Bourbaki

§ 2. Extensions

1. La structure d’extension

Définition 1

Soit KK un corps. On appelle extension de KK une KK-algèbre dont l’anneau sous-jacent est un corps. On appelle sous-extension (ou sous-K-extension) de l’extension EE une sous-K-algèbre de EE qui est un corps.

Soit E une extension de K. L’application u:λ↦λ.1u : \lambda \mapsto \lambda . 1 de K dans E est un homomorphisme d’anneaux ; d’après I, p. 110, uu induit un isomorphisme de K sur le sous-corps u(K)u(K) de E.

Réciproquement, soient K, E des corps et uu un homomorphisme de K dans E. La donnée de uu définit sur E une structure d’extension de K (III, p. 6). Par abus de langage, on dit parfois que (E, uu) est une extension de K.

On dit que l’extension est triviale si u(K)=Eu(K) = E, c’est-à-dire si E est un espace vectoriel de dimension 1 sur K.

Soit L un surcorps de K. Quand nous considérerons L comme extension de K, nous entendrons par là l’extension (L, jj) de K où jj est l’injection canonique de K dans L, ou encore L muni de la structure de K-algèbre correspondante. Les sous-extensions de L sont alors les corps intermédiaires entre K et L, c’est-à-dire les sous-corps de L contenant K. Si L’ est un autre surcorps de K, un K-homomorphisme de L dans L’ est donc un homomorphisme ff de L dans L’ tel que f(x)=xf(x) = x pour tout x∈Kx \in K. On notera que si ff est un endomorphisme quelconque du corps L, l’ensemble des éléments de L invariants par ff est un sous-corps K’ de L, et que ff est donc un K’-endomorphisme de L.

En particulier, soit P le sous-corps premier d’un corps L. On peut considérer L comme extension de P, et tout endomorphisme de L est alors un P-endomorphisme.

Soit (E, uu) une extension de K ; comme uu définit un isomorphisme de K sur un sous-corps K1K_1 de E, il n’y a en général aucun inconvénient à identifier K à K1K_1 par uu. Un cas où il faudrait proscire une telle identification est celui où K=EK = E et où uu est donc un endomorphisme de K ; le plus souvent uu sera un automorphisme de K, ou bien l’application x↦xpx \mapsto x^p, lorsque le corps K est de caractéristique p≠0p \neq 0.

Il est clair que toute extension de K est isomorphe à une extension (L, jj) où L est un surcorps de K et jj l’injection canonique de K dans L.

2. Degré d’une extension

Soit A une algèbre sur un corps K. C’est en particulier un espace vectoriel sur K ; la dimension de cet espace vectoriel s’appelle le degré de A sur K et se note [A : K] (II, p. 97). Par définition, [A : K] est donc le cardinal de toute base de A sur K. Cette définition s’applique en particulier au cas des extensions de K.

Une extension de degré 1 est triviale. Une extension de degré 2 (resp. 3, etc.) est dite quadratique (resp. cubique, etc.). Une extension de degré fini sera parfois appelée par abus de langage extension finie.

Théorème 1

Soient E une extension de K et A une algèbre sur E. On a alors [A : K] = [A : E].[E : K]. En particulier, si F est une extension de E, on a

[F:K]=[F:E].[E:K]. [F : K] = [F : E].[E : K].

Le théorème n’est qu’un cas particulier de II, p. 31, prop. 25 ; de manière plus précise, si (aλ)λ∈L(a_\lambda)_{\lambda \in L} est une base de AA sur EE et (bμ)μ∈M(b_\mu)_{\mu \in M} une base de EE sur KK, alors la famille (aλbμ)(λ,μ)∈L×M(a_\lambda b_\mu)_{(\lambda, \mu) \in L \times M} est une base de AA sur KK.

Corollaire 1

Soient K,E,FK, E, F trois corps tels que K⊂E⊂FK \subset E \subset F et que [F:K][F : K] soit fini. Les degrés [E:K][E : K] et [F:E][F : E] sont des diviseurs de [F:K][F : K]*.

Si le degré [F:K][F : K] est premier, il n’existe donc aucune sous-extension de FF autre que KK et FF. Mais on notera que, lorsque [F:K][F : K] n’est pas premier, il n’existe pas nécessairement de sous-extension de FF autre que KK et FF (cf. V, p. 140, exerc. 1).

Corollaire 2

Soient K,EK, E et FF trois corps avec K⊂E⊂FK \subset E \subset F. On suppose que [F:K][F : K] est fini. Alors, la relation [E:K]=[F:K][E : K] = [F : K] est équivalente à E=FE = F et la relation [F:E]=[F:K][F : E] = [F : K] est équivalente à E=KE = K.

En effet, si LL est un surcorps de L′L', la relation [L:L′]=1[L : L'] = 1 équivaut à L′=LL' = L.

Proposition 1

Soit AA une algèbre de degré fini sur un corps KK. Si un élément a∈Aa \in A n’est pas diviseur de 0 à gauche (resp. à droite) dans AA, il est inversible dans AA.

En effet, par hypothèse l’espace vectoriel AA sur KK est de dimension finie, et l’application linéaire x↦axx \mapsto ax (resp. x↦xax \mapsto xa) de AA dans AA est injective ; elle est donc bijective (II, p. 101, cor.), et par suite (I, p. 16, remarque) aa est inversible dans AA.

COROLLAIRE — *Soit AA une algèbre commutative de degré fini sur un corps KK. Si l’anneau AA est intègre, c’est un corps.

3. Adjonction

Soit EE une extension d’un corps KK. Étant donnée une famille x=(xi)i∈Ix = (x_i)_{i \in I} d’éléments de EE, on désigne par K(xi)i∈IK(x_i)_{i \in I} (ou K(x)K(x), ou encore K(x1,…,xn)K(x_1, \ldots, x_n) lorsque II est l’intervalle [1,n][1, n] de N\mathbf{N}) la plus petite sous-extension de EE contenant les éléments de la famille (xi)(x_i); nous dirons que K(xi)i∈IK(x_i)_{i \in I} est obtenue par adjonction à KK des éléments de la famille (xi)i∈I(x_i)_{i \in I}, et que la famille (xi)i∈I(x_i)_{i \in I} (ou l’ensemble de ses éléments) est une famille génératrice de K(xi)i∈IK(x_i)_{i \in I} par rapport à KK (ou sur KK). Le corps K(xi)i∈IK(x_i)_{i \in I} ne dépend que de l’ensemble AA des éléments de la famille (xi)i∈I(x_i)_{i \in I}; on le désigne encore par K(A)K(A). On a en particulier K(E)=EK(E) = E et K(∅)=K.1K(\emptyset) = K.1. Tout ce qui précède s’applique en particulier lorsque EE est un surcorps de KK.

On prendra garde que AA n’est pas un ensemble générateur de l’*algèbre* K(A)K(A), autrement dit que l’on a K(A)≠K[A]K(A) \neq K[A], en général. Toutefois on verra que K(A)=K[A]K(A) = K[A] si K(A)K(A) est une extension algébrique de KK (V, p. 18, cor. 1).

Proposition 2

Si MM et NN sont deux parties quelconques d’une extension d’un corps KK, on a K(M∪N)=K(M)(N)=K(N)(M)K(M \cup N) = K(M)(N) = K(N)(M).

En effet, K(M∪N)K(M \cup N) contient K(M)K(M) et NN, donc K(M)(N)K(M)(N); comme K(M)(N)K(M)(N) est un corps contenant K∪M∪NK \cup M \cup N, il contient K(M∪N)K(M \cup N), d’où la proposition.

On écrit parfois K(M,N)K(M, N) au lieu de K(M∪N)K(M \cup N).

Remarque

Soit P le sous-corps premier d’un corps E (V, p. 2) ; pour toute partie A de E, P(A) est le plus petit sous-corps de E contenant A. En particulier, si K est un sous-corps de E, on a P(K ∪ A) = K(A). Si K et K’ sont deux sous-corps de E, on a donc P(K ∪ K’) = K(K’) = K’(K) ; ce corps est le plus petit sous-corps de E contenant K et K’, ou encore la borne supérieure de K et K’ dans l’ensemble des sous-corps de E, ordonné par inclusion ; on dit parfois que ce corps est le corps engendré par K et K’ dans E.

Proposition 3

Soit F\mathscr{F} un ensemble de sous-corps d’un corps E, filtrant pour la relation ⊂\subset. La réunion L des corps de F\mathscr{F} est un corps.

En effet, si x et y sont deux éléments de L, il existe deux corps R, S de F\mathscr{F} tels que x∈R,y∈Sx \in R, y \in S; soit T un corps de F\mathscr{F} contenant R et S ; alors x∈T,y∈Tx \in T, y \in T, donc x+y,xyx + y, xy et x−1x^{-1} (si x≠0x \neq 0) appartiennent à T, donc à L.

Corollaire

Soient E une extension d’un corps K, et A ⊂\subset E. Le corps K(A) est la réunion des corps K(F), où F parcourt l’ensemble des parties finies de A.

En effet, l’ensemble des corps K(F) est filtrant pour la relation ⊂\subset, car F ⊂\subset F’ entraîne K(F) ⊂\subset K(F’). La réunion L de ces corps est donc un corps contenant K ∪\cup A et contenu dans K(A), et par suite identique à K(A).

Définition 2

On dit qu’une extension E d’un corps K est de type fini si elle possède une famille génératrice finie. Elle est dite monogène s’il existe x dans E tel que E=K(x)E = K(x).

Le cor. de la prop. 3 montre que toute extension E d’un corps K est réunion filtrante des extensions de type fini contenues dans E. Il est clair que toute extension E de K de degré fini est aussi de type fini, puisqu’une base de E (considéré comme espace vectoriel sur K) est aussi une famille génératrice de E sur K ; nous verrons plus loin que la réciproque est inexacte.

4. Extensions composées

Soient E et F deux extensions d’un corps K. On appelle extension composée de E et F tout triplet (L, u, v) où L est une extension de K, où u est un K-homomorphisme de E dans L et v un K-homomorphisme de F dans L, et où le corps L est engendré par u(E)∪v(F)u(E) \cup v(F) (cf. fig. 1).

LuEFvK \begin{array}{ccc} & & L \\ & u & \\ E & & F \\ & v & \\ & & K \end{array}

Fig. 1.

Conformément aux définitions générales (E, IV, p. 6), un isomorphisme d’une extension composée (L, u, v) de E et F sur une extension composée (L’, u’, v’) de E et F est un K-isomorphisme φ\varphi de L sur L’ tel que u′=φ∘uu' = \varphi \circ u et v′=φ∘vv' = \varphi \circ v.

Soit (L,u,v)(L, u, v) une extension composée de EE et FF. L’application KK-linéaire ww de E⊗KFE \otimes_K F dans LL qui transforme x⊗yx \otimes y en u(x) v(y)u(x)\ v(y) est un homomorphisme de KK-algèbres ; dans ce numéro, nous la désignerons par u∗vu * v. Son image est le sous-anneau de LL engendré par u(E)∪v(F)u(E) \cup v(F).

Proposition 4

Soient E,FE, F deux extensions de KK.

a) Soit (L,u,v)(L, u, v) une extension composée de EE et FF. Alors le noyau pp de l’homomorphisme u∗vu * v de E⊗KFE \otimes_K F dans LL est un idéal premier.

b) Soit pp un idéal premier de E⊗KFE \otimes_K F. Il existe une extension composée (L,u,v)(L, u, v) de EE et FF telle que pp soit le noyau de u∗vu * v, et deux telles extensions composées sont isomorphes.

L’assertion a) résulte du fait que le noyau d’un homomorphisme d’un anneau dans un corps est un idéal premier (I, p. 111).

Soient pp un idéal premier de E⊗KFE \otimes_K F, A l’anneau quotient (E⊗KF)/p(E \otimes_K F)/p et LL le corps des fractions de AA. Pour x∈Ex \in E (resp. y∈Fy \in F), on note u(x)u(x) (resp. v(y)v(y)) la classe modulo pp de x⊗1x \otimes 1 (resp. 1⊗y1 \otimes y). Alors uu (resp. vv) est un KK-homomorphisme de EE (resp. FF) dans LL, et u(E)∪v(F)u(E) \cup v(F) engendre AA comme anneau, donc LL comme corps. Par suite (L,u,v)(L, u, v) est une extension composée de EE et FF ; on voit immédiatement que u∗vu * v est l’homomorphisme canonique de E⊗KFE \otimes_K F dans LL, et son noyau est donc égal à pp.

Soit (L′,u′,v′)(L', u', v') une extension composée de EE et FF telle que le noyau de u′∗v′u' * v' soit égal à pp. Comme u∗vu * v et u′∗v′u' * v' ont même noyau, il existe un isomorphisme ψ\psi de AA sur l’image A′A' de u′∗v′u' * v' caractérisé par u′∗v′=ψ∘(u∗v)u' * v' = \psi \circ (u * v). Mais A′A' est le sous-anneau de L′L' engendré par u′(E)∪v′(F)u'(E) \cup v'(F), donc L′L' est le corps des fractions de A′A'. Par suite, ψ\psi se prolonge en un isomorphisme φ\varphi de LL sur L′L', et il est immédiat que φ\varphi est un isomorphisme de (L,u,v)(L, u, v) sur (L′,u′,v′)(L', u', v').

Remarque

Si pp et p′p' sont deux idéaux premiers distincts de E⊗KFE \otimes_K F, les extensions composées de EE et FF correspondantes (construites par le procédé de la démonstration précédente) ne sont pas isomorphes. Elles peuvent cependant être isomorphes en tant qu’*extensions* de KK (V, p. 140, exerc. 2).

Corollaire

Il existe des extensions composées de EE et FF.

En effet, comme l’anneau commutatif E⊗KFE \otimes_K F n’est pas réduit à 0, il possède des idéaux premiers : le théorème de Krull (I, p. 99) prouve l’existence d’idéaux maximaux, et tout idéal maximal est premier.

On peut préciser ce corollaire comme suit. Soient (E,u)(E, u) et (F,v)(F, v) deux extensions de KK. Choisissons un idéal maximal mm de l’anneau commutatif E⊗KFE \otimes_K F et posons L=(E⊗KF)/mL = (E \otimes_K F)/m ; alors LL est une extension de KK. Pour x∈Ex \in E, notons u′(x)u'(x) la classe de x⊗1x \otimes 1 modulo mm, et de même notons v′(y)v'(y) la classe de 1⊗y1 \otimes y modulo mm pour tout y∈Fy \in F. On a alors un diagramme commutatif d’homomorphismes de corps

Quitte à remplacer (L,u′)(L, u') par une extension isomorphe de EE, on peut supposer que LL est un surcorps de EE et u′u' l’injection canonique de EE dans LL. Changeant de notations, on obtient ainsi le scholie suivant :

Scholie

Soient KK et EE deux corps et uu un homomorphisme de KK dans EE. Si K′K' est un surcorps de KK, il existe un surcorps E′E' de EE et un homomorphisme u′u' de K′K' dans E′E' qui prolonge uu*.

5. Extensions linéairement disjointes

Dans ce numéro, on note Ω\Omega une extension d’un corps KK*.

Soient AA et BB deux sous-KK-algèbres de Ω\Omega. Il existe un homomorphisme d’algèbres φ:A⊗KB→Ω\varphi : A \otimes_K B \to \Omega qui applique x⊗yx \otimes y sur xyxy. L’image de φ\varphi est le sous-anneau CC de Ω\Omega engendré par A∪BA \cup B. En outre, d’après II, p. 62, si (bμ)(b_\mu) est une base de BB sur KK et (aλ)(a_\lambda) une base de AA sur KK, CC est identique à l’ensemble des combinaisons linéaires ∑μαμbμ\sum_{\mu} \alpha_\mu b_\mu, où αμ∈A\alpha_\mu \in A, à l’ensemble des ∑λβλaλ\sum_{\lambda} \beta_\lambda a_\lambda, où βλ∈B\beta_\lambda \in B, et à l’ensemble des ∑λ,μγλμaλbμ\sum_{\lambda,\mu} \gamma_{\lambda\mu} a_\lambda b_\mu, où γλμ∈K\gamma_{\lambda\mu} \in K.

On dit que AA et BB sont linéairement disjointes sur KK si φ\varphi est un isomorphisme de A⊗KBA \otimes_K B sur CC. On a alors A∩B=KA \cap B = K; toute partie libre de BB (resp. AA) par rapport à KK est alors libre par rapport à AA (resp. BB); inversement, pour que AA et BB soient linéairement disjointes sur KK, il suffit qu’il existe une base de BB sur KK (par exemple), qui soit libre par rapport à AA (II, p. 62 et III, p. 41).

Considérons plus particulièrement le cas où AA et BB sont des sous-extensions de Ω\Omega.

Proposition 5

Soient EE et FF deux extensions de KK contenues dans Ω\Omega.

a) *Si FF est de degré fini sur KK, le sous-anneau de Ω\Omega engendré par E∪FE \cup F est un corps, identique à E(F)E(F), et le degré de E(F)E(F) sur EE est fini; on a [E(F):E]≤[F:K][E(F):E] \leq [F:K], avec égalité si et seulement si EE et FF sont linéairement disjointes sur KK. Dans ce cas E(F)E(F) est EE-isomorphe à E⊗KFE \otimes_K F.

b) Si en outre EE est de degré fini sur KK, alors E(F)=K(E∪F)E(F) = K(E \cup F) est de degré fini sur KK. On a [K(E∪F):K]≤[E:K][F:K][K(E \cup F):K] \leq [E:K][F:K], avec égalité si et seulement si EE et FF sont linéairement disjointes sur KK.

En effet, soit CC le sous-anneau de Ω\Omega engendré par E∪FE \cup F; si (bj)1≤j≤n(b_j)_{1 \leq j \leq n} est une base de FF sur KK, CC est le sous-EE-espace vectoriel de Ω\Omega engendré par les bjb_j, donc CC est une algèbre de rang fini ≤n\leq n sur EE; comme l’anneau CC est contenu dans un corps, il est intègre et par suite est un corps d’après le cor. de la prop. 1 (V, p. 10), d’où C=E(F)C = E(F) et [E(F):E]≤[F:K][E(F):E] \leq [F:K]. La relation [E(F):E]=[F:K][E(F):E] = [F:K] signifie que les bjb_j sont linéairement indépendants sur EE, donc que EE et FF sont linéairement disjoints sur KK; ceci démontre la partie a) de la proposition. La partie b) s’en déduit aussitôt, puisque [E(F):K]=[E(F):E][E:K][E(F):K] = [E(F):E][E:K].

Soient EE et FF des extensions de KK contenues dans Ω\Omega; si EE et FF sont de degré infini sur KK, le sous-anneau C=K[E∪F]C = K[E \cup F] n’est pas nécessairement un corps 1^1; toutefois, le corps des fractions de CC est alors identique à K(E∪F)K(E \cup F). Plus généralement, soient AA un sous-anneau de EE tel que EE soit le corps des fractions de AA, et BB un sous-anneau de FF tel que FF soit le corps des fractions de BB; alors, si CC est le sous-anneau de Ω\Omega engendré par A∪BA \cup B, K(E∪F)K(E \cup F) est identique au corps des fractions de CC, puisque ce dernier corps est le plus petit sous-corps de Ω\Omega contenant CC, et qu’il contient EE et FF. En outre :

Proposition 6

Soient EE et FF deux extensions de KK contenues dans Ω\Omega, AA et BB deux sous-algèbres de Ω\Omega sur KK, telles que EE soit le corps des fractions de AA et FF le corps des fractions de BB. Pour que EE et FF soient linéairement disjointes sur KK, il faut et il suffit que AA et BB soient linéairement disjointes sur KK.

La condition est évidemment nécessaire. Réciproquement, si AA et BB sont linéairement disjointes sur KK, AA et FF le sont aussi, car si une famille d’éléments de Ω\Omega est libre par rapport à BB, elle est libre par rapport au corps des fractions FF de BB (II, p. 117, cor. 1 et p. 118, cor. 3); le même raisonnement prouve ensuite que EE et FF sont linéairement disjointes sur KK.

Proposition 7

Soient EE et FF deux extensions de KK, contenues dans Ω\Omega. Si EE et FF sont linéairement disjointes sur KK, toute sous-extension de EE et toute sous-extension de FF sont linéairement disjointes sur KK. Inversement, si, pour tout couple de sous-extensions de type fini E′,F′E', F' de EE et FF respectivement, E′E' et F′F' sont linéairement disjointes sur KK, alors EE et FF sont linéairement disjointes sur KK.

En effet, la condition pour que EE et FF soient linéairement disjointes sur KK s’exprime de la façon suivante : si (aα)(a_\alpha) est une famille libre de EE et (bβ)(b_\beta) une famille libre de FF, la relation ∑α,βλαβaαbβ=0\sum_{\alpha, \beta} \lambda_{\alpha \beta} a_\alpha b_\beta = 0, où λαβ∈K\lambda_{\alpha \beta} \in K, doit entraîner λαβ=0\lambda_{\alpha \beta} = 0 pour tout couple d’indices. Or, cette condition est vérifiée pour tout couple de familles libres si elle l’est pour tout couple de familles libres finies.

On peut donc dire, d’une façon imagée, que la disjonction linéaire est une propriété « de caractère fini ».

Proposition 8

Soient E,F,GE, F, G trois extensions d’un corps KK, contenues dans Ω\Omega, et telles que F⊂GF \subset G. Pour que EE et GG soient linéairement disjointes sur KK, il faut et il suffit que EE et FF soient linéairement disjointes sur KK, et que E(F)E(F) et GG soient linéairement disjointes sur FF.

1^1 Il suffit de considérer par exemple le cas où Ω\Omega est le corps K(X,Y)K(X, Y) des fractions rationnelles en deux indéterminées XX et YY, et où l’on a E=K(X),F=K(Y)E = K(X), F = K(Y).

E⟶E(F)↑↑K⟶F⟶G. \begin{array}{ccc} E & \longrightarrow & E(F) \\ \uparrow & & \uparrow \\ K & \longrightarrow & F \longrightarrow G. \end{array}

Fig. 2.

La condition est nécessaire : supposons que E et G soient linéairement disjointes sur K. Il en est alors de même de E et F (prop. 7); d’autre part, si B est une base de E sur K, c’est aussi une base de l’algèbre F[E] sur F; comme par hypothèse B est libre par rapport à G, F[E] et G sont linéairement disjointes sur F, et il en est donc de même de E(F) = F(E) et G d’après la prop. 6.

La condition est suffisante : avec les mêmes notations, elle entraîne que B est libre sur F, donc est une base de F[E] sur F; comme F[E] et G sont par hypothèse linéairement disjointes sur F, B est libre sur G, ce qui montre que E et G sont linéairement disjointes sur K.

Exercices

See the exercises for § 2.

Transcribed from the printed volume. Not translated.