Bourbaki

§ 16. Critères différentiels de séparabilité

1. Prolongement des dérivations : cas des anneaux

Soient KK un anneau commutatif, AA une KK-algèbre commutative et x=(xi)i∈Ix = (x_i)_{i \in I} une famille d’éléments de AA. Soit par ailleurs Δ\Delta une dérivation de KK dans un AA-module MM, autrement dit (III, p. 118) une application Z\mathbf{Z}-linéaire de KK dans MM satisfaisant à la relation Δ(cc′)=c.Δ(c′)+c′.Δ(c)\Delta(cc') = c.\Delta(c') + c'.\Delta(c) pour c,c′c, c' dans KK. Pour tout i∈Ii \in I, soit DiD_i la dérivation partielle par rapport à XiX_i dans l’anneau de polynômes K[Xi]i∈IK[X_i]_{i \in I}; c’est l’unique dérivation de cet anneau dans lui-même qui est nulle sur KK et sur XjX_j pour tout jj dans I−{i}I - \{i\}, et qui prend la valeur 1 sur XiX_i (IV, p. 6). Pour tout polynôme f=∑α∈N(I)cαXαf = \sum_{\alpha \in \mathbf{N}^{(I)}} c_\alpha X^\alpha dans K[Xi]i∈IK[X_i]_{i \in I}, on notera fΔ(x)f^\Delta(x) l’élément ∑α∈N(I)xα.Δ(cα)\sum_{\alpha \in \mathbf{N}^{(I)}} x^\alpha . \Delta(c_\alpha) de MM.

Proposition 1

On suppose que la famille* x=(xi)i∈Ix = (x_i)_{i \in I} engendre la KK*-algèbre* AA. Soient (mi)i∈I(m_i)_{i \in I} une famille d’éléments de MM et (fλ)λ∈Λ(f_\lambda)_{\lambda \in \Lambda} une famille de polynômes engendrant l’idéal aa des polynômes f∈K[Xi]i∈If \in K[X_i]_{i \in I} tels que f(x)=0f(x) = 0. Pour qu’il existe une dérivation DD de AA dans MM telle que D(c.1)=Δ(c)D(c.1) = \Delta(c) pour tout c∈Kc \in K et D(xi)=miD(x_i) = m_i pour tout i∈Ii \in I, il faut et il suffit que l’on ait

fλΔ(x)+∑i∈IDifλ(x).mi=0pour tout λ∈Λ. f_\lambda^\Delta(x) + \sum_{i \in I} D_i f_\lambda(x).m_i = 0 \quad \text{pour tout } \lambda \in \Lambda .
S’il en est ainsi, la dérivation DD est unique et satisfait à
D(f(x))=fΔ(x)+∑i∈IDif(x).mipour tout f∈K[Xi]i∈I. D(f(x)) = f^\Delta(x) + \sum_{i \in I} D_i f(x).m_i \quad \text{pour tout } f \in K[X_i]_{i \in I} .

Cité par 2

Cité par Remarque 2, Proposition 4

Posons E=K[Xi]i∈IE = K[X_i]_{i \in I} et notons φ\varphi le KK-homomorphisme de EE sur AA qui applique XiX_i sur xix_i pour tout i∈Ii \in I; on a donc φ(f)=f(x)\varphi(f) = f(x) pour tout f∈Ef \in E. Considérons MM comme un EE-module au moyen de l’homomorphisme φ:E→A\varphi : E \to A et définissons une application D′D' de EE dans MM par D′(f)=fΔ(x)+∑i∈IDif(x)⋅miD'(f) = f^\Delta(x) + \sum_{i \in I} D_i f(x) \cdot m_i (remarquer que la famille (Dif)i∈I(D_i f)_{i \in I} est à support fini pour tout f∈Ef \in E). Il est immédiat que D′D' est l’unique dérivation de EE dans MM, prolongeant Δ\Delta et appliquant XiX_i sur mim_i pour tout i∈Ii \in I.

Soit DD une dérivation de AA dans MM telle que D(c.1)=Δ(c)D(c.1) = \Delta(c) pour tout c∈Kc \in K et D(xi)=miD(x_i) = m_i pour tout i∈Ii \in I. Alors D∘φD \circ \varphi est une dérivation de EE dans MM, prolongeant Δ\Delta et appliquant XiX_i sur mim_i pour tout i∈Ii \in I. On a donc D∘φ=D′D \circ \varphi = D', c’est-à-dire la relation (2). Ceci démontre l’unicité de DD; de plus, la formule (1) est conséquence de fλ(x)=0f_\lambda(x) = 0 et de (2).

Réciproquement, supposons la relation (1) satisfaite ; autrement dit, on a D′(fλ)=0D'(f_\lambda) = 0 pour tout λ∈Λ\lambda \in \Lambda. Soit f∈af \in a; il existe une famille à support fini (qλ)λ∈Λ(q_\lambda)_{\lambda \in \Lambda} dans EE telle que f=∑λ∈Λqλ⋅fλf = \sum_{\lambda \in \Lambda} q_\lambda \cdot f_\lambda. On a

D′(f)=∑λ∈Λ[fλ(x)⋅D′(qλ)+qλ(x)⋅D′(fλ)] D'(f) = \sum_{\lambda \in \Lambda} \left[ f_\lambda(x) \cdot D'(q_\lambda) + q_\lambda(x) \cdot D'(f_\lambda) \right]
d’où D′(f)=0D'(f) = 0 puisque fλ(x)f_\lambda(x) et D′(fλ)D'(f_\lambda) sont nuls pour tout λ∈Λ\lambda \in \Lambda. Comme D′D' s’anule sur aa, il existe une application Z\mathbf{Z}-linéaire DD de AA dans MM telle que D′=D∘φD' = D \circ \varphi; il est immédiat que DD est la dérivation cherchée de AA dans MM.

2. Prolongement des dérivations : cas des corps

Soient K,LK, L et MM des corps tels que K⊂L⊂MK \subset L \subset M. D’après la prop. 21 (III, p. 136), on a une suite exacte de MM-espaces vectoriels

(EK,L,M)ΩK(L)⊗LM→αΩK(M)→βΩL(M)→0; (E_{K,L,M}) \quad \Omega_K(L) \otimes_L M \xrightarrow{\alpha} \Omega_K(M) \xrightarrow{\beta} \Omega_L(M) \to 0 ;
les applications MM-linéaires α\alpha et β\beta sont caractérisées par les relations (3)
α(dL/Kx⊗1)=dM/Kxpour x∈L \alpha(d_{L/K} x \otimes 1) = d_{M/K} x \quad \text{pour } x \in L
(4)
β(dM/Ky)=dM/Lypour y∈M. \beta(d_{M/K} y) = d_{M/L} y \quad \text{pour } y \in M .

Soit VV un MM-espace vectoriel ; notons DK(M,V)D_K(M, V) l’espace vectoriel des KK-dérivations de MM à valeurs dans VV, et introduisons de même DK(L,V)D_K(L, V) et DL(M,V)D_L(M, V). D’après III, p. 135, diagramme (42) et III, p. 136, diagramme (44), on a un diagramme commutatif d’homomorphismes d’espaces vectoriels

0→Hom⁡M(ΩL(M),V)→Hom⁡(β,1)Hom⁡M(ΩK(M),V)→Hom⁡(α,1)Hom⁡M(ΩK(L)⊗LM,V)↓↓↓0→Der⁡L(M,V)→iVDer⁡K(M,V)→rVDer⁡K(L,V), \begin{array}{ccccccccc} 0 & \to & \operatorname{Hom}_M(\Omega_L(M), V) & \xrightarrow{\operatorname{Hom}(\beta, 1)} & \operatorname{Hom}_M(\Omega_K(M), V) & \xrightarrow{\operatorname{Hom}(\alpha, 1)} & \operatorname{Hom}_M(\Omega_K(L) \otimes_L M, V) \\ & & \downarrow & & \downarrow & & \downarrow \\ 0 & \to & \operatorname{Der}_L(M, V) & \xrightarrow{i_V} & \operatorname{Der}_K(M, V) & \xrightarrow{r_V} & \operatorname{Der}_K(L, V) , \end{array}

où les flèches verticales sont des isomorphismes, où iVi_V est l’injection canonique et rVr_V l’application de restriction.

On déduit alors de II, p. 102, th. 5 et II, p. 104, prop. 10 la proposition suivante :

Proposition 2

Les conditions suivantes sont équivalentes :

Cité par 3

Cité par Corollaire, Corollaire, Corollaire 2

a) L’application α\alpha est injective. b) Toute KK-dérivation de LL dans MM se prolonge en une KK-dérivation de MM dans MM. c) Toute KK-dérivation de LL dans un MM-espace vectoriel VV se prolonge en une KK-dérivation de MM dans VV.

Proposition 3

Soient KK un corps, LL une extension pure de KK et (xi)i∈I(x_i)_{i \in I} une base pure de LL* (V, p. 102, déf. 2).

a) Soient VV un espace vectoriel sur LL, Δ\Delta une dérivation de KK dans VV et (vi)i∈I(v_i)_{i \in I} une famille d’éléments de VV. Il existe une dérivation DD de LL dans VV, et une seule, prolongeant Δ\Delta et telle que D(xi)=viD(x_i) = v_i pour tout i∈Ii \in I. b) *Le LL-espace vectoriel ΩK(L)\Omega_K(L) des KK-différentielles de LL a pour base la famille (dxi)i∈I(dx_i)_{i \in I}.

Cite 1 · Cité par 3

Cite IV § 3. Fractions rationnelles

Cité par Corollaire, Théorème 1, Théorème 1 (Zariski), V § 17

L’assertion b) a été démontrée en IV, p. 22, et l’assertion a) s’en déduit aussitôt.

Corollaire

Soit PP un sous-corps de KK. L’application canonique α\alpha de ΩP(K)⊗KL\Omega_P(K) \otimes_K L dans ΩP(L)\Omega_P(L) est injective, et la famille (dL/Pxi)i∈I(d_{L/P} x_i)_{i \in I} est une base (sur LL) d’un sous-espace de ΩP(L)\Omega_P(L) supplémentaire de l’image de α:ΩP(K)⊗KL→ΩP(L)\alpha : \Omega_P(K) \otimes_K L \to \Omega_P(L).

Cite 2

Cite Proposition 2, Proposition 3

La prop. 3, a) montre que toute PP-dérivation de KK dans un espace vectoriel VV sur LL se prolonge en une PP-dérivation de LL dans VV; l’injectivité de α\alpha résulte alors de la prop. 2. La deuxième assertion du corollaire résulte de l’exactitude de la suite (EP,K,L)(E_{P,K,L}) et de la prop. 3, b) (compte tenu de la formule (4)).

Proposition 4

Soient KK un corps, LL une extension algébrique et séparable de KK et VV un espace vectoriel sur LL.

Cite 3 · Cité par 7

Cite III § 10. Dérivations, Proposition 7, IV § 2, Proposition 1

Cité par Remarque 1, Corollaire 1, Corollaire 2, Corollaire 3, Théorème 1, Corollaire 2, Théorème 1 (Zariski), V § 17

a) Toute KK-dérivation de LL dans VV est nulle. b) Si Δ\Delta est une dérivation de KK dans VV, il existe une dérivation DD de LL dans VV, et une seule, qui prolonge Δ\Delta.

Soit DD une KK-dérivation de LL dans VV. Si EE est une sous-extension de LL, de degré fini sur KK, la KK-algèbre EE est étale, et l’on a donc ΩK(E)=0\Omega_K(E) = 0 (V, p. 32, th. 3), d’où D∣E=0D|E = 0 par la propriété universelle de ΩK(E)\Omega_K(E) (III, p. 134). Comme LL est réunion d’une famille de sous-extensions de degré fini sur KK, on a D=0D = 0, d’où a).

Soit Δ\Delta une dérivation de KK dans VV. Si D′D' et D′′D'' sont deux prolongements de Δ\Delta en une dérivation de LL dans VV, la différence D′−D′′D' - D'' est une KK-dérivation de LL dans VV; elle est donc nulle d’après a), d’où D′=D′′D' = D''.

Il reste à prouver l’existence d’un prolongement de Δ\Delta. Le théorème de Zorn (E, III, p. 20) entraîne l’existence d’un prolongement maximal D0D_0 de Δ\Delta en une dérivation définie dans un sous-corps L0L_0 de LL contenant KK.

Soient xx dans LL et gg le polynôme minimal de xx sur L0L_0. Comme LL est algébrique et séparable sur KK, xx est algébrique et séparable sur L0L_0 (V, p. 38, prop. 6 et p. 38, cor. 2); par suite, xx est une racine simple de gg (V, p. 38, prop. 5), d’où g′(x)≠0g'(x) \neq 0 (IV, p. 16, prop. 7). Si l’on définit gD0(x)g^{D_0}(x) comme en V, p. 121, il existe donc un élément uu de VV tel que gD0(x)+g′(x).u=0g^{D_0}(x) + g'(x).u = 0; d’après la prop. 1 (V, p. 121), il existe une dérivation DD de L0(x)L_0(x) dans VV, prolongeant D0D_0 et telle que D(x)=uD(x) = u. Vu le caractère maximal de (L0,D0)(L_0, D_0), on a donc L0(x)=L0L_0(x) = L_0, d’où x∈L0x \in L_0. Vu l’arbitraire de xx, on a finalement L0=LL_0 = L.

Corollaire 1

On a* ΩK(L)=0\Omega_K(L) = 0 si LL est algébrique et séparable sur KK. Le corollaire résulte de la prop. 4, a) car le LL-espace vectoriel ΩK(L)\Omega_K(L) est engendré par l’image de la KK-dérivation canonique dL/K:L→ΩK(L)d_{L/K}: L \to \Omega_K(L).

Cite 1 · Cité par 2

Cite Proposition 4

Cité par Remarque 1, Corollaire 2

Corollaire 2

Si* LL est une extension algébrique et séparable d’un corps KK, l’application canonique α:ΩP(K)⊗KL→ΩP(L)\alpha : \Omega_P(K) \otimes_K L \to \Omega_P(L) est un isomorphisme pour tout sous-corps PP de KK. L’application α\alpha est injective d’après la prop. 2 (V, p. 123) et la prop. 4, b) ; comme ΩK(L)\Omega_K(L) est réduit à 0 (cor. 1), l’exactitude de la suite (EP,K,L)(E_{P,K,L}) entraîne que α\alpha est surjective.

Cite 3

Cite Proposition 2, Proposition 4, Corollaire 1

Corollaire 3

Soient* EE une extension d’un corps KK et DD une dérivation de EE dans EE, appliquant KK dans KK. Si LL est une sous-extension de EE qui est algébrique et séparable sur KK, on a D(L)⊂LD(L) \subset L. Soit Δ\Delta la dérivation de KK dans LL qui coïncide avec DD sur KK. D’après la prop. 4 (V, p. 123), il existe une dérivation D′D' de LL dans LL prolongeant Δ\Delta. On peut considérer D′D' et la restriction D′′D'' de DD à LL comme des dérivations de LL dans EE; comme elles coïncident sur KK, on a D′=D′′D' = D'' d’après la prop. 4, d’où

D(L)=D′′(L)=D′(L)⊂L. D(L) = D''(L) = D'(L) \subset L.

Cite 1

Cite Proposition 4

Remarque 1

Nous démontrerons plus loin (V, p. 125, cor. 3 et p. 129, cor. 2) une réciproque au cor. 1 de la prop. 4.

Cite 4

Cite Corollaire 1, Corollaire 2, Proposition 4, V § 7. Extensions algébriques séparables

Remarque 2

Toute extension algébrique d’un corps premier est séparable (V, p. 36, cor.). Comme toute dérivation d’un corps premier est nulle, toute dérivation d’une extension algébrique d’un corps premier est nulle (prop. 4).

3. Dérivations dans les corps de caractéristique 0

Théorème 1

Soient* KK un corps de caractéristique 0, LL une extension de KK et VV un espace vectoriel sur LL. Soient Δ\Delta une dérivation de KK dans VV, (xi)i∈I(x_i)_{i \in I} une base de transcendance de LL sur KK et (ui)i∈I(u_i)_{i \in I} une famille d’éléments de VV. Il existe une dérivation DD de LL dans VV, et une seule, prolongeant Δ\Delta et telle que D(xi)=uiD(x_i) = u_i pour tout i∈Ii \in I. Posons E=K(xi)i∈IE = K(x_i)_{i \in I}. La prop. 3 (V, p. 123) montre que Δ\Delta se prolonge de manière unique en une dérivation D0D_0 de EE dans VV telle que D0(xi)=uiD_0(x_i) = u_i pour tout i∈Ii \in I. Le corps LL est extension algébrique de EE, et comme LL est de caractéristique 0, LL est séparable sur E (V, p. 36, cor.). Par suite (V, p. 123, prop. 4), D_0 se prolonge de manière unique en une dérivation D de L dans V.

Cite 3 · Cité par 3

Cite Proposition 3, Proposition 4, V § 7. Extensions algébriques séparables

Cité par Corollaire 2, Théorème 3, Proposition 1, V § 17

Corollaire 1

Toute dérivation de K dans V se prolonge en une dérivation de L dans V.

Cité par 1

Cité par Corollaire 4

Corollaire 2

Soient E une sous-extension de L et U le sous-L-espace vectoriel de ΩK(L)\Omega_K(L) engendré par les différentielles des éléments de E. Pour qu’un élément x de L soit algébrique sur E, il faut et il suffit que l’on ait dx∈Udx \in U.

Cite 3 · Cité par 3

Cite Proposition 4, V § 7. Extensions algébriques séparables, Théorème 1

Cité par Corollaire, Corollaire 3, Théorème 2

Pour tout y∈Ly \in L, soit D(y) la classe de dydy modulo U. Alors D est une E-dérivation de L dans ΩK(L)/U\Omega_K(L)/U. Comme K est de caractéristique 0, toute extension algébrique de E est séparable (V, p. 36, cor.) ; si x∈Lx \in L est algébrique sur E, on a Dx=0Dx = 0 d’après la prop. 4 (V, p. 123), c’est-à-dire dx∈Udx \in U.

Si x∈Lx \in L est transcendant sur E, il existe une E-dérivation Δ\Delta de E(x) dans L telle que Δ(x)=1\Delta(x) = 1 (V, p. 123, prop. 3) ; d’après le th. 1, Δ\Delta se prolonge en une E-dérivation D de L dans L. Soit φ\varphi la forme linéaire sur ΩK(L)\Omega_K(L) telle que D=φ∘dD = \varphi \circ d; on a φ(dy)=0\varphi(dy) = 0 pour y∈Ey \in E et φ(x)=1\varphi(x) = 1, d’où dx∉Udx \notin U.

Corollaire 3

Pour qu’un élément x de L soit algébrique sur K, il faut et il suffit que l’on ait dx=0dx = 0 dans ΩK(L)\Omega_K(L). En particulier, pour que L soit une extension algébrique de K, il faut et il suffit que l’on ait ΩK(L)=0\Omega_K(L) = 0.

Cite 1

Cite Corollaire 2

Ce corollaire résulte immédiatement du cor. 2 où l’on fait E=KE = K.

Corollaire 4

Soient K, L et M des corps de caractéristique 0 tels que K⊂L⊂MK \subset L \subset M; l’application canonique α:ΩK(L)⊗LM→ΩK(M)\alpha : \Omega_K(L) \otimes_L M \to \Omega_K(M) est injective.

Cite 1

Cite Corollaire 1

Ce corollaire résulte aussitôt du cor. 1 et de V, p. 122, prop. 2.

Théorème 2

Soient K un corps de caractéristique 0, L une extension de K et (xi)i∈I(x_i)_{i \in I} une famille d’éléments de L.

Cite 1

Cite Corollaire 2

a) Pour que (xi)i∈I(x_i)_{i \in I} soit algébriquement libre sur K, il faut et il suffit que la famille des différentielles dxidx_i (pour i∈Ii \in I) dans ΩK(L)\Omega_K(L) soit linéairement libre sur L.

b) Pour que L soit algébrique sur K(xi)i∈IK(x_i)_{i \in I}, il faut et il suffit que les différentielles dxidx_i pour i∈Ii \in I engendrent l’espace vectoriel ΩK(L)\Omega_K(L) sur L.

c) Pour que (xi)i∈I(x_i)_{i \in I} soit une base de transcendance de L sur K, il faut et il suffit que la famille (dxi)i∈I(dx_i)_{i \in I} soit une base de ΩK(L)\Omega_K(L) sur L.

Pour tout i∈Ii \in I, soit EiE_i le sous-corps K(xj)j∈I−{i}K(x_j)_{j \in I - \{i\}} de L. Pour que la famille (xi)i∈I(x_i)_{i \in I} soit algébriquement libre sur K, il faut et il suffit (V, p. 104, prop. 5) que xix_i soit transcendant sur EiE_i pour tout i∈Ii \in I. D’après le cor. 2 du th. 1, ceci signifie que, pour tout i∈Ii \in I, la différentielle dxidx_i n’est pas combinaison linéaire à coefficients dans L des différentielles dxjdx_j pour j≠ij \neq i dans I ; cette dernière condition signifie que la famille (dxi)i∈I(dx_i)_{i \in I} est libre sur L, d’où a).

L’assertion b) résulte aussitôt du cor. 2 du th. 1, et c) est conséquence de a) et b).

Corollaire

On a [ΩK(L):L]=deg⁡.tr⁡KL[\Omega_K(L) : L] = \deg.\operatorname{tr}_K L lorsque K est de caractéristique 0.

4. Dérivations dans les extensions séparables

On a vu (V, p. 117, th. 1) que toute extension L d’un corps K de caractéristique 0 est séparable ; de plus, toute dérivation de K dans un espace vectoriel sur L se prolonge alors en une dérivation de L (V, p. 125, cor. 1). On a plus généralement l’énoncé suivant :

Théorème 3

Soient K un corps et L une extension de K. Pour que L soit séparable sur K, il faut et il suffit que toute dérivation de K dans un L-espace vectoriel se prolonge en une dérivation de L.

Cite 4 · Cité par 2

Cite V § 15. Extensions séparables, V § 13. EXTENSIONS RADICIELLES DE HAUTEUR $\leqslant 1$, Proposition 1, V § 13, Théorème 1

Cité par Corollaire, Proposition 5, LIE V § 5

On peut supposer K de caractéristique p≠0p \neq 0. Supposons d’abord que L soit séparable sur K. Soient V un espace vectoriel sur L et Δ\Delta une dérivation de K dans V. D’après le critère de MacLane (V, p. 119, remarque), les corps LpL^p et K sont linéairement disjoints sur KpK^p. Comme Δ\Delta est une application KpK^p-linéaire de K dans V, elle se prolonge de manière unique en une application LpL^p-linéaire Δ′\Delta' de K[Lp]=K(Lp)K[L^p] = K(L^p) dans V. Il est immédiat que Δ′\Delta' est une dérivation de K(Lp)K(L^p) dans V nulle sur LpL^p; elle se prolonge donc (V, p. 97, cor. 1) en une dérivation de L dans V.

Réciproquement, supposons que toute dérivation de K à valeurs dans L se prolonge en une dérivation de L dans L. Soit B une pp-base de K (V, p. 95) et soit Λ\Lambda l’ensemble des familles (αb)b∈B(\alpha_b)_{b \in B} à support fini formées d’entiers compris entre 0 et p−1p - 1. Pour tout b∈Bb \in B, il existe une dérivation Δb\Delta_b de K dans K caractérisée par Δb(b′)=δbb′\Delta_b(b') = \delta_{bb'} (symbole de Kronecker) pour tout b′∈Bb' \in B (V, p. 98). Par hypothèse, il existe pour chaque b∈Bb \in B une dérivation DbD_b de L dans L prolongeant Δb\Delta_b. On a Db(b′)=δbb′D_b(b') = \delta_{bb'} pour b,b′b, b' dans B, ce qui prouve que, dans ΩLp(L)\Omega_{L^p}(L), les différentielles dbdb (pour b∈Bb \in B) sont linéairement indépendantes sur L. Par suite (V, p. 97, th. 1), B est pp-libre sur LpL^p. Par suite (V, p. 94, prop. 1 et p. 119, remarque), l’extension L de K est séparable.

Corollaire

Si L est extension séparable de K, l’application canonique αP:ΩP(K)⊗KL→ΩP(L)\alpha_P : \Omega_P(K) \otimes_K L \to \Omega_P(L) est injective pour tout sous-corps P de K. Réciproquement, s’il existe un sous-corps parfait P de K (par exemple le sous-corps premier de K) tel que l’application αP\alpha_P soit injective, alors L est séparable sur K.

Cite 3

Cite Proposition 2, Corollaire 2, Théorème 3

La première assertion résulte de la prop. 2 (V, p. 123) et du th. 3. Réciproquement, soit P un sous-corps parfait de K ; on a P=Pp⊂KpP = P^p \subset K^p, donc toute dérivation de K dans un L-espace vectoriel est une P-dérivation ; la deuxième assertion du corollaire résulte alors de la prop. 2 (V, p. 123) et du th. 3.

5. Indice d’une application linéaire

Soit L un corps 1^1. Soient U et V deux espaces vectoriels 2^2 sur L et f:U→Vf : U \to V une application L-linéaire ; on dit que ff possède un indice si le noyau N et le conoyau C de ff sont de dimension finie, et l’on appelle indice de ff l’entier

χ(f)=[C:L]−[N:L]. \chi(f) = [C : L] - [N : L].
1^1 Non nécessairement commutatif. 2^2 A gauche.

Lemme 1

Soient U et V deux espaces vectoriels de dimension finie sur un corps L. Toute application linéaire f:U→Vf : U \to V possède un indice égal à [V:L]−[U:L][V : L] - [U : L].

Cité par 1

Cité par Corollaire 3

Soient N le noyau, I l’image et C le conoyau de ff. On a C=V/IC = V/I et I est isomorphe à U/NU/N; on a donc [U:L]=[N:L]+[I:L][U : L] = [N : L] + [I : L] et [V:L]=[C:L]+[I:L][V : L] = [C : L] + [I : L], d’où le lemme.

Lemme 2

Soient f:U→Vf : U \to V et g:V→Wg : V \to W des applications L-linéaires. Si ff et gg possèdent un indice, il en est de même de g∘fg \circ f et l’on a :

χ(g∘f)=χ(f)+χ(g). \chi(g \circ f) = \chi(f) + \chi(g).
Cite 1 · Cité par 1

Cite Corollaire 2, II § 7

Cité par Théorème 4

Posons h=g∘fh = g \circ f; notons respectivement N, N', N'' les noyaux de f,g,hf, g, h et C, C', C'' les conoyaux de ces applications. On a N⊂N′′⊂UN \subset N'' \subset U et f(N′′)=f(U)∩N′f(N'') = f(U) \cap N'; par suite, il existe une application linéaire f‾:N′′→N′\overline{f} : N'' \to N' coïncidant avec ff sur N′′N'' et de noyau N. L’application canonique π\pi de V sur C=V/f(U)C = V/f(U) induit une application π′\pi' de N′N' dans CC dont le noyau est f(U)∩N′=f‾(N′′)f(U) \cap N' = \overline{f}(N''). Par passage au quotient, gg définit une application g‾\overline{g} de C=V/f(U)C = V/f(U) dans C′′=W/g(f(U))C'' = W/g(f(U)) dont le noyau est évidemment (N′+f(U))/f(U)=π′(N′)(N' + f(U))/f(U) = \pi'(N'). Enfin, l’application canonique ρ\rho de C′′=W/g(f(U))C'' = W/g(f(U)) sur C′=W/g(V)C' = W/g(V) a pour noyau g(V)/g(f(U))=g‾(C)g(V)/g(f(U)) = \overline{g}(C). En résumé, on a établi l’exactitude de la suite

0→N→iN′′→f‾N′→π′C→g‾C′′→ρC′→0 0 \to N \xrightarrow{i} N'' \xrightarrow{\overline{f}} N' \xrightarrow{\pi'} C \xrightarrow{\overline{g}} C'' \xrightarrow{\rho} C' \to 0

(où ii est l’injection canonique de N dans N′′N'').

!Diagramme commutatif

Par hypothèse, N, N', C et C' sont de dimension finie ; il en est donc de même de N'' et C''. D’après le cor. 2 (II, p. 98), on a alors

[N:L]−[N′′:L]+[N′:L]−[C:L]+[C′′:L]−[C′:L]=0 [N : L] - [N'' : L] + [N' : L] - [C : L] + [C'' : L] - [C' : L] = 0

d’où χ(h)=χ(f)+χ(g)\chi(h) = \chi(f) + \chi(g).

6. Propriétés différentielles des extensions de type fini

Théorème 4

Soient P un corps parfait, L une extension de P et K une sous-extension de L ; on suppose que L est une extension de type fini de K. Alors l’application L-linéaire canonique α:Ωp(K)⊗KL→Ωp(L)\alpha : \Omega_p(K) \otimes_K L \to \Omega_p(L) a un indice égal au degré de transcendance de LL sur KK.

Cite 3 · Cité par 2

Cite Proposition 2, II § 5, Lemme 2, Proposition 5

Cité par Corollaire 1, Corollaire 3

Si EE et FF sont deux sous-extensions de LL telles que E⊂FE \subset F, nous noterons α(F/E)\alpha(F/E) l’application FF-linéaire canonique de Ωp(E)⊗EF\Omega_p(E) \otimes_E F dans Ωp(F)\Omega_p(F) et, lorsqu’il est défini, l’indice de α(F/E)\alpha(F/E) sera noté d(F/E)d(F/E). Si EE, FF et GG sont trois sous-extensions de LL telles que E⊂F⊂GE \subset F \subset G, on a un diagramme commutatif

Ωp(F)⊗FG→α(G/F)Ωp(G)↑α(F/E)⊗FIdG↑α(G/E)(Ωp(E)⊗EF)⊗FG→βΩp(E)⊗EG \begin{array}{ccc} \Omega_p(F) \otimes_F G & \xrightarrow{\alpha(G/F)} & \Omega_p(G) \\ \uparrow \alpha(F/E) \otimes_F \mathrm{Id}_G & & \uparrow \alpha(G/E) \\ (\Omega_p(E) \otimes_E F) \otimes_F G & \xrightarrow{\beta} & \Omega_p(E) \otimes_E G \end{array}

où β\beta est l’isomorphisme canonique défini dans la prop. 2 (II, p. 83). Comme l’indice est évidemment invariant par extension des scalaires et que l’indice d’un isomorphisme est nul, le lemme 2 (V, p. 127) montre que l’indice d(G/E)d(G/E) est défini lorsque d(F/E)d(F/E) et d(G/F)d(G/F) le sont et que l’on a alors

d(G/E)=d(G/F)+d(F/E) d(G/E) = d(G/F) + d(F/E)

Comme LL est une extension de type fini de KK, la formule (5) et le cor. de V, p. 106 montrent qu’il suffit de considérer le cas où il existe xx tel que L=K(x)L = K(x); de plus, si xx est algébrique sur KK, il existe une puissance qq de l’exposant caractéristique de LL tel que xqx^q soit algébrique et séparable sur KK (V, p. 42, prop. 13). Il suffit d’établir l’égalité d(L/K)=deg⁡.trKLd(L/K) = \deg.\mathrm{tr}_K L dans les trois cas particuliers ci-dessous.

a) xx est transcendant sur KK : alors α\alpha est injectif et son conoyau est de rang 1 sur LL (V, p. 123, cor.) ; on a donc d(L/K)=1d(L/K) = 1 et aussi deg⁡.trKL=1\deg.\mathrm{tr}_K L = 1.

b) xx est algébrique et séparable sur KK : alors α\alpha est bijectif (V, p. 124, cor. 2), d’où d(L/K)=0d(L/K) = 0; on a évidemment deg⁡.trKL=0\deg.\mathrm{tr}_K L = 0.

c) Le corps LL est de caractère p≠0p \neq 0, on a x∉Kx \notin K et xp=ax^p = a appartient à KK : le conoyau CC de α\alpha est isomorphe à ΩK(L)\Omega_K(L), et comme {x}\{ x \} est une pp-base de LL sur KK, l’espace CC est donc de dimension 1 sur LL (V, p. 97, th. 1). Comme aa est une puissance pp-ième dans LL, on a dL/pa=0d_{L/p} a = 0, et le noyau de α\alpha contient le sous-espace RR de U=Ωp(K)⊗KLU = \Omega_p(K) \otimes_K L engendré par dK/pa⊗1d_{K/p} a \otimes 1. Pour tout y∈Ky \in K, soit Δ(y)\Delta(y) la classe de dK/py⊗1d_{K/p} y \otimes 1 modulo RR; alors Δ\Delta est une P-dérivation de KK dans U/RU/R telle que Δ(a)=0\Delta(a) = 0. La prop. 5 (V, p. 96) montre que Δ\Delta se prolonge en une P-dérivation DD de LL dans U/RU/R. Il existe alors une application LL-linéaire β:Ωp(L)→U/R\beta : \Omega_p(L) \to U/R telle que D=β∘dL/pD = \beta \circ d_{L/p}, et β∘α\beta \circ \alpha est l’application canonique de UU sur U/RU/R. Ceci prouve que RR est le noyau de α\alpha. Comme PP est parfait, on a P(Kp)=KpP(K^p) = K^p, d’où a∉P(Kp)a \notin P(K^p) et finalement dK/pa≠0d_{K/p} a \neq 0 (V, p. 99, prop. 6). Le noyau et le conoyau de α\alpha sont donc de dimension 1, d’où d(L/K)=0d(L/K) = 0; on a aussi deg⁡.trKL=0\deg.\mathrm{tr}_K L = 0.

Corollaire 1

Soit LL une extension de type fini d’un corps KK, de degré de transcendance ss. L’espace vectoriel ΩK(L)\Omega_K(L) est de dimension ≥s\geq s sur LL, et l’on a égalité si et seulement si LL est séparable sur KK.

Cite 2 · Cité par 4

Cite § 16. Critères différentiels de séparabilité, Théorème 4

Cité par Exercice 8, § 16, Remarque 2, Corollaire 2, Théorème 5

Soit P le sous-corps premier de K. Soit N le noyau de α\alpha; d’après l’exactitude de la suite (EP,K,L)(E_{P,K,L}) (V, p. 122) et le th. 4, on a [ΩK(L):L]=s+[N:L][ \Omega_K(L) : L ] = s + [N : L]; d’après V, p. 126, cor., l’extension L de K est séparable si et seulement si N=0N = 0. D’où le corollaire.

Corollaire 2

Soit L une extension de type fini d’un corps K. Pour que L soit algébrique et séparable sur K, il faut et il suffit que l’on ait ΩK(L)=0\Omega_K(L) = 0*.

Cite 1 · Cité par 4

Cite Corollaire 1

Cité par Remarque 1, Remarque 2, Théorème 5, Théorème 1 (Zariski), V § 17

Cela résulte aussitôt du corollaire 1.

Corollaire 3

Soient K un corps de caractéristique p≠0p \neq 0 et L une extension de type fini de K, de degré de transcendance s. Si [K:Kp][K : K^p] est fini, il en en est de même de [L:Lp][L : L^p] et l’on a [L:Lp]=ps.[K:Kp][L : L^p] = p^s . [K : K^p]*.

Cite 5

Cite Théorème 2, V § 13, Lemme 1, Théorème 4, Théorème 1, V § 2, Théorème 2, V § 3

Soit P le sous-corps premier de K. Si [K:Kp][K : K^p] est fini, l’espace vectoriel ΩP(K)=ΩKp(K)\Omega_P(K) = \Omega_{K^p}(K) est de dimension finie m sur K, et l’on a [K:Kp]=pm[K : K^p] = p^m (V, p. 98, th. 2); l’espace vectoriel ΩP(K)⊗KL\Omega_P(K) \otimes_K L est alors de dimension finie m sur L. Par ailleurs, comme K est de degré fini sur KpK^p, le corps K(Lp)K(L^p) est de degré fini sur Kp(Lp)=LpK^p(L^p) = L^p; comme le corps L est une extension de type fini de K et qu’il est algébrique sur K(Lp)K(L^p), c’est une extension de degré fini de K(Lp)K(L^p) (V, p. 17, th. 2); on en conclut que L est de degré fini sur LpL^p (V, p. 9, th. 1). Alors ΩP(L)\Omega_P(L) est un espace vectoriel de dimension finie n sur L, et l’on a [L:Lp]=pn[L : L^p] = p^n (V, p. 98, th. 2). D’après le lemme 1 (V, p. 127), l’application L-linéaire α:ΩP(K)⊗KL→ΩP(L)\alpha : \Omega_P(K) \otimes_K L \to \Omega_P(L) a donc un indice égal à n−mn - m, d’où n−m=sn - m = s d’après le th. 4 (V, p. 127) et pn=ps.pmp^n = p^s . p^m.

Remarque 1

Soient K un corps de caractéristique p≠0p \neq 0 et L une extension de K. On a ΩK(L)=0\Omega_K(L) = 0 si et seulement si l’on a L=K(Lp)L = K(L^p) (V, p. 99, prop. 6). Par suite, si L est de type fini sur K, c’est une extension algébrique et séparable si et seulement si l’on a L=K(Lp)L = K(L^p). Lorsque L n’est pas de type fini sur K, ce résultat cesse d’être valable comme le montre le cas où L est la clôture parfaite de K.

Cite 1

Cite Proposition 6, V § 13

Remarque 2

Soient K un corps, F1,...,FmF_1, ..., F_m des polynômes de K[X1,...,Xn]K[X_1, ..., X_n], et L une extension de K engendrée par des éléments x1,...,xnx_1, ..., x_n. On suppose que les polynômes F1,...,FmF_1, ..., F_m engendrent l’idéal de K[X1,...,Xn]K[X_1, ..., X_n] formé des polynômes F tels que F(x1,...,xn)=0F(x_1, ..., x_n) = 0. On déduit facilement de la prop. 1 (V, p. 121) et de la propriété universelle des modules de différentielles (III, p. 134) le résultat suivant : l’espace vectoriel ΩK(L)\Omega_K(L) sur L est engendré par dx1,...,dxndx_1, ..., dx_n; on a les relations

∑i=1nDiFj(x1,...,xn)⋅dxi=0(pour 1≤j≤m); \sum_{i=1}^n D_i F_j(x_1, ..., x_n) \cdot dx_i = 0 \quad (\text{pour } 1 \leq j \leq m);

enfin, si u1,...,unu_1, ..., u_n sont des éléments de L tels que ∑i=1nui⋅dxi=0\sum_{i=1}^n u_i \cdot dx_i = 0, il existe des éléments v1,...,vmv_1, ..., v_m de L tels que ui=∑j=1mDiFj(x1,...,xn)vju_i = \sum_{j=1}^m D_i F_j(x_1, ..., x_n) v_j pour 1≤i≤n1 \leq i \leq n. Notons r le rang de la matrice (DiFj(x1,...,xn))(D_i F_j(x_1, ..., x_n)) à n lignes et m colonnes; soit s le degré de transcendance de L sur K. On a alors [ΩK(L):L]=n−r[ \Omega_K(L) : L ] = n - r. Par suite, l’extension L de K est séparable si et seulement si l’on a r+s=nr + s = n (cor. 1), elle est algébrique et séparable si et seulement si l’on a r=nr = n (cor. 2).

Cite 4

Cite III § 10. Dérivations, Proposition 1, Corollaire 1, Corollaire 2

7. Bases de transcendance séparantes

Définition 1

Soit L une extension d’un corps K. On dit qu’une base de transcendance B de L sur K est séparante si l’extension algébrique L de K(B) est séparable.

Si K est de caractéristique 0, toute base de transcendance de L sur K est séparante puisque toute extension algébrique d’un corps de caractéristique 0 est séparable (V, p. 36, cor.). Si une extension admet une base de transcendance séparante, elle est séparable (V, p. 116, prop. 6 et p. 117, prop. 9). Le théorème suivant montre que toute extension séparable de type fini admet une base de transcendance séparante ; cette restriction est essentielle (V, p. 166, exerc. 1).

Théorème 5

Soient K un corps, L une extension de K et (xi)i∈I(x_i)_{i \in I} une famille d’éléments de L. Si la famille (xi)i∈I(x_i)_{i \in I} est une base de transcendance séparante de L sur K, la famille (dxi)i∈I(dx_i)_{i \in I} est une base de l’espace vectoriel ΩK(L)\Omega_K(L) sur L. La réciproque est vraie si L est une extension séparable de type fini de K.

Cite 2 · Cité par 1

Cite Corollaire 1, Corollaire 2

Cité par Corollaire

Posons M=K(xi)i∈IM = K(x_i)_{i \in I} et notons aa l’application canonique de ΩK(M)⊗ML\Omega_K(M) \otimes_M L dans ΩK(L)\Omega_K(L). Si (xi)i∈I(x_i)_{i \in I} est une base de transcendance séparante de L sur K, la famille (dM/Kxi)i∈I(d_{M/K} x_i)_{i \in I} est une base du M-espace vectoriel ΩK(M)\Omega_K(M) (V, p. 123, prop. 3) et aa est un isomorphisme de L-espaces vectoriels puisque L est algébrique et séparable sur M (V, p. 124, cor. 2). Comme on a a(dM/Kxi⊗1)=dL/Kxia(d_{M/K} x_i \otimes 1) = d_{L/K} x_i, la famille (dL/Kxi)i∈I(d_{L/K} x_i)_{i \in I} est donc une base de ΩK(L)\Omega_K(L) sur L.

Réciproquement, supposons que L soit une extension séparable de type fini de K, et que la famille (dL/Kxi)i∈I(d_{L/K} x_i)_{i \in I} soit une base de l’espace vectoriel ΩK(L)\Omega_K(L) sur L. D’après le cor. 1 de V, p. 128, le degré de transcendance de L sur K est égal à la dimension de ΩK(L)\Omega_K(L) sur L, donc au cardinal de I. D’après la suite exacte (EK,M,L)(E_{K,M,L}) (V, p. 122), on a ΩM(L)=0\Omega_M(L) = 0; comme L est une extension de type fini de M, le cor. 2 de V, p. 129, montre que L est algébrique et séparable sur M=K(xi)i∈IM = K(x_i)_{i \in I}; comme le degré de transcendance de L sur K est fini et égal au cardinal de I, la famille (xi)i∈I(x_i)_{i \in I} est une base de transcendance de L sur K (V, p. 106, cor. 1).

Corollaire

Soit L une extension séparable de type fini de K, et soit S une partie de L telle que L=K(S)L = K(S). Il existe alors une base de transcendance séparante B de L sur K, contenue dans S.

Cite 1 · Cité par 1

Cite Théorème 5

Cité par Proposition 5

Comme ΩK(L)\Omega_K(L) est engendré par les différentielles des éléments de S, il existe s éléments x1,...,xsx_1, ..., x_s de S tels que (dx1,...,dxs)(dx_1, ..., dx_s) soit une base de ΩK(L)\Omega_K(L) sur L. Il suffit alors d’appliquer le th. 5.

Remarque

Soit L une extension séparable de type fini d’un corps K de caractéristique p≠0p \neq 0; il peut exister des bases de transcendance de L qui ne sont pas séparantes. Il suffit de noter que {Xp}\{X^p\} est une base de transcendance de K(X) mais que K(X) est une extension radicielle de degré pp de K(Xp)(X^p).

Proposition 5

Soient L et M deux extensions d’un corps K, contenues dans une même extension et algébriquement disjointes sur K. Si M est séparable sur K, alors L(M) est séparable sur L.

Cite 5 · Cité par 2

Cite Proposition 12, V § 14, Proposition 8, V § 15, Corollaire, Corollaire 2, V § 7, Proposition 6, V § 7

Cité par Corollaire, Théorème 4

Il suffit de montrer que, pour toute partie finie S de M, L(S) est séparable sur L (V, p. 116, prop. 8). Soit S une partie finie de M. Comme le corps K(S) est séparable sur K, il possède une base de transcendance séparante B (cor. du th. 5). Comme L et M sont algébriquement disjointes sur K, B est une base de transcendance de L(B) sur L (V, p. 108, prop. 12). De plus, tout élément de S est algébrique et séparable sur K(B), donc sur L(B) (V, p. 38, cor. 2). On en conclut (V, p. 38, prop. 6) que L(S) = L(B) (S) est algébrique et séparable sur L(B), donc L(S) est séparable sur L.

Corollaire

Si L et M sont des extensions séparables et algébriquement disjointes de K, le corps K(L ∪ M) est séparable sur K.

Cite 2

Cite Proposition 9, V § 15, Proposition 5

En effet, K(L ∪ M) = L(M) est séparable sur L d’après la prop. 5 (car M est séparable sur K) et L est séparable sur K, d’où le corollaire (V, p. 117, prop. 9).

L’hypothèse que les extensions L et M sont algébriquement disjointes est indispensable dans la prop. 5 et son corollaire. En effet, soient K un corps imparfait de caractéristique p≠0p \neq 0, et E une extension de la forme K(x,a)K(x, a) avec x transcendant sur K et a radiciel de hauteur 1 sur K ; on pose L=K(x)L = K(x) et M=K(x+a)M = K(x + a). Alors x+ax + a est transcendant sur K (sinon x=(x+a)−ax = (x + a) - a serait algébrique sur K) et les corps L et M sont séparables sur K. Pourtant K(L∪M)=K(x,a)K(L \cup M) = K(x, a) est radiciel de degré pp sur L=K(x)L = K(x) et n’est séparable ni sur L, ni sur K.

Exercices

See the exercises for § 16.

Transcrit du volume imprimé. Non traduit.