Bourbaki

§ 10. Dérivations

Dans ce paragraphe, et sauf mention expresse du contraire, les algèbres considérées ne sont pas supposées associatives et n’ont pas nécessairement d’élément unité; KK désigne un anneau commutatif.

1. Facteurs de commutation

Quand dans ce paragraphe, on parlera sans préciser de graduations, il s’agira de graduations de type Δ\Delta, où Δ\Delta désigne un groupe commutatif noté additivement. Dans ce paragraphe, on appelle facteur de commutation sur Δ\Delta un facteur de commutation sur Δ\Delta à valeurs dans l’anneau Z\mathbf{Z} (III, p. 46, déf. 6). Un facteur de commutation sur Δ\Delta s’identifie donc à une application ε:(α,β)↦εαβ=ε(α,β)\varepsilon : (\alpha, \beta) \mapsto \varepsilon_{\alpha\beta} = \varepsilon(\alpha, \beta) de Δ×Δ\Delta \times \Delta dans le groupe multiplicatif {−1,1}\{-1, 1\} telle que pour α,α′,β,β′\alpha, \alpha', \beta, \beta' dans Δ\Delta, on ait

{ε(α+α′,β)=ε(α,β)ε(α′,β)ε(α,β+β′)=ε(α,β)ε(α,β′)ε(β,α)=ε(α,β). \begin{cases} \varepsilon(\alpha + \alpha', \beta) = \varepsilon(\alpha, \beta)\varepsilon(\alpha', \beta) \\ \varepsilon(\alpha, \beta + \beta') = \varepsilon(\alpha, \beta)\varepsilon(\alpha, \beta') \\ \varepsilon(\beta, \alpha) = \varepsilon(\alpha, \beta). \end{cases}
Il en résulte que ε(2α,β)=ε(α,2β)=1\varepsilon(2\alpha, \beta) = \varepsilon(\alpha, 2\beta) = 1.

Lorsque Δ=Z\Delta = \mathbf{Z}, tout facteur de commutation ε\varepsilon est déterminé par la donnée de ε(1,1)\varepsilon(1, 1); il n’y a donc que deux tels facteurs, le premier défini par

ε(p,q)=1pour p,q dans Z \varepsilon(p, q) = 1 \quad \text{pour } p, q \text{ dans } \mathbf{Z}
et le second par
ε(p,q)=(−1)pqpour p,q dans Z. \varepsilon(p, q) = (-1)^{pq} \quad \text{pour } p, q \text{ dans } \mathbf{Z}.

2. Définition générale des dérivations

Considérons un anneau commutatif K, six K-modules gradués de type Δ:A,A′,A′′,B,B′,B′′\Delta : A, A', A'', B, B', B'', et trois applications K-bilinéaires

μ:A×A′→A′′,λ1:B×A′→B′′,λ2:A×B′→B′′ \mu : A \times A' \to A'', \quad \lambda_1 : B \times A' \to B'', \quad \lambda_2 : A \times B' \to B''

telles que les applications K-linéaires correspondantes

A⊗KA′→A′′,B⊗KA′→B′′,A⊗KB′→B′′ A \otimes_K A' \to A'', \quad B \otimes_K A' \to B'', \quad A \otimes_K B' \to B''

soient graduées de degré 0. On notera simplement a.a′a.a' ou même aa′aa' l’image μ(a,a′)\mu(a, a') pour a∈A,a′∈A′a \in A, a' \in A', et de même pour les deux autres applications bilinéaires. Le degré de a.a′a.a' est donc la somme des degrés de aa et de a′a'.

Définition 1

Pour les données précédentes et pour un facteur de commutation ε\varepsilon sur Δ×Δ\Delta \times \Delta, on appelle ε\varepsilon-dérivation (ou (K, ε\varepsilon)-dérivation) de degré δ∈Δ\delta \in \Delta de (A, A', A'') dans (B, B', B'') un triplet d’applications K-linéaires graduées de degré δ\delta:

d:A→B,d′:A′→B′,d′′:A′′→B′′ d : A \to B, \quad d' : A' \to B', \quad d'' : A'' \to B''

telles que, pour tout élément homogène a∈Aa \in A et tout élément a′∈A′a' \in A' on ait

(4)

d′′(a.a′)=(da).a′+εδ,deg⁡(a)a.(d′a′). d''(a.a') = (da).a' + \varepsilon_{\delta, \deg(a)} a.(d'a').

Il suffit évidemment, par linéarité, de vérifier la relation (4) lorsque aa et a′a' parcourent des systèmes générateurs respectifs de A et A'.

Il est souvent commode de désigner par la même lettre dd les trois applications d,d′,d′′d, d', d'' (ce qu’on peut justifier en notant également dd l’application K-linéaire

(a,a′,a′′)↦(da,d′a′,d′′a′′) (a, a', a'') \mapsto (da, d'a', d''a'')

de A⊕A′⊕A′′A \oplus A' \oplus A'' dans B⊕B′⊕B′′B \oplus B' \oplus B''). La relation (4) s’écrit alors plus simplement

(5)

d(a.a′)=(da).a′+εδ,deg⁡(a)a.(da′). d(a.a') = (da).a' + \varepsilon_{\delta, \deg(a)} a.(da').

Les ε\varepsilon-dérivations de (A, A', A'') dans (B, B', B'') de degré donné forment un sous-K-module du K-module des applications linéaires graduées

Homgr⁡K(A⊕A′⊕A′′,B⊕B′⊕B′′). \operatorname{Homgr}_K(A \oplus A' \oplus A'', B \oplus B' \oplus B'').

Lorsque ε(α,β)=1\varepsilon(\alpha, \beta) = 1 quels que soient α,β\alpha, \beta dans Δ\Delta, on dit simplement dérivation (ou K-dérivation) au lieu de ε\varepsilon-dérivation. Les dérivations forment un sous-K-module de Hom⁡K(A⊕A′⊕A′′,B⊕B′⊕B′′)\operatorname{Hom}_K(A \oplus A' \oplus A'', B \oplus B' \oplus B'').

Lorsque Δ=Z\Delta = \mathbf{Z} et ε(p,q)=(−1)pq\varepsilon(p, q) = (-1)^{pq}, toute ε\varepsilon-dérivation de degré pair est une dérivation; une ε\varepsilon-dérivation de degré impair est souvent appelée antidérivation (ou K-antidérivation); une antidérivation dd satisfait donc à

(6)

d(a.a′)=(da).a′+(−1)deg⁡(a)a.(da′) d(a.a') = (da).a' + (-1)^{\deg(a)} a.(da')

pour un élément homogène a∈Aa \in A.

Remarque 1

On peut définir la notion de dérivation pour des modules non gradués, en convenant de munir ces modules de la graduation triviale.

Remarque 2

Tant qu’on ne considère que des ε-dérivations d’un degré donné δ, on peut se débarrasser du facteur de commutation ε par le procédé suivant: on modifie l’application bilinéaire λ2:A×B′→B′′\lambda_2 : A \times B' \to B'' en la remplaçant par l’application bilinéaire λ2′:A×B′→B′′\lambda'_2 : A \times B' \to B'' telle que pour tout aa homogène dans AA et tout b′∈B′b' \in B', on ait

λ2′(a,b′)=εδ,deg⁡(a)λ2(a,b′). \lambda'_2(a, b') = \varepsilon_{\delta, \deg(a)} \lambda_2(a, b').

Alors dd est une dérivation relativement aux applications bilinéaires μ,λ1,λ2′\mu, \lambda_1, \lambda'_2.

La définition générale des ε-dérivations donnée ci-dessus est surtout utilisée dans deux cas:

Cas I): on a A=B,A′=B′,A′′=B′′A = B, A' = B', A'' = B'', et les trois applications bilinéaires μ,λ1,λ2\mu, \lambda_1, \lambda_2 sont égales à une même application.

Cas II): on a A=A′=A′′,B=B′=B′′A = A' = A'', B = B' = B'', de sorte que (pour μ\mu) AA est une algèbre graduée, et que les deux applications K-bilinéaires

(7)

λ1:B×A→B,λ2:A×B→B \lambda_1 : B \times A \to B, \quad \lambda_2 : A \times B \to B

sont telles que les applications K-linéaires correspondantes B⊗KA→B,A⊗KB→BB \otimes_K A \to B, A \otimes_K B \to B soient graduées de degré 0. Une ε-dérivation de degré δ de AA dans BB est alors une application K-linéaire graduée d:A→Bd : A \to B de degré δ, telle que, pour tout xx homogène dans AA et tout y∈Ay \in A, on ait la relation

(8)

d(xy)=(dx)y+εδ,deg⁡(x)x(dy). d(xy) = (dx)y + \varepsilon_{\delta, \deg(x)} x(dy).

Rentre en particulier dans le cas II) le cas où AA est une K-algèbre associative unifière, et où λ1\lambda_1 et λ2\lambda_2 sont les lois d’action d’un (A, A)-bimodule (III, p. 39, déf. 3). Il en est ainsi notamment lorsque AA et BB sont deux K-algèbres associatives unifières, que l’on s’est donné un homomorphisme unifière de K-algèbres graduées ρ:A→B\rho : A \to B et que l’on considère sur BB la structure de (A, A)-bimodule définie par les deux lois d’action

λ1:(b,a)↦bρ(a),λ2:(a,b)↦ρ(a)b \lambda_1 : (b, a) \mapsto b\rho(a), \qquad \lambda_2 : (a, b) \mapsto \rho(a)b

pour a∈A,b∈Ba \in A, b \in B.

Les cas I) et II) ont en commun le cas suivant: on considère une K-algèbre graduée AA, on prend B=AB = A, les applications (7) étant toutes deux la multiplication dans AA. On parle alors de ε-dérivation (ou (K, ε)-dérivation) de l’algèbre graduée AA: c’est une application K-linéaire graduée de AA dans elle-même, de degré δ, satisfaisant à (8) pour tout xx homogène dans AA et tout y∈Ay \in A. En particulier, si AA est un anneau gradué, considéré comme une Z\mathbf{Z}-algèbre (associative), on parlera des ε-dérivations de l’anneau AA.

Soient AA une K-algèbre associative, commutative et unifière, BB un A-module; lorsqu’on parlera de dérivation de AA dans BB, il sera sous-entendu qu’il s’agit de la structure de A-bimodule de B déduite de sa structure de A-module; on a alors la formule

d(xy)=x(dy)+y(dx) d(xy) = x(dy) + y(dx)
pour x∈A,y∈Ax \in A, y \in A pour une telle dérivation d:A→Bd : A \to B.

3. Exemples de dérivations

Exemple 1

Soit A la R\mathbf{R}-algèbre des applications dérivables de R\mathbf{R} dans R\mathbf{R}, et soit x0x_0 un point de R\mathbf{R}; on peut considérer R\mathbf{R} comme A-module pour la loi d’action (f,a)↦f(x0)a(f, a) \mapsto f(x_0)a. Alors l’application f↦Df(x0)f \mapsto Df(x_0) est une dérivation, puisque l’on a (FVR, I, § 1, no 3) (D(fg))(x0)=(Df(x0))g(x0)+f(x0)(Dg(x0)).∗(D(fg))(x_0) = (Df(x_0))g(x_0) + f(x_0)(Dg(x_0)).*

Exemple 2

Soit X une variété différentielle de classe C∞C^\infty, et soit A la R\mathbf{R}-algèbre graduée des formes différentielles sur X, L’application qui à toute forme différentielle ω\omega sur X associe sa différentielle extérieure dωd\omega est une antidérivation de degré +1 (VAR. R, § 8).

Exemple 3

Soit A une K-algèbre associative. Pour tout a∈Aa \in A, l’application x↦ax−xax \mapsto ax - xa est une dérivation de l’algèbre A (cf. III, p. 124).

Exemple 4

Soient M un K-module, A l’algèbre extérieure ∧(M∗)\wedge(M^*), munie de sa graduation usuelle (III, p. 76). *On verra dans III, p. 167 que, pour tout x∈Mx \in M, le produit intérieur droit i(x)i(x) est une antidérivation de degré −1 de A.

Exemple 5

Reprenons la situation générale de la déf. 1 de III, p. 117, et soient K‾\overline{K} un second anneau commutatif, ρ:K→K‾\rho : K \to \overline{K} un homomorphisme d’anneaux; désignons par A‾,A‾′,A‾′′,B‾,B‾′,B‾′′\overline{A}, \overline{A}', \overline{A}'', \overline{B}, \overline{B}', \overline{B}'' les K‾\overline{K}-modules gradués obtenus respectivement à partir de A, A', A'', B, B', B'' par extension à K‾\overline{K} de l’anneau des scalaires (II, p. 174); on déduit de μ,λ1\mu, \lambda_1 et λ2\lambda_2 des applications K‾\overline{K}-bilinéaires

μˉ:A‾×A‾′→A‾′′,λˉ1:B‾×A‾′→B‾′′,λˉ2:A‾×B‾′→B‾′′ \bar{\mu} : \overline{A} \times \overline{A}' \to \overline{A}'', \quad \bar{\lambda}_1 : \overline{B} \times \overline{A}' \to \overline{B}'', \quad \bar{\lambda}_2 : \overline{A} \times \overline{B}' \to \overline{B}''
en considérant les produits tensoriels par 1K‾1_{\overline{K}} des applications K-linéaires correspondant à μ,λ1\mu, \lambda_1 et λ2\lambda_2 (II, p. 82). Alors, si dd est une ε\varepsilon-dérivation de degré δ\delta de (A, A', A'') dans (B, B', B''), l’application dˉ=d⊗1K‾\bar{d} = d \otimes 1_{\overline{K}} de A‾⊕A‾′⊕A‾′′\overline{A} \oplus \overline{A}' \oplus \overline{A}'' dans B‾⊕B‾′⊕B‾′′\overline{B} \oplus \overline{B}' \oplus \overline{B}'' est une ε\varepsilon-dérivation de degré δ\delta de (A‾,A‾′,A‾′′\overline{A}, \overline{A}', \overline{A}'') dans (B‾,B‾′,B‾′′\overline{B}, \overline{B}', \overline{B}'').

Exemple 6

Soit A une K-algèbre graduée de type Z\mathbf{Z}; on définit une K-application linéaire graduée de degré 0, d:A→Ad : A \to A en prenant, pour xn∈Anx_n \in A_n (n∈Zn \in \mathbf{Z}), d(xn)=nxnd(x_n) = nx_n. Cette application est une dérivation de A, car pour xp∈Ap,xq∈Aqx_p \in A_p, x_q \in A_q, on a d(xpxq)=(p+q)xpxq=d(xp)xq+xpd(xq)d(x_p x_q) = (p + q)x_p x_q = d(x_p) x_q + x_p d(x_q).

4. Composition des dérivations

Nous supposons dans ce n° que l’on se trouve dans le cas I) de III, p. 118, c’est-à-dire que A, A', A'' sont trois K-modules gradués de type Δ\Delta, que l’on s’est donné une application K-bilinéaire μ:A×A′→A′′\mu : A \times A' \to A'' correspondant à une application K-linéaire graduée de degré 0, A⊗KA′→A′′A \otimes_K A' \to A''. Les endomorphismes gradués ff de A⊕A′⊕A′′A \oplus A' \oplus A'' tels que f(A)⊂A,f(A′)⊂A′f(A) \subset A, f(A') \subset A' et f(A′′)⊂A′′f(A'') \subset A'' forment une sous-algèbre graduée de l’algèbre associative graduée EndgrK(A⊕A′⊕A′′)\mathrm{Endgr}_K(A \oplus A' \oplus A'') (III, p. 31, Exemple 2). On peut en particulier composer deux ε\varepsilon-dérivations de (A,A′,A′′)(A, A', A''), mais on se gardera de croire que le composé de deux ε\varepsilon-dérivations soit encore une ε\varepsilon-dérivation.

Dans toute algèbre graduée B de type Δ\Delta, on définit le ε\varepsilon-crochet (ou simplement crochet lorsque ε=1\varepsilon = 1) de deux éléments homogènes u,vu, v, par la formule

[u,v]ε=uv−εdeg⁡u,deg⁡vvu(noteˊ simplement [u,v] si ε=1). [u, v]_\varepsilon = uv - \varepsilon_{\deg u, \deg v} vu \quad \text{(noté simplement } [u, v] \text{ si } \varepsilon = 1\text{)}.

En prolongeant cette application par linéarité, on obtient une application K-bilinéaire (u,v)↦[u,v]ε(u, v) \mapsto [u, v]_\varepsilon de B×BB \times B dans BB. On a, pour uu et vv homogènes dans BB

[v,u]ε=−εdeg⁡u,deg⁡v[u,v]ε. [v, u]_\varepsilon = -\varepsilon_{\deg u, \deg v} [u, v]_\varepsilon.

Appliquons cette définition à l’algèbre graduée EndgrK(A⊕A′⊕A′′)\mathrm{Endgr}_K(A \oplus A' \oplus A'') : on définit ainsi le ε\varepsilon-crochet de deux endomorphismes gradués.

Proposition 1

Soient d1,d2d_1, d_2 deux ε\varepsilon-dérivations de (A,A′,A′′)(A, A', A''), de degrés respectifs δ1,δ2\delta_1, \delta_2. Alors le ε\varepsilon-crochet

[d1,d2]ε=d1∘d2−εδ1,δ2d2∘d1 [d_1, d_2]_\varepsilon = d_1 \circ d_2 - \varepsilon_{\delta_1, \delta_2} d_2 \circ d_1

est une ε\varepsilon-dérivation de degré δ1+δ2\delta_1 + \delta_2. De plus, si dd est une ε\varepsilon-dérivation de degré δ\delta de (A,A′,A′′)(A, A', A''), et si εδ,δ=−1\varepsilon_{\delta, \delta} = -1, alors d2=d∘dd^2 = d \circ d est une dérivation.

Supposons x∈Ax \in A homogène de degré ξ\xi; pour tout y∈A′y \in A', on a

d1(d2(xy))=((d1d2)(x))y+εδ1,δ2+ξ(d2x)(d1y)+εδ2,ξ(d1x)(d2y)+εδ1+δ2,ξx((d1d2)(y)) d_1(d_2(xy)) = ((d_1 d_2)(x))y + \varepsilon_{\delta_1, \delta_2 + \xi}(d_2 x)(d_1 y) + \varepsilon_{\delta_2, \xi}(d_1 x)(d_2 y) + \varepsilon_{\delta_1 + \delta_2, \xi} x((d_1 d_2)(y))

compte tenu des formules (1) de III, p. 116. Echangeant les rôles de d1d_1 et d2d_2, on obtient, après simplifications utilisant de nouveau (1) (III, p. 116),

(d1d2)(xy)−εδ1,δ2(d2d1)(xy)=((d1d2)(x))y−εδ1,δ2((d2d1)(x))y+εδ1+δ2,ξx((d1d2)(y))−εδ1,δ2εδ1+δ2,ξx((d2d1)(y)) (d_1 d_2)(xy) - \varepsilon_{\delta_1, \delta_2}(d_2 d_1)(xy) = ((d_1 d_2)(x))y - \varepsilon_{\delta_1, \delta_2}((d_2 d_1)(x))y + \varepsilon_{\delta_1 + \delta_2, \xi} x((d_1 d_2)(y)) - \varepsilon_{\delta_1, \delta_2} \varepsilon_{\delta_1 + \delta_2, \xi} x((d_2 d_1)(y))

c’est-à-dire, en posant d=[d1,d2]εd = [d_1, d_2]_\varepsilon et δ=δ1+δ2\delta = \delta_1 + \delta_2,

d(xy)=(dx)y+εδ,ξx(dy) d(xy) = (dx)y + \varepsilon_{\delta, \xi} x(dy)

ce qui prouve que dd est une ε\varepsilon-dérivation.

D’autre part, si, dans (11), on fait d1=d2=d,δ1=δ2=δd_1 = d_2 = d, \delta_1 = \delta_2 = \delta et si εδ,δ=−1\varepsilon_{\delta, \delta} = -1, on obtient, puisqu’alors εδ,δ+ξ=−εδ,ξ\varepsilon_{\delta, \delta + \xi} = -\varepsilon_{\delta, \xi} par (1),

d2(xy)=(d2x)y+ε2δ,ξx(d2y) d^2(xy) = (d^2 x)y + \varepsilon_{2\delta, \xi} x(d^2 y)

et comme ε2δ,ξ=1\varepsilon_{2\delta, \xi} = 1, on voit que d2d^2 est bien une dérivation.

Corollaire

Supposons Δ=Z\Delta = \mathbf{Z}. Alors: (i) Le carré d’une antidérivation est une dérivation. (ii) Le crochet de deux dérivations est une dérivation. (iii) Le crochet d’une antidérivation et d’une dérivation de degré pair est une antidérivation. (iv) Si d1d_1 et d2d_2 sont des antidérivations, d1d2+d2d1d_1 d_2 + d_2 d_1 est une dérivation.

Sous les hypothèses du début de ce n° (III, p. 119,) considérons maintenant une suite finie D=(di)i≤i≤nD = (d_i)_{i \leq i \leq n} de dérivations deux à deux permutables de (A,A′,A′′)(A, A', A''). Pour tout polynôme P(X1,…,Xn)P(X_1, \ldots, X_n) de l’algèbre K[X1,…,Xn]K[X_1, \ldots, X_n], l’élément P(d1,…,dn)P(d_1, \ldots, d_n) de EndgrK(A⊕A′⊕A′′)\mathrm{Endgr}_K(A \oplus A' \oplus A'') est donc défini (III, p. 26); on le notera en abrégé P(D)P(D).

Proposition 2

Avec les hypothèses et notations précédentes, considérons 2n2n indéterminées T1,…,Tn,T1′,…,Tn′T_1, \ldots, T_n, T'_1, \ldots, T'_n, et pour tout polynôme F∈K[X1,…,Xn]F \in K[X_1, \ldots, X_n], posons F(T)=F(T1,…,Tn),F(T′)=F(T1′,…,Tn′)F(T) = F(T_1, \ldots, T_n), F(T') = F(T'_1, \ldots, T'_n) et

F(T+T′)=F(T1+T1′,…,Tn+Tn′). F(T + T') = F(T_1 + T'_1, \ldots, T_n + T'_n).
Supposons que l’on ait
P(T+T′)=∑iQi(T)Ri(T′) P(T + T') = \sum_i Q_i(T) R_i(T')
où les QiQ_i et RiR_i appartiennent à K[X1,…,Xn]K[X_1, \ldots, X_n]. Alors, quels que soient x∈Ax \in A et y∈A′y \in A', on a
(12)P(D)(xy)=∑i(Qi(D)x)(Ri(D)y). (12) \quad P(D)(xy) = \sum_i (Q_i(D)x)(R_i(D)y).

Introduisons nn autres indéterminées T1′′,…,Tn′′T''_1, \ldots, T''_n, et considérons l’algèbre de polynômes K[T1,…,Tn,T1′,…,Tn′,T1′′,…,Tn′′]=BK[T_1, \ldots, T_n, T'_1, \ldots, T'_n, T''_1, \ldots, T''_n] = B; considérons d’autre part le KK-module MM des applications bilinéaires de A×A′A \times A' dans A′′A''; on définit sur MM une structure de BB-module en posant, pour toute application KK-bilinéaire f∈Mf \in M et 1≤i≤n1 \leq i \leq n

(13){(Tif)(a,a′)=f(dia,a′)(Ti′f)(a,a′)=f(a,dia′)(Ti′′f)(a,a′)=di(f(a,a′)) (13) \quad \begin{cases} (T_i f)(a, a') = f(d_i a, a') \\ (T'_i f)(a, a') = f(a, d_i a') \\ (T''_i f)(a, a') = d_i(f(a, a')) \end{cases}

Puisque les did_i sont deux à deux permutables, on voit que pour tout polynôme F∈K[X1,…,Xn]F \in K[X_1, \ldots, X_n], on a (F(T)f)(a,a′)=f(F(D)a,a′),(F(T′)f)(a,a′)=f(a,F(D)a′)(F(T)f)(a, a') = f(F(D)a, a'), (F(T')f)(a, a') = f(a, F(D)a') et (F(T′′)f)(a,a′)=F(D)(f(a,a′))(F(T'')f)(a, a') = F(D)(f(a, a')). Donc, pour prouver (12) il suffit de montrer que l’on a

(14)(P(T′′)−∑iQi(T)Ri(T′))⋅μ=0 (14) \quad (P(T'') - \sum_i Q_i(T) R_i(T')) \cdot \mu = 0
ou encore (P(T′′)−P(T+T′))⋅μ=0(P(T'') - P(T + T')) \cdot \mu = 0 dans le BB-module MM. Or, l’hypothèse que les did_i sont des dérivations s'exprime encore en disant que l'on a, pour 1⩽i⩽n1 \leqslant i \leqslant n

(15) (Ti′′−Ti−Ti′).μ=0(\mathrm{T}''_i - \mathrm{T}_i - \mathrm{T}'_i) . \mu = 0

dans le B-module M. En considérant successivement les polynômes

P(T1′′,T2′′,…,Tn′′)−P(T1+T1′,T2′′,…,Tn′′)P(T1+T1′,T2′′,…,Tn′′)−P(T1+T1′,T2+T2′,…,Tn′′)⋯P(T1+T1′,…,Tn−1+Tn−1′,Tn′′)−P(T1+T1′,…,Tn−1+Tn−1′,Tn+Tn′) \begin{aligned} &\mathrm{P}(\mathrm{T}''_1, \mathrm{T}''_2, \ldots, \mathrm{T}''_n) - \mathrm{P}(\mathrm{T}_1 + \mathrm{T}'_1, \mathrm{T}''_2, \ldots, \mathrm{T}''_n) \\ &\mathrm{P}(\mathrm{T}_1 + \mathrm{T}'_1, \mathrm{T}''_2, \ldots, \mathrm{T}''_n) - \mathrm{P}(\mathrm{T}_1 + \mathrm{T}'_1, \mathrm{T}_2 + \mathrm{T}'_2, \ldots, \mathrm{T}''_n) \\ &\qquad\qquad\qquad\qquad \cdots \\ &\mathrm{P}(\mathrm{T}_1 + \mathrm{T}'_1, \ldots, \mathrm{T}_{n-1} + \mathrm{T}'_{n-1}, \mathrm{T}''_n) - \mathrm{P}(\mathrm{T}_1 + \mathrm{T}'_1, \ldots, \mathrm{T}_{n-1} + \mathrm{T}'_{n-1}, \mathrm{T}_n + \mathrm{T}'_n) \end{aligned}

on voit que la différence P(T′′)−P(T+T′)\mathrm{P}(\mathbf{T}'') - \mathrm{P}(\mathbf{T} + \mathbf{T}') s'écrit sous la forme

∑i=1n(Ti′′−Ti−Ti′)Gi(T,T′,T′′) \sum_{i=1}^{n} (\mathrm{T}''_i - \mathrm{T}_i - \mathrm{T}'_i) \mathrm{G}_i(\mathbf{T}, \mathbf{T}', \mathbf{T}'')

où les Gi\mathrm{G}_i sont des éléments de B. La relation (14) est donc conséquence immédiate des relations (15).

Corollaire (formule de Leibniz)

Soient did_i (1⩽i⩽n1 \leqslant i \leqslant n) nn dérivations de (A,A′,A′′)(\mathrm{A}, \mathrm{A}', \mathrm{A}''), deux à deux permutables. Pour tout α=(α1,…,αn)∈Nn\alpha = (\alpha_1, \ldots, \alpha_n) \in \mathbf{N}^n posons

(16) dα=d1α1d2α2…dnαn.d^\alpha = d_1^{\alpha_1} d_2^{\alpha_2} \ldots d_n^{\alpha_n}.

Alors, pour x∈Ax \in \mathrm{A} et y∈A′y \in \mathrm{A}', on a

(17) dα(xy)=∑β+γ=α((β,γ))dβ(x)dγ(y)d^\alpha(xy) = \sum_{\beta + \gamma = \alpha} ((\beta, \gamma)) d^\beta(x) d^\gamma(y)

où l'on a posé (avec les notations introduites au début du chapitre)

(18) ((β,γ))=(β+γ)!/(β!γ!).((\beta, \gamma)) = (\beta + \gamma)! / (\beta! \gamma!).

Cela résulte aussitôt de la formule multinomiale (I, p. 95)

(T+T′)α=∑β+γ=α((β,γ))TβT′γ (\mathbf{T} + \mathbf{T}')^\alpha = \sum_{\beta + \gamma = \alpha} ((\beta, \gamma)) \mathbf{T}^\beta \mathbf{{T}'}^\gamma

et de la prop. 2.

5. Dérivations d'une algèbre A dans un A-bimodule

Nous supposons dans ce n° que l'on se trouve dans le cas II) de III, p. 118. On a donc une K-algèbre graduée A, et un K-module gradué E, ainsi que deux applications K-linéaires de degré 0

E⊗KA→E,A⊗KE→E \mathrm{E} \otimes_{\mathrm{K}} \mathrm{A} \to \mathrm{E}, \qquad \mathrm{A} \otimes_{\mathrm{K}} \mathrm{E} \to \mathrm{E}

notées

x⊗a↦x.aeta⊗x↦a.xpour a∈A et x∈E. x \otimes a \mapsto x . a \quad \text{et} \quad a \otimes x \mapsto a . x \qquad \text{pour } a \in \mathrm{A} \text{ et } x \in \mathrm{E}.

Proposition 3

Soit d:A→Ed : \mathrm{A} \to \mathrm{E} une ε\varepsilon-dérivation de degré δ\delta. Alors Ker(d)\mathrm{Ker}(d) est une sous-algèbre graduée de A; si A admet un élément unité, il appartient à Ker(d)\mathrm{Ker}(d).

Il est clair que Ker(d)\mathrm{Ker}(d) est un sous-K-module gradué de A; de plus, la relation (8) de III, p. 118 montre que, si x et y sont deux éléments homogènes appartenant à Ker(d), on a d(xy) = 0, donc xy ∈ Ker(d). Enfin, si A admet un élément unité 1 (de degré 0, cf. III, p. 30), la relation (8) de III, p. 118, où on remplace x et y par 1, donne d(1) = d(1) + d(1), donc d(1) = 0.

Corollaire

Soient d₁ et d₂ deux ε-dérivations de A dans E, de même degré δ. Si d₁ et d₂ prennent les mêmes valeurs en chaque élément d’un système générateur de l’algèbre A, on a d₁ = d₂.

En effet, d₁ − d₂ est une ε-dérivation de degré δ, donc Ker(d₁ − d₂) est une sous-algèbre de A qui contient un système générateur de A, donc est égale à A.

Proposition 4

Soit d : A → E une ε-dérivation de degré δ. Supposons que A possède un élément unité 1, et soit x un élément homogène de A, ayant un inverse x⁻¹ dans A. Alors on a

d(x−1)=−εδ,deg⁡(x)x−1((dx)x−1)=−εδ,deg⁡(x)(x−1(dx))x−1. d(x^{-1}) = -\varepsilon_{\delta, \deg(x)} x^{-1}((dx)x^{-1}) = -\varepsilon_{\delta, \deg(x)} (x^{-1}(dx))x^{-1}.

En effet, on a d(xx⁻¹) = d(1) = 0 (III, p. 122, prop. 3), d’où

(dx)x−1+εδ,deg⁡(x)x(d(x−1))=0(dx)x^{-1} + \varepsilon_{\delta, \deg(x)} x(d(x^{-1})) = 0

ce qui prouve la première formule (19). D’autre part, x⁻¹ est homogène de degré −deg(x) et εδ,deg⁡(x)=εδ,−deg⁡(x)\varepsilon_{\delta, \deg(x)} = \varepsilon_{\delta, -\deg(x)} en vertu des formules (1) de III, p. 116; en écrivant que d(x−1x)=0d(x^{-1}x) = 0, on obtient de même la seconde formule (19).

Proposition 5

Supposons que A soit un anneau commutatif intègre, et soit L son corps des fractions. Toute dérivation de A dans un espace vectoriel E sur L (considéré comme A-module) se prolonge d’une seule manière en une dérivation de L dans E.

Soient d une dérivation de A dans E, d‾\overline{d} une dérivation de L dans E prolongeant d; alors, pour u∈A,v∈A,v≠0u \in A, v \in A, v \neq 0, on a nécessairement, en vertu de (19)

d‾(u/v)=v−1du−uv−2dv \overline{d}(u/v) = v^{-1}du - uv^{-2}dv

ce qui prouve l’unicité de d‾\overline{d}. Inversement, montrons qu’on peut définir d‾\overline{d} par la formule (20); on doit d’abord vérifier que si u/v=u′/v′u/v = u'/v', la valeur du second membre de (20) ne change pas quand on remplace u par u’ et v par v’. Or, on a uv′=vu′uv' = vu', donc v′(du)+u(dv′)=v(du′)+u′(dv)v'(du) + u(dv') = v(du') + u'(dv), et par suite v′(du−uv−1dv)=v(du′−u′v′−1dv′)v'(du - uv^{-1}dv) = v(du' - u'{v'}^{-1}dv'), puisque uv′v−1=u′uv'v^{-1} = u' et u′v′−1v=uu'{v'}^{-1}v = u. On a ainsi défini une application d‾:L→E\overline{d} : L \to E, qui prolonge d; on vérifie aussitôt qu’elle est K-linéaire et est une dérivation.

Proposition 6

Supposons que A soit une K-algèbre graduée associative unifère, E un (A, A)-bimodule gradué. Si d : A → E est une ε-dérivation de degré δ, on a, pour toute suite finie (xi)1≤i≤n(x_i)_{1 \leq i \leq n} d’éléments homogènes de A, de degrés respectifs ξi\xi_i (1 ≤ i ≤ n)

d(x1x2…xn)=∑i=1nεδ,ξ1+…+ξi−1x1…xi−1(dxi)xi+1…xn. d(x_1 x_2 \ldots x_n) = \sum_{i=1}^n \varepsilon_{\delta, \xi_1 + \ldots + \xi_{i-1}} x_1 \ldots x_{i-1} (dx_i) x_{i+1} \ldots x_n.

La formule (21) est triviale pour n=0n = 0 et se prouve par récurrence sur nn, compte tenu de (4) (III, p. 117).

Corollaire

Supposons que AA soit une algèbre associative unifère, commutative et ayant un élément unité, et EE un AA-module. Si d:A→Ed : A \to E est une dérivation, on aa, pour tout entier n⩾0n \geqslant 0,

d(xn)=nxn−1(dx)pour tout x∈A. d(x^n) = nx^{n-1}(dx) \quad \text{pour tout } x \in A.

Il suffit de munir AA de la graduation triviale et d’appliquer (21) avec tous les xix_i égaux à xx.

Revenons au cas général d’une ε\varepsilon-dérivation d:A→Ed : A \to E de degré δ\delta. Soit ZεZ_\varepsilon l’ensemble des a∈Aa \in A tels que pour tout composant homogène aαa_\alpha de degré α\alpha de aa, on ait, pour tout xx homogène dans EE

xaα=εδ,deg⁡(x)aαx. xa_\alpha = \varepsilon_{\delta, \deg(x)} a_\alpha x.

Si AA est une algèbre graduée associative unifère, et EE un (A,A)(A, A)-bimodule gradué, il résulte aussitôt de cette définition que ZεZ_\varepsilon est une sous-algèbre graduée de AA contenant l’élément unité.

Proposition 7

Supposons que AA soit une algèbre graduée associative unifère et EE un (A,A)(A, A)-bimodule gradué. Soit d:A→Ed : A \to E une ε\varepsilon-dérivation de degré δ\delta, et aa un élément homogène de degré α\alpha de ZεZ_\varepsilon. Alors l’application x↦a(dx)x \mapsto a(dx) est une ε\varepsilon-dérivation de degré δ+α\delta + \alpha.

Posons en effet d′(x)=a(dx)d'(x) = a(dx); pour xx homogène de degré ξ\xi dans AA, et y∈Ay \in A, on a, en vertu de (23) et de (1) (III, p. 116),

d′(xy)=a((dx)y)+εδ,ξa(x(dy))=(a(dx))y+εδ+α,ξ(xa)(dy)=(d′x)y+εδ+α,ξx(d′y). \begin{align*} d'(xy) &= a((dx)y) + \varepsilon_{\delta, \xi} a(x(dy)) = (a(dx))y + \varepsilon_{\delta+\alpha, \xi} (xa)(dy) \\ &= (d'x)y + \varepsilon_{\delta+\alpha, \xi} x(d'y). \end{align*}

La prop. 7 exprime que le KK-module des ε\varepsilon-dérivations de AA dans EE est un ZεZ_\varepsilon-module gradué de type Δ\Delta.

6. Dérivations d’une algèbre

Soit AA une KK-algèbre graduée; pour tout élément homogène a∈Aa \in A, on note adε(a)\mathrm{ad}_\varepsilon(a), ou simplement ad(a)\mathrm{ad}(a) si aucune confusion n’en résulte, l’application KK-linéaire de AA dans AA

x↦[a,x]ε x \mapsto [a, x]_\varepsilon

(III, p. 120, formule (10)) qui est graduée de degré deg⁡a\deg a.

Proposition 8

Soit AA une KK-algèbre graduée.

(i) Pour toute ε\varepsilon-dérivation d:A→Ad : A \to A et tout élément homogène aa de AA, on a

[d,adε(a)]ε=adε(da). [d, \mathrm{ad}_\varepsilon(a)]_\varepsilon = \mathrm{ad}_\varepsilon(da).

(ii) Si l’algèbre AA est associative, adε(a)\mathrm{ad}_\varepsilon(a) est une ε\varepsilon-dérivation de AA, de degré deg⁡(a)\deg(a).

(i) En effet, supposons que dd soit de degré δ\delta, soit α=deg⁡a\alpha = \deg a, et posons f=[d,adε(a)]εf = [d, \mathrm{ad}_\varepsilon(a)]_\varepsilon. Pour tout élément homogène x∈Ax \in A de degré ξ\xi, on a, compte tenu de (1), (III, p. 116)

f(x)=d(ax−εα,ξxa)−εδ,α(a(dx))−εα,δ+ξ(dx)a=(da)x+εδ,αa(dx)−εα,ξ(dx)a−εδ+α,ξx(da)−εδ,αa(dx)+εα,ξ(dx)a=(da)x−εδ+α,ξx(da)=[da,x]ε. f(x) = d(ax - \varepsilon_{\alpha, \xi} xa) - \varepsilon_{\delta, \alpha}(a(dx)) - \varepsilon_{\alpha, \delta+\xi}(dx)a \\ = (da)x + \varepsilon_{\delta, \alpha}a(dx) - \varepsilon_{\alpha, \xi}(dx)a - \varepsilon_{\delta+\alpha, \xi}x(da) \\ - \varepsilon_{\delta, \alpha}a(dx) + \varepsilon_{\alpha, \xi}(dx)a \\ = (da)x - \varepsilon_{\delta+\alpha, \xi}x(da) = [da, x]_\varepsilon.

(ii) Pour tout xx homogène de degré ξ\xi et tout yy homogène de degré η\eta dans AA, on a

adε(a)(xy)=a(xy)−εα,ξ+η(xy)a=(ax−εα,ξxa)y+εα,ξx(ay−εα,ηya)=adε(a)(x).y+εα,ξx.adε(a)(y) \mathrm{ad}_\varepsilon(a)(xy) = a(xy) - \varepsilon_{\alpha, \xi+\eta}(xy)a \\ = (ax - \varepsilon_{\alpha, \xi}xa)y + \varepsilon_{\alpha, \xi}x(ay - \varepsilon_{\alpha, \eta}ya) \\ = \mathrm{ad}_\varepsilon(a)(x).y + \varepsilon_{\alpha, \xi}x.\mathrm{ad}_\varepsilon(a)(y)

compte tenu de (1) et de l’associativité de AA.

Lorsque AA est associative, on dit que adε(a)\mathrm{ad}_\varepsilon(a) est la ε\varepsilon-dérivation intérieure de AA définie par aa.

Corollaire

Soit AA une algèbre graduée associative. Pour deux éléments homogènes a,ba, b de AA, on a

(25)(25)
[adε(a),adε(b)]ε=adε([a,b]ε). [\mathrm{ad}_\varepsilon(a), \mathrm{ad}_\varepsilon(b)]_\varepsilon = \mathrm{ad}_\varepsilon([a, b]_\varepsilon).

Il suffit de remplacer dd par adε(a)\mathrm{ad}_\varepsilon(a) et adε(a)\mathrm{ad}_\varepsilon(a) par adε(b)\mathrm{ad}_\varepsilon(b) dans (24).

Si deg⁡a=α\deg a = \alpha, deg⁡b=β\deg b = \beta, la formule (25) équivaut à la relation suivante, pour tout élément homogène c∈Ac \in A de degré γ\gamma

(26)(26)
εα,γ[a,[b,c]ε]ε+εβ,α[b,[c,a]ε]ε+εγ,β[c,[a,b]ε]ε=0 \varepsilon_{\alpha, \gamma}[a, [b, c]_\varepsilon]_\varepsilon + \varepsilon_{\beta, \alpha}[b, [c, a]_\varepsilon]_\varepsilon + \varepsilon_{\gamma, \beta}[c, [a, b]_\varepsilon]_\varepsilon = 0

dite identité de Jacobi.

7. Propriétés fonctorielles

Dans ce no, toutes les algèbres sont supposées associatives et unifères, et tout homomorphisme d’algèbres est supposé unifère.

Proposition 9

Soient A,BA, B deux KK-algèbres graduées, EE un (A,A)(A,A)-bimodule gradué, FF un (B,B)(B,B)-bimodule gradué; soient ρ:A→B\rho : A \to B un homomorphisme d’algèbres graduées, θ:E→F\theta : E \to F un AA-homomorphisme de AA-bimodules (relatif à ρ\rho), gradué et de degré 0. Alors:

(i) Pour toute ε\varepsilon-dérivation d′:B→Fd' : B \to F, d′∘ρ:A→ρ∗(F)d' \circ \rho : A \to \rho_*(F) est une ε\varepsilon-dérivation de même degré.

(ii) Pour toute ε\varepsilon-dérivation d:A→Ed : A \to E, θ∘d:A→ρ∗(F)\theta \circ d : A \to \rho_*(F) est une ε\varepsilon-dérivation de même degré.

Les deux assertions découlent aussitôt des relations

d′(ρ(xy))=d′(ρ(x)ρ(y))=d′(ρ(x))ρ(y)+εδ′,ξρ(x)d′(ρ(y)) d'(\rho(xy)) = d'(\rho(x)\rho(y)) = d'(\rho(x))\rho(y) + \varepsilon_{\delta',\xi}\rho(x)d'(\rho(y))
θ(d(xy))=θ((dx)y+εδ,ξx(dy))=θ(dx)ρ(y)+εδ,ξρ(x)θ(dy) \theta(d(xy)) = \theta((dx)y + \varepsilon_{\delta,\xi}x(dy)) = \theta(dx)\rho(y) + \varepsilon_{\delta,\xi}\rho(x)\theta(dy)

pour x∈Ax \in A homogène de degré ξ\xi et y∈Ay \in A, δ\delta et δ′\delta' désignant les degrés respectifs de dd et d′d'.

Corollaire

Soit S un système générateur de l’algèbre A. Pour que d′∘ρ=θ∘dd'\circ\rho = \theta\circ d, il faut et il suffit que d′(ρ(x))=θ(d(x))d'(\rho(x)) = \theta(d(x)) pour tout x∈Sx \in S.

C’est une conséquence immédiate de la prop. 9 et de III, p. 123, corollaire.

Sous les conditions de la prop. 9, on sait que B est muni (au moyen de ρ\rho) d’une structure de (A, A)-bimodule (II, p. 34, Exemple 1).

Proposition 10

Sous les conditions de la prop. 9, pour qu’une ε\varepsilon-dérivation d′:B→Fd' : B \to F soit A-linéaire pour les structures de A-module à gauche (resp. à droite) de B et de ρ∗(F)\rho_*(F), il faut et il suffit que d′d' s’annule dans la sous-algèbre ρ(A)\rho(A) de B.

Faisons la démonstration pour les structures de A-module à gauche. Pour a∈A,b∈Ba \in A, b \in B, on a

d′(ρ(a)b)=d′(ρ(a))b+ρ(a)d′b, d'(\rho(a)b) = d'(\rho(a))b + \rho(a)d'b,
donc si d′∘ρ=0d' \circ \rho = 0, d′d' est linéaire pour les structures de A-module à gauche de B et de ρ∗(F)\rho_*(F). Réciproquement, s’il en est ainsi, on a en particulier
d′(ρ(a))=d′(ρ(a).1)=ρ(a)d′(1)=0 d'(\rho(a)) = d'(\rho(a).1) = \rho(a)d'(1) = 0
(III, p. 122, prop. 3).

Notons en particulier DK(B,F)D_K(B,F) le K-module des dérivations de B dans F (III, p. 117); celles de ces dérivations qui sont A-*linéaires*, autrement dit qui s’annulent dans ρ(A)\rho(A), forment un sous-K-module de DK(B,F)D_K(B,F), que l’on note DA,ρ(B,F)D_{A,\rho}(B,F) ou simplement DA(B,F)D_A(B,F) (on a évidemment DK(B,F)=DK,φ(B,F)D_K(B,F) = D_{K,\varphi}(B,F), où φ:K→B\varphi : K \to B est l’homomorphisme définissant la structure de K-algèbre de B).

Soient maintenant A, B, C trois K-algèbres graduées, ρ:A→B,σ:B→C\rho : A \to B, \sigma : B \to C deux homomorphismes d’algèbres graduées, G un (C,C)-bimodule gradué; si l’on note DA(B,G),DB(C,G)D_A(B,G), D_B(C,G) et DA(C,G)D_A(C,G) les K-modules respectifs DA,ρ(B,σ∗(G)),DB,σ(C,G)D_{A,\rho}(B, \sigma_*(G)), D_{B,\sigma}(C,G) et DA,σ∘ρ(C,G)D_{A,\sigma\circ\rho}(C,G), il est clair que DB(C,G)D_B(C,G) est un sous-K-module de DA(C,G)D_A(C,G) puisque σ(ρ(A))⊂σ(B)\sigma(\rho(A)) \subset \sigma(B).

Proposition 11

Sous les conditions précédentes, on a une suite exacte de K-homomorphismes*

0⟶DB(C,G)⟶uDA(C,G)⟶vDA(B,G) 0 \longrightarrow D_B(C,G) \overset{u}{\longrightarrow} D_A(C,G) \overset{v}{\longrightarrow} D_A(B,G)
où u est l’injection canonique et v l’homomorphisme d↦d∘σd \mapsto d \circ \sigma (III, p. 125, prop. 9).

En effet, le noyau de vv est l’ensemble des dérivations d:C→Gd : C \to G telles que d(σ(b))=0d(\sigma(b)) = 0 pour tout b∈Bb \in B, c’est-à-dire précisément l’image de uu.

8. Relations entre dérivations et homomorphismes d’algèbres

Nous supposons de nouveau dans ce n° que l’on se trouve dans le cas II) de III, p. 118, la K-algèbre graduée A n’étant pas supposée associative. Etant donné un élément δ∈Δ\delta \in \Delta, considérons le K-module gradué E(δ\delta) (II, p. 165) tel que (E(δ))μ=Eμ+δ(E(\delta))_{\mu} = E_{\mu + \delta} pour tout μ∈Δ\mu \in \Delta. Définissons sur le K-module gradué A⊕E(δ)A \oplus E(\delta) une structure de K-\emph{algèbre graduée} en posant, pour tout élément homogène a∈Aa \in A, et pour des éléments quelconques a′∈A,x,x′a' \in A, x, x' dans E(δ)E(\delta),

(28)(28)
(a,x)(a′,x′)=(aa′,x.a′+εδ,deg⁡(a)a.x′);(a, x)(a', x') = (aa', x.a' + \varepsilon_{\delta, \deg(a)} a.x');

la vérification du fait que cette multiplication définit une structure d’anneau gradué est en effet immédiate.

On appelle \emph{augmentation} de l’algèbre A⊕E(δ)A \oplus E(\delta) la projection p:(a,x)↦ap : (a, x) \mapsto a, qui est un homomorphisme d’algèbres graduées. Les applications K-linéaires g:A→A⊕E(δ)g : A \to A \oplus E(\delta) graduées \emph{de degré} 0 telles que la composée

A→gA⊕E(δ)→pA A \xrightarrow{g} A \oplus E(\delta) \xrightarrow{p} A

soit l’identité 1A1_A sont les applications de la forme x↦(x,f(x))x \mapsto (x, f(x)), où f:A→Ef : A \to E est une application K-linéaire graduée \emph{de degré} δ\delta.

Proposition 12

Pour qu’une application K-linéaire graduée f:A→Ef : A \to E de degré δ\delta soit une ε\varepsilon-dérivation, il faut et il suffit que l’application x↦(x,f(x))x \mapsto (x, f(x)) de AA dans A⊕E(δ)A \oplus E(\delta) soit un homomorphisme de K-algèbres graduées.

En effet, si l’on écrit que pour xx homogène dans AA et y∈Ay \in A, on a

(xy,f(xy))=(x,f(x)).(y,f(y))(xy, f(xy)) = (x, f(x)).(y, f(y))

on obtient, compte tenu de (28), la relation équivalente

f(xy)=f(x).y+εδ,deg⁡(x)x.f(y)f(xy) = f(x).y + \varepsilon_{\delta, \deg(x)} x.f(y)

d’où la proposition.

Proposition 13

Pour que l’algèbre A⊕E(δ)A \oplus E(\delta) soit associative et unifère, il faut et il suffit que AA soit associative et unifère et que les applications (a,x)↦a.x(a, x) \mapsto a.x et (a,x)↦x.a(a, x) \mapsto x.a définissent sur EE une structure de (A,A)(A, A)-bimodule ; l’élément unité de A⊕E(δ)A \oplus E(\delta) est alors (1,0)(1, 0).

Si l’on écrit qu’un élément (u,m)∈A⊕E(δ)(u, m) \in A \oplus E(\delta) est élément unité de cette algèbre, on trouve aussitôt que uu doit être élément unité de AA; en écrivant que (u,m).(0,x)=(0,x).(u,m)=(0,x)(u, m).(0, x) = (0, x).(u, m) = (0, x), il vient u.x=x.u=xu.x = x.u = x pour x∈Ex \in E, et en écrivant que (u,m).(u,0)=(u,0).(u,m)=(u,0)(u, m).(u, 0) = (u, 0).(u, m) = (u, 0) on obtient m=0m = 0. Le fait que AA soit associative lorsque A⊕E(δ)A \oplus E(\delta) l’est résulte de ce que l’augmentation est un homomorphisme surjectif. La condition (x.a′).a′′=x.(a′a′′)(x.a').a'' = x.(a'a'') équivaut alors à ((0,x)(a′,0))(a′′,0)=(0,x)((a′,0),(a′′,0))((0, x)(a', 0))(a'', 0) = (0, x)((a', 0), (a'', 0)) et de même la condition a.(a′.x)=(aa′).xa.(a'.x) = (aa').x équivaut à (a,0)((a′,0)(0,x))=((a,0)(a′,0))(0,x)(a, 0)((a', 0)(0, x)) = ((a, 0)(a', 0))(0, x); enfin la condition a.(x.a′)=(a.x).a′a.(x.a') = (a.x).a' équivaut à (a,0)((0,x)(a′,0))=((a,0)(0,x))(a′,0)(a, 0)((0, x)(a', 0)) = ((a, 0)(0, x))(a', 0).

9. Prolongement de dérivations

Proposition 14

Soient AA un anneau commutatif, MM un AA-module, BB la AA-algèbre T(M)T(M) (resp. S(M)S(M), resp. ∧(M)\wedge(M)), EE un (B,B)(B,B)-bimodule. Soient d0:A→Ed_0 : A \to E une dérivation de l’anneau AA dans le AA-module EE, d1:M→Ed_1 : M \to E un homomorphisme de groupes additifs tel que, pour tout a∈Aa \in A et tout x∈Mx \in M, on ait

d1(ax)=ad1(x)+d0(a).x, d_1(ax) = ad_1(x) + d_0(a).x,
et en outre, lorsque B=S(M)B = S(M), que l’on ait
x.d1(y)+d1(x).y=y.d1(x)+d1(y).x x.d_1(y) + d_1(x).y = y.d_1(x) + d_1(y).x
quels que soient x,yx, y dans MM, et, lorsque B=∧(M)B = \wedge(M),
x.d1(x)+d1(x).x=0 x.d_1(x) + d_1(x).x = 0
pour tout x∈Mx \in M.

Alors il existe une dérivation et une seule dd de BB (considéré comme Z\mathbf{Z}-algèbre) dans le (B,B)(B, B)-bimodule EE telle que d∣A=d0d | A = d_0 et d∣M=d1d | M = d_1.

Prenons sur le Z\mathbf{Z}-module B⊕EB \oplus E la structure de Z\mathbf{Z}-algèbre associative définie par

(b,t)(b′,t′)=(bb′,bt′+tb′) (b, t)(b', t') = (bb', bt' + tb')
dont (1,0)(1, 0) est l’élément unité (III, p. 127, prop. 13). Par l’injection canonique t↦(0,t)t \mapsto (0, t), EE s’identifie à un idéal bilatère de B⊕EB \oplus E tel que E2={0}E^2 = \{0\}. D’autre part, l’application h0:A→B⊕Eh_0 : A \to B \oplus E définie par h0(a)=(a,d0(a))h_0(a) = (a, d_0(a)) est un homomorphisme unifère d’anneaux (III, p. 127, prop. 12); par cette application, B⊕EB \oplus E devient donc une AA-algèbre. En outre, si, pour tout x∈Mx \in M, on pose h1(x)=(x,d1(x))h_1(x) = (x, d_1(x)), il résulte de la définition de h0h_0 et de (29) que l’on a h1(ax)=h0(a)h1(x)h_1(ax) = h_0(a)h_1(x); autrement dit h1h_1 est une application AA-linéaire de MM dans B⊕EB \oplus E. Il existe alors un homomorphisme de AA-algèbres h:B→B⊕Eh : B \to B \oplus E et un seul tel que h∣M=h1h | M = h_1 (et nécessairement h∣A=h0h | A = h_0) : en effet, si B=T(M)B = T(M), cela résulte de III, p. 56, prop. 1; si B=S(M)B = S(M), la condition (30) montre que h(x)h(y)=h(y)h(x)h(x)h(y) = h(y)h(x) quels que soient x,yx, y dans MM, et la conclusion résulte de III, p. 67, prop. 2; enfin, si B=∧(M)B = \wedge(M), la condition (31) montre que (h(x))2=0(h(x))^2 = 0 quel que soit x∈Mx \in M, puisque x∧x=0x \wedge x = 0, et la conclusion résulte de III, p. 77, prop. 1. L’homomorphisme hh est tel que le composé p∘h:B→Bp \circ h : B \to B avec l’augmentation p:B⊕E→Bp : B \oplus E \to B soit l’identité 1B1_B, car p∘hp \circ h et 1B1_B coïncident par définition pour les éléments de AA et ceux de MM, et l’ensemble de ces éléments est un système générateur de BB. On peut par suite écrire h(b)=(b,d(b))h(b) = (b, d(b)) pour tout b∈Bb \in B, et l’application b↦d(b)b \mapsto d(b) de BB dans EE est une dérivation répondant à la question, en vertu de la prop. 12 de III, p. 127.

Corollaire

Soit MM un KK-module gradué de type Δ\Delta; on munit les KK-algèbres T(M)T(M), S(M)S(M) et ∧(M)\wedge(M) des graduations correspondantes de type Δ′=Δ×Z\Delta' = \Delta \times \mathbf{Z} (III, p. 62, prop. 7, III, p. 76, prop. 10 et III, p. 86, prop. 11). On munit d’autre part MM de la graduation de type Δ′\Delta' telle que Mα,1=MαM_{\alpha, 1} = M_\alpha pour tout α∈Δ\alpha \in \Delta et Mα,n={0}M_{\alpha, n} = \{0\} pour α∈Δ\alpha \in \Delta et n≠1n \neq 1. Soit ε′\varepsilon' un facteur de commutation sur Δ′\Delta'.

(i) Soit EE un T(M)T(M)-bimodule (à droite et à gauche) gradué de type Δ′\Delta'; pour tout δ ∈ Δ et tout entier n ∈ Z, toute application K-linéaire f : M → E graduée de degré δ₁ = (δ, n) se prolonge d’une seule manière en une ε'-dérivation d : T(M) → E de degré δ'.

(ii) Soit E un S(M)-module gradué de type Δ'; pour qu’une application K-linéaire f : M → E, graduée de degré δ', se prolonge en une ε'-dérivation d : S(M) → E de degré δ', il faut et il suffit que, pour tout couple (x, y) d’éléments homogènes de M, on ait (33) x . f(y) + ε'_{δ', (deg(y), 1)} y . f(x) = y . f(x) + ε'_{δ', (deg(x), 1)} x . f(y). La ε'-dérivation d est alors unique.

(iii) Soit E un ∧(M)-bimodule (à gauche et à droite) gradué de type Δ'; pour qu’une application K-linéaire f : M → E graduée de degré δ', se prolonge en une ε'-dérivation d : ∧(M) → E de degré δ', il faut et il suffit que, pour tout élément homogène x de M, on ait (34) x . f(x) + ε'_{δ', (deg(x), 1)} f(x) . x = 0. La ε'-dérivation d est alors unique.

On applique la Remarque 2 de III, p. 118 en modifiant l’une des lois d’action de B-module de E (avec B égal à T(N), S(M) ou ∧(M)); la loi d’action ainsi modifiée est encore, en vertu de (1) (III, p. 116), une loi de B-module, et la structure de B-module ainsi obtenue sur E est encore compatible avec l’autre structure de B-module. Il suffit alors d’appliquer la prop. 14 (III, p. 128), avec A = K et d₀ = 0.

Exemple 1). — Dans l’application de la prop. 14, on notera que si d₀ = 0, la condition (29) (III, p. 128) signifie simplement que d₁ est A-linéaire. Si l’on prend en particulier E = B, et la structure de (B, B)-bimodule déduite de la structure d’anneau de B, les conditions (30) et (31) (III, p. 128) sont automatiquement vérifiées lorsqu’on prend pour d₁ la composée d’un endomorphisme s de M et de l’injection canonique M → B: c’est évident pour (30) puisque S(M) est commutative, et pour (31) cela résulte de ce que x et s(x) sont de degré 1 dans ∧(M). On voit donc que tout endomorphisme s de M se prolonge d’une seule manière en une dérivation Dₛ de T(M) (resp. de S(M), resp. de ∧(M)), qui est de degré 0. En outre, on a, pour deux endomorphismes s, t de M, (35) [Ds,Dt]=D[s,t][D_s, D_t] = D_{[s, t]} car les deux membres sont des dérivations de T(M) (resp. S(M), resp. ∧(M)) qui sont égales à [s, t] dans M.

On obtiendra l’expression de Dₛ à l’aide de la formule (21) de III, p. 123, qui donne respectivement, pour x₁, x₂, ..., xₙ dans M

{Ds(x1⊗x2⊗⋯⊗xn)=∑i=1nx1⊗⋯⊗xi−1⊗s(xi)⊗xi+1⊗⋯⊗xnDs(x1x2⋯xn)=∑i=1nx1⋯xi−1s(xi)xi+1⋯xnDs(x1∧x2∧⋯∧xn)=∑i=1nx1∧⋯∧xi−1∧s(xi)∧xi+1∧⋯∧xn. \begin{cases} D_s(x_1 \otimes x_2 \otimes \cdots \otimes x_n) \\ = \sum_{i=1}^{n} x_1 \otimes \cdots \otimes x_{i-1} \otimes s(x_i) \otimes x_{i+1} \otimes \cdots \otimes x_n \\ D_s(x_1x_2 \cdots x_n) = \sum_{i=1}^{n} x_1 \cdots x_{i-1} s(x_i)x_{i+1} \cdots x_n \\ D_s(x_1 \wedge x_2 \wedge \cdots \wedge x_n) \\ = \sum_{i=1}^{n} x_1 \wedge \cdots \wedge x_{i-1} \wedge s(x_i) \wedge x_{i+1} \wedge \cdots \wedge x_n. \end{cases}
(36)

Dans le cas de l’algèbre ∧(M)\wedge (\mathbf{M}), on a la propriété suivante de DsD_s:

Proposition 15

Si M\mathbf{M} est un KK-module libre de rang fini nn, alors, pour tout endomorphisme ss de M\mathbf{M}, la restriction à ∧n(M)\wedge^n(\mathbf{M}) de la dérivation DsD_s est l’homothétie de rapport Tr(s)\mathrm{Tr}(s).

En effet, soit (ej)1≤j≤n(e_j)_{1 \leq j \leq n} une base de M\mathbf{M} et posons e=e1∧e2∧⋯∧ene = e_1 \wedge e_2 \wedge \cdots \wedge e_n. Si s(ej)=∑i=1nαjkeks(e_j) = \sum_{i=1}^n \alpha_{jk} e_k, la troisième formule (36) donne

Ds(e)=∑i=1ne1∧⋯∧ei−1∧s(ei)∧ei+1∧⋯∧en=(∑j=1nαjj)e. D_s(e) = \sum_{i=1}^n e_1 \wedge \cdots \wedge e_{i-1} \wedge s(e_i) \wedge e_{i+1} \wedge \cdots \wedge e_n = \left( \sum_{j=1}^n \alpha_{jj} \right) e.

Exemple.—2) Dans III, p. 128–129, corollaire, (iii), prenons Δ={0}\Delta = \{0\}, la graduation sur ∧(M)\wedge(\mathbf{M}) étant donc la graduation usuelle de type Z\mathbf{Z}; prenons d’autre part εp,q=(−1)pq\varepsilon_{p,q} = (-1)^{pq}. Alors, pour toute forme linéaire x∗∈M∗x^* \in \mathbf{M}^* sur M\mathbf{M}, x↦⟨x,x∗⟩x \mapsto \langle x, x^* \rangle est une application KK-linéaire graduée de degré −1-1 de M\mathbf{M} dans ∧(M)\wedge(\mathbf{M}) vérifiant la relation (34) de III, p. 129; il existe donc une antidérivation i(x∗)i(x^*) de ∧(M)\wedge(\mathbf{M}), de degré −1-1, telle que (en vertu de la formule (21) de III, p. 123)

i(x∗)(x1∧…∧xn)=∑i=1n(−1)i−1⟨xi,x∗⟩x1∧⋯∧xi−1∧xi+1∧…∧xn i(x^*)(x_1 \wedge \ldots \wedge x_n) = \sum_{i=1}^n (-1)^{i-1} \langle x_i, x^* \rangle x_1 \wedge \cdots \wedge x_{i-1} \wedge x_{i+1} \wedge \ldots \wedge x_n
et qui est un cas particulier du produit intérieur qui sera défini dans III, p. 166, formule (68).

Proposition 16

Soient AA une KK-algèbre commutative, MiM_i (1≤i≤n1 \leq i \leq n) et PP des AA-modules, HH le AA-module des applications AA-multilinéaires de M1×M2×⋯×MnM_1 \times M_2 \times \cdots \times M_n dans PP. On suppose donnée une KK-dérivation d0:A→Ad_0 : A \to A de l’algèbre AA, et pour chaque ii, une application KK-linéaire di:Mi→Mid_i : M_i \to M_i et une application KK-linéaire D:P→PD : P \to P, de sorte que pour 1≤i≤n1 \leq i \leq n, (d0,di,di)(d_0, d_i, d_i) soit une KK-dérivation de (A,Mi,Mi)(A, M_i, M_i) dans lui-même et que (d0,D,D)(d_0, D, D) soit une dérivation de (A,P,P)(A, P, P) dans lui-même. Alors il existe une application KK-linéaire D′:H→HD' : H \to H telle que (d0,D′,D′)(d_0, D', D') soit une KK-dérivation de (A,H,H)(A, H, H) dans lui-même et que l’on ait*

(37)D(f(x1,…,xn))=(D′f)(x1,…,xn)+∑i=1nf(x1,…,xi−1,dixi,xi+1,…,xn) (37)\quad D(f(x_1, \ldots, x_n)) = (D'f)(x_1, \ldots, x_n) + \sum_{i=1}^n f(x_1, \ldots, x_{i-1}, d_ix_i, x_{i+1}, \ldots, x_n)
quels que soient xi∈Mix_i \in M_i pour 1≤i≤n1 \leq i \leq n et f∈Hf \in H.

Montrons que pour f∈Hf \in H, l’application D′fD'f de M1×M2×⋯×MnM_1 \times M_2 \times \cdots \times M_n dans PP définie par (37) est AA-multilinéaire. En effet, pour a∈Aa \in A, on a

(D′f)(ax1,x2,…,xn)=D(af(x1,…,xn))−f(d1(ax1),x2,…,xn) (D'f)(ax_1, x_2, \ldots, x_n) = D(a f(x_1, \ldots, x_n)) - f(d_1(ax_1), x_2, \ldots, x_n)
−a∑i=2nf(x1,…,xi−1,dixi,xi+1,…,xn) - a \sum_{i=2}^n f(x_1, \ldots, x_{i-1}, d_ix_i, x_{i+1}, \ldots, x_n)
et par hypothèse D(af(x1,…,xn))=(d0a)f(x1,…,xn)+aD(f(x1,…,xn))D(a f(x_1, \ldots, x_n)) = (d_0a)f(x_1, \ldots, x_n) + aD(f(x_1, \ldots, x_n)) et d1(ax1)=(d0a)x1+a.d1x1d_1(ax_1) = (d_0a)x_1 + a.d_1x_1, ce qui donne (D′f)(ax1,x2,…,xn)=(D'f)(ax_1, x_2, \ldots, x_n) = a. (D′f)(x1,…,xn)(\mathrm{D}'f)(x_1, \ldots, x_n), et on prouve de même la linéarité en chacun des xix_i. D’autre part, on a

(D′(af))(x1,…,xn) (\mathrm{D}'(af))(x_1, \ldots, x_n)
=D(af(x1,…,xn))−∑i=1maf(x1,…,xi−1,dixi,xi+1,…,xn) = \mathrm{D}(af(x_1, \ldots, x_n)) - \sum_{i=1}^m af(x_1, \ldots, x_{i-1}, d_ix_i, x_{i+1}, \ldots, x_n)
=(d0a)f(x1,…,xn)+aD(f(x1,…,xn)) = (d_0a)f(x_1, \ldots, x_n) + a\mathrm{D}(f(x_1, \ldots, x_n))
−∑i=1maf(x1,…,xi−1,dixi,xi+1,…,xn) - \sum_{i=1}^m af(x_1, \ldots, x_{i-1}, d_ix_i, x_{i+1}, \ldots, x_n)
=(d0a)f(x1,…,xn)+a(D′f)(x1,…,xn) = (d_0a)f(x_1, \ldots, x_n) + a(\mathrm{D}'f)(x_1, \ldots, x_n)

autrement dit

D′(af)=(d0a)f+a(D′f) \mathrm{D}'(af) = (d_0a)f + a(\mathrm{D}'f)
ce qui établit la proposition.

Exemples. — 3) Appliquant la prop. 16 (III, p. 130) au cas n=1n = 1, M1=MM_1 = M, P=AP = A, on a H=M∗H = M^*, dual de MM; on voit qu’on déduit d’une K-dérivation (d0,d,d)(d_0, d, d) de (A,M,M)(A, M, M) une K-dérivation (d0,d∗,d∗)(d_0, d^*, d^*) de (A,M∗,M∗)(A, M^*, M^*) telle que

d0⟨m,m∗⟩=⟨dm,m∗⟩+⟨m,d∗m∗⟩ d_0\langle m, m^* \rangle = \langle dm, m^* \rangle + \langle m, d^*m^* \rangle
pour m∈Mm \in M et m∗∈M∗m^* \in M^*. L’application K-linéaire de M⊕M∗M \oplus M^* dans lui-même qui est égale à dd dans MM et à d∗d^* dans M∗M^* vérifie alors la condition (29) de III, p. 128, et il y a par suite une K-*dérivation* DD de la A-algèbre T(M⊕M∗)T(M \oplus M^*), qui se réduit à d0d_0 dans AA, à dd dans MM et à d∗d^* dans M∗M^*. La restriction dJId_J^I de DD au sous-A-module TJI(M)T_J^I(M) de T(M⊕M∗)T(M \oplus M^*) (III, p. 63) est un K-endomorphisme de TJI(M)T_J^I(M) tel que (d0,dJI,dJI)(d_0, d_J^I, d_J^I) soit une K-*dérivation* de (A,TJI(M),TJI(M))(A, T_J^I(M), T_J^I(M)). En outre, pour i∈I,j∈Ji \in I, j \in J, si l’on pose I′=I−{i},J′=J−{j}I' = I - \{i\}, J' = J - \{j\}, on vérifie aussitôt que l’on a pour la contraction cjic_j^i (III, p. 64)
cji(dJI(z))=dJ′I′(cji(z))pour tout z∈TJI(M). c_j^i(d_J^I(z)) = d_{J'}^{I'}(c_j^i(z)) \quad \text{pour tout } z \in T_J^I(M).

4) Soient MiM_i (1≤i≤31 \leq i \leq 3) trois A-modules, et pour chaque ii, supposons que (d0,di,di)(d_0, d_i, d_i) soit une dérivation de (A,Mi,Mi)(A, M_i, M_i); appliquant de nouveau la prop. 16 (III, p. 130) pour n=1n = 1, on en déduit pour tout couple (i,j)(i, j), une dérivation (d0,dij,dij)(d_0, d_{ij}, d_{ij}) de (A,Hij,Hij)(A, H_{ij}, H_{ij}), où Hij=HomA(Mi,Mj)H_{ij} = \mathrm{Hom}_A(M_i, M_j). Avec ces notations, a on, pour u∈HomA(M1,M2)u \in \mathrm{Hom}_A(M_1, M_2) et v∈HomA(M2,M3)v \in \mathrm{Hom}_A(M_2, M_3),

d13(v∘u)=(d23v)∘u+v∘(d12u) d_{13}(v \circ u) = (d_{23}v) \circ u + v \circ (d_{12}u)
comme on le vérifie aussitôt sur les définitions.

10. Problème universel pour les dérivations: cas non commutatif

Dans toute la fin du § 10, toutes les algèbres sont supposées associatives et unifères, et tout homomorphisme d’algèbres est supposé unifère.

Soit AA une KK-algèbre; le produit tensoriel A⊗KAA \otimes_K A est canoniquement muni d’une structure de (A,A)(A, A)-bimodule pour laquelle

x.(u⊗v).y=(xu)⊗(vy) x . (u \otimes v) . y = (xu) \otimes (vy)
quels que soient x,y,u,vx, y, u, v dans AA (III, p. 39, Exemple 2). L’application KK-linéaire m:A⊗KA→Am : A \otimes_K A \to A correspondant à la multiplication dans AA (donc telle que m(x⊗y)=xym(x \otimes y) = xy) est un homomorphisme de (A,A)(A, A)-bimodules; son noyau II est donc un sous-bimodule de A⊗KAA \otimes_K A.

Lemme 1

L’application δA:x↦x⊗1−1⊗x\delta_A : x \mapsto x \otimes 1 - 1 \otimes x est une KK-dérivation de AA dans II, et II est engendré, en tant que AA-module à gauche, par l’image de δA\delta_A.

La première assertion résulte de ce que

(xy)⊗1−1⊗(xy)=(x⊗1−1⊗x).y+x.(y⊗1−1⊗y) (xy) \otimes 1 - 1 \otimes (xy) = (x \otimes 1 - 1 \otimes x) . y + x . (y \otimes 1 - 1 \otimes y)
en vertu de (40). D’autre part, si l’élément ∑ixi⊗yi\sum_i x_i \otimes y_i (pour les xi,yix_i, y_i dans AA) appartient à II, on a par définition ∑ixiyi=0\sum_i x_i y_i = 0, donc
∑i(xi⊗yi)=∑ixi.(1⊗yi−yi⊗1) \sum_i (x_i \otimes y_i) = \sum_i x_i . (1 \otimes y_i - y_i \otimes 1)
en vertu de (40), ce qui achève de prouver le lemme.

Proposition 17

La dérivation δA\delta_A possède la propriété universelle suivante: pour toute (A,A)(A, A)-bimodule EE et toute KK-dérivation d:A→Ed : A \to E, il existe un homomorphisme de (A,A)(A, A)-bimodules f:I→Ef : I \to E et un seul tel que d=f∘δAd = f \circ \delta_A.

Notons d’abord que, pour tout homomorphisme f:I→Ef : I \to E de (A,A)(A, A)-bimodules, f∘δAf \circ \delta_A est une dérivation (III, p. 125, prop. 9). Inversement, soit d:A→Ed : A \to E une KK-dérivation, et prouvons d’abord que s’il existe un homomorphisme f:I→Ef : I \to E de (A,A)(A, A)-bimodules tel que d=f∘δAd = f \circ \delta_A, ff est uniquement déterminé par cette condition; en effet, la définition de δA\delta_A donne

f(x⊗1−1⊗x)=dx f(x \otimes 1 - 1 \otimes x) = dx
et notre assertion résulte de ce que l’image de δA\delta_A engendre II comme AA-module à gauche (lemme 1): on doit donc avoir
f(∑ixi⊗yi)=∑ixi.f(1⊗yi−yi⊗1)=−∑ixi.dyi. f\left( \sum_i x_i \otimes y_i \right) = \sum_i x_i . f(1 \otimes y_i - y_i \otimes 1) = - \sum_i x_i . dy_i.
Inversement, comme l’application (x,y)↦−x.dy(x, y) \mapsto -x . dy de A×AA \times A dans EE est KK-bilinéaire, il existe une application KK-linéaire et une seule g:A⊗KA→Eg : A \otimes_K A \to E telle que g(x⊗y)=−x.dyg(x \otimes y) = -x . dy; il suffit de voir que la restriction ff de gg à II est AA-linéaire pour les structures de AA-module à gauche et de AA-module à droite. La première assertion est évidente puisque (xx′).dy=x.(x′.dy)(xx') . dy = x . (x' . dy); pour prouver la seconde, notons que si ∑ixi⊗yi∈I\sum_i x_i \otimes y_i \in I et x∈Ax \in A, on a
∑ixi.d(yix)=∑ixi.dyi.x+∑i(xiyi).dx; \sum_i x_i . d(y_i x) = \sum_i x_i . dy_i . x + \sum_i (x_i y_i) . dx;
mais, puisque ∑ixiyi=0\sum_i x_i y_i = 0 par définition de II, cela termine la démonstration.

On a ainsi défini un isomorphisme canonique f↦f∘δAf \mapsto f \circ \delta_A de K-modules

Hom⁡(A,A)(I,E)→DK(A,E) \operatorname{Hom}_{(A, A)}(I, E) \to D_K(A, E)

le premier membre étant le K-module des homomorphismes de (A,A)(A, A)-bimodules de AA dans EE.

11. Problème universel pour les dérivations : cas commutatif

Supposons maintenant que AA soit une K-algèbre commutative et EE un A-module; EE peut être considéré comme un (A,A)(A, A)-bimodule dont les deux lois externes sont identiques à la loi de AA-module donnée. D’autre part la structure de (A,A)(A, A)-bimodule de A⊗KAA \otimes_K A s’identifie à sa structure de (A⊗KA)(A \otimes_K A)-module provenant de la structure d’anneau commutatif de A⊗KAA \otimes_K A, puisqu’on a ici pour x,y,u,vx, y, u, v dans AA,

x.(u⊗v).y=(xu)⊗(vy)=(xu)⊗(yv)=(x⊗y)(u⊗v). x . (u \otimes v) . y = (xu) \otimes (vy) = (xu) \otimes (yv) = (x \otimes y)(u \otimes v).

Le noyau J\mathfrak{J} de mm est donc ici un idéal de l’anneau A⊗KAA \otimes_K A et comme m:A⊗KA→Am : A \otimes_K A \to A est surjectif, (A⊗KA)/J(A \otimes_K A)/\mathfrak{J} est isomorphe à AA; si en outre on considère EE comme un (A⊗KA)(A \otimes_K A)-module au moyen de mm (autrement dit le (A⊗KA)(A \otimes_K A)-module m∗(E)m_*(E)), les homomorphismes J→E\mathfrak{J} \to E de (A,A)(A, A)*-bimodules* s’identifient aux homomorphismes J→E\mathfrak{J} \to E de (A⊗KA)(A \otimes_K A)*-modules* (III, p. 39), autrement dit on a un isomorphisme canonique de K-modules

Hom⁡(A,A)(J,E)→Hom⁡A⊗KA(J,E). \operatorname{Hom}_{(A, A)}(\mathfrak{J}, E) \to \operatorname{Hom}_{A \otimes_K A}(\mathfrak{J}, E).

D’autre part, on a JE={0}\mathfrak{J}E = \{0\}, car les éléments 1⊗x−x⊗11 \otimes x - x \otimes 1 engendrent J\mathfrak{J} comme (A⊗KA)(A \otimes_K A)-module (III, p. 132, lemme 1) et on a, pour tout z∈Ez \in E, (1⊗x−x⊗1).z=0(1 \otimes x - x \otimes 1).z = 0 en vertu de la définition de la structure de (A⊗KA)(A \otimes_K A)-module sur EE. Puisque J\mathfrak{J} est contenu dans l’annulateur du (A⊗KA)(A \otimes_K A)-module EE, et que la structure de ((A⊗KA)/J)((A \otimes_K A)/\mathfrak{J})-module de EE n’est autre par définition que la structure initiale de AA-module donnée sur EE, on a, compte tenu de l’isomorphisme canonique de J⊗K((A⊗KA)/J)\mathfrak{J} \otimes_K ((A \otimes_K A)/\mathfrak{J}) et de J/J2\mathfrak{J}/\mathfrak{J}^2 (III, p. 34, cor. 1), un isomorphisme canonique de K-modules

Hom⁡A⊗KA(J,E)→Hom⁡A(J/J2,E). \operatorname{Hom}_{A \otimes_K A}(\mathfrak{J}, E) \to \operatorname{Hom}_A(\mathfrak{J}/\mathfrak{J}^2, E).

Compte tenu de la prop. 17 de III, p. 132, on voit que nous avons prouvé la proposition suivante:

Proposition 18

Soient AA une K-algèbre commutative, J\mathfrak{J} l’idéal noyau de l’homomorphisme canonique surjectif m:A⊗KA→Am : A \otimes_K A \to A, de sorte que AA est isomorphe à (A⊗KA)/J(A \otimes_K A)/\mathfrak{J} et que J/J2\mathfrak{J}/\mathfrak{J}^2 est canoniquement muni d’une structure de AA-module. Soit dA/K:A→J/J2d_{A/K} : A \to \mathfrak{J}/\mathfrak{J}^2 l’application K-linéaire qui, à tout x∈Ax \in A, fait correspondre la classe de x⊗1−1⊗xx \otimes 1 - 1 \otimes x modulo J2\mathfrak{J}^2. L’application dA/Kd_{A/K} est une K-dérivation, et pour tout AA-module EE, et toute

K-dérivation D:A→ED : A \to E, il existe une application A-linéaire et une seule g:S/S2→Eg : \mathfrak{S}/\mathfrak{S}^2 \to E telle que D=g∘dA/KD = g \circ d_{A/K}.

On dit que le A-module S/S2\mathfrak{S}/\mathfrak{S}^2 est le A-module des K-différentielles de A, et on le note ΩK(A)\Omega_K(A); pour tout x∈Ax \in A, dA/K(x)d_{A/K}(x) (aussi noté dxdx) s’appelle la différentielle de xx; on a vu (III, p. 132, lemme 1) que les éléments dA/K(x)d_{A/K}(x), pour x∈Ax \in A, forment un système générateur du A-module ΩK(A)\Omega_K(A). La prop. 18 montre que l’application g↦g∘dA/Kg \mapsto g \circ d_{A/K} est un isomorphisme canonique de A-modules

φA:Hom⁡A(ΩK(A),E)→DK(A,E) \varphi_A : \operatorname{Hom}_A(\Omega_K(A), E) \to D_K(A, E)

(la structure de A-module de DK(A,E)D_K(A, E) étant définie par la prop. 7 de III, p. 124).

Le couple (ΩK(A),dA/K)(\Omega_K(A), d_{A/K}) est donc solution du problème d’application universelle où Σ\Sigma est l’espèce de structure de A-module et les α\alpha-applications les K-dérivations de A dans un A-module (E, IV, p. 23).

Exemple

Soit M un K-module; il résulte de la prop. 14 de III, p. 128 que pour tout S(M)-module E, l’application D↦D∣MD \mapsto D|_M définit un isomorphisme de S(M)-modules de DK(S(M),E)D_K(S(M), E) sur Hom⁡K(M,E)\operatorname{Hom}_K(M, E); d’autre part, puisque E est un S(M)-module, Hom⁡K(M,E)\operatorname{Hom}_K(M, E) est canoniquement isomorphe à Hom⁡S(M)(M⊗KS(M),E)\operatorname{Hom}_{S(M)}(M \otimes_K S(M), E), tout K-homomorphisme de M dans E s’écrivant d’une seule manière x↦h(x⊗1)x \mapsto h(x \otimes 1), où h∈Hom⁡S(M)(M⊗KS(M),E)h \in \operatorname{Hom}_{S(M)}(M \otimes_K S(M), E) (II, p. 82). Soit D0D_0 la K-dérivation S(M)→M⊗KS(M)S(M) \to M \otimes_K S(M) dont la restriction à M est l’homomorphisme canonique x↦x⊗1x \mapsto x \otimes 1; toute K-dérivation D:S(M)→ED : S(M) \to E s’écrit donc d’une seule manière h∘D0h \circ D_0 avec h∈Hom⁡S(M)(M⊗KS(M),E)h \in \operatorname{Hom}_{S(M)}(M \otimes_K S(M), E). En vertu de l’unicité d’une solution d’un problème d’application universelle, on voit qu’il existe un unique isomorphisme de S(M)-modules

ω:M⊗KS(M)→ΩK(S(M)) \omega : M \otimes_K S(M) \to \Omega_K(S(M))

tel que D0∘ω=dS(M)/KD_0 \circ \omega = d_{S(M)/K}; autrement dit, pour tout x∈Mx \in M, on a ω(x⊗1)=dx\omega(x \otimes 1) = dx.

En particulier, si M est un K-module libre de base (eλ)λ∈L(e_\lambda)_{\lambda \in L}, ΩK(S(M))\Omega_K(S(M)) est un S(M)-module libre ayant pour base l’ensemble des différentielles de eλe_\lambda. Considérons en particulier le cas où L={1,n}L = \{1, n\}, de sorte que S(M) s’identifie à l’algèbre de polynômes K[X1,…,Xn]K[X_1, \ldots, X_n] (III, p. 75); pour tout polynôme P∈K[X1,…,Xn]P \in K[X_1, \ldots, X_n], on peut écrire d’une seule manière

dP=∑i=1nDiP⋅dXi dP = \sum_{i=1}^n D_i P \cdot dX_i

avec DiP∈K[X1,…,Xn]D_i P \in K[X_1, \ldots, X_n], et en vertu de ce qui précède, les applications P↦DiPP \mapsto D_i P sont les K-dérivations de K[X1,…,Xn]K[X_1, \ldots, X_n] correspondant aux formes coordonnées sur ΩK(S(M))\Omega_K(S(M)) pour la base (dXi)(dX_i); on écrit aussi ∂P∂Xi\frac{\partial P}{\partial X_i} au lieu de DiPD_i P, et on l’appelle la dérivée partielle de P par rapport à XiX_i.

12. Propriétés fonctorielles des K-différentielles

Proposition 19

Soit

K→σK′η↓η′↓A→uA′ \begin{array}{ccc} K & \xrightarrow{\sigma} & K' \\ \eta \downarrow & & \eta' \downarrow \\ A & \xrightarrow{u} & A' \end{array}

un diagramme commutatif d’homomorphismes d’anneaux commutatifs, η\eta (resp. η′\eta') faisant de AA (resp. A′A') une KK-algèbre (resp. K′K'-algèbre). Il existe une application AA-linéaire et une seule v:ΩK(A)→ΩK′(A′)v : \Omega_K(A) \to \Omega_{K'}(A') rendant commutatif le diagramme

A→uA′dA/K↓dA′/K′↓ΩK(A)→vΩK′(A′) \begin{array}{ccc} A & \xrightarrow{u} & A' \\ d_{A/K} \downarrow & & d_{A'/K'} \downarrow \\ \Omega_K(A) & \xrightarrow{v} & \Omega_{K'}(A') \end{array}

En effet, dA′/K′∘ud_{A'/K'} \circ u est une KK-dérivation de AA à valeurs dans le AA-module ΩK′(A′)\Omega_{K'}(A'); l’existence et l’unicité de vv résultent alors de la prop. 18 de III, p. 133.

L’application vv de la prop. 19 sera notée Ω(u)\Omega(u); si l’on a un diagramme commutatif d’homomorphismes d’anneaux commutatifs

K→σ′K′→σ′′K′′η↓η′↓η′′↓A→uA′→u′A′′ \begin{array}{ccccc} K & \xrightarrow{\sigma'} & K' & \xrightarrow{\sigma''} & K'' \\ \eta \downarrow & & \eta' \downarrow & & \eta'' \downarrow \\ A & \xrightarrow{u} & A' & \xrightarrow{u'} & A'' \end{array}

il résulte aussitôt de la propriété d’unicité de la prop. 19 que

Ω(u′∘u)=Ω(u′)∘Ω(u). \Omega(u' \circ u) = \Omega(u') \circ \Omega(u).

Puisque ΩK′(A′)\Omega_{K'}(A') est un A′A'-module, on déduit canoniquement de Ω(u)\Omega(u) une application A′A'-linéaire

Ω0(u):ΩK(A)⊗AA′→ΩK′(A′) \Omega_0(u) : \Omega_K(A) \otimes_A A' \to \Omega_{K'}(A')

telle que Ω(u)\Omega(u) soit composée de Ω0(u)\Omega_0(u) et de l’homomorphisme canonique iA:ΩK(A)→ΩK(A)⊗AA′i_A : \Omega_K(A) \to \Omega_K(A) \otimes_A A'. Pour tout A′A'-module E′E', on a un diagramme commutatif

Hom⁡A′(ΩK′(A′),E′)→Hom⁡(Ω0(u),1E′)Hom⁡A′(ΩK(A)⊗AA′,E′)φA′↓φA′∘rA↓DK′(A′,E′)→C(u)DK(A,E) \begin{array}{ccc} \operatorname{Hom}_{A'}(\Omega_{K'}(A'), E') & \xrightarrow{\operatorname{Hom}(\Omega_0(u), 1_{E'})} & \operatorname{Hom}_{A'}(\Omega_K(A) \otimes_A A', E') \\ \varphi_{A'} \downarrow & & \varphi_{A'} \circ r_A \downarrow \\ D_{K'}(A', E') & \xrightarrow{C(u)} & D_K(A, E) \end{array}

où C(u)C(u) est l’application D↦D∘uD \mapsto D \circ u (III, p. 125, prop. 9) et rAr_A l’isomorphisme canonique Hom⁡(iA,1E′):Hom⁡A′(ΩK(A)⊗AA′,E′)→Hom⁡A(ΩK(A),E′)\operatorname{Hom}(i_A, 1_{E'}) : \operatorname{Hom}_{A'}(\Omega_K(A) \otimes_A A', E') \to \operatorname{Hom}_A(\Omega_K(A), E'); cela résulte aussitôt de la prop. 19 et de la définition des isomorphismes φA\varphi_A et φA′\varphi_{A'}.

Proposition 20

Supposons que l’on ait A′=A⊗KK′A' = A \otimes_K K', η′:K′→A′\eta': K' \to A' et u:A→A′u: A \to A' étant les homomorphismes canoniques. Alors l’application A′A'-linéaire

Ω0(u):ΩK(A)⊗AA′→ΩK′(A′) \Omega_0(u): \Omega_K(A) \otimes_A A' \to \Omega_{K'}(A')

est un isomorphisme.

En vertu du fait que dans le diagramme (42) de III, p. 135 les flèches verticales sont bijectives, tout revient à prouver que, pour tout A′A'-module E′E', l’homomorphisme C(u):D↦D∘uC(u): D \mapsto D \circ u du diagramme (42) est bijectif (II, p. 36, th. 1). Or Hom(u,1E′):HomK′(A⊗KK′,E′)→HomK(A,E′)\mathrm{Hom}(u, 1_{E'}): \mathrm{Hom}_{K'}(A \otimes_K K', E') \to \mathrm{Hom}_K(A, E') est un isomorphisme (II, p. 82, prop. 1) et C(u)C(u) en est la restriction à DK′(A′,E′)D_{K'}(A', E'), donc est injectif; d’ailleurs, si f:A′→E′f: A' \to E' est une application K′K'-linéaire telle que f∘u:A→E′f \circ u: A \to E' soit une KK-dérivation, on déduit aussitôt du fait que ff est K′K'-linéaire et de ce que f((x⊗1)(y⊗1))=(y⊗1)f(x⊗1)+(x⊗1)f(y⊗1)f((x \otimes 1)(y \otimes 1)) = (y \otimes 1)f(x \otimes 1) + (x \otimes 1)f(y \otimes 1) pour x,yx, y dans AA, que ff est une K′K'-dérivation, les éléments x⊗1x \otimes 1 pour x∈Ax \in A formant un système générateur du K′K'-module A′A'; ceci achève de montrer que C(u)C(u) est bijectif.

Bornons-nous désormais au cas où ρ:K→K′\rho: K \to K' est l’application identique de KK; à tout homomorphisme de KK-algèbres u:A→Bu: A \to B, on associe donc une application BB-linéaire

Ω0(u):ΩK(A)⊗AB→ΩK(B). \Omega_0(u): \Omega_K(A) \otimes_A B \to \Omega_K(B).

D’autre part, on peut considérer le BB-module des AA-différentielles ΩA(B)\Omega_A(B) puisque BB est une AA-algèbre au moyen de uu; la dérivation canonique dB/A:B→ΩA(B)d_{B/A}: B \to \Omega_A(B) étant afortioria fortiori une KK-dérivation, se factorise de façon unique en

B→dB/KΩK(B)→ΩuΩA(B) B \xrightarrow{d_{B/K}} \Omega_K(B) \xrightarrow{\Omega_u} \Omega_A(B)

où Ωu\Omega_u est une application BB-linéaire (III, p. 133, prop. 18). Pour tout BB-module EE, on a un diagramme commutatif

HomB(ΩA(B),E)→Hom(Ωu,1E)HomB(ΩK(B),E)φA,B↓φK,B↓DA(B,E)→juDK(B,E) \begin{array}{ccc} \mathrm{Hom}_B(\Omega_A(B), E) & \xrightarrow{\mathrm{Hom}(\Omega_u, 1_E)} & \mathrm{Hom}_B(\Omega_K(B), E) \\ \varphi_{A,B} \downarrow & & \varphi_{K,B} \downarrow \\ D_A(B, E) & \xrightarrow{j_u} & D_K(B, E) \end{array}

juj_u étant l’injection canonique (III, p. 126); cela résulte aussitôt de la prop. 18 de III, p. 133.

Proposition 21

La suite d’applications BB-linéaires

ΩK(A)⊗AB→Ω0(u)ΩK(B)→ΩuΩA(B)⟶0 \Omega_K(A) \otimes_A B \xrightarrow{\Omega_0(u)} \Omega_K(B) \xrightarrow{\Omega_u} \Omega_A(B) \longrightarrow 0

est exacte.

Tout revient à voir que, pour tout BB-module EE, la suite

0⟶HomB(ΩA(B),E)→Hom(Ωu,1E)HomB(ΩK(B),E)→Hom(Ω0(u),1E)HomB(ΩK(A)⊗AB,E) 0 \longrightarrow \mathrm{Hom}_B(\Omega_A(B), E) \xrightarrow{\mathrm{Hom}(\Omega_u, 1_E)} \mathrm{Hom}_B(\Omega_K(B), E) \xrightarrow{\mathrm{Hom}(\Omega_0(u), 1_E)} \mathrm{Hom}_B(\Omega_K(A) \otimes_A B, E)

est exacte (II, p. 36, th. 1); mais en vertu du fait que dans les diagrammes commutatifs (42) (III, p. 135) et (44) (III, p. 136), les flèches verticales sont des isomorphismes, il suffit de montrer que la suite

0⟶DA(B,E)→juDK(B,E)→C(u)DK(A,E) 0 \longrightarrow D_A(B, E) \xrightarrow{j_u} D_K(B, E) \xrightarrow{C(u)} D_K(A, E)

est exacte, ce qui n’est autre que la prop. 11 de III, p. 126.

Considérons maintenant le cas où l’homomorphisme de K-algèbres u:A→Bu : A \to B est surjectif; si J\mathfrak{J} est son noyau, B est donc isomorphe à A/JA/\mathfrak{J}. Considérons la restriction d∣J:J→ΩK(A)d|_{\mathfrak{J}} : \mathfrak{J} \to \Omega_K(A) de la dérivation canonique d=dA/Kd = d_{A/K}, et l’application A-linéaire composée

d′:J→d∣JΩK(A)→iAΩK(A)⊗AB. d' : \mathfrak{J} \xrightarrow{d|_{\mathfrak{J}}} \Omega_K(A) \xrightarrow{i_A} \Omega_K(A) \otimes_A B.

On a d′(J2)=0d'(\mathfrak{J}^2) = 0, car pour x,yx, y dans J\mathfrak{J}, on a

d′(xy)=d(xy)⊗1=(x.dy+y.dx)⊗1=dy⊗u(x)+dx⊗u(y)=0 d'(xy) = d(xy) \otimes 1 = (x.dy + y.dx) \otimes 1 = dy \otimes u(x) + dx \otimes u(y) = 0
puisque u(x)=u(y)=0u(x) = u(y) = 0. On déduit donc de d′d', par passage au quotient, une application A-linéaire

dˉ:J/J2→ΩK(A)⊗AB \bar{d} : \mathfrak{J}/\mathfrak{J}^2 \to \Omega_K(A) \otimes_A B

et comme J\mathfrak{J} annule le A-module J/J2\mathfrak{J}/\mathfrak{J}^2, dˉ\bar{d} est en fait une application B-linéaire.

Proposition 22

Soient J\mathfrak{J} un idéal de la K-algèbre commutative A,B=A/JA, B = A/\mathfrak{J}, et u:A→Bu : A \to B l’homomorphisme canonique. La suite des applications B-linéaires

J/J2→dˉΩK(A)⊗AB→Ω0(u)ΩK(B)⟶0 \mathfrak{J}/\mathfrak{J}^2 \xrightarrow{\bar{d}} \Omega_K(A) \otimes_A B \xrightarrow{\Omega_0(u)} \Omega_K(B) \longrightarrow 0

est alors exacte.

Notons que ΩK(A)⊗AB\Omega_K(A) \otimes_A B s’identifie à ΩK(A)/JΩK(A)\Omega_K(A)/\mathfrak{J}\Omega_K(A), et que l’image de dˉ\bar{d} est l’image de d(J)d(\mathfrak{J}) dans ce module quotient; le quotient de ΩK(A)⊗AB\Omega_K(A) \otimes_A B par Im⁡(dˉ)\operatorname{Im}(\bar{d}) s’identifie donc au quotient ΩK(A)/N\Omega_K(A)/N, où N est le sous-A-module engendré par JΩK(A)\mathfrak{J}\Omega_K(A) et d(J)d(\mathfrak{J}). En outre, l’application composée

A→dA/KΩK(A)⟶ΩK(A)/N A \xrightarrow{d_{A/K}} \Omega_K(A) \longrightarrow \Omega_K(A)/N

est une K-dérivation (III, p. 125, prop. 9), et puisqu’elle s’annule dans J\mathfrak{J} par définition de N, elle définit, par passage au quotient, une K-dérivation D0:B→ΩK(A)/ND_0 : B \to \Omega_K(A)/N. Compte tenu de l’unicité de la solution d’un problème d’application universelle, tout revient à prouver que, pour tout B-module E et toute K-dérivation D:B→ED : B \to E, il existe une application B-linéaire unique g:ΩK(A)/N→Eg : \Omega_K(A)/N \to E telle que D=g∘D0D = g \circ D_0. Or, l’application composée D∘u:A→ED \circ u : A \to E est une K-dérivation (III, p. 125, prop. 9), donc il existe une application A-linéaire f:ΩK(A)→Ef : \Omega_K(A) \to E et une seule telle que f∘dA/K=D∘uf \circ d_{A/K} = D \circ u. Cette relation montre déjà que ff s’annule dans d(J)d(\mathfrak{J}); comme de plus JE={0}\mathfrak{J}E = \{0\} puisque E est un B-module, ff s’annule dans JΩK(A)\mathfrak{J}\Omega_K(A); donc ff s’annule dans N, et définit par passage au quotient, une application B-linéaire g:ΩK(A)/N→Eg : \Omega_K(A)/N \to E telle que g∘D0=Dg \circ D_0 = D; l’unicité de gg résulte de l’unicité de ff.

C. Q. F. D.

On se gardera de croire que, si u:A→Bu : A \to B est un homomorphisme injectif, Ω0(u):ΩK(A)⊗AB→ΩK(B)\Omega_0(u) : \Omega_K(A) \otimes_A B \to \Omega_K(B) soit nécessairement injectif (III, p. 197, exerc. 5). Toutefois, on a la proposition suivante:

Proposition 23

Soient A une K-algèbre intègre, B son corps des fractions, u : A → B l’injection canonique. Alors Ω0(u):ΩK(A)⊗AB→ΩK(B)\Omega_0(u) : \Omega_K(A) \otimes_A B \to \Omega_K(B) est un isomorphisme.

Compte tenu de ce que dans le diagramme (42) de III, p. 135, les flèches verticales sont bijectives, tout revient à prouver que pour tout espace vectoriel E sur B, l’application C(u):DK(B,E)→DK(A,E)C(u) : D_K(B, E) \to D_K(A, E) est bijective. Mais cela résulte de ce que toute K-dérivation de A dans E se prolonge d’une seule manière en une K-dérivation de B dans E (III, p. 123, prop. 5).

Exercices

See the exercises for § 10.

Transcribed from the printed volume. Not translated.