Bourbaki

§ 6. Transformation de Coxeter

Dans ce paragraphe, VV désigne un espace vectoriel réel de dimension finie ll et WW désigne un sous-groupe fini de GL(V)\mathbf{GL}(V), engendré par des réflexions, et essentiel (§ 3, n° 7). On munit VV d’un produit scalaire (x∣y)(x|y) invariant par WW On note H\mathfrak{H} l’ensemble des hyperplans HH de VV tels que la réflexion orthogonale sHs_H correspondante appartienne à WW.

1. Définition des transformations de Coxeter

Nous appellerons chambre ordonnée relative à WW le couple formé d’une chambre CC déterminée par H\mathfrak{H} et d’une bijection i↦Hii \mapsto H_i de {1,2,…,l}\{1, 2, \ldots, l\} sur l’ensemble des murs de CC (cf. § 3, n° 9, prop. 7).

Définition 1

On appelle transformation de Coxeter définie par une chambre ordonnée (C,(Hi)1≤i≤l)(C, (H_i)_{1 \leq i \leq l}) l’élément c=sH1sH2⋯sHlc = s_{H_1} s_{H_2} \cdots s_{H_l} de WW.

Proposition 1

Toutes les transformations de Coxeter de WW sont conjuguées dans WW.

Comme WW permutte transitivement les chambres déterminées par H\mathfrak{H} (§ 3, n° 2, th. 1), tout revient à prouver ceci : soient (C,(Hi)1≤i≤l)(C, (H_i)_{1 \leq i \leq l}) une chambre ordonnée, et π∈Sl\pi \in \mathfrak{S}_l; alors sH1sH2⋯sHls_{H_1} s_{H_2} \cdots s_{H_l} et sHπ(1)sHπ(2)⋯sHπ(l)s_{H_{\pi(1)}} s_{H_{\pi(2)}} \cdots s_{H_{\pi(l)}} sont conjugués dans W. Compte tenu du § 4, n° 8, prop. 8, ceci résultera aussitôt du lemme suivant:

Lemme 1

Soient X une forêt finie, x ↦ g_x une application de X dans un groupe Γ, telle que g_x et g_y commutent toutes les fois que x et y ne sont pas liés dans X. Soit T l’ensemble des ordres totaux sur X. Pour tout ξ ∈ T, soit p_ξ le produit dans Γ de la séquence (g_x)_{x ∈ X} définie par ξ. Les éléments p_ξ sont alors conjugués dans Γ.

1) Raisonnons par récurrence sur n = Card X. Le cas où n = 1 est immédiat, supposons n ≥ 2. Il existe dans X un sommet terminal a (chap. IV, Annexe, n° 3, prop. 2). Soit b ∈ X − {a} un sommet lié à a s’il en existe; si a n’est lié à aucun sommet de X − {a}, on prend b quelconque dans X − {a}. Dans tous les cas, g_a commute à g_x pour x ≠ b. Soit η ∈ T tel que a soit le plus grand élément de X et b le plus grand élément de X − {a}; soit ξ ∈ T, et prouvons que p_ξ, p_η sont conjugués.

2) Supposons d’abord que, pour ξ, a soit le plus grand élément de X et b le plus grand élément de X − {a}. Soit X’ le sous-graphe plein X − {a}, qui est une forêt. Définissons une application x ↦ g'_x de X’ dans Γ en posant g'_x = g_x si x ≠ b, g'_b = g_bg_a. Soient ξ’, η’ les restrictions de ξ, η à X’. L’hypothèse de récurrence est applicable, donc p_ξ’ et p_η’ sont conjugués. Mais il est clair que p_ξ’ = p_ξ, p_η’ = p_η, d’où le lemme dans ce cas.

3) Supposons que a soit le plus grand élément de X pour ξ. Soit X_1 (resp. X_2) l’ensemble des éléments de X − {a} strictement majorés (resp. minorés) par b; soit ξ_i la restriction de ξ à X_i. On a

pξ=pξ1gbpξ2ga=pξ1gbgapξ2, p_\xi = p_{\xi_1} g_b p_{\xi_2} g_a = p_{\xi_1} g_b g_a p_{\xi_2},

et cet élément est conjugué de p_{ξ_1} p_{ξ_2} g_b g_a. On est donc ramené au cas 2).

4) Dans le cas général, soit X_3 (resp. X_4) l’ensemble des éléments de X strictement majorés (resp. minorés) par a; soit ξ_i la restriction de ξ à X_i. On a p_ξ = p_{ξ_3} g_a p_{ξ_4}, et cet élément est conjugué de p_{ξ_4} p_{ξ_3} g_a. On est donc ramené au cas 3).

Il résulte de la prop. 1 que toutes les transformations de Coxeter ont le même ordre h = h(W). Ce nombre s’appelle le nombre de Coxeter de W.

Remarque

Soient W_1, ..., W_m des groupes finis essentiels dans des espaces V_1, ..., V_m, engendrés par des réflexions. Soit C_f une chambre relative à W_f. Soit W le groupe W_1 × ... × W_m opérant dans V_1 × ... × V_m. Alors C_1 × ... × C_m est une chambre relative à W. Les transformations de Coxeter de W définies par C sont les produits c_1 c_2 ... c_m, où c_j est une transformation de Coxeter de W_f définie par C_f.

2. Valeurs propres d’une transformation de Coxeter. Exposants

Comme toutes les transformations de Coxeter sont conjuguées (n° 1, prop. 1), elles ont même polynôme caractéristique P(T). Soit h le nombre de Coxeter de W. On a

P(T)=∏j=1l(T−exp⁡2iπmjh) P(T) = \prod_{j=1}^{l} \left( T - \exp \frac{2i\pi m_j}{h} \right)

où m1,m2,…,mlm_1, m_2, \ldots, m_l sont des entiers tels que

0≤m1≤m2≤⋯≤ml<h. 0 \leq m_1 \leq m_2 \leq \cdots \leq m_l < h.

Définition 2

Les entiers m1,m2,…,mlm_1, m_2, \ldots, m_l s’appellent les exposants de W.

Soient C une chambre déterminée par g\mathfrak{g}, H1,…,HlH_1, \ldots, H_l ses murs, et posons si=sHis_i = s_{H_i}. Notons eie_i le vecteur unitaire orthogonal à HiH_i et situé du même côté de HiH_i que C. D’après la prop. 2 de l’Annexe du chap. IV, on peut supposer les HiH_i numérotés de telle manière que e1,e2,…,ere_1, e_2, \ldots, e_r soient deux à deux orthogonaux, et que er+1,er+2,…,ele_{r+1}, e_{r+2}, \ldots, e_l soient deux à deux orthogonaux. Alors s′=s1s2…srs' = s_1 s_2 \ldots s_r est la symétrie orthogonale par rapport au sous-espace

V′=H1∩H2∩⋯∩Hr, V' = H_1 \cap H_2 \cap \cdots \cap H_r,

s′′=sr+1sr+2…sls'' = s_{r+1} s_{r+2} \ldots s_l est la symétrie orthogonale par rapport au sous-espace

V′′=Hr+1∩Hr+2∩⋯∩Hl, V'' = H_{r+1} \cap H_{r+2} \cap \cdots \cap H_l,

et c=s′s′′c = s' s'' est une transformation de Coxeter. Comme (e1,…,el)(e_1, \ldots, e_l) est une base de V, V est somme directe de V′V' et V′′V''.

On en déduit d’abord que l' n′estpasvaleurpropredecn'est pas valeur propre de c. Car si x∈Vx \in V est tel que c(x)=xc(x) = x, on a s′(x)=s′′(x)s'(x) = s''(x), donc x−s′(x)=x−s′′(x)x - s'(x) = x - s''(x) est orthogonal à V′V' et V′′V'', donc nul, d’où x=s′(x)=s′′(x)∈V′∩V′′={0}x = s'(x) = s''(x) \in V' \cap V'' = \{0\}.

On a par suite

(1)

0<m1≤m2≤⋯≤ml<h. 0 < m_1 \leq m_2 \leq \cdots \leq m_l < h.

Le polynôme caractéristique de cc est à coefficients réels. Donc, pour tout jj, l’exposant de T−exp⁡2iπmjhT - \exp \frac{2i\pi m_j}{h} dans P(T)P(T) est égal à celui de T−exp⁡2iπ(h−mj)hT - \exp \frac{2i\pi (h - m_j)}{h}. D’où

(2)

mj+ml+1−j=h(1≤j≤l). m_j + m_{l+1-j} = h \quad (1 \leq j \leq l).

Ajoutant membre à membre les égalités (2), on obtient :

(3)

m1+m2+⋯+ml=12lh. m_1 + m_2 + \cdots + m_l = \frac{1}{2} lh.

Lemme 2

Supposons W irréductible. Avec les notations précédentes, il existe deux vecteurs linéairement indépendants z′,z′′z', z'' tels que : (i) le plan P engendré par z′,z′′z', z'' est stable par s′s' et s′′s''; (ii) s′∣Ps'|P et s′′∣Ps''|P sont les réflexions orthogonales par rapport à Rz′Rz' et Rz′′Rz'';

(iii) z′,z′′∈C‾z', z'' \in \overline{C}, et P∩CP \cap C est l’ensemble des combinaisons linéaires de z′z', z′′z'' à coefficients >0> 0.

Soit (e1,…,el)(e^1, \ldots, e^l) la base de VV telle que (ei∣ej)=δij(e^i|e_j) = \delta_{ij}. Alors CC est le cône simplicial ouvert déterminé par les eie^i (§ 3, no 9, prop. 7). Il est clair que V′V' est engendré par er+1,…,ele^{r+1}, \ldots, e^l et V′′V'' par e1,…,ere^1, \ldots, e^r. Soit qq l’endomorphisme de VV tel que q(e1)=e1,…,q(el)=elq(e^1) = e_1, \ldots, q(e^l) = e_l. Sa matrice par rapport à (e1,…,el)(e^1, \ldots, e^l) est Q=((ei∣ej))Q = ((e_i|e_j)). On a (ei∣ej)≤0(e_i|e_j) \leq 0 pour i≠ji \neq j (§ 3, no 4, prop. 3). Puisque WW est irréductible, il n’existe pas de partition {1,2,…,l}=I1∪I2\{1, 2, \ldots, l\} = I_1 \cup I_2 telle que (ei∣ej)=0(e_i|e_j) = 0 pour i∈I1i \in I_1 et j∈I2j \in I_2. Donc (§ 3, no 5, lemme 4) QQ admet un vecteur propre (a1,…,al)(a_1, \ldots, a_l) à coordonnées toutes >0> 0; soit aa la valeur propre correspondante. Posons

z=a1e1+⋯+alel,z′′=a1e1+⋯+arer∈V′′∩C‾,z′=ar+1er+1+⋯+alel∈V′∩C‾, z = a_1 e^1 + \cdots + a_l e^l, z'' = a_1 e^1 + \cdots + a_r e^r \in V'' \cap \overline{C}, z' = a_{r+1} e^{r+1} + \cdots + a_l e^l \in V' \cap \overline{C},

et soit PP le plan engendré par z′z' et z′′z''. Alors P∩CP \cap C est l’ensemble des combinaisons linéaires de z′z' et z′′z'' à coefficients >0> 0. La relation q(z)=azq(z) = az donne

∑j=1lajej=∑j=1laajej; \sum_{j=1}^l a_j e_j = \sum_{j=1}^l a a_j e^j;
en multipliant scalairement par eke_k (où k≤rk \leq r), il vient
ak+∑j=r+1laj(ej∣ek)=aak; donc a_k + \sum_{j=r+1}^l a_j (e_j|e_k) = a a_k; \text{ donc}
(a−1)z′′=∑k=1r(∑j=r+1laj(ej∣ek))ek=∑j=r+1laj(∑k=1r(ej∣ek)ek)=∑j=r+1laj(−ej+∑k=1l(ej∣ek)ek)=−∑j=r+1lajej+∑j=r+1lajej=−z′+∑j=r+1lajej. (a - 1)z'' = \sum_{k=1}^r \left( \sum_{j=r+1}^l a_j (e_j|e_k) \right) e^k = \sum_{j=r+1}^l a_j \left( \sum_{k=1}^r (e_j|e_k) e^k \right) = \sum_{j=r+1}^l a_j (-e^j + \sum_{k=1}^l (e_j|e_k) e^k) = - \sum_{j=r+1}^l a_j e^j + \sum_{j=r+1}^l a_j e_j = -z' + \sum_{j=r+1}^l a_j e_j.

Ainsi, (a−1)z′′+z′(a - 1)z'' + z' est orthogonal à e1,…,ere^1, \ldots, e^r, c’est-à-dire à V′′V''. Donc s′′s'' laisse stable le plan engendré par z′′z'' et (a−1)z′′+z′(a - 1)z'' + z', c’est-à-dire PP. De même, s′s' laisse stable PP. Comme z′∈P∩V′z' \in P \cap V' et z′′∈P∩V′′z'' \in P \cap V'', s′∣Ps'|P et s′′∣Ps''|P sont les réflexions par rapport à Rz′Rz' et Rz′′Rz''.

Théorème 1

On suppose WW irréductible. Alors :

(i) m1=1, ml=h−1m_1 = 1,\ m_l = h - 1. (ii) Card (ξ\xi) = 12lh\frac{1}{2} lh.

Conservons les notations précédentes. La restriction de c=s′s′′c = s's'' à P est la rotation d’angle 2(z′′‾,z′)2(\overline{z''}, z') (§ 2, n° 5, cor. de la prop. 6). Comme cc est d’ordre hh, les hh éléments 1,c,…,ch−11, c, \ldots, c^{h-1} de W sont deux à deux distincts; les éléments s′s', s′c,…,s′ch−1s'c, \ldots, s'c^{h-1} sont donc deux à deux distincts, et sont distincts des précédents car ci∣Pc^i|P est une rotation et s′cj∣Ps'c^j|P est une réflexion. L’ensemble

{1,c,…,ch−1,s′,s′c,…,s′ch−1} \{1, c, \ldots, c^{h-1}, s', s'c, \ldots, s'c^{h-1}\}

est le sous-groupe W′W' de W engendré par s′s' et s′′s'', et induit dans P le groupe W′′W'' engendré par les réflexions orthogonales par rapport à Rz′,Rz′′Rz', Rz''. Le transformé de C par un élément de W′W' est disjoint de — C ou égal à — C. Donc le transformé de P∩CP \cap C par un élément de W′′W'' est disjoint de — (P ∩\cap C) ou égal à — (P ∩\cap C). Donc, pour une orientation convenable de P, il existe un entier m>0m > 0 tel que (z′′‾,z′)=πm(\overline{z''}, z') = \frac{\pi}{m} (§ 2, n° 5, cor. de la prop. 7). Par ailleurs, les ensembles g′(C)g'(C), pour g′∈W′g' \in W', sont deux à deux disjoints; les ensembles g′′(P∩C)g''(P \cap C), pour g′′∈W′′g'' \in W'', sont donc deux à deux disjoints; ainsi, W′′W'' est d’ordre 2h2h. D’où m=hm = h. En définitive, c∣Pc|P est une rotation d’angle 2πh\frac{2\pi}{h}, et admet par suite les valeurs propres exp⁡2iπh\exp \frac{2i\pi}{h}, exp⁡2iπ(h−1)h\exp \frac{2i\pi(h-1)}{h}. Ceci prouve que m1=1m_1 = 1, ml=h−1m_l = h - 1.

Les transformées de Rz′Rz' et Rz′′Rz'' par W′W' sont hh droites D1,…,DhD_1, \ldots, D_h de P, et les points de P−(D1∪⋯∪Dh)P - (D_1 \cup \cdots \cup D_h) sont transformés par des éléments de W′W' de points de P∩CP \cap C. Donc un hyperplan de g\mathfrak{g} coupe nécessairement P suivant l’une des droites DiD_i, et par suite est transformé, par une opération de W′W', d’un hyperplan de g\mathfrak{g} contenant Rz′Rz' ou Rz′′Rz''.

Or, tout H∈gH \in \mathfrak{g} qui contient Rz′Rz' est l’un des hyperplans H1,…,HrH_1, \ldots, H_r. En effet, soit eHe_H le vecteur unitaire orthogonal à H et situé du même côté de H que C. On a eH=λ1e1+⋯+λlele_H = \lambda_1 e_1 + \cdots + \lambda_l e_l avec des λi\lambda_i tous ≥0\geq 0 (§ 3, n° 5, lemme 6, (i)). Or 0=(eH∣z′)=λr+1ar+1+⋯+λlal0 = (e_H|z') = \lambda_{r+1} a_{r+1} + \cdots + \lambda_l a_l, donc

λr+1=⋯=λl=0,eteH=λ1e1+⋯+λrer. \lambda_{r+1} = \cdots = \lambda_l = 0, \quad \text{et} \quad e_H = \lambda_1 e_1 + \cdots + \lambda_r e_r.

Supposons que deux des λi\lambda_i soient non nuls, par exemple λ1\lambda_1 et λ2\lambda_2; comme e1,…,ere_1, \ldots, e_r sont deux à deux orthogonaux, on aurait

s1(eH)=−λ1e1+λ2e2+⋯+λrer s_1(e_H) = -\lambda_1 e_1 + \lambda_2 e_2 + \cdots + \lambda_r e_r

et les coordonnées de s1(eH)s_1(e_H) ne seraient pas toutes de même signe, ce qui est absurde (loc. cit.). Donc eHe_H est proportionnel à l’un des vecteurs e1,…,ere_1, \ldots, e_r, ce qui prouve notre assertion. De même, tout H∈gH \in \mathfrak{g} qui contient Rz′′Rz'' est l’un des hyperplans Hr+1,…,HlH_{r+1}, \ldots, H_l.

Le nombre d’éléments de g\mathfrak{g} contenant Rz′Rz' ou Rz′′Rz'' est donc ll. Si hh est pair, Card(g\mathfrak{g}) est donc égal à h2l\frac{h}{2} l. Si hh est impair, Card(g\mathfrak{g}) est égal à n° 6.2.

h−12l+r, et aussi aˋ h−12l+(l−r); d’ouˋ r=l−r, de sorte que r=l2, et Card(S)=h−12l+l2=h2l. \frac{h-1}{2} l + r, \text{ et aussi à } \frac{h-1}{2} l + (l-r); \text{ d'où } r = l - r, \text{ de sorte que } r = \frac{l}{2}, \text{ et Card}(\mathfrak{S}) = \frac{h-1}{2} l + \frac{l}{2} = \frac{h}{2} l.

Remarque

Conservons les notations de la démonstration précédente. Soient c′c' l’extension C\mathbf{C}-linéaire de cc à V⊗RCV \otimes_{\mathbf{R}} \mathbf{C}, et c′′c'' la restriction de c′c' à P⊗RCP \otimes_{\mathbf{R}} \mathbf{C}. D’après l’étude de c∣Pc|P, c′′c'' admet un vecteur propre xx correspondant à la valeur propre exp⁡2iπh\exp \frac{2i\pi}{h}, et ce vecteur propre n’appartient à aucun ensemble D∩CD \cap \mathbf{C}, où DD désigne une droite de PP (puisque DD n’est pas stable par cc). Or, pour tout H∈SH \in \mathfrak{S}, on a vu que H∩PH \cap P est une droite; donc x∈H⊗RCx \in H \otimes_{\mathbf{R}} \mathbf{C}.

Corollaire

Soit R0R_0 l’ensemble des vecteurs unitaires de VV orthogonaux à un élément de S\mathfrak{S}. Si WW est irréductible, on a, pour tout x∈Vx \in V,

∑u∈R0(x∣u)2=h(x∣x). \sum_{u \in R_0} (x|u)^2 = h(x|x).

Posons f(x)=∑u∈R0(x∣u)2f(x) = \sum_{u \in R_0} (x|u)^2. Il est clair que ff est une forme quadratique positive invariante par WW, non dégénérée puisque les eie_i forment une base de VV. Comme WW est irréductible, il existe une constante β\beta telle que f(x)=β(x∣x)f(x) = \beta (x|x) (§ 2, n° 1, prop. 1). Si (xi)1≤i≤l(x_i)_{1 \leq i \leq l} est une base orthonormale de VV pour le produit scalaire (x∣y)(x|y), on a

βl=∑i=1lβ(xi∣xi)=∑i=1lf(xi)=∑i=1l∑u∈R0(xi∣u)2=∑u∈R01=Card⁡(R0)=2Card⁡(S)=hl. \begin{align*} \beta l &= \sum_{i=1}^l \beta (x_i|x_i) = \sum_{i=1}^l f(x_i) = \sum_{i=1}^l \sum_{u \in R_0} (x_i|u)^2 \\ &= \sum_{u \in R_0} 1 = \operatorname{Card}(R_0) = 2 \operatorname{Card}(\mathfrak{S}) = hl. \end{align*}

D’où β=h\beta = h, ce qui prouve (4).

Proposition 2

Si hh est pair, l’unique élément de WW qui transforme C\mathbf{C} en −C-\mathbf{C} est ch/2c^{h/2}.

Adoptons les notations de la démonstration du th. 1. Puisque c∣Pc|P est une rotation d’angle 2πh\frac{2\pi}{h}, ch/2c^{h/2} transforme z′z' en −z′-z', z′′z'' en −z′′-z'', donc z′+z′′=zz' + z'' = z en −z-z. Or z∈Cz \in \mathbf{C}, donc la chambre ch/2(C)c^{h/2}(\mathbf{C}) est nécessairement −C-\mathbf{C}.

Proposition 3

Supposons WW irréductible. Soient u1,…,ulu_1, \ldots, u_l des éléments homogènes de l’algèbre symétrique S=S(V)S = S(V), algébriquement indépendants sur R\mathbf{R} et engendrant l’algèbre des éléments de SS invariants par WW (§ 5, n° 3, th. 3). Si pjp_j est le degré de uju_j, les exposants de WW sont p1−1,…,pl−1p_1 - 1, \ldots, p_l - 1.

Posons V′=V⊗RCV' = V \otimes_{\mathbf{R}} \mathbf{C}, S′=S(V′)=S⊗RCS' = S(V') = S \otimes_{\mathbf{R}} \mathbf{C}, et prolongeons le produit scalaire de VV en une forme hermitienne sur V′V'. Si cc est une transformation de Coxeter de W, il existe une base orthonormale (Xi)1≤i≤l(\mathbf{X}_i)_{1 \leq i \leq l} de V′V' formée de vecteurs propres de c⊗1c \otimes 1 (Alg., chap. IX, § 7, n° 3, prop. 4); on peut supposer en outre que, pour 1≤j≤l1 \leq j \leq l, Xj\mathbf{X}_j correspond à la valeur propre exp⁡2iπmjh\exp \frac{2i\pi m_j}{h} de c⊗1c \otimes 1. Il est clair que S′S' s’identifie à l’algèbre C[X1,…,Xl]\mathbf{C}[\mathbf{X}_1, \ldots, \mathbf{X}_l], et l’on peut écrire uj⊗1=fj(X1,…,Xl)u_j \otimes 1 = f_j(\mathbf{X}_1, \ldots, \mathbf{X}_l), où fjf_j est un polynôme homogène de degré pjp_j dans C[X1,…,Xl]\mathbf{C}[\mathbf{X}_1, \ldots, \mathbf{X}_l]. Posons Dj=∂∂XjD_j = \frac{\partial}{\partial \mathbf{X}_j}, et J(X1,…,Xl)=det⁡(Dkfj)J(\mathbf{X}_1, \ldots, \mathbf{X}_l) = \det(D_k f_j). Rappelons (§ 5, n° 4, prop. 5) que J(X1,…,Xl)J(\mathbf{X}_1, \ldots, \mathbf{X}_l) est proportionnel au produit dans S′S' de Card(S)\mathrm{Card}(\mathfrak{S}) vecteurs yky_k de VV donc chacun est orthogonal à un hyperplan de S\mathfrak{S}. Comme on peut supposer que X1∉H⊗C\mathbf{X}_1 \notin H \otimes \mathbf{C} pour tout H∈SH \in \mathfrak{S} (Remarque), les composantes sur X1\mathbf{X}_1 de chacun des vecteurs yky_k sont ≠0\neq 0, donc J(1,0,0,…,0)≠0J(1, 0, 0, \ldots, 0) \neq 0. La règle de développement d’un déterminant prouve alors l’existence d’une permutation σ\sigma de {1,2,…,l}\{1, 2, \ldots, l\} telle que (Dσ(j)fj)(1,0,0,…,0)≠0(D_{\sigma(j)} f_j)(1, 0, 0, \ldots, 0) \neq 0 pour tout jj. Comme Dσ(j)fjD_{\sigma(j)} f_j est homogène de degré pj−1p_j - 1, le coefficient de X1pj−1Xσ(j)X_1^{p_j-1} X_{\sigma(j)} dans fj(X1,…,Xl)f_j(\mathbf{X}_1, \ldots, \mathbf{X}_l) est non nul. Or fj(X1,…,Xl)f_j(\mathbf{X}_1, \ldots, \mathbf{X}_l) est invariant par c⊗1c \otimes 1, et

(c⊗1)(X1pj−1Xσ(j))=(exp⁡2iπh(pj−1+mσ(j)))(X1pj−1Xσ(j)).(c \otimes 1)(X_1^{p_j-1} X_{\sigma(j)}) = (\exp \frac{2i\pi}{h} (p_j - 1 + m_{\sigma(j)}))(X_1^{p_j-1} X_{\sigma(j)}).

Ceci prouve que pj−1+mσ(j)≡0p_j - 1 + m_{\sigma(j)} \equiv 0 (mod. hh). Or h−mσ(j)h - m_{\sigma(j)} est un exposant (formule (2)). En permutant les uju_j, on peut donc supposer que pj−1≡mjp_j - 1 \equiv m_j (mod. hh) pour tout jj. Comme pj−1≥0p_j - 1 \geq 0 et mj<hm_j < h, on a pj−1=mj+μjhp_j - 1 = m_j + \mu_j h avec μj\mu_j entier ≥0\geq 0. D’après le § 5, prop. 3, on voit que

Card(S)=∑j=1l(pj−1)=∑j=1lmj+h∑j=1lμj.\mathrm{Card}(\mathfrak{S}) = \sum_{j=1}^l (p_j - 1) = \sum_{j=1}^l m_j + h \sum_{j=1}^l \mu_j.

Compte tenu de la formule (3) et du th. 1 (ii), on obtient h∑j=1lμj=0h \sum_{j=1}^l \mu_j = 0, donc μj=0\mu_j = 0, pour tout jj et finalement pj−1=mjp_j - 1 = m_j pour tout jj.

Corollaire 1

Si* (mi)1≤i≤l(m_i)_{1 \leq i \leq l} est la suite croissante des exposants de WW, l’ordre de WW est égal à (m1+1)(m2+1)…(ml+1)(m_1 + 1)(m_2 + 1) \ldots (m_l + 1). Ceci résulte des relations mj+1=pjm_j + 1 = p_j et du § 5, n° 3, cor. du th. 3.

Corollaire 2

Si* cc est une transformation de Coxeter de WW,

exp⁡(2iπh) et exp⁡(−2iπh)\exp \left( \frac{2i\pi}{h} \right) \text{ et } \exp \left( -\frac{2i\pi}{h} \right)

sont des valeurs propres de multiplicité 1 de cc.

Dans le cas contraire, il existerait deux invariants homogènes de degré 2 non proportionnels dans SS, d’où deux formes quadratiques non proportionnelles sur V∗V^* invariantes par WW, contrairement au § 2, n° 1, prop. 1.

Corollaire 3

Pour que l’homothétie de rapport — 1 dans V appartienne à W, il faut et il suffit que tous les exposants de W soient impairs. Lorsqu’il en est ainsi, h est pair et l’on a ch/2=−1c^{h/2} = -1 pour toute transformation de Coxeter c de W.

La première assertion résulte du § 5, n° 3, prop. 4. Supposons les exposants de W impairs. Alors h est pair d’après la formule (2), et

(exp⁡2iπmjh)h/2=exp⁡(iπmj)=−1; \left( \exp \frac{2i \pi m_j}{h} \right)^{h/2} = \exp (i \pi m_j) = -1;

donc ch/2=−1c^{h/2} = -1 puisque c est un automorphisme semi-simple de V (Alg., chap. IX, § 7, n° 3, prop. 4).

Exercices

Dans les exercices ci-dessous (exerc. 3 excepté), les hypothèses et notations sont celles du § 6.

See the exercises for § 6.

Transcribed from the printed volume. Not translated.