tilde{\rho}(E)) \to (\sigma \circ \rho)^*(E).

2. Relations entre restriction et extension de l’anneau des scalaires

Soit ρ:A→B\rho : A \to B un homomorphisme d’anneaux. Pour tout A-module à gauche EE, nous avons défini au n° 1 une application A-linéaire canonique

φE:E→ρ∗(ρ∗(E)) \varphi_E : E \to \rho_*(\rho^*(E))
telle que φE(x)=1⊗x\varphi_E(x) = 1 \otimes x. Considérons maintenant un B-module à gauche FF, et appliquons la prop. 1 (II, p. 82) au A-homomorphisme 1ρ∗(F):ρ∗(F)→ρ∗(F)1_{\rho_*(F)} : \rho_*(F) \to \rho_*(F); on en déduit une application B-linéaire
ψF:ρ∗(ρ∗(F))→F \psi_F : \rho^*(\rho_*(F)) \to F
égale à δ(1ρ∗(F))\delta(1_{\rho_*(F)}), et telle par suite que pour tout y∈Fy \in F et tout β∈B\beta \in B, on ait ψF(β⊗y)=βy\psi_F(\beta \otimes y) = \beta y.

Proposition 5

Soient E un A-module à gauche, F un B-module à gauche; les applications composées*

ρ∗(E)→ρ∗(φE)ρ∗(ρ∗(ρ∗(E)))→ψρ∗(E)ρ∗(E) \begin{array}{cccc} \rho^*(E) & \xrightarrow{\rho^*(\varphi_E)} & \rho^*(\rho_*(\rho^*(E))) \\ & & \xrightarrow{\psi_{\rho^*(E)}} & \rho^*(E) \end{array}
ρ∗(F)→φρ∗(F)ρ∗(ρ∗(ρ∗(F)))→ρ∗(ψF)ρ∗(F) \begin{array}{cccc} \rho_*(F) & \xrightarrow{\varphi_{\rho_*(F)}} & \rho_*(\rho^*(\rho_*(F))) \\ & & \xrightarrow{\rho_*(\psi_F)} & \rho_*(F) \end{array}
sont respectivement égales aux applications identiques de ρ∗(E)\rho^*(E) et de ρ∗(F)\rho_*(F).

Cité par 1

Cité par Corollaire

Montrons-le par exemple pour (12); pour tout x∈Ex \in E, l’application ρ∗(φE)\rho^*(\varphi_E) fait correspondre à 1⊗x1 \otimes x l’élément 1⊗(1⊗x)1 \otimes (1 \otimes x) et l’application ψρ∗(E)\psi_{\rho^*(E)} fait correspondre à 1⊗(1⊗x)1 \otimes (1 \otimes x) l’élément 1⊗x1 \otimes x; la conclusion résulte de ce que les éléments de la forme 1⊗x1 \otimes x engendrent le B-module ρ∗(E)\rho^*(E); la démonstration est encore plus simple pour (13).

Corollaire

Les applications ρ∗(φE)\rho^*(\varphi_E) et φρ∗(F)\varphi_{\rho^*(F)} sont injectives et identifient respectivement ρ∗(E)\rho^*(E) à un facteur direct de ρ∗(ρ∗(ρ∗(E)))\rho^*(\rho_*(\rho^*(E))) et ρ∗(F)\rho_*(F) à un facteur direct de ρ∗(ρ∗(ρ∗(F)))\rho_*(\rho^*(\rho_*(F)))*.

Cite 2

Cite Corollaire 2, II § 1, Proposition 5

C’est une conséquence de la prop. 5 et de II, p. 21, cor. 2.

Proposition 6

Soient E un A-module à gauche, F un B-module à droite. Il existe un Z\mathbf{Z}-homomorphisme et un seul*

ρ∗(F)⊗AE→F⊗Bρ∗(E) \rho_*(F) \otimes_A E \to F \otimes_B \rho^*(E)

Cite 2 · Cité par 3

Cite Proposition 4, II § 3, Proposition 8, II § 3

Cité par Remarque 1, Proposition 4, III § 4, Exercice 10, § 5

transformant y⊗xy \otimes x en y⊗(1⊗x)y \otimes (1 \otimes x) pour tout x∈Ex \in E et tout y∈Fy \in F, et cet homomorphisme est bijectif.

En effet, par définition le second membre de (14) est F⊗B(B⊗AE)F \otimes_B (B \otimes_A E), où B est considéré comme (B,A)(B, A)-bimodule, et on a un Z\mathbf{Z}-isomorphisme canonique (F⊗BB)⊗AE→F⊗B(B⊗AE)(F \otimes_B B) \otimes_A E \to F \otimes_B (B \otimes_A E) défini dans II, p. 64, prop. 8; d’autre part, l’isomorphisme canonique F→F⊗BBF \to F \otimes_B B de II, p. 55, prop. 4 est un isomorphisme pour les structures de A-module à droite des deux membres, définies par ρ\rho. D’où l’isomorphisme cherché.

Lorsque A et B sont commutatifs, l’isomorphisme (14) est un isomorphisme de A-modules

ρ∗(F)⊗AE→ρ∗(F⊗Bρ∗(E)). \rho_*(F) \otimes_A E \to \rho_*(F \otimes_B \rho^*(E)).

3. Extension de l’anneau d’opérateurs d’un module d’homomorphismes

Soient A un anneau commutatif, B un anneau, ρ:A→B\rho : A \to B un homomorphisme d’anneaux, E, F deux A-modules; comme B est un (A,A)(A, A)-bimodule (au moyen de ρ\rho) et que F peut être considéré comme un (A,A)(A, A)-bimodule, on a, sur le Z\mathbf{Z}-module B⊗AFB \otimes_A F, deux structures de A-module, pour lesquelles on a respectivement a(b⊗y)=(ρ(a)b)⊗ya(b \otimes y) = (\rho(a)b) \otimes y et a(b⊗y)=b⊗(ay)a(b \otimes y) = b \otimes (ay) pour a∈A, b∈B, y∈Fa \in A,\ b \in B,\ y \in F. Nous désignerons par G′G' et G′′G'' les deux A-modules ainsi définis; G′G' n’est autre d’ailleurs que le A-module ρ∗(ρ∗(F))\rho_*(\rho^*(F)).

Cela étant, dans la définition de l’homomorphisme canonique de II, p. 75, formule (7), remplaçons B par A, le B-module F par l’anneau B considéré comme A-module au moyen de ρ\rho, et G par F considéré comme (A,A)(A, A)-bimodule; comme A est commutatif, on peut écrire le Z\mathbf{Z}-homomorphisme canonique obtenu

B⊗AHomA(E,F)→HomA(E,G′′). B \otimes_A \mathrm{Hom}_A(E, F) \to \mathrm{Hom}_A(E, G'').
D’autre part (II, p. 82, formule (2)), on a un Z\mathbf{Z}-*isomorphisme canonique*
HomA(E,G′)=HomA(E,ρ∗(ρ∗(F)))→HomB(ρ∗(E),ρ∗(F)). \mathrm{Hom}_A(E, G') = \mathrm{Hom}_A(E, \rho_*(\rho^*(F))) \to \mathrm{Hom}_B(\rho^*(E), \rho^*(F)).
Supposons maintenant que ρ(A)\rho(A) soit contenu dans le centre de B, auquel cas on dit encore que ρ\rho est un homomorphisme central (ou que ρ\rho définit sur B une structure de A-algèbre*, cf. III, p. 6)*. Alors les structures de A-module de G′G' et G′′G'' sont identiques, et en composant les homomorphismes (16) et (15), on obtient donc un Z\mathbf{Z}-homomorphisme canonique
ω:B⊗AHomA(E,F)→HomB(E(B),F(B)) \omega : B \otimes_A \mathrm{Hom}_A(E, F) \to \mathrm{Hom}_B(E_{(B)}, F_{(B)})
qui est caractérisé par le fait que pour tout u∈HomA(E,F)u \in \mathrm{Hom}_A(E, F) et tout b∈Bb \in B, on a
ω(b⊗u)=rb⊗u \omega(b \otimes u) = r_b \otimes u
en désignant par rbr_b la multiplication à droite par bb dans B.

En outre, l’hypothèse que ρ\rho est un homomorphisme central entraîne que l’on a (bb′)ρ(a)=(bρ(a))b′(bb')\rho(a) = (b\rho(a))b' pour b, b′b,\ b' dans B et a∈Aa \in A; autrement dit la structure de

B-module à droite de BdB_d est compatible avec sa structure de A-module; elle définit donc sur B⊗AHomA(E,F)B \otimes_A \mathrm{Hom}_A(E, F) une structure de B-module à droite (II, p. 54) ainsi que sur F(B)=B⊗AFF_{(B)} = B \otimes_A F, et finalement, comme les structures de B-module à gauche et à droite sur F(B)F_{(B)} sont compatibles, on obtient aussi sur HomB(E(B),F(B))\mathrm{Hom}_B(E_{(B)}, F_{(B)}) une structure de B-module à droite (II, p. 35). On vérifie alors aussitôt que (17) est un homomorphisme de B-modules à droite pour ces structures.

Proposition 7

Soient A un anneau commutatif, B un anneau, ρ:A→B\rho : A \to B un homomorphisme central, E, F deux A-modules. (i) Si B est un A-module projectif (resp. projectif de type fini), l’homomorphisme (17) est injectif (resp. bijectif). (ii) Si E est un A-module projectif de type fini, l’homomorphisme (17) est bijectif. Comme (16) est bijectif, la proposition résulte de II, p. 75, prop. 2, appliquée à l’homomorphisme canonique (15).

Cite 2 · Cité par 1

Cite II § 4. Relations entre produits tensoriels et modules d'homomorphismes, Proposition 2

Cité par Proposition 22, II § 7

4. Dual d’un module obtenu par extension des scalaires

Soient A, B deux anneaux, ρ:A→B\rho : A \to B un homomorphisme d’anneaux, E un A-module à gauche, E* son dual. Nous allons définir une application B-linéaire canonique

vE:(E∗)(B)→(E(B))∗. v_E : (E^*)_{(B)} \to (E_{(B)})^*.

En effet, le premier membre de (19) s’écrit HomA(E,A)⊗Aρ∗(Bs)\mathrm{Hom}_A(E, A) \otimes_A \rho_*(B_s), où dans HomA(E,A)\mathrm{Hom}_A(E, A), A est considéré comme (A, A)-bimodule. On a donc un Z\mathbf{Z}-homomorphisme canonique (II, p. 75, formule (7))

ν:HomA(E,A)⊗Aρ∗(Bs)→HomA(E,A⊗Aρ∗(Bs))=HomA(E,ρ∗(Bs)) \nu : \mathrm{Hom}_A(E, A) \otimes_A \rho_*(B_s) \to \mathrm{Hom}_A(E, A \otimes_A \rho_*(B_s)) = \mathrm{Hom}_A(E, \rho_*(B_s))

avec l’identification fournie par l’isomorphisme canonique de II, p. 55, prop. 4. D’autre part, le second membre de (19) s’écrit HomB(ρ∗(Bd)⊗AE,Bs)\mathrm{Hom}_B(\rho_*(B_d) \otimes_A E, B_s); comme B est un (B, A)-bimodule, on a un Z\mathbf{Z}-isomorphisme canonique (II, p. 74, prop. 1)

β:HomB(ρ∗(Bd)⊗AE,Bs)→HomA(E,HomB(Bs,Bs)) \beta : \mathrm{Hom}_B(\rho_*(B_d) \otimes_A E, B_s) \to \mathrm{Hom}_A(E, \mathrm{Hom}_B(B_s, B_s))

et HomB(Bs,Bs)\mathrm{Hom}_B(B_s, B_s) s’identifie canoniquement, en tant que A-module, à ρ∗(Bs)\rho_*(B_s) (voir la démonstration de II, p. 82, prop. 1). Tenant compte de ces identifications, on obtient l’homomorphisme vEv_E; on vérifie aisément que cet homomorphisme est caractérisé par l’équation

⟨ξ⊗x,vE(x∗⊗η)⟩=ξρ(⟨x,x∗⟩)η, \langle \xi \otimes x, v_E(x^* \otimes \eta) \rangle = \xi \rho(\langle x, x^* \rangle) \eta,

pour x∈E,x∗∈E∗,ξ,ηx \in E, x^* \in E^*, \xi, \eta dans B, ce qui montre aussitôt que vEv_E est B-linéaire.

En outre, pour toute application A-linéaire u:E→Fu : E \to F, le diagramme

(F∗)(B)→uF(F(B))∗(tu)(B)↓↓t(u(B))(E∗)(B)→vE(E(B))∗ \begin{array}{ccc} (F^*)_{(B)} & \xrightarrow{u_F} & (F_{(B)})^* \\ (tu)_{(B)} \downarrow & & \downarrow t(u_{(B)}) \\ (E^*)_{(B)} & \xrightarrow{v_E} & (E_{(B)})^* \end{array}

est commutatif.

Proposition 8

Si l’un des A-modules* EE, ρ∗(Bs)\rho_*(B_s) est projectif de type fini, l’homomorphisme vEv_E est bijectif. Cela résulte de ce qui précède et de II, p. 75, prop. 2.

Cite 1 · Cité par 4

Cite Proposition 2, II § 4

Cité par Proposition 6, AC II § 3, Proposition 2, Proposition 20, II § 7, Remarque, III § 11

Supposons en particulier que EE soit un A-module libre de type fini et soient (ei)1≤i≤n(e_i)_{1 \leq i \leq n} une base de EE, (ei∗)1≤i≤n(e_i^*)_{1 \leq i \leq n} la base duale; alors l’isomorphisme canonique (19) de II, p. 87 fait correspondre à la base (ei∗⊗1)(e_i^* \otimes 1) de (E∗)(B)(E^*)_{(B)} la base duale de la base (1⊗ei)(1 \otimes e_i) de E(B)E_{(B)}.

5. Un critère de finitude

Proposition 9

Soient B un anneau, A un sous-anneau de B, P un A-module à gauche projectif. Alors, si* P(B)P_{(B)} est un B-module de type fini, P est lui-même un A-module de type fini.

Cite 1 · Cité par 1

Cite Proposition 12, II § 2

Cité par Exercice 12, § 1

On sait (II, p. 46, prop. 12) qu’il existe une famille (aλ)λ∈L(a_\lambda)_{\lambda \in L} d’éléments de PP et une famille (aλ∗)λ∈L(a_\lambda^*)_{\lambda \in L} d’éléments du dual P∗P^* telles que, pour tout x∈Px \in P, la famille (⟨x,aλ∗⟩)(\langle x, a_\lambda^* \rangle) soit de support fini et que l’on ait x=∑λ⟨x,aλ∗⟩aλx = \sum_\lambda \langle x, a_\lambda^* \rangle a_\lambda. Puisque P(B)P_{(B)} est de type fini, il existe une famille finie (yi)i∈I(y_i)_{i \in I} d’éléments de PP telle que P(B)P_{(B)} soit engendré par les éléments 1⊗yi1 \otimes y_i. Pour chaque indice ii, la famille (⟨yi,aλ∗⟩)(\langle y_i, a_\lambda^* \rangle) a un support fini. Il existe donc une partie finie HH de LL telle que ⟨yi,aλ∗⟩=0\langle y_i, a_\lambda^* \rangle = 0 pour i∈Ii \in I et λ∉H\lambda \notin H. Puisque ⟨1⊗yi,IdB⊗aλ∗⟩=⟨yi,aλ∗⟩\langle 1 \otimes y_i, \mathrm{Id}_B \otimes a_\lambda^* \rangle = \langle y_i, a_\lambda^* \rangle, il en résulte que IdB⊗aλ∗=0\mathrm{Id}_B \otimes a_\lambda^* = 0 pour λ∉H\lambda \notin H. Quel que soit x∈Px \in P, on a donc ⟨x,aλ∗⟩=⟨1⊗x,IdB⊗aλ∗⟩=0\langle x, a_\lambda^* \rangle = \langle 1 \otimes x, \mathrm{Id}_B \otimes a_\lambda^* \rangle = 0 pour λ∉H\lambda \notin H. Ceci montre que le A-module PP est engendré par les aλa_\lambda tels que λ∈H\lambda \in H.

Exercices

See the exercises for § 5.

Transcrit du volume imprimé. Non traduit.