§ 1. Modules
1. Modules; espaces vectoriels; combinaisons linéaires
Définition 1
Étant donné un anneau , on appelle module à gauche sur (ou -module à gauche), un ensemble muni d’une structure algébrique définie par la donnée: d’une loi de groupe commutatif dans (notée additivement dans ce qui suit); d’une loi d’action , dont le domaine d’opérateurs est l’anneau , et qui satisfait aux axiomes suivants:
L’axiome signifie que la loi d’action de sur est distributive par rapport à l’addition dans ; un module est donc un groupe commutatif à opérateurs.
Si dans la déf. 1, on remplace l’axiome par
on dit que , muni de la structure algébrique ainsi définie, est un module à droite sur , ou encore un A-module à droite.
Lorsqu’on parle de -modules (à gauche ou à droite), les éléments de l’anneau sont souvent appelés scalaires.
Le plus souvent, la loi d’action d’un module à gauche (resp. d’un module à droite) se note multiplicativement, en écrivant l’opérateur à gauche (resp. à droite); la condition s’écrit alors , la condition s’écrit .
Si désigne l’anneau opposé à (I, p. 96), tout module à droite sur l’anneau est un module à gauche sur l’anneau . Il en résulte que l’on peut exposer les propriétés des modules en se bornant systématiquement, soit aux modules à gauche, soit aux modules à droite; dans les §§ 1 et 2, nous ferons en général cet exposé pour les modules à gauche, et lorsque nous parlerons d’un module (sans préciser), il s’agira d’un module à gauche, dont la loi d’action sera notée multiplicativement. Lorsque l’anneau est commutatif, les notions de module à droite et de module à gauche par rapport à sont identiques.
Pour tout , l’application d’un -module dans lui-même s’appelle l’*homothétie de rapport* de (I, p. 30); d’après , une homothétie est un endomorphisme de la structure de groupe commutatif (sans opérateur) de , mais non en général de la structure de module de (I, p. 30; cf. II, p. 4 et II, p. 32). On a donc et ; si est un élément inversible de , l’homothétie est un automorphisme de la structure de groupe commutatif (sans opérateur) de , car de la relation , on tire, en vertu de , .
De même, en vertu de , pour tout , l’application est un homomorphisme du groupe additif dans le groupe commutatif (sans opérateur) ; on a donc et ; en outre, d’après , on a, pour tout entier , .
Lorsque l’anneau est réduit au seul élément 0, tout -module est aussi réduit à l’élément 0, car on a alors dans , d’où, pour tout , .
Exemple 1
Soit un homomorphisme d’un anneau dans un anneau ; l’application (resp. ) de dans définit sur une structure de -module à gauche (resp. à droite). Quand on prend en particulier pour l’application identique de on obtient sur une structure canonique de A-module à gauche (resp. à droite); on notera (resp. ) l’ensemble A muni de cette structure, pour éviter des confusions.
Exemple 2
Sur un groupe commutatif G (noté additivement), la structure de groupe à opérateurs définie par la loi d’action (I, p. 24) est une structure de module sur l’anneau des entiers rationnels.
Exemple 3
Soient E un groupe commutatif noté additivement, l’anneau des endomorphismes de E (I, p. 96: on rappelle que le produit de deux endomorphismes est par définition l’endomorphisme composé ). La loi d’action entre opérateurs et éléments définit sur E une structure canonique de -module à gauche.
Considérons maintenant un anneau A et supposons donnée sur E une structure de A-module à gauche (resp. à droite); pour tout , l’homothétie (resp. ) appartient à ; l’application est un homomorphisme de l’anneau A (resp. de l’anneau opposé ) dans l’anneau et on a par définition (resp. ). Réciproquement, la donnée d’un homomorphisme d’anneaux (resp. ) définit sur E une structure de A-module à gauche (resp. à droite) par les formules précédentes. Autrement dit, se donner une structure de A-module à gauche (resp. à droite) sur un groupe additif E, ayant pour loi additive la loi de groupe donnée, équivaut à se donner un homomorphisme d’anneaux (resp. ).
Définition 2
On appelle espace vectoriel à gauche (resp. à droite) sur un corps K, un K-module à gauche (resp. à droite).
Les éléments d’un espace vectoriel sont parfois appelés vecteurs.
Exemple 4
Un corps est à la fois espace vectoriel à gauche et à droite par rapport à un quelconque de ses sous-corps.
Exemple 5
\* L’espace numérique à 3 dimensions est un espace vectoriel par rapport au corps des nombres réels , le produit d’un nombre réel t et d’un point x de coordonnées étant le point de coordonnées . De même, l’ensemble des fonctions numériques définies dans un ensemble quelconque F est un espace vectoriel par rapport à , le produit d’un nombre réel t et d’une fonction f étant la fonction numérique
Pour deux familles d’éléments d’un A-module E, de support fini (I, p. 13), on a les formules
(1)
(2)
on se ramène en effet aussitôt aux formules analogues pour les sommes finies en considérant une partie finie H de I contenant les supports de et .
Définition 3
On dit qu’un élément x d’un A-module E est une combinaison linéaire, à coefficients dans , d’une famille d’éléments de , s’il existe une famille d’éléments de , de support fini, telle que .
En général il y a plusieurs familles distinctes vérifiant cette condition (cf. II, p. 25).
On notera que 0 est la seule combinaison linéaire de la famille vide d’éléments de (d’après la convention de I, p. 13).
2. Applications linéaires
Définition 4
Soient et deux modules (à gauche) par rapport au même anneau . On appelle application linéaire (ou application A-linéaire, ou homomorphisme, ou A-homomorphisme) de dans toute application telle que:
(3)
Si et sont deux -modules à droite, une application linéaire est une application vérifiant (3) et (4D)
Remarque
Lorsque et sont deux groupes commutatifs, considérés comme modules sur l’anneau (II, p. 3), tout homomorphisme du groupe (sans opérateur) dans le groupe (sans opérateur) est aussi une application linéaire de dans , car pour entier la relation se déduit de par récurrence sur , et pour , on a encore .
Exemple 1
Soient un -module, un élément de ; l’application du -module dans est une application linéaire , telle que .
Exemple 2
\* Soient un intervalle ouvert de la droite numérique , l’espace vectoriel des fonctions numériques dérivables dans , l’espace vectoriel de toutes les fonctions numériques définies dans . L’application qui, à toute fonction dérivable , fait correspondre sa dérivée, est une application linéaire de dans
On notera qu’une homothétie dans un -module n’est pas nécessairement une application linéaire: en d’autres termes, on n’a pas nécessairement la relation quels que soient et . Cette relation est toutefois vraie lorsque appartient au centre de ; on dit alors que est une homothétie centrale (cf. II, p. 32).
Si est une application linéaire, on a, pour toute famille d’éléments de et toute famille d’éléments de , telles que le support de la famille soit fini, (5)
comme il résulte aussitôt de (3) et (4G) par récurrence sur le cardinal du support de la famille .
Proposition 1
Soient E, F, G trois A-modules, u une application linéaire de E dans F, v une application linéaire de F dans G. Alors l’application composée est linéaire.
Proposition 2
Soient E, F deux A-modules. 1° Si et sont deux applications linéaires telles que soit l’application identique de E et l’application identique de F, u est un isomorphisme de E sur F et v l’isomorphisme réciproque. 2° Toute application linéaire bijective est un isomorphisme de E sur F.* Ces propositions découlent aussitôt de la déf. 4.
Les prop. 1 et 2 montrent que l’on peut prendre pour morphismes de l’espèce de structure de A-module les applications linéaires (E, IV, p. 11); nous supposerons toujours par la suite que l’on a fait ce choix de morphismes.
Étant donnés deux A-modules à gauche (resp. à droite) E et F, on notera Hom(E, F) ou Hom_A(E, F) l’ensemble des applications linéaires de E dans F.
L’ensemble Hom(E, F) est un groupe commutatif, sous-groupe du groupe commutatif produit de toutes les applications de E dans F (I, p. 43); on rappelle en effet que l’on a pour deux éléments de , et pour tout ,
d’où résulte aussitôt que si et sont linéaires, il en est de même de et de . Si G est un troisième A-module à gauche (resp. à droite), des éléments de Hom(E, F), des éléments de Hom(F, G), on vérifie aussitôt les relations
(6)
En particulier, la loi de composition sur Hom(E, E) définit, avec la structure de groupe additif précédente, une structure d’*anneau* sur Hom(E, E), dont l’élément unité, noté ou Id_E, est l’application identique de E; les applications linéaires de E dans lui-même sont encore appelées endomorphismes du A-module E et l’anneau Hom(E, E) se note encore End(E) ou End_A(E). Les automorphismes du A-module E ne sont autres que les éléments inversibles de End(E) (prop. 2); ils forment un groupe multiplicatif, noté Aut(E) ou , que l’on appelle aussi le groupe linéaire relatif à E.
Il résulte de (6) et (7) que pour deux A-modules E, F, Hom(E, F) est muni canoniquement d’une structure de module à gauche sur l’anneau Hom(F, F) et de module à droite sur l’anneau Hom(E, E).
Soient E, F, E', F' quatre A-modules (à gauche), u : E' → E et v : F → F' des applications A-linéaires. Si, à tout élément f ∈ Hom(E, F), on fait correspondre l’élément v ∘ f ∘ u ∈ Hom(E', F'), on définit une application
qui est -linéaire et que nous noterons ou . Si appartiennent à , à , on a
(9)
Soient E", F" deux A-modules, , des applications linéaires. On a
(10)
Si est un isomorphisme de E' sur E et un isomorphisme de F sur F', est un isomorphisme de sur , dont l’isomorphisme réciproque est d’après (10).
Si (resp. ) est un endomorphisme de E (resp. F), (resp. ) n’est autre que l’homothétie de rapport (resp. ) pour la structure de module à droite (resp. à gauche) sur l’anneau End(E) (resp. End(F)) définie plus haut.
3. Sous-modules; modules quotients
Soient E un A-module, M une partie de E ; pour que la structure de A-module de E induise sur M une structure de A-module, il faut et il suffit que M soit un sous-groupe stable de E (I, p. 31), car lorsqu’il en est ainsi, la structure de groupe à opérateurs induite sur M vérifie évidemment les axiomes (M_{II}), (M_{III}) et (M_{IV}) ; alors M, muni de cette structure (ou, par abus de langage, l’ensemble M lui-même) est appelé sous-module de E ; l’injection canonique M → E est une application linéaire. Lorsque E est un espace vectoriel, ses sous-modules s’appellent aussi sous-espaces vectoriels (ou simplement sous-espaces si aucune confusion n’en résulte).
Exemple 1
Dans un module quelconque E, l’ensemble réduit à 0 est un sous-module (sous-module nul, souvent noté 0 par abus de notation).
Exemple 2
Soit A un anneau. Les sous-modules de A_s (resp. A_d) ne sont autres que les idéaux à gauche (resp. idéaux à droite) de l’anneau A (I, p. 98).
Exemple 3
Soient E un A-module, x un élément de E, a un idéal à gauche de A. L’ensemble des éléments , où parcourt a, est un sous-module de E, qu’on note .
Exemple 4
Dans un groupe commutatif G, considéré comme -module (II, p. 3), tout sous-groupe de G est aussi un sous-module.
Exemple 5
\* Soit I un intervalle ouvert de la droite numérique ; l’ensemble C des fonctions numériques définies et continues dans I est un sous-espace vectoriel de l’espace vectoriel de toutes les fonctions numériques définies dans I. De même, l’ensemble D des fonctions dérivables dans I est un sous-espace vectoriel de C.
Soit E un A-module. Toute relation d’équivalence compatible (I, p. 11) avec la structure de module de E est de la forme , où M est un sous-groupe stable de E (I, p. 33), c’est-à-dire un sous-module de E. On vérifie immédiatement que la structure de groupe à opérateurs du groupe quotient E/M (I, p. 35) est une structure de A-module, pour laquelle l’application canonique est linéaire; muni de cette structure, E/M est appelé module quotient de E par le sous-module M. Un module quotient d’un espace vectoriel E s’appelle espace vectoriel quotient (ou simplement espace quotient) de E.
Exemple 6). — Tout idéal à gauche dans un anneau A définit un module quotient du A-module à gauche ; par abus de notation, ce module quotient s’écrit souvent .
Soient E, F deux A-modules. Il résulte des propriétés générales des groupes à opérateurs (I, p. 36) (ou directement des définitions) que si est une application linéaire, l’image par u de tout sous-module de E est un sous-module de F et l’image réciproque par u de tout sous-module de F est un sous-module de E. En particulier, le noyau est un sous-module de E et l’image de E par u est un sous-module de F (I, p. 37, prop. 7); on dit par abus de langage que est l’image de u. Le module quotient s’appelle aussi la coïmage de u et le module quotient le conoyau de u. Dans la décomposition canonique de u (I, p. 37)
est un isomorphisme de la coïmage de u sur l’image de u (II, p. 5, prop. 2). Pour que u soit injective, il faut et il suffit que son noyau soit nul; pour que u soit surjective, il faut et il suffit que son conoyau soit nul.
Le noyau, l’image, la coïmage et le conoyau de u se notent respectivement Ker , Im , Coïm , Coker .
Remarque
Soient M un sous-module d’un A-module E, l’homomorphisme canonique. Pour qu’une application A-linéaire soit de la forme , où est une application linéaire de dans F, il faut et il suffit que ; en effet, si cette condition est vérifiée, la relation entraîne , donc u est compatible avec cette relation d’équivalence et il est clair que l’application déduite de u par passage au quotient est linéaire.
4. Suites exactes
Définition 5
Soient F, G, H trois A-modules; soit f un homomorphisme de F dans G et soit g un homomorphisme de G dans H. On dit que le couple (f, g) est une suite exacte si l’on a
autrement dit, si le noyau de g est égal à l’image de f.
On dit aussi que le diagramme
(12)
est une suite exacte.
Considérons de même un diagramme formé de quatre A-modules et de trois homomorphismes:
(13)
On dit que ce diagramme est exact en F si le diagramme E est exact; on dit qu’il est exact en G si F est exact. Si le diagramme (13) est exact en F et en G, on dit simplement qu’il est exact, ou encore que c’est une suite exacte. On définit de même les suites exactes à un nombre quelconque de termes.
Remarque 1). — Si le couple (f, g) est une suite exacte, on a ; mais bien entendu, cette propriété ne caractérise pas les suites exactes, car elle signifie seulement que l’image de f est contenue dans le noyau de g.
Dans les énoncés ci-dessous, E, F, G désignent des A-modules, 0 un A-module réduit à son élément neutre; les flèches représentent des homomorphismes de A-modules. Comme il n’y a qu’un seul homomorphisme du module 0 dans un module E (resp. de E dans 0), il sera inutile de désigner les homomorphismes de ce type plus explicitement dans les suites exactes où ils figurent.
Proposition 3
a) Pour que
soit une suite exacte, il faut et il suffit que f soit injectif.
b) Pour que
soit une suite exacte, il faut et il suffit que f soit surjectif.
c) Pour que
soit une suite exacte, il faut et il suffit que f soit bijectif (autrement dit (II, p. 5, prop. 2) que f soit un isomorphisme de E sur F).
d) Si F est un sous-module de E, et si i : F → E est l’injection canonique, p : E → E/F l’homomorphisme canonique, le diagramme
(14)
e) Si f : E → F est un homomorphisme, le diagramme
La proposition résulte aussitôt des définitions et de la prop. 2 de II, p. 5.
Remarque 2
Dire qu’on a une suite exacte
Remarque 3
Si on a une suite exacte à 4 termes
Remarque 4
Considérons un couple d’homomorphismes de A-modules (15)
En effet, si (15) est une suite exacte, on prend S = f(E) = \overline{g}^{-1}(0) et T = g(F), b et d étant les injections canoniques, a (resp. c) l’homomorphisme ayant même graphe que f (resp. g). Réciproquement, si S, T, a, b, c, d vérifient les conditions ci-dessus, on a f(E) = b(a(E)) = b(S) et \overline{g}^{-1}(0) = \overline{c}^{-1}(\overline{d}^{-1}(0)) = \overline{c}^{-1}(0), donc l’exactitude de (16) montre que f(E) = \overline{g}^{-1}(0).
On se dispensera souvent de désigner explicitement par des lettres les homomorphismes d’une suite exacte, lorsque cela n’est pas nécessaire dans les raisonnements.
Remarque 5). — La définition d’une suite exacte s’étend aussitôt aux groupes non nécessairement commutatifs; on utilisera naturellement dans ce cas la notation multiplicative, 0 étant remplacé par 1 dans les formules (si aucune confusion n’en résulte). Les parties de la prop. 3 sont encore valables, ainsi que d) lorsque F est un sous-groupe distingué de E. La Remarque 2 et la prop. 3 e) subsistent lorsqu’on ajoute que doit être un sous-groupe distingué de F; les Remarques 3 et 4 sont valables sans modification.
5. Produits de modules
Soit une famille de modules sur un même anneau A. On vérifie immédiatement que, sur l’ensemble produit , le produit des structures de module des (I, p. 43) est une structure de A-module. Muni de cette structure, l’ensemble E est appelé le module produit des modules ; si sont deux éléments de E, on a donc
Les formules (17) expriment que les projections sont des applications linéaires; ces applications sont évidemment surjectives.
Rappelons que si l’ensemble d’indices I est vide, l’ensemble produit est alors réduit à un seul élément; la structure de module produit sur cet ensemble est alors celle pour laquelle cet unique élément est 0.
Proposition 4
Soit le produit d’une famille de A-modules . Pour tout A-module F et toute famille d’applications linéaires , il existe une application f de F dans E et une seule, telle que pour tout et cette application est linéaire.
Cela résulte directement des définitions.
Le produit de modules est « associatif »: si est une partition de I, l’application canonique
est un isomorphisme.
Proposition 5
(i) Soient deux familles de A-modules ayant même ensemble d’indices I; pour toute famille d’applications linéaires (), l’application de dans (parfois notée ) est linéaire.
(ii) Soit une troisième famille de A-modules ayant I pour ensemble d’indices, et pour tout , soit une application linéaire; posons . Pour que chacune des suites soit exacte, il faut et il suffit que la suite
soit exacte.
L’assertion de (i) résulte aussitôt des définitions. D’autre part, dire que appartient à signifie que pour tout , donc que pour tout ; de même, dire que appartient à signifie qu’il existe tel que , ce qui équivaut à dire que pour tout , ou encore que pour tout ; d’où (ii).
Corollaire
Sous les conditions de la prop. 5, (i), on a
(18)
En particulier, pour que soit injective (resp. surjective, bijective, nulle), il faut et il suffit que, pour tout , soit injective (resp. surjective, bijective, nulle).
Si, pour tout , on considère un sous-module de , le module est un sous-module de , et en vertu du cor. de la prop. 5, on a un isomorphisme canonique
(19)
Un exemple important de produit de modules est celui où tous les modules facteurs sont identiques à un même module ; leur produit n’est autre alors que l’ensemble des applications de dans . L’application diagonale faisant correspondre à tout la fonction constante égale à dans est linéaire. Si est une famille de -modules, et pour tout , est une application linéaire, alors l’application linéaire de dans est composée de l’application de dans , et de l’application diagonale .
6. Somme directe de modules
Soient une famille de -modules, leur produit. L’ensemble des tels que sauf pour un nombre fini d’indices est évidemment un sous-module de , qu’on appelle la somme directe externe (ou simplement somme directe) de la famille de modules et que l’on note (I, p. 46). Lorsque est fini, on a donc ; si (intervalle de ), on écrit aussi .
Pour tout , soit l’application qui, à tout , fait correspondre l’élément de tel que pour et ; il est immédiat que est une application linéaire injective de dans la somme directe des , que nous appellerons l’*injection canonique*; le sous-module de , isomorphe à , est appelé le sous-module composant d’indice de . On l’identifie souvent à au moyen de .
Pour tout , on a donc
Proposition 6
Soient* une famille de *-modules*, un *-module*, et pour tout , soit une application linéaire. Il existe alors une application linéaire et une seule telle que, pour tout , on ait:
En vertu de (20), si existe, on a nécessairement, pour tout , , d’où l’unicité de . Inversement, en posant pour tout , on vérifie aussitôt qu’on définit une application linéaire satisfaisant aux conditions de l’énoncé.
Lorsque aucune confusion n’en résulte, on pose (ce qui est contraire aux conventions de I, p. 14, lorsque la famille n’est pas à support fini).
En particulier, si est une partie quelconque de , les injections canoniques pour définissent une application linéaire canonique qui à tout fait correspondre l’élément tel que pour , pour ; cette application est évidemment injective. En outre, si est une partition de , l’application correspondant à la famille par la prop. 6 est un isomorphisme, dit canonique (« associativité » de la somme directe).
Corollaire 1
Soient deux familles de -modules. L’application
Corollaire 2
Soient une famille de -modules, un -module, et pour chaque , soit une application linéaire. Pour que soit un isomorphisme de sur , il faut et il suffit qu’il existe pour chaque une application linéaire vérifiant les propriétés suivantes: pour tout . pour . Pour tout , la famille a un support fini et l’on a
Proposition 7
(i) Soient deux familles de -modules ayant même ensemble d’indices ; pour toute famille d’applications linéaires (), la restriction à de l’application linéaire est une application linéaire que l’on note ou (ou si est un intervalle de ). (ii) Soit une troisième famille de -modules ayant pour ensemble d’indices, et pour tout , soit une application linéaire; posons . Pour que chacune des suites soit exacte, il faut et il suffit que la suite
Il est évident que, pour tout , la famille a un support fini, d’où (i). D’autre part, dire qu’un élément de appartient à signifie que pour tout (II, p. 10, prop. 5); de même, si pour tout , il existe, pour chaque un tel que , et lorsque on peut supposer ; on a donc bien , et la réciproque est évidente.
Corollaire 1
Sous les conditions de la prop. 7, (i), on a
Si, pour tout , on considère un sous-module de , le module est un sous-module de , et en vertu du cor. 1 de la prop. 7, on a un isomorphisme canonique
Corollaire 2
Soient , , , quatre familles de A-modules, et pour chaque (resp. chaque ) soit (resp. ) une application linéaire. Alors le diagramme
La vérification découle immédiatement des définitions.
Lorsque tous les sont identiques à un même A-module , la somme directe se note aussi : ses éléments sont les applications de dans , de support fini. Si, pour tout , on prend pour l’application identique , on obtient par la prop. 6 de II, p. 12, une application linéaire canonique , dite application codiagonale, et qui à toute famille d’éléments de , de support fini, fait correspondre sa somme .
Remarque
Rappelons que la définition de la somme directe s’étend aussitôt à une famille de groupes non nécessairement commutatifs, la notation multiplicative remplaçant bien entendu la notation additive; on dit alors « somme restreinte » au lieu de « somme directe » (I, p. 45). On notera que est sous-groupe distingué du produit , et chacun des est un sous-groupe distingué de ; en outre, pour deux indices distincts , tout élément de est permutable à tout élément de . La prop. 6 (II p. 12) s’étend au cas général moyennant l’hypothèse que pour deux indices distincts , tout élément de soit permutable dans à tout élément de (I, p. 45, prop. 12). On en déduit aussitôt la propriété d’« associativité » de la somme restreinte. La prop. 7 et ses corollaires 1 et 2 (II, p. 13–14) subsistent sans modification.
7. Intersection et somme de sous-modules
Pour toute famille de sous-modules d’un A-module , l’intersection est un sous-module de . Si, pour chaque , on désigne par l’homomorphisme canonique , est le noyau de l’homomorphisme de dans , autrement dit, on a une suite exacte
L’application linéaire et l’application
En particulier: Proposition 8. — Si une famille de sous-modules de a une intersection réduite à , E est canoniquement isomorphe à un sous-module de .
Étant donnée une partie d’un A-module , l’intersection des sous-modules de contenant est appelée le sous-module engendré par et on dit que est un ensemble générateur (ou un système générateur) de (I, p. 32); pour une famille d’éléments de , on appelle sous-module engendré par la famille le sous-module engendré par l’ensemble des .
On dit qu’un A-module est de type fini s’il possède un ensemble générateur fini.
Proposition 9
Le sous-module engendré par une famille* d’éléments d’un A-module E est l’ensemble des combinaisons linéaires de la famille .
En effet, tout sous-module de E qui contient tous les contient aussi les combinaisons linéaires des . Inversement, les formules (1) et (2) de II, p. 3 prouvent que l’ensemble des combinaisons linéaires des est un sous-module de E qui contient évidemment tous les , et est donc le plus petit sous-module les contenant.
Corollaire 1
Soient* une application linéaire, S une partie de E, M le sous-module de E engendré par S. Alors est le sous-module de F engendré par .
En particulier, l’image par de tout sous-module de type fini de E est un sous-module de type fini de F.
Remarque
Si l’on a pour tout , on a aussi pour tout . Nous nous référerons parfois à ce résultat sous le nom de « principe de prolongement des identités linéaires » ou « principe de prolongement par linéarité ».
En particulier, pour vérifier qu’une application linéaire est de la forme , où est linéaire et est l’application canonique, il suffit de vérifier que .
Corollaire 2
Le sous-module engendré par la réunion d’une famille* de sous-modules d’un module E, est identique à l’ensemble des sommes , où parcourt l’ensemble des familles d’éléments de E, de support fini et telles que pour tout .
En effet, il est clair que toute combinaison linéaire d’éléments de a la forme ci-dessus, la réciproque étant évidente.
On dit que le sous-module de E engendré par la réunion d’une famille de sous-modules de E est la somme de la famille et on le note . Si pour tout , est l’injection canonique , et l’application linéaire de dans E correspondant à la famille (II, p. 12, prop. 6), est l’*image* de ; autrement dit, on a une *suite exacte
(28)
Corollaire 3
Si* est une famille filtrante croissante de sous-modules d’un A-module E, la somme est identique à la réunion .
En effet, on a toujours sans hypothèse; en outre, pour toute sous-famille finie de , il existe par hypothèse un tel que pour tout , donc , et il résulte donc du cor. 2 que .
Corollaire 4
Soient une suite exacte de A-modules, S un système générateur de E, T un système générateur de G. Si T' est une partie de F telle que est un système générateur de F.
En effet, le sous-module F' de F engendré par T' contient , et comme contient T, on a ; d'où .
Corollaire 5
Dans une suite exacte de A-modules, si E et G sont de type fini, il en est de même de F.
Proposition 10
Soient M, N deux sous-modules d'un A-module E. On a alors deux suites exactes
où sont les injections canoniques,
les surjections canoniques, et où les homomorphismes u et v sont définis comme suit: si et sont les injections canoniques, , et si et
Prouvons l'exactitude de (29): il est évident que est surjective et que u est injective. En outre, dire que , où et , signifie que , donc , d'où par définition , , ce qui prouve que .
Prouvons l'exactitude de (30): il est clair que est surjective. D'autre part, dire que pour signifie que , donc que t est la classe mod. (M N) d'un élément dont les classes mod. M et mod. N sont nulles, ce qui entraîne et . Enfin, dire que où signifie que , ou encore qu'il existe deux éléments de E dont les classes mod. M et mod. N respectivement sont x et y et qui sont tels que . Il existe donc tels que , d'où . Soit w la classe mod. (M N) de z; est la classe mod. M de z, donc aussi celle de , c'est-à-dire x; de même , ce qui achève de prouver que .
8. Sommes directes de sous-modules
Définition 6
On dit qu'un A-module E est somme directe d'une famille de sous-modules de E si l'application canonique (II, p. 12) est un isomorphisme.
Il revient au même de dire que tout peut s'écrire d'une seule manière sous la forme , où pour tout ; l’élément correspondant ainsi à est appelé le composant de dans ; l’application est linéaire.
Remarque 1
Soient , deux familles de sous-modules d’un module , ayant même ensemble d’indices; supposons que soit à la fois somme directe de la famille et de la famille , et que l’on ait pour tout . Alors on a pour tout , comme il résulte aussitôt du cor. 1 de II, p. 14 appliqué aux injections canoniques .
Proposition 11
Soit* une famille de sous-modules d’un A-module . Les propriétés suivantes sont équivalentes:
a) Le sous-module est somme directe de la famille .
b) La relation , où pour tout , entraîne pour tout .
c) Pour tout , l’intersection de et de est réduite à 0.
Il est immédiat que a) et b) sont équivalentes, puisque la relation est équivalente à . D’autre part, en vertu de la déf. 6, a) entraîne c) puisque l’expression d’un élément de comme somme d’éléments est unique. Enfin, la relation , où pour tout , s’écrit, pour tout , ; la condition c) entraîne alors pour tout , donc c) entraîne b).
Définition 7
On dit qu’un endomorphisme* d’un A-module est un projecteur si (autrement dit, si est un idempotent dans l’anneau *).* Dans , on dit qu’une famille de projecteurs est orthogonale si l’on a pour .
Proposition 12
Soit* un A-module.
(i) Si est somme directe d’une famille de sous-modules et si, pour tout , est le composant de dans , est une famille orthogonale de projecteurs telle que pour tout .
(ii) Inversement, si est une famille orthogonale de projecteurs dans telle que pour tout , est somme directe de la famille des sous-modules .
La propriété (i) découle des définitions, et (ii) est un cas particulier du cor. 2 de II, p. 13, appliqué aux injections canoniques et aux applications .
On notera que lorsque L est fini, la condition pour tout s’écrit aussi dans End (E)
(31)
Corollaire
Pour tout projecteur e de E, E est somme directe de l’image M = e(E) et du noyau N = \overline{e}^{-1}(0) de e; pour tout x = x_1 + x_2 \in E avec x_1 \in M et x_2 \in N, on a x_1 = e(x); 1 - e est un projecteur de E, d’image N et de noyau M.
On a en effet dans End(E), donc est un projecteur; comme en outre , E est somme directe des images M et N de e et en vertu de la prop. 12. Enfin, pour tout , la relation est équivalente à ; en effet, entraîne par définition , et inversement, si avec , on a ; ceci montre donc que M est le noyau de ; en échangeant les rôles de e et de , on voit de même que N est le noyau de e.
Remarque 2). — Soient E, F deux A-modules, tels que E soit somme directe d’une famille de sous-modules, et F somme directe d’une famille finie de sous-modules. On sait alors (II, p. 13, cor. 1) que s’identifie canoniquement au produit ; de façon précise, à une famille , où correspond l’application linéaire définie de la façon suivante. Il suffit de définir la restriction de à chacun des , et pour , on a
9. Sous-modules supplémentaires
Définition 8
Dans un A-module E, on dit que deux sous-modules sont supplémentaires si E est somme directe de et .
La prop. 11 de II, p. 18 montre que, pour que et soient supplémentaires, il faut et il suffit que et (cf. I, p. 46, prop. 15).
Proposition 13
Soient deux sous-modules supplémentaires dans un A-module E. La restriction à de l’application canonique est un isomorphisme de sur .
En effet, cette application linéaire est surjective puisque , et elle est injective puisque son noyau est l’intersection de et du noyau de , donc est réduit à 0.
Corollaire
Si et sont tous deux supplémentaires d’un même sous-module de E, l’ensemble des couples tels que est le graphe d’un isomorphisme de sur .
Il est immédiat en effet que c’est le graphe de l’isomorphisme composé .
Définition 9
On dit qu’un sous-module M d’un A-module E est facteur direct de E s’il possède un sous-module supplémentaire dans E.
Lorsqu’il en est ainsi, est isomorphe à un supplémentaire de M (prop. 13).
Un sous-module n’admet pas nécessairement de supplémentaire (II, p. 180, exerc. 11). Lorsqu’un sous-module est facteur direct, il a en général plusieurs supplémentaires distincts ; ces supplémentaires sont toutefois deux à deux canoniquement isomorphes (cor. de la prop. 13).
Proposition 14
Pour qu’un sous-module M d’un module E soit facteur direct, il faut et il suffit qu’il existe un projecteur de E dont l’image soit M, ou un projecteur de E dont le noyau soit M.
Cela résulte immédiatement de II, p. 18–19, prop. 12 et corollaire.
Proposition 15
Étant donnée une suite exacte de A-modules
les conditions suivantes sont équivalentes:
a) Le sous-module de F est facteur direct.
b) Il existe une rétraction linéaire associée à (E, II, p. 18, déf. 11).
c) Il existe une section linéaire associée à (E, II, p. 18, déf. 11).
Lorsqu’il en est ainsi, est un isomorphisme.
S’il existe un projecteur dans tel que , l’homomorphisme est une rétraction linéaire associée à ; inversement, s’il existe une telle rétraction , il est immédiat que est un projecteur dans F dont est l’image, donc a) et b) sont équivalentes (prop. 14). Si admet un supplémentaire dans F et si est l’injection canonique, est un isomorphisme de sur G et l’isomorphisme réciproque, considéré comme application de G dans F, est une section linéaire associée à . Inversement, s’il existe une telle section , est un projecteur dans F dont est le noyau, donc a) et c) sont équivalentes (prop. 14). En outre s est une bijection de G sur s(G), et comme s(G) est supplémentaire de f(E), f + s est un isomorphisme.
On notera que la donnée de r (resp. s) équivaut à la donnée d’un supplémentaire de f(E) dans F, savoir le noyau de r (resp. l’image de s).
Lorsque la suite exacte (33) vérifie les conditions de la prop. 15, on dit qu’elle est scindée ou que (F, f, g) est une extension triviale de G par E (I, p. 63).
Corollaire 1
Soit u : E → F une application linéaire. Pour qu’il existe une application linéaire v : F → E telle que u ◦ v = 1_F (cas où on dit que u est inversible à droite et que v est inverse à droite de u), il faut et il suffit que u soit surjective et que son noyau soit facteur direct dans E. Le sous-module Im(v) de E est alors supplémentaire de Ker(u).
Il est évidemment nécessaire que u soit surjective; comme v est alors une section associée à u, la conclusion résulte de la prop. 15.
Corollaire 2
Soit u : E → F une application linéaire. Pour qu’il existe une application linéaire v : F → E telle que v ◦ u = 1_E (cas où on dit que u est inversible à gauche et que v est inverse à gauche de u), il faut et il suffit que u soit injective et que son image soit facteur direct dans F. Le sous-module Ker(v) de F est alors supplémentaire de Im(u).
Il est évidemment nécessaire que u soit injective; comme v est alors une rétraction associée à u, la conclusion résulte encore de la prop. 15.
Remarque 1
Soient M, N deux sous-modules supplémentaires dans un A-module E, p, q les projecteurs de E sur M et N respectivement, correspondant à la décomposition de E en somme directe de M et N. On sait (II, p. 13, cor. 1) que, pour tout A-module F, l’application (u, v) ↦ u ◦ p + v ◦ q est un isomorphisme de
Remarque 2
Si M, N sont deux sous-modules de E tels que soit facteur direct de M et de N, alors est aussi facteur direct de : en effet, si P (resp. Q) est un supplémentaire de dans M (resp. N), est somme directe de , P et Q, comme on le vérifie aussitôt.
10. Modules de longueur finie
Rappelons (I, p. 36, déf. 7) qu’un A-module M est dit simple s’il n’est pas réduit à 0 et s’il ne contient aucun sous-module distinct de M et de {0}. Un A-module M est dit de longueur finie s’il possède une suite de Jordan-Hölder , et le nombre n des quotients de cette suite (qui ne dépend pas de la suite de Jordan-Hölder de M considérée) est alors appelé la longueur de M (I, p. 42, déf. 11); nous le noterons , ou . Un A-module réduit à 0 est de longueur 0; si M est un A-module de longueur finie non réduit à 0, on a .
Proposition 16
Soient M un A-module, N un sous-module de M; pour que M soit de longueur finie, il faut et il suffit que N et le soient, et l’on a
(34)
La démonstration a été donnée dans I, p. 42, prop. 10.
Corollaire 1
Soit un -module de longueur finie; pour qu’un sous-module de soit égal à , il faut et il suffit que .
Corollaire 2
Soit un homomorphisme de -modules. Si ou est de longueur finie, il en est de même de . Si est de longueur finie, il en est de même de et l’on a
(35)
Si est de longueur finie, il en est de même de et l’on a
(36)
Corollaire 3
Soit une famille finie de -modules de longueur finie. S’il existe une suite exacte d’applications linéaires
(37)
on a la relation
(38)
Le corollaire est évident pour et n’est autre que la prop. 16 pour ; raisonnons par récurrence sur . Si , on a, par l’hypothèse de récurrence,
D’autre part, la suite exacte donne
d’où la relation (38).
Corollaire 4
Soient et deux sous-modules de longueur finie d’un -module ; alors est de longueur finie et l’on a
(39)
Il suffit d’appliquer le cor. 3 à la suite exacte (29) (II, p. 17)
en tenant compte de ce que d’après (34).
Corollaire 5
Soit un -module somme d’une famille finie de sous-modules de longueur finie. Alors est de longueur finie et on a
En outre, pour que les deux membres de (40) soient égaux, il faut et il suffit que soit somme directe des .
En effet, on a vu (II, p. 16, formule (28)) que l’on a une application linéaire surjective canonique ; le corollaire résulte donc de (35) (II, p. 22).
Corollaire 6
Soient et deux sous-modules d’un -module tels que et soient des modules de longueur finie; alors est de longueur finie et l’on a
Il suffit d’appliquer le cor. 3 (II, p. 22) à la suite exacte (30) (II, p. 17)
en tenant compte de ce que
Corollaire 7
Soit une famille finie de sous-modules d’un -module , tels que les soient des modules de longueur finie. Alors est de longueur finie, et l’on a
En effet, on a vu (II, p. 15, formule (27)) que l’on a une application linéaire injective canonique .
Remarque
A l’exception de II, p. 16, prop. 9, tous les résultats des n°s 2 à 10 sont valables pour les groupes commutatifs à opérateurs quelconques, les sous-modules (resp. les modules quotients) étant remplacés dans les énoncés par les sous-groupes stables (resp. par les groupes quotients par des sous-groupes stables); on convient d’appeler encore « applications linéaires » les homomorphismes de groupes à opérateurs. Les corollaires de II, p. 16, prop. 9 sont encore valables pour les groupes commutatifs à opérateurs: c’est évident pour les cor. 4 et 5, ainsi que pour le cor. 2, puisque pour tout opérateur , et le cor. 3 s’en déduit. Quant au cor. 1, il suffit de remarquer que si est un sous-groupe stable de contenant , est un sous-groupe stable de contenant , donc contient et par suite .
11. Familles libres. Bases
Soient un anneau, un ensemble, et considérons le -module . Par définition, c’est la somme directe externe d’une famille de -modules tous égaux à et pour tout on a une injection canonique (II, p. 12). Posons , de sorte que , où est égal à 0 si , à 1 si (« symbole de Kronecker »; n’est autre que la fonction caractéristique de la diagonale de ); tout s’écrit donc d’une seule manière: . L’application de dans est dite canonique; elle est injective si n’est pas réduit à 0. Nous allons voir que le couple est solution d’un problème d’application universelle (E, IV, p. 22).
Proposition 17
Pour tout -module et toute application il existe une application -linéaire et une seule telle que .
En effet, la condition signifie que pour tout , ce qui équivaut à pour tout et tout et signifie encore que est l’application linéaire de dans pour tout ; la proposition est donc cas particulier de II, p. 12, prop. 6.
On dit que l’application linéaire est déterminée par la famille d’éléments de ; on a par définition
Le noyau de est l’ensemble des tels que l’on ait ; on dit parfois que le module est le module des relations linéaires entre les éléments de la famille . On dit que la suite exacte
est déterminée par la famille .
Corollaire 1
Soient deux ensembles, une application. Il existe alors une application -linéaire et une seule rendant commutatif le diagramme
où et sont les applications canoniques.
Il suffit d’appliquer la prop. 17 à l’application composée .
Corollaire 2
Pour qu’une famille d’éléments d’un -module soit un système générateur de E, il faut et il suffit que l’application linéaire déterminée par cette famille soit surjective.
Ce n’est qu’une autre manière d’exprimer la prop. 9 de II, p. 16.
Définition 10
On dit qu’une famille d’éléments d’un A-module E est une famille libre (resp. est une base de E) si l’application linéaire déterminée par cette famille est injective (resp. bijective). On dit qu’un module est libre s’il possède une base.
En particulier, on dira qu’un groupe commutatif G est libre si G (noté additivement) est un -module libre (cf. I, p. 87).
La déf. 10, jointe au cor. 2 de la prop. 17, montre qu’une base d’un A-module E est une famille libre génératrice de E. Toute famille libre d’éléments de E est donc une base du sous-module qu’elle engendre.
Par définition, le A-module est libre et la famille est une base (dite canonique) de ce A-module. Lorsque , on identifie souvent T à l’ensemble des par la bijection canonique ; cela revient à écrire au lieu de les éléments de . Lorsqu’on adopte cette convention, les éléments de sont appelés combinaisons linéaires formelles (à coefficients dans A) des éléments de T.
La définition 10 et la prop. 17 donnent aussitôt le résultat suivant:
Corollaire 3
Soient E un A-module libre, une base de E, F un A-module, une famille d’éléments de F. Il existe une application linéaire et une seule telle que l’on ait
Pour que f soit injective (resp. surjective), il faut et il suffit que soit une famille libre dans F (resp. un système générateur de F).
Lorsqu’une famille n’est pas libre, on dit qu’elle est liée. La déf. 10 s’exprime encore comme suit: dire que la famille est libre signifie que la relation (où la famille est à support fini) entraîne pour tout ; dire que est une base de E signifie que tout s’écrit d’une manière et d’une seule sous la forme ; pour tout , on dit alors que est la composante (ou la coordonnée) d’indice t de x par rapport à la base ; l’application de E dans est linéaire.
Supposons ; alors, dans un A-module E, deux éléments d’une famille libre dont les indices sont distincts, sont eux-mêmes distincts: car si on avait pour , on en déduirait avec et pour les éléments de T distincts de et de . On dira qu’une partie S de
E est une partie libre (resp. une base de E) si la famille définie par l’application identique de S sur elle-même est libre (resp. une base de E); toute famille définie par une application bijective d’un ensemble d’indices sur S est alors libre (resp. une base). Les éléments d’une partie libre de E sont encore dits linéairement indépendants.
Si une partie de E n’est pas libre, on dit qu’elle est liée, ou est un système lié, et que ses éléments sont linéairement dépendants.
Toute partie d’une partie libre de E est libre; en particulier la partie vide est libre et est une base du sous-module {0} de E.
Proposition 18
Pour qu’une famille d’éléments d’un module E soit libre, il faut et il suffit que toute sous-famille finie de soit libre.
Cela résulte aussitôt de la définition.
La prop. 18 montre que l’ensemble des parties libres de E, ordonné par inclusion, est inductif (E, III, p. 20); comme il n’est pas vide (puisque lui appartient), il possède un élément maximal en vertu du th. de Zorn. On en déduit (si ) que pour tout , il existe un élément de A et une famille d’éléments de A tels que (cf. II, p. 95–96).
Proposition 19
Soit E un A-module, somme directe d’une famille de sous-modules. Si, pour chaque , est une partie libre (resp. un ensemble générateur, une base) de , alors est une partie libre (resp. un ensemble générateur, une base) de E.
La proposition résulte des définitions et de la relation (associativité de la somme directe, cf. II, p. 12).
Remarque 1). — D’après la déf. 10 (II, p. 25), si et si est une famille libre, aucun élément ne peut être égal à une combinaison linéaire des d’indice . Mais inversement, une famille qui vérifie cette condition n’est pas nécessairement une famille libre. Par exemple, soit A un anneau intègre, et soient deux éléments distincts et non nuls; dans A, considéré comme A-module, et forment un système lié, puisque l’on a . Mais en général il n’existe pas d’élément tel que l’on ait ou (cf. toutefois II, p. 96, Remarque).
On dit qu’un élément d’un module E est libre si est une partie libre, c’est-à-dire si la relation entraîne . Tout élément d’une partie libre est libre, et en particulier 0 ne peut appartenir à aucune partie libre lorsque .
Remarque 2
Un module libre peut avoir des éléments qui ne sont pas libres: par exemple, le A-module est libre mais les diviseurs de zéro à droite dans A ne sont pas des éléments libres de .
Remarque 3
Dans le groupe additif ( entier ) considéré comme -module, aucun élément n’est libre, et fortiori n’est pas un module libre.
Remarque 4
Il peut se faire que tout élément d’un A-module soit libre, sans que ce module soit libre. Par exemple, le corps des nombres rationnels est un -module qui possède cette propriété, car deux éléments de forment toujours un système lié, et une base de ne pourrait donc comporter qu’un seul élément ; mais les éléments de ne sont pas tous de la forme , avec (cf. VII, § 3).
Proposition 20
Tout A-module E est isomorphe à un module quotient d’un A-module libre.
En effet, si T est un ensemble générateur de E, il existe une application linéaire surjective (II, p. 24, cor. 2), et si R est le noyau de cette application, E est isomorphe à .
On peut en particulier prendre ; on a donc une application linéaire surjective , dite canonique.
En particulier, dire qu’un A-module E est de type fini (II, p. 15) signifie qu’il est isomorphe à un quotient d’un A-module libre ayant une base finie, ou encore qu’il existe une suite exacte de la forme
On notera que si , toute base d’un module libre de type fini E est nécessairement finie, car si S est un système générateur fini et B une base de E, chaque élément de S est combinaison linéaire d’un nombre fini d’éléments de B, et si B’ est l’ensemble de tous les éléments de B qui figurent ainsi dans l’expression des éléments de S, B’ est fini et tout est combinaison linéaire d’éléments de B’, donc .
Proposition 21
Toute suite exacte de A-modules
dans laquelle F est un A-module libre, est scindée (II, p. 21). De façon précise, si est une base de F, et, pour chaque , un élément de E tel que , la famille est libre et engendre un sous-module supplémentaire de .
Il existe en effet une application linéaire et une seule telle que pour tout (II, p. 25, cor. 3). Comme est une section linéaire associée à , la proposition résulte de I, p. 46, prop. 15.
Remarque 5). — Soit une base d’un A-module E, et soit une famille d’éléments de E donnée par les relations
12. Annulateurs. Modules fidèles. Modules monogènes
Définition 11
On appelle annulateur d’une partie S d’un A-module E l’ensemble des éléments tels que pour tout .
L’annulateur de S se note souvent Ann(S); pour une partie S réduite à un seul élément , on écrit Ann(x) au lieu de Ann(\{x\}) et on dit que Ann(x) est l’annulateur de .
La relation s’exprime encore en disant que est annulé par .
Il est immédiat que l’annulateur d’une partie quelconque S de E est un idéal à gauche de A; pour qu’il soit égal à A, il faut et il suffit (en vertu de (M_{IV})) que S = \{0\}. Si deux parties S, T de E sont telles que S T, l’annulateur de T est contenu dans l’annulateur de S. Si est une famille quelconque de parties de E, l’annulateur de la réunion est l’intersection des annulateurs des . En particulier, l’annulateur d’une partie S de E est l’intersection des annulateurs des éléments de S. Dire qu’un élément de E est libre équivaut à dire que son annulateur est \{0\}. Pour tout et tout , l’annulateur de est l’ensemble des tels que .
L’annulateur d’un sous-module M de E est un idéal bilatère de A; en effet, si pour tout , on a aussi pour tout et tout , donc appartient à l’annulateur de M pour tout . En particulier l’annulateur de E est un idéal bilatère de A.
Pour tout , soit l’homothétie ; on sait que l’application de A dans l’anneau des endomorphismes du groupe commutatif (sans opérateur) E, est un homomorphisme d’anneaux (II, p. 43). L’image réciproque de 0 par cet homomorphisme est l’annulateur de E; l’image de A par l’homomorphisme est donc isomorphe à l’anneau quotient . On dit que le module E est fidèle si son annulateur est réduit à 0.
Soient E un A-module quelconque, un idéal bilatère de A contenu dans Ann(E), et soit un élément de l’anneau quotient ; pour tout , l’élément est le même pour tous les appartenant à la classe mod. ; si on désigne cet élément par , on voit aussitôt que l’application définit (avec l’addition dans E) une structure de -module sur E. Lorsqu’on prend , le -module E ainsi défini est fidèle; nous dirons que c’est le module fidèle associé au A-module E. On observera que tout sous-module d’un A-module E est aussi un sous-module du module fidèle associé, et réciproquement.
Définition 12
On dit qu’un module est monogène s’il est engendré par un seul élément.
La prop. 9 de II, p. 16 montre que, si E est un A-module monogène, et si est un élément engendrant E, E est identique à l’ensemble des , où parcourt A.
Exemple 1
Tout groupe monogène étant commutatif (I, p. 47, prop. 18) est un -module monogène.
Exemple 2
Si est un anneau commutatif, les sous-modules monogènes du -module ne sont autres que les idéaux principaux (I, p. 99) de l’anneau .
Exemple 3
Tout -module simple est monogène, puisque le sous-module de engendré par un élément de est nécessairement égal à .
Proposition 22
Soit un anneau. Tout module quotient de est monogène. Inversement, soient un -module monogène, un générateur de , et son annulateur; l’application linéaire définit, par passage au quotient, un isomorphisme de sur .
Comme est lui-même monogène, étant engendré par 1, la première assertion résulte de II, p. 16, cor. 1. La seconde est évidente, puisque est par hypothèse surjective et a pour noyau .
On notera que si n’est pas commutatif, les annulateurs de deux générateurs distincts d’un -module monogène sont en général distincts, et sont aussi distincts de l’annulateur du module . Au contraire, si est commutatif, l’annulateur d’un générateur de est contenu dans l’annulateur de tout élément de , donc est l’annulateur de tout entier.
Corollaire
Tout sous-module d’un -module monogène est isomorphe à un module quotient , où et sont deux idéaux à gauche de tels que . Tout module quotient d’un -module monogène est monogène.
La seconde assertion est immédiate, et la première résulte de la prop. 22 et de I, p. 39, th. 4.
On notera par contre qu’un sous-module d’un module monogène n’est pas nécessairement monogène. Par exemple, si est un anneau commutatif dans lequel il existe des idéaux non principaux (VII, § 1, no 1), ces idéaux sont des sous-modules non monogènes du -module monogène .
Il résulte des définitions que le sous-module d’un -module engendré par une famille d’éléments de est la somme des sous-modules monogènes de ; pour que soit une base de , il faut et il suffit que chacun des soit un élément libre de et que la somme des soit directe.
Proposition 23
Soit un -module, somme directe d’une famille infinie de sous-modules non réduits à 0. Pour tout système générateur de , on a .
Pour , soit l’ensemble fini des indices tels que le composant de dans soit , et posons . Tout appartient par définition au sous-module de somme directe des pour , et l’hypothèse que engendre entraîne donc ; comme est infini par hypothèse, il en est de même de (E, III, p. 36, cor. 1); on a par suite (E, III, p. 49, cor. 3).
Corollaire 1
Les hypothèses étant celles de la prop. 23, supposons que chaque soit monogène, et que soit somme directe d’une seconde famille de sous-modules monogènes non réduits à 0. Alors, on a .
En effet, si est un générateur de , l’ensemble des est un système générateur de , donc . En particulier est infini, et en échangeant les rôles de et de , on a de même , d’où le corollaire.
Corollaire 2
Si un module admet une base infinie , tout système générateur de a un cardinal , et toute base de est équipotente à .
13. Changement de l’anneau des scalaires
Soient deux anneaux, un homomorphisme de l’anneau dans l’anneau . Pour tout -module , la loi externe définit (avec l’addition) une structure de B-module, dit associée à et à la structure de -module de ; on notera ce -module ou (et même simplement ) si aucune confusion n’en résulte. En particulier, si est un sous-anneau de et l’injection canonique, on dit que est le -module obtenu par restriction à de l’anneau des scalaires ; par abus de langage, on emploie encore cette expression lorsque l’homomorphisme est quelconque.
Si est un sous-module du -module , est un sous-module de , et est égal à .
Soient deux -modules; toute application -linéaire est aussi une application -linéaire que l’on note ; autrement dit, on a une injection canonique de -modules
Cette application n’est pas nécessairement bijective; autrement dit une application -linéaire n’est pas nécessairement -linéaire. En outre, un sous--module de n’est pas nécessairement un sous--module de : c’est ainsi que si est un corps et un sous-corps de , le sous-espace vectoriel du -espace vectoriel n’est pas un sous--espace vectoriel si .
Il est immédiat que pour toute famille de -modules, le -module (resp. ) est égal à (resp. ).
Tout système générateur de est un système générateur de , la réciproque n’étant pas nécessairement vraie.
Proposition 24
Soient deux anneaux, un homomorphisme d’anneaux.
(i) Si est surjectif, l’application canonique (47) est bijective. Pour tout -module , tout sous--module de est un sous--module de ; tout système générateur de est un système générateur de .
(ii) Si est injectif, toute famille libre dans le -module est une famille libre dans le -module .
La proposition résulte aussitôt des définitions.
On notera que même si est injectif, une famille libre dans n’est pas nécessairement libre dans .
\* Par exemple, 1 et ne forment pas un système libre dans considéré comme -espace vectoriel, bien qu’ils forment un système libre dans considéré comme -espace vectoriel (cf. Remarque 1).*
Proposition 25
Soient deux anneaux, un homomorphisme d’anneaux, un -module. Soit un système générateur (resp. une famille libre d’éléments, une base) de considéré comme -module à gauche. Soit un système générateur (resp. une famille libre d’éléments, une base) du -module . Alors est un système générateur (resp. (lorsque est injectif) une famille libre d’éléments, une base) du -module .
En effet, si , où , et si est un système générateur de , on peut écrire , avec , pour tout , d’où . D’autre part, si et sont des familles libres, une relation , avec , s’écrit ; elle entraîne donc pour tout , et par suite quels que soient si est injectif.
Corollaire
Si est un -module à gauche de type fini et un -module à gauche de type fini, est un -module à gauche de type fini.
Soient un troisième anneau, un homomorphisme d’anneau, l’homomorphisme composé. Il résulte aussitôt des définitions que l’on a pour tout -module . En particulier si est un isomorphisme de sur , on a , en désignant par l’isomorphisme réciproque de .
Remarque 1
Soient un corps, un sous-anneau de ayant la propriété suivante: pour toute famille finie d’éléments de , il existe un , non nul et tel que pour (hypothèse toujours vérifiée lorsque est commutatif et le corps des fractions de ). Soient un espace vectoriel sur , le -module obtenu par restriction à de l’anneau des scalaires. Alors, si une famille est libre dans , elle est aussi libre dans . On peut en effet se borner au cas où ; si on avait une relation avec , non tous nuls, on en déduirait, pour tout , . Par hypothèse on peut trouver dans tel que appartienne à pour tout ; mais la relation est contraire à l’hypothèse, les n’étant pas tous nuls.
Remarque 2
Si l’homomorphisme d’anneaux est surjectif, et si est son noyau (de sorte que s’identifie canoniquement à ), alors, pour tout -module , est contenu dans l’annulateur de , et est le -module déduit de par le procédé défini dans II, p. 28.
Soient deux anneaux, un homomorphisme. Soient un -module, un -module; une application -linéaire (dite aussi application B-linéaire de F dans E si aucune confusion n’en résulte) est encore appelée application semi-linéaire (relative à ) du -module dans le -module ; on dit aussi que le couple est un dimorphisme de dans ; cela signifie donc que pour et , on a
L’ensemble des applications -linéaires de dans s’écrit aussi si cela n’entraîne pas confusion.
Lorsque est un isomorphisme de sur , la relation pour tout s’écrit aussi pour tout , en désignant par l’isomorphisme réciproque de ; dire que est semi-linéaire pour équivaut alors à dire que est une application -linéaire de dans .
Exemple
On a vu (II, p. 2) qu’une homothétie dans un -module n’est pas nécessairement une application linéaire. Mais si est inversible, est une application semi-linéaire (d’ailleurs bijective) relative à l’automorphisme intérieur de , car on a .
Soient un troisième anneau, un homomorphisme, un -module. Si est une application semi-linéaire relative à , la composée est une application semi-linéaire de dans relative à l’homomorphisme . Si est un isomorphisme et si est une application semi-linéaire bijective relative à , l’application réciproque est une application semi-linéaire relative à l’isomorphisme réciproque de .
On voit donc que pour l’espèce de structure définie par la donnée sur un couple d’ensembles, d’une structure d’anneau sur et d’une structure de -module à gauche sur , les dimorphismes peuvent être pris pour morphismes (E, IV, p. 11); nous supposerons toujours par la suite qu’on a fait ce choix de morphismes.
Remarque 3).* — Soient deux anneaux, leur produit, et posons dans , de sorte que et s’identifient canoniquement aux idéaux bilatères et de . Pour tout -module , et sont des sous--modules de , annulés respectivement par et , de sorte qu’en identifiant canoniquement à et à , (resp. ) est muni d’une structure de -module (resp. de -module). En outre, est somme directe de et , car tout s’écrit , et la relation entraîne . Inversement, pour tout couple formé d’un -module et d’un -module , soient le -module , le -module , et étant les projections de sur et respectivement; alors, dans le -module , on a , . L’étude des -modules est ainsi ramenée à celle des -modules et à celle des -modules. En particulier, tout sous-module de est de la forme , où et .
14. Multimodules
Soient , deux anneaux, et considérons sur un ensemble deux structures de module à gauche ayant la même loi additive, et dont les anneaux d’opérateurs sont respectivement et ; soit l’anneau des endomorphismes du groupe additif , et pour tout (resp. ) désignons par (resp. ) l’élément (resp. ) de . Il est clair que les trois propriétés suivantes sont équivalentes : a) quels que soient et ; b) l’image de par l’homomorphisme est contenue dans ; c) l’image de par l’homomorphisme est contenue dans . Lorsque la structure de -module (resp. de -module) considérée est une structure de module à droite, il faut remplacer dans b) (resp. c)) l’anneau par (resp. ). On exprime les propriétés précédentes en disant que les deux structures de module (à droite ou à gauche) définies sur sont compatibles.
Définition 13
Soient , deux familles d’anneaux; on appelle -multimodule (ou multimodule sur les familles d’anneaux , ) un ensemble muni, pour chaque , d’une structure de -module à gauche, et pour chaque d’une structure de -module à droite, toutes ces structures de module étant deux à deux compatibles.
Lorsque la famille (resp. ) est vide, on dit que est un multimodule à gauche (resp. à droite). Lorsque , on dit « bimodule » au lieu de « multimodule »; il est souvent commode alors de considérer (comme on peut toujours le faire en remplaçant un des anneaux d’opérateurs par son opposé, cf. II, p. 2) un bimodule comme muni d’une structure de module à gauche par rapport à un anneau et de module à droite par rapport à un anneau , la compatibilité des structures s’exprimant donc par la relation
On dit alors aussi que est un -bimodule.
On dit que deux structures de multimodule sur un ensemble sont compatibles si toutes les structures de module sur qui définissent l’une ou l’autre de ces structures de multimodule sont deux à deux compatibles.
Exemple 1
Sur un anneau A, les structures de module de et sont compatibles, et A peut donc être canoniquement considéré comme un -bimodule.
Exemple 2
Un A-module à gauche E est canoniquement muni d’une structure de module à gauche sur l’anneau , et sur E la structure de A-module et celle de -module sont compatibles.
Il est clair que lorsque E est un multimodule sur deux familles , d’anneaux, E est aussi un multimodule sur deux sous-familles quelconques , , étant entendu que les structures de -module et de -module pour et sont celles initialement données.
Les multimodules étant des groupes commutatifs à opérateurs particuliers, on peut leur appliquer les résultats des n°s 2 à 10 (cf. II, p. 23, Remarque); en particulier, si E, F sont deux -multimodules, un homomorphisme est une application qui est un -homomorphisme pour tout et un -homomorphisme pour tout . Les sous-groupes stables d’un -multimodule sont des -multimodules (dits sous-multimodules), ainsi que les quotients par de tels sous-groupes (dits multimodules quotients); de même pour les produits et sommes directes.
Soient E un -multimodule, et pour chaque (resp. chaque ) soit (resp. ) un homomorphisme d’anneaux; il est clair que les structures de -module associées aux et aux structures de -module données sur E, et les structures de -module associées aux et aux structures de -modules données sur E, sont deux à deux compatibles, donc définissent sur E une structure de -multimodule, dite associée à la structure de -multimodule donnée et aux et aux .
Si E, F sont deux -multimodules, on désigne par (ou simplement ) le groupe additif des homomorphismes de E dans F. Les formules (6) à (8) de II, p. 5 sont évidemment valables pour des homomorphismes de -multimodules, et en particulier est muni d’une structure d’anneau; en outre est canoniquement muni d’une structure de -module à gauche et de -module à droite, ces deux structures étant compatibles; autrement dit, est canoniquement muni d’une structure de -bimodule.
Supposons maintenant E muni d’une structure de multimodule dont les anneaux d’opérateurs à gauche (resp. à droite) sont d’une part les pour (resp. les pour ), d’autre part les anneaux d’une autre famille (resp. ). Supposons de même F muni d’une structure de multimodule dont les anneaux d’opérateurs à gauche (resp. à droite) sont d’une part les pour (resp. les pour ), d’autre part les anneaux d’une autre famille (resp. ); nous dirons pour abréger que E est un -multimodule, F un -multimodule. Considérons E et F comme des -multimodules, en restreignant donc les opérateurs aux sous-familles et . En vertu de ce qu’on a vu au début ce n°, les structures de multimodules données sur E et F définissent canoniquement des homomorphismes d’anneaux , , , ; en outre, deux éléments de (resp. ) images respectives d’éléments de deux anneaux distincts pris parmi les ou les (resp. les ou les ) sont permutables; on en conclut que les homomorphismes précédents définissent sur une structure de multimodule, dont les anneaux d’opérateurs à gauche sont les et les , et les anneaux d’opérateurs à droite sont les et les .
Si maintenant est un -multimodule, un -multimodule, est un -multimodule; si sont des homomorphismes de multimodules,
est défini comme dans II, p. 6 et est un homomorphisme de multimodules.
Remarque 1
Soient F un A-module, C le centre de l’anneau A; comme les homothéties centrales permutent à toutes les homothéties, F est muni d’une structure de bimodule dont les anneaux d’opérateurs à gauche sont A et C. Si E est un second A-module, est donc muni canoniquement d’une structure de C-*module* (où, pour et , est l’homomorphisme ); si E’, F’ sont deux A-modules, deux A-homomorphismes, l’application est C-*linéaire*.
Remarque 2
Soit E un A-module à gauche; comme A est canoniquement muni d’une structure de (A, A)-bimodule, il en est de même de la somme directe pour tout ensemble d’indices T; d’après ce qui précède, est canoniquement muni d’une structure de A-*module à gauche* provenant de la structure de A-module à droite de : pour et , est l’application linéaire . Le cor. 2 de II, p. 24 définit une application canonique du module produit dans , l’image par d’une famille étant l’application linéaire telle que pour tout (où est la base canonique de ); on sait (loc. cit.) que est bijective et il résulte de la définition donnée ci-dessus de la structure de A-module de que est A-*linéaire*. Enfin, si est un homomorphisme de A-modules, le diagramme
est commutatif.
On notera que pour T réduit à un seul élément, n’est autre que l’application définie dans II, p. 4, Exemple 1.
Exercices
See the exercises for § 1.