Annexe
Compléments sur les représentations linéaires
La proposition suivante généralise la prop. 13 du chap. I, § 3, n° 8.
Proposition 1
Soient K un corps commutatif, A une K-algèbre, V et W deux A-modules à gauche qui sont des espaces vectoriels de dimension finie sur K. S’il existe une extension L de K telle que les (A \otimes_K L)-modules V \otimes_K L et W \otimes_K L soient isomorphes, alors les A-modules V et W sont isomorphes.
a) Supposons d’abord que L soit une extension de K de degré fini n. Comme V \otimes_K L et W \otimes_K L sont isomorphes en tant que (A \otimes_K L)-modules, ils sont isomorphes en tant que A-modules; mais, en tant que A-modules, ils sont isomorphes respectivement à V^n et W^n. Or V et W sont des A-modules de longueur finie; donc V (resp. W) est somme directe d’une famille (M_i^{r_i})_{1 \leq i \leq p} (resp. (N_j^{s_j})_{1 \leq j \leq q}) de sous-modules tels que les M_i (resp. N_j) soient indécomposables, et que deux M_i (resp. N_j) d’indices distincts soient non isomorphes (Alg., chap. VIII, § 2, n° 2, th. 1). Alors V^n (resp. W^n) est somme directe des M_i^{n r_i} (resp. N_j^{n s_j}); on en conclut (loc. cit.) que p = q et qu’après permutation éventuelle des N_j, M_i est isomorphe à N_i et n r_i égal à n s_i pour 1 \leq i \leq p. Donc V est isomorphe à W.
b) Supposons que K soit un corps infini. L’hypothèse entraîne que V et W ont même dimension sur K. Soient (e_i)_{1 \leq i \leq m}, (e'_i)_{1 \leq i \leq m} des bases de V et W sur K, (a_\lambda) une base de A sur K. Un isomorphisme u : V \otimes_K L \to W \otimes_K L est une application L-linéaire bijective qui est en même temps un (A \otimes_K L)-homomorphisme, autrement dit qui vérifie les conditions :
(1)
Posons où les et appartiennent à K, et où les appartiennent à L. Les conditions (1) s’écrivent
(2)
quels que soient . Par hypothèse, les équations linéaires homogènes (2) ont une solution telle que . Comme les coefficients du système (2) appartiennent à , on sait (Alg., chap. II, 3e éd., § 8, no 5, prop. 6) que ce système admet aussi des solutions non triviales dans ; soit le sous-espace vectoriel de , non réduit à 0, formé par ces solutions. Soit une base de , et posons pour toute matrice ; alors est un polynôme à coefficients dans . En outre, on sait (loc. cit.) que les solutions de (2) dans sont de la forme , avec cette fois ; pour une telle solution, est égal à . Ceci posé, si on avait quels que soient , les coefficients de seraient nuls puisque est infini; on aurait alors quels que soient , ce qui est contraire à l’hypothèse. On peut donc trouver une matrice telle que , et l’application linéaire correspondante est un isomorphisme.
c) Cas général. Soient une extension algébriquement close de , la clôture algébrique de dans . L’hypothèse entraîne que et sont des -modules isomorphes. Comme est infini, la partie b) montre que et sont des -modules isomorphes. Gardant les notations de b), le système (2) admet une solution telle que . Mais les appartiennent à une même extension algébrique de degré fini de . Les -modules et sont isomorphes, et on conclut à l’aide de a).
Proposition 2 (Maschke). — Soient A un anneau ayant un élément unité, E un A-module à gauche, F un sous-module facteur direct, G un groupe fini d’ordre q, ρ une représentation linéaire de G dans E. On suppose que q.1 est inversible dans A et que F est stable par G. Il existe alors un supplémentaire de F dans E stable par G.
Soit un projecteur de sur . Pour tout , posons
On a et pour tout , donc est un projecteur de sur . D’autre part, si , on a
Donc commute à , de sorte que est un supplémentaire de stable par .
Corollaire
Soient un groupe fini d’ordre , un corps commutatif dont la caractéristique ne divise pas . Alors l’algèbre de relativement à est semi-simple. En effet, d’après la prop. 2, tout module sur cette algèbre est semi-simple.
Proposition 3
Soient un anneau commutatif, un -module, un groupe fini opérant dans , et un -module. On suppose que l’ordre de est inversible dans . Soit l’ensemble des éléments de invariants par . Alors l’homomorphisme canonique de dans définit un isomorphisme de sur le module des éléments de invariants par . En effet, soit le projecteur de sur défini par pour tout . Si désigne l’injection canonique de dans , est l’application identique de , donc est l’application identique de . Comme , l’image de est . D’autre part, est injectif d’après ce qui précède.
Remarque
La proposition précédente s’applique notamment lorsque est une -algèbre. Dans ce cas, est un sous--module de .
Exercises