§ 4. Représentation géométrique d’un groupe de Coxeter
Dans ce paragraphe, tous les espaces vectoriels considérés sont des espaces vectoriels réels.
1. Forme associée à une matrice de Coxeter
Soit S un ensemble, et soit une matrice de Coxeter (chap. IV, § 1, n° 9) de type S. Rappelons ce que cela signifie: (1) Les éléments de sont des entiers ou . (2) est symétrique. (3) On a pour tout . (4) On a pour .
Soit , soit la base canonique de , et soit la forme bilinéaire sur telle que
La forme est symétrique. On dit que c’est la forme associée à la matrice . On a
Soit , et soit la forme linéaire . Nous noterons la pseudo-réflexion définie par le couple (cf. § 2, no 1); du fait que , c’est une réflexion (§ 2, no 2). On a
et en particulier
Puisque n’est pas isotrope pour , l’espace est somme directe de la droite et de l’hyperplan orthogonal à . Comme est égal à sur et à sur , il s’ensuit que conserve la forme . Lorsque est fini et non dégénérée (cas sur lequel on reviendra au no 8), on voit donc que est une réflexion orthogonale (§ 2, no 3).
2. Le plan et le groupe engendré par et
Dans ce numéro, on désigne par et deux éléments de , avec . On pose , et l’on note le plan .
Proposition 1
La restriction de à est positive. Elle est non dégénérée si et seulement si est fini.
Soit , avec , un élément de . On a
ce qui montre que est positive sur , et qu’elle y est non dégénérée si et seulement si . D’où la proposition.
Les réflexions et laissent stable . Nous allons déterminer l’ordre de la restriction de à . Distinguons deux cas :
a) .
Soit . On a , donc est invariant par et . De plus :
Il en résulte que la restriction de à est d’ordre infini.
b) est fini.
La forme munit d’une structure de plan euclidien. Puisque le produit scalaire de et est égal à , on peut orienter de telle sorte que l’angle des demi-droites et soit égal à . Si et désignent les droites orthogonales à et , on a
Or, les restrictions et de et à sont les symétries orthogonales par rapport à et . D’après le cor. de la prop. 6 du § 2, n° 5, il s’ensuit que est la rotation d’angle . En particulier, son ordre est .
Revenons maintenant à :
Proposition 2
Le sous-groupe de engendré par et est un groupe diédral d’ordre .
Comme et sont d’ordre 2, et sont distincts, il suffit de voir que leur produit est d’ordre . Lorsque est infini, cela résulte de a) ci-dessus. Lorsque est fini, il résulte de la prop. 1 que est somme directe de et de son orthogonal ; comme et sont l’identité dans , et que la restriction de à est d’ordre d’après b), l’ordre de est bien égal à .
3. Groupe et représentation associés à une matrice de Coxeter
Conservons les notations des numéros précédents. Soit le groupe défini par la famille génératrice et par les relations (*)
Proposition 3
Il existe un homomorphisme et un seul
(*) Cela signifie que, si désigne le groupe libre sur , est le quotient de par le plus petit sous-groupe distingué de contenant les éléments , pour .
tel que pour tout . Les éléments de conservent la forme bilinéaire .
Pour prouver l’existence et l’unicité de , il suffit de voir que l’on a si . Or, si , cela résulte de ce que est d’ordre 2 ; si , cela résulte de ce qui a été démontré au n° 2. Enfin, comme les réflexions conservent , il en est de même des éléments de .
Remarque 1). — Nous verrons au n° 4 que est injective ; le groupe W pourra donc être identifié au sous-groupe de engendré par les .
Proposition 4
a) L’application de S dans W est injective.
b) Chacun des est d’ordre 2.
c) Si , est d’ordre .
L’assertion a) résulte de ce que l’application composée
de S dans est injective.
Pour b) (resp. c)), on remarque que l’ordre de (resp. l’ordre de ) est au plus 2 (resp. au plus ). Comme on a vu au n° 2 que l’ordre de (resp. de ) est 2 (resp. ), il y a nécessairement égalité.
Vu a), on peut identifier S à une partie de W, au moyen de l’application .
Corollaire
Le couple est un système de Coxeter, de matrice M.
Cela ne fait que traduire les propriétés b) et c), ainsi que la définition de W.
Remarque 2). — Nous avons ainsi démontré que toute matrice de Coxeter correspond à un groupe de Coxeter.
4. La représentation contragrédiente
Soit E* le dual de E. Comme W opère sur E au moyen de , il opère aussi, par transport de structure, sur E*. La représentation correspondante
s’appelle la représentation contragrédiente de . On a
Si et , nous noterons également le transformé de par .
Si , notons l’ensemble des tels que . Soit C l’intersection des , . Lorsque S est fini, C est un cône simplicial ouvert de (§ 1, n° 6).
Théorème 1 (Tits)
Si et si , on a . Indiquons tout de suite quelques conséquences de ce théorème:
Corollaire 1
Le groupe opère de façon simplement transitive sur l’ensemble des pour . C’est clair.
Corollaire 2
Les représentations et sont injectives. En effet, si , on a , d’où d’après le théorème. L’injectivité de résulte de celle de .
Corollaire 3
Si est fini, est un sous-groupe discret de (muni de sa structure canonique de groupe de Lie); de même, est un sous-groupe discret de . Soit . L’ensemble des tels que est un voisinage de l’élément neutre dans ; d’après le théorème, on a
Démonstration du théorème 1. Si , notons la longueur de par rapport à (chap. IV, § 1, n° 1). Nous allons démontrer les assertions suivantes, où désigne un entier :
(P_n) Soient , avec , et . On a alors: ou bien ; ou bien et .
(Q_n) Soient , avec , et . Soit le sous-groupe de engendré par et . Il existe tel que
Démonstration de ((P_n) et (Q_n)) \Longrightarrow (P_{n+1}). Soient , avec , et . On peut écrire sous la forme avec et . Si , (P_n) appliqué à montre que , d’où et l’on a bien . Si , (Q_n) appliqué à montre qu’il existe tel que
Lemme 1
Soient s, s' ∈ S, avec s ≠ s' et soit v ∈ W_{s,s'}. Alors v(A_s ∩ A_{s'}) est contenu, soit dans A_s, soit dans s(A_s), et dans le second cas, on a l(sv) = l(v) — 1.
La démonstration sera donnée au n° 5.
Appliquons ce lemme à l’élément v = s’u. On a alors deux possibilités : ou bien
De plus, dans le second cas, on a l(ss'u) = l(s’u) — 1. D’où :
Démonstration de ((P{n+1}) et (Q_n)) ⇒ (Q_{n+1}).*
Soient w ∈ W, avec l(w) = n + 1, et s, s' ∈ S, s ≠ s'. Si w(C) est contenu dans A_s ∩ A_{s'}, la condition (Q_{n+1}) est vérifiée en prenant u = 1. Sinon, supposons par exemple que w(C) ne soit pas contenu dans A_s. D’après (P_{n+1}), on a w(C) ⊂ s(A_s) et l(sw) = n. D’après (Q_n), appliqué à sw, il existe v ∈ W_{s,s'} tel que
Démonstration du théorème.
Soit w ∈ W, avec w ≠ 1. On peut écrire w sous la forme sw', avec s ∈ S, et l(w') = l(w) — 1. D’après (P_n), appliqué à w' et à n = l(w'), on a w'(C) ⊂ A_s, puisque le cas w'(C) ⊂ s(A_s) est exclu du fait que l(sw') = l(w) = l(w') + 1. D’où w(C) = sw'(C) ⊂ s(A_s), et comme A_s et s(A_s) sont disjoints, on a C ∩ w(C) = ∅. C.Q.F.D.
5. Démonstration du lemme 1
Soit E_{s,s'}^* le dual du plan E_{s,s'} = \mathbf{R}e_s ⊕ \mathbf{R}e_{s'} (n° 2). La transposée de l’injection E_{s,s'} → E est une surjection
Distinguons maintenant deux cas :
a) . Soit la base duale de . On a
Soit D la droite affine de contenant et ; les formules ci-dessus montrent que D est stable par s et et que la restriction de s (resp. de ) à D est la réflexion par rapport au point (resp. ). Soit
b) est fini. La forme est alors non dégénérée (n° 2) ce qui permet d’identifier à E. On a vu que l’on peut orienter E de telle sorte que les demi-droites et fassent un angle égal à .
Soit D (resp. D’) la demi-droite déduite de (resp. de ) par une rotation de (resp. de ), cf. figure 2. La chambre C est l’ensemble des dont le produit scalaire avec et ; c’est le secteur angulaire ouvert d’origine D’ et d’extrémité D. D’après la Remarque du § 2, n° 5, tout élément de W transforme C en un secteur angulaire qui est, soit situé du même côté que C de D (i.e. est contenu dans ), soit situé de l’autre côté (i.e. contenu dans ) et dans ce dernier cas, on a
FIGURE 2
6. Domaine fondamental de W dans la réunion des chambres
On conserve les notations du n° 4. Pour s ∈ S, on désigne par H_s l’hyperplan de E* orthogonal à e_s, par l’ensemble des x* ∈ E* tels que et par l’intersection des pour s ∈ S. Pour la topologie faible σ(E*, E) définie par la dualité entre E* et E (, chap. II, 2e éd., § 6, n° 2), les sont des demi-espaces fermés et est un cône convexe fermé. De plus, est l’adhérence de C : en effet, si x* ∈ et y* ∈ C, on a pour tout nombre réel t > 0 et .
Pour X ⊂ S, on pose :
On a , et . Les ensembles , pour , forment une partition de .
Rappelons d’autre part (chap. IV, § 1, n° 8) que l’on désigne par le sous-groupe de W engendré par X. On a évidemment pour et .
Proposition 5
Soient X, et . Si , alors on a , et .
On se ramène aussitôt au cas . Nous ferons alors la démonstration par récurrence sur la longueur n de w. Si , l’assertion est évidente. Si , il existe un s ∈ S tel que et on a alors (cf. fin du n° 4) , d’où . Comme , il en résulte que
On a donc pour tout et a fortiori pour tout
Par suite, la relation entraîne d’une part , d’où , d’autre part . L’hypothèse de récurrence entraîne alors que et , d’où et puisque . Il en résulte que et que .
Corollaire
Soient X une partie de S et x* un élément de C_X. Le stabilisateur de x* dans W est W_X.
Soit maintenant U la réunion des pour , et soit l’ensemble des parties de U de la forme , avec et . Vu ce qui précède, est une partition de U.
Proposition 6
(i) Le cône U est convexe. (ii) Tout segment fermé contenu dans U ne rencontre qu’un nombre fini d’éléments de . (iii) Le cône est un domaine fondamental de W opérant dans U.
Pour prouver (iii), il suffit de montrer que si et sont tels que , on a . Or il existe deux parties X et Y de S telles que et ; on a , et la prop. 5 montre que et , ce qui entraîne bien .
Soient maintenant , et montrons que le segment fermé est recouvert par un nombre fini d’éléments de , ce qui établira à la fois (i) et (ii). Quitte à transformer et par un même élément de W, on peut supposer que . Soit tel que . Nous allons raisonner par récurrence sur la longueur de . Pour , la relation est équivalente à et par suite à (cf. n° 4). La prop. 7 du n° 8 du chap. IV, § 1, entraîne donc qu’il n’existe qu’un nombre fini de tels que . L’ensemble T des tels que est donc fini. D’autre part, l’intersection est un segment fermé . Si , c’est-à-dire si , il existe des parties X et Y de S telles que et . Le segment ouvert est alors contenu dans , d’où . Si , il existe un tel que . On a alors et . L’hypothèse de récurrence entraîne donc que le segment est recouvert par un nombre fini d’éléments de , donc aussi
puisque .
7. Irréductibilité de la représentation géométrique d’un groupe de Coxeter
On conserve les notations des n°s précédents, et l’on suppose que S est fini.
Proposition 7
Supposons que soit irréductible (chap. IV, § 1, n° 9). Soit le sous-espace de E orthogonal à E vis-à-vis de . Le groupe W opère trivialement sur , et tout sous-espace de E, distinct de E et stable par W, est contenu dans .
Si , on a pour tout . Comme W est engendré par S, il en résulte bien que W opère trivialement sur .
Soit un sous-espace de E stable par W. Soient deux éléments liés dans le graphe de (chap. IV, § 1, n° 9); rappelons que cela signifie que . Supposons que . On a alors et comme le coefficient de dans est non nul, on a . Comme est connexe, il s’ensuit que, si contient l’un des , il les contient tous et coïncide avec E. Ce cas étant écarté, il résulte de la prop. 3 du § 2, n° 2 que, pour tout , est contenu dans l’hyperplan orthogonal à . Comme l’intersection des est égale à , cela démontre la proposition.
Corollaire
Supposons que soit irréductible. Alors: a) Si est non dégénérée, le -module est absolument simple. b) Si est dégénérée, le -module n’est pas semi-simple. Dans le cas a), la prop. 7 montre que est simple, donc aussi absolument simple (, no 1, prop. 1). Dans le cas b), on a , (puisque ), et la prop. 7 montre que n’admet pas de supplémentaire stable par ; le -module n’est donc pas semi-simple.
8. Critère de finitude
On conserve les notations des nos précédents, et l’on suppose que est fini.
Théorème 2
Les propriétés suivantes sont équivalentes : (1) est fini. (2) La forme est positive non dégénérée. (1) (2). Soit la décomposition de en composantes connexes (chap. IV, , no 9), et soit la décomposition correspondante de . L’espace s’identifie à la somme directe des espaces , et s’identifie à la somme directe des formes correspondantes. On est donc ramené au cas où est irréductible. Comme est supposé fini, est un -module semi-simple (Annexe, prop. 2). D’après le cor. de la prop. 5, il s’ensuit que est absolument simple. Soit alors une forme positive non dégénérée sur , et soit la somme de ses transformées par . Puisque est invariante par , elle est proportionnelle à (, no 1, prop. 1); du fait que pour tout , le coefficient de proportionnalité est , et, comme est positive, il en est de même de , ce qui démontre (2). (2) (1). Si est positive non dégénérée, le groupe orthogonal est compact (Intégr., chap. VII, , no 1). Comme est un sous-groupe discret de (cor. 3 du th. 1), il s’ensuit que est fini, donc aussi . C.Q.F.D.
Le résultat suivant a été prouvé en cours de démonstration :
Corollaire
Si est irréductible et fini, est un -module absolument simple. Le critère fourni par le th. 2 permet de classifier tous les groupes de Coxeter finis (cf. chap. VI, ). Bornons-nous ici à un résultat préliminaire :
Proposition 8
Si est fini, le graphe de est une forêt (chap. IV, Annexe). Sinon, ce graphe contiendrait un circuit , . Si l’on pose , , et , cela signifie que l’on a pour tout . Soit
On a . Or
Corollaire
Si est irréductible et fini, son graphe est un arbre. En effet, une forêt connexe est un arbre.
Comparaison avec les résultats du § 3. Soit tout d’abord un groupe de Coxeter fini. Notons la forme ; d’après le th. 2, c’est un produit scalaire sur . Pour tout , soit l’hyperplan associé à la réflexion orthogonale , et soit la famille des hyperplans , pour . Soit l’ensemble des tels que pour tout . Enfin, identifions (au moyen de ) à un sous-groupe du groupe orthogonal de l’espace .
Proposition 9
Avec les notations précédentes, est le sous-groupe de engendré par les réflexions par rapport aux hyperplans de . C’est un groupe essentiel () et est une chambre de relativement à .
La première assertion est triviale. D’autre part, si est invariant par , il est orthogonal à tous les , donc nul; cela montre que est essentiel. Enfin, l’isomorphisme défini par transforme en l’ensemble du ; la propriété (P_n) démontrée à cet endroit prouve que, pour tout , et tout , ne rencontre pas . On en conclut que est contenu dans le complémentaire de la réunion des hyperplans de , et comme est connexe, ouvert et fermé dans , c’est une chambre de relativement à , C.Q.F.D.
On peut donc appliquer à et toutes les propriétés démontrées au . En
(*) Les racines de l’équation sont 1 et . Donc et par suite . Notons à cette occasion que , d’où
particulier, est un domaine fondamental pour l’action de W sur E (en d’autres termes, le cône U défini au n° 6 est égal à E tout entier).
Inversement, soit E un espace vectoriel réel de dimension finie, muni d’un produit scalaire et soit W un groupe fini essentiel de déplacements de E laissant 0 fixe; supposons W engendré par des réflexions. Soit une chambre de E par rapport à W (cf. § 3), et soit S l’ensemble des réflexions orthogonales relativement aux murs de . Alors (W, S) est un système de Coxeter fini (). De plus, si , notons le mur de correspondant à s, et notons le vecteur unitaire orthogonal à et situé du même côté que de . Si désigne la matrice de Coxeter de (W, S), les prop. 3 et 7 du § 3 montrent que
et que les forment une base de E. La représentation naturelle de W dans E s’identifie donc à la représentation du n° 3.
9. Cas où est positive et dégénérée
Dans ce numéro, nous supposons que S est fini, que (W, S) est irréductible, et que la forme est positive et dégénérée.
Lemme 2
L’orthogonal de E pour est de dimension 1 ; il est engendré par un élément , avec pour tout s.
Cela résulte du lemme 4 du § 3, n° 5, appliqué à la matrice des .
Soit le vecteur satisfaisant aux conditions du lemme 2, tel que et soit A l’hyperplan affine de formé des tels que . Si T désigne l’orthogonal de v dans , A est muni de façon naturelle d’une structure d’espace affine d’espace de translations T. De plus, la forme définit par passage au quotient un produit scalaire non dégénéré sur , donc aussi sur son dual T ; d’où une structure euclidienne sur l’espace affine A (Alg., chap. IX, § 6, n° 6).
Soit G le sous-groupe de formé des automorphismes laissant invariants v et ; si , le contragrédient laisse stables A et T, et définit par restriction à A un déplacement i(g) de A (cf. § 3). Il est immédiat que l’on obtient ainsi un isomorphisme de G sur le groupe des déplacements de A. De plus le stabilisateur d’un point a de A s’identifie au groupe orthogonal de l’espace hilbertien T et est donc compact. Par ailleurs, G est un groupe localement compact dénombrable à l’infini et A est un espace de Baire : il s’ensuit (Integr., chap. VII, Appendice, lemme 2) que l’application définit un homéomorphisme de sur A. Donc G opère proprement sur A (Top. gén., chap. III, 3e éd., § 4, n° 2, cor. de la prop. 5). Puisque W est un sous-groupe de G, il s’identifie à un groupe de déplacements de A. Nous allons voir que ce groupe satisfait aux hypothèses du § 3. Plus précisément :
Proposition 10
Le groupe W muni de la topologie discrète opère proprement sur A ; il est engendré par des réflexions orthogonales ; il est infini, irréductible et essentiel (§ 3, no 7). L’intersection C ∩ A est une chambre de A pour W. Si l’on désigne par L_s l’hyperplan de A intersection de A avec l’hyperplan de E* orthogonal à e_s, les L_s pour s ∈ S forment la famille des murs de C ∩ A. Si ε_s est le vecteur unitaire de T orthogonal à L_s situé du même côté que C ∩ A de L_s, on a (pour s, t ∈ S) et la matrice de Coxeter de W (§ 3, no 4) s’identifie à M.
D’après le cor. 3 du th. 1, W est discret dans GL(E), donc dans G et opère proprement dans A. Soit s ∈ S. Comme Card S ≥ 2, l’hyperplan de E* orthogonal à e_s n’est pas orthogonal à v et son intersection L_s avec A est bien un hyperplan. Le déplacement correspondant à s est donc un déplacement d’ordre 2 laissant fixes tous les points de L_s : c’est nécessairement la réflexion orthogonale associée à L_s. Il en résulte que W est bien engendré par des réflexions orthogonales. Le th. 2 montre alors que W est infini et la prop. 7 qu’il est essentiel et irréductible.
Comme C est un cône simplicial ouvert, ayant pour murs les hyperplans d’équations (pour s ∈ S), l’intersection C ∩ A est une partie convexe, donc connexe, ouverte et fermée du complémentaire de la réunion des L_s dans A. De plus C ∩ A est non vide, car si x* ∈ C, on a et . Il en résulte que C ∩ A est une chambre de A relativement au système des L_s. De plus, on a w(C ∩ A) ∩ L_s = ∅ pour tout w ∈ W (cf. no 4, propriété (P_n)) et il en résulte que C ∩ A est une chambre de A relativement au système formé des transformés des L_s par tous les éléments de W ; d’après le cor. du th. 1 du § 3, no 2, il en résulte que C ∩ A est une chambre de A relative à W.
Soit alors a_s^* le sommet du simplexe C ∩ A non situé dans L_s. On a
pour s, t ∈ S et s ≠ t, et
Soit ε_s le vecteur de T défini par les relations :
Le vecteur ε_s est orthogonal à L_s et est situé du même côté que C ∩ A de l’hyperplan L_s. On a de plus :
ce qui montre que ε_s est l’image de la classe de e_s par l’isomorphisme de
E/E^0 sur T déduit de la forme quadratique B_M. Il en résulte que
Par suite est bien un vecteur unitaire et la dernière assertion de la prop. 10 est démontrée.
Nous dirons que l’espace affine euclidien A muni du groupe W est l’espace associé à la matrice de Coxeter M et nous le noterons .
La proposition 10 admet une réciproque:
Proposition 11
Soit W un groupe de déplacements d’un espace affine euclidien A, satisfaisant aux hypothèses du § 3. On suppose que W est infini, essentiel et irréductible. Alors la forme attachée à la matrice de Coxeter M de W est positive dégénérée et il existe un isomorphisme et un seul de l’espace affine associé à M sur A, commutant à l’action de W. Cet isomorphisme transforme le produit scalaire de en un multiple du produit scalaire de A.
Soit une chambre de A et soit S l’ensemble des réflexions orthogonales par rapport aux murs de . Si désigne le vecteur unitaire orthogonal à l’hyperplan associé à la réflexion s, situé du même côté que de ( 3, prop. 3), la forme est telle que pour . Elle est donc positive. Comme les sont linéairement dépendants ( 3, no 9, prop. 8), elle est dégénérée.
On peut donc appliquer à les constructions précédentes. Avec les mêmes notations que ci-dessus, on a et il existe un isomorphisme d’espaces hilbertiens et un seul de T sur l’espace des translations de A tel que . Soient et deux sommets distincts de et la réflexion de S telle que . Posons et soit la bijection affine de sur A définie par:
Il est alors immédiat que pour tout et que transforme le produit scalaire de en un multiple de celui de A. On en déduit aussitôt que commute à l’action de W. Enfin, l’unicité de est évidente, car par exemple est l’unique point de invariant par les réflexions .
Exercices
Dans les exercices ci-dessous, (W, S) désigne un système de Coxeter. On suppose S fini; son cardinal est appelé le rang de (W, S). On identifie W à un sous-groupe de au moyen de (cf. n°s 3 et 4).
See the exercises for § 4.