Bourbaki

§ 1. Modules

1. Modules; espaces vectoriels; combinaisons linéaires

Définition 1

Étant donné un anneau A\mathbf{A}, on appelle module à gauche sur A\mathbf{A} (ou A\mathbf{A}-module à gauche), un ensemble E\mathbf{E} muni d’une structure algébrique définie par la donnée: 1∘1^\circ d’une loi de groupe commutatif dans E\mathbf{E} (notée additivement dans ce qui suit); 2∘2^\circ d’une loi d’action (α,x)↦α⊤x(\alpha, x) \mapsto \alpha \top x, dont le domaine d’opérateurs est l’anneau A\mathbf{A}, et qui satisfait aux axiomes suivants:

(MI) α⊤(x+y)=(α⊤x)+(α⊤y) quels que soient α∈A, x∈E, y∈E;(MII) (α+β)⊤x=(α⊤x)+(β⊤x) quels que soient α∈A, β∈A, x∈E;(MIII) α⊤(β⊤x)=(αβ)⊤x quels que soient α∈A, β∈A, x∈E;(MIV) 1⊤x=x pour tout x∈E. \begin{align*} (\mathbf{M_I})\ \alpha \top (x + y) &= (\alpha \top x) + (\alpha \top y)\ \text{quels que soient}\ \alpha \in \mathbf{A},\ x \in \mathbf{E},\ y \in \mathbf{E}; \\ (\mathbf{M_{II}})\ (\alpha + \beta) \top x &= (\alpha \top x) + (\beta \top x)\ \text{quels que soient}\ \alpha \in \mathbf{A},\ \beta \in \mathbf{A},\ x \in \mathbf{E}; \\ (\mathbf{M_{III}})\ \alpha \top (\beta \top x) &= (\alpha \beta) \top x\ \text{quels que soient}\ \alpha \in \mathbf{A},\ \beta \in \mathbf{A},\ x \in \mathbf{E}; \\ (\mathbf{M_{IV}})\ 1 \top x &= x\ \text{pour tout}\ x \in \mathbf{E}. \end{align*}

L’axiome (MI)(M_I) signifie que la loi d’action de AA sur EE est distributive par rapport à l’addition dans EE; un module est donc un groupe commutatif à opérateurs.

Si dans la déf. 1, on remplace l’axiome (MIII)(M_{III}) par

(MIII′) α⊤(β⊤x)=(βα)⊤x quels que soient α∈A, β∈A, x∈E,(M'_{III})\ \alpha \top (\beta \top x) = (\beta \alpha) \top x\ quels\ que\ soient\ \alpha \in A,\ \beta \in A,\ x \in E,

on dit que EE, muni de la structure algébrique ainsi définie, est un module à droite sur AA, ou encore un A-module à droite.

Lorsqu’on parle de AA-modules (à gauche ou à droite), les éléments de l’anneau AA sont souvent appelés scalaires.

Le plus souvent, la loi d’action d’un module à gauche (resp. d’un module à droite) se note multiplicativement, en écrivant l’opérateur à gauche (resp. à droite); la condition (MIII)(M_{III}) s’écrit alors α(βx)=(αβ)x\alpha(\beta x) = (\alpha \beta)x, la condition (MIII′)(M'_{III}) s’écrit (xβ)α=x(βα)(x \beta)\alpha = x(\beta \alpha).

Si A0A^0 désigne l’anneau opposé à AA (I, p. 96), tout module à droite EE sur l’anneau AA est un module à gauche sur l’anneau A0A^0. Il en résulte que l’on peut exposer les propriétés des modules en se bornant systématiquement, soit aux modules à gauche, soit aux modules à droite; dans les §§ 1 et 2, nous ferons en général cet exposé pour les modules à gauche, et lorsque nous parlerons d’un module (sans préciser), il s’agira d’un module à gauche, dont la loi d’action sera notée multiplicativement. Lorsque l’anneau AA est commutatif, les notions de module à droite et de module à gauche par rapport à AA sont identiques.

Pour tout α∈A\alpha \in A, l’application x↦αxx \mapsto \alpha x d’un AA-module EE dans lui-même s’appelle l’*homothétie de rapport* α\alpha de EE (I, p. 30); d’après (MI)(M_I), une homothétie est un endomorphisme de la structure de groupe commutatif (sans opérateur) de EE, mais non en général de la structure de module de EE (I, p. 30; cf. II, p. 4 et II, p. 32). On a donc α0=0\alpha 0 = 0 et α(−x)=−(αx)\alpha(-x) = -(\alpha x); si α\alpha est un élément inversible de AA, l’homothétie x↦αxx \mapsto \alpha x est un automorphisme de la structure de groupe commutatif (sans opérateur) de EE, car de la relation y=αxy = \alpha x, on tire, en vertu de (MIV)(M_{IV}), x=α−1(αx)=α−1yx = \alpha^{-1}(\alpha x) = \alpha^{-1}y.

De même, en vertu de (MII)(M_{II}), pour tout x∈Ex \in E, l’application α↦αx\alpha \mapsto \alpha x est un homomorphisme du groupe additif AA dans le groupe commutatif (sans opérateur) EE; on a donc 0x=00x = 0 et (−α)x=−(αx)(- \alpha)x = -(\alpha x); en outre, d’après (MIV)(M_{IV}), on a, pour tout entier n∈Zn \in \mathbf{Z}, n.x=(n.1)xn.x = (n.1)x.

Lorsque l’anneau AA est réduit au seul élément 0, tout AA-module EE est aussi réduit à l’élément 0, car on a alors 1=01 = 0 dans AA, d’où, pour tout x∈Ex \in E, x=1.x=0.x=0x = 1.x = 0.x = 0.

Exemple 1

Soit φ\varphi un homomorphisme d’un anneau AA dans un anneau BB; l’application (a,x)↦φ(a)x(a, x) \mapsto \varphi(a)x (resp. (a,x)↦xφ(a)(a, x) \mapsto x \varphi(a)) de A×BA \times B dans BB définit sur BB une structure de AA-module à gauche (resp. à droite). Quand on prend en particulier pour φ\varphi l’application identique de AA on obtient sur AA une structure canonique de A-module à gauche (resp. à droite); on notera AsA_s (resp. AdA_d) l’ensemble A muni de cette structure, pour éviter des confusions.

Exemple 2

Sur un groupe commutatif G (noté additivement), la structure de groupe à opérateurs définie par la loi d’action (n,x)↦n.x(n, x) \mapsto n.x (I, p. 24) est une structure de module sur l’anneau Z\mathbf{Z} des entiers rationnels.

Exemple 3

Soient E un groupe commutatif noté additivement, E\mathscr{E} l’anneau des endomorphismes de E (I, p. 96: on rappelle que le produit fgfg de deux endomorphismes est par définition l’endomorphisme composé f∘gf \circ g). La loi d’action (f,x)↦f(x)(f, x) \mapsto f(x) entre opérateurs f∈Ef \in \mathscr{E} et éléments x∈Ex \in E définit sur E une structure canonique de E\mathscr{E}-module à gauche.

Considérons maintenant un anneau A et supposons donnée sur E une structure de A-module à gauche (resp. à droite); pour tout α∈A\alpha \in A, l’homothétie hα:x↦αxh_\alpha : x \mapsto \alpha x (resp. x↦xαx \mapsto x\alpha) appartient à E\mathscr{E}; l’application φ:α↦hα\varphi : \alpha \mapsto h_\alpha est un homomorphisme de l’anneau A (resp. de l’anneau opposé A0A^0) dans l’anneau E\mathscr{E} et on a par définition αx=(φ(α))(x)\alpha x = (\varphi(\alpha))(x) (resp. xα=(φ(α))(x)x\alpha = (\varphi(\alpha))(x)). Réciproquement, la donnée d’un homomorphisme d’anneaux φ:A→E\varphi : A \to \mathscr{E} (resp. φ:A0→E\varphi : A^0 \to \mathscr{E}) définit sur E une structure de A-module à gauche (resp. à droite) par les formules précédentes. Autrement dit, se donner une structure de A-module à gauche (resp. à droite) sur un groupe additif E, ayant pour loi additive la loi de groupe donnée, équivaut à se donner un homomorphisme d’anneaux A→EA \to \mathscr{E} (resp. A0→EA^0 \to \mathscr{E}).

Définition 2

On appelle espace vectoriel à gauche (resp. à droite) sur un corps K, un K-module à gauche (resp. à droite).

Les éléments d’un espace vectoriel sont parfois appelés vecteurs.

Exemple 4

Un corps est à la fois espace vectoriel à gauche et à droite par rapport à un quelconque de ses sous-corps.

Exemple 5

\* L’espace numérique à 3 dimensions R3\mathbf{R}^3 est un espace vectoriel par rapport au corps des nombres réels R\mathbf{R}, le produit txtx d’un nombre réel t et d’un point x de coordonnées x1,x2,x3x_1, x_2, x_3 étant le point de coordonnées tx1,tx2,tx3tx_1, tx_2, tx_3. De même, l’ensemble des fonctions numériques définies dans un ensemble quelconque F est un espace vectoriel par rapport à R\mathbf{R}, le produit tftf d’un nombre réel t et d’une fonction f étant la fonction numérique x↦tf(x)x \mapsto tf(x)

Pour deux familles (xi)i∈I,(yi)i∈I(x_i)_{i \in I}, (y_i)_{i \in I} d’éléments d’un A-module E, de support fini (I, p. 13), on a les formules

(1)

∑i∈I(xi+yi)=∑i∈Ixi+∑i∈Iyi \sum_{i \in I} (x_i + y_i) = \sum_{i \in I} x_i + \sum_{i \in I} y_i

(2)

α∑i∈Ixi=∑i∈I(αxi)pour tout α∈A; \alpha \sum_{i \in I} x_i = \sum_{i \in I} (\alpha x_i) \quad \text{pour tout } \alpha \in A;

on se ramène en effet aussitôt aux formules analogues pour les sommes finies en considérant une partie finie H de I contenant les supports de (xi)(x_i) et (yi)(y_i).

Définition 3

On dit qu’un élément x d’un A-module E est une combinaison linéaire, à coefficients dans AA, d’une famille (ai)i∈I(a_i)_{i \in I} d’éléments de EE, s’il existe une famille (λi)i∈I(\lambda_i)_{i \in I} d’éléments de AA, de support fini, telle que x=∑i∈Iλiaix = \sum_{i \in I} \lambda_i a_i.

En général il y a plusieurs familles distinctes (λi)(\lambda_i) vérifiant cette condition (cf. II, p. 25).

On notera que 0 est la seule combinaison linéaire de la famille vide d’éléments de EE (d’après la convention de I, p. 13).

2. Applications linéaires

Définition 4

Soient EE et FF deux modules (à gauche) par rapport au même anneau AA. On appelle application linéaire (ou application A-linéaire, ou homomorphisme, ou A-homomorphisme) de EE dans FF toute application u:E→Fu : E \to F telle que:

(3)

u(x+y)=u(x)+u(y)pour x∈E,y∈E; u(x + y) = u(x) + u(y) \quad \text{pour } x \in E, y \in E;
(4G)
u(λ⋅x)=λ⋅u(x)pour λ∈A,x∈E. u(\lambda \cdot x) = \lambda \cdot u(x) \quad \text{pour } \lambda \in A, x \in E.

Si EE et FF sont deux AA-modules à droite, une application linéaire u:E→Fu : E \to F est une application vérifiant (3) et (4D)

u(x⋅λ)=u(x)⋅λpour λ∈A,x∈E. u(x \cdot \lambda) = u(x) \cdot \lambda \quad \text{pour } \lambda \in A, x \in E.

Remarque

Lorsque EE et FF sont deux groupes commutatifs, considérés comme modules sur l’anneau Z\mathbf{Z} (II, p. 3), tout homomorphisme uu du groupe EE (sans opérateur) dans le groupe FF (sans opérateur) est aussi une application linéaire de EE dans FF, car pour nn entier >0> 0 la relation u(n⋅x)=n⋅u(x)u(n \cdot x) = n \cdot u(x) se déduit de u(x+y)=u(x)+u(y)u(x + y) = u(x) + u(y) par récurrence sur nn, et pour n=−m<0n = -m < 0, on a encore u(n⋅x)=u(−(m⋅x))=−u(m⋅x)=−(m⋅u(x))=n⋅u(x)u(n \cdot x) = u(-(m \cdot x)) = -u(m \cdot x) = -(m \cdot u(x)) = n \cdot u(x).

Exemple 1

Soient EE un AA-module, aa un élément de EE; l’application λ↦λa\lambda \mapsto \lambda a du AA-module AsA_s dans EE est une application linéaire θa\theta_a, telle que θa(1)=a\theta_a(1) = a.

Exemple 2

\* Soient II un intervalle ouvert de la droite numérique R\mathbf{R}, EE l’espace vectoriel des fonctions numériques dérivables dans II, FF l’espace vectoriel de toutes les fonctions numériques définies dans II. L’application x↦x′x \mapsto x' qui, à toute fonction dérivable xx, fait correspondre sa dérivée, est une application linéaire de EE dans FF

On notera qu’une homothétie x↦αxx \mapsto \alpha x dans un AA-module EE n’est pas nécessairement une application linéaire: en d’autres termes, on n’a pas nécessairement la relation α(λx)=λ(αx)\alpha(\lambda x) = \lambda(\alpha x) quels que soient λ∈A\lambda \in A et x∈Ex \in E. Cette relation est toutefois vraie lorsque α\alpha appartient au centre de AA; on dit alors que x↦αxx \mapsto \alpha x est une homothétie centrale (cf. II, p. 32).

Si u:E→Fu : E \to F est une application linéaire, on a, pour toute famille (xi)i∈I(x_i)_{i \in I} d’éléments de EE et toute famille (λi)i∈I(\lambda_i)_{i \in I} d’éléments de AA, telles que le support de la famille (λixi)i∈I(\lambda_i x_i)_{i \in I} soit fini, (5)

u(∑i∈Iλixi)=∑i∈Iλiu(xi) u\left( \sum_{i \in I} \lambda_i x_i \right) = \sum_{i \in I} \lambda_i u(x_i)

comme il résulte aussitôt de (3) et (4G) par récurrence sur le cardinal du support de la famille (λixi)(\lambda_i x_i).

Proposition 1

Soient E, F, G trois A-modules, u une application linéaire de E dans F, v une application linéaire de F dans G. Alors l’application composée v∘uv \circ u est linéaire.

Proposition 2

Soient E, F deux A-modules. 1° Si u:E→Fu : E \to F et v:F→Ev : F \to E sont deux applications linéaires telles que v∘uv \circ u soit l’application identique de E et u∘vu \circ v l’application identique de F, u est un isomorphisme de E sur F et v l’isomorphisme réciproque. 2° Toute application linéaire bijective u:E→Fu : E \to F est un isomorphisme de E sur F.* Ces propositions découlent aussitôt de la déf. 4.

Les prop. 1 et 2 montrent que l’on peut prendre pour morphismes de l’espèce de structure de A-module les applications linéaires (E, IV, p. 11); nous supposerons toujours par la suite que l’on a fait ce choix de morphismes.

Étant donnés deux A-modules à gauche (resp. à droite) E et F, on notera Hom(E, F) ou Hom_A(E, F) l’ensemble des applications linéaires de E dans F.

L’ensemble Hom(E, F) est un groupe commutatif, sous-groupe du groupe commutatif produit FEF^E de toutes les applications de E dans F (I, p. 43); on rappelle en effet que l’on a pour deux éléments u,vu, v de FEF^E, et pour tout x∈Ex \in E,

(u+v)(x)=u(x)+v(x),(−u)(x)=−u(x)(u + v)(x) = u(x) + v(x), \quad (-u)(x) = -u(x)

d’où résulte aussitôt que si uu et vv sont linéaires, il en est de même de u+vu + v et de −u-u. Si G est un troisième A-module à gauche (resp. à droite), f,f1,f2f, f_1, f_2 des éléments de Hom(E, F), g,g1,g2g, g_1, g_2 des éléments de Hom(F, G), on vérifie aussitôt les relations

(6)

g∘(f1+f2)=g∘f1+g∘f2g \circ (f_1 + f_2) = g \circ f_1 + g \circ f_2
(7)
(g1+g2)∘f=g1∘f+g2∘f(g_1 + g_2) \circ f = g_1 \circ f + g_2 \circ f
(8)
g∘(−f)=(−g)∘f=−(g∘f).g \circ (-f) = (-g) \circ f = -(g \circ f).

En particulier, la loi de composition (f,g)↦f∘g(f, g) \mapsto f \circ g sur Hom(E, E) définit, avec la structure de groupe additif précédente, une structure d’*anneau* sur Hom(E, E), dont l’élément unité, noté 1E1_E ou Id_E, est l’application identique de E; les applications linéaires de E dans lui-même sont encore appelées endomorphismes du A-module E et l’anneau Hom(E, E) se note encore End(E) ou End_A(E). Les automorphismes du A-module E ne sont autres que les éléments inversibles de End(E) (prop. 2); ils forment un groupe multiplicatif, noté Aut(E) ou GL(E)\mathbf{GL}(E), que l’on appelle aussi le groupe linéaire relatif à E.

Il résulte de (6) et (7) que pour deux A-modules E, F, Hom(E, F) est muni canoniquement d’une structure de module à gauche sur l’anneau Hom(F, F) et de module à droite sur l’anneau Hom(E, E).

Soient E, F, E', F' quatre A-modules (à gauche), u : E' → E et v : F → F' des applications A-linéaires. Si, à tout élément f ∈ Hom(E, F), on fait correspondre l’élément v ∘ f ∘ u ∈ Hom(E', F'), on définit une application

Hom⁡(E,F)→Hom⁡(E′,F′) \operatorname{Hom}(E, F) \to \operatorname{Hom}(E', F')

qui est Z\mathbf{Z}-linéaire et que nous noterons Hom⁡(u,v)\operatorname{Hom}(u, v) ou Hom⁡A(u,v)\operatorname{Hom}_A(u, v). Si u,u1,u2u, u_1, u_2 appartiennent à Hom⁡(E′,E)\operatorname{Hom}(E', E), v,v1,v2v, v_1, v_2 à Hom⁡(F,F′)\operatorname{Hom}(F, F'), on a

{Hom⁡(u1+u2,v)=Hom⁡(u1,v)+Hom⁡(u2,v)Hom⁡(u,v1+v2)=Hom⁡(u,v1)+Hom⁡(u,v2). \begin{cases} \operatorname{Hom}(u_1 + u_2, v) = \operatorname{Hom}(u_1, v) + \operatorname{Hom}(u_2, v) \\ \operatorname{Hom}(u, v_1 + v_2) = \operatorname{Hom}(u, v_1) + \operatorname{Hom}(u, v_2). \end{cases}

(9)

Soient E", F" deux A-modules, u′:E′′→E′u' : E'' \to E', v′:F′→F′′v' : F' \to F'' des applications linéaires. On a

Hom⁡(u∘u′,v′∘v)=Hom⁡(u′,v′)∘Hom⁡(u,v). \operatorname{Hom}(u \circ u', v' \circ v) = \operatorname{Hom}(u', v') \circ \operatorname{Hom}(u, v).

(10)

Si uu est un isomorphisme de E' sur E et vv un isomorphisme de F sur F', Hom⁡(u,v)\operatorname{Hom}(u, v) est un isomorphisme de Hom⁡(E,F)\operatorname{Hom}(E, F) sur Hom⁡(E′,F′)\operatorname{Hom}(E', F'), dont l’isomorphisme réciproque est Hom⁡(u−1,v−1)\operatorname{Hom}(u^{-1}, v^{-1}) d’après (10).

Si hh (resp. kk) est un endomorphisme de E (resp. F), Hom⁡(h,1F)\operatorname{Hom}(h, 1_F) (resp. Hom⁡(1E,k)\operatorname{Hom}(1_E, k)) n’est autre que l’homothétie de rapport hh (resp. kk) pour la structure de module à droite (resp. à gauche) sur l’anneau End(E) (resp. End(F)) définie plus haut.

3. Sous-modules; modules quotients

Soient E un A-module, M une partie de E ; pour que la structure de A-module de E induise sur M une structure de A-module, il faut et il suffit que M soit un sous-groupe stable de E (I, p. 31), car lorsqu’il en est ainsi, la structure de groupe à opérateurs induite sur M vérifie évidemment les axiomes (M_{II}), (M_{III}) et (M_{IV}) ; alors M, muni de cette structure (ou, par abus de langage, l’ensemble M lui-même) est appelé sous-module de E ; l’injection canonique M → E est une application linéaire. Lorsque E est un espace vectoriel, ses sous-modules s’appellent aussi sous-espaces vectoriels (ou simplement sous-espaces si aucune confusion n’en résulte).

Exemple 1

Dans un module quelconque E, l’ensemble réduit à 0 est un sous-module (sous-module nul, souvent noté 0 par abus de notation).

Exemple 2

Soit A un anneau. Les sous-modules de A_s (resp. A_d) ne sont autres que les idéaux à gauche (resp. idéaux à droite) de l’anneau A (I, p. 98).

Exemple 3

Soient E un A-module, x un élément de E, a un idéal à gauche de A. L’ensemble des éléments αx\alpha x, où α\alpha parcourt a, est un sous-module de E, qu’on note αx\alpha x.

Exemple 4

Dans un groupe commutatif G, considéré comme Z\mathbf{Z}-module (II, p. 3), tout sous-groupe de G est aussi un sous-module.

Exemple 5

\* Soit I un intervalle ouvert de la droite numérique R\mathbf{R}; l’ensemble C des fonctions numériques définies et continues dans I est un sous-espace vectoriel de l’espace vectoriel RI\mathbf{R}^I de toutes les fonctions numériques définies dans I. De même, l’ensemble D des fonctions dérivables dans I est un sous-espace vectoriel de C.

Soit E un A-module. Toute relation d’équivalence compatible (I, p. 11) avec la structure de module de E est de la forme x−y∈Mx - y \in M, où M est un sous-groupe stable de E (I, p. 33), c’est-à-dire un sous-module de E. On vérifie immédiatement que la structure de groupe à opérateurs du groupe quotient E/M (I, p. 35) est une structure de A-module, pour laquelle l’application canonique E→E/ME \to E/M est linéaire; muni de cette structure, E/M est appelé module quotient de E par le sous-module M. Un module quotient d’un espace vectoriel E s’appelle espace vectoriel quotient (ou simplement espace quotient) de E.

Exemple 6). — Tout idéal à gauche aa dans un anneau A définit un module quotient As/aA_s/a du A-module à gauche AsA_s; par abus de notation, ce module quotient s’écrit souvent A/aA/a.

Soient E, F deux A-modules. Il résulte des propriétés générales des groupes à opérateurs (I, p. 36) (ou directement des définitions) que si u:E→Fu : E \to F est une application linéaire, l’image par u de tout sous-module de E est un sous-module de F et l’image réciproque par u de tout sous-module de F est un sous-module de E. En particulier, le noyau N=u‾−1(0)N = \overline{u}^{-1}(0) est un sous-module de E et l’image u(E)u(E) de E par u est un sous-module de F (I, p. 37, prop. 7); on dit par abus de langage que u(E)u(E) est l’image de u. Le module quotient E/NE/N s’appelle aussi la coïmage de u et le module quotient F/u(E)F/u(E) le conoyau de u. Dans la décomposition canonique de u (I, p. 37)

u:E→ρE/N→vu(E)→iF u : E \xrightarrow{\rho} E/N \xrightarrow{v} u(E) \xrightarrow{i} F

vv est un isomorphisme de la coïmage de u sur l’image de u (II, p. 5, prop. 2). Pour que u soit injective, il faut et il suffit que son noyau soit nul; pour que u soit surjective, il faut et il suffit que son conoyau soit nul.

Le noyau, l’image, la coïmage et le conoyau de u se notent respectivement Ker uu, Im uu, Coïm uu, Coker uu.

Remarque

Soient M un sous-module d’un A-module E, φ:E→E/M\varphi : E \to E/M l’homomorphisme canonique. Pour qu’une application A-linéaire u:E→Fu : E \to F soit de la forme v∘φv \circ \varphi, où vv est une application linéaire de E/ME/M dans F, il faut et il suffit que M⊂Ker(u)M \subset \mathrm{Ker}(u); en effet, si cette condition est vérifiée, la relation x−y∈Mx - y \in M entraîne u(x)=u(y)u(x) = u(y), donc u est compatible avec cette relation d’équivalence et il est clair que l’application v:E/M→Fv : E/M \to F déduite de u par passage au quotient est linéaire.

4. Suites exactes

Définition 5

Soient F, G, H trois A-modules; soit f un homomorphisme de F dans G et soit g un homomorphisme de G dans H. On dit que le couple (f, g) est une suite exacte si l’on a

g‾−1(0)=f(F) \overline{g}^{-1}(0) = f(F)

autrement dit, si le noyau de g est égal à l’image de f.

On dit aussi que le diagramme

(12)

F→fG→gH \begin{array}{ccc} F & \xrightarrow{f} & G \\ & & \xrightarrow{g} \\ & & H \end{array}

est une suite exacte.

Considérons de même un diagramme formé de quatre A-modules et de trois homomorphismes:

(13)

E→fF→gG→hH. E \xrightarrow{f} F \xrightarrow{g} G \xrightarrow{h} H.

On dit que ce diagramme est exact en F si le diagramme E →fF→gG\xrightarrow{f} F \xrightarrow{g} G est exact; on dit qu’il est exact en G si F →gG→hH\xrightarrow{g} G \xrightarrow{h} H est exact. Si le diagramme (13) est exact en F et en G, on dit simplement qu’il est exact, ou encore que c’est une suite exacte. On définit de même les suites exactes à un nombre quelconque de termes.

Remarque 1). — Si le couple (f, g) est une suite exacte, on a g∘f=0g \circ f = 0; mais bien entendu, cette propriété ne caractérise pas les suites exactes, car elle signifie seulement que l’image de f est contenue dans le noyau de g.

Dans les énoncés ci-dessous, E, F, G désignent des A-modules, 0 un A-module réduit à son élément neutre; les flèches représentent des homomorphismes de A-modules. Comme il n’y a qu’un seul homomorphisme du module 0 dans un module E (resp. de E dans 0), il sera inutile de désigner les homomorphismes de ce type plus explicitement dans les suites exactes où ils figurent.

Proposition 3

a) Pour que

0⟶E→fF \begin{array}{ccc} 0 & \longrightarrow & E \\ & & \xrightarrow{f} \\ & & F \end{array}

soit une suite exacte, il faut et il suffit que f soit injectif.

b) Pour que

E→fF⟶0 \begin{array}{ccc} E & \xrightarrow{f} & F \\ & & \longrightarrow \\ & & 0 \end{array}

soit une suite exacte, il faut et il suffit que f soit surjectif.

c) Pour que

0⟶E→fF⟶0 \begin{array}{ccc} 0 & \longrightarrow & E \\ & & \xrightarrow{f} \\ & & F \\ & & \longrightarrow \\ & & 0 \end{array}

soit une suite exacte, il faut et il suffit que f soit bijectif (autrement dit (II, p. 5, prop. 2) que f soit un isomorphisme de E sur F).

d) Si F est un sous-module de E, et si i : F → E est l’injection canonique, p : E → E/F l’homomorphisme canonique, le diagramme

(14)

0⟶F→iE→pE/F⟶0. 0 \longrightarrow F \xrightarrow{i} E \xrightarrow{p} E/F \longrightarrow 0.
est une suite exacte.

e) Si f : E → F est un homomorphisme, le diagramme

0⟶f‾−1(0)→iE→fF→pF/f(E)⟶0 0 \longrightarrow \overline{f}^{-1}(0) \xrightarrow{i} E \xrightarrow{f} F \xrightarrow{p} F/f(E) \longrightarrow 0
(où i est l’injection canonique et p la surjection canonique) est une suite exacte.

La proposition résulte aussitôt des définitions et de la prop. 2 de II, p. 5.

Remarque 2

Dire qu’on a une suite exacte

0⟶E→fF→gG⟶0 0 \longrightarrow E \xrightarrow{f} F \xrightarrow{g} G \longrightarrow 0
signifie que f est injectif, g surjectif et que la bijection canonique associée à g est un isomorphisme de F/f(E) sur G. On dit encore alors que le triplet (F, f, g) est une extension du module G par le module E (I, p. 62).

Remarque 3

Si on a une suite exacte à 4 termes

E→fF→gG→hH E \xrightarrow{f} F \xrightarrow{g} G \xrightarrow{h} H
le conoyau de f est F/f(E) = F/\overline{g}^{-1}(0) et le noyau de h est g(F); la bijection canonique associée à g est donc un isomorphisme
Coker⁡f→Ker⁡h. \operatorname{Coker} f \to \operatorname{Ker} h.

Remarque 4

Considérons un couple d’homomorphismes de A-modules (15)

E→fF→gG. E \xrightarrow{f} F \xrightarrow{g} G.
Pour que le diagramme (15) soit une suite exacte, il faut et il suffit qu’il existe deux A-modules S, T et des homomorphismes a : E → S, b : S → F, c : F → T, d : T → G tels que les trois suites (16)
{E→aS⟶00⟶S→bF→cT⟶00⟶T→dG \begin{cases} E \xrightarrow{a} S \longrightarrow 0 \\ 0 \longrightarrow S \xrightarrow{b} F \xrightarrow{c} T \longrightarrow 0 \\ 0 \longrightarrow T \xrightarrow{d} G \end{cases}
soient exactes, et que l’on ait f = b ∘ a et g = d ∘ c.

En effet, si (15) est une suite exacte, on prend S = f(E) = \overline{g}^{-1}(0) et T = g(F), b et d étant les injections canoniques, a (resp. c) l’homomorphisme ayant même graphe que f (resp. g). Réciproquement, si S, T, a, b, c, d vérifient les conditions ci-dessus, on a f(E) = b(a(E)) = b(S) et \overline{g}^{-1}(0) = \overline{c}^{-1}(\overline{d}^{-1}(0)) = \overline{c}^{-1}(0), donc l’exactitude de (16) montre que f(E) = \overline{g}^{-1}(0).

On se dispensera souvent de désigner explicitement par des lettres les homomorphismes d’une suite exacte, lorsque cela n’est pas nécessaire dans les raisonnements.

Remarque 5). — La définition d’une suite exacte s’étend aussitôt aux groupes non nécessairement commutatifs; on utilisera naturellement dans ce cas la notation multiplicative, 0 étant remplacé par 1 dans les formules (si aucune confusion n’en résulte). Les parties a),b),c)a), b), c) de la prop. 3 sont encore valables, ainsi que d) lorsque F est un sous-groupe distingué de E. La Remarque 2 et la prop. 3 e) subsistent lorsqu’on ajoute que f(E)f(E) doit être un sous-groupe distingué de F; les Remarques 3 et 4 sont valables sans modification.

5. Produits de modules

Soit (Ei)i∈I(E_i)_{i \in I} une famille de modules sur un même anneau A. On vérifie immédiatement que, sur l’ensemble produit E=∏i∈IEiE = \prod_{i \in I} E_i, le produit des structures de module des EiE_i (I, p. 43) est une structure de A-module. Muni de cette structure, l’ensemble E est appelé le module produit des modules EiE_i; si x=(xi),y=(yi)x = (x_i), y = (y_i) sont deux éléments de E, on a donc

{x+y=(xi+yi)λx=(λxi) \begin{cases} x + y = (x_i + y_i) \\ \lambda x = (\lambda x_i) \end{cases}
pour tout λ∈A\lambda \in A.

Les formules (17) expriment que les projections pri:E→Eipr_i : E \to E_i sont des applications linéaires; ces applications sont évidemment surjectives.

Rappelons que si l’ensemble d’indices I est vide, l’ensemble produit ∏i∈IEi\prod_{i \in I} E_i est alors réduit à un seul élément; la structure de module produit sur cet ensemble est alors celle pour laquelle cet unique élément est 0.

Proposition 4

Soit E=∏i∈IEiE = \prod_{i \in I} E_i le produit d’une famille de A-modules (Ei)i∈I(E_i)_{i \in I}. Pour tout A-module F et toute famille d’applications linéaires fi:F→Eif_i : F \to E_i, il existe une application f de F dans E et une seule, telle que pri∘f=fipr_i \circ f = f_i pour tout i∈Ii \in I et cette application est linéaire.

Cela résulte directement des définitions.

Le produit de modules est « associatif »: si (Jλ)λ∈L(J_\lambda)_{\lambda \in L} est une partition de I, l’application canonique

∏i∈IEi→∏λ∈L(∏i∈JλEi) \prod_{i \in I} E_i \to \prod_{\lambda \in L} \left( \prod_{i \in J_\lambda} E_i \right)

est un isomorphisme.

Proposition 5

(i) Soient (Ei)i∈I,(Fi)i∈I(E_i)_{i \in I}, (F_i)_{i \in I} deux familles de A-modules ayant même ensemble d’indices I; pour toute famille d’applications linéaires fi:Ei→Fif_i : E_i \to F_i (i∈Ii \in I), l’application f:(xi)↦(fi(xi))f : (x_i) \mapsto (f_i(x_i)) de ∏iEi\prod_i E_i dans ∏iFi\prod_i F_i (parfois notée ∏ifi\prod_i f_i) est linéaire.

(ii) Soit (Gi)i∈I(G_i)_{i \in I} une troisième famille de A-modules ayant I pour ensemble d’indices, et pour tout i∈Ii \in I, soit gi:Fi→Gig_i : F_i \to G_i une application linéaire; posons g=∏igig = \prod_i g_i. Pour que chacune des suites Ei→fiFi→giGiE_i \xrightarrow{f_i} F_i \xrightarrow{g_i} G_i soit exacte, il faut et il suffit que la suite

∏iEi→f∏iFi→g∏iGi \prod_i E_i \xrightarrow{f} \prod_i F_i \xrightarrow{g} \prod_i G_i

soit exacte.

L’assertion de (i) résulte aussitôt des définitions. D’autre part, dire que y=(yi)y = (y_i) appartient à Ker(g)\mathrm{Ker}(g) signifie que gi(yi)=0g_i(y_i) = 0 pour tout i∈Ii \in I, donc que yi∈Ker(gi)y_i \in \mathrm{Ker}(g_i) pour tout i∈Ii \in I; de même, dire que yy appartient à Im(f)\mathrm{Im}(f) signifie qu’il existe x=(xi)∈∏iEix = (x_i) \in \prod_i E_i tel que y=f(x)y = f(x), ce qui équivaut à dire que yi=fi(xi)y_i = f_i(x_i) pour tout i∈Ii \in I, ou encore que yi∈Im(fi)y_i \in \mathrm{Im}(f_i) pour tout i∈Ii \in I; d’où (ii).

Corollaire

Sous les conditions de la prop. 5, (i), on a

(18)

Ker(f)=∏i∈IKer(fi),Im(f)=∏i∈IIm(fi) \mathrm{Ker}(f) = \prod_{i \in I} \mathrm{Ker}(f_i), \quad \mathrm{Im}(f) = \prod_{i \in I} \mathrm{Im}(f_i)
et on a des isomorphismes canoniques
Coim(f)→∏i∈ICoim(fi),Coker(f)→∏i∈ICoker(fi) \mathrm{Coim}(f) \to \prod_{i \in I} \mathrm{Coim}(f_i), \quad \mathrm{Coker}(f) \to \prod_{i \in I} \mathrm{Coker}(f_i)
obtenus en faisant respectivement correspondre à la classe d’un élément x=(xi)x = (x_i) de ∏iEi\prod_i E_i, mod. Ker(f)\mathrm{Ker}(f), (resp. à la classe d’un élément y=(yi)y = (y_i) de ∏iFi\prod_i F_i, mod. Im(f)\mathrm{Im}(f)), la famille des classes des xix_i mod. Ker(fi)\mathrm{Ker}(f_i) (resp. la famille des classes des yiy_i mod. Im(fi)\mathrm{Im}(f_i)).

En particulier, pour que ff soit injective (resp. surjective, bijective, nulle), il faut et il suffit que, pour tout i∈Ii \in I, fif_i soit injective (resp. surjective, bijective, nulle).

Si, pour tout i∈Ii \in I, on considère un sous-module FiF_i de EiE_i, le module ∏i∈IFi\prod_{i \in I} F_i est un sous-module de ∏i∈IEi\prod_{i \in I} E_i, et en vertu du cor. de la prop. 5, on a un isomorphisme canonique

(19)

∏i∈I(Ei/Fi)→(∏i∈IEi)/(∏i∈IFi). \prod_{i \in I} (E_i/F_i) \to (\prod_{i \in I} E_i)/(\prod_{i \in I} F_i).

Un exemple important de produit de modules est celui où tous les modules facteurs sont identiques à un même module FF; leur produit FIF^I n’est autre alors que l’ensemble des applications de II dans FF. L’application diagonale F→FIF \to F^I faisant correspondre à tout x∈Fx \in F la fonction constante égale à xx dans II est linéaire. Si (Ei)i∈I(E_i)_{i \in I} est une famille de AA-modules, et pour tout i∈Ii \in I, fi:F→Eif_i : F \to E_i est une application linéaire, alors l’application linéaire x↦(fi(x))x \mapsto (f_i(x)) de FF dans ∏i∈IEi\prod_{i \in I} E_i est composée de l’application (xi)↦(fi(xi))(x_i) \mapsto (f_i(x_i)) de FIF^I dans ∏i∈IEi\prod_{i \in I} E_i, et de l’application diagonale F→FIF \to F^I.

6. Somme directe de modules

Soient (Ei)i∈I(E_i)_{i \in I} une famille de AA-modules, F=∏i∈IEiF = \prod_{i \in I} E_i leur produit. L’ensemble EE des x∈Fx \in F tels que prix=0\mathrm{pr}_i x = 0 sauf pour un nombre fini d’indices est évidemment un sous-module de FF, qu’on appelle la somme directe externe (ou simplement somme directe) de la famille de modules (Ei)(E_i) et que l’on note ⨁i∈IEi\bigoplus_{i \in I} E_i (I, p. 46). Lorsque II est fini, on a donc ⨁i∈IEi=∏i∈IEi\bigoplus_{i \in I} E_i = \prod_{i \in I} E_i; si I={p,q}I = \{p, q\} (intervalle de Z\mathbf{Z}), on écrit aussi ⨁i∈IEi=Ep⊕Ep+1⊕⋯⊕Eq\bigoplus_{i \in I} E_i = E_p \oplus E_{p+1} \oplus \cdots \oplus E_q.

Pour tout κ∈I\kappa \in I, soit jκj_\kappa l’application Eκ→FE_\kappa \to F qui, à tout xκ∈Eκx_\kappa \in E_\kappa, fait correspondre l’élément de FF tel que pri(jκ(xκ))=0\mathrm{pr}_i(j_\kappa(x_\kappa)) = 0 pour i≠κi \neq \kappa et prκ(jκ(xκ))=xκ\mathrm{pr}_\kappa(j_\kappa(x_\kappa)) = x_\kappa; il est immédiat que jκj_\kappa est une application linéaire injective de EκE_\kappa dans la somme directe EE des EiE_i, que nous appellerons l’*injection canonique*; le sous-module jκ(Eκ)j_\kappa(E_\kappa) de EE, isomorphe à EκE_\kappa, est appelé le sous-module composant d’indice κ\kappa de EE. On l’identifie souvent à EκE_\kappa au moyen de jκj_\kappa.

Pour tout x∈E=⨁i∈IEix \in E = \bigoplus_{i \in I} E_i, on a donc

x=∑i∈Iji(prix). x = \sum_{i \in I} j_i(\mathrm{pr}_i x).
(20)

Proposition 6

Soient* (Ei)i∈I(E_i)_{i \in I} une famille de AA*-modules*, MM un AA*-module*, et pour tout i∈Ii \in I, soit fi:Ei→Mf_i : E_i \to M une application linéaire. Il existe alors une application linéaire g:⨁i∈IEi→Mg : \bigoplus_{i \in I} E_i \to M et une seule telle que, pour tout i∈Ii \in I, on ait:

g∘ji=fi. g \circ j_i = f_i.
(21)

En vertu de (20), si gg existe, on a nécessairement, pour tout x∈⨁i∈IEix \in \bigoplus_{i \in I} E_i, g(x)=∑ig(ji(pri(x)))=∑ifi(pri(x))g(x) = \sum_i g(j_i(\mathrm{pr}_i(x))) = \sum_i f_i(\mathrm{pr}_i(x)), d’où l’unicité de gg. Inversement, en posant g(x)=∑ifi(pri(x))g(x) = \sum_i f_i(\mathrm{pr}_i(x)) pour tout x∈⨁i∈IEix \in \bigoplus_{i \in I} E_i, on vérifie aussitôt qu’on définit une application linéaire satisfaisant aux conditions de l’énoncé.

Lorsque aucune confusion n’en résulte, on pose g=∑i∈Ifig = \sum_{i \in I} f_i (ce qui est contraire aux conventions de I, p. 14, lorsque la famille (fi)(f_i) n’est pas à support fini).

En particulier, si JJ est une partie quelconque de II, les injections canoniques jij_i pour i∈Ji \in J définissent une application linéaire canonique jJ:⨁i∈JEi→⨁i∈IEij_J : \bigoplus_{i \in J} E_i \to \bigoplus_{i \in I} E_i qui à tout (xi)i∈J(x_i)_{i \in J} fait correspondre l’élément (xi′)i∈I(x'_i)_{i \in I} tel que xi′=xix'_i = x_i pour i∈Ji \in J, xi′=0x'_i = 0 pour i∉Ji \notin J; cette application est évidemment injective. En outre, si (Jλ)λ∈L(J_\lambda)_{\lambda \in L} est une partition de II, l’application i:⨁λ∈L(⨁i∈JλEi)→⨁i∈IEii : \bigoplus_{\lambda \in L} (\bigoplus_{i \in J_\lambda} E_i) \to \bigoplus_{i \in I} E_i correspondant à la famille (jJλ)(j_{J_\lambda}) par la prop. 6 est un isomorphisme, dit canonique (« associativité » de la somme directe).

Corollaire 1

Soient (Ei)i∈I,(Fλ)λ∈L(E_i)_{i \in I}, (F_\lambda)_{\lambda \in L} deux familles de AA-modules. L’application

HomA(⨁i∈IEi,∏λ∈LFλ)→∏(i,λ)∈I×LHomA(Ei,Fλ) \text{Hom}_A\left(\bigoplus_{i \in I} E_i, \prod_{\lambda \in L} F_\lambda\right) \to \prod_{(i, \lambda) \in I \times L} \text{Hom}_A(E_i, F_\lambda)
qui, à tout g∈HomA(⨁i∈LEi,∏λ∈LFλ)g \in \text{Hom}_A\left(\bigoplus_{i \in L} E_i, \prod_{\lambda \in L} F_\lambda\right), fait correspondre la famille (pr⁡λ∘g∘ji)(\operatorname{pr}_\lambda \circ g \circ j_i), est un isomorphisme (dit canonique) de Z\mathbf{Z}-modules. Cela résulte de la prop. 6 et de II, p. 10, prop. 4.

Corollaire 2

Soient (Ei)i∈I(E_i)_{i \in I} une famille de AA-modules, FF un AA-module, et pour chaque i∈Ii \in I, soit fi:Ei→Ff_i : E_i \to F une application linéaire. Pour que f=∑i∈Ifif = \sum_{i \in I} f_i soit un isomorphisme de E=⨁i∈IEiE = \bigoplus_{i \in I} E_i sur FF, il faut et il suffit qu’il existe pour chaque i∈Ii \in I une application linéaire gi:F→Eig_i : F \to E_i vérifiant les propriétés suivantes: 1∘1^\circ gi∘fi=1Eig_i \circ f_i = 1_{E_i} pour tout i∈Ii \in I. 2∘2^\circ gi∘fκ=0g_i \circ f_\kappa = 0 pour i≠κi \neq \kappa. 3∘3^\circ Pour tout y∈Fy \in F, la famille (gi(y))(g_i(y)) a un support fini et l’on a

y=∑i∈Ifi(gi(y)). y = \sum_{i \in I} f_i(g_i(y)).
On notera que si II est fini, la dernière condition s’écrit aussi
∑i∈Ifi∘gi=1F. \sum_{i \in I} f_i \circ g_i = 1_F.
Il est évident que les conditions sont nécessaires, car elles sont vérifiées par les gi=pr⁡i∘fi−1g_i = \operatorname{pr}_i \circ f_i^{-1}. Inversement, si elles sont vérifiées, pour tout y∈Fy \in F, g(y)=∑iji(gi(y))g(y) = \sum_i j_i(g_i(y)) est défini, et il est immédiat que gg est une application linéaire de FF dans EE. Pour tout y∈Fy \in F, on a f(g(y))=∑ifi(gi(y))=yf(g(y)) = \sum_i f_i(g_i(y)) = y par hypothèse. D’autre part, pour tout x∈Ex \in E, on a gκ(f(x))=gκ(∑ifi(pr⁡i(x)))=gκ(fκ(pr⁡κ(x)))=pr⁡κ(x)g_\kappa(f(x)) = g_\kappa\left(\sum_i f_i(\operatorname{pr}_i(x))\right) = g_\kappa(f_\kappa(\operatorname{pr}_\kappa(x))) = \operatorname{pr}_\kappa(x) par hypothèse; par suite g(f(x))=∑iji(gi(f(x)))=∑iji(pr⁡i(x))=xg(f(x)) = \sum_i j_i(g_i(f(x))) = \sum_i j_i(\operatorname{pr}_i(x)) = x, ce qui démontre le corollaire.

Proposition 7

(i) Soient (Ei)i∈I,(Fi)i∈I(E_i)_{i \in I}, (F_i)_{i \in I} deux familles de AA-modules ayant même ensemble d’indices II; pour toute famille d’applications linéaires fi:Ei→Fif_i : E_i \to F_i (i∈Ii \in I), la restriction à ⨁i∈IEi\bigoplus_{i \in I} E_i de l’application linéaire (xi)↦(fi(xi))(x_i) \mapsto (f_i(x_i)) est une application linéaire f:⨁i∈IEi→⨁i∈IFif : \bigoplus_{i \in I} E_i \to \bigoplus_{i \in I} F_i que l’on note ⨁i∈Ifi\bigoplus_{i \in I} f_i ou ⨁ifi\bigoplus_i f_i (ou f=fp⊕fp+1⊕⋯⊕fqf = f_p \oplus f_{p+1} \oplus \cdots \oplus f_q si I=[p,q]I = [p, q] est un intervalle de Z\mathbf{Z}). (ii) Soit (Gi)i∈I(G_i)_{i \in I} une troisième famille de AA-modules ayant II pour ensemble d’indices, et pour tout i∈Ii \in I, soit gi:Fi→Gig_i : F_i \to G_i une application linéaire; posons g=⨁igig = \bigoplus_i g_i. Pour que chacune des suites Ei→fiFi→giGiE_i \xrightarrow{f_i} F_i \xrightarrow{g_i} G_i soit exacte, il faut et il suffit que la suite

⨁iEi→f⨁iFi→g⨁iGi \bigoplus_i E_i \xrightarrow{f} \bigoplus_i F_i \xrightarrow{g} \bigoplus_i G_i
soit exacte.

Il est évident que, pour tout (xi)∈⨁iEi(x_i) \in \bigoplus_i E_i, la famille (fi(xi))(f_i(x_i)) a un support fini, d’où (i). D’autre part, dire qu’un élément y=(yi)y = (y_i) de ⨁iFi\bigoplus_i F_i appartient à Ker(g)\mathrm{Ker}(g) signifie que yi∈Ker(gi)y_i \in \mathrm{Ker}(g_i) pour tout i∈Ii \in I (II, p. 10, prop. 5); de même, si yi∈Im(fi)y_i \in \mathrm{Im}(f_i) pour tout i∈Ii \in I, il existe, pour chaque i∈Ii \in I un xi∈Eix_i \in E_i tel que yi=fi(xi)y_i = f_i(x_i), et lorsque yi=0y_i = 0 on peut supposer xi=0x_i = 0; on a donc bien y∈Im(f)y \in \mathrm{Im}(f), et la réciproque est évidente.

Corollaire 1

Sous les conditions de la prop. 7, (i), on a

Ker(f)=⨁i∈IKer(fi),Im(f)=⨁i∈IIm(fi) \mathrm{Ker}(f) = \bigoplus_{i \in I} \mathrm{Ker}(f_i), \qquad \mathrm{Im}(f) = \bigoplus_{i \in I} \mathrm{Im}(f_i)
et on a des isomorphismes canoniques
Coı¨m(f)→⨁i∈ICoı¨m(fi),Coker(f)→⨁i∈ICoker(fi) \mathrm{Coïm}(f) \to \bigoplus_{i \in I} \mathrm{Coïm}(f_i), \qquad \mathrm{Coker}(f) \to \bigoplus_{i \in I} \mathrm{Coker}(f_i)
définis comme dans II, p. 11, corollaire. En particulier, pour que ff soit injective (resp. surjective, bijective, nulle), il faut et il suffit que chacune des fif_i soit injective (resp. surjective, bijective, nulle).

Si, pour tout i∈Ii \in I, on considère un sous-module FiF_i de EiE_i, le module ⨁i∈IFi\bigoplus_{i \in I} F_i est un sous-module de ⨁i∈IEi\bigoplus_{i \in I} E_i, et en vertu du cor. 1 de la prop. 7, on a un isomorphisme canonique

⨁i∈I(Ei/Fi)→(⨁i∈IEi)/(⨁i∈IFi). \bigoplus_{i \in I} (E_i/F_i) \to (\bigoplus_{i \in I} E_i)/(\bigoplus_{i \in I} F_i).

Corollaire 2

Soient (Ei)i∈I(E_i)_{i \in I}, (Ei′)i∈I(E'_i)_{i \in I}, (Fλ)λ∈L(F_\lambda)_{\lambda \in L}, (Fλ′)λ∈L(F'_\lambda)_{\lambda \in L} quatre familles de A-modules, et pour chaque i∈Ii \in I (resp. chaque λ∈L\lambda \in L) soit ui:Ei′→Eiu_i : E'_i \to E_i (resp. vλ:Fλ→Fλ′v_\lambda : F_\lambda \to F'_\lambda) une application linéaire. Alors le diagramme

Hom(⨁i∈IEi′,∏λ∈LFλ′)→φ′∏(i,λ)∈I×LHom(Ei′,Fλ′)↑Hom(⨁iui,∏λvλ)↑∏Hom(ui,vλ)Hom(⨁i∈IEi,∏λ∈LFλ)→φ∏(i,λ)∈I×LHom(Ei,Fλ) \begin{array}{ccc} \mathrm{Hom}(\bigoplus_{i \in I} E'_i, \prod_{\lambda \in L} F'_\lambda) & \xrightarrow{\varphi'} & \prod_{(i, \lambda) \in I \times L} \mathrm{Hom}(E'_i, F'_\lambda) \\ \uparrow \mathrm{Hom}(\bigoplus_{i} u_i, \prod_{\lambda} v_\lambda) & & \uparrow \prod \mathrm{Hom}(u_i, v_\lambda) \\ \mathrm{Hom}(\bigoplus_{i \in I} E_i, \prod_{\lambda \in L} F_\lambda) & \xrightarrow{\varphi} & \prod_{(i, \lambda) \in I \times L} \mathrm{Hom}(E_i, F_\lambda) \end{array}
(où φ\varphi et φ′\varphi' sont les isomorphismes canoniques définis dans II, p. 13, corollaire 1) est commutatif.

La vérification découle immédiatement des définitions.

Lorsque tous les EiE_i sont identiques à un même A-module EE, la somme directe ⨁i∈IEi\bigoplus_{i \in I} E_i se note aussi E(I)E^{(I)}: ses éléments sont les applications de II dans EE, de support fini. Si, pour tout ii, on prend pour fif_i l’application identique E→EE \to E, on obtient par la prop. 6 de II, p. 12, une application linéaire canonique E(I)→EE^{(I)} \to E, dite application codiagonale, et qui à toute famille (xi)i∈I(x_i)_{i \in I} d’éléments de EE, de support fini, fait correspondre sa somme ∑i∈Ixi\sum_{i \in I} x_i.

Remarque

Rappelons que la définition de la somme directe s’étend aussitôt à une famille (Ei)i∈I(E_i)_{i \in I} de groupes non nécessairement commutatifs, la notation multiplicative remplaçant bien entendu la notation additive; on dit alors « somme restreinte » au lieu de « somme directe » (I, p. 45). On notera que EE est sous-groupe distingué du produit F=∏i∈IEiF = \prod_{i \in I} E_i, et chacun des jk(Ek)j_k(E_k) est un sous-groupe distingué de FF; en outre, pour deux indices distincts λ,μ\lambda, \mu, tout élément de jλ(Eλ)j_\lambda(E_\lambda) est permutable à tout élément de jμ(Eμ)j_\mu(E_\mu). La prop. 6 (II p. 12) s’étend au cas général moyennant l’hypothèse que pour deux indices distincts λ,μ\lambda, \mu, tout élément de fλ(Eλ)f_\lambda(E_\lambda) soit permutable dans MM à tout élément de fμ(Eμ)f_\mu(E_\mu) (I, p. 45, prop. 12). On en déduit aussitôt la propriété d’« associativité » de la somme restreinte. La prop. 7 et ses corollaires 1 et 2 (II, p. 13–14) subsistent sans modification.

7. Intersection et somme de sous-modules

Pour toute famille (Mi)i∈I(M_i)_{i \in I} de sous-modules d’un A-module EE, l’intersection ⋂i∈IMi\bigcap_{i \in I} M_i est un sous-module de EE. Si, pour chaque i∈Ii \in I, on désigne par φi\varphi_i l’homomorphisme canonique E→E/MiE \to E/M_i, ⋂i∈IMi\bigcap_{i \in I} M_i est le noyau de l’homomorphisme φ:x↦(φi(x))\varphi : x \mapsto (\varphi_i(x)) de EE dans ∏i∈I(E/Mi)\prod_{i \in I} (E/M_i), autrement dit, on a une suite exacte

0⟶⋂i∈IMi⟶E⟶φ∏i∈I(E/Mi). 0 \longrightarrow \bigcap_{i \in I} M_i \longrightarrow E \overset{\varphi}{\longrightarrow} \prod_{i \in I} (E/M_i).

L’application linéaire φ\varphi et l’application

E/(⋂i∈IMi)→∏i∈I(E/Mi) E/(\bigcap_{i \in I} M_i) \to \prod_{i \in I} (E/M_i)
qu’on en déduit par passage au quotient, sont dites canoniques.

En particulier: Proposition 8. — Si une famille (Mi)i∈I(M_i)_{i \in I} de sous-modules de EE a une intersection réduite à 00, E est canoniquement isomorphe à un sous-module de ∏i∈I(E/Mi)\prod_{i \in I} (E/M_i).

Étant donnée une partie XX d’un A-module EE, l’intersection FF des sous-modules de EE contenant XX est appelée le sous-module engendré par XX et on dit que XX est un ensemble générateur (ou un système générateur) de FF (I, p. 32); pour une famille (ai)i∈I(a_i)_{i \in I} d’éléments de EE, on appelle sous-module engendré par la famille (ai)(a_i) le sous-module engendré par l’ensemble des aia_i.

On dit qu’un A-module est de type fini s’il possède un ensemble générateur fini.

Proposition 9

Le sous-module engendré par une famille* (ai)i∈I(a_i)_{i \in I} d’éléments d’un A-module E est l’ensemble des combinaisons linéaires de la famille (ai)(a_i).

En effet, tout sous-module de E qui contient tous les aia_i contient aussi les combinaisons linéaires des aia_i. Inversement, les formules (1) et (2) de II, p. 3 prouvent que l’ensemble des combinaisons linéaires des aia_i est un sous-module de E qui contient évidemment tous les aia_i, et est donc le plus petit sous-module les contenant.

Corollaire 1

Soient* u:E→Fu : E \to F une application linéaire, S une partie de E, M le sous-module de E engendré par S. Alors u(M)u(M) est le sous-module de F engendré par u(S)u(S).

En particulier, l’image par uu de tout sous-module de type fini de E est un sous-module de type fini de F.

Remarque

Si l’on a u(x)=0u(x) = 0 pour tout x∈Sx \in S, on a aussi u(x)=0u(x) = 0 pour tout x∈Mx \in M. Nous nous référerons parfois à ce résultat sous le nom de « principe de prolongement des identités linéaires » ou « principe de prolongement par linéarité ».

En particulier, pour vérifier qu’une application linéaire u:E→Fu : E \to F est de la forme v∘φv \circ \varphi, où v:E/M→Fv : E/M \to F est linéaire et φ:E→E/M\varphi : E \to E/M est l’application canonique, il suffit de vérifier que u(S)=0u(S) = 0.

Corollaire 2

Le sous-module engendré par la réunion d’une famille* (Mi)i∈I(M_i)_{i \in I} de sous-modules d’un module E, est identique à l’ensemble des sommes ∑i∈Ixi\sum_{i \in I} x_i, où (xi)i∈I(x_i)_{i \in I} parcourt l’ensemble des familles d’éléments de E, de support fini et telles que xi∈Mix_i \in M_i pour tout i∈Ii \in I.

En effet, il est clair que toute combinaison linéaire d’éléments de ⋃i∈IMi\bigcup_{i \in I} M_i a la forme ci-dessus, la réciproque étant évidente.

On dit que le sous-module de E engendré par la réunion d’une famille (Mi)i∈I(M_i)_{i \in I} de sous-modules de E est la somme de la famille (Mi)(M_i) et on le note ∑i∈IMi\sum_{i \in I} M_i. Si pour tout i∈Ii \in I, hih_i est l’injection canonique Mi→EM_i \to E, et h:(xi)↦∑ihi(xi)h : (x_i) \mapsto \sum_i h_i(x_i) l’application linéaire de ⨁i∈IMi\bigoplus_{i \in I} M_i dans E correspondant à la famille (hi)(h_i) (II, p. 12, prop. 6), ∑i∈IMi\sum_{i \in I} M_i est l’*image* de hh; autrement dit, on a une *suite exacte

⨁i∈IMi→hE⟶E/(∑i∈IMi)⟶0. \bigoplus_{i \in I} M_i \xrightarrow{h} E \longrightarrow E / (\sum_{i \in I} M_i) \longrightarrow 0.

(28)

Corollaire 3

Si* (Mλ)λ∈L(M_\lambda)_{\lambda \in L} est une famille filtrante croissante de sous-modules d’un A-module E, la somme ∑λ∈LMλ\sum_{\lambda \in L} M_\lambda est identique à la réunion ⋃λ∈LMλ\bigcup_{\lambda \in L} M_\lambda.

En effet, on a toujours ⋃λ∈LMλ⊂∑λ∈LMλ\bigcup_{\lambda \in L} M_\lambda \subset \sum_{\lambda \in L} M_\lambda sans hypothèse; en outre, pour toute sous-famille finie (Mλ)λ∈J(M_\lambda)_{\lambda \in J} de (Mλ)λ∈L(M_\lambda)_{\lambda \in L}, il existe par hypothèse un μ∈L\mu \in L tel que Mλ⊂MμM_\lambda \subset M_\mu pour tout λ∈J\lambda \in J, donc ∑λ∈JMλ⊂Mμ\sum_{\lambda \in J} M_\lambda \subset M_\mu, et il résulte donc du cor. 2 que ∑λ∈LMλ⊂⋃λ∈LMλ\sum_{\lambda \in L} M_\lambda \subset \bigcup_{\lambda \in L} M_\lambda.

Corollaire 4

Soient 0⟶E⟶F→gG⟶00 \longrightarrow E \longrightarrow F \xrightarrow{g} G \longrightarrow 0 une suite exacte de A-modules, S un système générateur de E, T un système générateur de G. Si T' est une partie de F telle que g(T′)=T,T′∪f(S)g(T') = T, T' \cup f(S) est un système générateur de F.

En effet, le sous-module F' de F engendré par T' ∪f(S)\cup f(S) contient f(E)f(E), et comme g(F′)g(F') contient T, on a g(F′)=Gg(F') = G; d'où F′=FF' = F.

Corollaire 5

Dans une suite exacte 0→E→F→G→00 \to E \to F \to G \to 0 de A-modules, si E et G sont de type fini, il en est de même de F.

Proposition 10

Soient M, N deux sous-modules d'un A-module E. On a alors deux suites exactes

(29)0⟶M∩N→uM⊕N→i−jM+N⟶0 (29) \quad 0 \longrightarrow M \cap N \xrightarrow{u} M \oplus N \xrightarrow{i-j} M + N \longrightarrow 0
(30)0⟶E/(M∩N)→v(E/M)⊕(E/N)→p−qE/(M+N)⟶0 (30) \quad 0 \longrightarrow E/(M \cap N) \xrightarrow{v} (E/M) \oplus (E/N) \xrightarrow{p-q} E/(M + N) \longrightarrow 0

où i:M→M+N,j:N→M+Ni : M \to M + N, j : N \to M + N sont les injections canoniques,

p:E/M→E/(M+N) et q:E/N→E/(M+N) p : E/M \to E/(M + N) \text{ et } q : E/N \to E/(M + N)

les surjections canoniques, et où les homomorphismes u et v sont définis comme suit: si f:M∩N→M→M⊕Nf : M \cap N \to M \to M \oplus N et g:M∩N→N→M⊕Ng : M \cap N \to N \to M \oplus N sont les injections canoniques, u=f+gu = f + g, et si r:E/(M∩N)→E/M→(E/M)⊕(E/N)r : E/(M \cap N) \to E/M \to (E/M) \oplus (E/N) et

s:E/(M∩N)→E/N→(E/M)⊕(E/N) s : E/(M \cap N) \to E/N \to (E/M) \oplus (E/N)
sont les applications canoniques, v=r+sv = r + s.

Prouvons l'exactitude de (29): il est évident que i−ji - j est surjective et que u est injective. En outre, dire que (i−j)(x,y)=0(i - j)(x, y) = 0, où x∈Mx \in M et y∈Ny \in N, signifie que i(x)−j(y)=0i(x) - j(y) = 0, donc i(x)=j(y)=z∈M∩Ni(x) = j(y) = z \in M \cap N, d'où par définition x=f(z)x = f(z), y=g(z)y = g(z), ce qui prouve que Ker⁡(i−j)=Im⁡u\operatorname{Ker}(i - j) = \operatorname{Im} u.

Prouvons l'exactitude de (30): il est clair que p−qp - q est surjective. D'autre part, dire que v(t)=0v(t) = 0 pour t∈E/(M∩N)t \in E/(M \cap N) signifie que r(t)=s(t)=0r(t) = s(t) = 0, donc que t est la classe mod. (M ∩\cap N) d'un élément z∈Ez \in E dont les classes mod. M et mod. N sont nulles, ce qui entraîne z∈M∩Nz \in M \cap N et t=0t = 0. Enfin, dire que (p−q)(x,y)=0(p - q)(x, y) = 0 où x∈E/M,y∈E/Nx \in E/M, y \in E/N signifie que p(x)=q(y)p(x) = q(y), ou encore qu'il existe deux éléments z′,z′′z', z'' de E dont les classes mod. M et mod. N respectivement sont x et y et qui sont tels que z′−z′′∈M+Nz' - z'' \in M + N. Il existe donc t′∈M,t′′∈Nt' \in M, t'' \in N tels que z′−z′′=t′−t′′z' - z'' = t' - t'', d'où z′−t′=z′′−t′′=zz' - t' = z'' - t'' = z. Soit w la classe mod. (M ∩\cap N) de z; r(w)r(w) est la classe mod. M de z, donc aussi celle de z′z', c'est-à-dire x; de même s(w)=ys(w) = y, ce qui achève de prouver que Ker⁡(p−q)=Im⁡v\operatorname{Ker}(p - q) = \operatorname{Im} v.

8. Sommes directes de sous-modules

Définition 6

On dit qu'un A-module E est somme directe d'une famille (Mi)i∈I(M_i)_{i \in I} de sous-modules de E si l'application canonique ⨁i∈IMi→E\bigoplus_{i \in I} M_i \to E (II, p. 12) est un isomorphisme.

Il revient au même de dire que tout x∈Ex \in E peut s'écrire d'une seule manière sous la forme x=∑ι∈Ixιx = \sum_{\iota \in I} x_\iota, où xι∈Eιx_\iota \in E_\iota pour tout ι∈I\iota \in I; l’élément xιx_\iota correspondant ainsi à xx est appelé le composant de xx dans EιE_\iota; l’application x↦xιx \mapsto x_\iota est linéaire.

Remarque 1

Soient (Mι)ι∈I(M_\iota)_{\iota \in I}, (Nι)ι∈I(N_\iota)_{\iota \in I} deux familles de sous-modules d’un module EE, ayant même ensemble d’indices; supposons que EE soit à la fois somme directe de la famille (Mι)(M_\iota) et de la famille (Nι)(N_\iota), et que l’on ait Nι⊂MιN_\iota \subset M_\iota pour tout ι∈I\iota \in I. Alors on a Nι=MιN_\iota = M_\iota pour tout ι∈I\iota \in I, comme il résulte aussitôt du cor. 1 de II, p. 14 appliqué aux injections canoniques fι:Nι→Mιf_\iota : N_\iota \to M_\iota.

Proposition 11

Soit* (Mι)ι∈I(M_\iota)_{\iota \in I} une famille de sous-modules d’un A-module EE. Les propriétés suivantes sont équivalentes:

a) Le sous-module ∑ι∈IMι\sum_{\iota \in I} M_\iota est somme directe de la famille (Mι)ι∈I(M_\iota)_{\iota \in I}.

b) La relation ∑ι∈Ixι=0\sum_{\iota \in I} x_\iota = 0, où xι∈Mιx_\iota \in M_\iota pour tout ι∈I\iota \in I, entraîne xι=0x_\iota = 0 pour tout ι∈I\iota \in I.

c) Pour tout κ∈I\kappa \in I, l’intersection de MκM_\kappa et de ∑ι≠κMι\sum_{\iota \neq \kappa} M_\iota est réduite à 0.

Il est immédiat que a) et b) sont équivalentes, puisque la relation ∑ιxι=∑ιyι\sum_\iota x_\iota = \sum_\iota y_\iota est équivalente à ∑ι(xι−yι)=0\sum_\iota (x_\iota - y_\iota) = 0. D’autre part, en vertu de la déf. 6, a) entraîne c) puisque l’expression d’un élément de ⨁ι∈IMι\bigoplus_{\iota \in I} M_\iota comme somme d’éléments xι∈Mιx_\iota \in M_\iota est unique. Enfin, la relation ∑ιxι=0\sum_\iota x_\iota = 0, où xι∈Mιx_\iota \in M_\iota pour tout ι\iota, s’écrit, pour tout κ∈I\kappa \in I, xκ=∑ι≠κ(−xι)x_\kappa = \sum_{\iota \neq \kappa} (-x_\iota); la condition c) entraîne alors xκ=0x_\kappa = 0 pour tout κ∈I\kappa \in I, donc c) entraîne b).

Définition 7

On dit qu’un endomorphisme* ee d’un A-module EE est un projecteur si e∘e=ee \circ e = e (autrement dit, si ee est un idempotent dans l’anneau End(E)\mathrm{End}(E)*).* Dans End(E)\mathrm{End}(E), on dit qu’une famille (eλ)λ∈L(e_\lambda)_{\lambda \in L} de projecteurs est orthogonale si l’on a eλ∘eμ=0e_\lambda \circ e_\mu = 0 pour λ≠μ\lambda \neq \mu.

Proposition 12

Soit* EE un A-module.

(i) Si EE est somme directe d’une famille (Mλ)λ∈L(M_\lambda)_{\lambda \in L} de sous-modules et si, pour tout x∈Ex \in E, eλ(x)e_\lambda(x) est le composant de xx dans MλM_\lambda, (eλ)(e_\lambda) est une famille orthogonale de projecteurs telle que x=∑λ∈Leλ(x)x = \sum_{\lambda \in L} e_\lambda(x) pour tout x∈Ex \in E.

(ii) Inversement, si (eλ)λ∈L(e_\lambda)_{\lambda \in L} est une famille orthogonale de projecteurs dans End(E)\mathrm{End}(E) telle que x=∑λ∈Leλ(x)x = \sum_{\lambda \in L} e_\lambda(x) pour tout x∈Ex \in E, EE est somme directe de la famille des sous-modules Mλ=eλ(E)M_\lambda = e_\lambda(E).

La propriété (i) découle des définitions, et (ii) est un cas particulier du cor. 2 de II, p. 13, appliqué aux injections canoniques Mλ→EM_\lambda \to E et aux applications eλ:E→Mλe_\lambda : E \to M_\lambda.

On notera que lorsque L est fini, la condition x=∑λ∈Leλ(x)x = \sum_{\lambda \in L} e_\lambda(x) pour tout x∈Ex \in E s’écrit aussi dans End (E)

(31)

1E=∑λ∈Leλ. 1_E = \sum_{\lambda \in L} e_\lambda.

Corollaire

Pour tout projecteur e de E, E est somme directe de l’image M = e(E) et du noyau N = \overline{e}^{-1}(0) de e; pour tout x = x_1 + x_2 \in E avec x_1 \in M et x_2 \in N, on a x_1 = e(x); 1 - e est un projecteur de E, d’image N et de noyau M.

On a en effet (1−e)2=1−2e+e2=1−e(1 - e)^2 = 1 - 2e + e^2 = 1 - e dans End(E), donc 1−e1 - e est un projecteur; comme en outre e(1−e)=(1−e)e=e−e2=0e(1 - e) = (1 - e)e = e - e^2 = 0, E est somme directe des images M et N de e et 1−e1 - e en vertu de la prop. 12. Enfin, pour tout x∈Ex \in E, la relation x∈Mx \in M est équivalente à x=e(x)x = e(x); en effet, x=e(x)x = e(x) entraîne par définition x∈Mx \in M, et inversement, si x=e(x′)x = e(x') avec x′∈Ex' \in E, on a e(x)=e2(x′)=e(x′)=xe(x) = e^2(x') = e(x') = x; ceci montre donc que M est le noyau de 1−e1 - e; en échangeant les rôles de e et de 1−e1 - e, on voit de même que N est le noyau de e.

Remarque 2). — Soient E, F deux A-modules, tels que E soit somme directe d’une famille (Mi)(M_i) de sous-modules, et F somme directe d’une famille finie (Nj)1≤j≤n(N_j)_{1 \leq j \leq n} de sous-modules. On sait alors (II, p. 13, cor. 1) que HomA(E,F)\mathrm{Hom}_A(E, F) s’identifie canoniquement au produit ∏i,jHomA(Mi,Nj)\prod_{i,j} \mathrm{Hom}_A(M_i, N_j); de façon précise, à une famille (uji)(u_{ji}), où uji∈HomA(Mi,Nj)u_{ji} \in \mathrm{Hom}_A(M_i, N_j) correspond l’application linéaire u:E→Fu : E \to F définie de la façon suivante. Il suffit de définir la restriction de uu à chacun des MiM_i, et pour xi∈Mix_i \in M_i, on a

u(xi)=∑j=1nuji(xi). u(x_i) = \sum_{j=1}^n u_{ji}(x_i).
Soit maintenant G un troisième A-module, somme directe d’une famille finie (Pk)1≤k≤p(P_k)_{1 \leq k \leq p} de sous-modules; soit vv une application linéaire de F dans G et soit (vkj)∈∏j,kHomA(Nj,Pk)(v_{kj}) \in \prod_{j, k} \mathrm{Hom}_A(N_j, P_k) la famille qui lui correspond canoniquement. Pour tout xi∈Mix_i \in M_i, on a
v(u(xi))=∑j=1nv(uji(xi))=∑k=1p∑j=1nvkj(uji(xi)). v(u(x_i)) = \sum_{j=1}^n v(u_{ji}(x_i)) = \sum_{k=1}^p \sum_{j=1}^n v_{kj}(u_{ji}(x_i)).
On voit donc que, si l’on pose (32)
wki=∑j=1nvkj∘uji∈HomA(Mi,Pk) w_{ki} = \sum_{j=1}^n v_{kj} \circ u_{ji} \in \mathrm{Hom}_A(M_i, P_k)
la famille (wki)(w_{ki}) correspond canoniquement à l’application linéaire composée w=v∘uw = v \circ u de E dans G (cf. II, p. 147).

9. Sous-modules supplémentaires

Définition 8

Dans un A-module E, on dit que deux sous-modules M1,M2M_1, M_2 sont supplémentaires si E est somme directe de M1M_1 et M2M_2.

La prop. 11 de II, p. 18 montre que, pour que M1M_1 et M2M_2 soient supplémentaires, il faut et il suffit que M1+M2=EM_1 + M_2 = E et M1∩M2={0}M_1 \cap M_2 = \{0\} (cf. I, p. 46, prop. 15).

Proposition 13

Soient M1,M2M_1, M_2 deux sous-modules supplémentaires dans un A-module E. La restriction à M1M_1 de l’application canonique E→E/M2E \to E/M_2 est un isomorphisme de M1M_1 sur E/M2E/M_2.

En effet, cette application linéaire est surjective puisque M1+M2=EM_1 + M_2 = E, et elle est injective puisque son noyau est l’intersection de M1M_1 et du noyau M2M_2 de E→E/M2E \to E/M_2, donc est réduit à 0.

Corollaire

Si M2M_2 et M2′M'_2 sont tous deux supplémentaires d’un même sous-module M1M_1 de E, l’ensemble des couples (x,x′)∈M2×M2′(x, x') \in M_2 \times M'_2 tels que x−x′∈M1x - x' \in M_1 est le graphe d’un isomorphisme de M2M_2 sur M2′M'_2.

Il est immédiat en effet que c’est le graphe de l’isomorphisme composé M2→E/M1→M2′M_2 \to E/M_1 \to M'_2.

Définition 9

On dit qu’un sous-module M d’un A-module E est facteur direct de E s’il possède un sous-module supplémentaire dans E.

Lorsqu’il en est ainsi, E/ME/M est isomorphe à un supplémentaire de M (prop. 13).

Un sous-module n’admet pas nécessairement de supplémentaire (II, p. 180, exerc. 11). Lorsqu’un sous-module est facteur direct, il a en général plusieurs supplémentaires distincts ; ces supplémentaires sont toutefois deux à deux canoniquement isomorphes (cor. de la prop. 13).

Proposition 14

Pour qu’un sous-module M d’un module E soit facteur direct, il faut et il suffit qu’il existe un projecteur de E dont l’image soit M, ou un projecteur de E dont le noyau soit M.

Cela résulte immédiatement de II, p. 18–19, prop. 12 et corollaire.

Proposition 15

Étant donnée une suite exacte de A-modules

0⟶E→fF→gG⟶0 0 \longrightarrow E \xrightarrow{f} F \xrightarrow{g} G \longrightarrow 0

les conditions suivantes sont équivalentes:

a) Le sous-module f(E)f(E) de F est facteur direct.

b) Il existe une rétraction linéaire r:F→Er : F \to E associée à ff (E, II, p. 18, déf. 11).

c) Il existe une section linéaire s:G→Fs : G \to F associée à gg (E, II, p. 18, déf. 11).

Lorsqu’il en est ainsi, f+s:E⊕G→Ff + s : E \oplus G \to F est un isomorphisme.

S’il existe un projecteur ee dans End(F)\mathrm{End}(F) tel que e(F)=f(E)e(F) = f(E), l’homomorphisme f−1∘e:F→Ef^{-1} \circ e : F \to E est une rétraction linéaire associée à ff; inversement, s’il existe une telle rétraction rr, il est immédiat que f∘rf \circ r est un projecteur dans F dont f(E)f(E) est l’image, donc a) et b) sont équivalentes (prop. 14). Si f(E)f(E) admet un supplémentaire E′E' dans F et si j:E′→Fj : E' \to F est l’injection canonique, g∘jg \circ j est un isomorphisme de E′E' sur G et l’isomorphisme réciproque, considéré comme application de G dans F, est une section linéaire associée à gg. Inversement, s’il existe une telle section ss, s∘gs \circ g est un projecteur dans F dont f(E)f(E) est le noyau, donc a) et c) sont équivalentes (prop. 14). En outre s est une bijection de G sur s(G), et comme s(G) est supplémentaire de f(E), f + s est un isomorphisme.

On notera que la donnée de r (resp. s) équivaut à la donnée d’un supplémentaire de f(E) dans F, savoir le noyau de r (resp. l’image de s).

Lorsque la suite exacte (33) vérifie les conditions de la prop. 15, on dit qu’elle est scindée ou que (F, f, g) est une extension triviale de G par E (I, p. 63).

Corollaire 1

Soit u : E → F une application linéaire. Pour qu’il existe une application linéaire v : F → E telle que u ◦ v = 1_F (cas où on dit que u est inversible à droite et que v est inverse à droite de u), il faut et il suffit que u soit surjective et que son noyau soit facteur direct dans E. Le sous-module Im(v) de E est alors supplémentaire de Ker(u).

Il est évidemment nécessaire que u soit surjective; comme v est alors une section associée à u, la conclusion résulte de la prop. 15.

Corollaire 2

Soit u : E → F une application linéaire. Pour qu’il existe une application linéaire v : F → E telle que v ◦ u = 1_E (cas où on dit que u est inversible à gauche et que v est inverse à gauche de u), il faut et il suffit que u soit injective et que son image soit facteur direct dans F. Le sous-module Ker(v) de F est alors supplémentaire de Im(u).

Il est évidemment nécessaire que u soit injective; comme v est alors une rétraction associée à u, la conclusion résulte encore de la prop. 15.

Remarque 1

Soient M, N deux sous-modules supplémentaires dans un A-module E, p, q les projecteurs de E sur M et N respectivement, correspondant à la décomposition de E en somme directe de M et N. On sait (II, p. 13, cor. 1) que, pour tout A-module F, l’application (u, v) ↦ u ◦ p + v ◦ q est un isomorphisme de

Hom⁡A(M,F)⊕Hom⁡A(N,F) \operatorname{Hom}_A(M, F) \oplus \operatorname{Hom}_A(N, F)
sur Hom⁡A(E,F)\operatorname{Hom}_A(E, F). L’image de Hom⁡A(M,F)\operatorname{Hom}_A(M, F) par cet isomorphisme est l’ensemble des applications linéaires w:E→Fw : E \to F telles que w(x)=0w(x) = 0 pour tout x∈Nx \in N.

Remarque 2

Si M, N sont deux sous-modules de E tels que M∩NM \cap N soit facteur direct de M et de N, alors M∩NM \cap N est aussi facteur direct de M+NM + N: en effet, si P (resp. Q) est un supplémentaire de M∩NM \cap N dans M (resp. N), M+NM + N est somme directe de M∩NM \cap N, P et Q, comme on le vérifie aussitôt.

10. Modules de longueur finie

Rappelons (I, p. 36, déf. 7) qu’un A-module M est dit simple s’il n’est pas réduit à 0 et s’il ne contient aucun sous-module distinct de M et de {0}. Un A-module M est dit de longueur finie s’il possède une suite de Jordan-Hölder (Mi)0≤i≤n(M_i)_{0 \leq i \leq n}, et le nombre n des quotients de cette suite (qui ne dépend pas de la suite de Jordan-Hölder de M considérée) est alors appelé la longueur de M (I, p. 42, déf. 11); nous le noterons long⁡(M)\operatorname{long}(M), ou long⁡A(M)\operatorname{long}_A(M). Un A-module réduit à 0 est de longueur 0; si M est un A-module de longueur finie non réduit à 0, on a long⁡(M)>0\operatorname{long}(M) > 0.

Proposition 16

Soient M un A-module, N un sous-module de M; pour que M soit de longueur finie, il faut et il suffit que N et M/NM/N le soient, et l’on a

(34)

long⁡(N)+long⁡(M/N)=long⁡(M). \operatorname{long}(N) + \operatorname{long}(M/N) = \operatorname{long}(M).

La démonstration a été donnée dans I, p. 42, prop. 10.

Corollaire 1

Soit MM un AA-module de longueur finie; pour qu’un sous-module NN de MM soit égal à MM, il faut et il suffit que long⁡(N)=long⁡(M)\operatorname{long}(N) = \operatorname{long}(M).

Corollaire 2

Soit u:M→Nu : M \to N un homomorphisme de AA-modules. Si MM ou NN est de longueur finie, il en est de même de Im⁡(u)\operatorname{Im}(u). Si MM est de longueur finie, il en est de même de Ker⁡(u)\operatorname{Ker}(u) et l’on a

(35)

long⁡(Im⁡(u))+long⁡(Ker⁡(u))=long⁡(M). \operatorname{long}(\operatorname{Im}(u)) + \operatorname{long}(\operatorname{Ker}(u)) = \operatorname{long}(M).

Si NN est de longueur finie, il en est de même de Coker⁡(u)\operatorname{Coker}(u) et l’on a

(36)

long⁡(Im⁡(u))+long⁡(Coker⁡(u))=long⁡(N). \operatorname{long}(\operatorname{Im}(u)) + \operatorname{long}(\operatorname{Coker}(u)) = \operatorname{long}(N).

Corollaire 3

Soit (Mi)0≤i≤n(M_i)_{0 \leq i \leq n} une famille finie de AA-modules de longueur finie. S’il existe une suite exacte d’applications linéaires

(37)

0⟶M0→u0M1→u1M2⟶⋯⟶Mn−1→un−1Mn⟶0 \begin{array}{cccccccccccccc} 0 & \longrightarrow & M_0 & \xrightarrow{u_0} & M_1 & \xrightarrow{u_1} & M_2 & \longrightarrow & \cdots \longrightarrow & M_{n-1} & \xrightarrow{u_{n-1}} & M_n & \longrightarrow & 0 \end{array}

on a la relation

(38)

∑k=0n(−1)klong⁡(Mk)=0. \sum_{k=0}^{n} (-1)^k \operatorname{long}(M_k) = 0.

Le corollaire est évident pour n=1n = 1 et n’est autre que la prop. 16 pour n=2n = 2; raisonnons par récurrence sur nn. Si Mn−1′=Im⁡(un−2)M'_{n-1} = \operatorname{Im}(u_{n-2}), on a, par l’hypothèse de récurrence,

∑k=0n−2(−1)klong⁡(Mk)+(−1)n−1long⁡(Mn−1′)=0. \sum_{k=0}^{n-2} (-1)^k \operatorname{long}(M_k) + (-1)^{n-1} \operatorname{long}(M'_{n-1}) = 0.

D’autre part, la suite exacte 0→Mn−1′→Mn−1→Mn→00 \to M'_{n-1} \to M_{n-1} \to M_n \to 0 donne

long⁡(Mn−1′)+long⁡(Mn)=long⁡(Mn−1), \operatorname{long}(M'_{n-1}) + \operatorname{long}(M_n) = \operatorname{long}(M_{n-1}),

d’où la relation (38).

Corollaire 4

Soient MM et NN deux sous-modules de longueur finie d’un AA-module EE; alors M+NM + N est de longueur finie et l’on a

(39)

long⁡(M+N)+long⁡(M∩N)=long⁡(M)+long⁡(N). \operatorname{long}(M + N) + \operatorname{long}(M \cap N) = \operatorname{long}(M) + \operatorname{long}(N).

Il suffit d’appliquer le cor. 3 à la suite exacte (29) (II, p. 17)

0→M∩N→M⊕N→M+N→0 0 \to M \cap N \to M \oplus N \to M + N \to 0

en tenant compte de ce que long⁡(M⊕N)=long⁡(M)+long⁡(N)\operatorname{long}(M \oplus N) = \operatorname{long}(M) + \operatorname{long}(N) d’après (34).

Corollaire 5

Soit MM un AA-module somme d’une famille finie (Ni)(N_i) de sous-modules de longueur finie. Alors MM est de longueur finie et on a

long(M)≤∑ilong(Ni). \text{long}(M) \leq \sum_i \text{long}(N_i).

En outre, pour que les deux membres de (40) soient égaux, il faut et il suffit que MM soit somme directe des NiN_i.

En effet, on a vu (II, p. 16, formule (28)) que l’on a une application linéaire surjective canonique h:⨁iNi→Mh : \bigoplus_i N_i \to M; le corollaire résulte donc de (35) (II, p. 22).

Corollaire 6

Soient MM et NN deux sous-modules d’un AA-module EE tels que E/ME/M et E/NE/N soient des modules de longueur finie; alors E/(M∩N)E/(M \cap N) est de longueur finie et l’on a

long(E/(M∩N))+long(E/(M+N))=long(E/M)+long(E/N). \text{long}(E/(M \cap N)) + \text{long}(E/(M + N)) = \text{long}(E/M) + \text{long}(E/N).

Il suffit d’appliquer le cor. 3 (II, p. 22) à la suite exacte (30) (II, p. 17)

0→E/(M∩N)→(E/M)⊕(E/N)→E/(M+N)→0 0 \to E/(M \cap N) \to (E/M) \oplus (E/N) \to E/(M + N) \to 0

en tenant compte de ce que

long((E/M)⊕(E/N))=long(E/M)+long(E/N). \text{long}((E/M) \oplus (E/N)) = \text{long}(E/M) + \text{long}(E/N).

Corollaire 7

Soit (Mi)(M_i) une famille finie de sous-modules d’un AA-module EE, tels que les E/MiE/M_i soient des modules de longueur finie. Alors E/(⋂iMi)E/(\bigcap_i M_i) est de longueur finie, et l’on a

long(E/(⋂iMi))≤∑ilong(E/Mi). \text{long}(E/(\bigcap_i M_i)) \leq \sum_i \text{long}(E/M_i).

En effet, on a vu (II, p. 15, formule (27)) que l’on a une application linéaire injective canonique E/(⋂iMi)→⨁i(E/Mi)E/(\bigcap_i M_i) \to \bigoplus_i (E/M_i).

Remarque

A l’exception de II, p. 16, prop. 9, tous les résultats des n°s 2 à 10 sont valables pour les groupes commutatifs à opérateurs quelconques, les sous-modules (resp. les modules quotients) étant remplacés dans les énoncés par les sous-groupes stables (resp. par les groupes quotients par des sous-groupes stables); on convient d’appeler encore « applications linéaires » les homomorphismes de groupes à opérateurs. Les corollaires de II, p. 16, prop. 9 sont encore valables pour les groupes commutatifs à opérateurs: c’est évident pour les cor. 4 et 5, ainsi que pour le cor. 2, puisque α(∑i∈Ixi)=∑i∈Iαxi\alpha \left( \sum_{i \in I} x_i \right) = \sum_{i \in I} \alpha x_i pour tout opérateur α\alpha, et le cor. 3 s’en déduit. Quant au cor. 1, il suffit de remarquer que si NN est un sous-groupe stable de FF contenant u(S)u(S), uˉ1(N)\bar{u}^1(N) est un sous-groupe stable de EE contenant SS, donc uˉ1(N)\bar{u}^1(N) contient MM et par suite u(M)⊂Nu(M) \subset N.

11. Familles libres. Bases

Soient AA un anneau, TT un ensemble, et considérons le AA-module As(T)A_s^{(T)}. Par définition, c’est la somme directe externe d’une famille (Mt)t∈T(M_t)_{t \in T} de AA-modules tous égaux à AsA_s et pour tout t∈Tt \in T on a une injection canonique jt:As→As(T)j_t : A_s \to A_s^{(T)} (II, p. 12). Posons jt(1)=etj_t(1) = e_t, de sorte que et=(δtt′)t′∈Te_t = (\delta_{tt'})_{t' \in T}, où δtt′\delta_{tt'} est égal à 0 si t′≠tt' \neq t, à 1 si t′=tt' = t (« symbole de Kronecker »; (t,t′)↦δtt′(t, t') \mapsto \delta_{tt'} n’est autre que la fonction caractéristique de la diagonale de T×TT \times T); tout x=(ξt)t∈T∈As(T)x = (\xi_t)_{t \in T} \in A_s^{(T)} s’écrit donc d’une seule manière: x=∑t∈Tξtetx = \sum_{t \in T} \xi_t e_t. L’application φ:t↦et\varphi : t \mapsto e_t de TT dans As(T)A_s^{(T)} est dite canonique; elle est injective si AA n’est pas réduit à 0. Nous allons voir que le couple (As(T),φ)(A_s^{(T)}, \varphi) est solution d’un problème d’application universelle (E, IV, p. 22).

Proposition 17

Pour tout AA-module EE et toute application f:T→Ef : T \to E il existe une application AA-linéaire et une seule g:As(T)→Eg : A_s^{(T)} \to E telle que f=g∘φf = g \circ \varphi.

En effet, la condition f=g∘φf = g \circ \varphi signifie que g(et)=f(t)g(e_t) = f(t) pour tout t∈Tt \in T, ce qui équivaut à g(ξtet)=ξtf(t)g(\xi_t e_t) = \xi_t f(t) pour tout ξ∈A\xi \in A et tout t∈Tt \in T et signifie encore que g∘jtg \circ j_t est l’application linéaire ξ↦ξf(t)\xi \mapsto \xi f(t) de AsA_s dans EE pour tout t∈Tt \in T; la proposition est donc cas particulier de II, p. 12, prop. 6.

On dit que l’application linéaire gg est déterminée par la famille (f(t))t∈T(f(t))_{t \in T} d’éléments de EE; on a par définition

g(∑t∈Tξtet)=∑t∈Tξtf(t). g\left( \sum_{t \in T} \xi_t e_t \right) = \sum_{t \in T} \xi_t f(t).

Le noyau RR de gg est l’ensemble des (ξt)∈As(T)(\xi_t) \in A_s^{(T)} tels que l’on ait ∑tξtf(t)=0\sum_t \xi_t f(t) = 0; on dit parfois que le module RR est le module des relations linéaires entre les éléments de la famille (f(t))t∈T(f(t))_{t \in T}. On dit que la suite exacte

0⟶R⟶As(T)→gE 0 \longrightarrow R \longrightarrow A_s^{(T)} \xrightarrow{g} E

est déterminée par la famille (f(t))t∈T(f(t))_{t \in T}.

Corollaire 1

Soient T,T′T, T' deux ensembles, g:T→T′g : T \to T' une application. Il existe alors une application AA-linéaire f:A(T)→A(T′)f : A^{(T)} \to A^{(T')} et une seule rendant commutatif le diagramme

T→gT′↓φ↓φ′A(T)→fA(T′) \begin{array}{ccc} T & \xrightarrow{g} & T' \\ \downarrow \varphi & & \downarrow \varphi' \\ A^{(T)} & \xrightarrow{f} & A^{(T')} \end{array}

où φ\varphi et φ′\varphi' sont les applications canoniques.

Il suffit d’appliquer la prop. 17 à l’application composée T→gT′→φ′A(T′)T \xrightarrow{g} T' \xrightarrow{\varphi'} A^{(T')}.

Corollaire 2

Pour qu’une famille (at)t∈T(a_t)_{t \in T} d’éléments d’un AA-module EE soit un système générateur de E, il faut et il suffit que l’application linéaire As(T)→EA_s^{(T)} \to E déterminée par cette famille soit surjective.

Ce n’est qu’une autre manière d’exprimer la prop. 9 de II, p. 16.

Définition 10

On dit qu’une famille (at)t∈T(a_t)_{t \in T} d’éléments d’un A-module E est une famille libre (resp. est une base de E) si l’application linéaire As(T)→EA_s^{(T)} \to E déterminée par cette famille est injective (resp. bijective). On dit qu’un module est libre s’il possède une base.

En particulier, on dira qu’un groupe commutatif G est libre si G (noté additivement) est un Z\mathbf{Z}-module libre (cf. I, p. 87).

La déf. 10, jointe au cor. 2 de la prop. 17, montre qu’une base d’un A-module E est une famille libre génératrice de E. Toute famille libre d’éléments de E est donc une base du sous-module qu’elle engendre.

Par définition, le A-module As(T)A_s^{(T)} est libre et la famille (et)t∈T(e_t)_{t \in T} est une base (dite canonique) de ce A-module. Lorsque A≠{0}A \neq \{0\}, on identifie souvent T à l’ensemble des ete_t par la bijection canonique t↦ett \mapsto e_t; cela revient à écrire ∑t∈Tξt⋅t\sum_{t \in T} \xi_t \cdot t au lieu de ∑t∈Tξtet\sum_{t \in T} \xi_t e_t les éléments de As(T)A_s^{(T)}. Lorsqu’on adopte cette convention, les éléments de As(T)A_s^{(T)} sont appelés combinaisons linéaires formelles (à coefficients dans A) des éléments de T.

La définition 10 et la prop. 17 donnent aussitôt le résultat suivant:

Corollaire 3

Soient E un A-module libre, (at)t∈T(a_t)_{t \in T} une base de E, F un A-module, (bt)t∈T(b_t)_{t \in T} une famille d’éléments de F. Il existe une application linéaire f:E→Ff : E \to F et une seule telle que l’on ait

f(at)=btpour tout t∈T. f(a_t) = b_t \quad \text{pour tout } t \in T.

Pour que f soit injective (resp. surjective), il faut et il suffit que (bt)(b_t) soit une famille libre dans F (resp. un système générateur de F).

Lorsqu’une famille (at)t∈T(a_t)_{t \in T} n’est pas libre, on dit qu’elle est liée. La déf. 10 s’exprime encore comme suit: dire que la famille (at)t∈T(a_t)_{t \in T} est libre signifie que la relation ∑t∈Tλtat=0\sum_{t \in T} \lambda_t a_t = 0 (où la famille (λt)(\lambda_t) est à support fini) entraîne λt=0\lambda_t = 0 pour tout t∈Tt \in T; dire que (at)t∈T(a_t)_{t \in T} est une base de E signifie que tout x∈Ex \in E s’écrit d’une manière et d’une seule sous la forme x=∑t∈Tξtatx = \sum_{t \in T} \xi_t a_t; pour tout t∈Tt \in T, on dit alors que ξt\xi_t est la composante (ou la coordonnée) d’indice t de x par rapport à la base (at)(a_t); l’application x↦ξtx \mapsto \xi_t de E dans AsA_s est linéaire.

Supposons A≠{0}A \neq \{0\}; alors, dans un A-module E, deux éléments d’une famille libre (at)t∈T(a_t)_{t \in T} dont les indices sont distincts, sont eux-mêmes distincts: car si on avait at′=at′′a_{t'} = a_{t''} pour t′≠t′′t' \neq t'', on en déduirait ∑t∈Tλtat=0\sum_{t \in T} \lambda_t a_t = 0 avec λt′=1,λt′′=−1\lambda_{t'} = 1, \lambda_{t''} = -1 et λt=0\lambda_t = 0 pour les éléments de T distincts de t′t' et de t′′t''. On dira qu’une partie S de

E est une partie libre (resp. une base de E) si la famille définie par l’application identique de S sur elle-même est libre (resp. une base de E); toute famille définie par une application bijective d’un ensemble d’indices sur S est alors libre (resp. une base). Les éléments d’une partie libre de E sont encore dits linéairement indépendants.

Si une partie de E n’est pas libre, on dit qu’elle est liée, ou est un système lié, et que ses éléments sont linéairement dépendants.

Toute partie d’une partie libre de E est libre; en particulier la partie vide est libre et est une base du sous-module {0} de E.

Proposition 18

Pour qu’une famille (at)t∈T(a_t)_{t \in T} d’éléments d’un module E soit libre, il faut et il suffit que toute sous-famille finie de (at)t∈T(a_t)_{t \in T} soit libre.

Cela résulte aussitôt de la définition.

La prop. 18 montre que l’ensemble des parties libres de E, ordonné par inclusion, est inductif (E, III, p. 20); comme il n’est pas vide (puisque ∅\varnothing lui appartient), il possède un élément maximal (ai)i∈I(a_i)_{i \in I} en vertu du th. de Zorn. On en déduit (si A≠{0}A \neq \{0\}) que pour tout x∈Ex \in E, il existe un élément μ≠0\mu \neq 0 de A et une famille (ξi)(\xi_i) d’éléments de A tels que μx=∑iξiai\mu x = \sum_i \xi_i a_i (cf. II, p. 95–96).

Proposition 19

Soit E un A-module, somme directe d’une famille (Mλ)λ∈L(M_\lambda)_{\lambda \in L} de sous-modules. Si, pour chaque λ∈L\lambda \in L, SλS_\lambda est une partie libre (resp. un ensemble générateur, une base) de MλM_\lambda, alors S=⋃λ∈LSλS = \bigcup_{\lambda \in L} S_\lambda est une partie libre (resp. un ensemble générateur, une base) de E.

La proposition résulte des définitions et de la relation As(S)=⨁λ∈LAs(Sλ)A_s^{(S)} = \bigoplus_{\lambda \in L} A_s^{(S_\lambda)} (associativité de la somme directe, cf. II, p. 12).

Remarque 1). — D’après la déf. 10 (II, p. 25), si A≠{0}A \neq \{0\} et si (at)t∈I(a_t)_{t \in I} est une famille libre, aucun élément aκa_\kappa ne peut être égal à une combinaison linéaire des ata_t d’indice t≠κt \neq \kappa. Mais inversement, une famille (at)(a_t) qui vérifie cette condition n’est pas nécessairement une famille libre. Par exemple, soit A un anneau intègre, et soient a,ba, b deux éléments distincts et non nuls; dans A, considéré comme A-module, aa et bb forment un système lié, puisque l’on a (−b)a+ab=0(-b)a + ab = 0. Mais en général il n’existe pas d’élément x∈Ax \in A tel que l’on ait a=xba = xb ou b=xab = xa (cf. toutefois II, p. 96, Remarque).

On dit qu’un élément xx d’un module E est libre si {x}\{x\} est une partie libre, c’est-à-dire si la relation αx=0\alpha x = 0 entraîne α=0\alpha = 0. Tout élément d’une partie libre est libre, et en particulier 0 ne peut appartenir à aucune partie libre lorsque A≠{0}A \neq \{0\}.

Remarque 2

Un module libre peut avoir des éléments ≠0\neq 0 qui ne sont pas libres: par exemple, le A-module AsA_s est libre mais les diviseurs de zéro à droite dans A ne sont pas des éléments libres de AsA_s.

Remarque 3

Dans le groupe additif Z/(n)\mathbf{Z}/(n) (nn entier ⩾2\geqslant 2) considéré comme Z\mathbf{Z}-module, aucun élément n’est libre, et aa fortiori Z/(n)\mathbf{Z}/(n) n’est pas un module libre.

Remarque 4

Il peut se faire que tout élément ≠0\neq 0 d’un A-module soit libre, sans que ce module soit libre. Par exemple, le corps Q\mathbf{Q} des nombres rationnels est un Z\mathbf{Z}-module qui possède cette propriété, car deux éléments ≠0\neq 0 de Q\mathbf{Q} forment toujours un système lié, et une base de Q\mathbf{Q} ne pourrait donc comporter qu’un seul élément aa; mais les éléments de Q\mathbf{Q} ne sont pas tous de la forme nana, avec n∈Zn \in \mathbf{Z} (cf. VII, § 3).

Proposition 20

Tout A-module E est isomorphe à un module quotient d’un A-module libre.

En effet, si T est un ensemble générateur de E, il existe une application linéaire surjective As(T)→EA_s^{(T)} \to E (II, p. 24, cor. 2), et si R est le noyau de cette application, E est isomorphe à As(T)/RA_s^{(T)}/R.

On peut en particulier prendre T=ET = E; on a donc une application linéaire surjective As(E)→EA_s^{(E)} \to E, dite canonique.

En particulier, dire qu’un A-module E est de type fini (II, p. 15) signifie qu’il est isomorphe à un quotient d’un A-module libre ayant une base finie, ou encore qu’il existe une suite exacte de la forme

Asn→E→0(n entier >0). A_s^n \to E \to 0 \qquad (n \text{ entier } > 0).

On notera que si A≠{0}A \neq \{0\}, toute base d’un module libre de type fini E est nécessairement finie, car si S est un système générateur fini et B une base de E, chaque élément de S est combinaison linéaire d’un nombre fini d’éléments de B, et si B’ est l’ensemble de tous les éléments de B qui figurent ainsi dans l’expression des éléments de S, B’ est fini et tout x∈Ex \in E est combinaison linéaire d’éléments de B’, donc B′=BB' = B.

Proposition 21

Toute suite exacte de A-modules

0⟶G→gE→fF⟶0 0 \longrightarrow G \xrightarrow{g} E \xrightarrow{f} F \longrightarrow 0

dans laquelle F est un A-module libre, est scindée (II, p. 21). De façon précise, si (bλ)λ∈L(b_\lambda)_{\lambda \in L} est une base de F, et, pour chaque λ∈L\lambda \in L, aλa_\lambda un élément de E tel que f(aλ)=bλf(a_\lambda) = b_\lambda, la famille (aλ)λ∈L(a_\lambda)_{\lambda \in L} est libre et engendre un sous-module supplémentaire de g(G)g(G).

Il existe en effet une application linéaire h:F→Eh : F \to E et une seule telle que h(bλ)=aλh(b_\lambda) = a_\lambda pour tout λ∈L\lambda \in L (II, p. 25, cor. 3). Comme hh est une section linéaire associée à ff, la proposition résulte de I, p. 46, prop. 15.

Remarque 5). — Soit (ai)1≤i≤n(a_i)_{1 \leq i \leq n} une base d’un A-module E, et soit (bi)1≤i≤n(b_i)_{1 \leq i \leq n} une famille d’éléments de E donnée par les relations

bi=λ1ia1+⋯+λiiai(1≤i≤n) b_i = \lambda_{1i} a_1 + \cdots + \lambda_{ii} a_i \qquad (1 \leq i \leq n)
où λii\lambda_{ii} est inversible dans A; alors (bi)1≤i≤n(b_i)_{1 \leq i \leq n} est une base de E. Il suffit de raisonner par récurrence sur nn, la proposition étant évidente pour n=1n = 1. Si E’ est le sous-module de E engendré par la famille (ai)1≤i≤n−1(a_i)_{1 \leq i \leq n-1}, il résulte de l’hypothèse de récurrence que (bi)1≤i≤n−1(b_i)_{1 \leq i \leq n-1} est une base de E’; d’autre part, on déduit de (46) que si l’on avait μbn∈E′\mu b_n \in E' avec μ∈A\mu \in A, on aurait aussi μλnnan∈E′\mu \lambda_{nn} a_n \in E', d’où μ=0\mu = 0 puisque λnn\lambda_{nn} est inversible. La famille (bi)1≤i≤n(b_i)_{1 \leq i \leq n} est donc libre, et comme on a
an=−λnn−1λ1na1−⋯−λnn−1λn−1,nan−1+λnn−1bn a_n = -\lambda_{nn}^{-1} \lambda_{1n} a_1 - \cdots - \lambda_{nn}^{-1} \lambda_{n-1,n} a_{n-1} + \lambda_{nn}^{-1} b_n
on voit que (bi)1≤i≤n(b_i)_{1 \leq i \leq n} est un système générateur de E, ce qui achève la démonstration. On généralise aisément ce résultat à une famille (ai)i∈I(a_i)_{i \in I} dont l’ensemble d’indices I est bien ordonné.

12. Annulateurs. Modules fidèles. Modules monogènes

Définition 11

On appelle annulateur d’une partie S d’un A-module E l’ensemble des éléments α∈A\alpha \in A tels que αx=0\alpha x = 0 pour tout x∈Sx \in S.

L’annulateur de S se note souvent Ann(S); pour une partie S réduite à un seul élément xx, on écrit Ann(x) au lieu de Ann(\{x\}) et on dit que Ann(x) est l’annulateur de xx.

La relation αx=0\alpha x = 0 s’exprime encore en disant que xx est annulé par α\alpha.

Il est immédiat que l’annulateur d’une partie quelconque S de E est un idéal à gauche de A; pour qu’il soit égal à A, il faut et il suffit (en vertu de (M_{IV})) que S = \{0\}. Si deux parties S, T de E sont telles que S ⊂\subset T, l’annulateur de T est contenu dans l’annulateur de S. Si (St)t∈I(S_t)_{t \in I} est une famille quelconque de parties de E, l’annulateur de la réunion ⋃tSt\bigcup_t S_t est l’intersection des annulateurs des StS_t. En particulier, l’annulateur d’une partie S de E est l’intersection des annulateurs des éléments de S. Dire qu’un élément de E est libre équivaut à dire que son annulateur est \{0\}. Pour tout x∈Ex \in E et tout α∈A\alpha \in A, l’annulateur de αx\alpha x est l’ensemble des β∈A\beta \in A tels que βα∈Ann(x)\beta \alpha \in \mathrm{Ann}(x).

L’annulateur d’un sous-module M de E est un idéal bilatère de A; en effet, si αx=0\alpha x = 0 pour tout x∈Mx \in M, on a aussi α(βx)=0\alpha (\beta x) = 0 pour tout x∈Mx \in M et tout β∈A\beta \in A, donc αβ\alpha \beta appartient à l’annulateur de M pour tout β∈A\beta \in A. En particulier l’annulateur de E est un idéal bilatère de A.

Pour tout α∈A\alpha \in A, soit hαh_\alpha l’homothétie x↦αxx \mapsto \alpha x; on sait que l’application α↦hα\alpha \mapsto h_\alpha de A dans l’anneau E=HomZ(E,E)\mathscr{E} = \mathrm{Hom}_\mathbf{Z}(E, E) des endomorphismes du groupe commutatif (sans opérateur) E, est un homomorphisme d’anneaux (II, p. 43). L’image réciproque de 0 par cet homomorphisme est l’annulateur aa de E; l’image de A par l’homomorphisme α↦hα\alpha \mapsto h_\alpha est donc isomorphe à l’anneau quotient A/aA/a. On dit que le module E est fidèle si son annulateur aa est réduit à 0.

Soient E un A-module quelconque, aa un idéal bilatère de A contenu dans Ann(E), et soit α˙\dot{\alpha} un élément de l’anneau quotient A/aA/a; pour tout x∈Ex \in E, l’élément αx\alpha x est le même pour tous les α∈A\alpha \in A appartenant à la classe α˙\dot{\alpha} mod. aa; si on désigne cet élément par α˙x\dot{\alpha} x, on voit aussitôt que l’application (α˙,x)↦α˙x(\dot{\alpha}, x) \mapsto \dot{\alpha} x définit (avec l’addition dans E) une structure de (A/a)(A/a)-module sur E. Lorsqu’on prend a=Ann(E)a = \mathrm{Ann}(E), le (A/a)(A/a)-module E ainsi défini est fidèle; nous dirons que c’est le module fidèle associé au A-module E. On observera que tout sous-module d’un A-module E est aussi un sous-module du module fidèle associé, et réciproquement.

Définition 12

On dit qu’un module est monogène s’il est engendré par un seul élément.

La prop. 9 de II, p. 16 montre que, si E est un A-module monogène, et si aa est un élément engendrant E, E est identique à l’ensemble A.aA.a des ξa\xi a, où ξ\xi parcourt A.

Exemple 1

Tout groupe monogène étant commutatif (I, p. 47, prop. 18) est un Z\mathbf{Z}-module monogène.

Exemple 2

Si AA est un anneau commutatif, les sous-modules monogènes du AA-module AA ne sont autres que les idéaux principaux (I, p. 99) de l’anneau AA.

Exemple 3

Tout AA-module simple EE est monogène, puisque le sous-module de EE engendré par un élément ≠0\neq 0 de EE est nécessairement égal à EE.

Proposition 22

Soit AA un anneau. Tout module quotient de AsA_s est monogène. Inversement, soient EE un AA-module monogène, cc un générateur de EE, et aa son annulateur; l’application linéaire ξ↦ξc\xi \mapsto \xi c définit, par passage au quotient, un isomorphisme de As/aA_s/a sur EE.

Comme AsA_s est lui-même monogène, étant engendré par 1, la première assertion résulte de II, p. 16, cor. 1. La seconde est évidente, puisque ξ↦ξc\xi \mapsto \xi c est par hypothèse surjective et a pour noyau aa.

On notera que si AA n’est pas commutatif, les annulateurs de deux générateurs distincts c,c′c, c' d’un AA-module monogène EE sont en général distincts, et sont aussi distincts de l’annulateur du module EE. Au contraire, si AA est commutatif, l’annulateur d’un générateur cc de EE est contenu dans l’annulateur de tout élément de EE, donc est l’annulateur de EE tout entier.

Corollaire

Tout sous-module d’un AA-module monogène EE est isomorphe à un module quotient b/ab/a, où aa et bb sont deux idéaux à gauche de AA tels que a⊂ba \subset b. Tout module quotient d’un AA-module monogène est monogène.

La seconde assertion est immédiate, et la première résulte de la prop. 22 et de I, p. 39, th. 4.

On notera par contre qu’un sous-module d’un module monogène n’est pas nécessairement monogène. Par exemple, si AA est un anneau commutatif dans lequel il existe des idéaux non principaux (VII, § 1, no 1), ces idéaux sont des sous-modules non monogènes du AA-module monogène AA.

Il résulte des définitions que le sous-module d’un AA-module EE engendré par une famille (ai)(a_i) d’éléments de EE est la somme des sous-modules monogènes AaiAa_i de EE; pour que (ai)(a_i) soit une base de EE, il faut et il suffit que chacun des aia_i soit un élément libre de EE et que la somme des AaiAa_i soit directe.

Proposition 23

Soit EE un AA-module, somme directe d’une famille infinie (Mi)i∈I(M_i)_{i \in I} de sous-modules non réduits à 0. Pour tout système générateur SS de EE, on a Card(S)⩾Card(I)\mathrm{Card}(S) \geqslant \mathrm{Card}(I).

Pour x∈Sx \in S, soit CxC_x l’ensemble fini des indices i∈Ii \in I tels que le composant de xx dans MiM_i soit ≠0\neq 0, et posons C=⋃x∈SCxC = \bigcup_{x \in S} C_x. Tout x∈Sx \in S appartient par définition au sous-module de EE somme directe des MiM_i pour i∈Ci \in C, et l’hypothèse que SS engendre EE entraîne donc C=IC = I; comme II est infini par hypothèse, il en est de même de SS (E, III, p. 36, cor. 1); on a par suite Card(I)=Card(C)⩽Card(S)\mathrm{Card}(I) = \mathrm{Card}(C) \leqslant \mathrm{Card}(S) (E, III, p. 49, cor. 3).

Corollaire 1

Les hypothèses étant celles de la prop. 23, supposons que chaque MiM_i soit monogène, et que EE soit somme directe d’une seconde famille (Nλ)λ∈L(N_\lambda)_{\lambda \in L} de sous-modules monogènes non réduits à 0. Alors, on a Card(L)=Card(I)\mathrm{Card}(L) = \mathrm{Card}(I).

En effet, si bλb_\lambda est un générateur de NλN_\lambda, l’ensemble des bλb_\lambda est un système générateur de EE, donc Card(L)⩾Card(I)\mathrm{Card}(L) \geqslant \mathrm{Card}(I). En particulier LL est infini, et en échangeant les rôles de (Mi)(M_i) et de (Nλ)(N_\lambda), on a de même Card(I)⩾Card(L)\mathrm{Card}(I) \geqslant \mathrm{Card}(L), d’où le corollaire.

Corollaire 2

Si un module EE admet une base infinie BB, tout système générateur de EE a un cardinal ⩾Card(B)\geqslant \mathrm{Card}(B), et toute base de EE est équipotente à BB.

13. Changement de l’anneau des scalaires

Soient A,BA, B deux anneaux, ρ\rho un homomorphisme de l’anneau BB dans l’anneau AA. Pour tout AA-module EE, la loi externe (β,x)↦ρ(β)x(\beta, x) \mapsto \rho(\beta)x définit (avec l’addition) une structure de B-module, dit associée à ρ\rho et à la structure de AA-module de EE; on notera ce BB-module ρ∗(E)\rho_*(E) ou E[B]E_{[B]} (et même simplement EE) si aucune confusion n’en résulte. En particulier, si BB est un sous-anneau de AA et ρ:B→A\rho : B \to A l’injection canonique, on dit que E[B]E_{[B]} est le BB-module obtenu par restriction à BB de l’anneau des scalaires AA; par abus de langage, on emploie encore cette expression lorsque l’homomorphisme ρ\rho est quelconque.

Si FF est un sous-module du AA-module EE, ρ∗(F)\rho_*(F) est un sous-module de ρ∗(E)\rho_*(E), et ρ∗(E/F)\rho_*(E/F) est égal à ρ∗(E)/ρ∗(F)\rho_*(E)/\rho_*(F).

Soient E,FE, F deux AA-modules; toute application AA-linéaire u:E→Fu : E \to F est aussi une application BB-linéaire E[B]→F[B]E_{[B]} \to F_{[B]} que l’on note ρ∗(u)\rho_*(u); autrement dit, on a une injection canonique de Z\mathbf{Z}-modules

HomA(E,F)→HomB(E[B],F[B]). \mathrm{Hom}_A(E, F) \to \mathrm{Hom}_B(E_{[B]}, F_{[B]}).

Cette application n’est pas nécessairement bijective; autrement dit une application BB-linéaire E[B]→F[B]E_{[B]} \to F_{[B]} n’est pas nécessairement AA-linéaire. En outre, un sous-BB-module de E[B]E_{[B]} n’est pas nécessairement un sous-AA-module de EE: c’est ainsi que si AA est un corps et BB un sous-corps de AA, le sous-espace vectoriel BsB_s du BB-espace vectoriel (As)[B](A_s)_{[B]} n’est pas un sous-AA-espace vectoriel si B≠AB \neq A.

Il est immédiat que pour toute famille (Et)t∈I(E_t)_{t \in I} de AA-modules, le BB-module ρ∗(∏t∈IEt)\rho_*\left( \prod_{t \in I} E_t \right) (resp. ρ∗(⨁t∈IEt)\rho_*\left( \bigoplus_{t \in I} E_t \right)) est égal à ∏t∈Iρ∗(Et)\prod_{t \in I} \rho_*(E_t) (resp. ⨁t∈Iρ∗(Et)\bigoplus_{t \in I} \rho_*(E_t)).

Tout système générateur de ρ∗(E)\rho_*(E) est un système générateur de EE, la réciproque n’étant pas nécessairement vraie.

Proposition 24

Soient A,BA, B deux anneaux, ρ:B→A\rho : B \to A un homomorphisme d’anneaux.

(i) Si ρ\rho est surjectif, l’application canonique (47) est bijective. Pour tout AA-module EE, tout sous-BB-module de ρ∗(E)\rho_*(E) est un sous-AA-module de EE; tout système générateur de EE est un système générateur de ρ∗(E)\rho_*(E).

(ii) Si ρ\rho est injectif, toute famille libre dans le AA-module EE est une famille libre dans le BB-module ρ∗(E)\rho_*(E).

La proposition résulte aussitôt des définitions.

On notera que même si ρ\rho est injectif, une famille libre dans ρ∗(E)\rho_*(E) n’est pas nécessairement libre dans EE.

\* Par exemple, 1 et 2\sqrt{2} ne forment pas un système libre dans R\mathbf{R} considéré comme R\mathbf{R}-espace vectoriel, bien qu’ils forment un système libre dans R\mathbf{R} considéré comme Q\mathbf{Q}-espace vectoriel (cf. Remarque 1).*

Proposition 25

Soient A,BA, B deux anneaux, φ:B→A\varphi : B \to A un homomorphisme d’anneaux, EE un AA-module. Soit (αλ)λ∈L(\alpha_\lambda)_{\lambda \in L} un système générateur (resp. une famille libre d’éléments, une base) de AA considéré comme BB-module à gauche. Soit (aμ)μ∈M(a_\mu)_{\mu \in M} un système générateur (resp. une famille libre d’éléments, une base) du AA-module EE. Alors (αλaμ)(λ,μ)∈L×M(\alpha_\lambda a_\mu)_{(\lambda, \mu) \in L \times M} est un système générateur (resp. (lorsque φ\varphi est injectif) une famille libre d’éléments, une base) du BB-module ρ∗(E)\rho_*(E).

En effet, si x=∑μ∈Mγμaμx = \sum_{\mu \in M} \gamma_\mu a_\mu, où γμ∈A\gamma_\mu \in A, et si (αλ)(\alpha_\lambda) est un système générateur de AA, on peut écrire γμ=∑λ∈Lρ(βλμ)αλ\gamma_\mu = \sum_{\lambda \in L} \rho(\beta_{\lambda \mu}) \alpha_\lambda, avec βλμ∈B\beta_{\lambda \mu} \in B, pour tout μ∈M\mu \in M, d’où x=∑μ,λρ(βλμ)αλaμx = \sum_{\mu, \lambda} \rho(\beta_{\lambda \mu}) \alpha_\lambda a_\mu. D’autre part, si (αλ)(\alpha_\lambda) et (aμ)(a_\mu) sont des familles libres, une relation ∑λ,μρ(βλμ)αλaμ=0\sum_{\lambda, \mu} \rho(\beta_{\lambda \mu}) \alpha_\lambda a_\mu = 0, avec βλμ∈B\beta_{\lambda \mu} \in B, s’écrit ∑μ∈M(∑λ∈Lρ(βλμ)αλ)aμ=0\sum_{\mu \in M} \left( \sum_{\lambda \in L} \rho(\beta_{\lambda \mu}) \alpha_\lambda \right) a_\mu = 0; elle entraîne donc ∑λ∈Lρ(βλμ)αλ=0\sum_{\lambda \in L} \rho(\beta_{\lambda \mu}) \alpha_\lambda = 0 pour tout μ∈M\mu \in M, et par suite βλμ=0\beta_{\lambda \mu} = 0 quels que soient λ,μ\lambda, \mu si ρ\rho est injectif.

Corollaire

Si AA est un BB-module à gauche de type fini et EE un AA-module à gauche de type fini, ρ∗(E)\rho_*(E) est un BB-module à gauche de type fini.

Soient CC un troisième anneau, ρ′:C→B\rho' : C \to B un homomorphisme d’anneau, ρ′′=ρ∘ρ′\rho'' = \rho \circ \rho' l’homomorphisme composé. Il résulte aussitôt des définitions que l’on a ρ∗′′(E)=ρ∗′(ρ∗(E))\rho''_*(E) = \rho'_*(\rho_*(E)) pour tout AA-module EE. En particulier si ρ\rho est un isomorphisme de BB sur AA, on a E=ρ∗′(ρ∗(E))E = \rho'_*(\rho_*(E)), en désignant par ρ′\rho' l’isomorphisme réciproque de ρ\rho.

Remarque 1

Soient KK un corps, AA un sous-anneau de KK ayant la propriété suivante: pour toute famille finie (ξi)1≤i≤n(\xi_i)_{1 \leq i \leq n} d’éléments de KK, il existe un γ∈A\gamma \in A, non nul et tel que γξi∈A\gamma \xi_i \in A pour 1≤i≤n1 \leq i \leq n (hypothèse toujours vérifiée lorsque AA est commutatif et KK le corps des fractions de AA). Soient EE un espace vectoriel sur KK, E[A]E_{[A]} le AA-module obtenu par restriction à AA de l’anneau des scalaires. Alors, si une famille (xλ)λ∈L(x_\lambda)_{\lambda \in L} est libre dans E[A]E_{[A]}, elle est aussi libre dans EE. On peut en effet se borner au cas où L={1,n}L = \{1, n\}; si on avait une relation ∑i=1nξixi=0\sum_{i=1}^n \xi_i x_i = 0 avec ξi∈K\xi_i \in K, ξi\xi_i non tous nuls, on en déduirait, pour tout β∈A\beta \in A, ∑i=1n(βξi)xi=0\sum_{i=1}^n (\beta \xi_i) x_i = 0. Par hypothèse on peut trouver β≠0\beta \neq 0 dans AA tel que βξi=αi\beta \xi_i = \alpha_i appartienne à AA pour tout ii; mais la relation ∑i=1nαixi=0\sum_{i=1}^n \alpha_i x_i = 0 est contraire à l’hypothèse, les αi\alpha_i n’étant pas tous nuls.

Remarque 2

Si l’homomorphisme d’anneaux ρ:B→A\rho : B \to A est surjectif, et si bb est son noyau (de sorte que AA s’identifie canoniquement à B/bB/b), alors, pour tout AA-module EE, bb est contenu dans l’annulateur de ρ∗(E)\rho_*(E), et EE est le AA-module déduit de ρ∗(E)\rho_*(E) par le procédé défini dans II, p. 28.

Soient A,BA, B deux anneaux, ρ:B→A\rho : B \to A un homomorphisme. Soient EE un AA-module, FF un BB-module; une application BB-linéaire u:F→ρ∗(E)u : F \to \rho_*(E) (dite aussi application B-linéaire de F dans E si aucune confusion n’en résulte) est encore appelée application semi-linéaire (relative à ρ\rho) du BB-module FF dans le AA-module EE; on dit aussi que le couple (u,ρ)(u, \rho) est un dimorphisme de FF dans EE; cela signifie donc que pour x∈F,y∈Fx \in F, y \in F et β∈B\beta \in B, on a

{u(x+y)=u(x)+u(y)u(βx)=ρ(β)u(x). \begin{cases} u(x + y) = u(x) + u(y) \\ u(\beta x) = \rho(\beta)u(x). \end{cases}

L’ensemble HomB(F,ρ∗(E))\mathrm{Hom}_B(F, \rho_*(E)) des applications BB-linéaires de FF dans EE s’écrit aussi HomB(F,E)\mathrm{Hom}_B(F, E) si cela n’entraîne pas confusion.

Lorsque ρ\rho est un isomorphisme de BB sur AA, la relation u(βx)=ρ(β)u(x)u(\beta x) = \rho(\beta)u(x) pour tout β∈B\beta \in B s’écrit aussi u(ρ′(α)x)=αu(x)u(\rho'(\alpha)x) = \alpha u(x) pour tout α∈A\alpha \in A, en désignant par ρ′\rho' l’isomorphisme réciproque de ρ\rho; dire que uu est semi-linéaire pour ρ\rho équivaut alors à dire que uu est une application AA-linéaire de ρ∗′(F)\rho'_*(F) dans EE.

Exemple

On a vu (II, p. 2) qu’une homothétie hα:x↦αxh_\alpha : x \mapsto \alpha x dans un AA-module EE n’est pas nécessairement une application linéaire. Mais si α\alpha est inversible, hαh_\alpha est une application semi-linéaire (d’ailleurs bijective) relative à l’automorphisme intérieur ξ↦αξα−1\xi \mapsto \alpha \xi \alpha^{-1} de AA, car on a α(λx)=(αλα−1)(αx)\alpha (\lambda x) = (\alpha \lambda \alpha^{-1})(\alpha x).

Soient CC un troisième anneau, ρ′:C→B\rho' : C \to B un homomorphisme, GG un CC-module. Si v:G→Fv : G \to F est une application semi-linéaire relative à ρ′\rho', la composée w=u∘vw = u \circ v est une application semi-linéaire de GG dans EE relative à l’homomorphisme ρ′′=ρ∘ρ′\rho'' = \rho \circ \rho'. Si ρ\rho est un isomorphisme et si u:F→Eu : F \to E est une application semi-linéaire bijective relative à ρ\rho, l’application réciproque u′:E→Fu' : E \to F est une application semi-linéaire relative à l’isomorphisme réciproque ρ′:A→B\rho' : A \to B de ρ\rho.

On voit donc que pour l’espèce de structure définie par la donnée sur un couple (A,E)(A, E) d’ensembles, d’une structure d’anneau sur AA et d’une structure de AA-module à gauche sur EE, les dimorphismes (u,ρ)(u, \rho) peuvent être pris pour morphismes (E, IV, p. 11); nous supposerons toujours par la suite qu’on a fait ce choix de morphismes.

Remarque 3).* — Soient A1,A2A_1, A_2 deux anneaux, A=A1×A2A = A_1 \times A_2 leur produit, et posons e1=(1,0),e2=(0,1)e_1 = (1, 0), e_2 = (0, 1) dans AA, de sorte que A1A_1 et A2A_2 s’identifient canoniquement aux idéaux bilatères Ae1Ae_1 et Ae2Ae_2 de AA. Pour tout AA-module EE, e1Ee_1 E et e2Ee_2 E sont des sous-AA-modules E1,E2E_1, E_2 de EE, annulés respectivement par e2e_2 et e1e_1, de sorte qu’en identifiant canoniquement A/Ae2A/Ae_2 à A1A_1 et A/Ae1A/Ae_1 à A2A_2, E1E_1 (resp. E2E_2) est muni d’une structure de A1A_1-module (resp. de A2A_2-module). En outre, EE est somme directe de E1E_1 et E2E_2, car tout x∈Ex \in E s’écrit x=e1x+e2xx = e_1 x + e_2 x, et la relation e1x=e2ye_1 x = e_2 y entraîne e1x=e12x=e1e2y=0e_1 x = e_1^2 x = e_1 e_2 y = 0. Inversement, pour tout couple formé d’un A1A_1-module F1F_1 et d’un A2A_2-module F2F_2, soient E1E_1 le AA-module (p1)∗(F1)(p_1)_*(F_1), E2E_2 le AA-module (p2)∗(F2)(p_2)_*(F_2), p1p_1 et p2p_2 étant les projections de AA sur A1A_1 et A2A_2 respectivement; alors, dans le AA-module E=E1⊕E2E = E_1 \oplus E_2, on a E1=e1EE_1 = e_1 E, E2=e2EE_2 = e_2 E. L’étude des AA-modules est ainsi ramenée à celle des A1A_1-modules et à celle des A2A_2-modules. En particulier, tout sous-module MM de EE est de la forme M1⊕M2M_1 \oplus M_2, où M1=e1MM_1 = e_1 M et M2=e2MM_2 = e_2 M.

14. Multimodules

Soient AA, BB deux anneaux, et considérons sur un ensemble EE deux structures de module à gauche ayant la même loi additive, et dont les anneaux d’opérateurs sont respectivement AA et BB; soit E\mathscr{E} l’anneau des endomorphismes du groupe additif EE, et pour tout α∈A\alpha \in A (resp. β∈B\beta \in B) désignons par hαh_\alpha (resp. hβ′h'_\beta) l’élément x↦αxx \mapsto \alpha x (resp. x↦βxx \mapsto \beta x) de E\mathscr{E}. Il est clair que les trois propriétés suivantes sont équivalentes : a) hα∘hβ′=hβ′∘hαh_\alpha \circ h'_\beta = h'_\beta \circ h_\alpha quels que soient α\alpha et β\beta; b) l’image de AA par l’homomorphisme α↦hα\alpha \mapsto h_\alpha est contenue dans HomB(E,E)\mathrm{Hom}_B(E, E); c) l’image de BB par l’homomorphisme β↦hβ′\beta \mapsto h'_\beta est contenue dans HomA(E,E)\mathrm{Hom}_A(E, E). Lorsque la structure de AA-module (resp. de BB-module) considérée est une structure de module à droite, il faut remplacer dans b) (resp. c)) l’anneau AA par A0A^0 (resp. B0B^0). On exprime les propriétés précédentes en disant que les deux structures de module (à droite ou à gauche) définies sur EE sont compatibles.

Définition 13

Soient (Aλ)λ∈L(A_\lambda)_{\lambda \in L}, (Bμ)μ∈M(B_\mu)_{\mu \in M} deux familles d’anneaux; on appelle ((Aλ),(Bμ))((A_\lambda), (B_\mu))-multimodule (ou multimodule sur les familles d’anneaux (Aλ)λ∈L(A_\lambda)_{\lambda \in L}, (Bμ)μ∈M(B_\mu)_{\mu \in M}) un ensemble EE muni, pour chaque λ∈L\lambda \in L, d’une structure de AλA_\lambda-module à gauche, et pour chaque μ∈M\mu \in M d’une structure de BμB_\mu-module à droite, toutes ces structures de module étant deux à deux compatibles.

Lorsque la famille (Bμ)(B_\mu) (resp. (Aλ)(A_\lambda)) est vide, on dit que EE est un multimodule à gauche (resp. à droite). Lorsque Card(L)+Card(M)=2\mathrm{Card}(L) + \mathrm{Card}(M) = 2, on dit « bimodule » au lieu de « multimodule »; il est souvent commode alors de considérer (comme on peut toujours le faire en remplaçant un des anneaux d’opérateurs par son opposé, cf. II, p. 2) un bimodule comme muni d’une structure de module à gauche par rapport à un anneau AA et de module à droite par rapport à un anneau BB, la compatibilité des structures s’exprimant donc par la relation

α(xβ)=(αx)βpour x∈E,α∈A,β∈B. \alpha(x \beta) = (\alpha x) \beta \quad \text{pour } x \in E, \alpha \in A, \beta \in B.

On dit alors aussi que EE est un (A,B)(A, B)-bimodule.

On dit que deux structures de multimodule sur un ensemble EE sont compatibles si toutes les structures de module sur EE qui définissent l’une ou l’autre de ces structures de multimodule sont deux à deux compatibles.

Exemple 1

Sur un anneau A, les structures de module de AsA_s et AdA_d sont compatibles, et A peut donc être canoniquement considéré comme un (A,A)(A, A)-bimodule.

Exemple 2

Un A-module à gauche E est canoniquement muni d’une structure de module à gauche sur l’anneau EndA(E)\mathrm{End}_A(E), et sur E la structure de A-module et celle de EndA(E)\mathrm{End}_A(E)-module sont compatibles.

Il est clair que lorsque E est un multimodule sur deux familles (Aλ)λ∈L(A_\lambda)_{\lambda \in L}, (Bμ)μ∈M(B_\mu)_{\mu \in M} d’anneaux, E est aussi un multimodule sur deux sous-familles quelconques (Aλ′)λ′∈L′(A_{\lambda'})_{\lambda' \in L'}, (Bμ′)μ′∈M′(B_{\mu'})_{\mu' \in M'}, étant entendu que les structures de AλA_\lambda-module et de BμB_\mu-module pour λ∈L′\lambda \in L' et μ∈M′\mu \in M' sont celles initialement données.

Les multimodules étant des groupes commutatifs à opérateurs particuliers, on peut leur appliquer les résultats des n°s 2 à 10 (cf. II, p. 23, Remarque); en particulier, si E, F sont deux ((Aλ),(Bμ))((A_\lambda), (B_\mu))-multimodules, un homomorphisme u:E→Fu : E \to F est une application qui est un AλA_\lambda-homomorphisme pour tout λ∈L\lambda \in L et un BμB_\mu-homomorphisme pour tout μ∈M\mu \in M. Les sous-groupes stables d’un ((Aλ),(Bμ))((A_\lambda), (B_\mu))-multimodule sont des ((Aλ),(Bμ))((A_\lambda), (B_\mu))-multimodules (dits sous-multimodules), ainsi que les quotients par de tels sous-groupes (dits multimodules quotients); de même pour les produits et sommes directes.

Soient E un ((Aλ),(Bμ))((A_\lambda), (B_\mu))-multimodule, et pour chaque λ∈L\lambda \in L (resp. chaque μ∈M\mu \in M) soit φλ:Aλ′→Aλ\varphi_\lambda : A'_\lambda \to A_\lambda (resp. ψμ:Bμ′→Bμ\psi_\mu : B'_\mu \to B_\mu) un homomorphisme d’anneaux; il est clair que les structures de Aλ′A'_\lambda-module associées aux φλ\varphi_\lambda et aux structures de AλA_\lambda-module données sur E, et les structures de Bμ′B'_\mu-module associées aux ψμ\psi_\mu et aux structures de BμB_\mu-modules données sur E, sont deux à deux compatibles, donc définissent sur E une structure de ((Aλ′),(Bμ′))((A'_\lambda), (B'_\mu))-multimodule, dite associée à la structure de ((Aλ),(Bμ))((A_\lambda), (B_\mu))-multimodule donnée et aux φλ\varphi_\lambda et aux ψμ\psi_\mu.

Si E, F sont deux ((Aλ),(Bμ))((A_\lambda), (B_\mu))-multimodules, on désigne par Hom(Aλ),(Bμ)(E,F)\mathrm{Hom}_{(A_\lambda), (B_\mu)}(E, F) (ou simplement Hom(E,F)\mathrm{Hom}(E, F)) le groupe additif des homomorphismes de E dans F. Les formules (6) à (8) de II, p. 5 sont évidemment valables pour des homomorphismes de ((Aλ),(Bμ))((A_\lambda), (B_\mu))-multimodules, et en particulier Hom(E,E)=End(E)\mathrm{Hom}(E, E) = \mathrm{End}(E) est muni d’une structure d’anneau; en outre Hom(E,F)\mathrm{Hom}(E, F) est canoniquement muni d’une structure de End(F)\mathrm{End}(F)-module à gauche et de End(E)\mathrm{End}(E)-module à droite, ces deux structures étant compatibles; autrement dit, Hom(E,F)\mathrm{Hom}(E, F) est canoniquement muni d’une structure de (End(F),End(E))(\mathrm{End}(F), \mathrm{End}(E))-bimodule.

Supposons maintenant E muni d’une structure de multimodule dont les anneaux d’opérateurs à gauche (resp. à droite) sont d’une part les AλA_\lambda pour λ∈L\lambda \in L (resp. les BμB_\mu pour μ∈M\mu \in M), d’autre part les anneaux d’une autre famille (Aλ′′)λ′∈L′(A'_{\lambda'})_{\lambda' \in L'} (resp. (Bμ′′)μ′∈M′(B'_{\mu'})_{\mu' \in M'}). Supposons de même F muni d’une structure de multimodule dont les anneaux d’opérateurs à gauche (resp. à droite) sont d’une part les AλA_\lambda pour λ∈L\lambda \in L (resp. les BμB_\mu pour μ∈M\mu \in M), d’autre part les anneaux d’une autre famille (Aλ′′′′)λ′′∈L′′(A''_{\lambda''})_{\lambda'' \in L''} (resp. (Bμ′′′′)μ′′∈M′′(B''_{\mu''})_{\mu'' \in M''}); nous dirons pour abréger que E est un ((Aλ),(Aλ′′);(Bμ),(Bμ′′))((A_\lambda), (A'_{\lambda'}); (B_\mu), (B'_{\mu'}))-multimodule, F un ((Aλ),(Aλ′′′′);(Bμ),(Bμ′′′′))((A_\lambda), (A''_{\lambda''}); (B_\mu), (B''_{\mu''}))-multimodule. Considérons E et F comme des ((Aλ),(Bμ))((A_\lambda), (B_\mu))-multimodules, en restreignant donc les opérateurs aux sous-familles (Aλ)(A_\lambda) et (Bμ)(B_\mu). En vertu de ce qu’on a vu au début ce n°, les structures de multimodules données sur E et F définissent canoniquement des homomorphismes d’anneaux Aλ′′→End(Aλ),(Bμ)(E)A'_{\lambda'} \to \mathrm{End}_{(A_{\lambda}), (B_{\mu})}(E), Bμ′′0→End(Aλ),(Bμ)(E){B'_{\mu'}}^0 \to \mathrm{End}_{(A_{\lambda}), (B_{\mu})}(E), Aλ′′′′→End(Aλ),(Bμ)(F)A''_{\lambda''} \to \mathrm{End}_{(A_{\lambda}), (B_{\mu})}(F), Bμ′′′′0→End(Aλ),(Bμ)(F){B''_{\mu''}}^0 \to \mathrm{End}_{(A_{\lambda}), (B_{\mu})}(F); en outre, deux éléments de End(Aλ),(Bμ)(E)\mathrm{End}_{(A_{\lambda}), (B_{\mu})}(E) (resp. End(Aλ),(Bμ)(F)\mathrm{End}_{(A_{\lambda}), (B_{\mu})}(F)) images respectives d’éléments de deux anneaux distincts pris parmi les Aλ′′A'_{\lambda'} ou les Bμ′′0{B'_{\mu'}}^0 (resp. les Aλ′′′′A''_{\lambda''} ou les Bμ′′′′0{B''_{\mu''}}^0) sont permutables; on en conclut que les homomorphismes précédents définissent sur Hom(Aλ),(Bμ)(E,F)\mathrm{Hom}_{(A_{\lambda}), (B_{\mu})}(E, F) une structure de multimodule, dont les anneaux d’opérateurs à gauche sont les Aλ′′′′(λ′′∈L′′)A''_{\lambda''} (\lambda'' \in L'') et les Bμ′′(μ′∈M′)B'_{\mu'} (\mu' \in M'), et les anneaux d’opérateurs à droite sont les Aλ′′(λ′∈L′)A'_{\lambda'} (\lambda' \in L') et les Bμ′′′′(μ′′∈M′′)B''_{\mu''} (\mu'' \in M'').

Si maintenant E′E' est un ((Aλ),(Aλ′′);(Bμ),(Bμ′′))((A_{\lambda}), (A'_{\lambda'}); (B_{\mu}), (B'_{\mu'}))-multimodule, F′F' un ((Aλ),(Aλ′′′′);(Bμ),(Bμ′′′′))((A_{\lambda}), (A''_{\lambda''}); (B_{\mu}), (B''_{\mu''}))-multimodule, Hom(Aλ),(Bμ)(E′,F′)\mathrm{Hom}_{(A_{\lambda}), (B_{\mu})}(E', F') est un ((Aλ′′′′),(Bμ′′);(Aλ′′),(Bμ′′′′))((A''_{\lambda''}), (B'_{\mu'}); (A'_{\lambda'}), (B''_{\mu''}))-multimodule; si u:E′→E,v:F→F′u : E' \to E, v : F \to F' sont des homomorphismes de multimodules,

Hom(u,v):Hom(Aλ),(Bμ)(E,F)→Hom(Aλ),(Bμ)(E′,F′) \mathrm{Hom}(u, v) : \mathrm{Hom}_{(A_{\lambda}), (B_{\mu})}(E, F) \to \mathrm{Hom}_{(A_{\lambda}), (B_{\mu})}(E', F')

est défini comme dans II, p. 6 et est un homomorphisme de multimodules.

Remarque 1

Soient F un A-module, C le centre de l’anneau A; comme les homothéties centrales permutent à toutes les homothéties, F est muni d’une structure de bimodule dont les anneaux d’opérateurs à gauche sont A et C. Si E est un second A-module, HomA(E,F)\mathrm{Hom}_A(E, F) est donc muni canoniquement d’une structure de C-*module* (où, pour f∈HomA(E,F)f \in \mathrm{Hom}_A(E, F) et γ∈C\gamma \in C, γf\gamma f est l’homomorphisme x↦γf(x)x \mapsto \gamma f(x)); si E’, F’ sont deux A-modules, u:E′→E,v:F→F′u : E' \to E, v : F \to F' deux A-homomorphismes, l’application Hom(u,v)\mathrm{Hom}(u, v) est C-*linéaire*.

Remarque 2

Soit E un A-module à gauche; comme A est canoniquement muni d’une structure de (A, A)-bimodule, il en est de même de la somme directe A(T)A^{(T)} pour tout ensemble d’indices T; d’après ce qui précède, HomA(As(T),E)\mathrm{Hom}_A(A_s^{(T)}, E) est canoniquement muni d’une structure de A-*module à gauche* provenant de la structure de A-module à droite de As(T)A_s^{(T)}: pour f∈HomA(As(T),E)f \in \mathrm{Hom}_A(A_s^{(T)}, E) et α∈A\alpha \in A, αf\alpha f est l’application linéaire x↦f(xα)x \mapsto f(x \alpha). Le cor. 2 de II, p. 24 définit une application canonique jE,Tj_{E, T} du module produit ETE^T dans HomA(As(T),E)\mathrm{Hom}_A(A_s^{(T)}, E), l’image par jE,Tj_{E, T} d’une famille (xt)t∈T(x_t)_{t \in T} étant l’application linéaire f:As(T)→Ef : A_s^{(T)} \to E telle que f(et)=xtf(e_t) = x_t pour tout t∈Tt \in T (où (et)(e_t) est la base canonique de As(T)A_s^{(T)}); on sait (loc. cit.) que jE,Tj_{E, T} est bijective et il résulte de la définition donnée ci-dessus de la structure de A-module de HomA(As(T),E)\mathrm{Hom}_A(A_s^{(T)}, E) que jE,Tj_{E, T} est A-*linéaire*. Enfin, si u:E→Fu : E \to F est un homomorphisme de A-modules, le diagramme

ET→jE,THomA(As(T),E)↓uT↓Hom(1,u)FT→jF,THomA(As(T),F) \begin{array}{ccc} E^T & \xrightarrow{j_{E, T}} & \mathrm{Hom}_A(A_s^{(T)}, E) \\ \downarrow^{u^T} & & \downarrow^{\mathrm{Hom}(1, u)} \\ F^T & \xrightarrow{j_{F, T}} & \mathrm{Hom}_A(A_s^{(T)}, F) \end{array}

est commutatif.

On notera que pour T réduit à un seul élément, jE:E→HomA(As,E)j_E : E \to \mathrm{Hom}_A(A_s, E) n’est autre que l’application x↦θxx \mapsto \theta_x définie dans II, p. 4, Exemple 1.

Exercices

See the exercises for § 1.

Transcribed from the printed volume. Not translated.