Bourbaki

§ 17. Extensions régulières

1. Compléments sur la fermeture algébrique séparable

Théorème 1 (Zariski)

Soient K un corps, L une extension de K, K1K_1 la fermeture algébrique séparable de K dans L (V, p. 42), K2K_2 la fermeture algébrique de K dans L (V, p. 19) et (Xi)i∈I(X_i)_{i \in I} une famille d’indéterminées. Alors K1(Xi)i∈IK_1(X_i)_{i \in I} est la fermeture algébrique séparable de K(Xi)i∈IK(X_i)_{i \in I} dans L(Xi)i∈IL(X_i)_{i \in I}, et K2(Xi)i∈IK_2(X_i)_{i \in I} est la fermeture algébrique de K(Xi)i∈IK(X_i)_{i \in I} dans L(Xi)i∈IL(X_i)_{i \in I}.

A) On suppose que E est un corps et F un surcorps de E et que tout élément de F qui est algébrique séparable sur E appartient à E. Soit uu un élément de F(X)F(X) qui est algébrique séparable sur E(X)E(X); nous allons montrer que uu appartient à E(X)E(X). Il existe dans F[X]F[X] deux polynômes étrangers P et Q tels que u=P/Qu = P/Q, et l’on peut supposer que Q est unitaire. Soient S la partie finie de F formée des coefficients de P et Q, F0=E(S)F_0 = E(S), et Δ\Delta une E-dérivation de F0F_0 dans F0F_0. Soit D la dérivation de F0(X)F_0(X) dans lui-même qui coïncide avec Δ\Delta sur F0F_0 et annule X (V, p. 123, prop. 3).

Comme u∈F0(X)u \in F_0(X) est algébrique séparable sur E(X)E(X) et que D est nulle sur E(X)E(X), on a D(u)=0D(u) = 0 (V, p. 123, prop. 4), d’où D(P).Q=P.D(Q)D(P) . Q = P . D(Q). Comme P et Q sont étrangers, on en déduit que Q divise D(Q) (IV, p. 12, cor. 4). Or, on peut écrire Q sous la forme

Q(X)=Xn+a1Xn−1+⋯+an−1X+an Q(X) = X^n + a_1 X^{n-1} + \cdots + a_{n-1} X + a_n

avec a1,...,ana_1, ..., a_n dans F0F_0; comme on a D(X)=0D(X) = 0, on a donc

(1)

D(Q)=Δ(a1)Xn−1+⋯+Δ(an−1)X+Δ(an) D(Q) = \Delta(a_1) X^{n-1} + \cdots + \Delta(a_{n-1}) X + \Delta(a_n)

d’où deg⁡D(Q)<deg⁡Q\deg D(Q) < \deg Q. Comme Q divise D(Q), ceci n’est possible que si D(Q) est nul. Mais alors D(P) est nul puisque D(P).Q = P.D(Q). La formule (1) et une formule analogue pour P montrent alors que Δ\Delta annule l’ensemble S des coefficients de P et Q, d’où Δ=0\Delta = 0 puisque F0=E(S)F_0 = E(S). D’après V, p. 129, cor. 2, l’extension de type fini F0F_0 de E est donc algébrique séparable ; vu les hypothèses faites sur E et F, on a F0=EF_0 = E, d’où finalement u∈E(X)u \in E(X).

B) Supposons maintenant que le corps E soit algébriquement fermé dans le surcorps F et notons pp l’exposant caractéristique de E. Soit uu un élément de F(X)F(X) algébrique sur E(X)E(X). Il existe un entier f⩾0f \geqslant 0 tel que v=upfv = u^{p^f} soit algébrique et séparable sur E(X)E(X) (V, p. 42, prop. 13). D’après A), on a donc v∈E(X)v \in E(X). Il existe une unique représentation de uu sous la forme P/QP/Q avec des polynômes P et Q étrangers dans F[X]F[X], et Q unitaire ; on a une décomposition analogue v=P1/Q1v = P_1/Q_1 avec P1P_1 et Q1Q_1 étrangers dans E[X]E[X] et Q1Q_1 unitaire. On en déduit P1/Q1=Ppf/QpfP_1/Q_1 = P^{p^f}/Q^{p^f}; les polynômes PpfP^{p^f} et QpfQ^{p^f} sont étrangers dans F[X]F[X] (IV, p. 12, cor. 6), de même que P1P_1 et Q1Q_1, et QpfQ^{p^f} est unitaire. On en conclut Ppf=P1∈E[X]P^{p^f} = P_1 \in E[X] et Qpf=Q1∈E[X]Q^{p^f} = Q_1 \in E[X]. Par suite, les coefficients de P et Q sont radiciels sur E, donc appartiennent à E puisque E est algébriquement fermé dans F. On a donc P∈E[X]P \in E[X], Q∈E[X]Q \in E[X] et finalement u∈E(X)u \in E(X). On a prouvé que E(X)E(X) est algébriquement fermé dans F(X)F(X).

C) Reprenons les notations du théorème 1. Comme K1K_1 est une extension algébrique séparable de K, l’extension K1(Xi)i∈IK_1(X_i)_{i \in I} de K(Xi)i∈IK(X_i)_{i \in I} est algébrique et séparable (V, p. 38, prop. 6). De plus, tout élément de L qui est algébrique et séparable sur K1K_1 appartient à K1K_1 (V, p. 42, prop. 13, a)). Soit J une partie finie de I ; par une récurrence immédiate sur le cardinal de J, on déduit de A) que tout élément de L(Xi)i∈JL(X_i)_{i \in J} qui est algébrique et séparable sur K(Xi)i∈JK(X_i)_{i \in J} appartient à K1(Xi)i∈JK_1(X_i)_{i \in J}. Soit enfin uu un élément de L(Xi)i∈IL(X_i)_{i \in I} algébrique et séparable sur K(Xi)i∈IK(X_i)_{i \in I}; il existe une partie finie J de I telle que uu appartienne à L(Xi)i∈JL(X_i)_{i \in J} et soit algébrique et séparable sur K(Xi)i∈JK(X_i)_{i \in J}; d’après ce qui précède, uu appartient à K1(Xi)i∈JK_1(X_i)_{i \in J} et a fortiori à K1(Xi)i∈IK_1(X_i)_{i \in I}.

On vient de déduire de A) que K1(Xi)i∈IK_1(X_i)_{i \in I} est la fermeture séparable de K(Xi)i∈IK(X_i)_{i \in I} dans L(Xi)i∈IL(X_i)_{i \in I}; on déduit de manière analogue de B) que K2(Xi)i∈IK_2(X_i)_{i \in I} est la fermeture algébrique de K(Xi)i∈IK(X_i)_{i \in I} dans L(Xi)i∈IL(X_i)_{i \in I}.

2. Produit tensoriel d’extensions

Proposition 1

Soient Ω\Omega une extension d’un corps K et L, M deux sous-extensions de Ω\Omega algébriquement disjointes sur K. On suppose que la fermeture algébrique séparable* de K dans L est égale à K 1^1. Soient φ\varphi l’homomorphisme de K-algèbres de L⊗KML \otimes_K M dans Ω\Omega transformant x⊗yx \otimes y en xyxy pour x∈Lx \in L et y∈My \in M, et pp le noyau de φ\varphi. Alors pp est l’ensemble des éléments nilpotents de L⊗KML \otimes_K M et c’est le plus petit des idéaux premiers de L⊗KML \otimes_K M.

Quitte à remplacer Ω\Omega par une clôture algébrique, on peut supposer que Ω\Omega est algébriquement clos. Notons B une base de transcendance de M sur K, N la fermeture algébrique de K(B) dans Ω\Omega et NsN_s (resp. NrN_r) l’ensemble des éléments de N qui sont séparables (resp. radiciels) sur K(B). Remarquons que M est algébrique sur K(B), donc que N est la fermeture algébrique de M dans Ω\Omega.

L⟶L(B)⟶L(B∪Ns)↑↑K⟶K(B)⟶Ns↓↓MN↓↓NrN⟶Ω \begin{array}{ccccccccc} L & \longrightarrow & L(B) & \longrightarrow & L(B \cup N_s) \\ & & \uparrow & & \uparrow \\ K & \longrightarrow & K(B) & \longrightarrow & N_s \\ & & \downarrow & & \downarrow \\ & & M & & N \\ & & \downarrow & & \downarrow \\ & & N_r & & N & \longrightarrow & \Omega \end{array}

Fig. 1.

Définissons la chaîne suivante d’homomorphismes :

L⊗KM→αL⊗KN→β(L⊗KK(B))⊗K(B)N→γL(B)⊗K(B)N L \otimes_K M \xrightarrow{\alpha} L \otimes_K N \xrightarrow{\beta} (L \otimes_K K(B)) \otimes_{K(B)} N \xrightarrow{\gamma} L(B) \otimes_{K(B)} N
→δL(B)⊗K(B)Ns⊗K(B)Nr→εL(B∪Ns)⊗K(B)Nr→ζΩ. \xrightarrow{\delta} L(B) \otimes_{K(B)} N_s \otimes_{K(B)} N_r \xrightarrow{\varepsilon} L(B \cup N_s) \otimes_{K(B)} N_r \xrightarrow{\zeta} \Omega .

On a α=IdL⊗u\alpha = \mathrm{Id}_L \otimes u où uu est l’injection canonique de M dans N, donc α\alpha est injectif. L’application β\beta est l’isomorphisme de groupes commutatifs qui transforme x⊗yx \otimes y en (x⊗1)⊗y(x \otimes 1) \otimes y (II, p. 83, prop. 2) pour x∈Lx \in L et y∈Ny \in N. On a γ=v⊗IdN\gamma = v \otimes \mathrm{Id}_N, où vv est l’homomorphisme de K-algèbres de L⊗KK(B)L \otimes_K K(B) dans L(B)L(B) qui transforme x⊗yx \otimes y en xyxy pour x∈Lx \in L et y∈K(B)y \in K(B); comme L et M sont algébriquement disjointes sur K, la prop. 14 (V, p. 109) montre que L et K(B) sont linéairement disjointes sur K ; autrement dit, vv est injectif, donc γ\gamma est injectif. Comme N est une extension quasi-galoisienne de K(B), il existe (V, p. 73, prop. 13) un isomorphisme ww de K(B)-algèbres de Ns⊗K(B)NrN_s \otimes_{K(B)} N_r sur N qui transforme x⊗yx \otimes y en xyxy pour x∈Nsx \in N_s et y∈Nry \in N_r : on a noté δ\delta l’isomorphisme IdL(B)⊗w−1\mathrm{Id}_{L(B)} \otimes w^{-1}. D’après le th. 1 (V, p. 131) et l’hypothèse faite sur l’extension L de K, tout élément de L(B) qui est algébrique et séparable sur K(B) appartient à K(B) ; en particulier, on a L(B)∩Ns=K(B)L(B) \cap N_s = K(B). Comme NsN_s est une extension galoisienne de K(B), le th. 5 (V, p. 68) montre qu’il existe un isomorphisme w′w' de K(B)-algèbres de L(B)⊗K(B)NsL(B) \otimes_{K(B)} N_s sur L(B∪Ns)L(B \cup N_s) transformant x⊗yx \otimes y en xyxy pour x∈L(B)x \in L(B) et y∈Nsy \in N_s ; on a noté ε\varepsilon l’isomorphisme w′⊗IdNrw' \otimes \mathrm{Id}_{N_r}. Enfin,

1^1 On exprime parfois cette hypothèse en disant que L est une extension primaire de K.

ζ est l’homomorphisme de K-algèbres transformant x⊗yx \otimes y en xyxy pour x∈L(B∪Ns)x \in L(B \cup N_s) et y∈Nry \in N_r.

Ce qui précède montre que η=εδγβα\eta = \varepsilon \delta \gamma \beta \alpha est un homomorphisme injectif de K-algèbres de L⊗KML \otimes_K M dans L(B∪Ns)⊗K(B)NrL(B \cup N_s) \otimes_{K(B)} N_r. De plus, tout élément de M est de la forme ∑i=1naibi\sum_{i=1}^n a_i b_i avec ai∈Nsa_i \in N_s et bi∈Nrb_i \in N_r pour 1≤i≤n1 \leq i \leq n; on en déduit aussitôt φ=ζη\varphi = \zeta \eta.

Le noyau p\mathfrak{p} de φ\varphi est un idéal premier de L⊗KML \otimes_K M, donc tout élément nilpotent de L⊗KML \otimes_K M appartient à p\mathfrak{p} d’après la prop. 2 (V, p. 113). Réciproquement, soit aa un élément de p\mathfrak{p}; posons η(a)=∑i=1sbi⊗ci\eta(a) = \sum_{i=1}^s b_i \otimes c_i avec bi∈L(B∪Ns)b_i \in L(B \cup N_s) et ci∈Nrc_i \in N_r pour 1≤i≤s1 \leq i \leq s. Comme NrN_r est une extension radicielle de K(B)K(B), il existe un entier f≥0f \geq 0 tel que cipfc_i^{p^f} appartienne à K(B)K(B) pour 1≤i≤s1 \leq i \leq s (on note pp l’exposant caractéristique de KK). Mais on a

η(apf)=∑i=1sbipf⊗cipf=(∑i=1sbipfcipf)⊗1=ζη(a)pf⊗1=0 \eta(a^{p^f}) = \sum_{i=1}^s b_i^{p^f} \otimes c_i^{p^f} = (\sum_{i=1}^s b_i^{p^f} c_i^{p^f}) \otimes 1 = \zeta \eta(a)^{p^f} \otimes 1 = 0

et comme η\eta est injectif, on a finalement apf=0a^{p^f} = 0. On a donc prouvé que p\mathfrak{p} est l’ensemble des éléments nilpotents de L⊗KML \otimes_K M. Tout idéal premier de L⊗KML \otimes_K M contient alors p\mathfrak{p} d’après la prop. 2 (V, p. 113).

Corollaire

Soient LL et MM deux extensions d’un corps KK. On suppose que la fermeture algébrique séparable de KK dans LL est égale à KK. Alors l’ensemble p\mathfrak{p} des éléments nilpotents de L⊗KML \otimes_K M est un idéal premier. Si de plus LL ou MM est séparable sur KK, alors L⊗KML \otimes_K M est intègre.

On peut supposer que LL et MM sont des sous-extensions algébriquement disjointes d’une extension Ω\Omega de KK (V, p. 111, th. 5); alors p\mathfrak{p} est un idéal premier d’après la prop. 1 (V, p. 132). Si de plus LL ou MM est séparable sur KK, alors L⊗KML \otimes_K M est un anneau réduit d’après la définition des extensions séparables (V, p. 114, déf. 1); on a donc p=0\mathfrak{p} = 0 et L⊗KML \otimes_K M est intègre, puisque p\mathfrak{p} est premier.

3. Algèbres absolument intègres

Définition 1

Soit KK un corps. On dit qu’une algèbre AA sur KK est absolument intègre si l’anneau L⊗KAL \otimes_K A est intègre pour toute extension LL de KK.

Une algèbre absolument intègre est en particulier un anneau intègre donc commutatif.

Proposition 2

Soient AA et BB deux algèbres sur un corps KK. Si AA est intègre et BB absolument intègre, alors A⊗KBA \otimes_K B est intègre.

Soit LL le corps des fractions de AA. Comme BB est absolument intègre, l’anneau L⊗KBL \otimes_K B est intègre; or l’anneau A⊗KBA \otimes_K B est isomorphe à un sous-anneau de L⊗KBL \otimes_K B, donc est intègre.

Proposition 3

Soit KK un corps.

a) Toute sous-algèbre d’une KK-algèbre absolument intègre est absolument intègre.

b) Le produit tensoriel de deux KK-algèbres absolument intègres est absolument intègre.

c) Soient AA une KK-algèbre absolument intègre et K′K' une extension de KK. Pour que AA soit absolument intègre, il faut et il suffit que la K′K'-algèbre A(K′)A_{(K')} déduite de AA par extension des scalaires soit absolument intègre.

La démonstration de a) (resp. c)) est identique à celle de la partie a) (resp. d)) de la prop. 3 de V, p. 114, en y remplaçant partout « réduit » par « intègre » et « séparable » par « absolument intègre ». Démontrons b).

Soient AA et BB deux KK-algèbres absolument intègres. Soit LL une extension de KK. Comme AA est absolument intègre, l’anneau L⊗KAL \otimes_K A est intègre. D’après la prop. 2, l’anneau (L⊗KA)⊗KB(L \otimes_K A) \otimes_K B est donc intègre puisque BB est absolument intègre. Finalement, l’anneau L⊗K(A⊗KB)L \otimes_K (A \otimes_K B) est isomorphe à (L⊗KA)⊗KB(L \otimes_K A) \otimes_K B, donc est intègre. Cela prouve que A⊗KBA \otimes_K B est absolument intègre.

4. Extensions régulières

Définition 2

On dit qu’une extension d’un corps KK est régulière si c’est une KK-algèbre absolument intègre.

Proposition 4

Soient AA une algèbre intègre sur un corps KK, et EE son corps des fractions. Soit LL une extension de KK; si l’anneau L⊗KAL \otimes_K A est intègre, il en est de même de L⊗KEL \otimes_K E.

Si l’anneau L⊗KAL \otimes_K A est intègre, il se plonge dans son corps des fractions FF. Posons u(x)=x⊗1u(x) = x \otimes 1 pour x∈Lx \in L, et notons vv le KK-homomorphisme de EE dans FF qui prolonge l’homomorphisme injectif y↦1⊗yy \mapsto 1 \otimes y de AA dans FF. D’après la prop. 6 (V, p. 14), les sous-corps u(L)u(L) et v(E)v(E) de FF sont linéairement disjoints sur KK; par suite, l’homomorphisme u∗vu * v de L⊗KEL \otimes_K E dans FF (V, p. 12) est injectif. Ceci prouve que l’anneau L⊗KEL \otimes_K E est intègre.

Corollaire

Pour que AA soit absolument intègre, il faut et il suffit que son corps des fractions soit une extension régulière de KK.

La condition est nécessaire d’après la prop. 4 et suffisante d’après la prop. 3, a).

Proposition 5

Toute extension pure d’un corps KK est régulière.

D’après le corollaire précédent, il suffit de prouver que toute algèbre de polynômes A=K[Xi]i∈IA = K[X_i]_{i \in I} est absolument intègre sur KK. Soit LL une extension de KK; l’anneau L⊗KAL \otimes_K A est isomorphe à L[Xi]i∈IL[X_i]_{i \in I} (III, p. 22, remarque 2), donc est intègre (IV, p. 9, prop. 8).

Proposition 6

Soit LL une extension d’un corps KK. Si LL est régulière, toute sous-extension de LL est régulière. Inversement si toute sous-extension de type fini de LL est régulière, alors LL est régulière.

La première assertion résulte de la prop. 3, aa.

Soit MM une extension de KK, et soit U\mathscr{U} l’ensemble des sous-extensions de type fini de LL. Pour tout E∈UE \in \mathscr{U}, l’anneau M⊗KEM \otimes_K E s’identifie à un sous-anneau de M⊗KLM \otimes_K L, et l’on définit ainsi une famille filtrante croissante de sous-anneaux de M⊗KLM \otimes_K L, de réunion M⊗KLM \otimes_K L. On en déduit immédiatement la seconde assertion.

Proposition 7

Soient LL une extension d’un corps KK et MM une LL-algèbre (par exemple une extension de LL). Si LL est régulière sur KK et MM absolument intègre sur LL, alors MM est absolument intègre sur KK*.

Soit EE une extension de KK; comme LL est régulière sur KK, l’anneau E⊗KLE \otimes_K L est intègre. D’après la prop. 2 (V, p. 134), l’anneau (E⊗KL)⊗LM(E \otimes_K L) \otimes_L M est donc intègre, et il en est donc de même de l’anneau E⊗KME \otimes_K M qui lui est isomorphe (II, p. 83, prop. 2). D’où la proposition.

Proposition 8

Soient LL et MM deux extensions d’un corps KK. a) Si MM est régulière sur KK, le corps des fractions de l’anneau intègre L⊗KML \otimes_K M est une extension régulière de LL. b) Si LL et MM sont des extensions régulières de KK, il en est de même du corps des fractions de L⊗KML \otimes_K M*.

L’assertion aa) résulte de la prop. 3, cc) (V, p. 135) et du cor. de V, p. 135 ; l’assertion bb) résulte de la prop. 3, bb) (V, p. 135) et du cor. de V, p. 135.

5. Caractérisation des extensions régulières

Proposition 9

Soient KK un corps, K‾\overline{K} une clôture algébrique de KK et LL une extension de KK. Les conditions suivantes sont équivalentes : a) LL est séparable sur KK et KK est algébriquement fermé dans LL. b) LL est une extension régulière de KK. c) L’anneau K‾⊗KL\overline{K} \otimes_K L est intègre. d) Soit L‾\overline{L} une clôture algébrique de LL. Alors LL est linéairement disjointe sur KK de la fermeture algébrique de KK dans L‾\overline{L}. De plus, si ces conditions sont satisfaites, l’anneau K‾⊗KL\overline{K} \otimes_K L est un corps. a)⇒b)a) \Rightarrow b) : soit MM une extension de KK. Sous les hypothèses de aa), l’anneau M⊗KLM \otimes_K L est intègre d’après V, p. 134, cor. b)⇒c)b) \Rightarrow c) : cela résulte de la déf. 2. c)⇒d)c) \Rightarrow d) : avec les notations de dd), on peut identifier K‾\overline{K} à la fermeture algébrique de KK dans L‾\overline{L} (V, p. 22, exemple 2). Supposons que l’anneau A=K‾⊗KLA = \overline{K} \otimes_K L soit intègre. Soit EE une sous-extension de K‾\overline{K}, de degré fini sur KK; le sous-anneau E⊗KLE \otimes_K L de AA est intègre, et c’est une algèbre de degré fini sur LL; d’après le cor. de V, p. 10, c’est un corps. Comme K‾\overline{K} est réunion de l’ensemble filtrant croissant des extensions EE du type précédent, AA est un corps (V, p. 11, prop. 3). L’homomorphisme canonique de AA dans L‾\overline{L} qui envoie x⊗yx \otimes y sur xyxy (pour x∈K‾x \in \overline{K} et y∈Ly \in L) est donc injectif, et par suite, LL et K‾\overline{K} sont linéairement disjoints sur KK.

d) ⇒ a) : Sous les hypothèses de d), on a L ∩ \overline{K} = K, donc K est algébriquement fermé dans L ; de plus, si p est l’exposant caractéristique de K, le corps L est linéairement disjoint de K^{p^{-\infty}} sur K, donc L est séparable sur K (V, p. 118, cor. 1).

Corollaire 1

Soit A une algèbre sur le corps K. Pour que A soit absolument intègre, il faut et il suffit que l’anneau \overline{K} \otimes_K A soit intègre.

La condition énoncée est évidemment nécessaire. Inversement, supposons que l’anneau \overline{K} \otimes_K A soit intègre, et notons E le corps des fractions de A. D’après la prop. 4 (V, p. 135), l’anneau \overline{K} \otimes_K E est intègre, donc E est extension régulière de K par la proposition 9 ; on conclut par V, p. 135, cor., que A est une K-algèbre absolument intègre.

Corollaire 2

Soit K un corps algébriquement clos. Toute K-algèbre intègre sur K est absolument intègre. En particulier, toute extension de K est régulière.

Cela résulte du cor. 1.

Corollaire 3

Soit K un corps algébriquement clos. Si A et B sont deux K-algèbres intègres, il en est de même de A \otimes_K B.

D’après le cor. 2, A et B sont absolument intègres sur K, et il suffit d’appliquer la prop. 2 (V, p. 134).

6. Application aux extensions composées

Proposition 10

Soient L et M deux extensions d’un corps K et (E, u, v) une extension composée de L et de M (V, p. 11). On suppose que l’anneau L \otimes_K M est intègre et que les sous-extensions u(L) et v(M) de E sont algébriquement disjointes sur K. Alors u(L) et v(M) sont linéairement disjointes sur K.

Posons w = u \* v (V, p. 12). Notons F le corps des fractions de l’anneau intègre L \otimes_K M et identifions L (resp. M) à un sous-corps de F au moyen de l’application x ↦ x ⊗ 1 (resp. y ↦ 1 ⊗ y) ; alors la restriction de w à L (resp. M) est u (resp. v). Soit B une base de transcendance de M sur K (V, p. 105, th. 1).

Par hypothèse, u(L) et v(M) sont algébriquement disjointes sur K ; par suite (V, p. 109, prop. 14), u(L) et v(K(B)) sont linéairement disjointes sur K. Il existe donc un K-homomorphisme u' : L(B) → E qui coïncide avec u sur L et avec v sur K(B). Par construction, L et M sont linéairement disjoints sur K dans F ; d’après la prop. 8 (V, p. 14), les sous-corps L(B) et M de F sont linéairement disjoints sur K(B). Il existe par conséquent un K-homomorphisme w' : M[L(B)] → E qui coïncide avec u' sur L(B) et avec v sur M. Mais le corps F est engendré par M ∪ L(B) et M est algébrique sur K(B) ; on a donc M[L(B)] = F (V, p. 18, cor. 2). On conclut de là que w' est un K-isomorphisme de F sur E, dont la restriction à L (resp. M) est u (resp. v). Ceci prouve que u(L) et v(M) sont linéairement disjointes sur K.

Corollaire 1

Soient Ω une extension d’un corps K et L une sous-extension de Ω régulière sur K. Toute sous-extension M de Ω qui est algébriquement disjointe de L sur K en est linéairement disjointe.

L’anneau L⊗KML \otimes_K M est intègre par définition d’une extension régulière, et il suffit d’appliquer la prop. 10.

Corollaire 2

Soient Ω\Omega une extension d’un corps KK et L,ML, M deux sous-extensions de Ω\Omega. On suppose que LL est séparable sur KK et que la fermeture séparable de KK dans MM est égale à KK. Si LL et MM sont algébriquement disjointes sur KK, elles sont linéairement disjointes sur KK.

D’après la prop. 10, il suffit de noter que l’anneau L⊗KML \otimes_K M est intègre (V, p. 134, cor.).

Exercises

Exercices

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Transcribed from the printed volume. Not translated.