§ 2. Modules d’applications linéaires. Dualité
1. Propriétés de Hom_A(E, F) relatives aux suites exactes
Théorème 1
Soient A un anneau, E', E, E'' trois A-modules, u : E' → E, v : E → E'' deux homomorphismes. Pour que la suite
(1)
(2)
Supposons la suite (1) exacte. Si et si , alors puisque est surjectif. La suite (2) est donc exacte en . Montrons qu’elle est exacte en . On a (II, p. 6, formule (10)) et puisque la suite (1) est exacte en E. Par conséquent , c’est-à-dire . D’autre part, si , alors , donc . Mais comme la suite (1) est exacte en E, , donc ; comme est surjectif, il résulte de II, p. 7, Remarque qu’il existe un tel que . Par conséquent , ce qui achève de prouver que la suite (2) est exacte.
Inversement, supposons que (2) soit exacte pour tout A-module F. Comme , on a pour tout homomorphisme . Prenant et , on voit d’abord que , donc . Prenons ensuite , et soit l’application canonique. On a par définition, donc il existe un tel que ; cela entraîne évidemment , ce qui prouve que la suite (1) est exacte en E. Enfin, soit l’homomorphisme canonique de sur ; on a , donc ; par suite, et est surjectif. La suite (1) est donc exacte en .
Corollaire
Pour qu’une application A-linéaire soit surjective (resp. bijective, resp. nulle), il faut et il suffit que, pour tout A-module G, l’application soit injective (resp. bijective, resp. nulle).
Il suffit d’appliquer le th. 1 au cas où (resp. , resp. et ).
On notera que si l’on part d’une suite exacte
n’est pas nécessairement exacte, autrement dit, l’homomorphisme n’est pas nécessairement surjectif. Si on identifie à un sous-module de , cela signifie qu’une application linéaire de dans ne peut pas toujours se prolonger en une application linéaire de dans (II, p. 184–185, exerc. 11 et 12). Toutefois:
Proposition 1
Si la suite exacte d’applications linéaires
est scindée (autrement dit, si est facteur direct de ) la suite
est exacte et scindée. Inversement, si, pour tout A-module F, la suite (4) est exacte, la suite (3) est scindée.
Si la suite exacte (3) est scindée, il existe une rétraction linéaire associée à (II, p. 20, prop. 15); si
le fait que soit l’identité entraîne que est l’identité (II, p. 6, formule (10)), donc la première assertion résulte de II, p. 20, prop. 15. Inversement, supposons la suite (4) exacte pour . Il existe alors un élément tel que , et la conclusion résulte de II, p. 20, prop. 15.
On notera que la première assertion de la prop. 1 peut aussi être considérée comme un cas particulier de II, p. 13, cor. 1, identifiant canoniquement à au moyen de l’application -linéaire , où et sont les projections canoniques.
Théorème 2
Soient A un anneau, F', F, F'' trois A-modules, u: F' \to F, v: F \to F'' deux homomorphismes. Pour que la suite
soit exacte, il faut et il suffit que, pour tout A-module E, la suite
(où l’on a posé ) soit exacte.
Supposons la suite (5) exacte. Notons d’abord que l’on a (II, p. 6, formule (10)) puisque . L’image de par est donc contenue dans le noyau N de ; soit l’homomorphisme du -module dans N dont le graphe est égal à celui de ; il s’agit de prouver que est bijective, donc de définir une application telle que et soient les applications identiques. Pour cela, soit un élément de N, c’est-à-dire une application linéaire telle que . Cette dernière relation équivaut à par hypothèse, donc, puisque est injectif, il existe une application linéaire et une seule telle que , et on prend ; il est immédiat de vérifier que satisfait aux conditions voulues.
Inversement, supposons que la suite (6) soit exacte pour tout A-module E. Comme , on a pour tout homomorphisme . Prenant et , on voit d’abord que , donc . Prenons ensuite et soit l’injection canonique. On a par définition, donc il existe un tel que , ce qui entraîne évidemment et achève la démonstration de l’exactitude de (5) en F. Enfin, si est l’application identique de , on a , donc , et , ce qui prouve l’exactitude de (5) en .
Remarque 1). — Le th. 2 permet, pour tout sous-module de F, d’identifier à un sous--module de . Lorsqu’on fait cette identification, on a, pour toute famille de sous-modules de F
Corollaire
Pour qu’une application A-linéaire soit injective, il faut et il suffit que pour tout A-module G, l’application soit injective.
Il suffit d’appliquer le th. 2 au cas où .
Si l’on part d’une suite exacte
Proposition 2
Si la suite exacte
La première assertion résulte de ce que
Remarque 2). — Les résultats de ce n° sont valables sans modification pour tous les groupes commutatifs à opérateurs.
2. Modules projectifs
Définition 1
On dit qu’un A-module P est projectif si, pour toute suite exacte d’applications A-linéaires, la suite
Proposition 3
Pour qu’un A-module P, somme directe d’une famille de sous-modules , soit projectif, il faut et il suffit que chacun des soit projectif. En effet, pour tout homomorphisme de A-modules,
Corollaire
Tout A-module libre est projectif. Il suffit en effet, en vertu de la prop. 3, de montrer que est projectif, ce qui résulte aussitôt de la commutativité du diagramme (50) de II, p. 35.
Proposition 4
Soit P un A-module. Les propriétés suivantes sont équivalentes: a) P est projectif. b) Pour toute suite exacte d’applications A-linéaires, la suite
est surjectif. Pour voir que c) implique d), il suffit d’appliquer c) à l’homomorphisme surjectif et à l’homomorphisme ; l’existence d’un homomorphisme tel que entraîne que la suite
est scindée (II, p. 20, prop. 15). Comme pour tout A-module M, il existe un A-module libre L et une suite exacte (II, p. 27, prop. 20), il est clair que d) entraîne e). Enfin e) entraîne a) en vertu de la prop. 3 et de son corollaire.
Corollaire 1
Pour qu’un A-module soit projectif et de type fini, il faut et il suffit qu’il soit facteur direct d’un A-module libre ayant une base finie.
La condition est évidemment suffisante; inversement, un module projectif de type fini E est isomorphe à un quotient d’un module libre F ayant une base finie (II, p. 27) et E est isomorphe à un facteur direct de F en vertu de la prop. 4 d).
Corollaire 2
Soient C un anneau commutatif, E, F deux C-modules projectifs de type fini; alors Hom_C(E, F) est un C-module projectif de type fini.
En effet, on peut supposer qu’il y a deux C-modules libres de type fini M, N tels que ; il résulte de II, p. 13, cor. 1 que est libre de type fini, et d’autre part que est isomorphe à , d’où le corollaire.
3. Formes linéaires; dual d’un module
Soit E un A-module à gauche. Comme A est un (A, A)-bimodule, est canoniquement muni d’une structure de A-module à droite (II, p. 35).
Définition 2
Pour tout A-module à gauche E, le A-module à droite s’appelle le module dual de E (ou simplement le dual¹ de E) et ses éléments s’appellent les formes linéaires sur E.
Si E est un A-module à droite, on appelle de même dual de E l’ensemble muni de sa structure canonique de A-module à gauche, et on appelle encore ses éléments formes linéaires sur E.
Dans ce chapitre, nous désignerons par E* le dual d’un A-module E (à gauche ou à droite).
¹ Dans EVT, IV, nous définirons, pour des espaces vectoriels munis d’une topologie, une notion d’« espace dual » qui dépendra de cette topologie, et sera distincte de celle qui est définie ici. Le lecteur aura soin de ne pas appliquer inconsidérément à l’espace dual « topologique » les propriétés du dual « algébrique » qui sont établies dans ce paragraphe.
Exemple
\* Sur l’espace vectoriel (par rapport au corps ) des fonctions numériques continues dans un intervalle de , l’application est une forme linéaire.
Soient un -module à gauche, son dual; pour tout couple d’éléments , on désigne par l’élément de . On a les relations
pour dans dans , et . L’application de dans est appelée la forme bilinéaire canonique sur (la notion de forme bilinéaire sera définie de façon générale dans IX, § 1). Toute forme linéaire sur peut être considérée comme l’application partielle correspondant à la forme bilinéaire canonique.
Lorsque est un -module à droite, la valeur d’une forme linéaire en un élément se note , et les formules correspondant à (11) et (12) s’écrivent
Lorsque est commutatif, on peut indifféremment utiliser l’une ou l’autre notation.
Proposition 5
Pour tout anneau , l’application qui, à tout , fait correspondre la forme linéaire sur , est un isomorphisme de sur le dual de .
C’est le cas particulier de l’isomorphisme canonique de II, p. 35, Remarque 2, correspondant à ; la commutativité du diagramme (50) de II, p. 35, montre qu’il s’agit ici d’un isomorphisme de -modules à droite.
Si on identifie au dual de au moyen de l’isomorphisme de la prop. 5, la forme bilinéaire canonique sur s’explicite donc par
De même, le dual de s’identifie canoniquement à , la forme bilinéaire canonique sur s’explicitant par
4. Orthogonalité
Définition 3
Soient un -module, son dual; on dit qu’un élément et un élément sont orthogonaux si .
On dit qu’une partie de et une partie de sont des ensembles orthogonaux si, quels que soient , et sont orthogonaux. En particulier, (resp. ) est dit orthogonal à (resp. ) s’il est orthogonal à tout élément de (resp. ). Si et sont orthogonaux à , il en est de même de et de pour tout en vertu de (10) et (12) (II, p. 40), ce qui justifie la définition suivante:
Définition 4
Étant donnée une partie M de E* (resp. une partie M' de E), on appelle sous-module totalement orthogonal à M (resp. M') (ou simplement sous-module orthogonal à M (resp. M') si aucune confusion n’en résulte) l’ensemble des (resp. l’ensemble des ) qui sont orthogonaux à M (resp. M').
Par définition d’une forme linéaire, le sous-module de E* orthogonal à E se réduit à 0; le sous-module de E* orthogonal à {0} est identique à E*.
Proposition 6
Soient M, N deux parties de E telles que M \subset N; si M' et N' sont les sous-modules de E* orthogonaux à M et N respectivement, on a N' \subset M'.
Proposition 7
Soit (M_i) une famille de parties de E; le sous-module orthogonal à la réunion des M_i est l’intersection des sous-modules M'_i respectivement orthogonaux aux M_i; ce sous-module est aussi le sous-module orthogonal au sous-module de E engendré par la réunion des M_i.
Ces résultats sont des conséquences immédiates des définitions.
On a une proposition analogue (que nous laissons au lecteur le soin d’énoncer) pour les sous-modules de E orthogonaux aux parties de E*.
Si M est un sous-module de E, M' le sous-module de E* orthogonal à M, M'' le sous-module de E orthogonal à M', on a mais on peut avoir (II, p. 184, exerc. 9). Notons toutefois que si M'' est l’orthogonal de M'' dans E*, on a ; en effet, on a et d’autre part la relation entraîne .
5. Transposée d’une application linéaire
Soient E, F deux A-modules à gauche; pour toute application linéaire , l’application est une application linéaire du A-module à droite F* dans le A-module à droite E* (II, p. 6), dite transposée de u.
En d’autres termes:
Définition 5
Pour toute application linéaire u d’un A-module E dans un A-module F, on appelle transposée de u et on note l’application linéaire du dual F* de F dans le dual E* de E.
La transposée est donc définie par la relation
La définition 5 s’applique sans changement pour des A-modules à droite et équivaut alors à la relation
Les formules (9) et (10) de II, p. 6 donnent ici
(16)
pour deux éléments de , et
(17)
pour et , étant un troisième A-module; enfin il est clair que
(18)
Remarque
On déduit de (17) et (18) que si est inversible à gauche (resp. à droite), est inversible à droite (resp. à gauche).
Proposition 8
Soient une application A-linéaire, un sous-module de , l’orthogonal de dans ; l’orthogonal de dans est l’image réciproque .
Cela résulte aussitôt de (15).
Corollaire
L’orthogonal de l’image dans est le noyau de .
En effet, l’orthogonal de dans est réduit à 0.
Si est un isomorphisme, est un isomorphisme et si est l’isomorphisme réciproque de , est l’isomorphisme réciproque de (formules (17) et (18)).
Définition 6
Étant donné un isomorphisme d’un A-module sur un A-module , on appelle isomorphisme contragrédient de et on note le transposé de l’isomorphisme réciproque de (égal à l’isomorphisme réciproque du transposé de ).
L’isomorphisme est donc caractérisé par la relation
(19)
Si est un isomorphisme, l’isomorphisme contragrédient de est .
En particulier, l’application est un isomorphisme du groupe linéaire sur un sous-groupe du groupe linéaire .
Soient un isomorphisme d’un anneau sur un anneau , un A-module à gauche, un B-module à gauche, une application semi-linéaire (II, p. 32) relative à . Soit l’isomorphisme réciproque de ; pour tout , l’application de dans est une forme linéaire; si on la désigne encore par , on définit une application , qu’on appelle encore la transposée de l’application semi-linéaire ; elle est donc caractérisée par l’identité
(20)
pour . On vérifie immédiatement que est une application semi-linéaire relativement à . Si désigne l’application considérée comme application A-linéaire de dans (II, p. 32), on peut écrire , où est l’application identique , considérée comme application semi-linéaire relative à . Il est immédiat que l’on a , et est un di-isomorphisme de sur , relatif à l’isomorphisme ; cette relation permet d’étendre aussitôt aux transposées d’applications semi-linéaires les propriétés des transposées d’applications linéaires.
6. Dual d’un module quotient. Dual d’une somme directe. Bases duales
Appliquons le th. 1 de II, p. 36 au cas où :
Proposition 9
Soient des A-modules,
Corollaire
Soient un sous-module d’un A-module , l’homomorphisme canonique. Alors est un isomorphisme du dual de sur le sous-module de orthogonal à .
En effet, si est l’injection canonique, le noyau de est par définition l’orthogonal de dans .
En outre, avec les notations du corollaire, on obtient par passage au quotient à partir de un homomorphisme injectif .
Proposition 10
Soit une famille de A-modules, et pour tout , soit l’injection canonique. Alors l’application produit est un isomorphisme du dual de sur le produit .
C’est un cas particulier de II, p. 13, cor. 1, appliqué au cas où .
Si, au moyen des injections canoniques , on identifie les à des sous-modules de leur somme directe , et si, au moyen de l’application produit , on identifie à , on peut donc dire que est le dual de , la forme bilinéaire canonique étant donnée par
Corollaire
Soient M, N deux sous-modules supplémentaires dans un A-module E, les projecteurs correspondants; alors est un isomorphisme, et (resp. ) est un isomorphisme de (resp. ) sur le sous-module de orthogonal à N (resp. M). En outre, si et sont les injections canoniques, et sont les projecteurs , correspondant à la décomposition de en somme directe de et .
On a en effet , , , , d’où, par transposition (II, p. 43, formules (16), (17) et (18)), , , , , et la proposition résulte de II, p. 13, cor. 2.
Sous les hypothèses du corollaire, on identifie souvent (resp. ) à l’orthogonal (resp. ) de N (resp. M) dans , en identifiant donc toute forme linéaire sur M (resp. N) à la forme linéaire sur E prolongeant et qui s’annule dans N (resp. M).
Lorsqu’un A-module E admet une base , on a vu que la donnée de cette base définit canoniquement un isomorphisme . En vertu de la prop. 10 et de II, p. 41, prop. 5, le dual de s’identifie canoniquement au produit ; considérons l’isomorphisme contragrédient . Si, pour tout , est l’élément de dont toutes les projections sont nulles sauf celle d’indice , qui est égale à 1, et si on pose , les éléments de sont, en vertu de (19) (II, p. 43) et (22) (II, p. 44), caractérisés par les relations
Il revient au même de dire que, pour tout , on a ; aussi dit-on que est la forme coordonnée d’indice sur E. Il résulte de (23) que est un système libre dans .
En particulier, si T est fini, les forment une base de , les formant alors la base canonique de . Donc: PROPOSITION 11. — Le dual d’un module libre ayant une base de n éléments est un module libre ayant une base de n éléments.
On notera que le dual d’un module libre ayant une base infinie n’est pas nécessairement un module libre (VII, § 3, exerc. 10).
Définition 7
Si E est un module libre ayant une base finie , on appelle base duale de la base du dual de E définie par les relations (23).
On écrit aussi les relations (23) sous la forme
On notera que si T est fini et la base duale de , on a, pour , ,
On définit bien entendu de la même manière la base duale d’une base finie d’un A-module à droite.
Corollaire
Le dual d’un module projectif de type fini est un module projectif de type fini.
En effet, un A-module à gauche projectif de type fini peut être identifié à un facteur direct M d’un A-module libre ayant une base finie (II, p. 40, cor. 1). Alors (II, p. 45, prop. 11 et corollaire) M* est isomorphe à un facteur direct de , d’où le corollaire.
Proposition 12
Soient E un A-module, un système générateur de E. Les conditions suivantes sont équivalentes*:
a) E est un A-module projectif.
b) *Il existe une famille de formes linéaires sur E telles que, pour tout , la famille ait un support fini et que l’on ait
Il existe un homomorphisme surjectif où , tel que, si est la base canonique de L, on ait (II, p. 24, prop. 17); pour que E soit projectif, il faut et il suffit qu’il existe une application linéaire telle que (II, p. 39, prop. 4 et II, p. 20, prop. 15). Si une telle application existe et si l’on pose , on a , donc la famille a un support fini et l’on a pour tout . Inversement, si la condition b) de l’énoncé est remplie, la somme est définie pour tout , et est une application linéaire telle que .
7. Bidual
Soit E un A-module à gauche. Le dual E** du dual E* de E est appelé le bidual de E; c’est encore un A-module à gauche (II, p. 40). Pour tout , il résulte de II, p. 41, formules (10) et (12), que l’application est une forme linéaire sur le A-module à droite E*, autrement dit un élément du bidual E, que nous noterons ; en outre, on déduit aussitôt de (9) et (11) (II, p. 41) que l’application de E dans E est linéaire; cette application sera dite canonique; en général, elle n’est ni injective ni surjective, même lorsque E est de type fini (cf. II, p. 184, exerc. 9e) et II, p. 103, th. 6).
On dit qu’un A-module E est réflexif si l’homomorphisme canonique est bijectif.
Soit F un second A-module à gauche; pour toute application linéaire , l’application , que nous écrirons aussi , est linéaire, et le diagramme
est commutatif, comme il résulte aussitôt des définitions et de la formule (15) (II, p. 42) donnant la transposée d’une application linéaire.
Proposition 13
Si E est un module libre* (resp. un module libre ayant une base finie), l’application canonique est injective (resp. bijective).
En effet, soit une base de E, et soit la famille des formes coordonnées correspondantes; par définition, si est tel que , on a pour tout , autrement dit, toutes les coordonnées de sont nulles, donc . Supposons de plus T fini; puisque , est la base duale de dans , et comme transforme une base de E en une base de , est bijective (II, p. 25, cor. 3). On a en outre prouvé:
Corollaire 1
Soit E un A-module libre ayant une base finie; pour toute base* de E, est la base duale de la base de , duale de .
On dit dans ce cas que et sont deux bases duales l’une de l’autre.
Corollaire 2
Si E est un A-module libre ayant une base finie, toute base finie de* est la base duale d’une base de E.
Il suffit en effet de considérer dans la base duale de la base donnée et d’identifier canoniquement E et .
Corollaire 3
Soient E, F deux A-modules ayant chacun une base finie, E (resp. F) étant canoniquement identifié à son bidual* resp. F*). Pour toute application linéaire , on a alors .
Cela résulte aussitôt de la commutativité du diagramme (27).
Corollaire 4
Si P est un module projectif* (resp. un module projectif de type fini) l’application canonique est injective (resp. bijective).
Nous utiliserons le lemme suivant:
Lemme 1
Soient M, N deux sous-modules supplémentaires dans un A-module* E, les injections canoniques. Alors le diagramme (28)
est commutatif.
En effet, par définition, pour
Cela étant, si E est un module libre (resp. un module libre ayant une base finie), est injectif (resp. bijectif); d’autre part, il résulte de II, p. 44, prop. 10, que est bijectif; la commutativité du diagramme (28) entraîne alors que est injectif (resp. bijectif), et il en est donc de même de et (II, p. 14, cor. 1), d’où le corollaire, compte tenu de II, p. 39, prop. 4.
8. Équations linéaires
Soient E, F deux A-modules. Toute équation de la forme , où est une application linéaire donnée, un élément donné de F et où l’inconnue est assujettie à prendre ses valeurs dans E, s’appelle équation linéaire; on dit que est le second membre de l’équation; si , l’équation est dite linéaire et homogène.
Tout élément tel que est appelé solution de l’équation linéaire .¹
On dit souvent, de façon imagée, qu’un problème est linéaire s’il est équivalent à la détermination des solutions d’une équation linéaire.
Étant donnée une équation linéaire , l’équation est appelée l’équation linéaire et homogène associée à .
Proposition 14
Si est une solution de l’équation linéaire , l’ensemble des solutions de cette équation est égal à l’ensemble des éléments , où parcourt l’ensemble des solutions de l’équation homogène associée .
En effet, la relation s’écrit , équivalente à .
¹ Il s’agit en fait d’un abus de langage; du point du vue logique, nous ne définissons pas ici le mot « solution », mais simplement la phrase « est solution de l’équation » comme équivalente à la relation « et ». On observera que dans une théorie mathématique où la relation « A est un anneau, E et F des A-modules, u un homomorphisme de E dans F, un élément de F » est un théorème, tout terme de tel que la relation « et » soit vraie dans est une solution de l’équation au sens de E, I, p. 40; ce qui justifie l’abus de langage précédent.
Autrement dit, si l’équation a au moins une solution , l’ensemble de ses solutions est l’ensemble , obtenu par translation à partir du noyau de . On observera que , étant un sous-module, n’est jamais vide, puisqu’il contient 0 (appelé la solution nulle, ou solution banale, de l’équation homogène ).
En vertu de la prop. 14, pour qu’une équation ait exactement une solution, il faut et il suffit qu’elle ait au moins une solution, et que l’on ait (autrement dit, que l’équation homogène associée n’ait pas de solution non nulle, ou encore que soit injective); dans ce cas, pour tout , l’équation a au plus une solution.
Proposition 15
Soit u une application linéaire d’un module E dans un module F. Si l’équation a au moins une solution, est orthogonal au noyau de .
En effet, dire que admet une solution signifie que et la proposition résulte de II, p. 43, corollaire.
On observera que le critère nécessaire d’existence d’une solution de , donné par la prop. 15, est suffisant lorsque A est un corps (II, p. 106, prop. 12) mais non en général (II, p. 184, exerc. 10).
Remarque 1
Soient E un A-module, une famille de A-modules, et pour tout , soit une application linéaire. Tout système d’équations linéaires
Remarque 2
Supposons que E admette une base ; si on pose pour tout , dire que vérifie l’équation équivaut à dire que la famille (de support fini) d’éléments de A vérifie la relation
Remarque 3
Une équation linéaire est dite scalaire lorsque , et par suite est une forme linéaire sur E et un scalaire. Si E admet une base , il résulte de la Remarque 2) qu’une telle équation s’écrit aussi
Remarque 4
Un système linéaire (32) est encore appelé système d’équations linéaires scalaires à gauche lorsqu’il y a lieu d’éviter des confusions. Un système d’équations
Exercices
See the exercises for § 2.