§ 9. Radical
1. Radical d’un module
Définition 1 00A1
Soit A un anneau. On appelle radical d’un A-module M le sous-module intersection des sous-modules maximaux de M (VIII, p. 44, déf. 2) ou, ce qui revient au même, l’ensemble des éléments de M annulés par tout homomorphisme de M dans un A-module simple.
Dans la suite de ce chapitre, on notera (M), ou simplement (M), le radical d’un A-module M.
Soit A un anneau. Pour que le radical d’un A-module M soit réduit à 0 (auquel cas on dit, par abus de langage, que M est sans radical), il faut et il suffit qu’il existe une famille de A-modules simples et une famille d’applications A-linéaires , telles que l’on ait Ker() . Il revient au même de dire que M est isomorphe à un sous-module d’un produit de A-modules simples.
Exemple 1 00A2
Soit un idéal à gauche de A. Le radical du A-module est égal à où est l’intersection des idéaux à gauche maximaux de A contenant . En particulier, le radical du -module est réduit à 0, et celui du -module est égal à pour tout nombre premier et tout nombre entier .
Exemple 2 00A3
Soit A un anneau principal qui n’est pas un corps et soit K son corps des fractions. Comme K-module, K est sans radical. Démontrons que le radical de K, considéré comme A-module, est égal à K, ou, ce qui revient au même, que toute application A-linéaire de K dans un A-module simple S est nulle. D’après VII, p. 25, on peut supposer S égal à , où est un élément extrémal de A ; pour tout , on a puisque , d’où le résultat.
Proposition 1 00A4
Soient M et N des A-modules et un homomorphisme de M dans N. On a , et l’on a même égalité si est surjectif et que le noyau de est contenu dans le radical de M.
Soit un homomorphisme de N dans un A-module simple ; alors est contenu dans le noyau de , de sorte que est contenu dans le noyau de . On a donc . Supposons maintenant que soit surjectif, et que son noyau soit contenu dans . Soit un élément de et soit un antécédent de . Si est un homomorphisme de M dans un A-module simple S, son noyau contient le radical de M, donc le noyau de ; l’homomorphisme étant surjectif, il existe un homomorphisme de N dans S tel que . Comme appartient à (N), on a , c’est-à-dire ; ainsi appartient à (M), ce qui prouve l’inclusion .
Corollaire 1 00A5
Soient M un A-module et N un sous-module de M.
a) On a .
b) On a . Si N est contenu dans , on a l’égalité .
c) Le module est sans radical. Si le module est sans radical, on a .
L’assertion a) résulte de la prop. 1 appliquée à l’injection canonique de N dans M, et l’assertion b) de la prop. 1 appliquée à l’application canonique de M sur . De b), on déduit que est sans radical si et que l’on a si est sans radical.
☡ Il résulte de l’exemple 1 de VIII, p. 147 qu’il peut exister des sous-modules N contenant et tels que le radical de ne soit pas nul.
Corollaire 2 00A6
Soient une famille de A-modules, P son produit et S sa somme directe. On a et .
Pour tout , soit la projection d’indice de P dans ; d’après la prop. 1, on a pour tout , d’où la première assertion. On a , d’où
par ailleurs, pour tout , on a , d’où (S), et finalement .
Il existe des familles de modules dont le radical du produit n’est pas isomorphe au produit des radicaux (exerc. 3 de VIII, p. 161).
Proposition 2 00A7
Soit M un A-module de type fini.
a) Si M n’est pas réduit à 0, on a .
b) Si N est un sous-module de M tel que , on a N = M.
Soit N un sous-module de M, distinct de M. D’après la prop. 3 de VIII, p. 45, il existe un sous-module maximal L de M contenant N. On a , et a fortiori . Cela prouve b) ; le cas particulier N = 0 établit l’assertion a).
Corollaire 00A8
Soient M un A-module, une famille génératrice de M et un élément de M. Les conditions suivantes sont équivalentes :
(i) On a ;
(ii) Tout sous-module N de M tel que est égal à M ;
(iii) Pour toute famille d’éléments de A, la famille engendre le A-module M.
(i) (ii) : Supposons que appartienne à . Soit N un sous-module de M tel que . On a , de sorte que le A-module est égal à son radical (cor. 1, b) de la prop. 1). Comme il est monogène, il est nul (prop. 2) et l’on a M = N.
(ii) (iii) : Soit une famille d’éléments de A. Notons N le sous-module de M engendré par la famille . On a pour tout , d’où . Si la condition (ii) est satisfaite, N est égal à M.
(iii) (i) : Supposons que n’appartienne pas à . Il existe alors un sous-module maximal N de M qui ne contient pas . Comme N est maximal, on a ; chacun des éléments peut donc s’écrire sous la forme , avec et . La famille est contenue dans N, donc n’engendre pas M.
Proposition 3 00A9
a) Un module semi-simple est sans radical.
b) Pour qu’un module soit semi-simple et de type fini, il faut et il suffit qu’il soit sans radical et artinien.
Par définition, le radical d’un module simple est réduit à 0. Si le module M est semi-simple, il est somme directe d’une famille de sous-modules simples, et l’on a d’après le cor. 2 ci-dessus, d’où .
Si de plus M est de type fini, il est artinien d’après la prop. 10 de VIII, p. 67.
Réciproquement, supposons que M soit sans radical et artinien. D’après VIII, p. 2, appliqué à l’ensemble des sous-modules maximaux de M, il existe une famille finie de sous-modules maximaux de M dont l’intersection est réduite à 0. Alors M est isomorphe à un sous-module de ; il est donc semi-simple et de longueur finie, et a fortiori de type fini.
2. Radical d’un anneau
Définition 2 00AA
On appelle radical de Jacobson (ou simplement radical) d’un anneau A, et l’on note , le radical du A-module , c’est-à-dire l’intersection des idéaux à gauche maximaux de A.
On dit, par abus de langage, que l’anneau A est sans radical si l’on a .
Proposition 4 00AB
Pour qu’un anneau A soit semi-simple, il faut et il suffit qu’il soit artinien à gauche et sans radical.
Cela résulte de la prop. 3, b) appliquée au A-module .
Exemple 1 00AC
Si A est un anneau local, il possède un unique idéal à gauche maximal , formé des éléments non inversibles de A (VIII, p. 23, prop. 1) ; donc est le radical de A. En particulier, un corps est sans radical.
Exemple 2 00AD
☡ Soient K un corps commutatif et E l’algèbre des séries formelles par rapport aux indéterminées à coefficients dans K. D’après l’exemple précédent et l’exemple 4 de VIII, p. 24, le radical de E se compose des séries formelles de terme constant nul. On notera que l’anneau E est intègre et que son radical n’est pas réduit à 0, bien que E soit un sous-anneau de son corps des fractions qui est sans radical.
Exemple 3 00AE
Supposons que A soit un anneau principal et soit P un système représentatif d’éléments extrémaux (VII, p. 3). Si A est un corps, il est sans radical d’après l’exemple 1 ; si l’ensemble P est infini, l’intersection des idéaux maximaux de A est réduite à 0, donc A est sans radical ; mais si P est fini et non vide, et si l’on pose , le radical de A est égal à (VII, p. 3, prop. 4), donc n’est pas réduit à zéro.
Soit un élément non nul de A ; écrivons-le sous la forme , où est inversible dans sont des éléments de P deux à deux distincts et des entiers strictement positifs. Les idéaux maximaux de l’anneau sont les idéaux ; le radical de l’anneau est donc l’idéal . En particulier, l’anneau est sans radical si et seulement si l’on a ; on dit dans ce cas que est sans facteur multiple.
Proposition 5 00AF
a) Le radical d’un anneau A est l’intersection des annulateurs des A-modules simples, et aussi le plus petit des annulateurs des A-modules semi-simples. C’est en particulier un idéal bilatère de A. Si A n’est pas réduit à 0, le radical de A est distinct de A.
b) Soit un idéal bilatère de A. On a . Si est contenu dans , on a .
c) L’anneau est sans radical ; réciproquement, tout idéal bilatère de A tel que soit sans radical contient .
d) Le radical de A est contenu dans l’intersection des idéaux bilatères maximaux de A.
Soit . Dire que appartient à l’annulateur de tout A-module simple revient à dire que appartient à l’annulateur de tout élément de tout A-module simple, autrement dit (VIII, p. 42, prop. 1) à tout idéal à gauche maximal de A.
Soit M un A-module semi-simple. Son annulateur est l’intersection des annulateurs des sous-modules simples de M, donc il contient . Par ailleurs, si est l’ensemble des classes de A-modules simples (VIII, p. 47), la somme directe est un A-module semi-simple, dont l’annulateur est . Supposons A non réduit à 0 ; la relation résulte de la prop. 2, a) de VIII, p. 149, appliquée au A-module . On a prouvé a).
Soit un idéal bilatère de A. Les idéaux à gauche maximaux de sont les idéaux de la forme , où est un idéal à gauche maximal de A contenant . Par suite, le radical de l’anneau est égal au radical du A-module . Les assertions b) et c) résultent donc du cor. 1 de VIII, p. 148.
Soit un idéal bilatère maximal de A. Dans l’anneau , les seuls idéaux bilatères sont 0 et . Comme l’anneau n’est pas réduit à 0, son radical n’est pas égal à . L’anneau est donc sans radical, et l’on a d’après c). Cela prouve d).
☡ On dit qu’un idéal à gauche (ou à droite) de A est un nilidéal s’il se compose d’éléments nilpotents. On dit qu’un idéal bilatère de A est nilpotent s’il existe un entier tel que , c’est-à-dire (I, p. 102) tel que l’on ait pour toute suite d’éléments de . Tout idéal bilatère nilpotent est un nilidéal, mais il peut exister des nilidéaux qui ne sont pas contenus dans un idéal bilatère nilpotent (VIII, p. 162, exerc. 9).
Théorème 1 (Jacobson) 00S5
Le radical d’un anneau A se compose des éléments tels que soit inversible à gauche (I, p. 15) pour tout . C’est aussi le plus grand des idéaux bilatères tels que soit inversible pour tout . Le radical de A contient tout nilidéal à gauche de A.
L’élément 1 engendre le A-module , et est inversible à gauche si et seulement s’il engendre le A-module . La première assertion du théorème 1 est donc un cas particulier du corollaire de la prop. 2 (VIII, p. 149).
Soit . D’après ce qui précède, est inversible à gauche ; soit un élément de A tel que . On a alors , donc appartient à ; par suite est inversible à gauche. Comme est aussi inversible à droite, il est inversible (I, p. 16, prop. 3) et il en est de même de son inverse à droite .
Soit un idéal à gauche de A tel que soit inversible pour tout ; ceci a lieu par exemple si est un nilidéal, puisque la relation entraîne que est l’inverse de . Soit ; pour tout , on a , donc est inversible, de sorte qu’on a . On en déduit que est contenu dans (A), d’où le théorème 1.
Corollaire 1 00AG
Le radical de A est égal au radical de l’anneau opposé , c’està-dire à l’intersection des idéaux à droite maximaux de A.
Pour tout (A), est inversible dans l’anneau A, donc dans l’anneau ; comme est un idéal bilatère de , on a , d’où l’égalité en échangeant les rôles de A et .
Corollaire 2 00AH
Pour qu’un élément de A soit inversible, il faut et il suffit que son image canonique dans l’anneau soit inversible.
La condition est évidemment nécessaire. Démontrons qu’elle est suffisante. Soit un élément de A dont l’image canonique dans l’anneau soit inversible. Il existe alors un élément de A tel que appartienne à . D’après le th. 1, est inversible, de sorte que est inversible à droite. On démontre de même que est inversible à gauche.
Corollaire 3 00AI
Le radical du produit d’une famille d’anneaux est le produit des .
Soit un élément de . Pour tout élément de , l’élément est inversible à gauche si et seulement si est inversible à gauche dans pour tout , d’où le corollaire 3.
Corollaire 4 00AJ
Pour que l’anneau A soit local, il faut et il suffit que l’anneau soit un corps. Dans ce cas, est l’ensemble des éléments non inversibles de A.
Notons l’ensemble des éléments non inversibles de A. Si l’anneau A est local, son radical est égal à (VIII, p. 150, exemple 1) et l’anneau est un corps (VIII, p. 24). Inversement, supposons que l’anneau soit un corps. D’après le corollaire 2, on a (A), donc est un idéal bilatère de A. Il en résulte que l’anneau A est local (VIII, p. 24, déf. 1).
Exemple 4 00AK
Soient K un anneau intègre, I un ensemble non vide et A l’anneau de polynômes . Démontrons que l’anneau A est sans radical. Les seuls éléments inversibles de A sont ceux de K (IV, p. 9, cor. 2). Soit . Choisissons un élément . Alors est inversible (th. 1), ce qui implique .
☡ Remarquons que lorsque K est un corps commutatif, l’anneau est un sous-anneau de , et qu’on a et cf. VIII, p. 150, exemple 2).
Exemple 5 00AL
Soit un idéal bilatère de A. La topologie sur A, compatible avec la structure d’anneau de A, pour laquelle les idéaux (pour ) forment un système fondamental de voisinages de 0 (TG, III, p. 49, exemple 3) s’appelle la topologie -adique. Supposons que l’anneau A soit séparé et complet (TG, III, p. 50) pour cette topologie : c’est le cas par exemple lorsque l’idéal est nilpotent. Pour tout , la série est alors convergente (TG, III, p. 44, remarque). Soit sa somme. On a , d’où et on a de même , de sorte que est inversible. Il en résulte d’après le th. 1 que l’idéal est contenu dans le radical de A.
Remarque 1 00AM
D’après le théorème 1, tout nilidéal à gauche d’un anneau A est
☡ contenu dans son radical. Soit un élément nilpotent et central de A ; alors est un nilidéal de A, donc appartient au radical de A. Il se peut cependant qu’il existe dans A des éléments nilpotents non nuls, mais que A soit sans radical : par exemple, pour tout entier , l’anneau de matrices sur un corps K est simple, donc sans radical (VIII, p. 150, prop. 4) et il contient des éléments nilpotents, par exemple les unités matricielles avec .
Remarque 2 00AN
Soit A un anneau commutatif. L’ensemble des éléments nilpotents de A est un idéal de A, qu’on appelle le nilradical de A ; c’est l’intersection des idéaux premiers de A (V, p. 113, prop. 2). On a il y a égalité
si A est un anneau artinien (VIII, p. 169, cor. 2), ou bien une algèbre commutative de type fini sur un corps commutatif (AC, V, § 3, n, th. ). On peut fort bien avoir c’est le cas lorsque A est l’anneau K[[X]], où K est un corps commutatif : on a et AX (VIII, p. 150, exemple 2).
3. Lemme de Nakayama
Proposition 6 00AO
Pour tout A-module M, on a et on a égalité si le A-module M est projectif.
Soit P un sous-module maximal de M ; le A-module est simple, donc il est annulé par d’après la prop. 5 de VIII, p. 150. On a donc pour tout sous-module maximal P de M, d’où .
On a évidemment . Si le A-module M est projectif, il existe un A-module N tel que soit libre, c’est-à-dire somme directe d’une famille de modules isomorphes à . D’après le cor. 2 de VIII, p. 148, on a et ; de l’égalité , on déduit alors l’égalité .
Théorème 2 (« lemme de Nakayama ») 00S6
Soient M un A-module et un idéal bilatère de A. Supposons satisfaite l’une des deux hypothèses suivantes :
(i) Le A-module M est de type fini et est contenu dans le radical de A ;
(ii) L’idéal est nilpotent.
Si N est un sous-module de M tel que , on a N = M. En particulier, si le module M n’est pas nul, on a .
Supposons que M soit de type fini et qu’on ait . Soit N un sous-module de M tel que . D’après la prop. 6, on a (M), d’où M = N d’après la prop. 2, b) de VIII, p. 149.
Supposons maintenant que soit nilpotent, et soit N un sous-module de M tel que . Par récurrence sur l’entier , on établit la relation ; par hypothèse, il existe un entier tel que , d’où M = N.
La dernière assertion du théorème se déduit de ce qui précède en prenant N égal à 0.
Corollaire 1 00R9
Conservons les hypothèses du théorème 2. Soit une famille d’éléments de M, et soit l’image canonique de dans . Si la famille engendre le -module , la famille engendre le A-module M.
Cela résulte du th. 2 appliqué au sous-module N de M engendré par la famille .
Corollaire 2 00AP
Conservons les hypothèses du théorème 2. Soient par ailleurs un A-module et un homomorphisme. Si l’homomorphisme de dans déduit de par passage aux quotients est surjectif, l’homomorphisme est surjectif.
Il suffit d’appliquer le th. 2 à l’image N de en effet, l’image de est , donc est surjectif si et seulement si on a .
4. Relèvements d’idempotents
Lemme 1 00AQ
Soit un élément d’un anneau A tel que soit nilpotent. Il existe un polynôme P appartenant à tel que soit idempotent dans A.
Soit un entier strictement positif tel que . Posons P(X) = . Le polynôme P(X) est multiple de et le polynôme est multiple de , donc est multiple de et l’on a . Par ailleurs est multiple de X et de , donc de .
Proposition 7 00AR
Soit un nilidéal bilatère de A et soit un élément idempotent de l’anneau . Il existe un élément idempotent de A dont l’image canonique dans est égale à .
Soit un représentant quelconque de dans A. L’élément de A est nilpotent puisqu’il appartient à . Choisissons un polynôme satisfaisant aux conditions du lemme 1. On a que et l’élément de A convient.
☡ Supposons que appartienne au centre de l’anneau . Il n’existe pas nécessairement d’idempotent dans le centre Z de A, relevant (VIII, p. 167, exerc. 31) ; cependant, si appartient à l’image de Z dans , il se relève en un idempotent de Z puisque est un nilidéal de Z.
Corollaire 1 00AS
Soient M et P des A-modules et une application A-linéaire surjective de P dans M. On suppose que P est projectif et qu’il existe un idéal bilatère nilpotent de A tel que le noyau N de soit contenu dans . Soient et des sous-modules de M, tels que M soit somme directe de et . Alors P est somme directe de sous-modules et tels que et .
Notons B le sous-anneau de End formé des endomorphismes de P tels que . Soit l’anneau des endomorphismes de M. Pour tout , notons l’unique endomorphisme de M tel que . L’application est un homomorphisme d’anneaux de B dans B. Comme le module P est projectif, cet homomorphisme est surjectif ; son noyau se compose des endomorphismes tels que . Soit un entier positif tel que . On a
et, pour tout et tout entier ,
puisque par hypothèse. Pour tout entier naturel et tout , on a donc . En particulier, on a .
Soit le projecteur de M d’image et de noyau . D’après la prop. 7 appliquée à l’anneau B et à l’idéal bilatère nilpotent , il existe un élément idempotent de B tel que , c’est-à-dire . Posons , (P), . Alors P est somme directe des sous-modules de et et l’on a
l’égalité se démontre de manière analogue.
Corollaire 2 00AT
Soit A un anneau et soit un idéal bilatère nilpotent de A. Si P est un A-module projectif, alors est un module projectif sur et pour que le A-module P soit indécomposable il faut et il suffit que le -module le soit.
Soit P un A-module projectif et soit le -module . Le A-module P est nul si et seulement si l’est (th. 2 de VIII, p. 154). On suppose maintenant . Comme le -module P est isomorphe à , il est projectif (II, p. 84, cor.). Si P est indécomposable, il en est de même de d’après le cor. 1. Inversement, supposons que P soit décomposable et non nul, et soient et deux sous-modules non nuls de P tels que . D’après le lemme de Nakayama (VIII, p. 154, th. 2), on a et ; si et sont les images canoniques de et dans P, on a et . Cela prouve que est décomposable.
5. Couverture projective d’un module
Définition 3 00AU
Soit A un anneau et soit M un A-module. On appelle couverture projective de M un couple , où P est un A-module projectif et un homomorphisme surjectif de P dans M, tel que l’on ait pour tout sous-A-module de P distinct de P.
Remarque 1 00AV
Pour tout A-module projectif M, le couple est une couverture projective de M.
Remarque 2 00AW
Supposons que soit une couverture projective du A-module M. Soit une famille d’éléments de P et soit le sous-module de P qu’elle engendre ; alors est engendré par la famille . Par conséquent, la famille engendre le A-module P si et seulement si la famille engendre le A-module M. En particulier, P est de type fini si et seulement si M est de type fini.
Proposition 8 00AX
Soient M et des A-modules, et des couvertures projectives de M et respectivement et une application A-linéaire.
a) Il existe une application A-linéaire telle que .
b) Soit une telle application. Si est surjective (resp. bijective), alors est surjective (resp. bijective). Si est injective et que son image est un facteur direct de est injective et son image est un facteur direct de .
Par hypothèse, le A-module P est projectif et l’application est surjective. Par suite, il existe une application A-linéaire telle que (II, p. 39, prop. 4), d’où a).
Soit une telle application. Supposons surjective. Comme est surjective, on a . Comme est une couverture projective de , on a , donc est surjective. D’après loc. cit., le noyau de admet un sous-module supplémentaire , d’où . Supposons maintenant bijective. On a , d’où . Comme est une couverture projective de M, on a , d’où Ker() . Donc est injective ; comme on sait déjà que est surjective, est bijective.
Pour finir, supposons que soit injective et que son image soit un facteur direct de . Il existe alors une application A-linéaire telle que . D’après a), il existe une application A-linéaire telle que . On a ; d’après l’alinéa précédent, l’application est bijective. Notons la bijection réciproque ; on a , donc est injective et son image est un facteur direct de (II, p. 21, cor. 2).
Corollaire 1 00AY
Soit M un A-module. Soient et des couvertures projectives de M. Il existe un isomorphisme de P sur tel que .
☡ On notera que n’est pas nécessairement déterminé de manière unique par la relation (VIII, p. 165, exerc. 21).
Corollaire 2 00AZ
Soit une couverture projective du A-module M. Si Q est un A-module projectif et une application linéaire surjective, il existe une application linéaire surjective telle que .
Proposition 9 00B0
Soient M un A-module et une couverture projective de M. Notons le radical de l’anneau A. L’homomorphisme déduit de par passage aux quotients est un isomorphisme.
L’homomorphisme est surjectif par définition, donc est surjectif. Notons N le noyau de . On a . Démontrons que l’on a , ce qui entraînera l’injectivité de . Pour tout sous-module maximal de P, on a , d’où ; comme est maximal, on a . Le sous-module N de P est donc contenu dans le radical de P ; or celui-ci est égal à d’après la prop. 6 de VIII, p. 154.
Corollaire 00B1
Pour qu’un A-module M possède une couverture projective, il faut que le -module soit projectif.
En effet, si est une couverture projective de M, le )-module est isomorphe à (prop. 9) ; comme le A-module P est projectif, le )-module est aussi projectif.
Remarque 3 00B2
Supposons que l’anneau A soit sans radical. D’après la prop. 9, est une couverture projective d’un A-module M si et seulement si est un isomorphisme. Ainsi seuls les A-modules projectifs ont une couverture projective.
L’anneau est sans radical (VIII, p. 150, exemple 3). Soit un entier. Le -module n’est pas projectif et il n’admet donc pas de couverture projective.
Remarque 4 00B3
Supposons que tout A-module de type fini possède une couverture projective ; alors le quotient de A par son radical est semi-simple. En effet, tout module de type fini sur l’anneau est projectif d’après le corollaire. En particulier, pour tout idéal à gauche de , le -module est projectif. Notre assertion résulte alors de la prop. 4 de VIII, p. 134.
On peut donner un exemple d’un anneau commutatif A pour lequel est semi-simple et d’un A-module M de type fini qui n’admet pas de couverture projective (VIII, p. 165, exerc. 22).
Proposition 10 00B4
Soient M un A-module, P un A-module projectif et une application linéaire. Soit un idéal bilatère de A . On suppose que l’application linéaire déduite de par passage aux quotients est bijective et que l’une des deux hypothèses suivantes est satisfaite :
(i) Les A-modules M et P sont de type fini et est contenu dans le radical de A ;
(ii) L’idéal est nilpotent.
Alors est une couverture projective de M.
Sous les hypothèses faites, l’homomorphisme est surjectif (VIII, p. 154, cor. 2), et son noyau N est contenu dans . Soit un sous-module de P, distinct de P. D’après le lemme de Nakayama (VIII, p. 154, th. 2), on a et donc . Donc est une couverture projective de M.
Corollaire 1 00B5
Soit P un A-module projectif. On suppose que P est de type fini ou que le radical de A est un idéal bilatère nilpotent. Notons l’application canonique de P sur . Alors est une couverture projective de .
Corollaire 2 00B6
Soient un idéal bilatère de A et M un A-module tel que le -module soit libre. Supposons satisfaite l’une des deux conditions suivantes :
(i) Le module M est de type fini et est contenu dans le radical de A ;
(ii) L’idéal est nilpotent.
Alors M possède une couverture projective.
Plus précisément, soient P un A-module libre, une base de P et un homomorphisme tel que les images canoniques des éléments dans forment une base du -module . Alors est une couverture projective de M.
En effet, le )-module est libre et l’homomorphisme de dans déduit de par passage aux quotients transforme une base de en une base de , donc est bijectif.
Si est nilpotent, il suffit alors d’appliquer la prop. 10. Supposons maintenant que l’anneau A est non nul et que le A-module M est de type fini ; il en est alors de même du )-module , et par conséquent du )-module . Toute base de est alors finie. Il en résulte que l’ensemble I est fini et que le A-module P est de type fini. On applique alors à nouveau la prop. 10.
Corollaire 3 00B7
Tout module de type fini sur un anneau local possède une couverture projective.
Soient A un anneau local et son radical. C’est un idéal bilatère de A (VIII, p. 150, prop. 5, a)) et l’anneau est un corps (VIII, p. 152, cor. 4). Si M est un A-module, est un espace vectoriel sur le corps , donc un )-module libre. Il suffit alors d’appliquer le cor. 2.
Remarque 5 00B8
Soient A un anneau local et son radical. Soient M un A-module de type fini, P un A-module projectif de type fini et un homomorphisme. D’après le cor. 6 de VIII, p. 33, le A-module P est libre. Choisissons-en une base . Posons et notons l’image canonique de dans . Les conditions suivantes sont équivalentes :
(i) Le couple est une couverture projective de M ;
(ii) La famille est une famille génératrice minimale du A-module M ;
(iii) La famille est une base de l’espace vectoriel sur le corps . On a en effet (i) (ii) d’après la remarque 2 de VIII, p. 157 et (iii) (i) d’après le cor. 2. Par ailleurs, si la famille est une famille génératrice minimale du A-module M, la famille est une famille génératrice minimale, c’est-à-dire une base, de l’espace vectoriel sur (VIII, p. 154, cor. 1).
Proposition 11 00B9
Soient A un anneau et un idéal bilatère nilpotent de A. Soit M un -module projectif. Il existe un A-module projectif P et une application A-linéaire surjective , de noyau .
Un tel couple est une couverture projective de M considéré comme A-module.
Il existe un -module tel que soit un -module libre. Choisissons un A-module libre L et une application A-linéaire surjective de noyau . D’après le cor. 1 de la prop. 7 (VIII, p. 155), il existe une décomposition en somme directe telle que et . Le A-module P est projectif et l’application A-linéaire de P dans M qui coïncide avec sur P est surjective, de noyau . La première assertion en résulte.
Soient P un A-module projectif, et un homomorphisme de P sur M, de noyau . D’après la prop. 10, est une couverture projective de M.
Corollaire 00RA
Soient P et des A-modules projectifs. Si les modules et sont isomorphes, alors P et sont isomorphes.
Comme et sont projectifs, le corollaire résulte de la prop. 11 et de l’unicité de la couverture projective (VIII, p. 157, cor. 1).
Exercices
See the exercises for § 9.