§ 5. Invariants dans l’algèbre symétrique
1. Série de Poincaré des algèbres graduées
Soit K un anneau commutatif à élément unité, non réduit à 0. Soient M un K-module gradué de type , l’ensemble des éléments de M homogènes de degré n. Supposons que chaque soit libre de type fini. Alors le rang est défini pour tout (Alg. comm., chap. II, § 5, no 3).
Définition 1
S’il existe tel que pour , la série formelle , qui est un élément de , s’appelle la série de Poincaré de et se note .
Soient un autre -module gradué de type , sa graduation. Supposons que soit nul pour majoré par un certain nombre. Alors on a
(1)
(2)
Proposition 1
Soit une -algèbre graduée commutative admettant un système générateur formé d’éléments homogènes et algébriquement indépendants. Soit le degré de , et supposons pour tout . Alors les sont libres de rang fini sur , et l’on a
(3)
En effet, s’identifie au produit tensoriel , muni de la graduation totale. La série de Poincaré de est
Sous les hypothèses de la prop. 1, nous dirons que est une -algèbre graduée de polynômes.
Corollaire
Les degrés sont déterminés à l’ordre près par .
En effet, l’inverse de est le polynôme , qui est donc déterminé de manière unique. Si est un entier et si est une racine primitive -ème de l’unité, la multiplicité de la racine de est égale au nombre des qui sont multiples de . Ce nombre est nul pour suffisamment grand. Le nombre des égaux à est ainsi déterminé de manière unique par récurrence descendante.
On dit que les entiers sont les degrés caractéristiques de . Leur nombre est égal au degré de transcendance de sur lorsque est un corps ; nous l’appellerons encore le degré de transcendance de sur dans le cas général. C’est la multiplicité de la racine 1 du polynôme .
Soient une K-algèbre graduée commutative, une sous-algèbre graduée de S. On suppose que chaque est libre de type fini, et que le R-module S admet une base finie formée d’éléments homogènes de degrés . Alors, si l’on note M le K-module gradué , le K-module gradué S est isomorphe à , donc chaque est libre de type fini et l’on a
Proposition 2
Conservons les notations précédentes, et supposons que S et R soient des K-algèbres graduées de polynômes.
(i) R et S ont même degré de transcendance r sur K.
(ii) Soient (resp. ) les degrés caractéristiques de S (resp. R). On a
(iii) .
La formule (4) prouve d’abord que la multiplicité de la racine 1 est la même dans les polynômes et et, compte tenu de (3), prouve (i) puis (ii).
On déduit de (ii) que
Faisant dans cette relation, on obtient (iii).
Remarque
Soient une K-algèbre graduée de polynômes, le degré de et un élément homogène de degré m de S. Alors on a
En effet, il est immédiat que l’application K-linéaire D de S dans S qui transforme tout élément z homogène de degré p en est une dérivation de S. Donc :
2. Invariants d’un groupe linéaire fini : propriétés de module
Soient un anneau commutatif ayant un élément unité, un -module, un groupe opérant dans . On sait que tout automorphisme de se prolonge de façon unique en un automorphisme de l’algèbre symétrique , et opère donc dans cette algèbre. Si et , nous noterons le transformé de par . Soit la sous-algèbre de formée des éléments invariants par .
Supposons fini, de type fini, et nœthérien. Alors est un -module de type fini, et est une -algèbre de type fini (Alg. comm., chap. V, § 1, no 9, th. 2). Supposons intègre et soit son corps des fractions. Le corps des fractions de est l’ensemble des éléments de invariants par (loc. cit., cor. de la prop. 23), donc est une extension galoisienne de . Tout élément de s’écrit avec et (loc. cit., prop. 23). D’après , chap. II, 3e éd., § 7, no 10, cor. 3 de la prop. 26, le rang du -module est . Supposons que opère fidèlement dans . Le groupe de Galois de sur s’identifie alors à , donc ; ainsi :
Pour toute algèbre graduée , nous noterons l’idéal .
Théorème 1
Soient un corps commutatif, un espace vectoriel de dimension finie sur , l’algèbre symétrique de , un groupe fini d’automorphismes de , et la sous-algèbre graduée de formée des éléments invariants par . On suppose que est engendré par des pseudo-réflexions ( no 1 ), et que est étranger à l’exposant caractéristique de . Alors le -module admet une base formée de éléments homogènes.
a) Comme chaque sous-module de est libre sur , il suffit de montrer (en vertu d’*Alg.*, chap. II, 3e éd., § 11, no 4, prop. 7) que l’homomorphisme canonique de dans est injectif. Pour tout -module , notons le -module (\*autrement dit \*). Si sont deux -modules et si est un homomorphisme de dans , l’homomorphisme de dans définit par restriction à un homomorphisme de dans que nous noterons . Si est un homomorphisme de dans un -module , on a . Donc, si opère sur de façon -linéaire, opère dans .
b) Le groupe opère dans de façon -linéaire, donc aussi dans . Par ailleurs, est muni de manière naturelle d’une structure de -module gradué. Montrons d’abord que, si , transforme tout élément de est un élément congru à modulo . Il suffit de le faire quand est une pseudo-réflexion. Il existe alors un vecteur non nul de tel que pour tout . Comme engendre , on en déduit que opère trivialement sur . Donc, pour tout , il existe un élément de tel que
Comme est intègre et que est non nul, cet élément est déterminé de manière unique par ; il est immédiat que est un endomorphisme de degré — 1 du -module . Ainsi, en notant l’homothétie de rapport dans . Donc
dont l’image est contenue dans , ce qui prouve notre assertion.
c) Montrons maintenant que tout élément de invariant par est nul. En effet, soit l’endomorphisme du -module défini par
pour tout . On a . On peut donc écrire où est un homomorphisme du -module sur le -module et où désigne l’injection canonique de dans . Donc , et puisque . Donc
Or laisse fixes les éléments de invariants par . Ceux-ci sont donc nuls.
d) Supposons . Il existe dans un élément homogène de degré minimum. D’après b), est invariant par . D’après c), . On a ainsi une contradiction, d’où . C.Q.F.D.
Remarque 1
Il résulte d’Alg., chap. II, 3e éd., § 11, no 4, prop. 7 que, si est une famille d’éléments homogènes de dont les images canoniques dans forment une base de sur , alors est une base de sur .
Remarque 2
Soit une pseudo-réflexion de , d’ordre fini , premier à l’exposant caractéristique de . D’après le théorème de Maschke (Annexe, prop. 2), on peut décomposer en , où est l’hyperplan formé des éléments de invariants par , et où est une droite sur laquelle opère par multiplication par une racine primitive -ème de l’unité. Lorsque , ceci n’est possible que si , et est alors une réflexion; dans ce cas, les groupes auxquels s’appliquent le th. 1 sont donc les groupes de Coxeter finis. (Pour , par contre, le th. 1 s’applique à certains groupes qui ne sont pas de Coxeter) (*).
Théorème 2
Les hypothèses et notations sont celles du théorème 1.
(i) Il existe un sous-espace vectoriel gradué de , supplémentaire de dans , stable par .
(ii) Soit un tel supplémentaire. L’homomorphisme canonique de dans est un isomorphisme de -modules, et la représentation de dans (resp. ) est isomorphe à la représentation régulière de sur (resp. ).
En effet, pour tout entier , les -espaces vectoriels et sont stables par , et il résulte du th. de Maschke (Annexe, prop. 2) qu’il existe un supplémentaire de dans stable par . Alors est un supplémentaire de dans stable par , d’où (i).
Soit un sous-espace vectoriel gradué de , supplémentaire de dans , stable par . D’après la remarque 1, toute base du -espace vectoriel est aussi une base du -module , et par suite une base du corps des fractions de sur le corps des fractions de . Ainsi, le -espace vectoriel s’identifie à . Comme est stable par , cette identification est compatible avec les opérations de . L’algèbre du groupe sur s’identifie à l’algèbre . L’extension galoisienne de admet une base normale (, chap. V, § 10, th. 5 et , chap. VII, § 5, no 7), ce qui peut s’interpréter en disant que , considéré comme -module, est isomorphe au module de la représentation régulière de sur . Comme est de dimension finie sur , il résulte alors de l’Annexe, prop. 1, que le -module est isomorphe au module de la représentation régulière de sur . Nos assertions en résultent aussitôt.
3. Invariants d’un groupe linéaire fini : propriétés d’anneau
Théorème 3
Les hypothèses et notations sont celles du th. 1. Dans l’ensemble des systèmes générateurs de l’idéal de formés d’éléments homogènes, choisissons un élément minimal . Soit le degré de . On suppose que les sont étrangers à l’exposant caractéristique de . Alors , les engendrent la -algèbre , et sont algébriquement indépendants sur . En particulier, est une -algèbre graduée de polynômes de degré de transcendance sur .
L’hypothèse faite sur les est superflue, mais n’est pas gênante pour les applications aux groupes de Coxeter finis, puisqu’on a alors . Cf. le no 5, où l’on donnera d’ailleurs une autre démonstration du th. 3.
(*) On trouvera une classification de ces groupes dans G. C. Shephard et J. A. Todd, Finite unitary reflection groups, Canad. J. of Maths., t. VI (1954), p. 274-304.
Le th. 3 résultera de la prop. 2 (i), du th. 1, et du lemme suivant:
Lemme 1
Soient un corps commutatif, une -algèbre graduée de polynômes, et une sous-algèbre graduée de type fini de telle que le -module admette une base formée d’éléments homogènes. Dans l’ensemble des systèmes générateurs de l’idéal de formés d’éléments homogènes, choisissons un élément minimal . On suppose que, pour tout , le degré de est étranger à l’exposant caractéristique de . Alors les engendrent la -algèbre et sont algébriquement indépendants sur .
D’après Alg., chap. II, § 11, no 4, prop. 7, l’hypothèse faite sur les équivaut à dire qu’ils sont homogènes et que leurs images dans le -espace vectoriel forment une base de cet espace. Cette condition est invariante par extension du corps de base; on peut donc se ramener au cas où celui-ci est parfait.
La famille engendre l’algèbre d’après Alg. comm., chap. III, § 1, no 2, prop. 1. Raisonnons par l’absurde et supposons que cette famille soit algébriquement liée sur .
1) Nous allons d’abord montrer qu’il existe des familles
d’éléments homogènes de , avec les propriétés suivantes:
(7) pour tout , et les sont non tous nuls;
(8) pour tout ;
(9) pour tout ;
(10) pour tout .
Soient des indéterminées et munissons de la structure d’algèbre graduée pour laquelle est de degré . Il existe des éléments homogènes non nuls de tels que ; choisissons de manière que son degré soit minimum. Si , le polynôme est donc un élément homogène non nul de ; si , n’est pas de la forme avec . Prenons alors
Comme est parfait, les polynômes ne sont pas tous nuls (Alg., chap. V, § 1, no 3, prop. 4); vu l’hypothèse faite sur les , il en est de même des .
D’autre part, S s’identifie à une algèbre graduée de polynômes
en notant des indéterminées affectées de degrés convenables. Soit la dérivation partielle par rapport à dans S. Nous prendrons . Alors l’égalité (10) est vraie car son premier membre est . D’autre part, si on pose , l’égalité (9) résulte de l’égalité (5) du no 1.
2) Soit l’idéal de R engendré par les ; il existe une partie J de
telle que soit un système générateur minimal de . On a car . Nous allons déduire de (9) et (10) que, si , est combinaison R-linéaire des pour , ce qui contredira la minimalité de et achèvera la démonstration.
Il existe des éléments homogènes de R () tels que
En tenant compte de (11), la formule (10) donne
Posons
On a donc
Écrivons , où les appartiennent à R. La relation (14) entraîne quels que soient et . Si l’un des avait une composante homogène de degré 0 non nulle, l’égalité précédente entraînerait que l’un des est combinaison R-linéaire des autres, contrairement à la minimalité de . Donc et par suite quels que soient et . Il existe donc des tels que , autrement dit, d’après (13),
Multiplions les deux membres de (15) par , et additionnons pour fixé dans et ; en vertu de (9), on trouve
Prenons les composantes homogènes de degré des deux membres. Comme , on voit que est combinaison S-linéaire des avec . Comme S est libre sur et que , on en déduit que est combinaison R-linéaire des avec (Alg. comm., chap. I, § 3, no 5, prop. 9 d)).
Corollaire
Les hypothèses et notations étant celles du th. 3, le produit des degrés caractéristiques de R est Card (G)*.
En effet, on a (formule (6), no 2). Les degrés caractéristiques de S sont égaux à 1. Alors le corollaire résulte du no 1, prop. 2 (iii).
Lemme 2
Soient K un corps commutatif, V un espace vectoriel de dimension finie sur K, l’algèbre symétrique de V, s un endomorphisme de V, et le prolongement canonique de s à . Alors, T désignant une indéterminée, on a dans
Quitte à étendre le corps de base, on peut supposer K algébriquement clos. Soit une base de V par rapport à laquelle la matrice de s est triangulaire inférieure, et soient les éléments diagonaux de cette matrice. Par rapport à la base de , ordonnée lexicographiquement, la matrice de est triangulaire inférieure, et ses éléments diagonaux sont les produits . Donc
et par suite
Lemme 3
Soient K, V et S comme dans le lemme 2, G un groupe fini d’automorphismes de V, q l’ordre de G, R la sous-algèbre graduée de S formée des éléments invariants par G. On suppose K de caractéristique 0. La série de Poincaré de R est alors
En effet, l’endomorphisme est un projecteur de sur , donc . La série de Poincaré de est alors
et il suffit d’appliquer le lemme 2.
Proposition 3
Les hypothèses et notations étant celles du th. 3, soit l’ensemble des pseudo-réflexions appartenant à et distinctes de 1. On suppose de caractéristique 0. Alors* .
D’après la prop. 3 de l’Annexe, on peut supposer algébriquement clos. Pour tout , soient ses valeurs propres. Comme tout est diagonalisable (Annexe, prop. 2), on a si et seulement si tous les sont égaux à 1, et si et seulement si le nombre des égaux à 1 est (nous noterons alors la valeur propre distincte de 1). La prop. 1 du no 1 et le lemme 3 prouvent que
dans , donc dans . Par suite, on a dans :
ce qui s’écrit
On voit que doit s’annuler pour , d’où , ce que nous savions déjà par le cor. du th. 3. Cela étant dit, soit le polynôme . En dérivant l’égalité et en faisant , on voit que est la valeur pour de
Remarque
Lorsque , est un groupe de Coxeter et est l’ensemble des réflexions appartenant à , on sait (§ 3) que les éléments de sont en correspondance binnivoque avec les murs de .
Proposition 4
Les hypothèses et notations étant celles du th. 3, on suppose de caractéristique . Pour qu’on ait , il faut et il suffit que les degrés caractéristiques de soient tous pairs.
Soit l’automorphisme de l’algèbre qui prolonge l’automorphisme de . On a pour tout homogène de . Donc, si , tout élément homogène de degré impair de est nul, et les sont pairs. Réciproquement, si les sont pairs, tout élément de est invariant par , et la théorie de Galois montre que .
4. Éléments anti-invariants
On conserve les hypothèses et les notations du th. 3, et on suppose de caractéristique 0. Un élément de est dit anti-invariant par si
Soit l’ensemble des pseudo-réflexions appartenant à et distinctes de 1. Pour tout , il existe et tels que
Proposition 5
(i) *Soit D l’élément de S. Les éléments de S anti-invariants par G sont les éléments de RD.
(ii) Supposons S identifiée à l’algèbre des polynômes par le choix d’une base de , et soient des éléments homogènes algébriquement indépendants de S engendrant l’algèbre R (th. 3). Alors le jacobien
a) Avec les notations de (ii), on a
b) Soit un élément de anti-invariant par . Montrons que est divisible par dans . Soit un vecteur non nul de . Les éléments de qui laissent stable laissent stable un hyperplan supplémentaire (Annexe, prop. 2); pour qu’un élément de laissant stable soit 1 ou une pseudo-réflexion de vecteur , il faut et il suffit qu’il induise 1 dans ; les pseudo-réflexions de vecteur qui appartiennent à constituent donc avec 1 un sous-groupe cyclique de ; soit son ordre. Il existe une base de telle que , et on peut identifier à un polynôme à coefficients dans . Exprimant que pour , on voit que n’intervient dans qu’avec des exposants congrus à — 1 modulo . Donc est divisible par . Or est, à un facteur scalaire près, le produit des pour les tels que , et ces éléments de sont étrangers deux à deux. Comme est factoriel, est divisible par .
c) D’après a) et b), est divisible par dans . Or
(prop. 3), donc , donc avec . Comme , on a . On a ainsi prouvé (ii).
d) Les parties a) et c) de la démonstration prouvent que est anti-invariant par . Alors, si , il est clair que est anti-invariant par . Enfin, si est anti-invariant par , on a vu en b) qu’il existe tel que . Comme est intègre, on a . Ceci achève de prouver (i).
\*5. Compléments (*)
Lemme 4
Soient un corps commutatif, un espace vectoriel de dimension finie sur , un groupe fini d’automorphismes de d’ordre inversible dans , l’algèbre symétrique de , la sous-algèbre de formée des éléments invariants par . Pour qu’un idéal premier de hauteur 1 de soit ramifié sur (Alg. comm.), il faut et il suffit qu’il existe un élément non nul de et un élément non nul de tels que et que la pseudo-réflexion appartienne à . Le groupe de décomposition est alors le sous-groupe des éléments de laissant stable, et le groupe d’inertie est le sous-groupe cyclique de formé des pseudo-réflexions de de vecteur . Le corps résiduel de en est séparable sur le corps résiduel de en , et l’indice de ramification , égal au coefficient de , augmenté de 1, dans le diviseur de la différente, est égal à .
Dire que est ramifié sur signifie que son groupe d’inertie n’est pas réduit à l’identité, autrement dit qu’il existe dans tel que pour tout . Comme est un anneau factoriel, est un idéal principal , et doit diviser tous les éléments (); or, pour , ceux-ci sont homogènes de degré 1 et non tous nuls (car ); donc doit être homogène de degré 1, autrement dit . Il existe alors une forme linéaire sur telle que . Inversement, si est une pseudo-réflexion distincte de 1, on a pour tout , donc appartient au groupe d’inertie de l’idéal premier . Ceci prouve la première assertion du lemme et les caractérisations de et . On sait que le degré résiduel divise (Alg. comm., chap. V, § 2, no 2); comme est étranger à l’exposant caractéristique de (qui est celui aussi de ), l’extension de est séparable. L’égalité en résulte (Alg. comm.). Comme est étranger à , le coefficient de dans est (Alg. comm.). Ceci achève la démonstration du lemme.
Lemme 5
Soient un corps commutatif, une -algèbre graduée de polynômes et une sous-algèbre graduée de . Pour que soit un -module libre gradué (Alg.,
(*) Dans ce numéro, nous utilisons des résultats figurant dans des chapitres en préparation du livre d’Algèbre commutative. Nous y renvoyons par le sigle « Alg. comm. ».
chap. II, 3e éd. § 11, no 2), il faut et il suffit que les deux conditions suivantes soient vérifiées:
a) R est une K-algèbre graduée de polynômes; b) si (\alpha_1, \ldots, \alpha_s) est un système générateur de la K-algèbre R formée d’éléments homogènes et algébriquement indépendants, ce système est une suite S-régulière (*). Lorsque S est un R-module de type fini, b) est conséquence de a). Pour la démonstration, voir Alg. comm.
Théorème 4
Soient K un corps commutatif, V un espace vectoriel de dimension finie sur K, S l’algèbre symétrique de V, G un groupe fini d’automorphismes de V, et R la sous-algèbre de S formée des éléments invariants par G. On suppose que q = Card G est inversible dans K. Les conditions suivantes sont équivalentes :
(i) G est engendré par des pseudo-réflexions; (ii) S est un R-module libre gradué; (iii) R est une K-algèbre graduée de polynômes.
L’équivalence de (ii) et (iii) résulte du no 2 et du lemme 5. L’implication (i) (ii) résulte du th. 1.
Montrons que (iii) (i). Soit G’ le sous-groupe de G engendré par les pseudo-réflexions appartenant à G, et soit R’ la sous-algèbre de S formée des éléments invariants par G’. On a R R’ S. D’après le lemme 4, on a div(\mathscr{D}_{S/R}) = div(\mathscr{D}_{S/R'}), d’où div(\mathscr{D}_{R'/R}) = 0. Supposons alors que R soit une algèbre graduée de polynômes. Comme c’est aussi le cas pour R’ (puisque G’ est engendré par des pseudo-réflexions), le lemme 5 montre que le R-module R’ admet une base homogène (Q_1, \ldots, Q_m); soit q_i = deg(Q_i). Posons
Le fait que div(\mathscr{D}_{R'/R}) soit nul montre que div(d) = 0 (Alg. comm.), ce qui signifie que d appartient à K*. Mais d’autre part Tr_{R'/R}(Q_i Q_j) est un élément homogène de degré q_i + q_j, et d est homogène de degré 2 . On a donc , i.e. pour tout i, ce qui entraîne R’ = R, d’où G’ = G d’après la théorie de Galois. On a donc bien prouvé que G est engendré par des pseudo-réflexions. C.Q.F.D.
Remarque 1
Sous les hypothèses du th. 4, les degrés caractéristiques de R ont pour produit q (formule (6) et prop. 2 (iii)), donc sont étrangers à l’exposant caractéristique de K. C’est ce qu’on avait annoncé au no 3.
Remarque 2
Lorsqu’on ne suppose plus que Card (G) est inversible dans K, on a encore (ii) (iii) (cf. lemme 5) et (ii) (i) (cf. exerc. 8); l’implication (i) (ii) n’est par contre plus vraie (exerc. 9).
(*) Cela signifie que, pour tout i , l’image canonique de dans l’anneau
est non diviseur de zéro dans cet anneau.
Proposition 6
Les hypothèses et les notations sont celles du th. 4. Soit l’ensemble des pseudo-réflexions appartenant à et distinctes de 1. On suppose que engendre . Pour tout , posons avec , . Posons
(i) La différente de sur est l’idéal principal .
(ii) Supposons identifiée à l’algèbre par le choix d’une base de , et soient des éléments homogènes algébriquement indépendants engendrant l’algèbre . Alors le jacobien est de la forme où .
(iii) On a .
(iv) L’ensemble des éléments anti-invariants de est RD.
L’assertion (i) résulte du lemme 4. L’assertion (ii) résulte de ce que est la différente de sur (Alg. comm.). L’assertion (iii) s’obtient en écrivant que les polynômes homogènes et ont même degré. La démonstration de (iv) est alors la même qu’au n° 4 (démonstration de la prop. 5, parties et ).*
Exercices
See the exercises for § 5.