Bourbaki

§ 2. Zéros des polynômes

1. Racines d’un polynôme à une indéterminée. Multiplicité

Soit g∈A[(Xi)i∈I]g \in \mathbf{A}[(X_i)_{i \in I}] et soit E une A-algèbre associative unifère. Soit x=(xi)i∈Ix = (x_i)_{i \in I} une famille d’éléments deux à deux permutables de E. On dit que x est un zéro de g dans ElE^l si g(x)=0g(x) = 0. Si ff est un polynôme par rapport à une seule indéterminée, un zéro de ff dans E s’appelle encore une racine de ff dans E.

Proposition 1

Soient f∈A[X]f \in \mathbf{A}[X] et α∈A\alpha \in \mathbf{A}. Le reste de la division de ff par X−αX - \alpha est f(α)f(\alpha). Pour que α\alpha soit racine de ff, il faut et il suffit que X−αX - \alpha soit un diviseur de ff dans A[X]\mathbf{A}[X].

En effet, soient u,v∈A[X]u, v \in \mathbf{A}[X] tels que f=(X−α)u+vf = (X - \alpha)u + v, et deg⁡v<1\deg v < 1. Alors vv est un scalaire, et f(α)=(α−α)u(α)+v=vf(\alpha) = (\alpha - \alpha)u(\alpha) + v = v. Cela prouve la première assertion. La deuxième résulte de la première.

Proposition 2

Soient f∈A[X]f \in \mathbf{A}[X], α∈A\alpha \in \mathbf{A}, et hh un entier ⩾0\geqslant 0. Les conditions suivantes sont équivalentes : (i) ff est divisible par (X−α)h(X - \alpha)^h mais non par (X−α)h+1(X - \alpha)^{h+1}; (ii) il existe g∈A[X]g \in \mathbf{A}[X] tel que f=(X−α)hgf = (X - \alpha)^h g et g(α)≠0g(\alpha) \neq 0. (i) ⇒\Rightarrow (ii) : cela résulte aussitôt de la prop. 1. (ii) ⇒\Rightarrow (i) : supposons que f=(X−α)hgf = (X - \alpha)^h g, où gg n’admet pas la racine α\alpha. Alors ff est divisible par (X−α)h(X - \alpha)^h. Supposons qu’il existe g1∈A[X]g_1 \in \mathbf{A}[X] tel que f=(X−α)h+1g1f = (X - \alpha)^{h+1} g_1, où g1∈A[X]g_1 \in \mathbf{A}[X]. Comme (X−α)h(X - \alpha)^h n’est pas diviseur de 0 dans A[X]\mathbf{A}[X] (IV, p. 8, prop. 7), on a g=(X−α)g1g = (X - \alpha)g_1, donc g(α)=0g(\alpha) = 0, ce qui est absurde.

Proposition 3

Soient ff un élément non nul de A[X]\mathbf{A}[X], et α∈A\alpha \in \mathbf{A}. Il existe un entier h⩾0h \geqslant 0 et un seul qui satisfait aux conditions (i) et (ii) de la prop. 2. C’est évident sur la condition (i), compte tenu du fait que, si ff est divisible par (X−α)h(X - \alpha)^h, on a deg⁡f⩾h\deg f \geqslant h (IV, p. 8, prop. 7).

Définition 1

Avec les notations précédentes, on dit que α\alpha est d’ordre hh, ou de multiplicité hh, relativement à ff.

Si h>0h > 0, on dit aussi que α\alpha est racine d’ordre hh, ou de multiplicité hh, de ff. Une racine d’ordre 1 est dite racine simple, une racine d’ordre 2 est dite racine double,… Une racine d’ordre >1> 1 est dite multiple.

Remarque 1

Si f=0f = 0, on convient de dire que α\alpha est d’ordre ⩾h\geqslant h relativement à ff, quels que soient α∈A\alpha \in \mathbf{A} et l’entier h⩾0h \geqslant 0. Quels que soient f∈A[X]f \in \mathbf{A}[X] et α∈A\alpha \in \mathbf{A}, dire que α\alpha est d’ordre ⩾h\geqslant h relativement à ff signifie que (X−α)h(X - \alpha)^h divise ff.

Remarque 2

Soit B un anneau commutatif contenant A comme sous-anneau. Soient f∈A[X]f \in \mathbf{A}[X] non nul et α∈A\alpha \in \mathbf{A}. L’ordre de α\alpha relativement à ff est le même, que l’on considère ff comme élément de B[X]\mathbf{B}[X] ou comme élément de A[X]\mathbf{A}[X]. C’est évident sur la condition (ii) de la prop. 2.

Proposition 4

Soient ff et gg des éléments non nuls de A[X]\mathbf{A}[X]. Soit α∈A\alpha \in \mathbf{A}, et soient pp et qq les ordres de α\alpha relativement à ff et gg.

(i) L’ordre de α\alpha relativement à f+gf + g est ≥inf⁡(p,q)\geq \inf(p, q). Il est égal à inf⁡(p,q)\inf(p, q) si p≠qp \neq q. (ii) L’ordre de α\alpha relativement à fgfg est ≥p+q\geq p + q. Il est égal à p+qp + q si A\mathbf{A} est intègre.

En effet, on a f(X)=(X−α)pf1(X)f(X) = (X - \alpha)^p f_1(X), g(X)=(X−α)qg1(X)g(X) = (X - \alpha)^q g_1(X) avec f1(α)≠0f_1(\alpha) \neq 0, g1(α)≠0g_1(\alpha) \neq 0. Supposons par exemple que p≤qp \leq q; on a alors

f(X)+g(X)=(X−α)p(f1(X)+(X−α)q−pg1(X)), f(X) + g(X) = (X - \alpha)^p(f_1(X) + (X - \alpha)^{q-p}g_1(X)),

et, si p<qp < q, α\alpha n’est pas racine de f1(X)+(X−α)q−pg1(X)f_1(X) + (X - \alpha)^{q-p}g_1(X); cela prouve (i). D’autre part, on a f(X)g(X)=(X−α)p+qf1(X)g1(X)f(X)g(X) = (X - \alpha)^{p+q}f_1(X)g_1(X), et f1(α) g1(α)≠0f_1(\alpha)\ g_1(\alpha) \neq 0 si A\mathbf{A} est intègre ; cela prouve (ii).

Proposition 5

Supposons A\mathbf{A} intègre. Soient ff un élément non nul de A[X]\mathbf{A}[X], α1,…,αp\alpha_1, \ldots, \alpha_p des racines de ff dans A\mathbf{A} deux à deux distinctes, d’ordres k1,…,kpk_1, \ldots, k_p. On a

f(X)=(X−α1)k1(X−α2)k2…(X−αp)kpg(X) f(X) = (X - \alpha_1)^{k_1}(X - \alpha_2)^{k_2} \ldots (X - \alpha_p)^{k_p}g(X)

où g∈A[X]g \in \mathbf{A}[X] et où α1,…,αp\alpha_1, \ldots, \alpha_p ne sont pas racines de gg.

Procédons par récurrence sur pp, la proposition étant évidente pour p=1p = 1 en vertu de la déf. 1. Supposons donc qu’on ait f(X)=g1(X) g2(X)f(X) = g_1(X)\ g_2(X), où

g1(X)=(X−α1)k1…(X−αp−1)kp−1,g2(X)∈A[X]. g_1(X) = (X - \alpha_1)^{k_1} \ldots (X - \alpha_{p-1})^{k_{p-1}}, \quad g_2(X) \in \mathbf{A}[X].

Comme A\mathbf{A} est intègre et que αp\alpha_p est distinct de α1,…,αp−1\alpha_1, \ldots, \alpha_{p-1}, alors αp\alpha_p n’est pas racine de g1(X)g_1(X), donc αp\alpha_p est racine d’ordre kpk_p de g2(X)g_2(X) (prop. 4, (ii)). Par suite, g2(X)g_2(X) est divisible par (X−αp)kp(X - \alpha_p)^{k_p}, et par conséquent

f(X)=(X−α1)k1…(X−αp)kpg(X) f(X) = (X - \alpha_1)^{k_1} \ldots (X - \alpha_p)^{k_p}g(X)

où g(X)∈A[X]g(X) \in \mathbf{A}[X]. Il est clair que α1,…,αp\alpha_1, \ldots, \alpha_p ne sont pas racines de gg.

Théorème 1

Supposons A\mathbf{A} intègre. Soient ff un élément non nul de A[X]\mathbf{A}[X], nn son degré. La somme des ordres de toutes les racines de ff dans A\mathbf{A} est ≤n\leq n.

Cela résulte aussitôt de la prop. 5.

Corollaire

On suppose A\mathbf{A} intègre. Soient f,g∈A[X]f, g \in \mathbf{A}[X], de degrés ≤n\leq n. S’il existe n+1n + 1 éléments x1,…,xn+1x_1, \ldots, x_{n+1} de A\mathbf{A}, deux à deux distincts, tels que f(xi)=g(xi)f(x_i) = g(x_i) pour 1≤i≤n+11 \leq i \leq n + 1, on a f=gf = g.

Il suffit d’appliquer le th. 1 à f−gf - g.

Proposition 6 (formule d’interpolation de Lagrange)

Soient K\mathbf{K} un corps commutatif, α1,α2,…,αn\alpha_1, \alpha_2, \ldots, \alpha_n des éléments distincts de K\mathbf{K}, et β1,β2,…,βn\beta_1, \beta_2, \ldots, \beta_n des éléments de K\mathbf{K}. Pour i=1,2,…,ni = 1, 2, \ldots, n, posons

fi(X)=∏j∈U(i)(X−αj)/(αi−αj), f_i(X) = \prod_{j \in U(i)} (X - \alpha_j)/(\alpha_i - \alpha_j),

où U(i) est l’ensemble des entiers j tels que j≠ij \neq i et 1≤j≤n1 \leq j \leq n. Alors β1f1+⋯+βnfn\beta_1 f_1 + \cdots + \beta_n f_n est l’unique élément ff de K[X]K[X] tel que deg⁡f<n\deg f < n et f(αi)=βif(\alpha_i) = \beta_i pour 1≤i≤n1 \leq i \leq n.

L’unicité de ff résulte du cor. du th. 1. Soit f=β1f1+⋯+βnfnf = \beta_1 f_1 + \cdots + \beta_n f_n. Comme fif_i est de degré n−1n - 1, on a deg⁡f<n\deg f < n. D’autre part, fi(αj)=0f_i(\alpha_j) = 0 pour j≠ij \neq i, et fi(αi)=1f_i(\alpha_i) = 1. Donc f(αi)=βif(\alpha_i) = \beta_i pour 1≤i≤n1 \leq i \leq n.

Corollaire

Supposons A intègre. Soit f∈A[X]f \in A[X], de degré <n< n, et soit K un sous-anneau de A qui est un corps. S’il existe n éléments α1,…,αn\alpha_1, \ldots, \alpha_n de A, distincts, et tels que αi∈K\alpha_i \in K et f(αi)∈Kf(\alpha_i) \in K pour i=1,…,ni = 1, \ldots, n, alors f∈K[X]f \in K[X].

2. Critère différentiel pour la multiplicité d’une racine

Proposition 7

Soient f∈A[X]f \in A[X], et α∈A\alpha \in A une racine de ff. Pour que α\alpha soit racine simple de ff, il faut et il suffit que α\alpha ne soit pas racine de la dérivée DfDf de ff.

Par hypothèse, on a f=(X−α)gf = (X - \alpha) g, où g∈A[X]g \in A[X]. Pour que α\alpha soit racine simple de ff, il faut et il suffit que g(α)≠0g(\alpha) \neq 0. Or, on a Df=g+(X−α)DgDf = g + (X - \alpha) Dg, d’où (Df)(α)=g(α)(Df)(\alpha) = g(\alpha).

Plus généralement :

Proposition 8

Soient f∈A[X]f \in A[X], et α∈A\alpha \in A. Supposons que α\alpha soit d’ordre k≥1k \geq 1 relativement à ff. Alors α\alpha est d’ordre ≥k−1\geq k - 1 relativement à DfDf. Si k.1k . 1 est simplifiable dans A, alors α\alpha est d’ordre k−1k - 1 relativement à DfDf.

Par hypothèse, il existe g∈A[X]g \in A[X] tel que f=(X−α)kgf = (X - \alpha)^k g et g(α)≠0g(\alpha) \neq 0. Alors Df=k(X−α)k−1g+(X−α)kDg=(X−α)k−1(kg+(X−α)Dg)Df = k(X - \alpha)^{k-1} g + (X - \alpha)^k Dg = (X - \alpha)^{k-1}(kg + (X - \alpha) Dg), ce qui établit la première partie de la proposition. La valeur de kg+(X−α)Dgkg + (X - \alpha) Dg pour X=αX = \alpha est kg(α)kg(\alpha), donc est non nulle si k.1k . 1 est simplifiable dans A ; cela prouve la deuxième partie de la proposition.

Soit kk un entier >0> 0 tel que k.1=0k . 1 = 0 dans A. Soit f(X)=Xk∈A[X]f(X) = X^k \in A[X]. Alors 0 est racine d’ordre kk de ff, et racine d’ordre arbitrairement grand de DfDf.

Corollaire

Soient f∈A[X]f \in A[X], α∈A\alpha \in A, et pp un entier ≥0\geq 0. On suppose que p!.1p!.1 est simplifiable dans A. Alors, pour que α\alpha soit racine d’ordre pp de ff, il faut et il suffit que α\alpha soit racine de f,Df,…,Dp−1ff, Df, \ldots, D^{p-1}f, et ne soit pas racine de DpfD^pf.

Cela résulte de la prop. 8 par récurrence sur pp.

3. Fonctions polynomiales sur un anneau intègre infini

Proposition 9

On suppose A intègre. Soient I un ensemble, (Hi)i∈I(H_i)_{i \in I} une famille de parties infinies de A, et H=∏i∈IHi⊂AIH = \prod_{i \in I} H_i \subset A^I. Soit ff un élément non nul de A[(Xi)i∈I]A[(X_i)_{i \in I}].

Soit HfH_f l’ensemble des x∈Hx \in H tels que f(x)≠0f(x) \neq 0. Alors H et HfH_f sont équipotents.

a) Supposons d’abord I fini et soit n=Card In = \mathrm{Card}\ I. La proposition est évidente pour n=0n = 0, et nous la démontrerons par récurrence sur nn. Choisissons un élément i0i_0 de I, et soient J=I−{i0}J = I - \{ i_0 \}, B=A[(Xi)i∈J]B = A[(X_i)_{i \in J}]. Comme f≠0f \neq 0, on peut écrire f=∑k=0mgkXi0kf = \sum_{k=0}^{m} g_k X_{i_0}^k où g0,...,gm∈Bg_0, ..., g_m \in \mathbf{B}, et gm≠0g_m \neq 0. D’après l’hypothèse de récurrence, l’ensemble K des x∈∏i∈JHix \in \prod_{i \in J} H_i tels que gm(x)≠0g_m(x) \neq 0 est équipotent à ∏i∈JHi\prod_{i \in J} H_i. Pour x∈Kx \in K, le polynôme

h(Xi0)=∑k=0mgk(x)Xi0k∈A[Xi0] h(X_{i_0}) = \sum_{k=0}^{m} g_k(x) X_{i_0}^k \in A[X_{i_0}]

est non nul. D’après le th. 1 (IV, p. 15), l’ensemble des α∈Hi0\alpha \in H_{i_0} tels que h(α)≠0h(\alpha) \neq 0 est équipotent à Hi0H_{i_0}, d’où

Card H≥Card Hf≥(Card K).(Card Hi0)=Card H, \text{Card H} \geq \text{Card H}_f \geq (\text{Card K}).(\text{Card H}_{i_0}) = \text{Card H},

et par suite Card H = Card H_f.

b) Dans le cas général, il existe une partie finie I’ de I telle que f∈A[(Xi)i∈I′]f \in A[(X_i)_{i \in I'}]. Soit Hf′H'_f l’ensemble des x∈∏i∈I′Hix \in \prod_{i \in I'} H_i tels que f(x)≠0f(x) \neq 0. Alors Hf=Hf′×(∏i∈I−I′Hi)H_f = H'_f \times (\prod_{i \in I - I'} H_i), et il suffit d’appliquer à Hf′H'_f la première partie de la démonstration.

Corollaire 1

On conserve les hypothèses et les notations de la prop. 9. Si I est non vide, HfH_f est infini.

Corollaire 2

On suppose que A est intègre et infini ou que A est une algèbre sur un corps infini. Pour tout f∈A[(Xi)i∈I]f \in A[(X_i)_{i \in I}], soit f~:AI→A\tilde{f} : A^I \to A la fonction polynomiale définie par ff (IV, p. 4). Alors l’application f↦f~f \mapsto \tilde{f} est injective.

Lorsque A est intègre infini, le corollaire résulte aussitôt de la prop. 9. Supposons que A soit une algèbre sur un corps infini k. Soit f=∑ν∈N(I)ανXνf = \sum_{\nu \in N^{(I)}} \alpha_\nu X^\nu un élément non nul de A[(Xi)i∈I]A[(X_i)_{i \in I}]. Il existe un ν0∈N(I)\nu_0 \in N^{(I)} tel que αν0≠0\alpha_{\nu_0} \neq 0, et une forme k-linéaire φ\varphi sur A telle que φ(αν0)≠0\varphi(\alpha_{\nu_0}) \neq 0. Soit g=∑ν∈N(I)φ(αν)Xν∈k[(Xi)i∈I]g = \sum_{\nu \in N^{(I)}} \varphi(\alpha_\nu) X^\nu \in k[(X_i)_{i \in I}]. On a g≠0g \neq 0, donc il existe un x∈kIx \in k^I tel que g(x)≠0g(x) \neq 0. Alors φ(f(x))=g(x)≠0\varphi(f(x)) = g(x) \neq 0, donc f(x)≠0f(x) \neq 0.

Lorsque A est intègre infini, ou lorsque A est une algèbre sur un corps infini, on identifie le plus souvent ff à f~\tilde{f}.

Supposons A fini. Soit f(X)=∏α∈A(X−α)f(X) = \prod_{\alpha \in A} (X - \alpha). Alors f≠0f \neq 0 mais f~=0\tilde{f} = 0. Pour d’autres exemples, cf. IV, p. 84, exerc. 7 et 8.

Théorème 2 (principe du prolongement des identités algébriques)

Supposons A intègre et infini. Soient g1,...,gm,fg_1, ..., g_m, f des éléments de A[(Xi)i∈I]A[(X_i)_{i \in I}]. On fait les hypothèses suivantes :

a) g1≠0,...,gm≠0g_1 \neq 0, ..., g_m \neq 0; b) pour tout x∈AIx \in A^I tel que g1(x)≠0,...,gm(x)≠0g_1(x) \neq 0, ..., g_m(x) \neq 0, on a f(x)=0f(x) = 0.

Alors f=0f = 0.

En effet, si f≠0f \neq 0, on a fg1...gm≠0fg_1 ... g_m \neq 0 (IV, p. 9, prop. 8), donc il existe x∈AIx \in A^I tel que f(x)g1(x)...gm(x)≠0f(x) g_1(x) ... g_m(x) \neq 0 (IV, p. 17, cor. 2), ce qui contredit l’hypothèse.

Scholie

Soient A un anneau intègre et f∈A[(Xi)i∈I]f \in A[(X_i)_{i \in I}]. Le th. 2 fournit un moyen commode pour prouver que f=0f = 0. Il suffit de considérer un anneau intègre infini E contenant A comme sous-anneau ; si l’on démontre que f((xi))=0f((x_i)) = 0 pour tout (xi)∈EI(x_i) \in E^I (ou seulement pour les (xi)∈EI(x_i) \in E^I qui n’annulent pas un nombre fini de polynômes donnés non nuls), il en résulte que f=0f = 0. Si A lui-même n’est pas infini, on peut par exemple prendre pour E l’anneau A[X] ou son corps des fractions.

Une fois démontrée la relation f=0f = 0, on en déduit évidemment f((yi))=0f((y_i)) = 0 pour tout (yi)∈FI(y_i) \in F^I, où F est une A-algèbre unifière associative et commutative quelconque ; en particulier, F peut être finie ou non intègre.

En d’autres termes, la démonstration de l’identité f((xi))=0f((x_i)) = 0 lorsque les xix_i parcourent un anneau intègre infini contenant A comme sous-anneau (avec éventuellement la restriction que gk((xi))≠0g_k((x_i)) \neq 0 pour 1≤k≤m1 \leq k \leq m, les gkg_k étant des polynômes non nuls) entraîne la même identité lorsque les xix_i parcourent une A-algèbre unifière associative et commutative quelconque.

En particulier, soit f∈Z[(Xi)]f \in \mathbf{Z}[(X_i)]. Si f((xi))=0f((x_i)) = 0 lorsque les xix_i parcourent Z\mathbf{Z} (avec éventuellement la restriction que gk((xi))≠0g_k((x_i)) \neq 0 pour 1≤k≤m1 \leq k \leq m, les gkg_k étant des éléments non nuls de Z[(Xi)]\mathbf{Z}[(X_i)]), on a la même identité lorsque les xix_i parcourent un anneau commutatif quelconque.

Exercices

See the exercises for § 2.

Transcribed from the printed volume. Not translated.